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Une recension de Casus belli dans La Révolution prolétarienne

Pour ce texte paru dans le numéro 831 (décembre 2025) de La Révolution prolétarienne, merci à Stéphane Julien, lecteur aussi fidèle que scrupuleux !

Christophe Darmangeat, après l’avoir étudiée chez les Aborigènes d’Australie, étend sa réflexion sur la guerre et ses origines. Il le fait en revisitant les données historiques et ethnographiques et en s’essayant, dans la première partie de son livre, à une classification méthodique et systématique des conflits, en s’attachant de façon privilégiée (mais non exclusive) à ceux des sociétés pré-étatiques. L’écriture est facile d’accès pour des non-spécialistes. Son tour d’horizon, avec de sympathiques pointes d’humour noir parfois, débouche peu à peu sur un tableau avec des arguments toujours serrés. En proposant sa classification, Darmangeat prend soin d’en clarifier le principe même, conjugaison de limites et de nécessité : « La valeur des catégories est toujours relative : pour un phénomène et une problématique donnés, certaines sont plus pertinentes que d’autres ; la valeur d’une classification tient en premier lieu à son aptitude à saisir les propriétés essentielles de ses objets. Chaque système de catégories doit être manipulé en gardant constamment à l’esprit les limites de sa validité. Mais, au nom de ces inévitables limites, abandonner l’idée même de toute classification, c’est se condamner par avance à errer dans le flou le plus absolu, et à ne pouvoir ni raisonner ni comprendre ». Ce souci de rigueur se retrouve dans une phrase qui illustre bien son travail : « Il faut se méfier des a priori qui ne peuvent jamais remplacer une scrupuleuse étude des données ».

Les exemples et illustrations qui jalonnent le livre sont souvent formidables. Si les combats sont toujours affaires d’hommes, et si dans les motivations les plus élémentaires, on trouve évidemment la vengeance (codifiée ou pas) et le rapt de femmes, le livre expose bien d’autres cas. Parfois on a des formes de jeu-spectacle qui évoquent presque les sports collectifs ou les tournois médiévaux. On peut être stupéfié par l’évocation documentée d’une « guerre fleurie » des Aztèques évoquant le jeu du foulard, où celui qui est attrapé par les cheveux se laisse emmener pour être sacrifié, avant d’apprendre que cette version est douteuse et qu’il s’agissait plus probablement de conflits plus meurtriers. Le cnapan gallois, sorte d’ancêtre médiéval du football et du rugby, pouvait tourner en bagarre générale, comme des proto-hockey d’Amérindiens du grand Nord.

Christophe Darmangeat pose la même question que dans un précédent travail sur les origines de l’oppression des femmes : l’ancienneté de la guerre devrait-elle être niée ou tue pour éviter tout fatalisme sur une « nature humaine », ou les conclusions d’une démarche scientifique, fussent-elles désagréables, n’ont-elles rien d’incompatible avec un volontarisme d’avenir meilleur qui tirera profit d’une mesure du poids du passé ? La « nature » de notre espèce n’englobe-t-elle pas une incroyable capacité d’évolution ?

Stéphane Julien

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