Lady Sapiens : les femmes préhistoriques, d’un stéréotype à l’autre ? (texte collectif)

Ce texte col­lec­tif est égale­ment pub­lié sur d’autres blogs, en par­ti­c­uli­er celui de Sylvestre Huet, {Sciences2}

L’idée que la femme préhis­torique – en réal­ité, paléolithique – aurait été rabais­sée par des siè­cles de préjugés misog­y­nes, et la néces­sité d’en réha­biliter le rôle social réel, con­stituent de nos jours une source d’inspiration apparem­ment inépuis­able. Le dernier avatar de cette ten­dance, Lady Sapi­ens, œuvre mul­ti­forme réu­nis­sant un jeu vidéo, un doc­u­men­taire et un livre, béné­fi­cie d’un large écho médi­a­tique : tan­dis que le film a été pro­jeté sur une chaîne publique à une heure de grande écoute, les auteurs sont invités à en faire la pro­mo­tion dans divers­es émis­sions, et le livre, dont les droits de tra­duc­tion ont d’ores et déjà été achetés dans plusieurs langues, est promis à un beau suc­cès inter­na­tion­al. À pre­mière vue, pour toute per­son­ne soucieuse à la fois de l’émancipation fémi­nine et de la pro­mo­tion de la con­nais­sance sci­en­tifique, il n’y a là que des motifs de réjouis­sance. Pour­tant, il faut bien le dire, loin de présen­ter un état équili­bré des con­nais­sances sur les rap­ports de genre au Paléolithique, Lady Sapi­ens en véhicule une image entachée de graves biais.

Décryptage d’un texte présen­té comme « nuancé », et dont « tout dis­cours un tant soit peu mil­i­tant (…) a été ban­ni afin d’atteindre la plus grande objec­tiv­ité pos­si­ble ». (p. 13)

Présentation

Lady Sapi­ens est une œuvre col­lec­tive. Thomas Cirot­teau et Éric Pin­cas, des jour­nal­istes ayant déjà tra­vail­lé sur le loin­tain passé de l’humanité, ont inter­rogé une série de sci­en­tifiques, dont cer­tains fort qual­i­fiés et renom­més. De cette masse de matériel, ils ont tiré le doc­u­men­taire. Le livre, pour sa part, a été rédigé à par­tir des mêmes élé­ments par Jen­nifer Kern­er, doc­teure en archéolo­gie et ani­ma­trice d’une chaîne de vul­gar­i­sa­tion YouTube (Bone­less). Enfin, l’ensemble de ces travaux ont été menés sous le par­rainage sci­en­tifique de Sophie A. de Beaune, pro­fesseure de préhis­toire à l’université Lyon 3 Jean Moulin.

Le doc­u­men­taire comme le livre utilisent un procédé de vul­gar­i­sa­tion éprou­vé, en déroulant un exposé artic­ulé autour de cour­tes cita­tions des sci­en­tifiques inter­rogés. Accrocheur, sachant recourir à ce qu’il faut de « sto­ry­telling », le livre est de sur­croit agré­men­té de fort belles illus­tra­tions, réal­isées par Pas­ca­line Gaus­sein. Sur la forme, il con­stitue donc une réus­site irréprochable qui, de même que le doc­u­men­taire, aurait pu représen­ter un out­il de pre­mier ordre, si seule­ment il ne s’employait tout du long à pein­dre une image de la sit­u­a­tion des femmes qui cor­re­spond bien davan­tage à un fan­tasme con­tem­po­rain qu’à l’état de la con­nais­sance sci­en­tifique. La femme du Paléolithique récent est ain­si décrite sous les traits d’une work­ing woman éman­cipée, choi­sis­sant ses parte­naires, con­trôlant sa fécon­dité, accé­dant peu ou prou aux mêmes activ­ités que les hommes et exerçant une influ­ence sociale sur un pied d’égalité avec eux. Pour par­venir à ce résul­tat, mal­gré les procédés rhé­toriques don­nant l’impression super­fi­cielle d’une enquête équili­brée, l’exposé s’emploie en réal­ité à écarter de manière sys­té­ma­tique tous les élé­ments qui pour­raient sug­gér­er la prob­a­bil­ité (ou même, la sim­ple pos­si­bil­ité) de la dom­i­na­tion mas­cu­line, soit en les men­tion­nant de manière plus ou moins trav­es­tie, soit en les pas­sant résol­u­ment sous silence.

Pour­tant, dès lors que l’on entre­prend l’étude de la con­di­tion des femmes de la préhis­toire, la ques­tion des rap­ports de genre et celle de la dom­i­na­tion mas­cu­line ne peu­vent man­quer d’être posées, tant les anthro­po­logues, eth­no­logues, his­to­riens, soci­o­logues et autres philosophes ont mon­tré leur fac­ulté struc­turante dans les organ­i­sa­tions sociales. Bien sûr, répon­dre à ces ques­tions en archéolo­gie n’est pas chose aisée, les traces matérielles qu’ont lais­sées nos ancêtres étant rares – en par­ti­c­uli­er pour le Paléolithique –, par­tielles et dif­fi­ciles à inter­préter. Mais les indices exis­tent néan­moins et il est donc cru­cial de les exam­in­er avec le plus grand soin, sans en omet­tre aucun. Or si, à plusieurs repris­es, tant le livre que le doc­u­men­taire insis­tent à juste titre sur l’importance du com­para­tisme ethno­graphique pour fournir des pistes d’interprétation de cer­tains faits archéologiques, en pra­tique, ils évac­uent les nom­breuses obser­va­tions qui pour­raient con­tredire leur pro­pos.

Une présentation biaisée : la division sexuée du travail

La divi­sion sex­uée du tra­vail con­stitue depuis tou­jours une dimen­sion essen­tielle de la dom­i­na­tion mas­cu­line, et le com­bat fémin­iste con­tem­po­rain aspire à juste titre à l’abolir de fait comme de droit. Lady Sapi­ens s’emploie à toute force à accréditer l’idée de sa faib­lesse, voire de son inex­is­tence, au Paléolithique récent, il y a 40 000 à 12 000 ans, lorsque des groupes d’homo archaïques dis­parais­sent et sont rem­placés par des humains biologique­ment mod­ernes.

Il insiste donc pour expli­quer que les femmes chas­saient alors de petits ani­maux, ou qu’elles par­tic­i­paient aux chas­s­es col­lec­tives. Pour autant qu’on puisse le savoir, c’est très prob­a­ble­ment vrai. Mais, ain­si que le démon­tre l’observation de l’ensemble des chas­seurs-cueilleurs con­nus en eth­nolo­gie, ce fait n’empêchait nulle­ment les femmes d’être l’objet d’une série d’interdits d’une con­stance remar­quable sur les cinq con­ti­nents : celles-ci sont en effet presque uni­verselle­ment exclues du maniement des armes tran­chantes ou perçantes les plus létales, comme la lance ou l’arc, et donc de cer­taines activ­ités spé­ci­fiques. Tout au long du texte, la par­tic­i­pa­tion des femmes à la chas­se est ain­si abu­sive­ment présen­tée comme un indice d’absence de divi­sion sex­uelle du tra­vail.

Au pas­sage, le doc­u­men­taire con­tient une sur­prenante recon­sti­tu­tion de scène de chas­se au mam­mouth, dans laque­lle les par­tic­i­pants sont munis d’arcs : or cette arme n’est attestée avec cer­ti­tude qu’à par­tir de l’Épipaléolithique, le plus ancien exem­plaire retrou­vé en con­texte archéologique datant d’environ 12 000 ans. Cer­tains indices plaident certes en faveur de son inven­tion plus pré­coce, mais celle-ci reste débattue. Quoi qu’il en soit, hormis dans le cas très par­ti­c­uli­er des Agta des Philip­pines, aucune pop­u­la­tion de chas­seurs-cueilleurs observée en eth­nolo­gie n’a jamais per­mis aux femmes de manier lances et arcs et d’intervenir ain­si dans la mise à mort sanglante du gros gibier. Il y a donc un biais à pren­dre pré­cisé­ment ce peu­ple en exem­ple dans le doc­u­men­taire… en omet­tant de pré­cis­er qu’il se procu­rait ses pro­duits végé­taux auprès d’agriculteurs voisins, et qu’il était donc tout entier spé­cial­isé dans l’acquisition de ressources ali­men­taires carnées.

Le traite­ment des infor­ma­tions archéologiques procède du même déséquili­bre. Rap­pelons que toute divi­sion sex­uée du tra­vail n’imprime pas for­cé­ment sa mar­que sur les restes humains : un archéo­logue du futur serait bien en peine de retrou­ver à par­tir des osse­ments bien des spé­cial­i­sa­tions pro­fes­sion­nelles actuelles des femmes. En se restreignant au seul Paléolithique récent d’Eurasie occi­den­tale, cou­vrant plus de 30 mil­lé­naires, l’enquête est d’autant plus ardue que l’on ne dis­pose que d’un nom­bre très réduit de squelettes, générale­ment mal con­servés. Il n’empêche : l’étude pio­nnière de Sébastien Vil­lotte a mon­tré, il y a quelques années, que les coudes droits de sujets mas­culins bien sexés – et eux seuls – por­taient la trace de jets répétés, ce qu’il est aisé d’interpréter par un par­al­lèle avec les obser­va­tions ethno­graphiques où les armes lancées, à l’aide d’un propulseur par exem­ple, sont maniées par les hommes.

Les auteurs de Lady Sapi­ens men­tion­nent certes cette étude… mais c’est pour aus­sitôt porter au pina­cle la décou­verte « extra­or­di­naire » faite il y a un an par Ran­dall Haas, qui aurait prou­vé l’existence de chas­ser­ess­es de gros gibier dans l’Amérique paléolithique. C’est sur ce seul élé­ment que s’appuie l’affirmation selon laque­lle « cer­taines femmes du Paléolithique supérieur, à l’égal des hommes, ont lancé des armes pour met­tre à mort le gros gibier » (p. 235).

La vue d’artiste illus­trant l’ar­ti­cle de R. Haas, « Female Hunters of the Ear­ly Amer­i­c­as », Sci­ences Advances, 2020, vl. 6, n°45 (© Matthew Ver­do­li­vo /​UC Davis IET Aca­d­e­m­ic Tech­nol­o­gy Ser­vices)

Pour­tant, les faib­less­es méthodologiques et le sen­sa­tion­nal­isme des con­clu­sions de cette pub­li­ca­tion saut­ent aux yeux. L’unique cadavre cen­sé­ment féminin décou­vert au Pérou par les auteurs, enter­ré avec des armes de chas­se, a pu être sex­ué avec une prob­a­bil­ité d’environ 80 % sur la base d’une analyse pro­téomique de l’amélogénine de l’émail den­taire – rap­pelons que la déter­mi­na­tion du sexe n’est nor­male­ment con­sid­érée comme sûre que lorsque ce chiffre atteint 95 %. Il est certes asso­cié à des pointes de chas­se en pierre, mais pré­sumer que l’individu enter­ré les util­i­sait de son vivant con­stitue au mieux une sup­po­si­tion, prob­a­ble mais non démon­tra­ble.

Quant à l’affirmation, faite par la même étude, selon laque­lle 30 % à 50 % des chas­seurs de l’Amérique anci­enne étaient en réal­ité des chas­ser­ess­es, elle repose sur des élé­ments tout aus­si frag­iles. Ce pour­cent­age, cal­culé à par­tir des don­nées disponibles sur des sépul­tures datant de plus de 8000 ans, con­cerne en réal­ité un échan­til­lon de seule­ment 27 indi­vidus – ceux pour qui les auteurs ont con­sid­éré que la déter­mi­na­tion du sexe et l’association avec les objets de chas­se au gros gibier étaient « cer­taines » ou « pos­si­bles » (« ten­ta­tive »). En ne retenant cette fois que les seuls squelettes pour lesquels ces don­nées sont jugées fiables par les auteurs eux-mêmes, l’échantillon se ramène à… 4 indi­vidus, dont trois féminins. Par­mi ceux-ci se trou­vent deux enfants, dont l’association mor­tu­aire avec des propulseurs peut s’expliquer de bien des manières. La troisième femme n’est autre que la décou­verte préc­itée – rap­pelons la fia­bil­ité toute rel­a­tive avec laque­lle son sexe a été déter­miné. Une saine atti­tude sci­en­tifique imposerait donc qu’une étude pré­ten­dant dévoil­er une réal­ité en rup­ture avec l’ensemble des obser­va­tions eth­nologiques sur la base d’indices aus­si ténus soit accueil­lie avec la pru­dence – si ce n’est le scep­ti­cisme – qu’elle mérite, et non à son de trompe.

Per­les en forme de panier réal­isées en ivoire
de mam­mouth de sites du
Sud-Ouest français,
cul­ture dite de l’Au­ri­gna­cien ancien,
Paléolithique récent (d’après Heck­el, 2018)

Tou­jours con­cer­nant la divi­sion sex­uée du tra­vail, d’autres élé­ments évo­qués lais­sent songeur. On pense par exem­ple à de petites per­les en ivoire con­nues en grand nom­bre dans la cul­ture de l’Aurignacien il y a env­i­ron 37 000 ans, au sujet desquelles un inter­venant nous apprend qu’il n’a pu par­venir à les repro­duire expéri­men­tale­ment, con­traire­ment aux petites mains de ses étu­di­antes… Et d’en con­clure que les parures auraient donc été réal­isées et portées surtout par des femmes. N’est-ce pas là une déduc­tion quelque peu hâtive et empreinte de nos pré­sup­posés occi­den­taux attribuant dès le plus jeune âge aux petites filles les activ­ités manuelles métic­uleuses ?

Main néga­tive et ponc­tu­a­tions
de la grotte du Pech Mer­le (Lot),
cul­ture dite du Gravet­tien, Paléolithique récent

Il en irait de même d’une par­tie au moins de l’art paléolithique, et l’on en tiendrait pour preuve les fameuses mains néga­tives apposées sur les parois des grottes. L’argument repose sur l’utilisation de l’indice de Man­ning, cen­sé per­me­t­tre de déter­min­er le sexe des indi­vidus d’après les pro­por­tions de leurs doigts. Vingt-qua­tre des 32 mains néga­tives étudiées seraient donc féminines. L’anthropologie biologique a pour­tant mon­tré il y a plus de dix ans que la mesure de cet indice ne pou­vait en aucun cas être con­sid­érée comme une méth­ode sûre pour dis­crim­in­er le sexe des indi­vidus qui ont lais­sé des empreintes de mains en art par­ié­tal.

On pour­rait mul­ti­pli­er les exem­ples : en trai­tant la ques­tion cru­ciale de la divi­sion sex­uée du tra­vail à cette époque loin­taine, les auteurs en min­imisent sys­té­ma­tique­ment la pro­fondeur, quand ils ne sug­gèrent pas son absence pure et sim­ple. Quant aux voies par lesquelles elle serait ensuite insti­tuée pour être partagée, avec cer­taines remar­quables con­stantes, par tous les chas­seurs-cueilleurs du monde observés durant les derniers siè­cles, c’est une ques­tion qui restera sans réponse, faute d’avoir été posée.

Rapt des femmes, polygynie et matriarcats

Lorsque le livre Lady Sapi­ens évoque une pos­si­ble dom­i­na­tion mas­cu­line dans ce type de sociétés, c’est sous deux angles prin­ci­paux : celui de la polyg­y­nie et du rapt des femmes.

On lit ain­si que le rapt des femmes « ne répond prob­a­ble­ment pas à une réal­ité anthro­pologique » (p. 88). La suite du texte tem­père certes cette appré­ci­a­tion, et une inter­venante con­cède qu’il a pu être observé, tout en en min­imisant la portée. Au bout du compte, le lecteur en ressort avec le sen­ti­ment que si le rapt n’était pas totale­ment incon­nu de ces pop­u­la­tions, il restait excep­tion­nel et qu’il n’est en tout cas guère sig­ni­fi­catif des rap­ports soci­aux de genre.

En réal­ité, le rapt des femmes (effec­tué, le plus sou­vent, à titre indi­vidu­el et non col­lec­tif) est une des réal­ités les plus banales de l’ethnologie, et il a été ample­ment doc­u­men­té dans les pop­u­la­tions de chas­seurs-cueilleurs, dont celles de l’Australie aborigène.

On peut bien sûr insis­ter sur la sures­ti­ma­tion pos­si­ble du rapt par les pre­miers eth­no­logues ou par l’opinion colo­niale. Mais son exis­tence n’en traduit pas moins celle de droits uni­latéraux des hommes sur les femmes – le fait que, dans cer­tains cas, celles-ci aient été con­sen­tantes révèle que la pos­si­bil­ité d’un divorce légal leur était fer­mée. Quant au fait qu’il n’ait nulle part con­sti­tué le mode priv­ilégié de mariage, il traduit bien davan­tage la pré­va­lence, entre les hommes, des procé­dures de trans­ferts légales, que la lib­erté mat­ri­mo­ni­ale des femmes.

Notons aus­si, d’une manière plus large, l’idée selon laque­lle « en règle générale, les sociétés de chas­seurs-cueilleurs ont tout intérêt à main­tenir un mode de vie paci­fique, à l’intérieur comme à l’extérieur de leur groupe » (p. 81) s’accorde bien mal avec les très nom­breuses obser­va­tions eth­nologiques qui attes­tent le con­traire.

L’autre aspect évo­qué est celui de la polyg­y­nie – cette forme spé­ci­fique de la polyg­a­mie où c’est l’homme qui pos­sède plusieurs épous­es. La polyg­y­nie, a for­tiori si elle est pronon­cée, exprime le car­ac­tère iné­gal tant des rap­ports entre hommes et femmes que des rap­ports des hommes entre eux. On est donc sur­pris de lire à ce sujet :

On a peu de cas de polyg­a­mie chez les chas­seurs-cueilleurs. On con­naît des cas de polyan­drie en Ama­zonie, mais ils sont provo­qués par des sit­u­a­tions cat­a­strophiques comme la chute démo­graphique des femmes. (…) L’ethnographie des chas­seurs-cueilleurs nous enseigne que la forme de rela­tion priv­ilégiée est la monogamie. C’est ce qui con­vient le mieux à une société où l’on ne peut pas être trop nom­breux… (p. 90)

Cette manière de présen­ter les choses est pour le moins très ori­en­tée. Si l’on dis­po­sait d’une sta­tis­tique – ce qui n’est pas le cas – sur le nom­bre d’unions dans des sociétés de chas­se-cueil­lette, elle indi­querait prob­a­ble­ment qu’une majorité de ces unions sont monogames. Mais si l’on s’intéresse en revanche aux sociétés qui autorisent et pra­tiquent les unions mul­ti­ples, l’image change du tout au tout. Selon l’Ethno­graph­ic Atlas (la plus vaste base de don­nées anthro­pologique), seules 16 des 178 sociétés réper­toriées dans lesquelles la chas­se et la cueil­lette four­nis­saient l’essentiel de l’alimentation pre­scrivaient la monogamie. Plus encore : dans l’immense majorité des cas, la polyg­a­mie était ouverte exclu­sive­ment aux hommes – en ter­mes tech­niques, ces sociétés légiti­maient la polyg­y­nie, mais non la polyan­drie. Sur ce point, Lady Sapi­ens occulte donc dou­ble­ment la réal­ité : d’une part, en min­imisant la portée du phénomène, d’autre part en ne l’évoquant que sous sa forme la plus mar­ginale, et en pas­sant ain­si sous silence celle qui pour­rait sug­gér­er une dom­i­na­tion mas­cu­line.

Une famille Man­garid­ji (Aus­tralie du Nord), pho­tographiée en 1912 par B. Spencer.
L’homme (au cen­tre) pos­sé­dait au moins six femmes

Dans la même veine, on lit égale­ment que quoique rares, d’authentiques matri­ar­cats seraient bel et bien attestés : pour preuve, « les Minangk­abau de Suma­tra et les Yanzi du Zaïre » (p. 214). Or, si ces deux peu­ples sont matril­inéaires, et si les Minangk­abau sont bien con­nus de sur­croît pour leur matrilo­cal­ité, aucune des deux sociétés ne peut sérieuse­ment être qual­i­fiée de « matri­ar­cat », et pour cause : à moins de tor­dre le sens des mots, une telle con­fig­u­ra­tion, où les femmes auraient détenu le pou­voir sur les hommes, n’a jamais été observée nulle part sur la planète – un tel uni­versel ne man­quant pas de ren­voy­er aux caus­es et aux mécan­ismes de la dom­i­na­tion mas­cu­line.

La domination masculine oubliée

Presque davan­tage que les élé­ments qui sont écrits ou mon­trés, ce sont ceux qui sont passés sous silence qui con­tribuent à forg­er une image biaisée. En effet, une fois min­imisés ou écartés la divi­sion sex­uelle du tra­vail, le rapt des femmes et la polyg­y­nie, les auteurs peu­vent affirmer sans retenue que Lady Sapi­ens « était sans con­teste une femme d’action » et, pos­si­ble­ment, une « femme de pou­voir » (p. 203). Les femmes du Paléolithique n’étaient donc pas seule­ment « généreuses, habiles, auda­cieuses et volon­taires » (p. 241), autant d’épithètes flat­teuses, mais qui ne dis­ent en réal­ité rien de leur posi­tion sociale ; elles béné­fi­ci­aient de sur­croît d’un « statut priv­ilégié » (p. 203) – le doc­u­men­taire affirme pour sa part qu’elles étaient « respec­tées, hon­orées, vénérées ».

Or, la ques­tion essen­tielle, mais pour­tant jamais réelle­ment abor­dée, est celle de la dom­i­na­tion mas­cu­line, observée dans la grande majorité des sociétés humaines – dont la plu­part des chas­seurs-cueilleurs. Cette dom­i­na­tion s’exprimait avec une vigueur toute par­ti­c­ulière en matière de droits mat­ri­mo­ni­aux et sex­uels, le mari pou­vant à sa guise prêter ou répudi­er sa femme, tan­dis qu’elle ne dis­po­sait d’aucune espèce de droit équiv­a­lent. Dans nom­bre d’entre elles, la supéri­or­ité sociale des hommes était de sur­croît légitimée par des reli­gions à ini­ti­a­tion, où ceux-ci étaient infor­més de secrets dont aucun non-ini­tié, enfant ou femme adulte, ne pou­vait être infor­mé sans encourir la peine de mort.

Des Indi­ens Selk’­Nam (Ona) de la Terre de Feu, pho­tographiés au début du XXe siè­cle par M. Gusinde.
Durant la céré­monie du Hain, des­tinée entre autres à per­pétuer la dom­i­na­tion mas­cu­line,
ils incar­naient dif­férents esprits
pour effray­er les femmes et les enfants.

C’est pour­tant là que le com­para­tisme ethno­graphique de Lady Sapi­ens s’arrête. Pas un mot n’est dit sur ces pra­tiques, et donc sur la pos­si­bil­ité qu’elles remon­tent, sous une forme ou sous une autre, jusqu’à cette époque. On aurait beau jeu d’arguer l’absence de traces archéologiques pour écarter cette éven­tu­al­ité ; des droits sex­uels ou mat­ri­mo­ni­aux iné­gaux, comme beau­coup de rap­ports soci­aux, ne lais­sent aucune trace matérielle. En elle-même, l’absence d’indices archéologiques directs de la dom­i­na­tion mas­cu­line ne per­met donc aucune con­clu­sion – les squelettes paléolithiques sont beau­coup trop peu nom­breux pour qu’on puisse par exem­ple y étudi­er la répar­ti­tion sex­uée des trau­mas, comme cela a pu être fait par exem­ple sur les Aborigènes aus­traliens.

Posons à nou­veau la ques­tion : si comme le sug­gère Lady Sapi­ens, les sociétés du Paléolithique supérieur igno­raient la dom­i­na­tion mas­cu­line et que les femmes y occu­paient une posi­tion estimée du fait de leur rôle économique objec­tif, com­ment se fait-il que la sit­u­a­tion ait changé partout sur le globe et que cette dom­i­na­tion mas­cu­line ait été observée chez la plu­part des chas­seurs-cueilleurs étudiés par l’ethnologie ? Que s’est-il passé, et à quelle époque ?

En fait, le mes­sage véhiculé par Lady Sapi­ens est que des femmes impliquées « dans de nom­breuses activ­ités du quo­ti­di­en, indis­pens­ables à la survie » (p. 203) ne sauraient être dom­inées. L’importance économique des activ­ités féminines suf­fi­rait donc à exclure la pos­si­bil­ité de leur sub­or­di­na­tion – une idée explicite­ment dévelop­pée dans les inter­views don­nés autour de l’œuvre. C’est là une vision bien naïve et démen­tie par toute l’histoire des dom­i­na­tions de genre et, au-delà, de l’exploitation du tra­vail. Il n’est qu’à regarder notre pro­pre société pour faire le con­stat fort banal qu’effectuer un tra­vail utile n’est nulle­ment un gage de recon­nais­sance, et encore moins de puis­sance sociale.

Conclusion

Au bout du compte, le réc­it que tisse Lady Sapi­ens à par­tir des don­nées de la sci­ence met en scène une ver­sion mod­ernisée du mythe du matri­ar­cat prim­i­tif ; mais là où c’était l’enfantement qui était cen­sé avoir con­féré aux femmes une place préémi­nente, c’est désor­mais leur activ­ité pro­duc­tive qui aurait assuré l’égalité paléolithique des sex­es. Sous cette lumière, ce loin­tain passé – sup­posé uni­forme durant des mil­lé­naires et de l’Amérique à l’Eurasie – ressem­ble étrange­ment au futur auquel aspirent à juste titre les fémin­istes con­tem­po­raines, jusqu’à une « fort pos­si­ble (…) ges­tion des iden­tités sex­uelles (…) bien plus ouverte et tolérante (…) que de nos jours » (p. 202). En réal­ité, c’est loin d’être l’hypothèse la plus prob­a­ble. Dans la mesure où les immenses lacunes de la doc­u­men­ta­tion archéologique peu­vent être éclairées par les obser­va­tions eth­nologiques, il est au con­traire beau­coup plus vraisem­blable que les mêmes caus­es ayant pro­duit les mêmes effets, les sociétés humaines du Paléolithique récent étaient car­ac­térisées tant par la divi­sion sex­uée des activ­ités que par des niveaux plus ou moins mar­qués et plus ou moins for­mal­isés de dom­i­na­tion mas­cu­line. Pré­ten­dre le con­traire a sans aucun doute quelque chose de séduisant, comme ont séduit toutes les théories pro­posant d’une manière ou d’une autre un âge d’or per­du des rela­tions entre les sex­es. Mais pour la sci­ence comme pour l’é­man­ci­pa­tion des femmes, les théories les plus séduisantes ne sont pas néces­saire­ment les plus justes et, par con­séquent, les plus utiles.

Anne Augereau, néolithi­ci­enne, Inrap, lab­o­ra­toire PréTech

Fan­ny Boc­quentin
, archéo-anthro­po­logue, Chargée de recherche CNRS, lab­o­ra­toire ArScAn

Bruno Boulestin
, anthro­po­logue, Uni­ver­sité de Bor­deaux, lab­o­ra­toire PACEA

Christophe Dar­mangeat
, anthro­po­logue social, maître de con­férences, Uni­ver­sité de Paris, lab­o­ra­toire LADYSS

Dominique Hen­ry-Gam­bier
, anthro­po­logue, direc­trice de recherche hon­o­raire CNRS, Uni­ver­sité de Bor­deaux, lab­o­ra­toire PACEA

Jean-Loïc Le Quel­lec
, préhis­to­rien, directeur de recherche émérite au CNRS, Insti­tut des Mon­des africains

Cather­ine Per­lès
, préhis­to­ri­enne, pro­fesseure émérite, Uni­ver­sité de Paris-Nan­terre, lab­o­ra­toire PréTech

Nico­las Teyssandi­er
, préhis­to­rien, Chargé de recherche CNRS, lab­o­ra­toire TRACES

Priscille Touraille
, anthro­po­logue sociale, Chargée de recherche CNRS, lab­o­ra­toire eco-anthro­polo­gie et eth­nolo­gie

24 commentaires

  1. Mer­ci pour la cri­tique de ce doc­u­men­taire qui m’avait lais­sé pour le moins per­plexe. J’y ai néan­moins appris qu’on pou­vait iden­ti­fi­er le sexe d’un cadavre en analysant l’empreinte cochléaire. J’ai trou­vé ça cool !

    1. J’ai appris cela aus­si. Mais apparem­ment, cela sup­pose une bonne con­ser­va­tion du crâne, ce qui est plutôt rare (mais là on sort claire­ment de mon domaine de com­pé­tence).

  2. Excel­lent arti­cle, mer­ci !
    Il est vrai que ces annonces récentes et médi­atisées d’un âge d’or fémin­iste me sem­blaient sus­pectes…
    On dirait que, pour cor­riger les biais idéologiques du passé, on fonce tête bais­sée dans d’autres biais, plus con­formes à l’idéolo­gie du moment, et sans doute plus vendeurs.

  3. mer­ci Christophe pour cette belle pré­ci­sion. Surtout que je n’avais ni vu ni lu LADY SAPIENS. je n’avais donc aucune idée du con­tenu.

  4. “L’anthropologie biologique a pour­tant mon­tré il y a plus de dix ans que la mesure de cet indice ne pou­vait en aucun cas être con­sid­érée comme une méth­ode sûre pour dis­crim­in­er le sexe” Quelqu’un pour­rait-il m’indi­quer quelques références (an anglais ou français, et même de préférence en alle­mand :-)), de la démon­stra­tion que l’indice de Man­ning ne pou­vait “en aucun cas” être con­sid­éré comme une méth­ode sûre ? L’ar­ti­cle Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_Manning#%C3%89tudes_sur_l’indice_de_Manning indique que cette “décou­verte” dat­erait de 2006, mais n’indique pas com­ment elle a été depuis rel­a­tivisée, voire com­plète­ment rel­a­tivisée (c’est à dire con­tred­ite). Mer­ci !

    1. Une référence :
      Brůžek, J., Lázničková-Gale­tová, M., Gale­ta, P., & Maes­trac­ci, J. (2012). Les empreintes de mains dans l’art par­ié­tal : Pos­si­bil­ités et lim­ites d’interprétations mis­es en relief par l’anthropologie médi­co-légale. In J. Clottes (Éd.), —L’art pléis­tocène dans le monde /​Pleis­tocene art of the world /​Arte pleis­to­ceno en el mun­do. Actes du Con­grès IFRAO, Taras­con-sur-Ariège, sep­tem­bre 2010 – Sym­po­sium « Appli­ca­tion des tech­niques foren­siques aux recherch­es sur l’art pléis­tocène » (p. 1187‑1206). Société préhis­torique Ariège-Pyrénées.

    1. Aie, car voilà que dans le livre « La Préhis­toire en 100 ques­tions », je lis page 134 – 135 « La dif­férence de longueur entre l’index et l’annulaire […] ([…] indice de Man­ning), con­firme qu’il s’agissait aus­si bien de mains de femmes que de mains d’hommes ». J.-P. DEMOULE a écrit cela en 2021, alors quelque­fois je dés­espère.

  5. Mer­ci pour cet arti­cle qui me sem­ble plein de bon sens. Une telle absence de dom­i­na­tion des hommes sur les femmes serait pour le moins sur­prenante au regard de ce qui est con­nu chez les chas­seurs col­lecteurs récents ou actuels, mais aus­si au regard de ce qui est observé chez la plu­part des mam­mifères, dont les espèces les plus proches de la nôtre. Une longue par­en­thèse inex­plic­a­ble, inex­pliquée ? Ou plutôt la jus­ti­fi­ca­tion d’une utopie ? Des rela­tions humaines non pol­luées par le pou­voir d’un genre, d’une eth­nie, d’une classe d’âge ou d’un statut social sur les autres, sont-elles pos­si­bles ?

  6. En fait, remar­ques sur un arti­cle paru en 2016 sur Academia.edu que j’ai trou­vé très intéres­sant et éclairant au sujet des échanges.
    Le Père Noël( et autres st. Nico­las et consorts)ne per­me­t­trait-il pas aux enfants de ne pas subir le poids du con­tre-don par l’idéal­i­sa­tion de ces fig­ures à la fois réelles et mythiques pour eux,inaccessibles de par leur éloigne­ment dans le temps et dans l’espace,et dégagées de toute con­trainte matérielle?( comme ne le sont pas les véri­ta­bles don­neurs…)
    Et com­ment class­er la “générosité” de puis­sants et rich­es don­neurs, apparem­ment sans con­trepar­tie puisqu’ impos­si­ble matérielle­ment, envers toutes sortes de per­son­nes qui devi­en­nent par là leurs oblig­és, leurs clients au sens latin, réserve d’alliés,d’électeurs ou d’ap­puis divers ? Est-ce que le pot­latch n’en serait pas un avatar ? Le pres­tige donne du pou­voir…

    1. J’ai l’im­pres­sion qu’on est un peu hors-sujet… Ne vous êtes-vous pas trompé de bil­let pour cette dis­cus­sion ?
      En tout cas, que le don, dans cer­taines cricon­stances (pas dans toutes, loin de là), puisse créer de l’oblig­a­tion morale et que ce soit là son objec­tif, qu’il con­fére ain­si du pres­tige (et une forme de supéri­or­ité sociale) au dona­teur, c’est tout à fait clair, et le pot­latch s’in­scrit man­i­feste­ment dans cette con­fig­u­ra­tion.

  7. Bon­jour, par­don pour cette ques­tion de non-spé­cial­iste prob­a­ble­ment naïve mais elle me taraude depuis un cer­tain temps : on par­le par­fois de matri­ar­cat pour qual­i­fi­er cer­taines sociétés notam­ment amérin­di­ennes, par exem­ple les Hopi, mais n’est-ce pas abusif et s’agit-il vrai­ment d’une dom­i­na­tion des femmes sur les hommes ou même d’une totale égal­ité entre les sex­es ? Le matri­ar­cat a‑t-il déjà été observé quelque part ou existe-t-il des témoignages solides per­me­t­tant d’imaginer une telle organ­i­sa­tion chez des sociétés anci­ennes ? Pou­vez-vous m’aider à y voir plus clair ou m’orienter vers une syn­thèse sérieuse sur cette prob­lé­ma­tique. Mer­ci d’avance. A.

    1. Votre ques­tion n’est pas du tout naïve, car l’idée d’au­then­tiques matri­ar­cats, bien qu’elle ait été mille fois réfutée, revient sans cesse sous une forme ou sous une autre. Et tous les autres points que vous relevez sont exacte­ment ceux qu’il faut exam­in­er. Je me per­me­ts en toute immod­estie de vous recom­man­der mon pro­pre bouquin sur le sujet : http://smolny.fr/product/le-communisme-primitif-nest-plus-ce-quil-etait (vous pou­vez aus­si fouiller ce blog pour y trou­ver divers bil­lets qui abor­dent la ques­tion).
      Bien à vous

  8. Bon­jour,
    Ma ques­tion n’est sans doute pas au bonne endroit, mais je n’en pas trou­vé de meilleur.
    J’ai suivi plusieurs de vos inter­ven­tions et vous évo­quez régulière­ment que la notion mod­erne de l’é­gal­ité des gen­res pour­rait venir du cap­i­tal­isme et de la moné­tari­sa­tion du tra­vail.
    Vous n’évo­quez jamais la maîtrise de la fécon­dité (con­tra­cep­tion, …), pourquoi ?

    1. Je com­mencerais par un argu­ment direct : l’idée de l’é­gal­ité des sex­es dans son sens con­tem­po­rain est née bien avant qu’ap­pa­rais­sent les moyens tech­niques de la maîtrise de la fécon­dité. Donc, claire­ment, la pre­mière ne peut pas s’ex­pli­quer par les sec­onds.
      En fait, cette maîtrise a évidem­ment comp­té, mais je me demande (je réfléchis tout haut, je peux dire des bêtis­es) si elle n’est pas au moins autant un effet qu’une cause. Parce qu’il ne suf­fit pas que les moyens de con­tra­cep­tion exis­tent pour qu’ils soient légaux et disponibles pour les femmes. Donc, s’ils ont pu jouer un rôle éman­ci­pa­teur dans cer­tains pays et à cer­taines épo­ques, c’est unique­ment parce que cette éman­ci­pa­tion avait déjà pris corps et con­quis un cer­tain nom­bre de posi­tions.
      Enfin, sur le fond, j’a­jouterais que les moyens de con­tra­cep­tion sont un élé­ment essen­tiel de la maîtrise par les femmes de leur fécon­dité. Mais je ne vois pas du tout com­ment ils pour­raient expli­quer l’aspi­ra­tion à l’in­dif­féren­ci­a­tion des rôles soci­aux selon le sexe.
      Bien à vous

  9. Mer­ci pour votre réponse.
    Je com­prends par­faite­ment l’ar­gu­ment d’an­téri­or­ité. Il y a‑t-il des études qui per­me­t­tent de lier cette idée d’é­gal­ité avec le type de société dans lequel elle nait ? Le cap­i­tal­isme me parait assez mon­di­al­isé, con­traire­ment à l’idée d’é­gal­ité des gen­res.
    Cor­diale­ment

    1. Je ne suis pas cer­tain de com­pren­dre votre ques­tion ; l’idée mod­erne de l’in­dif­féren­ci­a­tion des gen­res étant à ma con­nais­sance unique dans l’ensem­ble des sociétés humaines con­nues, il est dif­fi­cile de faire des sta­tis­tiques. Quant aux résis­tances (et aux reculs) qu’elle ren­con­tre, elles sont bien réelles. Mais ce qui est frap­pant, c’est qu’en deux siè­cles, cette idée a pro­gressé partout, même si elle ne s’est pas imposée, alors qu’au­par­a­vant, elle était, au sens strict du terme, impens­able.

  10. J’ai pu voir le doc­u­men­taire sur France 5 cette semaine. Les inter­ven­tions des sci­en­tifiques sont très intéres­santes. Je n’ai pas les com­pé­tences pour juger vrai­ment du fond, mais sur la forme, tout le reste tend à décrédi­bilis­er le pro­pos : la musique aux envolées lyriques, les images de syn­thèse de ces femmes fières et belles comme les Na’vi d’A­vatar, la voix off avec ses into­na­tions lan­goureuses et exaltées, qui sem­ble tout droit sor­tie du Seigneur des Anneaux, ou autre légende fab­uleuse… On est en effet plus proche du diver­tisse­ment grand pub­lic bien mar­keté que du doc­u­men­taire sci­en­tifique rigoureux et exigeant.

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