« Le genre précède-t-il le sexe ? » : quelques nouvelles réflexions

Il y a quelques années de cela, j’avais con­sacré un bil­let à cette affir­ma­tion pour le moins éton­nante de Chris­tine Del­phy, qui avait entraîné une dis­cus­sion nour­rie. Il se trou­ve que celle-ci a con­sti­tué le thème d’un débat organ­isé récem­ment par les Ren­con­tres de l’Esprit Cri­tique, un événe­ment toulou­sain. Sous l’égide d’un ani­ma­teur vig­i­lant, Lou Girard défendait la posi­tion de Del­phy tan­dis que Franck Ramus soute­nait l’opninion inverse.

Je n’ai pas été totale­ment con­va­in­cu par le choix d’imposer à la dis­cus­sion un cadre très rigide et for­mal­isé. Certes, la for­mule per­met un exposé très apaisé des deux posi­tions, et favorise une grande cour­toisie. Toute­fois, j’ai eu le sen­ti­ment que par moments, le for­mal­isme imposé en venait à focalis­er l’attention sur l’attitude réelle ou sup­posée des débat­teurs au détri­ment du fond de leurs argu­ments lui-même.

Quoi qu’il en soit, le débat est instruc­tif. Il me sem­ble que la pre­mière chose qu’on peut relever, c’est la dif­férence de reg­istre des deux argu­men­taires. Frank Ramus se réfère presque exclu­sive­ment à des faits, et presque jamais à des auteurs ; pour Lou Girard, c’est l’inverse. Au demeu­rant, à plusieurs repris­es, celle-ci s’efforce de se sor­tir de sit­u­a­tions dif­fi­ciles en pré­cisant que la pen­sée des auteurs qu’elle mobilise est com­plexe, et qu’elle ne pos­sède pas la com­pé­tence pour en restituer toutes les dimen­sions. Mon impres­sion est qu’il s’agit d’un procédé assez fréquent dans cer­tains milieux (et qui four­nit une esquive à bon compte), mais que j’ai rarement enten­du dans la bouche de gens qui mobil­i­saient Ein­stein, Dar­win ou Marx. Au pas­sage, il est un peu ironique qu’Odile Fil­lod, une des autri­ces évo­quées par Lou Girard et qui, pour sa part, écrit fort claire­ment, ait tenu sur les réseaux soci­aux à se démar­quer de l’interprétation qui était faite ici de ses travaux.

Pour en venir au débat de fond, on éprou­ve une cer­taine per­plex­ité devant le fait que Lou Girard, juste après avoir s’être défendue de soutenir l’absurdité selon laque­lle le genre (le rôle social attribué aux sex­es) précéderait la réal­ité biologique du sexe (qui pré­date l’humanité d’un mil­liard d’années), résume sa diver­gence avec Frank Ramus en répé­tant que pour lui, la nature précède la cul­ture, alors qu’en réal­ité, c’est la cul­ture qui précède la nature. Je ne crois pas être le seul à voir là une con­tra­dic­tion totale­ment insol­u­ble – celle-là même qui mine la posi­tion indéfend­able de Del­phy.

Tout une par­tie du débat tourne autour du sens qu’il con­vient de don­ner aux mots, et par con­séquent de la sig­ni­fi­ca­tion de l’aphorisme en débat. On peut en effet don­ner à l’affirmation « le genre précède le sexe » au moins trois sens dif­férents, et la dis­cus­sion est ren­due d’autant plus dif­fi­cile qu’elle oscille sans cesse de l’un à l’autre. Cepen­dant, tous trois sont insouten­ables – à moins, comme le rap­pelle Franck Ramus, de suiv­re Bruno Latour sur le fait que les choses n’existent pas dans la réal­ité avant que les humains leur aient don­né un nom, ce qui revient à résoudre une absur­dité par une absur­dité plus grande encore.

Pre­mier sens, donc, le plus immé­di­at : le genre précèderait le sexe con­sid­éré en temps que réal­ité biologique objec­tive. Il n’y a pas grand chose à ajouter aux argu­ments avec lesquels Franck Ramus réfute fort poli­ment cette absur­dité – absur­dité que Lou Girard se défend de repren­dre à son compte, dont acte.

Mais en fait, répon­dra-t-on, par le terme de « sexe », Del­phy n’entend pas la réal­ité biologique, mais le con­cept que les humains ont forgé du sexe. Une telle inter­pré­ta­tion peut sem­bler plus sub­tile. Elle est en réal­ité aus­si indéfend­able que la précé­dente. Com­ment, en effet, aurait-on pu con­cevoir l’idée qu’aux sex­es doivent cor­re­spon­dre des rôles soci­aux (le genre), sans avoir préal­able­ment perçu l’existence des sex­es (per­cep­tion découlant elle-même de leur réal­ité objec­tive) ? Cette ten­ta­tive de sauver l’affirmation de Del­phy en lui don­nant une fausse pro­fondeur est une impasse. Au pas­sage, le par­al­lèle avec la fameuse for­mule de Simone de Beau­voir (« On ne naît pas femme, on le devient ») est trompeur : par « femme », de Beau­voir joue sur l’ambiguité entre genre et sexe (réel) ; pas du tout sur celle entre genre et con­cept de sexe. Sa force provo­ca­trice vient pré­cisé­ment du fait que biologique­ment par­lant, on « est » une femme, et on ne le « devient » pas sous la pres­sion de la société.

Reste enfin une troisième inter­pré­ta­tion, qui me paraît con­stituer le dernier retranche­ment de ceux qui défend­ent l’aphorisme de Chris­tine Del­phy. Même si elle est rarement for­mulée de manière explicite, j’ai l’impression qu’elle sous-tend en fait le posi­tion­nement d’une par­tie au moins de ses par­ti­sans. Elle con­siste à penser que la vision exagéré­ment binaire du sexe serait le fruit de la vision rigide dic­tée par le genre – ce à quoi ren­voient les références répétées aux affir­ma­tions de l’historien Thomas Laque­ur. Admet­tons donc que les humains aient longtemps pos­sédé une vision exagéré­ment binaire du sexe biologique. Admet­tons encore que cette exagéra­tion soit due à la stricte bina­rité du genre. À ce stade, le raison­nement n’est bâti que sur un frag­ment oppor­tuné­ment choisi de la réal­ité ; car d’où vient la stricte bina­rité du genre, sinon de la stricte bina­rité de notre per­cep­tion du sexe biologique ? Et il suf­fit d’accomplir un pas sup­plé­men­taire pour se ren­dre compte que la propo­si­tion cen­sé­ment rad­i­cale sur genre et sexe se dis­sout en la banal­ité suiv­ante : le sexe est une réal­ité biologique en apparence stricte­ment binaire ; cette apparence a dic­té nos représen­ta­tions, que les avancées récentes de la sci­ence ont amené à rel­a­tivis­er (dans une mesure restant à appréci­er, cette ques­tion con­sti­tu­ant un autre débat).

Et sur ce, bon vision­nage !

28 commentaires

  1. Le mois dernier au sémi­naire Marx de l’ENS, à la fin de la séance sur Patrick Tort ce dernier c’est fait vu attribuer le qual­i­fi­catif de “facho” pour exacte­ment la posi­tion que vous tenez, à savoir que le genre est l’ex­pres­sion sociale du sexe. Plus pré­cisé­ment ce sont pour les pro­pos suiv­ant venant du livre Sexe Race & Cul­ture qui ont été cité : “C’est parce que le sexe biologique existe au niveau d’intégration que nous nom­mons « ani­mal » et à l’étage évo­lu­tif des ani­maux à généra­tion gono­chorique (c’est-à-dire impli­quant la sépa­ra­tion des sex­es et la pro­duc­tion de deux types de gamètes) que le « genre » peut devenir un con­cept. Si le sexe biologique n’existait pas en tant que tel, com­ment définiriez-vous le « genre » ?”.

    Tout ça pour dire que sur ce débat la ten­sion monte très vite et les anathèmes fleuris­sent facile­ment. Mer­ci de défendre une posi­tion matéri­al­iste sur ce sujet.

  2. l’in­tro­duc­tion du débat est éton­nante : il dit “les deux par­ties ont des a pri­ori” qui s’op­posent… un lap­sus qui donne du sens à votre texte cher col­lègue !

  3. L’in­flu­ence mutuelle nature/​culture est un vieux débat non ? Enrichi peut être encore par les recherch­es récentes à pro­pos des cul­tures chez cer­tains ani­maux ? Mais Il me sem­ble que l’on à d’abord besoin de matière pour avoir dif­férentes manières de faire avec, manip­uler, déplac­er, transformer.…non ? J’ai du mal a envis­ager un pur esprit préal­able à tt chose , du moins un jus de cervelle, (mais c’est déjà trop riche) .Et si elles étaient les deux faces d’une même pièce ? irrup­tion simul­tané.https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/a‑voix-nue/notre-culture-change-nos-genes-8808976

  4. Je trou­ve embê­tant d’écrire que Lou Girard “défendait la posi­tion de Del­phy”. Pour moi, ce qu’elle défendait ici est un mélange mal digéré (for­cé­ment, car il est indi­geste) de pen­sées de Beau­voir, Del­phy, Wit­tig et But­ler col­lées sur le sup­port illu­soire que fourni­rait la pré­ten­due démon­stra­tion par Laque­ur de l’in­ven­tion de la bicaté­gori­sa­tion de sexe biologique en Occi­dent au XVI­I­Ie. Cette posi­tion est avant tout celle d’un cer­tain mil­i­tan­tisme trans — bien qu’on puisse la trou­ver aus­si dans la lit­téra­ture académique en SHS -, et c’est d’ailleurs à ce titre que Lou Girard par­ticipe à ce débat : elle souligne sur son site web qu’elle n’est pas chercheuse en SHS, et même qu’elle ne revendique aucune exper­tise dans les matières sur lesquelles elle s’ex­prime publique­ment (ce que je trou­ve un poil con­tra­dic­toire, mais pas­sons). Durant ce débat elle tient à un moment à sig­naler que c’est de la Del­phy d’a­vant qu’elle par­le, avant qu’elle ne devi­enne “trans­pho­be”, or la posi­tion de Del­phy sur l’ar­tic­u­la­tion entre sexe et genre n’a pas var­ié, et ce qu’elle a écrit au sujet de la tran­si­d­en­tité en découle logique­ment. On ne saurait oppos­er les deux.

    1. Si vous souhaitez réelle­ment engager le débat, il va fal­loir être un peu plus pré­cis sur les raisons pour lesquelles ces ques­tions (rhé­toriques) invalid­eraient les raison­nements que je présente ici.

    2. N’y voyez pas une envie d’in­valid­er votre pro­pos , ces ques­tions vien­nent d’un ama­teur qui ne pré­tend pas pou­voir ali­menter sérieuse­ment le débat, et qui a peut-être mal lu votre texte. Mer­ci pour votre atten­tion

  5. Je trou­ve égale­ment embê­tant de dire que ce sont “les avancées récentes de la sci­ence” qui ont amené à rel­a­tivis­er la bina­rité du sexe, car la per­cep­tion de l’ex­is­tence de ce qui a été qual­i­fié d’her­maph­ro­disme ne date pas d’hi­er, non plus que la descrip­tion de dif­férents “cas” dans la lit­téra­ture médi­cale ain­si que le développe­ment de théories pour l’ex­pli­quer, de recom­man­da­tions de “prise en charge” médi­cale et de principes ou méth­odes visant à décider dans quelle case du sexe social les per­son­nes con­cernées devaient être rangées (tout cela dès l’An­tiq­ui­té). Les pro­grès de la biolo­gie ont certes per­mis d’avoir une appréhen­sion de plus en plus pré­cise de cet espace de non-bina­rité (les dif­férentes con­fig­u­ra­tions atyp­iques et leurs caus­es), mais sans jamais causer de révo­lu­tion con­ceptuelle ou de prise de con­science soudaine de la non-bina­rité, me sem­ble-t-il.

    1. Je pressen­tais qu’en écrivant cette phrase, je m’ex­po­sais à cette cri­tique par­faite­ment jus­ti­fiée. J’ai voulu faire une con­ces­sion, mais elle est effec­tive­ment sans objet. Dont acte.

  6. Mais je reviens à la ques­tion du “genre”, car c’est là que gît à mon avis le prin­ci­pal impen­sé de ce débat, dont pour ma part je ne vois pas en quoi il est instruc­tif même si je suis d’ac­cord avec vos remar­ques (dif­férence de reg­istre des deux argu­men­taires, mise en évi­dence facile que l’apho­risme “le genre précède le sexe” est soit une absur­dité, soit une banal­ité). Car ce n’est pas seule­ment la poly­sémie du mot “sexe” qui embrouille ce débat, mais aus­si celle du mot “genre”. Ce qui m’a frap­pée, c’est la référence à la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste faite à un moment par Lou Girard comme si elle était évidem­ment au cœur du sujet (ou tout au moins comme si elle con­sti­tu­ait le cor­pus prin­ci­pal sur lequel s’ap­puieraient les gens qui ne sont pas d’ac­cord avec l’apho­risme en ques­tion), et la réponse de Frank Ramus qui acqui­esce, en sig­nalant seule­ment qu’il s’ap­puie aus­si sur la biolo­gie de l’évo­lu­tion (je ne sais plus s’il emploie pré­cisé­ment cette ter­mi­nolo­gie-là mais n’ai pas le courage de revi­sion­ner). Or, dire que “le sexe précède le genre” au sens où vous définis­sez ce dernier (“le rôle social attribué aux sex­es”), ce n’est pas du tout la même chose que dire que “le sexe déter­mine en par­tie le genre psy­chologique” au sens de la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste, c’est-à-dire qu’avoir ou non un chro­mo­some Y (en gros, pour le dire vite), toutes choses égales par ailleurs, induit des dif­férences de dis­po­si­tions cog­ni­tives et com­porte­men­tales en rai­son de l’ex­is­tence de mod­ules cérébraux dont le développe­ment et/​ou le fonc­tion­nement est sous con­trôle géné­tique et hor­mon­al, et de pres­sions de sélec­tion dif­férentes subies par les femelles et les mâles de notre lignée évo­lu­tive qui ont façon­né led­it con­trôle de sorte que cela se traduit par des dif­férences de fonc­tion­nement de ces mod­ules (des dif­férences moyennes, avec un recou­vre­ment des dis­tri­b­u­tions des deux sex­es, car les ten­ant de ces théories evop­sy ne nient pas l’ex­is­tence de mul­ti­ples autres fac­teurs que le sexe biologique sur le fonc­tion­nement des­dits mod­ules pré­sumés).

    1. J’avoue être passé totale­ment à côté de cette dimen­sion, qui est effec­tive­ment essen­tielle. Dans mon esprit (à tort ou à rai­son), le genre se situe entière­ment du côté de l’ac­quis, et les éventuelles dif­férences cog­ni­tives innées seraient du côté du sexe. Mais j’avoue bien hum­ble­ment ne pré­ten­dre à aucune exper­tise sur ces aspects.

    2. Je ne suis pas sûre de com­pren­dre ce que vous enten­dez exacte­ment par “genre” dans la phrase “le genre se situe entière­ment du côté de l’ac­quis”. Quoi qu’il en soit, il me sem­ble que la con­fu­sion entre les deux sig­ni­fi­ca­tions de “genre” aux­quelles je fais référence (il en existe d’autres) explique pourquoi tout naturelle­ment, si j’ose dire, ce sont ces deux per­son­nes qui ont eu envie de se lancer dans ce débat assez vain. L’une adhère man­i­feste­ment à la croy­ance que les théories évop­sy sur le “genre psy­chologique” (iden­tité de genre, dis­po­si­tions cog­ni­tives et/​ou ten­dances com­porte­men­tales gen­rées) ne sont que le pro­duit de préjugés hétéro-patri­ar­caux, et donc évidem­ment du bull­shit, et l’autre adhère au con­traire à la croy­ance qu’il y a évidem­ment du vrai dans ces théories, et c’est leur adhé­sion à ces croy­ances qui les a amenées à s’ex­primer publique­ment sur les ques­tions de sexe/​genre (depuis plus de dix ans main­tenant pour ce qui con­cerne Frank Ramus).

    3. Je ne suis pas sûre de com­pren­dre ce que vous enten­dez exacte­ment par “genre” dans la phrase “le genre se situe entière­ment du côté de l’ac­quis”. Si genre = rôle social “attribué” au sens où la société/​culture attribue aux indi­vidus des rôles vers lesquels elle les pousse, aux­quels elle les con­di­tionne ou les con­traint, alors il va de soi qu’à l’échelle des indi­vidus, c’est de “l’ac­quis”. Mais quid de tous les com­porte­ments dont on con­state sim­ple­ment qu’ils sont adop­tés en moyenne plus fréquem­ment par les indi­vidus d’un groupe de sexe que par ceux de l’autre ? Quel con­cept utilisez-vous pour les désign­er, si vous ne con­sid­érez pas qu’ils sont tous entière­ment acquis ?

    4. Spon­tané­ment, je dirais bien que le fait qu’un com­porte­ment soit inné (et résulte donc de la sélec­tion sex­uelle) ou acquis par l’é­d­u­ca­tion est une chose, le fait qu’on le sache (sans se tromper) en est une autre. Donc, j’au­rais ten­dance à par­ler d’un trait lié au sexe dans le pre­mier cas, lié au genre dans le sec­ond. Encore une fois, la réal­ité est une chose, la con­nais­sance que nous en avons en est une autre, et je ne serais pas du tout gêné pour dire que nous ne savons pas, à l’heure actuelle, si cer­tains traits sont liés au sexe ou au genre. Après, j’imag­ine aus­si que la fron­tière entre les deux est loin d’être par­faite­ment définie, et que bien des traits par­ticipent à la fois de l’un et de l’autre. Mais je dis peut-être des bêtis­es…

  7. Les per­son­nes inter­sex­uées exis­tent (env­i­ron 0,018 % de la pop­u­la­tion) et doivent être pleine­ment recon­nues et respec­tées. Leur exis­tence n’invalide toute­fois pas la bina­rité du sexe chez Homo sapi­ens (comme chez les mam­mifères en général) pour une rai­son sim­ple : du point de vue stricte­ment biologique, il n’existe que deux fonc­tions repro­duc­tri­ces, deux types de gamètes (ovo­cytes et sper­ma­to­zoïdes), deux types d’organes cop­u­la­teurs (vagin et pénis) et deux types de gonades (ovaires et tes­tic­ules). Autrement dit, il n’existe que deux class­es de référence pour le sexe : mâle et femelle. Les sit­u­a­tions d’intersexuation ne cor­re­spon­dent pas à l’apparition d’un « troisième sexe » (ni d’un qua­trième ou cinquième), mais à des vari­a­tions — par­fois impor­tantes — qui se pro­duisent au sein de cette bina­rité.

    1. On peut dire la même chose sans bal­ancer un pour­cent­age qui n’a aucun sens s’il n’est pas asso­cié à une déf­i­ni­tion de ce qu’on entend par “per­son­nes inter­sex­uées” — en l’oc­cur­rence cet inter­naute anonyme a adop­té la déf­i­ni­tion très restric­tive de Sax (2002) et l’es­ti­ma­tion qui allait avec.

  8. Salut !

    Je suis d’ac­cord avec les remar­ques de cet bil­let ici etc de le pre­mier sur ce thème. C’est impor­tant aus­si saisir les con­se­quences poli­tiques que découlent de cette démarche, Presque unanimes dans lá gauche et le mou­ve­ment ouvi­er, soit la propo­si­tion selon laque­lle les per­son­nes trans* réel­ment appar­tient au gente “choisi”, et même ont les mêmes droits que les femmes. Cette posi­tion aide l’éro­sion des droits dês femmes etc está um dês fac­teurs que la extreme droite a exploité con­tra la gauche em gén­er­al

  9. Il y a un livre intéres­sant sur le sujet : Thier­ry Hoquet, Des sex­es innom­brables. Le genre à l’épreuve de la biolo­gie, 2016, Paris, Le Seuil.

  10. J’ai fait un mas­ter de socio du genre à Toulouse-II il y a un peu plus de dix ans. Je me sou­viens que déjà à l’époque, le mot “genre” n’é­tait pas sim­ple à saisir. Entre les auteur-es qui l’u­til­i­saient au sin­guli­er, à la façon d’une para­phrase pour désign­er “les rap­ports soci­aux entre les sex­es”, et celles et ceux qui l’u­til­i­saient plutôt dans l’idée d’un proces­sus pour insis­ter sur le car­ac­tère con­stru­it de cer­tains faits soci­aux (en soci­olo­gie de l’é­d­u­ca­tion par ex). Sans compter ceux qu’on appelait à l’époque les queer, héri­tiers de la Théorie Queer de But­ler and co, qui util­i­saient le mot genre… j’ai jamais trop com­pris dans quel sens exact finale­ment. Trou­bles dans le genre est un bouquin célèbre, mais obscur.
    En 2025, c’est devenu encore pire parce que le mou­ve­ment trans, inaudi­ble il y a 10 ans, s’est tail­lé une belle part d’in­flu­ence et main­tenant beau­coup de per­son­nes utilisent genre comme une sorte d’équiv­a­lent de “iden­tité sociale de sexe per­son­nelle­ment choisi ou ressen­ti”. En ne faisant même plus référence à la bina­rité du sexe biologique.
    Et que d’autres encore se sont mis à avoir peur du mot sexe, et utilisent genre à la place du mot sexe pour désign­er sim­ple­ment les hommes et les femmes.
    Bref, j’ai beau avoir un bac+5 en sci­ences humaines avec une spé­cial­ité sur le sujet et un intéret très ancien pour ces ques­tions, j’ai l’im­pres­sion de ne rien com­pren­dre du tout aux débats actuels.
    Parce que le mot genre est devenu un piège, que dans une même dis­cus­sion un inter­locu­teur peut pass­er d’une déf­i­ni­tion à l’autre sans même sans rende vrai­ment compte.

  11. Avatar de Inconnu
    Joachim Müllner

    Ravi de lire votre papi­er à pro­pos de ce débat très intéres­sant autant sur la forme que sur le fond !

    Voici les élé­ments que j’avais pen­sé bon de not­er en partageant l’émis­sion sur la page de ” Le Libre-Arbi­tre n’ex­iste pas”:

    En regar­dant cet entre­tien, je suis une fois de plus éton­né de voir à quel point la gauche rad­i­cale con­tem­po­raine aime à pren­dre, elle aus­si, les excep­tions pour con­tredire la règle plutôt que pour la con­firmer.

    Je veux dire, pren­dre les quelques exem­ples de géné­tiques inter­sex­es pour con­tredire la règle indis­pens­able à la survie des espèces ani­males que nous sommes qu’est le gono­cho­risme et penser ain­si « prou­ver » qu’il y aurait un « con­tin­u­um » entre mâles et femelles humains et que donc les représen­ta­tions binaires ne seraient que seule­ment arbi­traires et cul­turelles : n’est-ce pas faire exacte­ment la même chose que les libre-arbi­tristes méri­to­crates qui pren­nent les quelques tran­sclass­es en exem­ple pour « prou­ver » que le déter­min­isme social n’existe pas et que donc « si tu veux tu peux » ?

    N’est-ce pas la même chose que fait Grae­ber lorsqu’il prend des exem­ples de la diver­sité des sociétés humains pour « prou­ver » que les humains sont « libres » de « s’autodeterminer » ?

    N’est-ce pas la même chose que font les fémin­istes idéal­istes lorsqu’elle pren­nent quelques exem­ples de tribus dites matri­ar­cales (ce qui est con­testé) pour « prou­ver » que le patri­ar­cat n’est pas l’expression poli­tique de la divi­sion sex­uelle du tra­vail en rai­son des dif­férences biologiques entre mâles et femelles mais le fruit d’une libre déci­sion des hommes d’opprimer les femmes (et mais ça alors, dans le monde entier et depuis la nuit des temps)?

    Et puis, si le com­bat pour la recon­nais­sance du droit de tout humain à pou­voir expri­ment pleine­ment son iden­tité de genre comme sa sex­u­al­ité est un com­bat évidem­ment fon­da­men­tal, n’est-ce pas tou­jours aus­si éton­nant de voir le car­ac­tère biologique du dimor­phisme sex­uel remis en ques­tion pré­cisé­ment par des per­son­nes trans (et non pas non-binaires) et qui sont donc elles-mêmes l’expression de cette dif­férence vécue, vis­i­ble et ressen­tie entre mâles et femelles, épou­sant l’expression de genre de l’autre sexe et allant même par­fois jusqu’à se faire mod­i­fi­er physique­ment pour pré­cisé­ment pren­dre jusqu’aux car­ac­téris­tiques biologiques de « l’autre sexe ». Le con­tin­u­um c’est donc seule­ment pour les autres ?

    Ques­tion encore, si nous avions un con­tin­u­um sex­uel sur le plan géné­tique, à par­tir de quel pour­cent­age de pro­por­tion de chro­mo­somes de xx xy deux organ­ismes pour­raient-ils se repon­duire ?

    Non mais franche­ment. Au nom du com­bat si légitime pour la jus­tice car pour l’égalité des indi­vidus, la gauche pro­gres­siste est allée jusqu’à s’inventer des argu­ments telle­ment absur­des que cela dessert une cause pour­tant si juste. Et je suis tjs hal­lu­ciné de voir à quel point la gauche pré­cisé­ment matéri­al­iste et qui se dit si sou­vent « marx­iste » peut à ce point vers­er dans un dual­isme nature/​culture autant que dans un idéal­isme libre-arbi­triste hal­lu­ci­nant.

    Vive­ment que les soci­o­logues aient une cul­ture générale min­i­male en biolo­gie, que les biol­o­gistes aient une cul­ture générale min­i­male en soci­olo­gie, car nous par­lons pour­tant bien là des mêmes choses sim­ple­ment à des niveaux d organ­i­sa­tion de matière dif­férents.

  12. Je partage vos ques­tion­nements, mais je ne suis pas d’ac­cord sur l’u­til­i­sa­tion de l’ex­pres­sion “gauche pro­gres­siste”.

    Pour avoir beau­coup fréquen­té le milieu LGBT+, ce n’est pas for­cé­ment des endroits où les gens votent tous à gauche, loin de là. Je me sou­viens du cen­tre LGBT de Bor­deaux où j’ai croisé plusieurs électeurs RN… y com­pris par­mi des per­son­nes trans. Le mag­a­zine Tetu (via l’I­FOP) avait d’ailleurs fait un sondage à l’oc­ca­sion des prési­den­tielles de 2022 : les écarts entre les électeurs LGBT et les autres sont finale­ment assez faibles et le vote à droite ou l’ex­trême droite est aus­si impor­tant chez les LGBT.

    Bref, croire que cette évo­lu­tion des théories LGBT est le délire d’une gauche rad­i­cale me sem­ble faux. Si his­torique­ment on peut peut-être faire un lien entre gauche et défense des minorités, il me sem­ble que ça fait longtemps que les mou­ve­ments dits pro­gres­sistes se sont autonomisés de la gauche… voire vien­nent la con­tredire (uni­ver­sal­ité VS poli­tiques iden­ti­taires par ex).

    Et à mon sens, on peut faire à peu près le même con­stat chez les fémin­istes. En devenant “main­stream”, le fémin­isme a aus­si changé son pub­lic et de nom­breuses fémin­istes ne sont pas ou plus vrai­ment de gauche. Et ca se sent dans les con­cepts mis en avant (“priv­ilège” indi­vidu­el au lieu d’analyse col­lec­tive…) comme dans les moyens de militer (appel à la cen­sure de con­férence uni­ver­si­taire…).

    Que des approches non-sci­en­tifiques aient le vent en poupe dans ces milieux ne m’é­tonne pas beau­coup au regard de l’évo­lu­tion des gens qui fréquentent ces milieux.

  13. Bon­jour, le qual­i­fi­catif util­isé pour qual­i­fi­er la posi­tion de P. Tort était inap­pro­prié. Il y a cer­taine­ment un moyen d’ef­fectuer un tra­vail de clar­i­fi­ca­tion con­ceptuel, car les incom­préhen­sions exis­tent des deux côtés. Quoi qu’il en soit, ma réac­tion exces­sive n’y a pas con­tribuer et je m’en excuse.

  14. Comme sou­vent ce genre de débat sem­ble mené depuis le Moyen-âge qui aimait tant débat­tre du sexe/​genre des anges. Il y manque pour être mod­erne l’actualisation des sci­ences sociales et la maîtrise de con­cepts venus de la physique ou des math­é­ma­tiques et qui mon­trent pour­tant leur fécon­dité en géné­tique des pop­u­la­tions, analyse des mythes, mor­phogenèse, phy­lo­genèse, etc. Ain­si le con­cept de bassin d’attraction, venu de la théorie du chaos sto­chas­tique (fondée au départ sur l’étude de flu­ides visqueux dont le com­porte­ment rap­pelle le flu­age des bassins de gènes), per­met de dépass­er l’opposition stérile héritée du nom­i­nal­isme binaire de Pla­ton, et renou­velés par Descartes (esprit vs matière, nature vs cul­ture, cause vs con­séquence, etc) de répudi­er en inanité les con­cepts d’origine (et donc de téléolo­gie, si chère aux marx­istes), de révis­er la causal­ité.

    Des con­cepts tels que le théorème de plonge­ment (qu’advient-il quand une forme est plongée dans un englobant aux car­ac­téris­tiques dif­férentes ?), ceux issus de la quan­tique (qui renou­velle la philoso­phie naturelle), les mor­phogènes (topos) qui peu­vent ren­dre compte tant du com­porte­ment de la matière, de l’univers, de la dynamique de notre cog­ni­tion ou de cer­tains « piv­ots » his­toriques, et sin­gulière­ment pour le sujet abor­dé ici de la dialec­tique culture/​nature, de telles notions parais­sent ignorées par des uni­ver­si­taires (que je ne suis heureuse­ment pas), englués dans des par­a­digmes con­ceptuels suran­nés.

    C’est d’autant plus grave que ces con­cepts ne sont pas suran­nés pour tout le monde, notam­ment pour l’hypercapital où tra­vail­lent désor­mais les meilleurs esprits, dont les études et résul­tats sont privés et mis au ser­vice du dit hyper cap­i­tal, qui aura les moyens et matériels et sci­en­tifiques de pro­mou­voir des débats – notam­ment celui sur le sexe vs genre, mais il y en bien d’autres – dont la final­ité n’est nulle­ment sci­en­tifique mais idéologique et mil­i­taire, le tout dans le silence des agneaux sourds accou­rus volon­taire­ment à l’abattoir pour débat­tre.

    A lire : Moissons et Semailles de Grothen­dieck, à voir sur YT : Olivia Caramel­lo sur la notion de « pont »

  15. Bon­jour.
    1) Com­ment pour­rait-on faire de l’archéolo­gie du genre avec une telle con­cep­tion de ce dernier ? Cela me sem­blerait tout sim­ple­ment impos­si­ble.
    2) Que penser de la théorie de Thomas Laque­ur selon laque­lle la bina­rité du sexe est une con­cep­tion récente et occi­den­tale et qu’elle serait par con­séquent un héritage colo­niale chez les peu­ples autochtones ? Dans la mesure où le sex­isme et la dom­i­na­tion mas­cu­line, en Occi­dent ou ailleurs, est sen­sé être bien plus anci­enne que le XVI­I­Ie siè­cle, cette posi­tion me parait fort étrange. Que veut-il dire exacte­ment ?

    1. Je n’ai guère d’élé­ments pour vous répon­dre de manière pré­cise sur tout cela. En par­ti­c­uli­er, n’ayant pas lu T. Laque­ur, je ne peux absol­u­ment rien dire sur le sec­ond point (sinon qu’a pri­ori, cette posi­tion, ou la manière dont on la traduit, est effec­tive­ment absurde)…

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