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Parution : Le communisme primitif n'est plus ce qu'il était. Aux origines de l'oppression des femmes (4e ed., La Découverte)

C’est aujourd’hui même que paraît la quatrième édition de mon Communisme primitif..., dans la collection de poche des éditions La Découverte, au prix de 15 € pour la version papier.

Je rappelle ce que j’expliquais déjà il y a quelques semaines : le texte reprend quasiment à l’identique la version anglaise de 2024. Par rapport à la troisième édition française de 2022, deux modifications principales sont intervenues. Sur la forme, ce qui était auparavant une préface a dorénavant été intégré au corps du texte. Sur le fond, la principale modification a concerné la prise en compte de l’hypothèse d’une domination masculine héritée de longue date dans notre lignée de primates, et qui aurait donc été en quelque sorte « humanisée » par la division sexuée du travail. Sans considérer qu’elle est avérée, je considère dorénavant que cette hypothèse est tout à fait admissible, et que j’avais tort de la rejeter par principe dans les versions précédentes du texte (ce que j'expliquais dans ce billet).

➥ Retrouvez la présentation sur le site de l’éditeur

16 commentaires:

  1. Bonne nouvelle ! Merci pour cette publication en poche :)

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  2. t'es fâché avec Smolny ?

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    1. Absolument pas ! La Découverte a proposé de reprendre le titre et Smolny l'a accepté très volontiers – j'en profite pour les remercier chaleureusement de manière publique.

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  3. Bonjour Monsieur,

    Je suis étudiant en Histoire et j'ai découvert vos travaux ainsi que votre blog à travers votre excellent livre sur la guerre avant l'État paru récemment. J'aurais quelques questions et réflexions que je souhaiterais vous soumettre afin de clarifier ma compréhension de la dyade sexe/genre. Je m'excuse d'avance si certaines de ces questions trouvent déjà leurs réponses dans l'un de vos ouvrages ou billets de blog.

    Ma compréhension de la dyade sexe/genre est la suivante :
    Il y a, dans un premier temps, une base matérielle, c'est-à-dire, la division de notre espèce (et de nombreuses autres) en deux sexes (mâle et femelle). Ensuite, j'imagine, depuis que les humains sont capables de produire de la culture immatérielle via le langage abstrait, vient le genre, qui est la mise en relation, de manière normative, entre "quelque chose" (vêtements, comportements, prénoms, activités…) et l'un ou l'autre des deux sexes. C'est pour cela que l'on a deux genres, la féminité et la masculinité, que l'on a des choses féminines, masculines et neutres (dans le sens non genrées). Par exemple, le prénom Anna, la jupe et le maquillage n'ont, en soi, aucune symbolique particulière. Ils deviennent genrés (ici féminins) lorsqu'ils sont associés à l'un ou l'autre des deux sexes (ici féminin).

    J'imagine que, sans être "naturelles", certaines de ces associations (je pense notamment à la division sexuelle du travail) ne sont pas le fruit du hasard et qu'elles peuvent s'expliquer, en partie, par des facteurs matériels, mais cela soulève une autre question. Le genre est donc le fait culturel d'associer des normes, des codes, des attentes et des prérogatives aux individus en fonction de cette donnée qu'est le sexe. Le sexe peut, théoriquement, exister sans le genre, cependant, le genre ne peut exister sans le sexe.

    Est-ce correct ? Si oui, j'aurais quelques questions :

    1. Peut-on dire que le genre est une catégorie sociale ? N'est-ce pas plus un sexisme, au sens strict du terme, qui catégorise les individus en fonction de leur sexe ? J'ai vu des listes mentionnant jusqu'à 72 catégories de genres, allant de non-binaire en passant par trigenre, et même xénogenre. En essayant de comprendre ce à quoi cela faisait référence, je n'ai rien trouvé de mieux que des définitions tautologiques auto-déclaratives qui ne faisaient référence à rien de falsifiable ou empirique, rien de perceptible ou de concevable.

    2. Peut-on parler de "troisièmes genres" ? Les cas des Hijras, des Muxe ou des berdaches sont-ils vraiment des troisièmes genres ? En analysant cela de plus près, j'ai plutôt eu l'impression qu'il s'agissait de personnes transgenres, au sens strict du terme, c'est-à-dire des mâles qui endossent des rôles féminins ou des femelles qui endossent des rôles masculins.

    3. Est-il correct de parler d'égalités des genres ? Ne serait-il pas plus juste de dire que le genre structure l'inégalité entre les sexes ?

    Je vous remercie d'avance pour vos clarifications et corrections.

    Avec mes meilleures salutations.

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    1. Toute votre entrée en matière est à la fois d'une grande clarté et parfaitement correcte sur le fond. Pour vous répondre rapidement : 1) le genre est à la fois une catégorisation sociale ET un sexisme, tout comme une société qui réserverait certaines tâches / certains lieux, etc. aux individus en fonction de la couleur de leur peau serait une société raciste. 2) Tout dépend de ce qu'on entend par le terme de troisième sexe, mais effectivement, j'incline à partager votre appréciation, même si je n'utiliserais pas le terme de transgenre, qui aujourd'hui renvoie aussi (à tort !) à l'idée de transsexualité. 3) L'égalité des sexes (ou des genres) est une expression qui, à strictement parler, n'a aucun sens. Je préfère parler de l'identité des genres... c'est-à-dire de leur disparition.
      Sur tout cela, je vous indique un billet de ce blog (avec de nombreux commentaires) : https://www.lahuttedesclasses.net/2014/09/le-genre-cree-le-sexe-vraiment.html, et surtout le bouquin qui est l'objet de ce billet.
      Bien à vous

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    2. ce qui est sur, c'est que le mot genre est devenus source de confusion. J'ai l'impression qu'il y a au moins 3 usages différents qui se télescopent dans les discours actuels, sans qu'on prenne jamais vraiment le temps de se définir (et du coup de se comprendre)

      - le genre comme catégorie sociale adossée au sexe biologique (sens utilisé généralement en sciences humaines)
      - le genre comme identité auto déclaré (sens militant dans les groupes LGBT+, et notamment les groupes transactivistes)
      - le genre utilisé (à tord) à la place du mot sexe (utilisation de plus en plus courante dans les journaux mainstreams)

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    3. Pas mieux – et c'est un plaisir d'avoir un interlocuteur aussi rigoureux !

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    4. En effet, je suis également confus au sujet de ce concept de "troisième genre". Par exemple, dans son intervention chez France Inter le 17 février, Anne Augereau mentionna un possible troisième genre dans les sociétés préhistoriques. Cependant, ensuite, elle dit qu'il s'agit d'hommes ou de femmes qui endossent des rôles propres au sexe opposé. Je ne vois pas où serait le troisième genre puisque on reste dans le cadre de deux sexes : "homme" et "femme" et deux genres : "masculin" et "féminin". Il n'y a donc, selon moi, pas un troisième genre, dans le sens où il n'y a pas une troisième normativité culturelle de sexe en plus de la masculinité et de la féminité. Si on parle de "troisième genre" ou de "non-binaire" pour parler d'hommes endossant (partiellement) des rôles féminins ou de femmes endossant (partiellement) des rôles masculins, alors tout le monde l'est car absolument personne ne correspond strictement aux normes culturelles de son sexe (cela est encore plus vrai à notre époque). Par exemple, dire qu'une femme militaire (rôle traditionnellement masculin) constitue un troisième genre, crée selon moi plus de confusion qu'autre chose. Selon moi, l'appellation est donc effectivement pas la plus adéquate car elle n'est pas la plus pédagogique. En effet, une forte confusion est visible dans les commentaires de l'extrait de France Inter publié sur les réseaux sociaux.

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    5. En fait, il me semble que ce que l'on appelle un « troisième genre » recouvre la situation bien particulière où la société reconnaît de droit (pour la simple reconnaissance de fait, je n'y ai pas réfléchi) un statut spécifique pour les individus qui ne sont socialement des hommes, ni des femmes – ou qui sont les deux à la fois. L'exemple ethnographique qui vient à l'esprit est celui des « berdaches » (ou « deux-esprits ») d'Amérique du Nord. Là, on est vraiment dans une situation particulière et reconnue comme telle, et pas simplement dans le cas d'une femme qui vit (en partie) comme un homme ou réciproquement. Et clairement, même si partout des individus tentent de transgresser avec plus ou moins de radicalité les normes de genre, toutes les sociétés ne reconnaissent pas l'existence de tels statuts « hors genre binaire ».

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    6. Et encore, il faut relativiser le cas des berdaches - qui connait de très nombreuses variations locales en Amérique du Nord - car il me semble que chez plusieurs peuples, il s'agit "simplement" de la possibilité pour un homme de vivre et de faire les activités traditionnellement dévolues aux femmes et/ou pour une femme de faire les activités des hommes. Dans ces cas, il n'y a pas de troisième sexe, mais une possibilité de ne pas aligner le sexe biologique sur le role social sous certaines conditions. Chez d'autres peuples, des activités spécifiques sont dédiés à ces personnes ni hommes ni femmes et dans ce cas la notion de 3e sexe a du sens.

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    7. D'accord, à un détail près : plutôt parler ici de troisième genre que de troisième sexe (qui, pour le coup, n'existe pas chez les humains, ceux-ci ne produisant que deux sortes de gamètes).

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    8. En effet, si je me réfère à ce billet de blog : https://www.lahuttedesclasses.net/2013/12/questions-de-genre-et-de-sexe-chez-les.html. Chez les Iroquois, les « berdaches » sont des hommes qui, refusant la vie de guerrier, sont mis au ban de la société masculine. Ils n'ont pas tellement l'air d'avoir un statut reconnu et respecté, puisqu'ils sont dits « ostracisés » et que la société attend toujours d'eux qu'ils se rachètent et endossent les rôles masculins, c'est-à-dire, la guerre et la chasse. Il est dit qu'ils adoptent les occupations des femmes sans pour autant en acquérir les droits, ce qui confirme qu'il s'agit, de facto, d'une transgression en diagonale (mâle féminin) de la dyade sexe (mâle/femelle), genre (masculinité/féminité). Chez les Cherokee, la transgression se fait dans l'autre sens (femelle masculine), ce qui n'était semble-t-il pas permis chez les Iroquois.

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    9. Oui bien sur, j'ai écris trop vite.

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  4. Bonjour,
    Par curiosité : a-t-il existé une société humaine dont tous les prénoms étaient unisexes, c’est-à-dire, non genrés ?

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    1. Marc Guillaumie06 mars, 2026 11:17

      Les Inuit, selon Bernard Saladin d'Anglure (qui est d'ailleurs évoqué sur ce blog) :
      https://shs.cairn.info/revue-diogene-2004-4-page-157?lang=fr

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    2. On retrouve aussi un peu ça dans la culture sikh je crois - originaire du Pendjab, en Inde -, même de nos jours. La plupart des prénoms sont mixtes. Par contre la sexuation se retrouve ailleurs puisque hommes et femmes n'ont pas les mêmes noms de famille. (Je dis ça de mémoire, lectures un peu anciennes)

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