Un amendement au Communisme primitif…

Ce qu’il y a d’ir­ri­tant (ou, au con­traire, de pro­fondé­ment stim­u­lant, allez savoir…) dans un tra­vail de recherche, c’est qu’on n’a jamais fini de trou­ver des prob­lèmes, même aux ques­tions qu’on pen­sait avoir à peu près résolues. Il y a à peine quelque mois, mon Com­mu­nisme prim­i­tif n’est plus ce qu’il était… con­nais­sait sa troisième édi­tion, pour laque­lle j’avais dûment relu et cor­rigé le texte (pour la cen­tième fois au moins, et sans doute beau­coup plus). Eh bien, à la pré­pa­ra­tion de la tra­duc­tion anglaise, que croyez-vous qu’il arrivât ? J’ai encore trou­vé des mal­adress­es, quelques menues mais franch­es erreurs — comme cet « actuel Zaïre » qui avait échap­pé à tous les relecteurs depuis des années. Mais j’ai aus­si mis le doigt sur au moins une idée qui m’est apparue après-coup comme franche­ment fausse, et qui méri­tait une nou­velle rédac­tion – le plus vex­ant étant de se deman­der com­ment je ne m’en étais pas ren­du compte plus tôt, alors même que plusieurs inter­locu­teurs avaient été gênés par ce pas­sage et avaient pris la peine d’en dis­cuter avec moi.

La divi­sion sex­uelle du tra­vail chez les Baruya, lors de la con­struc­tion d’une tsimia (mai­son rit­uelle). Les femmes, regard bais­sé, appor­tent la chaume con­sti­tu­ant la « peau » de la con­struc­tion, que les hommes dis­posent sur sa char­p­ente. Pho­togra­phie P. Lemon­nier, 1985.

Les pages incrim­inées sont celles où je dis­cute des pos­si­bles orig­ines de la divi­sion sex­uelle du tra­vail. Out­re le fait que je n’écrivais pas assez claire­ment que l’ab­sence cru­elle de don­nées archéologiques rend les raison­nements sur ce point extrême­ment frag­iles et spécu­lat­ifs – cet oubli est doré­na­vant réparé – je polémi­quais con­tre Mau­rice Gode­lier, qui écrivait que la dom­i­na­tion mas­cu­line ne pou­vait découler de la divi­sion sex­uelle du tra­vail, puisque celle-ci découlait de celle-là. Je con­tin­ue à penser que j’avais tout à fait rai­son de réfuter cette impli­ca­tion, et que la dom­i­na­tion mas­cu­line peut fort bien avoir été le sous-pro­duit involon­taire d’une divi­sion sex­uelle du tra­vail apparue pour d’autres raisons. Mais là où j’avais tort, c’est en élim­i­nant l’éven­tu­al­ité d’une dom­i­na­tion mas­cu­line préex­is­tante soulevée par Gode­lier et en com­met­tant ain­si une erreur symétrique à la sienne.

Voici donc la rédac­tion cor­re­spon­dant à la future édi­tion anglaise (et à une pos­si­ble qua­trième édi­tion française !), de la par­tie inti­t­ulée « Divi­sion sex­uelle du tra­vail et dom­i­na­tion mas­cu­line : la cause et la con­séquence », qui clôt le chapitre 5 :

À tout cela, il faut ajouter encore une chose. Le cas des Achuar mon­tre qu’une divi­sion sex­uelle du tra­vail inéquitable, plaçant les femmes en posi­tion de sub­or­don­nées, sous la coupe directe ou indi­recte des hommes, les pri­vant dans une cer­taine mesure du con­trôle sur leurs moyens de pro­duc­tion et sur leurs pro­duits, n’est pas un élé­ment indis­pens­able à la dom­i­na­tion mas­cu­line. De là à dire que la divi­sion du tra­vail ne con­stitue pas la cause de la dom­i­na­tion mas­cu­line, mais bien plutôt sa con­séquence, il n’y a qu’un pas. C’est très exacte­ment celui que fran­chis­sait Mau­rice Gode­lier lorsqu’il écrivait dans une for­mule sou­vent citée : « La divi­sion du tra­vail chez les Baruya ne peut donc expli­quer la dom­i­na­tion sociale des hommes puisqu’elle la pré­sup­pose. »

Le rap­port entre dom­i­na­tion mas­cu­line et divi­sion sex­uelle du tra­vail ressem­ble fort à un prob­lème de poule et d’œuf, face auquel on est une fois encore con­traint, faute d’éléments, de se repos­er sur le seul raison­nement, avec les lim­ites qu’imposent un tel exer­ci­ce.

La dom­i­na­tion mas­cu­line, quelle que soit son orig­ine, a‑t-elle comme l’affirme Gode­lier précédé, et façon­né, la divi­sion sex­uelle du tra­vail ? Une telle hypothèse ne peut être écartée, pour une rai­son très sim­ple : la dom­i­na­tion mas­cu­line se ren­con­tre dans le monde ani­mal. Du point de vue de l’organisation sociale et des rap­ports entre les sex­es, le groupe des pri­mates fait preuve d’une impres­sion­nante diver­sité. Toute­fois, chez les espèces les plus proches de la nôtre, celles des grands singes, on observe une nette ten­dance à la présence d’une coerci­tion et d’une vio­lence mas­cu­lines. C’est en par­ti­c­uli­er le cas chez le chim­panzé dit robuste (Pan troglodytes), car­ac­térisé notam­ment par un fort dimor­phisme sex­uel et la patrilo­cal­ité. Dans cette espèce, les rap­ports entre mâles sont volon­tiers con­flictuels et peu­vent aller jusqu’au meurtre – des groupes de mâles patrouil­lant leur ter­ri­toire et s’en prenant aux mâles « étrangers » isolés. De même, les mâles sont glob­ale­ment dom­i­nants vis-à-vis des femelles, et leur imposent par­fois des cop­u­la­tions col­lec­tives. On ne peut donc exclure qu’homo sapi­ens, tout comme son espèce cou­sine, soit issu d’un ancêtre partageant ces traits, et que la divi­sion sex­uelle du tra­vail édi­fiée à une époque ultérieure se soit con­stru­ite de manière à préserv­er et con­solid­er la posi­tion dom­i­nante des mâles.

Un autre scé­nario doit toute­fois être envis­agé, du fait qu’une autre espèce se situe à égale dis­tance géné­tique et évo­lu­tive de la nôtre : il s’agit des chim­panzés graciles, ou bono­bos (pan panis­cus). En ce qui con­cerne tant leurs car­ac­tères biologiques que leurs rela­tions sociales, ils présen­tent un vis­age fort dif­férent des chim­panzés robustes. Mar­qués par un très faible dimor­phisme sex­uel, ils sont égale­ment exempts de toute forme d’exclusivité sex­uelle ou de dom­i­na­tion mas­cu­line – les quelques sit­u­a­tions observées de har­cèle­ment sex­uel y sont plutôt le fait des femelles. Or, nous n’avons pour l’heure aucun moyen de déter­min­er si le dernier ancêtre com­mun des humains avec les chim­panzés robustes et graciles ressem­blait davan­tage aux pre­miers ou aux sec­onds. Autrement dit, nous ne savons pas si la dom­i­na­tion mas­cu­line observée dans l’espèce humaine est un car­ac­tère très ancien, partagé avec les chim­panzés robustes ou si, au con­traire, il a été acquis tar­di­ve­ment – et dans ce cas, à quelle époque de l’hominisation. Dans cette sec­onde hypothèse, on peut tout à fait imag­in­er que la divi­sion sex­uelle du tra­vail se soit mise en place sans que la dom­i­na­tion mas­cu­line lui préex­iste ; qu’elle se soit dif­fusée en rai­son des avan­tages qu’elle procu­rait en ter­mes de pro­duc­tiv­ité ; que l’une de ses modal­ités – le mono­pole mas­culin des armes les plus létales — ait secrété, à titre de sous-pro­duit, une posi­tion dom­i­nante pour les hommes ; et que cette posi­tion dom­i­nante ait par la suite agi en retour sur les modal­ités sec­ondaires de la divi­sion sex­uelle du tra­vail, le plus sou­vent en sys­té­ma­ti­sant et en ampli­fi­ant la dom­i­na­tion mas­cu­line.

Répé­tons-le, nous n’avons aujourd’hui aucun moyen de départager ces deux grands scé­nar­ios. Une saine atti­tude sci­en­tifique doit donc con­sis­ter à avouer notre igno­rance et à laiss­er ouverts les deux ter­mes de l’alternative.

15 commentaires

  1. Très cher Christophe, je suis tou­jours ent­hou­si­as­mé par la pro­fondeur et la per­ti­nence des débats sur ce blog. Je veux sim­ple­ment rap­pel­er qu’ avant de par­ler de “prim­i­tifs”, puis de “pre­miers”, on usait du terme de “sauvages”…, ou de ” bar­bares” ( et à ce compte-là , tous ceux qui par­lent de Berbères en place de Amzigh, Tmazight ou Tamachek en toute bonne foi sont dans le même cas.). Il y a un déplace­ment des ter­mes, mais l’in­ten­tion implicite (et incon­sciente?) reste la même.
    Autre chose : je viens de retrou­ver dans mes car­tons le bouquin “Akhan : con­tes oraux de la forêt indochi­noise” de Jacques Dournes chez Pay­ot ( ISBN 2–228-27260–4) avec un long pro­logue dia­logué entre l’au­teur et (je sup­pose, ce n’est pas dit , une des direc­tri­ces de col­lec­tion) ‑Danièle Guil­bert. C’est ce pro­logue qui peut être intéres­sant dans le débat actuel sur les rap­ports de dom­i­na­tion (ou pas) entre les sex­es. Je suis allé me ren­seign­er sur les Jraï (ou Jorai): Peu­ples des mon­tagnes de langues Cham( Ancien roy­aume Cham­pa du sud du Viet-Nam dont ils n’ont jamais fait par­tie) , une des divi­sions de l’ aus­tronésien : Cela pour­rait-il autoris­er des com­para­isons ou des mis­es en rela­tion de faits cul­turels avec d’autres Aus­tronésiens, dont la répar­ti­tion géo­graphique est extrême­ment éten­due ?

    1. Atten­tion, le terme de “sauvages” ou “bar­bares” n’a pas tou­jours eu une con­no­ta­tion péjo­ra­tive — Mor­gan, par exem­ple, ne tar­it pas d’élo­gies sur les ver­tus de ces derniers (à par­tir du cas Iro­quois). Et l’idée de “prim­i­tiv­ité”, elle non plus, n’est pas néces­saire­ment péjo­ra­tive : est “prim­i­tif” ce qui est avant, ce qui relève d’une forme antérieure — quoi qu’on pense cette forme antérieure. Et dire qu’une struc­ture sociale est prim­i­tive, ce n’est pas dire que les gens qui vivent avec ces rap­ports sci­aux sont des demeurés !
      Pour le livre que vous men­tion­nez, je ne con­nais pas du tout ni ce peu­ple, ni même cette région ethno­graphique, et je suis bien embêté pour en penser quoi que ce soit !

    2. Bon­jour, l’ aveu­gle­ment (ou le refoule­ment) des Français au sujet de leur his­toire colo­niale ne cesse de me ques­tion­ner… Com­ment expli­quer que d’émi­nents ethnologues,anthropologues et autres ‑logues aient fait état de thès­es ( sans préjuger de leur qual­ité), de commentaires,etc, sur plein de peu­ples divers, très sou­vent sur le même ter­rain que leurs col­lègues inter­na­tionaux, et que rarement les travaux menés sur les ter­res colonisées ou anci­en­nement colonisées par la France n’émer­gent un tant soit peu de la masse, ne serait-ce qu’en tant que descrip­tions, rela­tions ou immer­sions( telle celle de J. Dournes, qui mal­gré son état de mis­sion­naire , sub­jugué par son sujet, a l’air de l’avoir oublié au ves­ti­aire…)? A part Lévy-Strauss , que vous ne portez pas dans votre coeur, si j’ai bien com­pris( et que je ne devrais pas citer ici, sa répu­ta­tion s’é­tant forgée sur un ter­rain hors colonies français­es) , Mar­cel Gri­aule, et quelques autres ( je ne sais pas si Tes­tard était un homme de ter­rain), je ne vois pas beau­coup de choses faire référence dans ce milieu. Dans ce que je peux percevoir des débats sur ces sujets ( mais la vul­gar­i­sa­tion en France de l’ethnologie/​anthropologie est folk­lorique…), je me sens très myope, et je ne com­prends pas si les travaux anthro­pologiques menés dans les anci­ennes colonies français­es sont occultés (Il doit tout de même y en avoir d’in­téres­sants, non?) du fait de la cul­pa­bil­ité hon­teuse ressen­tie par la com­mu­nauté, ou s’ils sont soupçon­nés d’avoir fait par­tie de l’en­tre­prise de coloni­sa­tion, ou encore s’ils sont dis­qual­i­fiés par leur ama­teurisme ou je ne sais quoi d’autre ? le fait est que j’en sais main­tenant beau­coup plus sur les papous, amérin­di­ens , inuïts et autres que sur les kabyles (et encore heureux que j’aie des sources per­son­nelles sur ce sujet pré­cis!), mnong gar, peu­ples de Guyane française,etc…
      Je manque cer­taine­ment de per­spec­tives, mais je m’es­time dif­fi­cile­ment par­donnable de ne pas avoir plus d’ infor­ma­tions sur mes com­pa­tri­otes( pro­vi­soires?) kanaks, tupi-guarani ou arawaks . Mais je crains de vous faire per­dre votre temps par mes récrim­i­na­tions de boomer…En tout cas, con­tin­uez de me passionner,vous et vos col­lègues ! D’ailleurs on entend de plus en plus vos voix dans la presse ( je suis un lecteur accro de PLS et de SetA- la Recherche- coup de cha­peau à Dominique Leglu-) en plus de celles des grands anciens comme J‑J Hublin et autres .

  2. Il y a quand même un truc qui con­tin­ue de me gên­er avec l’hy­pothèse 2 (divi­sion sex­uelle du tra­vail apparue avant la dom­i­na­tion mas­cu­line). Admet­tons : (a) que les pre­miers cas de divi­sion du tra­vail apparus dans l’hu­man­ité aient, partout, spon­tané­ment suivi les con­tours de la divi­sion sex­uelle entre hommes et femmes, et aient donc pris les con­tours d’une divi­sion sex­uelle du tra­vail ; et (b) que cette DST se soit ensuite général­isée en rai­son des avan­tages de pro­duc­tiv­ité qu’elle procu­rait. Cela explique l’u­ni­ver­sal­ité de la DST, mais cela n’ex­plique pas les récur­rences, les per­ma­nences même, dans le con­tenu de cette divi­sion. Dit autrement : si cette hypothèse 2 était vraie, à mon sens, on devrait observ­er autant de cas où les femmes ont le mono­pole des armes que de cas où ce sont les hommes qui le déti­en­nent. Sauf à sup­pos­er que cette DST aie une orig­ine unique, et se soit ensuite répan­due partout. Mais ça com­mence à faire beau­coup de pré­sup­posés… Il me sem­ble en revanche que cette dif­fi­culté dis­paraît avec l’hy­pothèse 1 (dom­i­na­tion mas­cu­line antérieure à la DST, et DST apparue comme une “cul­tur­al­i­sa­tion” de celle-ci).

    1. Bah, il est encore une fois très dif­fi­cile (ou trop facile !) de raison­ner quand on n’a pas de don­nées, et que tout cela est un pur exer­ci­ce de logique. Mais je crois quand même qu’on ne peut pas sauter de l’autre côté du cheval (sauvage) et écarter tout fac­teur phys­i­ologique dans la mise en place de la DST. La plus forte mus­cu­la­ture des hommes, les con­traintes de la grossesse, la volon­té de met­tre à l’é­cart des activ­ités les plus dan­gereuses les femmes et les jeunes enfants, tout cela a quand même pu con­tribuer à ini­ti­er la DST hors de toute ques­tion de dom­i­na­tion – même si, répé­tons-le une fois encore, la DST a en quelque sorte large­ment débor­dé, et sûre­ment très tôt, les néces­sités induites par ces con­traintes ini­tiales.

  3. “Les pages incrim­inées” sont en effet celles que je cri­tique dans un arti­cle à paraître dans la revue Smala du Cer­cle d’é­tudes tod­di­ennes, je pense effec­tive­ment que l’étholo­gie des grands singes, en par­ti­c­uli­er chim­panzés et bono­bos, nous aide à repenser cette ques­tion de l’iné­gal­ité de genre — j’ai mal­heureuse­ment final­isé ce texte (ain­si qu’un autre à paraître dans la Revue du Mauss) avant la pub­li­ca­tion en français du dernier livre de Frans de Waal. La démarche anthro­pologique, me sem­ble-t-il, gagne à être élargie le plus pos­si­ble. L’un de mes guides fut l’ou­vrage, traduit de l’anglais en 2017, écrit par le pri­ma­to­logue cana­di­en Bernard Cha­pais : Aux orig­ines de la société humaine. Par­en­té et évo­lu­tion. L’er­reur de l’an­thro­polo­gie sociale française est de s’être enfer­mée dans un struc­tural­isme qui a fini de porter ses fruits. Bien cor­diale­ment. ch.lemardele

    1. Je dois avouer que j’ai eu con­nais­sance de la ver­sion prélim­i­naire de cet arti­cle, et qu’elle n’a pas été pour rien dans cette néces­saire mise au point.

    2. Ah… Très bien alors. Mes deux arti­cles par­tent de l’étholo­gie des pri­mates pour aller jusqu’à l’an­thro­polo­gie famil­iale de Todd, tout en pas­sant par vous, Gode­lier, Tes­tart.

  4. Je décou­vre avec intérêt votre blog, venu par les arti­cles con­cer­nant la guerre.
    Sur la divi­sion sex­uelle du tra­vail j’ai une hypothèse qui a cer­taine­ment été tra­vail­lée.
    Si l’on part des dif­férences incon­testa­bles entre mâles et femelles dans notre espèce évac­uant ain­si la notion de genre ; nous pou­vons sans con­tes­ta­tion observ­er un dimor­phisme, com­ment a‑t-il évolué, dû à quoi ? Mais surtout ce qui est incon­testable reste la mater­nité comme exclu­siv­ité des femmes et la nais­sance d’en­fants “pré­maturés” dû entre autre la posi­tion debout, chez les mam­mifères les femmes seules pro­duise la nour­ri­t­ure des bébés.

    Dans ce cas la mater­nité occupe et hand­i­cape physique­ment la femme pen­dant une péri­ode non nég­lige­able. Le ray­on d’ac­tion de la femme lim­ité par son état physique et le soin aux enfants qui ne sont pas autonomes et dépen­dent du lait a for­cé­ment joué sur la tra­vail social des clans. Les mâles ayant toute disponi­bil­ité physique pour con­tin­uer à chas­s­er chercher hors du “foy­er” la nour­ri­t­ure, manier plus sou­vent les armes, tuer plus sou­vent des ani­maux, peut être ren­con­tr­er plus de con­flits avec d’autres clans,…

    Cette divi­sion du tra­vail me sem­ble la plus répan­due, les marins sont des hommes leurs épous­es cul­tivent la terre, pren­nent soin des ani­maux et des enfants. Aujour­d’hui il y a plus d’in­fir­mières et d’en­seignantes que d’in­fir­mi­er et d’en­seignants. La spé­cial­i­sa­tion dans le soin me sem­ble avoir des orig­ines bien matérielles.

    Les hommes sont sur­représen­tés dans les métiers dan­gereux. Si on perd un homme ce n’est finale­ment pour le groupe pas aus­si grave que de per­dre une femme qui va porter et nour­rir les descen­dants.

    Dans la mai­son ont y apporte ce qui a de la valeur n’est ce pas à l’o­rig­ine pour finale­ment pro­téger ce qui a le plus de valeur pour l’e­spèce humaine les enfants et donc dans notre cas la femme ?

    Bien sûr ceci ne jus­ti­fie pas les iné­gal­ités dans notre divi­sion mod­erne du tra­vail, dans un monde ou le déter­min­isme biologique n’est plus aus­si con­traig­nant grâce à notre pro­grès his­torique dans la pro­duc­tion de notre exis­tence. Mon hypothèse et mes ques­tions con­cerne l’o­rig­ine de cette spé­cial­i­sa­tion sex­uelle du tra­vail.

    1. bon­jour,
      je crois qui’il faut rel­a­tivis­er et ne pas trop nat­u­ralis­er la vul­néra­bil­ité des femmes liée à l’en­fan­te­ment. Les con­traintes biologiques en ce sens ne durent véri­ta­ble­ment qu’à la fin de la grossesse (et encore), et dans les pre­miers mois du nouris­son.

      ensuite les soins aux enfants, y com­pris l’al­laite­ment, peu­vent et sont très sou­vent social­isés. Pen­sons aux nour­rices, mais aus­si aux grands-par­ents qui ont là un rôle cru­cial (et pen­sons aus­si que la néces­sité de _​surveiller en permanence_​les enfants est d’ap­pari­tion extrême­ment récente et au départ cir­con­scrites !

      Je ne nie pas en revanche la portée idéologique de l’ex­clu­siv­ité de l’en­fan­te­ment, et sa capac­ité de lim­iter les femmes au soin, à la repro­duc­tion etc. Mais on est là dans la divi­sion gen­rée du tra­vail, et pas dans les con­traintes sex­uelles matérielles.

    2. Rel­a­tivi­sons, rel­a­tivi­sons. Mais au bout du compte, une ques­tion se pose : si la divi­sion sex­uée du tra­vail (et sa remar­quable uni­for­mité à tra­vers les sociétés humaines) ne s’est pas édi­fiée sur la base de la divi­sion du tra­vail de repro­duc­tion et des con­traintes qu’il fai­sait peser sur les femmes, com­ment faut-il l’ex­pli­quer ?

    3. Je ne suis pas cer­tain qu’on puisse tant rel­a­tivis­er que ça en fait. La mor­tal­ité infan­tile dans les sociétés indus­trielles était énorme. Je n’ai plus les chiffres pré­cis en tête, et il y a des vari­a­tions selon les espaces-temps sur lesquels on se penche, mais de mémoire on est à grosso modo 40% d’en­fants qui meurent avant l’âge adulte (dont une bonne part qui ne dépassent pas les trois ans).

      Ce taux implique une néces­sité biologique et sociale : pour qu’un cou­ple ait l’e­spoir de voir deux enfants sur­vivre pour assur­er la con­ti­nu­ité du clan ou pour s’oc­cu­per d’eux à leur vieil­lesse, il devait faire a min­i­ma 3 ou 4 gamins en croisant les doigts pour que 2 sur­vivent.

      On sait par ailleurs que l’al­laite­ment dans les sociétés non agri­coles a ten­dance à être plus long, parce que la tran­si­tion ali­men­taire est plus dif­fi­cile en l’ab­sence de céréales. Je cite là aus­si de mémoire, mais un allaite­ment sur les 3 à 5 pre­mières années n’est pas rare chez les peu­ples de chas­seurs-col­lecteurs con­nus.

      Cal­cul basique : 4 enfants mul­ti­pliés par 5 ans d’al­laite­ment cha­cun équiv­a­lent à 20 ans d’une vie de femme où elle doit se con­sacr­er à la mater­nité.

      Cette con­trainte a eu un impact direct sur la divi­sion du tra­vail : il deve­nait struc­turelle­ment dif­fi­cile, voire impos­si­ble, pour une femme allai­tante de s’en­gager dans des activ­ités exigeant un éloigne­ment pro­longé du foy­er famil­ial (comme la chas­se au grand gibier sur plusieurs jours, ou les raids guer­ri­ers en ter­ri­toire enne­mis).

      Sur les nour­rices, je rap­pelle qu’on a des textes du 19e siè­cle qui nous expliquent que la mor­tal­ité infan­tile des enfants placés sous nour­rice était beau­coup plus impor­tante que ceux allaités par leur mère. Nos loin­tains ancètres n’é­tant pas plus cons que les récents, il est prob­a­ble que l’ap­pel à une nour­rice était aus­si réservé aux sit­u­a­tions de “pas le choix”, ou à la lim­ite pour cer­tains statuts soci­aux. Je ne suis donc pas sur que ça ait un impact sig­ni­fi­catif (cela dit, je me rends compte que je n’ai jamais rien lu sur la pra­tique de l’al­laite­ment par un tiers chez les chas­seurs cueilleurs, je ne sais pas s’il y a des études là dessus).

      Bref, il me sem­ble au con­traire que les con­traires biologiques sont assez fortes et ont réduits pen­dant très longtemps (en fait jusqu’aux inven­tions au 19e de la pas­teuri­sa­tion, antibi­o­tiques, vac­cin… qui ont fait s’écrouler la mor­tal­ité infan­tile) les pos­si­bil­ités féminines… sauf pour les femmes n’ayant, par choix ou par infer­til­ité, pas d’en­fants.

      Si on l’ou­blie, c’est parce que la mor­tal­ité infan­tile n’a aujour­d’hui plus rien à voir avec ce qu’elle a été pour 99% de l’his­toire de l’hu­man­ité, et qu’on a des solu­tions faciles pour avoir un allaite­ment court (quelques mois) voire pas d’al­laite­ment du tout, ce qui n’a très longtemps pas été le cas.

  5. Je crois que tous les travaux de Franz de Waal con­tre­dis­ent vos pro­pos, chez les chim­panzés, pour lui — et si je ne déforme pas des lec­tures anci­ennes- s’il y a un mâle dom­i­nant dans ce qu’il appelle “la poli­tique des chim­panzés”, il y a aus­si une femelle dom­i­nante, et elle com­mande assuré­ment autrement… Peut-être que la dom­i­na­tion des mâles se voient… plus. Pour le reste il me sem­ble que des travaux récents réfu­tent l’idée même de l’ex­is­tence d’un mâle alpha.

    1. Où avez-vous lu que je par­le d’un mâle dom­i­nant ou alpha chez les chim­panzés ? Je dis d’une part que les rap­ports entre mâles y sont mar­qués par la vio­lence et par des hiérar­chies, d’autre part que ceux-ci sont glob­ale­ment dom­i­nants sur les femelles, ce qui est le con­sen­sus général. J’ai la flemme de retrou­ver des sources en ce sens, mais la toute récente étude remar­quée d’Elise Huchard et de ses col­lègues (https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2500405122) men­tionne au pas­sage « the con­trast in inter­sex­u­al dom­i­nance between bono­bos and chim­panzees »

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