L’insubmersible matriarcat primitif (à propos d’un article du Nouvel Observateur)

L’automne venu, ce ne sont pas seule­ment les feuilles mortes qui se ramassent à la pelle : se mul­ti­plient égale­ment les livres défen­dant, d’une manière ou d’autre, l’idée que la dom­i­na­tion mas­cu­line serait un pro­duit tardif des sociétés humaines et qu’auparavant, l’harmonie rég­nait entre les sex­es. La plus out­ran­cière et la plus con­testable de ces pub­li­ca­tions est sans nul doute celle de Hei­de Goet­tner-Aben­droth, inti­t­ulée Sociétés matri­ar­cales du passé et émer­gence du patri­ar­cat ; elle n’en a pas moins sus­cité des compte-ren­dus élo­gieux de la part de divers organes de presse, dont Le Monde et Le Nou­v­el obser­va­teur.

Avec quelques col­lègues, nous avons décidé de rédi­ger une recen­sion détail­lée de cet ouvrage qui, en dépit de ses dehors savants, col­lec­tionne les approx­i­ma­tions, les erreurs et les biais, et qui tourne le dos aux plus élé­men­taires exi­gences d’un tra­vail sci­en­tifique. Mais en atten­dant, il ne me paraît pas inutile de com­menter une des recen­sions qui lui est con­sacrée, dans la mesure où celle-ci représente un flo­rilège des erreurs à ne pas com­met­tre quand on veut réfléchir sérieuse­ment sur cette ques­tion. Je repro­duis donc ci-dessous le texte du Nou­v­el Obser­va­teur, signé par Véronique Radier, le com­men­tant au fur et à mesure.

Les sociétés préhistoriques étaient-elles matriarcales ? Cette thèse étonnante d’une philosophe allemande crée la controverse

Pour la philosophe alle­mande Hei­de Goet­tner-Aben­droth, le féminin fut le cœur des sociétés et des croy­ances pen­dant des dizaines de mil­lé­naires. Une inter­pré­ta­tion con­tro­ver­sée mais fasci­nante que nous avons soumise aux spé­cial­istes Jean-Loïc Le Quel­lec et Pas­cal Picq.

En fait, non : il n’y a pas plus de con­tro­verse qu’avec l’hydroxychloroquine. Il y a d’un côté le con­sen­sus sci­en­tifique, et de l’autre le tra­vail d’une chercheuse mar­ginale, com­plaisam­ment relayé par les médias. Quant au car­ac­tère « fasci­nant » des thès­es de Goet­tner-Aben­droth, con­cé­dons qu’il est bien réel. Mais il y a bien des manières pos­si­bles pour un livre de sus­citer la fas­ci­na­tion, qui ne sont pas toutes à son avan­tage.

Il y a deux manières de lire « Sociétés matri­ar­cales du passé et émer­gence du patri­ar­cat », impres­sion­nante somme que vient de sign­er Hei­de Goet­tner-Aben­droth, fémin­iste icon­o­claste et philosophe franc-tireuse. La pre­mière, cri­tique, soulign­erait ses lim­ites sci­en­tifiques et son mil­i­tan­tisme. La sec­onde, y voy­ant un con­tre­poi­son, applaudi­rait le néces­saire désen­voûte­ment des clichés sex­istes.

À titre d’entrée en matière, on nous pro­pose ici de con­sid­ér­er qu’un tra­vail entaché de « lim­ites sci­en­tifiques » – en l’occurrence, l’expression est une douce litote – pour­rait néan­moins faire œuvre utile en décon­stru­isant des clichés. D’emblée, se pose donc une ques­tion : dans le même esprit, ne con­viendrait-il pas de saluer dans les pro­pos d’un Maître Gims qui affir­mait que les pyra­mides égyp­ti­ennes pro­dui­saient de l’électricité, l’instrument d’un « néces­saire désen­voûte­ment des clichés racistes » ?

Car des chercheuses ont beau ten­ter de nous ouvrir les yeux, comme Marylène Patou-Math­is dans « L’homme préhis­torique est aus­si une femme » (Allary Edi­tions, 2020) ou, en cette ren­trée, Clau­dine Cohen avec « Aux Orig­ines de la dom­i­na­tion mas­cu­line » (Passés com­posés), rien n’y fait.

Curieuse­ment (ou non), les chercheuses con­vo­quées ici ne sont pré­cisé­ment pas celles qui pro­duisent des études sci­en­tifiques, en par­ti­c­uli­er dans des revues à comité de lec­ture, sur l’archéologie ou l’anthropologie du genre. Pré­cisé­ment parce que leurs travaux font enten­dre une tout autre musique ?

Que des femmes de la préhis­toire aient pu tailler des out­ils, men­er un groupe ou chas­s­er nous paraît tou­jours aus­si incon­gru.

Sans doute, mais pour quels motifs ? Est-ce en rai­son de préjugés mas­culin­istes, ou tout sim­ple­ment parce que ce sché­ma cor­re­spond à l’immense majorité des obser­va­tions eth­nologiques, et que tous les élé­ments recueil­lis par l’archéologie sug­gèrent qu’il cor­re­spond aus­si aux sociétés passées ?

Peu impor­tent les décou­vertes attes­tant désor­mais que tout cela existe bel et bien chez nos cousins pri­mates, mais aus­si dans cer­taines tribus encore exis­tantes, comme l’a mon­tré la préhis­to­ri­enne Sophie de Beaune, le réc­it trop sou­vent héroïsé de nos orig­ines ne s’écrit qu’au mas­culin.

Sophie de Beaune, qui est préhis­to­ri­enne, n’a fait aucune décou­verte sur des « tribus exis­tantes », ce que nul ne saurait lui reprocher. Les excep­tions par­tielles (et minori­taires) à la divi­sion stan­dard du tra­vail établies par l’ethnologie sont con­nues depuis bien longtemps, et aucun anthro­po­logue sérieux ne les a jamais con­testées. Mais les arbres ne sont pas les forêts.

Pas la moin­dre sil­hou­ette fémi­nine en action par­mi la pléthore d’albums con­sacrés à la préhis­toire ni dans les ouvrages de vul­gar­i­sa­tion. C’est comme si les femmes n’avaient jamais rien accom­pli, rien inven­té : elles ne comptent tout sim­ple­ment pas.

Je ne suis pas au fait de ces ouvrages de vul­gar­i­sa­tion, mais je pari­erais volon­tiers que ce biais sans doute jadis bien réel, l’est de moins en moins.

Les rares crânes et frag­ments les plus anciens de Sapi­ens ne dis­ent pour­tant rien de nos modes de vie ni des rap­ports de genre voici 300 000 ans, lorsque nous voisin­ions avec Nean­der­tal, Flo­res, Deniso­va, etc. Et la cen­taine de sépul­tures remon­tant au paléolithique supérieur, qui débute il y a 45 000 ans, ne per­met tou­jours aucune con­jec­ture solide.

Que l’archéologie ne livre sur le sujet que des infor­ma­tions très frag­men­taires, c’est tout à fait exact. Pour autant, il est au moins une série d’études qui ont pro­duit des résul­tats incon­testés : celles de Sébastien Vil­lotte, qui sug­gèrent que la divi­sion sex­uée des tâch­es remonte au moins au Gravet­tien. Pourquoi ne pas les men­tion­ner ? Et dans un autre reg­istre, pourquoi pass­er sous silence les résul­tats spec­tac­u­laires récem­ment obtenus par la phy­lomytholo­gie, qui indiquent la très grande anci­en­neté des deux mar­queurs de la dom­i­na­tion mas­cu­line que sont les mythes d’un ren­verse­ment d’une matri­archie prim­i­tive, et ceux asso­ciés aux secrets mas­culins du rhombe ?

Il a fal­lu l’analyse de l’ADN ancien pour révéler que les tombes con­tenant des out­ils et des armes étaient par­fois celles de femmes, alors aus­si ath­lé­tiques que les hommes.

Oui, les tombes féminines con­ti­en­nent par­fois – mais seule­ment par­fois, et c’est bien là toute la ques­tion – des out­ils majori­taire­ment mas­culins. Quant à l’affirmation selon laque­lle les femmes étaient « aus­si ath­lé­tiques que les hommes », elle ne repose sur rien. La dif­férence de stature et de mus­cu­la­ture entre hommes et femmes est vari­able d’une pop­u­la­tion humaine à l’autre, mais on n’en a jamais observé aucune, dans le présent ou dans le passé, chez qui elle n’existait pas.

L’idée erronée d’une dom­i­na­tion mas­cu­line uni­verselle découlant des lois de la nature, insuf­flée notam­ment par Aris­tote puis Dar­win, infuse tous les travaux depuis le XIXe siè­cle et demeure comme un par­a­digme n’ayant nul besoin d’être démon­tré.

…ou com­ment réfuter une idée à bon compte en lui adjoignant un chif­fon rouge. Qu’Aristote ait con­sid­éré la dom­i­na­tion mas­cu­line comme un fait naturel et indé­pass­able est une chose. Mais avant de devoir être expliquée (que ce soit par la « nature » ou par autre chose), la dom­i­na­tion mas­cu­line est un fait, qui peut être établi ou réfuté. La bonne ques­tion est donc : dans les sociétés humaines en général, et chez les chas­seurs-cueilleurs en par­ti­c­uli­er, la dom­i­na­tion mas­cu­line est-elle un phénomène uni­versel ? Majori­taire ? Occa­sion­nel ? Rare ? Si Hei­de Goet­tner-Aben­droth et ceux qui défend­ent des thès­es sem­blables évi­tent tou­jours de se référ­er aux don­nées ethno­graphiques, c’est pré­cisé­ment parce qu’elles con­tre­dis­ent frontale­ment leurs con­cep­tions établies a pri­ori.

Et ce alors que chez les pri­mates, ces singes sans queue dont nous faisons par­tie, une étude du CNRS vient de mon­tr­er qu’elle n’est la règle que par­mi 20 % des cent vingt espèces étudiées.

Out­re le fait que les pri­mates sont loin de se lim­iter aux seuls singes sans queue, ce chiffre appellerait quelques nuances – il est intime­ment lié à la déf­i­ni­tion choisie de la « dom­i­na­tion mas­cu­line ». Mais surtout, il ne prou­ve stricte­ment rien con­cer­nant les humains, qui peu­vent fort bien se trou­ver par­mi les 20 % en ques­tion (ou non).

« Nos esprits sont colonisés par le patri­ar­cat », déplore Hei­de Goet­tner-Aben­droth. Depuis plus de trente ans, elle se con­sacre à l’étude de rares peu­ples où sub­sis­tent encore aujourd’hui des élé­ments de matri­ar­cat. Dans le monde académique, « matri­ar­cat » est un gros mot : une société dirigée par des cheffes, vous n’y pensez pas ! Seule­ment, la philosophe alle­mande ne défend pas l’existence d’une sorte de patri­ar­cat inver­sé au féminin, mais celle de sociétés égal­i­taires

Apparem­ment donc, Hei­de Goet­tner-Aben­droth ne « pense » pas non plus à des « sociétés dirigées par des cheffes ». Pour une rai­son sim­ple : si quelques fig­ures féminines ont pu ici ou là assumer des rôles dirigeants, per­son­ne, pas même Hei­de Goet­tner-Aben­droth, n’a jamais pu iden­ti­fi­er une seule société humaine dans laque­lle les femmes auraient com­mandé aux hommes. Dès lors, ce qui est ici présen­té comme un sim­ple préjugé s’avère bel et bien un invari­ant soci­ologique objec­tif.

(…) met­tant en com­mun leurs ressources, organ­isées autour des femmes et du lien mater­nel, assur­ant : « Elles ne sont pas un mythe, j’ai moi-même séjourné dans nom­bre d’entre elles ! Pour les étudi­er, j’ai dû fonder mon pro­pre cen­tre de recherche. »

Cen­tre de recherche dont le sérieux sci­en­tifique se man­i­feste entre autres par le fait qu’il pro­pose des for­ma­tions afin de devenir « Prêtresse des Fes­ti­vals des Mys­tères du Matri­ar­cat ».

À ses yeux, ces tribus en voie de dis­pari­tion con­stituent une sur­vivance du moule pre­mier de nos valeurs et croy­ances. Et les ves­tiges du paléolithique, où sym­bol­es et représen­ta­tions féminines domi­nent, trou­blante énigme qui depuis deux siè­cles stim­ule l’imagination des spé­cial­istes, en seraient un témoignage explicite : « Les femmes étaient cen­trales. Dans les grottes, on les trou­ve partout, gravées, sculp­tées mais aus­si évo­quées à tra­vers une avalanche de tri­an­gles pubi­ens, de vul­ves. » Quant aux vénus, stat­uettes ain­si bap­tisées en référence aux stat­ues dénudées de l’Antiquité et dont les plus anci­ennes remon­teraient à 300 000 ans, « leur corps emphatisé et sacré était au cen­tre d’une reli­gion de la renais­sance, bien doc­u­men­tée par l’anthropologie : les bébés sont vus comme la réin­car­na­tion d’un ancêtre. Ils se for­ment à par­tir du sang des règles qui cesse de s’écouler pen­dant la grossesse ». Leurs formes sont opu­lentes parce qu’elles sont enceintes et si, dans les grottes, cer­taines anfrac­tu­osités sont rehaussées d’ocre rouge, c’est pour mieux sig­ni­fi­er la métaphore de l’utérus. « Dans les sépul­tures, les corps sont eux aus­si recou­verts d’ocre, qui évoque le sang, la vie, et inhumés en posi­tion foetale, comme dans le ven­tre mater­nel, pour que ceux-ci puis­sent ensuite y renaître. » Goet­tner-Aben­droth reprend là, mais en l’affinant et en lui don­nant une cohérence, une hypothèse du XIXe siè­cle : le culte prim­i­tif de la déesse mère, qui était alors envis­agé sans cor­réla­tion avec l’importance sociale des femmes.

Ce pas­sage reprend une inter­pré­ta­tion des oeu­vres préhis­toriques dont chaque élé­ment a été maintes fois mis en doute. Rien ne dit que les stat­uettes opu­lentes représen­tent des femmes enceintes – accouche­ment et allaite­ment sont même spec­tac­u­laire­ment absents de cet art. Quant au fait qu’elles représen­teraient une déesse-mère et quant à la réal­ité du culte voué à une telle divinité, il s’agit d’affirmations qui ne reposent sur aucun élé­ment tan­gi­ble. Autrement dit, à par­tir de l’art paléolithique, Goet­tner racon­te (ou plus exacte­ment, répète) l’histoire qu’elle a envie de racon­ter, sans le moin­dre égard pour de nom­breuses autres hypothès­es qui ne seraient pas moins fondées.

On sait désor­mais que les femmes vivant côte à côte ont leurs règles au même moment.

On sait au con­traire qu’il s’agit d’un mythe savant : les études sérieuses réal­isées pour ten­ter de répli­quer l’observation prin­ceps ayant don­né lieu à ce mythe, pub­liée par Martha McClin­tock en 1971, ont con­clu à l’ab­sence de syn­chro­ni­sa­tion et à un biais dans l’analyse par McClin­tock de ses don­nées (voir la page wikipedia cor­re­spon­dante en anglais, par­ti­c­ulière­ment bien ren­seignée).

Cette simul­tanéité et le par­al­lélisme du cycle men­stru­el avec celui de la Lune aurait mar­qué les esprits, don­nant nais­sance à un pre­mier cadre tem­porel, le cal­en­dri­er lunaire. « Cet ordre social fondé sur le lien mère-enfant-ancêtre, où, maîtress­es du temps, les femmes con­duisent de la vie à la mort, puis de la mort à la vie, comme la Lune qui croît puis meurt et renaît, a duré un temps con­sid­érable, env­i­ron 300 000 ans », assure-t-elle.

Il fau­dra évidem­ment être un esprit cha­grin pour deman­der un début de preuve de cette affir­ma­tion aus­si générale que péremp­toire.

« À nos yeux, le cœur de toute société, c’est papa, maman et leurs enfants, mais, comme les chas­seurs-cueilleurs actuels, nos ancêtres vivaient en petites tribus égal­i­taires, organ­isées par tranche d’âge et non par par­en­té, et les per­son­nes en changeaient sou­vent. »

Voici encore une affir­ma­tion pro­pre­ment stupé­fi­ante. L’idée que les groupes de chas­seurs-cueilleurs actuels (ou sub­actuels) ne seraient pas organ­isés en fonc­tion de la par­en­té témoigne d’un mépris sou­verain (ou d’une igno­rance totale), entre autres, de toute l’anthropologie aus­trali­enne.

Elle voit un écho de ce passé loin­tain dans l’habitude, en Afrique, de dire : « mon frère », « ma sœur » en s’adressant à quelqu’un de son âge ou « mon père », « ma mère » pour par­ler à un aîné. A l’image de ce qui existe chez la plu­part des espèces, les femmes, libres de leurs mou­ve­ments, auraient donc pu choisir le géni­teur de leurs enfants.

Je ne sais pas si dans la plu­part des espèces, les femmes sont libres de leurs mou­ve­ments et du choix du géni­teur de leurs enfants. Mais chez les humains, en tout cas si l’on fait un peu de cas des infor­ma­tions que pro­curent les don­nées eth­nologique, la sec­onde par­tie de cette affir­ma­tion est une fois encore sidérante.

Et la philosophe d’ajouter : « La pen­sée d’une lignée hérédi­taire n’est pas naturelle, elle n’a émergé que lorsque les humains ont com­mencé à se séden­taris­er et que les femmes ont com­mencé à vivre auprès de leurs enfants, petits-enfants, etc. C’est une inven­tion du néolithique. »

Là encore, on ne peut qu’être con­fon­du par le mépris ou l’ignorance des don­nées eth­nologiques con­cer­nant les chas­sseurs-cueilleurs, qui réfu­tent caté­gorique­ment cette affir­ma­tion.

La dom­i­na­tion mas­cu­line et les iné­gal­ités n’ont pas émergé de l’agriculture, ni même de la nais­sance des pre­mières villes, c’est désor­mais l’objet d’un relatif con­sen­sus par­mi les archéo­logues.

Ne croyez pas que par cette phrase, la rédac­trice admette que la dom­i­na­tion mas­cu­line remonte à une époque antérieure au Néolithique : c’est tout le con­traire – le Néolithique est cen­sé ne pas avoir entamé l’égalitarisme pri­mor­dial des sex­es. Tant pis pour les innom­brables obser­va­tions eth­nologiques (dont le célébris­sime cas des Baruya de Nou­velle-Guinée, étudié par Mau­rice Gode­lier) et pour les travaux d’archéologie, tels ceux d’Anne Augereau sur les cul­ti­va­teurs du Rubané.

Reste à savoir où et com­ment. Hei­de Goet­tner-Aben­droth pos­tule que des change­ments cli­ma­tiques ont poussé cer­tains groupes d’Asie cen­trale vers l’élevage et la con­quête de ter­ri­toires, puis vers l’asservissement d’autres pop­u­la­tions. Elle y voit la racine du patri­ar­cat.

…avec des argu­ments aus­si faibles (puisque ce sont les mêmes) que Mar­i­ja Gimbu­tas, qui a for­mulé cette thèse il y a de cela des décen­nies.

Au cœur des débats, les ves­tiges d’une grande ville remon­tant au IXe mil­lé­naire avant notre ère, dans le cen­tre de la Turquie : Çatal Höyük.

Si les mots ont un sens, Çatal Höyük n’a jamais été une ville mais un vil­lage, dans la mesure où les habi­tants y pro­dui­saient leur nour­ri­t­ure. Quant à sa pop­u­la­tion max­i­male, tra­di­tion­nelle­ment estimée à quelques mil­liers d’habitants, elle pour­rait selon des travaux récents s’être lim­itée à moins de mille. Au temps pour la « grande ville ».

Pour les uns, ses sym­bol­es et stat­uettes, dont une mag­nifique « Dame aux fauves », reflè­tent un pou­voir féminin, pour d’autres, pas du tout. Cet été, l’analyse ADN de squelettes a mon­tré que les occu­pants des maisons étaient appar­en­tés par la mère. C’est ce que l’on appelle la « matrilo­cal­ité », cen­sée refléter un statut féminin élevé.

Un statut élevé en ter­mes relat­ifs, c’est incon­testable. Pour autant, il s’en faut de beau­coup que la matrilo­cal­ité soit tou­jours syn­onyme d’une réelle absence de dom­i­na­tion mas­cu­line. Et surtout, par­mi les pop­u­la­tions du Néolithique européen, la matrilo­cal­ité est l’exception et non la règle. Pourquoi se focalis­er sur elle, si ce n’est pour don­ner une image biaisée du tableau d’ensemble ?

Même si nos plus proches cousins, chim­panzés et bono­bos, sont patrilo­caux, c’est-à-dire que les jeunes femelles quit­tent le groupe mater­nel pour se repro­duire, tel n’était donc pas néces­saire­ment le cas chez les humains. « Au cours des derniers mois, trois études menées en Chine anci­enne, en Angleterre à l’âge du bronze et en Micronésie mon­trent que des femmes appar­en­tées étaient enter­rées ensem­ble, voici 15 000 ans », souligne à ce sujet l’anthropologue améri­caine Sarah Blaf­fer Hrdy.

Même remar­que.

Des femmes autre­fois puis­santes, au cen­tre de l’ordre social ? Tous sont loin d’être con­va­in­cus. Clau­dine Cohen souligne que vénus et autres objets du paléolithique peu­vent se regarder sous divers angles, enchevê­trant des sym­bol­es phalliques et féminins, témoignant non d’une dual­ité entre les gen­res mais d’une « intri­ca­tion, voire de l’unité irré­ductible des motifs mas­culins et féminins ». L’anthropologue Charles Sté­panoff reproche, lui, à la chercheuse alle­mande de repren­dre « un mod­èle évo­lu­tion­niste, uni­forme, où des stades homogènes de développe­ment de l’humanité se suc­cè­dent, comme on le fai­sait au XIXe siè­cle ». Et il rap­pelle que les sociétés humaines sont une infinie mosaïque : « Même dans celles dites patri­ar­cales, les chamanes sont sou­vent des femmes aux pou­voirs extra­or­di­naires, pos­sé­dant le con­tenu de la yourte. Il faut sor­tir de ces éti­quettes sou­vent bien trop tranchées. » Jean-Loïc Le Quel­lec et Pas­cal Picq for­mu­lent eux aus­si d’importantes réserves (voir encadrés).

Soit qu’elles aient été for­mulées ain­si, soit qu’elles aient subi le fil­tre du dis­cours indi­rect, ces réserves légitimes restent néan­moins bien en-deça de l’appréciation que mérit­eraient réelle­ment les thès­es de Goet­tner-Aben­droth.

Mais en offrant un autre réc­it de nos orig­ines, cet ouvrage ouvre les imag­i­naires.

Certes. Tout comme celui de Maître Gims sur les pyra­mides élec­triques. Mais la cause des femmes serait-elle si mal assurée qu’elle aurait besoin de bobards et de sous-sci­ence pour se légitimer ?

Et il nous incite à réfléchir aux con­séquences de cer­taines décou­vertes. La célèbre anthro­po­logue Françoise Héri­ti­er, qui avait con­clu à l’inexistence de sociétés réelle­ment matri­ar­cales, ne man­quait jamais d’ajouter que la dom­i­na­tion mas­cu­line n’était qu’une con­struc­tion intel­lectuelle, à ren­vers­er : « Ce que la pen­sée a fait, la pen­sée peut le détru­ire et le rem­plac­er. Rien de ce qui con­cerne le rap­port des sex­es n’est naturel ou ne dérive de caus­es naturelles. »

Et c’est là qu’on en arrive au fond de toute cette affaire : pour espér­er met­tre un jour prochain un terme à la dom­i­na­tion mas­cu­line, il faudrait impéra­tive­ment con­cevoir celle-ci comme un pur pro­duit du cerveau humain, libre­ment décidée et qui sera donc tout aus­si libre­ment abolie. Pas­sons sur le fait que Françoise Héri­ti­er – qui elle, con­traire­ment à Goet­tner-Aben­droth, était une anthro­po­logue com­pé­tente – n’éprouvait nul besoin d’identifier de pseu­do-matri­ar­cats pour espér­er en un avenir meilleur con­cer­nant les rap­ports entre les sex­es. L’idéalisme de ce raison­nement d’une naïveté chim­ique­ment pure laisse tout de même dubi­tatif : la dom­i­na­tion mas­cu­line, si elle ne dépend au bout du compte que d’une sim­ple idée, ou de sim­ples valeurs cul­turelles, n’aurait-elle pas pu ne jamais exis­ter ? Qu’est-ce qui a empêché jusque là l’humanité de réalis­er son erreur et de la remet­tre en cause ? Aus­si, et surtout, si l’on imag­ine que les hommes ont jadis imag­iné l’infériorisation des femmes, pourquoi celles-ci se sont-elles lais­sé faire, voire ont-elles le plus sou­vent intéri­or­isé ces con­cep­tions ? Autant de ques­tions qui restent sans réponse dans un cadre de pen­sée qui refuse d’envisager que les idées, loin de tomber pas du ciel, sont en réal­ité con­traintes par les réal­ités sociales, tech­niques, économiques… et naturelles. Une prise en compte qui au demeu­rant, j’espère l’avoir mon­tré dans mes travaux, ne mène pas à con­clure à l’éternité de la dom­i­na­tion mas­cu­line mais, au con­traire, à son inéluctable dis­pari­tion future.

19 commentaires

  1. Ah, c’est vrai­ment per­ché ! Il y aurait à dire sur cette propen­sion à être « fasciné » par les théories ad hoc de non spé­cial­istes — ici une « philosophe » — à pro­pos de ques­tions anthro­pologiques et archéologiques, comme si la sci­ence n’é­tait qu’une pour­voyeuse de réc­its sym­pa­thiques qu’on peut met­tre en con­cur­rence avec d’autres styles de dis­cours. Ça rap­pelle un peu René Girard.

    Sinon, quand votre recen­sion sera finie, tu sais qu’il y a un lieu où elle peut être pub­liée (après exa­m­en :-)). Mais je vous souhaite quand même de trou­ver un sup­port plus dif­fusé !

  2. Avatar de Inconnu
    Philippe Desoche

    Sur les mêmes thé­ma­tiques, que penser du dernier bouquin de Clau­dine Cohen ? (Désolé si vous en avez déjà par­lé ici, je n’ai pas trou­vé)

    1. Je ne l’ai pas lu, mais ni les extraits d’in­ter­view de l’au­teure que j’ai écoutés, ni l’avis d’amis com­pé­tents et qui l’ont lu ne m’ont don­né envie de le faire…

  3. Bon­jour
    Je me lim­ite à trois argu­ments sci­en­tifiques qui vont à l’en­con­tre de l’u­ni­ver­sal­ité du patri­ar­cat :
    1) la thèse de bioan­thro­popolo­gie soutenue en 2014 par Berenice Chamel à l’u­ni­ver­sité Lumière est sans appel. Le cor­pus de squelettes provenant des dif­férentes épo­ques du Néolithique provenant de Syrie est le suiv­ant : 5 hommes, 4 femmes et 103 adultes de sexe indéter­miné (p.566 à 573)
    2) Anne Augureau fait une grave erreur de méthodolo­gie dans son livre de 2021. Sur deux cor­pus sélec­tion­nés elle donne les résul­tats suiv­ants : 39 femmes, 33 hommes er 31 adultes de sexe indéter­miné pour l’un ; 67 femmes, 76 hommes et 78 adultes de sexe indéter­miné. Le prob­lème c’est qu’elle laisse tomber ce tiers qui ne cor­re­spond pas à son cadre de pen­sée. On ne saura jamais si, par­mi ce tiers il y a des hommes ou des femmes qui ont été ensevelis avec des objets de pres­tige. Elle restreint son cor­pus à ceux et celles dont on con­naît le sexe et elle démon­tre en toute bonne con­science sa thèse (p.95 à 103).
    3) la Table des Marc­hand à Loc­mari­a­quer est un man­i­feste pour celui où celle qui veut la lire. Si une crosse représente un mem­bre de cette société et son ori­en­ta­tion son sexe ( sans que l’on puisse associ­er l’un à l’autre car il ne s’ag­it pas d’un code arbi­traire mais d’une représen­ta­tion analogique) la symétrie de la Table exprime avec évi­dence que cette société était égal­i­taire entre les hommes et les femmes. Mais l’é­gal­ité n’est pas l’i­den­tité.
    On a la un élé­ment empirique d’une ines­timable valeur, injuste­ment oublié par les archéo­logues.

    Pour finir, on ne pour­ra jamais affirmer quelque chose de général sur la ques­tion des rap­ports entre les hommes et les femmes mais on doit étudi­er sans apri­ori, les traces archéologiques que je viens de rap­pel­er.
    Thier­ry BAUTIER

    1. Je ne com­prends pas bien ce que vous voulez démon­tr­er. Que le tiers d’in­di­vidus écartés pour­rait con­tenir des don­nées allant à l’en­con­tre de mes con­clu­sions ? Sta­tis­tique­ment, les écarts entre les hommes et les femmes rubanés sont tout à fait valides et on sait qu’un phénomène mis en évi­dence à par­tir d’un cor­pus suff­isant, comme celui des indi­vidus sexés de mon étude, à peu de chances d’être com­plète­ment remis en cause par l’in­té­gra­tion de don­nées plus nom­breuses. Mais si vous avez envie de le penser…
      Anne Augereau

    2. Sauf si le cor­pus que vous choi­sis­sez d’é­vac­uer est défi­ni par votre ques­tion de recherche. Les per­son­nes qui ont un faible dimor­phisme sex­uel seraient intéres­santes à étudi­er car ce sont des hommes ou des femmes. Avaient-iels des objets sym­bol­iques dans leur sépul­ture ? Ce pour­cent­age, plus faible que dans le cor­pus de Chamel, n’est pas neg­lige­able.
      Thier­ry­BAU­TI­ER.

  4. J’ai eu la faib­lesse d’a­cheter “Les sociétés matri­ar­cales” il y a quelques années. Je con­nais­sais son coté “pas très sérieux”, tout en étant assez culte dans cer­tains milieux fémin­istes, mais j’avais envie de me faire directe­ment mon avis. C’é­tait mille fois pire que tout ce que j’avais imag­iné.
    -> ton com­plo­tiste omniprésent. Elle passe son temps à vitupér­er con­tre “le sys­tème uni­ver­si­taire”, d’après elle gan­gréné de préjugés patri­ar­caux, ce qui serait l’u­nique cause de la non-recon­nais­sance de ses travaux. Quand on sait que les chercheurs en sci­ences sociales sont quand même beau­coup des chercheuses, que le mot « fémin­iste » est loin d’être tabou dans ces milieux-là plutôt acquis à la gauche et aux caus­es pro­gres­sistes, il est assez stupé­fi­ant d’en­ten­dre l’au­teure être autant agres­sive con­tre des chercheuses qu’on aurait a pri­ori imag­iné être ses alliées.
    -> raison­nement cir­cu­laire. Chez elle, si la société mon­tre des signes d’é­gal­ité, c’est la per­sis­tence d’un matri­ar­cat ; s’il y a matri­ar­cat, il pro­duit de l’é­gal­ité ; toute trace égal­i­taire étant ain­si perçu à la fois comme cause et con­séquence d’un matri­ar­cat.
    -> analy­ses très sur­prenantes. Par exem­ple, dès le pre­mier peu­ple présen­té (les Kha­sis en Inde), l’au­teure nous dit que ces gens sont paci­fistes et matri­ar­caux tout en nous décrivant des pra­tiques mat­ri­mo­ni­ales où les futurs époux sont kid­nap­pés et amenés attachés à leur « fiancée » par les frères de celles-ci, et tabassés s’ils s’en­fuient. Per­son­nelle­ment, j’y vois plutôt une pra­tique de vio­lence entre hommes où les femmes ne jouent pas de rôle act­if. Avec le peu­ple népalais du 2e chapitre, l’au­teure présente une tra­di­tion de sac­ri­fice où des hommes étaient décapités (par d’autres hommes) pour hon­or­er des déess­es de la riv­ière ; elle y voit là aus­si la preuve d’une cen­tral­ité fémi­nine et paci­fiste. Bref, je venais de com­mencer ma lec­ture et je n’é­tais déjà même plus scep­tique, mais com­plète­ment incré­d­ule !

    En fer­mant le livre, je me suis franche­ment ques­tion­né sur le suc­cès de ce bouquin. Un ton com­plo­tiste, une absence de méth­ode, une accu­sa­tion sans nuance des recherch­es uni­ver­si­taires : tout cela devrait pro­fondé­ment décrédi­bilis­er l’au­teure. Pour­tant, le livre s’est bien ven­du. Tout cela m’ef­fraie sur une ten­dance anti­sci­en­tifique dans cer­tains courants fémin­istes. Pour­tant, le fémin­isme mérite bien mieux que ces bêtis­es.

    1. Ce qui me gêne beau­coup, c’est d’as­soci­er le matri­ar­cat au paci­fisme. Der­rière ce mot, il y a l’im­age de la femme “douce et ten­dre”, fan­tasme très mas­culin de la femme idéale. On le retrou­ve main­tenant dans l’é­cofémin­isme qui assure que notre planète ne serait pas dans cet état si les femmes l avaient dirigée.

    2. Tout à fait. Et ce d’au­tant plus que dans les sociétés mar­quées par l’im­por­tance de la vio­lence dans les rap­ports soci­aux (en par­ti­c­uli­er sous la forme de la vengeance), les femmes ne sont glob­ale­ment pas en reste pour l’ap­prou­ver, encour­ager les hommes à la déploy­er et tancer ceux qui ne sont pas assez com­bat­ifs à leur goût.

  5. Avatar de Inconnu
    Jean-Paul Demoule

    Je me per­me­ts de don­ner le lien ici avec mon com­men­taire cri­tique, de mars 2021, sur le matri­ar­cat préhis­torique sup­posé, à la suite du précé­dent livre de Hei­de Göt­tner-Aben­droth, et où je repre­nais égale­ment l’indis­pens­able cri­tique de Christophe Dar­mangeat à pro­pos de cer­taines tombes amérin­di­ennes :
    https://aoc.media/analyse/2021/03/04/le-retour-du-matriarcat-prehistorique/?loggedin=true
    Véronique Radier avait d’ailleurs pub­lié à l’époque, tou­jours dans l’Obs, un compte-ren­du déjà élo­gieux de ce pre­mier livre, accom­pa­g­né d’un encadré où je fai­sais part poli­ment, sous le titre “Des hypothès­es dis­cuta­bles”, de tout ce qui était inten­able.

    1. Mer­ci de ce rap­pel utile. Nous ne sommes ni les pre­miers ni les derniers (hélas) à devoir répéter encore et encore les mêmes vérités. Et je ne sou­ve­nais pas que ton arti­cle avait déjà été écrit à pro­pos des mêmes pro­tag­o­nistes.

  6. L’emploi du mot “matri­ar­cat” est per­vers, chez Goet­tner-Aben­droth et d’autres.
    Pour le grand pub­lic, et selon l’é­ty­molo­gie, ce mot désigne une société dans laque­lle les femmes auraient le pou­voir : une “gynocratie”, comme dis­ait Bachofen. Cela per­met de “fascin­er” (comme il est dit dans l’ar­ti­cle) pas mal de monde, en sug­gérant que de telles sociétés exis­tent ou ont existé.
    Mais dès que cette idée est attaquée, con­fron­tée à la réal­ité, alors les émules de Goet­tner-Aben­droth se replient sur une posi­tion pré­parée à l’a­vance : le “matri­ar­cat” n’est pas une dom­i­na­tion des femmes, voyons ! Ce n’est pas l’in­verse du patri­ar­cat ! Vous êtes aveuglé par votre obses­sion phal­locrate pour le pou­voir… Le matri­ar­cat est une société plus égal­i­taire, sans impo­si­tion d’un pou­voir vio­lent, et où les deux sex­es (les deux gen­res) sont respec­tés.
    Alors, pourquoi ne pas par­ler tout sim­ple­ment de sociétés égal­i­taires, ou non sex­istes ? Parce que c’est moins vendeur que “matri­ar­cat”, sans doute.
    Marc Guil­lau­mie.

    1. Entière­ment d’ac­cord, à un détail près : les sociétés prim­i­tives égal­i­taires (ou qua­si-égal­i­taires) du point de vue des rap­ports de genre n’en sont pas moins fon­cière­ment sex­istes. Elles reposent sur la divi­sion sex­uée des tâch­es et de toute la vie sociale, et de ce point de vue, elles sont aux antipodes des aspi­ra­tions mod­ernes à « l’é­gal­ité des sex­es », qui est en réal­ité l’aspi­ra­tion à la dis­pari­tion des gen­res.

    2. Tu as rai­son. Les sociétés, nom­breuses si j’en crois les eth­no­logues, dans lesquelles les indi­vidus sont assignés à des rôles sup­posés com­plé­men­taires et des statuts dif­férents en fonc­tion de leur sexe, sont par­faite­ment sex­istes, même s’il n’y a pas de con­trainte vio­lente et même s’il y a un partage équitable des tâch­es. C’est la dif­férence entre “équité” et “égal­ité” : on ne peut pas dire non plus que ces sociétés sont égal­i­taires. Dans le meilleur des cas, elles sont tolérantes ou apaisées. Je voulais juste dire aux dis­ci­ples d’Aben­droth : par­lez de sociétés égal­i­taires ou non sex­istes, OK vous auriez tort, mais ce serait plus franc que de par­ler de matri­ar­cat.
      Je t’ai cité récem­ment, dans un débat, à pro­pos de “l’é­gal­ité des sex­es” (la dis­pari­tion des gen­res) qui est un idéal tout à fait excep­tion­nel pro­pre aux sociétés occi­den­tales mod­ernes, donc pas du tout incom­pat­i­ble avec le cap­i­tal­isme… et j’ai choqué pas mal de monde ! Ce fut même assez vio­lent.
      M.G.

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