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« Matriarcat : enquête sur un mythe » : un article dans L'Histoire

Le magazine L'Histoire, dans son n°101 « collection » consacré à la Préhistoire, reprend mon article sur le mythe du matriarcat, déjà publié en avril dernier. Et dans le même numéro, de nombreuses autres contributions de spécialistes (et non des moindres, comme on peut le vérifier en consultant le sommaire) à recommander chaudement !

14 commentaires:

  1. Bonjour, Christophe.

    J'ai lu dans L'Histoire ton article, dont je te remercie, ainsi que les autres articles de cette revue : N Teyssandier, E Guy, JL Le Quellec et al. Très intéressants ! Mais c'est d'un autre sujet que je voudrais parler, à propos de cette revue. Il est toujours amusant (ou agaçant) de voir à quel point le roman est malmené dans les publications à prétention scientifique. Méprisé serait sans doute un mot plus juste : ce qu'on méprise vaut-il la peine d'être observé sérieusement ? Je viens d'écrire à L'Histoire le petit mot suivant :

    Madame, Monsieur,

    dans le numéro 101 hors-série de L'Histoire, qui traite de la préhistoire, la page 67 est consacrée au roman de J.-H. Rosny Aîné, La Guerre du feu. Si on omet les images, c'est donc moins d'une demi-page (sur 130 pour l'ensemble du magazine) qui est consacrée à ce roman fondateur de l'imaginaire de la Préhistoire dans l'espace francophone, et au-delà. Sur cette petite demi-page, et en dépit de son admiration pour Rosny, Claude Aziza réussit pourtant à accumuler un nombre impressionnant d'erreurs grossières et d'approximations.

    Quelques exemples : non, la longue nouvelle Les Xipéhuz ne se déroule pas dans "le futur" ; non, le "merveilleux scientifique" n'était pas en 1887 "un nouveau genre romanesque" inventé par Rosny ; non, Helgvor du Fleuve Bleu n'est pas le troisième tome d'une trilogie ; non, la parution de La Guerre du feu dans la revue Je sais tout n'était pas partielle, etc.

    J.-H. Rosny Aîné est un romancier fascinant, étudié depuis longtemps. Les préhistoriens ont écrit au sujet de La Guerre du feu quelques remarques très intéressantes, et beaucoup d'âneries. Qui s'intéresse sérieusement à cet auteur peut consulter le blog de Fabrice Mundzik, ou les travaux d'Eric Lysoe, de Mélanie Bulliard, Pierre Citti et beaucoup d'autres... ou les miens.

    Bien à vous.

    Marc Guillaumie.

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    1. Merci de cette remarque. C'est un sujet sur lequel je me déclare totalement incompétent...

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  2. Bonjour, je pense que vous confondez la gynocratie avec le matriarcat

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    1. Je l'avoue bien volontiers. Toutefois, à moins d'inventer des significations ou des étymologies pour jeter de la confusion dans les choses claires, les deux termes signifient à peu près la même chose – exactement comme en, sens inverse, phallocratie et patriarcat.

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    2. Il me semble que
      Matriarcat : les femmes/hommes sont libres de leurs sexualités, les femmes élèvent avec leurs frères les fruits de leurs aventures. Pas de couple/mariage/paternité
      Et que c'est une société fondée sur la filiation maternelle. A ne pas confondre avec la gynocratie, erreur et abus de langage datant de Bachofen. Le matriarcat =/= société à direction féminine.
      J'ai trouvé cette définition "Le matriarcat est un modèle où les femmes élèvent avec leurs frères les enfants qu'elles ont obtenues par le biais d'union libres avec d'autres hommes, il n'y a pas de mariage ou de couple, ce qui sous entend une grande liberté sexuelle. Du latin mater, la mère et non la femme, le matriarcat est donc « l’ordre fondé sur la maternité », un modèle de société fondé sur la filiation maternelle. C’est pourquoi il ne faut pas le confondre avec un autre concept, celui de la gynocratie (ou gynarchie). Du grec gunê, « femme » et cratos, le pouvoir, gynocratie qui signifie « pouvoir aux femmes », et qui par conséquent à plus à voir avec le pouvoir politique que l’organisation familiale. Une gynocratie ou gynécocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par des femmes"

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    3. C'est bien ce que je disais. On peut imaginer de donner aux mots un sens qu'ils n'ont pas, sortir des définitions nouvelles de son chapeau (ou de celui de Goettner-Abendroth) et choisir d'appeler « dragon » tout quadrupède à écailles, ce qui nous permettra d'affirmer triomphalement que non seulement les dragons existent, mais qu'on en trouve dans à peu près n'importe quel espace vert. En quoi cela apporte-t-il autre chose que de la confusion ? Et si le matriarcat n'a rien à voir avec la domination des femmes, j'imagine donc qu'en toute logique le patriarcat n'a rien à voir avec la domination des hommes ?

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    4. C'est pour cela que je vous ai redirigé vers l'article de contrepoints, l'auteur s'exprime mieux que moi. Je pense que vous y verrez bcp de choses intéressantes

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  3. D'ailleurs je vous renvoi vers cet article qui me semble éclairant. Je ne sais pas quelles critiques vous feriez de cette vision du patriarcat ?
    https://contrepoints-archives.org/faire-contre-loppression-femmes/

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    1. Pour le dire charitablement, cet article est tout simplement lamentable. Il construit son raisonnement en faisant du cherry-picking parmi les faits ethnologiques, et en passant sous silence tous ceux qui contredisent sa thèse. Et au passage, j'ai recherché qui était l'auteur via Google ; il semble qu'il soit aussi sérieux en ce qui concerne ses titres et compétences qu'avec les données scientifiques.

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    2. Je peux comprendre votre point de vue, mais pourriez-vous vous rapidement m'expliquer le problème dans ce schéma des mécanisme patriarcaux qui se base sur sa première raison d'être : assurer à un homme qu'il est le père des enfants de la compagne avec laquelle il vit - et les conséquences diverses que cela engendre ?

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    3. L'idée que la première raison d'être de la domination masculine serait la nécessité d'assurer au mari la certitude de sa paternité est parfaitement ethnocentrique. Il existe de très nombreux exemples ethnologiques (dont l'Australie et les Inuits) où la domination masculine est revendiquée et organisée, sans que les maris soient moindrement préoccupés de leur paternité biologique - ils prêtent volontiers leur épouse dans un certain nombre de circonstances.
      Si le sujet vous intéresse, pourquoi ne pas l'aborder via un livre sérieux (le mien, par exemple) ?

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    4. Au passage, je suis allé jeter un œil sur l'auteur de l'article et le site qui l'héberge, c'est tout de même édifiant. Le seul Gabriel Delauney que connaît internet est un jeune animateur périscolaire. On en déduira donc que cet "Historien, romancier et dramaturge" écrit sous pseudonyme, ce qui nous empêchera donc d'avoir la moindre idée de ses qualifications (mais il est, dixit « admirateur de Bastiat », ce qui prouve au moins qu'il est aussi peu pertinent en économie qu'en anthropologie sociale). Quant à Contrepoints, je lis qu'il s'agit de l'organe de l'IREF, un think-thank libéral flirtant avec l'extrême-droite, spécialisé dans les questions fiscales.
      Bref, c'est à peu près comme si on voulait s'éclairer sur une question médicale en lisant la revue des Témoins de Jéhovah (NB : ce n'est pas parce qu'elle s'intitule « Santé mentale » qu'elle s'appuie sur les connaissances scientifiques en psychiatrie).

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  4. Bonjour Christophe, ma question est simple : que pensez-vous de Tran duc Thao ? Je vous pose la question car ce dernier a dit en 1975, suite aux théories des deux scientifiques soviétiques Wagner et N.A. Tikh, que le premier système social de l'humanité devait être matriarcal. Il se justifie de cette manière "En effet, au sein des communautés de singes, un conflit opposait deux approches développementales : l’« approche masculine », caractérisée par une hiérarchie de nomination, et l’« approche féminine », caractérisée par la démocratie, l’égalité et l’entraide. Les femelles s’entraidaient pour prendre soin de leurs petits, les protéger et les élever. Une relation étroite et durable unissait les mères et leurs filles. Lorsqu’une fille avait des petits, sa mère pouvait les allaiter. Une hiérarchie existait également entre les femelles, mais elle était moins marquée qu’entre les mâles. La tendance générale des femelles au sein de la communauté était démocratique. Lors de la transition des communautés ancestrales de singes vers les sociétés humaines primitives, grâce au développement du travail collectif, la tendance démocratique s’est naturellement imposée, tandis que la hiérarchie de nomination s’est atténuée. Autrement dit, l’« approche féminine » a prévalu sur l’« approche masculine ». Ainsi, les premières femmes ont établi un système matriarcal. L'une des preuves en est qu'aujourd'hui, parmi nos enfants, les filles ont tendance à parler de plus en plus couramment que les garçons du même âge. Cela prouve que, depuis l'époque des singes jusqu'à l'ère humaine, le groupe féminin a joué un rôle social plus important que le groupe masculin et a donc eu davantage d'occasions de s'exprimer.

    En comparant cette théorie avec des données paléontologiques, archéologiques et linguistiques pour enfants sur la primatologie, je constate que de nombreux arguments peuvent être ajoutés pour la soutenir :

    1) Même chez les singes, il existe des groupes matriarcaux : par exemple, dans deux sites au Japon (Macaca fustâc), les femelles sont unies, notamment les filles qui restent proches de leur mère toute leur vie, ce qui permet au groupe de femelles de maintenir sa dominance. Les mâles qui désobéissent sont immédiatement punis.

    2) Lorsque la chasse s'est développée au sein des communautés ancestrales, une division du travail entre hommes et femmes s'est imposée : les hommes chassaient, les femmes cueillaient et élevaient les enfants. Le développement de la cueillette a permis l'accumulation de ressources végétales, ce qui a permis aux femmes de subvenir aux besoins de toute la communauté pendant les périodes de faible rendement de la chasse masculine. Autrement dit, l'économie féminine était plus importante que l'économie masculine, et les femmes ont ainsi pris en charge la gestion des affaires communes de la société.

    Dans un système matriarcal, la pratique des relations extraconjugales est naturellement nécessaire, car elle est essentielle pour garantir l'autorité des femmes dirigeantes.

    D'après les vestiges artistiques, le matriarcat a perduré tout au long du Paléolithique. Les hommes étant alors plus nombreux que les femmes, certaines femmes pouvaient avoir deux maris, une pratique appelée polyandrie.

    3) Sur la base de la théorie matriarcale primitive, il est possible d'unifier les documents pour éclairer les étapes évolutives des singes aux humains, correspondant aux étapes du développement du langage chez les enfants de la deuxième à la sixième année : cela résoudrait le problème de l'origine de la société et expliquerait l'évolution du langage mixte vers un langage grammaticalement correct." Quelles critiques feriez-vous à ces arguments ?
    Cordialement

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    1. Je ne sais pas si votre question est simple, mais elle en cache à coup sûr plusieurs ! Pour commencer, je ne connais pas l'auteur dont vous parlez, mais j'ai le sentiment qu'il fait partie de cette tradition qui s'est efforcée de défendre les schémas hérités d'Engels, même lorsque des faits de plus en plus nombreux venait les contredire. D'une manière générale, en sciences, il faut se méfier de la démarche consistant à élaborer des raisonnements puis, ensuite, d'aller chercher les faits qui semblent les corroborer. Mieux vaut partir des faits, et en tout cas être attentifs à ceux qui invalident possiblement nos raisonnements pour éviter ce qu'on appelle les biais de confirmation.
      En l'occurrence, les observations montrent que sur les milliers de sociétés humaines observées en ethnologie, dont de nombreux chasseurs-cueilleurs, pas une seule ne peut être sérieusement qualifiée de matriarcale. Il y a à cela de solides raisons, mais pour les identifier, encore faut-il admettre ce fait, et ne pas lui tourner le dos. Pas un préhistorien sérieux ne défend aujourd'hui, par exemple, que l'art paléolithique traduirait un quelconque matriarcat (je vous renvoie par exemple à ce texte écrit avec trois autres spécialistes : https://www.lahuttedesclasses.net/2026/02/heide-goettner-abendroth-et-la-pseudo.html)
      Quant aux primates, les rapports entre les sexes sont très variables d'une espèce à l'autre - sur ce point, vous pouvez consulter l'excellente synthèse récemment publiée par Elise Huchard et ses collègues. Nos proches cousins chimpanzés, par exemple, sont un exemple de très nette domination masculine.
      Cordialement

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