Parution annoncée : Casus belli. La guerre avant l’État (éd. La Découverte)

À peine avais-je écrit mon précé­dent bil­let au sujet de la relec­ture des épreuves de mon man­u­scrit, que La Décou­verte annonçait publique­ment son pro­gramme de paru­tion pour les mois à venir. Donc, fin du sus­pense : mon prochain livre, annon­cé pour le 28 août au prix de 23 €, s’intitule Casus bel­li, avec comme sous-titre La guerre avant l’État. Il sera pub­lié dans la for­mi­da­ble col­lec­tion Sci­ences sociales du vivant, dirigée par Bernard Lahire.

Avant de repro­duire ci-dessous sa présen­ta­tion par l’éditeur, je tiens à remerci­er chaleureuse­ment l’ensemble des inter­nautes plus ou moins anonymes dont les remar­ques et les sug­ges­tions ont nour­ri sa rédac­tion. J’espère qu’ils liront ces lignes… et que nous aurons l’occasion de nous ren­con­tr­er en chair et en os.

À quand remonte « la » guerre ? Pour quelles raisons la menait-on ? Dans un style acces­si­ble tein­té d’humour, Christophe Dar­mangeat apporte une pro­fondeur inédite à ces ques­tions en élar­gis­sant la focale au-delà du prisme de la guerre telle que nos sociétés éta­tiques la définis­sent. Grâce à une approche com­par­a­tive inter­dis­ci­plinaire sans équiv­a­lent, il pro­pose pour la pre­mière fois une typolo­gie générale des con­fronta­tions col­lec­tives qui éclaire d’un jour nou­veau les logiques sociales qui ont présidé à leur évo­lu­tion.

Il est sou­vent admis que la guerre authen­tique ne naît véri­ta­ble­ment qu’à une époque tar­dive, à l’Âge du bronze – cette péri­ode étant sup­posée être celle de l’apparition à la fois d’une spé­cial­i­sa­tion de l’activité mar­tiale, avec des com­bat­tants pro­fes­sion­nels, et de l’armement spé­ci­fique­ment homi­cide, avec l’épée. Inverse­ment, il existe à l’échelle inter­na­tionale un courant qui plaide pour une orig­ine très anci­enne de la guerre. Cette thèse, qui inscrit la ques­tion dans le temps long de l’évolution biologique,
relie la guerre des sociétés humaines aux obser­va­tions effec­tuées sur les pri­mates, en par­ti­c­uli­er les chim­panzés.

Quelles que soient leurs diver­gences, ces approches parta­gent l’idée que la guerre est intime­ment et néces­saire­ment liée à l’appropriation de ressources. C’est notam­ment cette idée que Christophe Dar­mangeat entend con­tester, sur la base de mul­ti­ples don­nées ethno­graphiques qui dépeignent des con­flits armés col­lec­tifs et homi­cides – dont cer­tains seule­ment relèvent de la guerre stric­to sen­su –, y com­pris dans des sociétés de chas­se-cueil­lette mobile dénuées de toute iné­gal­ité de richesse. Ces con­flits sont menés pour d’autres motifs que l’appropriation de ressources ter­ri­to­ri­ales, humaines ou matérielles, en par­ti­c­uli­er la vengeance ou l’acquisition de sub­stances cor­porelles (le plus sou­vent des têtes, mais aus­si des dents, des scalps…) réputées néces­saires à la vie.

Dans une large per­spec­tive com­para­tiste et une approche inter­dis­ci­plinaire nour­rie par l’éthologie, l’ethnologie, l’histoire et l’archéologie, ce livre ambi­tionne de recenser ces divers­es formes de con­flits armés, d’en pro­pos­er une typolo­gie raison­née, de les met­tre en rela­tion avec les struc­tures sociales et de traiter de leur vis­i­bil­ité – ou plutôt, le plus sou­vent, de leur invis­i­bil­ité – archéologique.

38 commentaires

  1. Je suis désolé de cass­er un peu le truc… Mais le deux­ième terme ce sont des “ressources” aus­si…

  2. Bien sûr. Comme les nom­bres imag­i­naires sont des nom­bres 🙂
    Plus sérieuse­ment : comme un place­bo a un effet réel, mesurable. Comme les ver­tus imag­i­naires de “l’élite” assurent sa dom­i­na­tion réelle.

    1. Eh non. Qu’un phénomène imag­i­naire puisse avoir des effets réels est une chose. Mais qu’un phénomène imag­i­naire soit lui-même réel est une chose toute dif­férente. Si je vous donne une aug­men­ta­tion de salaire imag­i­naire en vous dis­ant qu’elle est réelle, peut-être irez vous fêter cela au restau­rant. Mais vous finirez avec une dette chez le ban­quier…

    2. Une dette, et la mon­naie fidu­ci­aire en général, c’est réel ou bien c’est un effet de croy­ance ?

    3. Je vous con­cède que mon exem­ple prête le flanc à la dis­cus­sion. Alors soyons plus directs et terre à terre : que devient un indi­vidu qui se nour­rit exclu­sive­ment d’al­i­ments imag­i­naires ?

    4. Et moi, je con­cède volon­tiers qu’il meurt… Comme mour­rait un indi­vidu qui se nour­ri­rait exclu­sive­ment de cail­loux, pour­tant bien réels !
      Seule­ment, per­son­ne ne fait ça. Per­son­ne ne se nour­rit de cail­loux, ni exclu­sive­ment d’al­i­ments imag­i­naires (sauf Mechtilde de Magde­bourg, 1207–1283, qui se nour­ris­sait du Christ). En revanche, la plu­part des gens, pour ne pas dire tous, accor­dent aus­si une grande valeur imag­i­naire à leurs ali­ments. Et cette valeur n’est pas sépara­ble, dans l’ef­fet que pro­duit l’al­i­ment, du con­tenu nutri­tif “objec­tif” mesurable par la chimie. Je mets des guillemets à ce mot, parce que l’ef­fet place­bo lui aus­si est objec­tif et mesurable, et d’ailleurs a été mesuré maintes fois. D’où l’idée que for­mu­lait l’Anonyme n°1, que les ressources imag­i­naires sont aus­si des ressources…
      M.G.

    5. Dire que la valeur imag­i­naire (ou sym­bol­ique) attachée à un ali­ment « n’est pas sépara­ble, dans l’ef­fet que pro­duit l’al­i­ment, du con­tenu nutri­tif “objec­tif” mesurable par la chimie. » est tout sim­ple­ment faux. Don­nez à quelqu’un son ali­ment favori, dont vous aurez aupar­a­vant retiré, à son insu, les com­posants nutri­tifs, et l’in­di­vidu dépéri­ra. Inverse­ment, nour­ris­sez-le par per­fu­sion, sans qu’il ait la moin­dre idée de ce qui se trou­ve dans le liq­uide, et il sur­vivra. C’est toute la dif­férence entre accorder l’im­por­tance néces­saire aux dimen­sions idéelles de la réal­ité, et en arriv­er à nier toute dif­férence entre ces dimen­sions idéelles et les dimen­sions réelles.
      Pour en revenir à la chas­se aux têtes, que les gens qui la pra­tiquent soient con­va­in­cus que les têtes con­stituent une ressource est une chose. Pour autant, pren­dre leurs croy­ances pour argent comp­tant et con­sid­ér­er qu’elles en sont une, au même titre que la terre ou l’eau, c’est pass­er com­plète­ment à côté du prob­lème et s’in­ter­dire, du coup, de com­pren­dre qu’il y a juste­ment quelque chose à expli­quer.

    6. J’ai juste dit “pas sépara­ble”, je n’ai pas dit “iden­tique”… La dimen­sion imag­i­naire et affec­tive de la nour­ri­t­ure n’est évidem­ment pas tout, mais elle est essen­tielle : même bien fourni en nour­ri­t­ure, un petit singe isolé dépérit. Il ne s’al­i­mente vrai­ment qu’en présence d’une mère de sub­sti­tu­tion faite de chif­fons, c’est-à-dire une mère IMAGINAIRE (expéri­ences de Har­low).
      Mais je ne vais pas envahir plus longtemps ce beau blog. Je vais plutôt lire Casus bel­li, et je m’en délecte à l’a­vance. Mer­ci pour tout ce tra­vail !
      M.G.

    7. M.G. : votre argu­ment ne marche pas il me sem­ble. L’at­tache­ment comme les ali­ments sont des ressources “néces­saires à la vie”, dont on peut extraire des élé­ments vitaux : les nutri­ments don­nés en per­fu­sion à la place des ali­ments, et je ne sais pas trop quoi (la forme ? la tex­ture ? l’odeur ?) dans la mère en chif­fon don­née à la place de la vraie mère. Si la poupée de chif­fon fonc­tionne, c’est juste­ment parce qu’elle four­nit ces élé­ments matériels, je crois. Après je n’en déduis rien sur le fond de la dis­cus­sion qui précède, je n’y ai pas réfléchi.

    8. Avatar de Inconnu
      Marc Guillaumie

      Bon­soir, Nadine. Je voulais juste dire que “l’at­tache­ment comme les ali­ments sont des ressources néces­saires à la vie” : apparem­ment, vous êtes d’ac­cord. C’est tout ce que je voulais dire, par cet exem­ple.
      Par exten­sion, je crois — mais je ne suis pas spé­cial­iste — que les ressources appelées plus haut imag­i­naires (p. ex. chas­se aux têtes) font par­tie des ressources, comme l’a sig­nalé tout au début l’Anonyme n°1. Dans le sens où elles sont néces­saires pour que cer­tains proces­sus fonc­tion­nent. Ça ne veut pas dire que je prends pour argent comp­tant ce que pensent les chas­seurs de têtes : en fait, ce qu’on pense de leurs croy­ances n’a aucune impor­tance, sauf pour nous, et n’a rien à voir avec le proces­sus lui-même. De même que pour se nour­rir, le bébé singe a besoin de la présence d’une mère imag­i­naire… Et ça ne veut pas dire que je crois ce que pense le singe, d’ailleurs je n’en sais rien !
      Si j’ai bien com­pris ce que vous avancez comme un con­tre-argu­ment, c’est que la matéri­al­ité de la mère imag­i­naire la ramène for­cé­ment au niveau “ressources réelles”. Ça me sem­ble un peu hors sujet (les têtes coupées aus­si, sont réelles) car ce dont a besoin le bébé singe, ce n’est pas de tel ou tel matéri­au ou tex­ture, c’est d’un ensem­ble pro­duisant une vague évo­ca­tion sur laque­lle il puisse pro­jeter.
      Que, ensuite, cha­cune de ces ressources dites réelles ou dites imag­i­naires puisse être décom­posée en élé­ments matériels, je suis d’ac­cord, mais je ne vois pas ce que cela change. Pour planter un clou dans une planche, il faut un marteau, qui a une tête et un manche. Si on utilise le bois du manche comme rouleau à pâtis­serie et le métal de la tête pour forg­er un fer de lance, on a tou­jours la même quan­tité de bois et de fer, mais on n’a plus de marteau, et on ne peut plus planter un clou. Idem pour le bébé singe : ce n’est pas la forme ou la tex­ture (quoiqu’elles soient très impor­tantes) mais l’ensem­ble. Et idem, je pense, pour la chas­se aux têtes : je sup­pose que ce qui compte (mais encore une fois, je ne suis pas spé­cial­iste) c’est moins la matéri­al­ité d’une tête avec ses dents, ses cheveux, etc., que l’évo­ca­tion d’une vengeance ou d’un exploit guer­ri­er, les con­di­tions dans laque­lle elle a été coupée, les rites asso­ciés, etc.

    9. Comme quoi il ne faut jamais pren­dre non plus pour argent con­tent la promesse d’un Marc Guil­lau­mie de met­tre un terme à ses inter­ven­tions. Il a de la ressource… 😉
      Blague à part, Marc écrit que les ressources imag­i­naires sont une ressource « dans le sens où elles sont néces­saires pour que cer­tains proces­sus fonc­tion­nent ». Certes. Mais qu’ap­por­tent-elles de réel à ceux qui les captent, là est la ques­tion à laque­lle il s’a­gi­rait quand même de répon­dre. Et je suis désolé de repren­dre ce type d’ex­em­ple, mais le paysan qui se sat­is­ferait d’une par­celle de ter­rain imag­i­naire au pré­texte qu’elle con­stitue tout de même une ressource à con­di­tion d’en être per­suadé serait tout de même bien naïf, pour ne pas dire plus.

    10. Avatar de Inconnu
      Marc Guillaumie

      C’est pas ma faute, c’est pas moi, c’est Nadine qui m’a relancé !
      Je blague… Il me sem­ble qu’on tourne un peu en rond, quant à ce qu’on appelle “réel”. On ne va pas régler ça en quelques lignes. Alors, j’ar­rête.
      … jusqu’à la prochaine, bien sûr ! 🙂

    11. Bon­jour,
      C’est vrai, c’est moi qui relance:)
      J’ai ten­té une clar­i­fi­ca­tion :
      Choses A : choses matérielles vitales
      Choses B : choses matérielles déclen­chant des proces­sus aboutis­sant à l’accès à des choses vitales
      Choses C : choses matérielles non‑A et non‑B
      Choses D : choses immatérielles vitales
      Choses E : choses immatérielles déclen­chant des proces­sus aboutis­sant à l’accès à des choses vitales
      Choses F : choses immatérielles non‑D et non‑E
      Dans ce qu’on a dit plus haut, dans les con­textes énon­cés :
      Choses A : ali­ments, nutri­ments, poupée de chif­fon (selon moi)
      Choses B : ali­ments, têtes coupées, poupée de chif­fon (selon Marc), place­bo
      Choses C : cail­loux
      Choses D : ?
      Choses E : place­bo, ver­tus de l’élite
      Choses F : aug­men­ta­tion de salaire imag­i­naire, ali­ments imag­i­naires, champ imag­i­naire
      (je n’ai pas classé dette et mon­naie fidu­ci­aire parce que je ne maîtrise pas ces ter­mes).
      Le classe­ment est for­cé­ment lié au con­texte, par exem­ple on voit bien que ce qui est F pour l’un peut être E pour l’autre.
      Ques­tion résidu­elles : existe t’il des choses D ?
      J’ai choisi « immatériel » plutôt qu’« imag­i­naire » (qui peut nous per­dre par son oppo­si­tion avec réel) mais pour être bien pré­cis on pour­rait dire « choses cog­ni­tives » : croy­ances, savoir, lan­gage, imag­i­naire… (les choses cog­ni­tives ayant évidem­ment une base matérielle dans notre cerveau).
      Quant à ce qui peut être appelé « ressource », c’est une ques­tion de con­ven­tion, il faut juste se met­tre d’accord : seule­ment les choses A (et D), ou les choses A, B, (D) et E.
      bien à vous.

    12. Nous avons là un joli sujet (et une pre­mière propo­si­tion méri­toire) pour des réflex­ions futures ! Mais en ce qui me con­cerne, je ne pense pas avoir de temps de cerveau disponibles pour les prochaines semaines). C’est effec­tive­ment à un classe­ment qu’il faudrait tra­vailler, et comme tou­jours, ce sera l’oc­ca­sion de se deman­der quels sont les bons critères pour délim­iter lignes et colonnes. Un pre­mier mou­ve­ment : je ne crois pas qu’on puisse dire que le place­bo « déclenche l’ac­cès à des choses vitales ». Au mieux, c’est impro­pre, au pire, c’est faux (encore une fois, à réfléchir !)

    13. Avatar de Inconnu
      Marc Guillaumie

      Bon­jour, Nadine.
      Mer­ci de votre classe­ment ! Et d’ac­cord avec vous : “Le classe­ment est for­cé­ment lié au con­texte […] ce qui est F pour l’un peut être E pour l’autre”. Vous avez adop­té le terme général­iste “choses” comme étant le plus neu­tre et le plus large, il me sem­ble.
      Et pour­tant… Voici une ques­tion, juste pour vous taquin­er : Dieu est-il “une chose” ?
      Pour les uns, c’est une croy­ance ou une illu­sion (E ou F), pour d’autres une per­son­ne, ou trois per­son­nes (D ?), pour d’autres encore c’est la seule réal­ité (A+B+C) et c’est vous et moi, qui sommes des illu­sions. Et essay­er de leur démon­tr­er qu’ils se trompent, c’est mis­sion impos­si­ble. En bon matéri­al­iste, je me classe dans la pre­mière caté­gorie (les non-croy­ants) non pas parce que j’au­rais là-dessus une preuve directe quel­conque, mais indi­recte­ment parce que je con­state que le cléri­cal­isme et l’idéal­isme nour­ris­sent surtout l’op­pres­sion.
      Il me sem­ble que c’est le com­porte­ment et les actes des per­son­nes et des groupes, davan­tage que ce qu’ils croient (ou croient croire) (ou ce qu’on croit qu’ils croient), qui sont impor­tants. Et donc que l’op­po­si­tion entre des ressources et des moti­va­tions qui seraient imag­i­naires ou réelles n’est pas si évi­dente.
      Or, juste­ment, “le con­texte” dont vous par­lez est sou­vent posé comme évi­dent. Implicite­ment, l’ex­em­ple de Christophe (le paysan qui se con­tenterait d’une par­celle imag­i­naire) se situe dans le cadre des échanges marchands (une terre con­tre une terre, ou con­tre des biens), où en effet ce paysan serait très naïf. Mais dans la réal­ité, il n’a jamais man­qué de gens pas par­ti­c­ulière­ment naïfs, qui ont pour­tant don­né leurs biens et même leur vie pour des choses par­faite­ment imag­i­naires comme la lib­erté, la démoc­ra­tie, le bon­heur de généra­tions qu’ils ne ver­raient pas.

    14. Nous voilà repar­tis pour un tour. « MG, c’est plus fort que toi ! ». Trois choses :
      1. Dire qu’on choisit l’op­tion matéri­al­iste parce qu’on « con­state que le cléri­cal­isme et l’idéal­isme nour­ris­sent surtout l’op­pres­sion » est à mon avis un argu­ment très faible. Si l’idéal­isme avait rai­son, il faudrait accepter ce fait indépen­dam­ment de ses con­séquences jugées fâcheuses (et au pas­sage, c’est là où le matéri­al­isme de MG, certes revendiqué, ne me paraît pas repos­er sur des assis­es bien solides sur le plan de la méth­ode).
      2. L’ex­em­ple de la par­celle imag­i­naire du paysan n’im­plique absol­u­ment aucune espèce d’échange marc­hand. C’est MG qui rajoute cette idée, qui n’est absol­u­ment pas néces­saire à mon raison­nement.
      3. Oui, on peut don­ner sa vie pour une idée. Mais penser qu’il s’ag­it de la même chose qu’une croy­ance où, par exem­ple, on pense que manger une hostie vous fait partager quelque chose du corps d’un per­son­nage imag­i­naire, c’est une fois de plus tout mélanger et, par con­séquent, s’in­ter­dire de rien com­pren­dre.
      Et si on arrê­tait ?

    15. Je ne vois pas par quelle “méth­ode” on pour­rait démon­tr­er ou prou­ver que le matéri­al­isme ou l’idéal­isme l’emporte. C’est for­cé­ment une con­vic­tion.
      … OK, on arrête.
      M.G.

  3. Cela promet d’être très intéres­sant. Cette méth­ode d’un grand matéri­al­isme anthro­pologique est ce qui manque aujourd’hui dans cer­tains cer­cles mil­i­tants, qui, au hasard, peu­vent vous sor­tir de but en blanc que selon Saint-Engels, l’oppression des femmes appa­raît comme par magie avec la séden­tari­sa­tion et la nais­sance de sociétés de classe (peu importe ce que l’on entend par là) ! Ou car­ré­ment qu’il n’existe tout sim­ple­ment pas de preuves d’une dom­i­na­tion mas­cu­line « avant le néolithique » !

    1. Je crois que vous vous trompez de reproche. Le prob­lème avec le raison­nement d’En­gels n’est pas d’être idéal­iste (l’élé­ment déter­mi­nant est l’ac­cu­mu­la­tion de richess­es entre les mains mas­cu­lines), mais d’avoir été démen­ti par les faits. Les cer­cles mil­i­tants dont vous par­lez (et je pense les con­naître assez bien) sont donc beau­coup moins idéal­istes que dog­ma­tiques, con­va­in­cus qu’ils sont qu’ad­met­tre l’an­ci­en­neté de la dom­i­na­tion mas­cu­line, c’est ipso fac­to tourn­er le dos au marx­isme (et au pas­sage, si la valid­ité du marx­isme dépendait réelle­ment des rap­ports de sexe au Paléolithique, il aurait tout de même les genoux bien frag­iles).

    2. C’est vrai, Engels et Mor­gan ne sont pas idéal­istes mais ont surtout été en grande par­tie invalidés par l’évolution des con­nais­sances en ce domaine. Le souci est donc pré­cisé­ment de les con­sid­ér­er comme l’alpha et l’oméga de la réflex­ion sur le sujet, en igno­rant entre autres l’apport du fémin­isme matéri­al­iste (je pense surtout à Tabet). Le prob­lème est alors d’en infér­er des con­clu­sions stratégiques, puisque ce dog­ma­tisme pousse à con­sid­ér­er la lutte pour l’émancipation des femmes comme inhérente à l’apparition des class­es, et donc du cap­i­tal­isme (eh oui, au néolithique ?). Ces con­sid­éra­tions sont rel­a­tive­ment inin­téres­santes, et con­stituent en soi une espèce de lec­ture fonc­tion­nal­iste, voire téléologique, qui aurait pour but de ren­tr­er dans le moule de la lutte des class­es (et donc du néces­saire dépasse­ment du cap­i­tal­isme…)

    3. Je dois bien avouer que je ne com­prends pas tout ce que vous dites… et sur ce que je crois en com­pren­dre, je ne suis pas vrai­ment d’ac­cord. Mais comme j’ai déjà écrit cent fois sur ces ques­tions, je ne suis pas cer­tain qu’une cent-unième sera utile !

    4. Avatar de Inconnu
      daniel leduc

      Sujet intéres­sant… com­ment la gauche com­mu­niste (on peut inclure, je crois la gauche inter­na­tion­al­iste, le trot­skysme et aus­si un peu les anar­chistes) traite l’oppression des femmes ?
      Cela va de la sec­on­dari­sa­tion de la lutte des femmes, en pas­sant par le « ce n’est pas une lutte de classe (inter­clas­siste) à comme vous dites : tout sera réglé sous le com­mu­nisme ou pire, une espèce d’opportunisme en pro­mul­guant la lutte des femmes au-dessus ou en dehors des class­es sociales (le patri­ar­cat).
      Revenons à Engels :
      1- Engels a un réel respect de la sci­ence, de son développe­ment (réf Dialec­tique de la nature) et il serait aba­sour­di de ce que la gauche com­mu­niste en fait aujourd’hui.
      2- Sur l’oppression des femmes, il a l’honneur d’y ten­ter d’y met­tre une date (ou une époque) celui de la monogamie comme son affir­ma­tion célèbre, ce fut la grande défaite des femmes.
      3- Ce que la sci­ence aujourd’hui, a décou­vert c’est que l’oppression com­mence avant la monogamie et Engels serait sure­ment d’accord avec ça ! La monogamie ne vient que couron­ner cette oppres­sion ou la struc­tur­er ?
      4- Ce que j’observe c’est que on dis­cute du sujet « femmes » alors qu’on devrait dis­cuter de l’objet « repro­duc­tion ». En cela, tou­jours à par­tir de l’orientation qu’Engels en a don­né :
      D’après la con­cep­tion matéri­al­iste de l’his­toire, le fac­teur déter­mi­nant dans l’his­toire est, en dernière instance, la pro­duc­tion et la repro­duc­tion de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n’avons jamais affir­mé davan­tage.
      5- Ça veut dire quoi ? On con­nait très bien l’évolution de la pro­duc­tion, mais qu’en est-il de l’évolution de la repro­duc­tion ? Suiv­re cette ligne nous évite, je crois de nous enfarg­er dans les dif­férentes idéolo­gies bonnes ou mau­vais­es.
      C’est le sujet de mon manuscrit.…par le biais de : l’histoire et la préhis­toire de la divi­sion sex­uelle du tra­vail.

    5. Et sinon, au cas où, je rap­pelle que le sujet du bil­let est mon prochain bouquin, sur la typolo­gie et l’évo­lu­tion des con­fronta­tions col­lec­tives. Je dis ça, moi, je dis rien, hein…

  4. Bon­jour je viens de voir votre vidéo avec nota bene et je me demandais si il existe des traces de for­ti­fi­ca­tions ou du moins de défense avec des peu­ples de chas­seurs- cueilleur ?

    1. En fait, pour les défens­es et les for­ti­fi­ca­tions, la bonne ques­tion n’est pas « chas­seurs-cueilleurs ou cul­ti­va­teurs », mais « mobiles ou (semi-) séden­taires ». Donc, chez les peu­ples mobiles, les défens­es sont… mobiles : boucliers, armures en os ou en végé­taux. Et chez les peu­ples plus séden­taires, on a des palis­sades, des fos­sés, des maisons for­ti­fiées. La ques­tion qu’on peut se pos­er pour les mobiles, c’est l’u­til­i­sa­tion volon­taire de for­ti­fi­ca­tions naturelles : pas impos­si­ble, par exem­ple, que cer­tains sites d’habi­tat paléolithiques dif­fi­ciles d’ac­cès aient été choi­sis parce qu’ils offraient une pro­tec­tion con­tre les attaques.

    1. C’est à dire ? Des lieux de campe­ments où le paysage a été amé­nagé de manière durable ? Plus la mobil­ité est grande, moins c’est le cas… Il faut que les gens revi­en­nent régulière­ment et restent un cer­tain temps pour envis­ager des travaux requérant un investisse­ment plus lourd (ne serait-ce que des maisons en bois – qu’il est très dif­fi­cile de retrou­ver en archéolo­gie – ou en pierre).

  5. Je sig­nale dans la veine de ce sujet une con­férence au Col­lège de France de Hugo Mei­jer, invité par Jean-Jacques Hublin : “Aux orig­ines de la guerre et de la paix dans l’e­spère humaine” : https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/conferencier-invite/hugo-meijer/aux-origines-de-la-guerre-et-de-la-paix-dans-espece-humaine (aus­si en pod­cast sur l’ap­pli radio france).
    C’est plus pré­cisé­ment : une recherche des orig­ines des com­porte­ments létaux et des com­porte­ments coopérat­ifs, avec une démarche comme Lahire qui utilise la biolo­gie, l’étholo­gie, etc. C’est pas­sion­nant, très péd­a­gogique, et avec une hypothèse de fin qui a l’air fort logique.

    1. Je suis en con­tact avec Hugo, et nous avons pas mal échangé autour de cela. Je n’ai pas lu son man­u­scrit, mais il s’ag­it de manière évi­dente d’un tra­vail très sérieux et mar­qué par un souci con­stant de ne pas com­met­tre d’er­reur. Seul bémol, il est en anglais, il est épais, et pour l’in­stant pas de ver­sion française et/​ou vul­gar­isée en vue, hélas.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut