Que sait-on des Germains ? (1/​2)

Les Ger­mains, cet ensem­ble de peu­ples qui vivaient dans la par­tie cen­trale de l’Europe il y a deux mille ans, occu­pent une place par­ti­c­ulière dans les dis­ci­plines qui touchent aux sci­ences sociales. Pour com­mencer, évidem­ment, en rai­son de leur rôle his­torique réel ou sup­posé : dans la ver­sion clas­sique de l’his­toire, ce sont leurs migra­tions qui sont cen­sées avoir don­né le coup de grâce à l’Empire romain et être à l’origine de la longue muta­tion de l’esclavage antique au ser­vage féo­dal. Mais les Ger­mains sont aus­si sou­vent con­sid­érés comme un type social à part entière, sus­cep­ti­ble de servir de point de com­para­i­son pour com­pren­dre d’autres sociétés.

Les Ger­mains se dis­tinguent ain­si dou­ble­ment de leurs con­tem­po­rains les Gaulois, chez qui per­son­ne ne s’est jamais aven­turé à iden­ti­fi­er un arché­type social. La rai­son est très sim­ple ; elle ne tient absol­u­ment pas aux car­ac­téris­tiques pro­pres de ces sociétés elles-mêmes, mais à la con­nais­sance que nous en avons (ou que nous croyons en avoir). Sur les Gaulois, nous n’avons pour ain­si dire aucun témoignage écrit, et même sur une ques­tion aus­si impor­tante que celle de savoir s’ils étaient organ­isés en Etats, nous en sommes réduits aux con­jec­tures. Sur les Ger­mains, en revanche, nous dis­posons de sources, certes par­tielles et prob­lé­ma­tiques, mais qui illus­trent le vieil adage à pro­pos des borgnes et du roy­aume des aveu­gles.

Sur les Ger­mains, donc, exis­tent deux textes rédigés par des con­tem­po­rains, en l’occurrence deux Romains de pre­mier plan : d’une part, la longue digres­sion que César glisse au livre VI de la Guerre des Gaules, d’autre part et surtout la Ger­manie que Tacite con­sacre entière­ment au sujet un siè­cle et demi plus tard. Out­re le fait qu’ils pour­suiv­ent évidem­ment d’autres buts que le sim­ple amour dés­in­téressé de la sci­ence, ces témoins sont loin d’être de fins con­nais­seurs des réal­ités qu’ils décrivent. César n’a fait que longer le monde ger­manique, effec­tu­ant deux brefs pas­sages du Rhin, entre deux cam­pagnes gaulois­es. Sa digres­sion du livre VI sert surtout à jus­ti­fi­er sa poli­tique et à camper les Ger­mains en épou­van­tail. Quant à Tacite, il n’a jamais mis les pieds en Ger­manie. Son texte est entière­ment écrit depuis Rome, à par­tir de sources de sec­onde main — César, Pline l’Ancien, des réc­its de marchands et de sol­dats — et sous-ten­du par la volon­té d’opposer la rude ver­tu des bar­bares à la mol­lesse des Romains de son temps.

Point n’est besoin d’être un expert pour relever dans ces textes cer­taines infor­ma­tions sur­prenantes, sus­cep­ti­bles de jeter un doute général sur leur fia­bil­ité.

Les inven­tions les plus fameuses sont celles de César, à pro­pos de la faune. La Guerre des Gaules décrit ain­si :

un bœuf ayant la fig­ure d’un cerf, du milieu du front duquel, entre les oreilles, se dresse une corne unique, plus haute et plus droite que les cornes qui nous sont con­nues. (VI, 26).

Cette licorne n’est pas le seul ani­mal fort étrange évo­qué par le texte. Celui-ci men­tionne égale­ment un élan (alces), aux pattes dépourvues d’articulations : inca­pable de se couch­er, l’animal dormi­rait appuyé con­tre un arbre — si bien que, pour le cap­tur­er, ajoute César, il suf­fit de sci­er dis­crète­ment les troncs.

Mal­gré ces invraisem­blances fla­grantes, beau­coup d’historiens ont con­sid­éré que le texte de César con­sti­tu­ait néan­moins une source d’informations plus ou moins authen­tiques, et ce d’autant plus que sur cer­tains points, il était con­fir­mé par Tacite. Les Ger­mains ont donc été érigés en arché­types sur deux grandes dimen­sions de la vie sociale.

La propriété de la terre

La pre­mière est économique. Les Ger­mains auraient illus­tré un grand type de pro­priété (ou de pos­ses­sion ?) du sol, une ques­tion qui a par­ti­c­ulière­ment préoc­cupé Marx, pour des raisons évi­dentes, et sur lequel sa pen­sée a été amenée à évoluer sig­ni­fica­tive­ment (j’y reviendrai).

Mais sur quelle base ces idées – celles de Marx et Engels, mais avant tout, celles de spé­cial­istes sur lesquels ils s’appuyaient — ont-elles été échafaudées ? Le retour aux textes révèle bien des dif­fi­cultés.

Le pre­mier point, et non le moin­dre, est que César nie toute pra­tique agri­cole de la part des Ger­mains, les décrivant comme de purs éleveurs. Tacite, pour sa part, ne com­met pas cette bévue et évoque l’agriculture. Il écrit :

Ils changent de champs chaque année, et il reste tou­jours de la terre (Ger­manie, 26).

Que doit-on com­pren­dre de cette phrase laconique ? Evidem­ment pas que les Ger­mains auraient vécu comme de per­pétuels nomades – au demeu­rant, l’archéologie est formelle : les Ger­mains étaient des séden­taires, ils cul­ti­vaient l’orge et le blé depuis des siè­cles, et vivaient dans des fer­mes sta­bles avec des sys­tèmes de champs per­ma­nents (les « celtic fields », petites par­celles délim­itées par des lev­ées de terre) et des gre­niers. Les vil­lages se déplaçaient bien, non de manière annuelle mais à l’échelle de plusieurs généra­tions, quand les sols s’épuisaient. Le « change­ment de champs » annuel décrit par Tacite décrit donc beau­coup plus prob­a­ble­ment sys­tème d’assolement, où on lais­sait repos­er chaque par­celle avant de la met­tre à nou­veau en cul­ture.

Reste un sec­ond point, encore com­pliqué : celui du droit de pro­priété en vigueur et des redis­tri­b­u­tions péri­odiques des ter­res évo­quées par les deux auteurs.

César est le plus rad­i­cal. Il affirme que :

Per­son­ne n’a une éten­due de terre déter­minée ni des lim­ites qui lui soient pro­pres ; mais les mag­is­trats et les chefs assig­nent chaque année aux clans et aux groupes de par­ents autant de terre, et à l’endroit, qu’ils jugent bon, et les con­traig­nent l’année suiv­ante à pass­er ailleurs. (Guerre des Gaules, VI, 22)

S’il en est ain­si, selon lui, c’est afin que les hommes ne s’attachent pas à l’agriculture au point de per­dre leur ardeur guer­rière, pour que les puis­sants ne cherchent pas à s’agrandir aux dépens des faibles, pour qu’aucune soif de richesse ne fasse naître de fac­tions, et « pour que le petit peu­ple reste tran­quille, cha­cun voy­ant sa for­tune égale à celle des plus puis­sants ». Autrement dit, César présente une sorte de com­mu­nisme agraire, mais qui serait organ­isé de manière délibérée par les chefs, dans des buts poli­tiques. Un tel tableau, pour dire le moins, est extrême­ment sur­prenant, et en tout cas, sans aucun équiv­a­lent con­nu en eth­nolo­gie.

Tacite, quant à lui, donne une ver­sion sen­si­ble­ment dif­férente et qui heurte moins notre sens de la vraisem­blance :

Les champs sont occupés tour à tour par la com­mu­nauté selon le nom­bre de cul­ti­va­teurs, puis partagés entre eux selon le rang […]. (Ger­manie, 26).

Ici, plus de redis­tri­b­u­tion annuelle autori­taire, ni de logiques sociales hors normes : on en revient à une con­fig­u­ra­tion beau­coup plus clas­sique. Il est d’ailleurs prob­a­ble que ce soit cette réal­ité, mal com­prise, qui ait induit César en erreur : un obser­va­teur pressé pou­vait facile­ment trans­former ce mou­ve­ment lent et cou­tu­mi­er en une réat­tri­bu­tion annuelle décidée d’en haut.

Un autre fac­teur est que César fonde sa descrip­tion sur les Suèves, la con­fédéra­tion la plus puis­sante et la plus mobile, celle qu’il a affron­tée avec Ari­o­viste, dont il écrit que :

Il n’y a chez eux aucune terre privée et séparée, et il n’est pas per­mis de rester plus d’un an au même endroit pour la cul­tiv­er (Guerre des Gaules, IV, 1).

Dans quelle mesure ces infor­ma­tions reflè­tent-elles la réal­ité, faisant des Suèves un cas d’espèce par­mi les Ger­mains ? Il est évidem­ment bien dif­fi­cile de le dire.

Au pas­sage, on relève que chez Tacite, le partage s’effectue non sur une base égal­i­taire mais « selon le rang », ce qui laisse entrevoir une société déjà large­ment frac­turée par les iné­gal­ités de richesse, une richesse décrite dans d’autres extraits : « On aime le grand nom­bre des trou­peaux ; c’est la seule richesse des Ger­mains, le bien qu’ils esti­ment le plus. », même si « les plus voisins de nous tien­nent compte de l’argent et de l’or, comme utiles au com­merce. Ils con­nais­sent et dis­tinguent quelques-unes de nos mon­naies. ». Si Tacite n’évoque pas la ques­tion des paiements de mariage (le « prix de la fiancée »), il men­tionne par deux fois le fait qu’en matière judi­ci­aire, les paiements de com­pen­sa­tion pour homi­cide ou pour des fautes moins graves, soient ver­sés sous la forme de têtes de bétail d’espèces divers­es.

Quoi qu’il en soit, au XIXᵉ siè­cle, ces extraits ont nour­ri plusieurs théori­sa­tions – dont celles de Marx qui, comme je le dis­ais, ont con­sid­érable­ment évolué au cours du temps.

Dans les man­u­scrits pré­para­toires au Cap­i­tal (Grun­drisse), et plus pré­cisé­ment dans le texte inti­t­ulé Formes antérieures à la pro­duc­tion cap­i­tal­iste, écrit vers 1857, Marx iden­ti­fie la « forme ger­manique », qui fig­ure comme un type de pro­priété à part entière, à côté des formes asi­a­tique, antique et slave. L’idée est que chez les Ger­mains, la com­mu­nauté n’a pas vrai­ment d’existence pro­pre. Elle ne prend corps que lorsque des pro­prié­taires indi­vidu­els — cha­cun maître de son exploita­tion agri­cole — se réu­nis­sent de temps à autre, notam­ment pour des raisons judi­ci­aires ou liées à la guerre. Des divers types soci­aux de l’antiquité, cette « forme ger­manique » est donc celle qui, aux yeux de Marx, fait la part la plus belle à la pro­priété indi­vidu­elle, et four­nit donc la base la plus favor­able à la con­cen­tra­tion ultérieure de la pro­priété fon­cière et à la pro­lé­tari­sa­tion des paysans, cette « sépa­ra­tion du pro­duc­teur de ses moyens de pro­duc­tion » fon­da­men­tale dans l’avènement du cap­i­tal­isme.

Mais une dizaine d’années plus tard parais­sent une série de travaux rédigés par le médiéviste Georg Lud­wig von Mau­r­er. Celui-ci, notam­ment sur la base des écrits de César et Tacite, sou­tient que la forme orig­i­naire de l’organisation ger­manique est la Markgenossen­schaft (com­mu­nauté de marche) : une col­lec­tiv­ité vil­la­geoise détenant la terre en com­mun, et car­ac­térisée par un usage col­lec­tif des forêts et pâturages et une redis­tri­b­u­tion péri­odique des ter­res arables.

Selon Mau­r­er, la pro­priété privée indi­vidu­elle résulte unique­ment de la dis­so­lu­tion tar­dive de cette com­mu­nauté col­lec­tive pre­mière. Même si elle prend à revers leurs analy­ses antérieures, Marx et Engels accueil­lent avec ent­hou­si­asme cette nou­velle lec­ture, Engels la résumant en 1882 dans sa brochure La Marche. Les analy­ses de Mau­r­er furent toute­fois loin de faire l’unanimité. Fus­tel de Coulanges, par exem­ple, a polémiqué pied à pied con­tre cette théorie (Le prob­lème des orig­ines de la pro­priété fon­cière, 1889), en mon­trant que les textes ne prou­vent nulle­ment ce que Mau­r­er leur avait fait dire. Cette posi­tion sem­ble désor­mais faire con­sen­sus – les formes col­lec­tives observées chez cer­taines tribus sont doré­na­vant con­sid­érées comme des insti­tu­tions tar­dives et non comme la sur­vivance d’un état orig­inel uni­versel… Sur ce point, les intu­itions du jeune Marx sem­blent donc plus proches de la réal­ité que ses con­vic­tions ultérieures.

A suiv­re…

13 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Tangui Przybylowski

    Con­cer­nant Fus­tel de Coulanges, j’ai le sou­venir d’avoir lu, il y a près de 10 ans, un autre texte un peu antérieur à celui que tu cite : “Les Ger­mains con­nais­saient-ils la pro­priété des ter­res ?” chapitre tiré des Recherch­es sur quelques prob­lèmes d’his­toire de 1885. Et les con­stats que Fus­tel de Coulanges fai­sait sur la pro­priété du sol chez les ger­mains étaient tout à fait cohérents avec la pro­priété usu­fondée du sol décrite par Tes­tart.

    Sur la ques­tion de la pro­priété indi­vidu­elle. J’ai l’im­pres­sion que c’est un mau­vais angle pour abor­der le prob­lème. Cer­tains droits sur la terre peu­vent être indi­vid­u­al­isés (droit d’usage, droit sur les fruits) tan­dis que d’autres droits ne le sont pas (droit d’abuser : ven­dre, don­ner).

    –> “Des divers types soci­aux de l’antiquité, cette « forme ger­manique » est donc celle qui, aux yeux de Marx, fait la part la plus belle à la pro­priété indi­vidu­elle, et four­nit donc la base la plus favor­able à la con­cen­tra­tion ultérieure de la pro­priété fon­cière et à la pro­lé­tari­sa­tion des paysans, cette « sépa­ra­tion du pro­duc­teur de ses moyens de pro­duc­tion » fon­da­men­tale dans l’avènement du cap­i­tal­isme.”

    Je suis moins con­nais­seur des exem­ples his­toriques anciens. Mais pour le con­ti­nent sur lequel on a le plus de don­nées “récentes” con­cer­nant le fonci­er (à savoir l’Afrique), la dynamique est claire­ment con­traire : c’est la col­lec­tiv­ité des droits sur la terre (le fait que des par­ents puis­sent s’op­pos­er à une alié­na­tion d’une par­celle par exem­ple) qui coïn­cide avec le faire-val­oir indi­rect ; car ce dernier est une bonne manière de céder une par­celle sans entamer défini­tive­ment les droits com­mu­nau­taires sur un pat­ri­moine fonci­er.

    Au con­traire, lorsque cha­cun à le droit d’user de sa par­celle sans se souci­er des droits de ses par­ents, l’al­ié­na­tion est plus sim­ple à réalis­er. Pourquoi la con­cen­tra­tion de la pro­priété se réalis­erait-elle de façon indi­vidu­elle plutôt que com­mu­nau­taire ? (je laisse de côté le terme “col­lec­tif” qui laisse penser que tout le monde à un droit équiv­a­lent ; ce qui cor­re­spond seule­ment à la pro­priété usu­fondée décrite par Tes­tart, mais pas du tout aux évo­lu­tions ultérieurs où l’ac­cès à la terre est déter­minée par une appar­te­nance com­mu­nau­taire (lig­nage, vil­lage, autres groupes poli­tiques).

  2. For­mi­da­ble et com­plexe sujet ; l’an­cien pro­fesseur d’his­toire que je suis, Alsa­cien de sur­croît, ne peut que vous remerci­er de l’é­clair­er ain­si. Est-il plus frus­trant de man­quer de sources sur lesquelles s’ap­puy­er que cela peut l’être pour des péri­odes préhis­toriques bien plus anci­ennes ? J’ai ten­dance à répon­dre oui, bien sûr, mais je suis sans doute biaisé sur le sujet.

  3. Je ne sais pas d’où sort l’il­lus­tra­tion (générée par IA ?) mais les Ger­mains con­stru­i­saient-ils vrai­ment leurs vil­lages en pleine forêt ? 🤨

    (et pas une femme à l’hori­zon sem­ble-t-il…)

  4. C’est acces­soire par rap­port aux ques­tion­nements de votre bil­let, mais je suis éton­né de votre 2e para­graphe car j’au­rais eu ten­dance à dire qu’on a davan­tage d’écrits d’au­teurs grecs et latins sur les Gaulois qu’on en a sur les Ger­mains. Mais peut être voulez vous dire que les textes qu’on a sur les Gaulois s’in­téressent moins à l’or­gan­i­sa­tion sociale et à la ques­tion de la pro­priété ?

    1. Oui, c’é­tait bien l’idée que je voulais avancer : les textes décrivant la société gauloise sont à peu près inex­is­tants, et pour ten­ter de la con­naître nous sommes totale­ment trib­u­taires de l’archéolo­gie.

  5. Bon­jour, mer­ci de l’ar­ti­cle ! Pou­vez-vous don­ner des références de travaux et syn­thès­es archéologiques en anglais (voir français si pos­si­ble) qui touchent à la ques­tion de l’or­gan­i­sa­tion sociale de ces sociétés, ou cer­tains de leurs traits ? J’ai ten­té des recherch­es sans rien trou­ver … . D’a­vance mer­ci à tous et toutes si vous avez qqs références

    1. Bon­jour
      Je pré­cise que je ne suis pas du tout un spé­cial­iste de ces ques­tions, donc je ne peux que vous don­ner des infor­ma­tions que j’ai trou­vé en glanant sur inter­net, sans avoir le recul pour juger de leur qual­ité. Apparem­ment, une bonne référence (que j’ai rapi­de­ment con­sultée) est Mal­colm Todd, The Ear­ly Ger­mans (Black­well). Pour les autres titres, c’est en alle­mand, et je ne m’y suis pas risqué…

  6. Bon­jour.
    Sur­pris con­sid­érant la qual­ité habituelle des travaux présen­tés. Car, si j’i bien com­pris l’on com­mente sur la base de 2 sources écrites large­ment sujettes à inter­ro­ga­tion (je viens de relire la Guerre des Gaule de JC…). Il me sem­ble hasardeux de raison­ner à par­tir d’une base si restreinte d ‘infos. Sans doute avez-vous d’autres sources (l’archéolo­gie..?).
    En tout cas, félic­i­ta­tions pour vos recherch­es et votre soucis de dif­fu­sion.

    1. Je me suis sans doute mal fait com­pren­dre, mais l’axe du bil­let con­siste pré­cisé­ment à rel­a­tivis­er la fia­bil­ité de ces deux sources (tout en leur recon­nais­sant une cer­taine valeur infor­ma­tive, mais qui mérite d’être abor­dée avec la plus grande pru­dence, au moins con­cer­nant le thème traité).

  7. Avatar de Inconnu
    Loïc Serrières

    Bon­jour M. Dar­mangeat,

    Tout d’abord, mer­ci beau­coup pour votre site que je con­sulte sou­vent !
    Le titre “Que sait-on des Ger­mains ?” m’a attiré tout par­ti­c­ulière­ment car la ques­tion se pose d’au­tant plus qu’il faut déjà savoir … “De qui (quoi ? quand ?) par­lons-nous quand nous par­lons de Ger­mains ?”. Vous me voyez venir (avec mes gros sabots)… Dans quoi vous embar­quez-vous ?

    Sans post-mod­ernisme aucun, la ques­tion se pose vrai­ment. En tout cas, on se la pose :
    — Chris­t­ian Goudineau : https://www.college-de-france.fr/media/christian-goudineau/UPL19780_goudineaures0405.pdf (si César a inven­té la Gaule, il a inven­té la Ger­manie)
    — John Col­lis : https://journals.openedition.org/anabases/480

    Il y a aus­si beau­coup de lit­téra­ture sur le dis­cours césarien… sur Tacite… : https://www.persee.fr/doc/vita_0042-7306_2010_num_182_1_1699 Par exem­ple. Des généra­tions de latin­istes ! alors vous imag­inez…

    Bref. Vous vous lancez dans une opéra­tion com­pliquée. Et c’est d’au­tant plus sym­pa que l’on touche là, par­mi d’autres aspects, la dif­fi­cile ques­tion de l’i­den­tité. Et que les archéo­logues se sont tournés vers vos col­lègues pour démêler tout ça : ethno­genèse, accul­tur­a­tion/­con­tre-accul­tur­a­tion, iden­tité (ou proces­sus iden­ti­taires ?)… Tout comme ils se tour­nent vers vous sur des ques­tions de genre, de con­flits…

    Alors je suis curieux, non pas de la resti­tu­tion d’une Ger­manie (de quelle époque du reste ?) et de ses usages, mais bien de la manière dont Marx et d’autres se sont sai­sis de la matière disponible (ici les témoignages antiques) pour définir un “champ des pos­si­bles”. Et je suis vrai­ment très intéressé — car je trou­ve que c’est un angle mort de nos réflex­ions actuelles (notam­ment sur le pou­voir) — par les liens fon­da­men­taux entre pra­tiques agri­coles (au sens le plus agronomique du terme, vous évo­quez la jachère par exem­ple) et l’or­gan­i­sa­tion d’une société. Même au Moyen Âge, der­rière le trip­tyque des “ceux qui” se cache une grande com­plex­ité, et une cer­taine vari­abil­ité : https://www.youtube.com/watch?v=-n98XmpMlS0

    Je ne sais pas ce que vous allez faire de ce com­men­taire… En tout cas, mer­ci encore.
    Bon courage pour la suite de vos travaux.
    Bien cor­diale­ment,

    PS : alors si atten­tion quand même, comme on dit plus haut par un autre lecteur, “on en sait” sur les Gaulois. Les “peu­ples” soumis par César étaient con­sti­tués en cités (civ­i­tates). Pour com­pren­dre ce qu’il faut enten­dre par là : Voir S. Fichtl sur ce point par exem­ple. César en dit pas mal aus­si…

    1. Oui, je sais que le sujet est immense et que je n’ai aucune exper­tise par­ti­c­ulière — mais juste­ment, ce blog est aus­si fait pour sus­citer des réac­tions telles que la vôtre et m’aider à amélior­er mes approches. Depuis longtemps en effet, il se dit que César a en quelque sorte inven­té les Ger­mains pour légitimer sa con­quête de la Gaule. Ren­seigne­ments pris auprès de divers col­lègue, dit de cette manière, c’est tout de même une forte exagéra­tion. Les deux ensem­bles se dis­tin­guaient par la langue, mais aus­si très prob­a­ble­ment par leurs struc­tures sociales et poli­tiques — vous rap­pelez à juste titre que les dif­férentes tribus gaulois­es étaient très vraisem­blable­ment organ­isées en États, même si nous man­quons cru­elle­ment d’in­for­ma­tions sur leur allure.

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