Nouvelle proposition sur les degrés de conflictualité

1. L’état des lieux

Depuis plusieurs mois, ce blog est occupé – cer­tains diront : obsédé – par la volon­té d’aboutir à une clas­si­fi­ca­tion con­ven­able des modal­ités de la vio­lence col­lec­tive (dont, bien sûr, la guerre). Les abon­dantes dis­cus­sions n’ayant pour le moment pas épuisé le sujet, je reviens aujour­d’hui une fois encore à la charge en pro­posant une nou­velle piste.

Les Tupinam­ba représen­tés par T. de Bry
dans une des pre­mières édi­tions du réc­it de Hans Staden

Pour com­mencer, il n’est pas inutile de rap­pel­er que les dif­fi­cultés sur le sujet tien­nent, notam­ment, au fait qu’il touche à dif­férentes dimen­sions que l’on a ten­dance à mélanger. Si l’on évoque, pêle-mêle, des ter­mes tels que bataille régulée, feud, guerre, raid, razz­ia, etc. on mobilise (en les téle­sco­pant) dif­férents aspects que l’analyse doit au con­traire soigneuse­ment dis­tinguer :

  1. celui de la forme des opéra­tions mil­i­taires : une bataille rangée ou non, un coup de main, une embus­cade, un assas­si­nat ciblé, etc.
  2. celui d’un état général des rela­tions : ni le feud, ni la guerre ne sont des événe­ments. Ce sont des rap­ports entre col­lec­tiv­ités qui ouvrent la pos­si­bil­ité de recourir à cer­tains types d’ac­tions. Pour le feud, la gamme de ces actions est a pri­ori assez étroite : il s’ag­it d’une série d’as­sas­si­nats et de con­tre-assas­si­nats de com­pen­sa­tion. Pour la guerre, elle est au con­traire très large, puisque par déf­i­ni­tion, l’idée de guerre sous-entend que tous les coups sont per­mis, qu’il s’agisse d’opéra­tions étroites et ciblées (meurtre, sab­o­tage…) ou d’af­fron­te­ments beau­coup plus larges (batailles, sièges…).
  3. celui des moti­va­tions à l’œu­vre. Le terme de feud ne s’ap­plique que dans les cas où la rai­son des assas­si­nats con­cerne la vengeance (ou, ce qui revient au même, la com­pen­sa­tion). Celui de guerre, là encore, est générique : il peut exis­ter des guer­res pour des motifs très var­iés, dont la vengeance.

Pour peu qu’on ait de sur­croît con­sid­éré que l’op­po­si­tion entre feud et guerre tenait à la nature des unités sociales impliquées (« poli­tiques » ou « non poli­tiques »), celle-ci s’in­vite comme une dimen­sion sup­plé­men­taire, por­tant le total à qua­tre. Sur une telle base, il ne faut donc pas être sur­pris d’être con­fron­té à des dif­fi­cultés insol­ubles lorsqu’on cherche à con­stituer un tableau syn­thé­tique.

2. Une nouvelle proposition

Des qua­tre dimen­sions évo­quées, la propo­si­tion qui suit n’en con­serve que deux, l’une à titre prin­ci­pal (le niveau de con­flict­ual­ité), l’autre à titre sec­ondaire (le motif du con­flit). On écarte donc résol­u­ment comme critère de clas­si­fi­ca­tion d’une part la forme mil­i­taire des con­fronta­tions, d’autre part la nature des unités sociales en con­flit.

Depuis le début de cette dis­cus­sion, on tourne autour de l’idée que les sit­u­a­tions con­flictuelles se déploient à deux niveaux : l’un qui serait en quelque sorte illim­ité (la guerre), l’autre qui poserait un cer­tain nom­bre de bornes à l’ex­er­ci­ce de la vio­lence ou aux objec­tifs pour­suiv­is. J’avais ain­si retrou­vé à peu de choses près la dis­tinc­tion pro­posée par Alain Tes­tart entre les guer­res stric­to sen­su et les « engage­ments à final­ité lim­itée », par­mi lesquels le feud, la razz­ia, et pos­si­ble­ment, la chas­se aux têtes.

Je voudrais sug­gér­er ici que cette dis­tinc­tion, si elle a quelque chose de juste, n’est pas com­plète­ment opérante, et qu’on cern­erait mieux la réal­ité en recon­nais­sant non deux, mais trois niveaux de con­flict­ual­ité. Ces trois niveaux résul­tent du croise­ment de deux vari­ables :

  1. Le con­flit sup­pose-t-il, ou légitime-t-il, un nom­bre prédéter­miné d’homi­cides ? Autrement dit, dans le cadre de ce con­flit, envis­age-t-on de tuer une quan­tité spé­ci­fique d’ad­ver­saires, ou cette quan­tité est-elle a pri­ori sans lim­ites ?
  2. Le con­flit a‑t-il pour objec­tif de mod­i­fi­er durable­ment la sit­u­a­tion, ou le rap­port de forces, entre les col­lec­tiv­ités impliquées ? En d’autres ter­mes, s’ag­it-il pour l’un au moins des bel­ligérants de rem­porter une vic­toire, c’est-à-dire d’af­faib­lir l’en­ne­mi – ou point, éventuelle­ment, de l’an­ni­hiler ?

On voit d’emblée que ces deux critères binaires dessi­nent trois con­fig­u­ra­tions et non qua­tre : il n’est pas pos­si­ble de chercher à rem­porter une vic­toire sur une autre col­lec­tiv­ité (autrement dit, de la soumet­tre et de lui impos­er sa volon­té) en lim­i­tant a pri­ori le nom­bre d’homi­cides que l’on est dis­posé à com­met­tre. On obtient donc la gra­da­tion suiv­ante :

Degré de con­flict­ual­ité 1 2 3
Lim­i­ta­tion a pri­ori du nom­bre d’homi­cides Oui Non Non
Volon­té de vain­cre /​soumet­tre /​
mod­i­fi­er durable­ment le rap­port de forces, etc.
Non Non Oui

Comme on le dis­ait précédem­ment, cette approche peut être ensuite déclinée selon les motifs de con­flits. Si l’on com­mence par le motif emblé­ma­tique de la vengeance, on recon­naît immé­di­ate­ment dans le degré de con­flict­ual­ité 1 le cas du feud, autrement, celui qui ver­ra se dérouler un cer­tain nom­bre d’as­sas­si­nats de com­pen­sa­tion non con­sen­tis (et don­nant donc lieu à une rétori­sion ou, tout au moins, à la volon­té d’une rétor­sion future). On iden­ti­fie égale­ment dans le degré 3 la guerre vin­di­ca­toire, où l’on tue sans compter, en cher­chant à « don­ner une bonne leçon », voire une leçon défini­tive. Mais cette tri­par­ti­tion per­met égale­ment de dégager une sit­u­a­tion inter­mé­di­aire, celle où l’on a en quelque sorte cessé de tenir les comptes, où l’on tue dès que l’oc­ca­sion s’en présente parce que ce sont des enne­mis tra­di­tion­nels, mais sans pour autant chercher à les élim­in­er ou à les réduire à l’im­puis­sance.

3. Quelques cas ethnographiques

Cette sit­u­a­tion peut-elle être iden­ti­fiée dans le matériel ethno­graphique ? Je suis prêt à pari­er que si je repre­nais mes don­nées aus­trali­ennes, j’en trou­verais cer­taines pour lesquelles, à tout le moins, le doute est per­mis. Je pense en par­ti­c­uli­er à cet épisode rap­porté par Howitt (événe­ment 61 de ma base de don­nées), où un groupe de Kur­nai avise un campe­ment de « Bra­jer­ak » (terme dégradant désig­nant toute tribu enne­mie) et en mas­sacre les occu­pants, sans qu’on ait le sen­ti­ment que cette action s’in­scrive dans une volon­té plus glob­ale d’élim­in­er les­dits Bra­jer­aks, ou même de les réduire à sa mer­ci. Quoi qu’il en soit, on trou­ve sur d’autres con­ti­nents cer­tains élé­ments qui plaident en faveur de l’ex­is­tence de cette con­fig­u­ra­tion.

Voici par exem­ple ce qu’écrit Adri­ana Ster­pin à pro­pos des Chaque­ňos, un peu­ple du Cha­co (les soulignés sont les miens) :

Bien que qual­i­fiées par­fois de « feud­ing » ou « vendet­ta » (Karsten, 1932 : 102–103 ; Fock, 1963), les guer­res des Indi­ens chaque­ňos — comme d’autres guer­res sudamérin­di­ennes (…) ne sem­blent pour­tant pas avoir obéi à une logique vin­di­ca­toire, selon la déf­i­ni­tion anthro­pologique mod­erne du terme (cf. Verdier, 1980). En par­ti­c­uli­er, les échanges de vio­lences ne sont pas ici régis par une règle de réciproc­ité dans un jeu de « somme zéro ». Au con­traire, et comme la vengeance Tupinam­ba ou la guerre inter-trib­ale jivaro, le caat­shai n’a ni début ni fin ; il est, par déf­i­ni­tion, inter­minable : il y a tou­jours une perte à venger, et cette vengeance est anonyme. Certes, les cap­tifs peu­vent être resti­tués, mais une mort subie en guerre (les Niva­cle diraient même une blessure) non seule­ment ne peut pas être abolie par des com­pen­sa­tions adéquates (chevaux, fusils, comme c’est le cas de l’homi­cide) mais elle ne peut même pas être effacée par une (ou plusieurs) morts infligées : vis-à-vis des enne­mis, on n’est jamais, on ne peut pas être quittes. (A. Ster­pin, « La chas­se aux scalps chez les Niva­cle du Gran Cha­co », Jour­nal de la Société des Améri­can­istes, tome 79, 1993. p. 58)

On retrou­ve en effet ce thème, exprimé de divers­es façons, sous la plume d’autres ama­zon­istes. En par­ti­c­uli­er, Un arti­cle de M. Carneiro da Cun­ha et E. Viveiros de Cas­tro (« Vin­gança e tem­po­ral­i­dade : os Tupinam­ba », Jour­nal de la société des améri­can­istes, Année 1985, n°71), cité par Ster­pin, donne une image tout à fait sim­i­laire de la guerre (mais faut-il vrai­ment l’ap­pel­er ain­si ?) des Tupinam­ba.

Pour com­mencer, celle-ci se for­mule et se pense entière­ment en ter­mes de vengeance. On ne com­bat ni pour con­quérir des ter­res, ni pour piller des biens, ni même pour épouser des femmes. Quant aux pris­on­niers, on n’en fait aucune util­i­sa­tion économique ou poli­tique. Comme le rap­por­tait déjà le fameux témoignage de Hans Staden, au milieu du XVIe siè­cle, on con­ser­vait le pris­on­nier durant des semaines, voire des mois, avant de l’exé­cuter d’un coup d’épée gour­din sur le crâne, lors d’une céré­monie haute­ment rit­u­al­isée. Tout aus­si cod­i­fié était le ban­quet qui s’en­suiv­ait, au cours duquel la vic­time était rôtie et mangée par l’ensem­ble du vil­lage et de ses invités.

Le ban­quet anthro­pophage des Tupinam­ba

Ain­si qu’on le dis­ait, ces con­flits étaient entière­ment conçus comme l’exé­cu­tion d’une vengeance. Mais, de même que chez les Chaque­ňos du Cha­co, cette vengeance ne peut être com­prise de façon sat­is­faisante ni en ter­mes de feud, ni en ter­mes de guerre. Il ne s’agis­sait pas d’équili­br­er des pertes, et de sol­der des dettes de sang : si toute cap­ture et exé­cu­tion d’en­ne­mis était vue comme une rétor­sion pour les meurtres passés (réels ou imag­i­naires), cette rétor­sion était des­tinée à être sans fin — et à ali­menter, en sens inverse, de futures vengeances : très sig­ni­fica­tive­ment, le pris­on­nier qui s’ap­prê­tait à être tué tenait un dis­cours con­venu, où il décla­mait que les siens le vengeraient et se repaî­traient à leur tour de la chair de ses assas­sins. La vengeance tupinam­ba est explicite­ment une « vengeance sans fin » : elle est donc tout à fait dif­férente d’un assas­si­nat de com­pen­sa­tion, où l’on aspire à ce que ce geste sol­de les comptes et mette un terme à la sit­u­a­tion d’hos­til­ité. Mais inverse­ment, ce n’est pas d’une guerre au plein sens du terme qu’il s’ag­it : on ne cherche pas à écras­er l’ad­ver­saire, à le met­tre hors d’é­tat de nuire, voire à l’ex­ter­min­er. On se sat­is­fait de ces inces­sants coups de main, qui éton­nent même par le faible béné­fice qu’ils appor­tent au regard des efforts qu’ils néces­si­tent : « Ces Indi­ens, qui par­couraient, même plus de 300 miles lorsqu’ils par­taient en guerre, se con­tentaient de qua­tre ou cinq enne­mis cap­turés, met­tant fin à l’ex­pédi­tion. »

Même si cela mérit­erait véri­fi­ca­tion, j’ai le sen­ti­ment que ce cas de fig­ure se retrou­ve peu ou prou sous d’autres lat­i­tudes. Dans les plaines de l’Amérique du Nord, par exem­ple, un auteur comme Mishkin (Rank and war­fare among Plain Indi­ans, 1940) évoque à pro­pos des Kiowa – hélas, sans trop de pré­ci­sions – des actions de vengeance menées sur une échelle man­i­feste­ment beau­coup trop large pour cor­re­spon­dre à un sim­ple meurtre de com­pen­sa­tion, sans toute­fois dépass­er le coup ponctuel qui n’am­bi­tionne pas d’obtenir une vic­toire durable.

Ce qui précède amène tout droit à une remar­que générale, à savoir que la zone cen­trale de ce sché­ma, c’est-à-dire le degré 2 de la con­flict­ual­ité, a pu facile­ment être selon les cas rat­tachée au degré 1 (con­cer­nant la vengeance, celui du feud pro­pre­ment dit) ou au degré 3 (celui de la guerre). On peut penser que recon­naître cette zone inter­mé­di­aire est un moyen de lever cer­taines ambi­gu­i­tés et incom­préhen­sions. Il y aurait donc en quelque sorte du feud au sens strict (celui qui relève de la con­flict­ual­ité de degré 1) et au sens large (qui englobe égale­ment le degré 2). De même, le terme de « guerre » peut être com­pris dans un sens strict, celui de la con­flict­ual­ité de degré 3, ou lui aus­si au sens large en étant éten­du à celle de degré 2.

4. Et hors de la vengeance ?

Cette dis­tinc­tion me sem­ble égale­ment fonc­tion­ner pour des con­flits qui ne relèvent pas de la vengeance, mais qui se déploient pour d’autres motifs. Ain­si, triv­iale­ment, ceux qui cor­re­spon­dent à la volon­té de s’emparer de biens ou de cap­tifs. La clas­si­fi­ca­tion pro­posée per­met alors de dis­tinguer ce qui n’est qu’un sim­ple coup de main (une opéra­tion de razz­ia) d’une sit­u­a­tion de guerre où il s’ag­it de met­tre l’ad­ver­saire en coupe réglée. En ce qui con­cerne ce qu’on appelle faute de mieux la chas­se aux têtes, les critères ci-dessus amèn­eraient à faire une dif­férence entre celle qui vise un seul indi­vidu (degré 1) et les raids qui entraîneront la mise à mort de toute une maison­née ou de tout un vil­lage (degré 2) – on peut douter de l’ex­is­tence d’au­then­tiques guer­res (degré 3) liées à ce motif. Mais elle per­me­t­trait en tout cas de con­sid­ér­er ce dernier cas de fig­ure comme une caté­gorie à part entière, sans être obligé de le rabat­tre de manière for­cée vers le feud ou vers la guerre.

Naturelle­ment, la robustesse de ce tryp­tique devra être éprou­vée, entre autres, en le con­frontant aux dif­férents types d’opéra­tions iden­ti­fiées par les peu­ples eux-mêmes, pour voir dans quelle mesure ceux-ci étaient conçus en fonc­tion de ces trois pos­si­bles degrés d’hos­til­ité.

Pour ter­min­er, un pre­mier point est que l’on pour­rait tout à fait con­cevoir une exten­sion de cette clas­si­fi­ca­tion vers une sit­u­a­tion qui serait le con­traire de l’hos­til­ité, à savoir celle de l’ami­tié (autrement dit, de la con­flic­tal­ité néga­tive). Je ne sais pas s’il con­viendrait d’in­sér­er, entre les deux, une zone qui cor­re­spondrait à la neu­tral­ité. Mais du point de vue de ce que j’ap­pelais à pro­pos de l’Aus­tralie le principe de mod­u­la­tion, une telle exten­sion des caté­gories cou­vri­rait la gamme des rela­tions pos­si­bles : à un dom­mage, on répondrait par un dom­mage moin­dre (con­flic­tal­ité néga­tive), et par un dom­mage de plus en plus impor­tant à mesure qu’on se situe dans un état de con­flict­ual­ité élevé.

Un sec­ond point est celui des batailles judi­ci­aires rangées, décidées d’un com­mun accord. Celles-ci inclu­ent les batailles régulées, si fréquentes dans les sociétés non éta­tiques, mais aus­si cer­tains affron­te­ments sans mer­ci, tels le gain­gar de la Terre d’Arn­hem. En soi, de tels événe­ments n’oc­cu­pent pas une place définie dans la clas­si­fi­ca­tion que je pro­pose ici. Cette forme exprime en effet le fait que les deux par­ties s’ac­cor­dent sur le mode de règle­ment du dif­férent ; mais en elle-même, elle ne dit rien de la pro­fondeur de ce dif­férend. Voilà pourquoi, dans cer­tains cas, elle s’ef­fectue avec des armes non létales et ne doit débouch­er, nor­male­ment, que sur de sim­ples blessures, alors que dans d’autres elle peut être si vio­lente qu’on peut la con­sid­ér­er comme une guerre pure et sim­ple.

12 commentaires

  1. Bon­jour,
    Je vous lis depuis longtemps avec intérêt. Mer­ci pour votre tra­vail. Sans avoir for­cé­ment de remar­ques per­ti­nentes à faire sur le fond lui-même, j’ai repéré un cer­tain nom­bre de coquilles dans le texte (sans doute dues à l’en­t­hou­si­asme provo­qué par cette propo­si­tion de clas­si­fi­ca­tion). Si cela vous intéresse :
    “l’odée de la guerre sous-entend…”
    “la rai­son des assas­si­nats con­cere la vengeance”
    “la propo­si­tion qui suit ne con­cerve que deux…”
    “(terme dégradant désig­nant toute tribuu enne­mie)”
    “j’ai le sen­ti­ment que ce cas de fig­ure se retrouce peu ou prou…”
    “le coup ponctuel qui n’am­bi­tionne pas à une vic­tiore durable…”
    “cette dis­tonc­tion me sem­ble…”
    “ceux qui à la volon­té de s’emparer de biens… (?)”
    Au plaisir de vous lire à nou­veau,

    1. Ralalala, l’im­pa­tience de la jeunesse fait que j’ai ten­dance à met­tre en ligne avant de procéder à une relec­ture atten­tive. Mer­ci à vous de votre œil scru­ta­teur !

  2. Hel­lo,

    Tu comptes qua­tre aspects à dis­tinguer (forme, état général des rela­tions, moti­va­tions, nature des unités sociales éventuelle­ment) pour n’en retenir que deux : niveau de con­flict­ual­ité et motif (la forme et la nature des unités sociales étant écartées). Donc, motif = moti­va­tion, ça, c’est OK. Mais tu assim­i­les aus­si « état général des rela­tions » et « niveau de con­flict­ual­ité », alors que pour moi ce n’est pas la même chose. Le pre­mier ren­voie à la forme du rap­port social entre groupes, le sec­ond pas du tout. Il n’est même pas évi­dent que les deux soient forte­ment cor­rélés (même si for­cé­ment en par­tie).

    En fait, je me demande si le critère niveau/​degré de con­flict­ual­ité, que tu tiens comme pre­mier depuis le début, n’est pas en réal­ité très sec­ondaire. Je me pose la ques­tion depuis un cer­tain temps, mais plus ça va et plus je suis per­suadé qu’on n’arrivera à rien de vrai­ment per­ti­nent en croisant « moti­va­tion » et « niveau de con­flict­ual­ité », que ce soit avec deux ou trois degrés, parce que ce n’est tout sim­ple­ment pas la bonne base de clas­si­fi­ca­tion. Je suis con­va­in­cu qu’il y a quelque chose de plus pro­fond à trou­ver, qui tourne effec­tive­ment très cer­taine­ment autour des rap­ports soci­aux entre groupes.

    1. Je n’ai peut-être pas choisi mes qual­i­fi­cat­ifs avec suff­isam­ment de soin, mais à mes yeux, l’é­tat général des rela­tions et le niveau de con­flict­ual­ité, c’é­tait effec­tive­ment la même idée. Et si tu dis que pour toi, ce n’est pas du tout le cas, alors je ne vois pas quel aspect de la réal­ité désigne, selon toi, l’ « état général des rela­tions ».
      Pour le reste, je vois encore moins com­ment le degré de con­flict­ual­ité ne pour­rait pas être cen­tral dans une clas­si­fi­ca­tion des types de con­flits. Mais là aus­si, je ne demande qu’à être con­va­in­cu ; mais pour cela, il fau­dra que tu en dis­es un peu plus sur ta propo­si­tion alter­na­tive. Parce qu’en atten­dant, ma propo­si­tion à trois degrés, je trou­ve qu’elle fonc­tionne quand même plutôt bien…

    2. Ben, pour moi les rela­tions ce sont les liens entre groupes (c’est un peu la déf­i­ni­tion…). Je ne vois pas trop le rap­port avec le niveau de con­flict­ual­ité, qui cor­re­spond à l’idée que les con­flits sont plus ou moins lim­ités. C’est sans doute un prob­lème d’ap­pel­la­tion vu de chez toi, mais juste­ment moi j’au­rais ten­dance à croire que les rela­tions entre groupe stric­to sen­su sont peut-être une piste à suiv­re.

      En ce qui con­cerne l’im­por­tance même du degré de con­flict­ual­ité pour une clas­si­fi­ca­tion, je sais que tu en es per­suadé depuis le début, mais j’en suis bien moins con­va­in­cu que toi. Je n’ai pas vrai­ment de propo­si­tion alter­na­tive, en tout cas rien de mûr, mais d’une part je trou­ve qu’avec les deux mêmes critères depuis le départ, ça tourne quelque peu en rond (et rajouter un degré ne me paraît rien chang­er). Et d’autre part je ne vois pas trop pourquoi une clas­si­fi­ca­tion per­ti­nente des types de con­flits devrait néces­saire­ment pren­dre en compte le degré de con­flict­ual­ité. Peut-être, et après tout c’est ce qui pour­rait ressor­tir in fine, mais je ne crois pas qu’on puisse le décider a pri­ori.

  3. Par­don de m’im­mis­cer, mais la matrice à 2 dimen­sions de Christophe me sem­ble aus­si au pre­mier abord plutôt bien fonc­tion­ner. Mais ne pour­rait-on pas imag­in­er, à la suite des math­é­ma­tiques, de con­cevoir des matri­ces à plus de dimen­sions ? Evidem­ment , impos­si­ble à la main, mais les pro­grès dans la pro­gram­ma­tion infor­ma­tique devrait les per­me­t­tre. Après, le prob­lème est quoi met­tre dedans et répar­tir les items, pondér­er … Serait-ce pos­si­ble ?

    1. Vous êtes tout par­don­né, le blog est fait pour que cha­cun puisse s’im­mis­cer ! On peut tout à fait con­cevoir des clas­si­fi­ca­tions à plus de deux dimen­sions, et c’est d’ailleurs cette solu­tion que j’avais retenue dans mon approche des procé­dures judi­ci­aires aus­trali­ennes : https://1.bp.blogspot.com/-fSKZXZdjUmw/XS9q-ubEw1I/AAAAAAAAJ_w/Tnc2d-ULNXkcTGRKbITrHwDmcCSLU2dhwCLcBGAs/s1600/Classification-suppl%25C3%25A9mentaires.jpg
      Après, il faut trou­ver le bon com­pro­mis entre une for­mal­i­sa­tion trop sim­ple et donc, qui rate des dimen­sions impor­tantes de la réal­ité, et une for­mal­i­sa­tion trop lourde qui serait plus pré­cise, mais inutil­is­able. D’où les inces­sants tâton­nements aux­quels je me livre depuis plusieurs mois pour essay­er de trou­ver la bonne for­mule…

  4. Avatar de Inconnu
    Maxime Petitjean

    Hel­lo,

    Je m’immisce à mon tour dans la dis­cus­sion après avoir épluché la dizaine de bil­lets qui lui sont con­sacrés et les com­men­taires qui les accom­pa­g­nent (il m’aura quand même fal­lu une journée com­plète pour rat­trap­er mon retard !!).
    Le point sur lequel je souhaitais réa­gir con­cerne la déf­i­ni­tion de la guerre, et l’éventuelle clas­si­fi­ca­tion des con­flits armés qui doit en découler.

    Tout comme Christophe, j’ai été très ent­hou­si­as­mé par la déf­i­ni­tion pro­posée par Bruno dans son arti­cle de 2020 (que je cite à nou­veau pour éviter tout quipro­quo) : « État con­flictuel entre deux ensem­bles dis­tincts de per­son­nes (groupes) qui se perçoivent glob­ale­ment et récipro­que­ment comme enne­mis et entre­ti­en­nent un rap­port social d’hostilité, chaque groupe ten­tant d’établir sa supéri­or­ité sur l’autre par le moyen de la lutte armée. »

    Effec­tive­ment, la nature des unités sociales impliquées n’est pas, de mon point de vue, un critère per­ti­nent, même si je con­sid­ère (et je pense que c’était l’avis ini­tial de Jürg Hel­bling – j’espère ne pas déformer sa pen­sée !) qu’il n’y a pas de guerre sans groupes capa­bles d’agir comme acteurs col­lec­tifs vis-à-vis d’autres groupes. Cette déf­i­ni­tion min­i­mal­iste, qui aurait le béné­fice de met­tre tout le monde d’accord, pour­rait-elle porter l’é­ti­quette d’« unité poli­tique » ? Une « unité poli­tique », lorsqu’elle est en guerre, doit-elle néces­saire­ment être en capac­ité de con­train­dre tous les mem­bres du groupe à pren­dre une part active au con­flit ? Les Aborigènes d’Australie, les Indi­ens des Plaines, les héros de l’Iliade peu­vent à tout moment décider de s’extraire d’un affron­te­ment dans lequel ils se sont engagés à titre volon­taire. Soit. Il n’en demeure pas moins que la guerre de Troie est la guerre des Achéens con­tre les Troyens.

    Deux­ième point, le plus impor­tant à mes yeux : le critère de la final­ité est-il si impor­tant pour définir le phénomène-guerre ? Si je suis bien Bruno, la con­di­tion néces­saire pour qu’un con­flit soit qual­i­fié de guerre serait la recherche, de la part de la par­tie qui ini­tie les hos­til­ités, d’une forme de supéri­or­ité poli­tique. Ce que Christophe restitue, dans un bil­let antérieur, de la manière suiv­ante : « Le point cru­cial est la volon­té d’établir sa supéri­or­ité. C’est cet élé­ment qui est absent dans les opéra­tions qui relèvent tant du feud que de la chas­se aux têtes stan­dard. En d’autres ter­mes, ce sont des com­bats qu’on ne mène pas pour vain­cre l’ennemi, ni même en soi pour l’affaiblir, mais seule­ment pour effectuer un prélève­ment. »

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  5. Avatar de Inconnu
    Maxime Petitjean

    Cet élé­ment de déf­i­ni­tion me gêne de plus en plus, car il revient en effet à exclure de la dis­cus­sion cer­taines « guer­res à final­ité d’acquisition » (pour repren­dre la ter­mi­nolo­gie tes­tar­di­enne). Prenons l’exemple des expédi­tions de pil­lage des Sar­mates, des Alains ou encore des Huns con­tre l’Empire romain. Ces raids ont, le plus sou­vent, pour unique objec­tif de faire du butin (e.g. Tacite, Hist. 1.79 : praedae inten­ta [à pro­pos des Sar­mates Rhox­olans qui pil­lent la Mésie en 69]). Il ne s’agit pas d’occuper un ter­ri­toire voisin, ni même de détru­ire l’outil mil­i­taire adverse. Dès lors qu’on peut éviter les pertes, en agis­sant furtive­ment, c’est tant mieux : on ren­tre chez soi chargés d’or, de bétail et d’esclaves !
    Pour­tant, ces attaques – qui peu­vent impli­quer plus d’une dizaine de mil­liers de cav­a­liers déployés en unités dis­ci­plinées – débouchent régulière­ment sur des batailles rangées très meur­trières (c’est le cas en 69 : les Sar­mates sont rat­trapés par l’armée romaine, alors qu’ils s’apprêtent à repass­er le Danube, et sont vain­cus en rase cam­pagne) et même, à par­tir de l’irruption des Huns en Europe, sur des opéra­tions de siège. Pourquoi ? Parce que ces peu­ples de nomades cav­a­liers sont dis­posés à recourir à la vio­lence sans restric­tion pour réalis­er leur objec­tif, et qu’il en va de même de l’armée romaine, dont la mis­sion est de pro­téger les pop­u­la­tions de l’Empire.
    Dans tous les cas, on con­vien­dra que le fond de l’affaire n’est pas la recherche de la supéri­or­ité poli­tique. Et pour­tant, qui nierait que ces affron­te­ments sont de véri­ta­bles « guer­res », alors que les anciens eux-mêmes les qual­i­fient régulière­ment de bel­lum ou de pole­mos ?

    Le même prob­lème se pose chez Tes­tart, autour de la notion d’engagement à final­ité lim­itée qu’il développe dans son man­u­scrit inédit sur le poli­tique. Selon lui, c’est le car­ac­tère lim­i­tatif de leur objec­tif (acquérir cer­tains biens, tuer des indi­vidus déter­minés) qui car­ac­térisent ces « engage­ments » et les dis­tingue des « guer­res » pro­pre­ment dites. Il y a là, je pense, une mau­vaise piste. C’est plus la lim­i­ta­tion des vio­lences qui doit servir de critère, car une opéra­tion de pil­lage peut très bien être formelle­ment une guerre, ce que mon­trent les exem­ples évo­qués plus haut.

    Bref, tout ça m’amène à penser que la propo­si­tion de Christophe autour des degrés de con­flict­ual­ité est peut-être la plus per­ti­nente… avec une petite nuance de mon côté : lui sem­ble con­sid­ér­er que la guerre pro­pre­ment dite com­mence au 3e degré (pas de lim­i­ta­tion du nom­bre d’homicide + volon­té de soumet­tre), alors que j’aurais plutôt ten­dance à la faire démar­rer au 2e degré, caté­gorie dans laque­lle j’insère mes exem­ples de guerre de pil­lage.

    De ces élé­ments de réflex­ion, je pro­pose la déf­i­ni­tion suiv­ante de la guerre :
    — La guerre est un affron­te­ment armé et meur­tri­er, opposant aux moins deux com­mu­nautés qui ont pour car­ac­téris­tique fon­da­men­tale d’agir en tant qu’acteurs col­lec­tifs vis-à-vis d’autres groupes.
    — Les com­mu­nautés qui par­ticipent à cet affron­te­ment met­tent explicite­ment leurs buts de guerre au ser­vice d’une final­ité col­lec­tive, qui peut vari­er selon les cas de fig­ure.
    — Afin d’atteindre cette final­ité ou d’empêcher que la com­mu­nauté enne­mie ne parvi­enne à impos­er la sienne, les deux par­tis s’autorisent à tuer indis­tincte­ment et sans restric­tion, jusqu’à ce que l’objectif soit atteint, aban­don­né ou redéfi­ni.

    Voilà ! Je m’excuse par avance pour cette réac­tion un peu longue. N’hésitez pas à me dire si j’ai défor­mé vos pro­pos, et à cri­ti­quer le con­tenu de ma déf­i­ni­tion. Elle me sert pour l’instant de base de tra­vail, mais je ne doute pas qu’on puisse l’améliorer !

    Maxime

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    1. Bon­jour Maxime,

      Je réponds assez rapi­de­ment, car en ce moment le dossier « guerre » prend la pous­sière étant don­né que je suis acca­paré par d’autres choses. Mais il fau­dra que je me repenche sur ton très intéres­sant com­men­taire.

      En ce qui con­cerne la déf­i­ni­tion que j’ai don­née, je me suis juste­ment bien gardé d’accoler un qual­i­fi­catif à « supéri­or­ité », et surtout pas celui de poli­tique, de manière à con­serv­er un sens large. Il ne s’agit donc pas de supéri­or­ité poli­tique, mais de supéri­or­ité sur l’adversaire lato sen­su. On pour­rait rem­plac­er « établir sa supéri­or­ité sur l’autre » par « domin­er l’autre » pris dans le même sens.

      Sinon, en vrac :
      – Je suis d’accord sur la ques­tion que le groupe doit être capa­ble d’agir comme acteurs col­lec­tifs vis-à-vis d’autres groupes. Pour moi, c’est un critère en par­tie con­tenu dans l’appellation même de « groupe », puisqu’au sens social c’est un ensem­ble de per­son­nes ayant des car­ac­tères et/​ou des intérêts com­muns. Mais effec­tive­ment ce n’est peut-être pas si clair que ça pour tout le monde et il faudrait peut-être rajouter la pré­ci­sion.
      Par con­tre, je ne vois pas que l’on puisse dans tous les cas appel­er ça une « unité poli­tique » : c’est par­fois vrai, mais sûre­ment pas tout le temps (pas pour les Aborigènes et les Indi­ens des Plaines que tu cites, et pour la guerre de Troie ça m’étonnerait que l’on puisse par­ler d’unité poli­tique pour les Achéens, qui ne sont qu’un assem­blage de plusieurs cités-États — déjà, Ménélas est roi de Sparte et Agamem­non est roi de Mycènes…). De tout façon, il faudrait déjà que tout le monde soit d’accord sur la déf­i­ni­tion d’une « unité poli­tique », et là bon courage. À mon avis, non seule­ment le terme « poli­tique » est inutile dans une déf­i­ni­tion de la guerre, mais en plus il est source de prob­lèmes.

      – Sur la final­ité, il faut donc com­plète­ment sor­tir « poli­tique » de la réflex­ion. À par­tir de là, je reste con­va­in­cu qu’un des critères de déf­i­ni­tion de la guerre est bien la final­ité d’établir sa supéri­or­ité sur l’adversaire (= lui met­tre une raclée), d’autant que, comme le soulig­nait Christophe, ça sépare bien la guerre de ce qui n’en est pas (au moins jusqu’à preuve du con­traire, selon la for­mule con­sacrée).
      Néan­moins, tu soulèves la juste ques­tion de la fron­tière entre pil­lage et guerre dans les cas que tu évo­ques. Comme ça, sans plus creuser pour l’instant, je pense qu’un élé­ment de réponse se trou­ve dans le fait que la guerre est un état et que le pil­lage est une opéra­tion. En pas­sant, que la guerre soit un état me paraît fon­da­men­tal et même si Christophe n’est pas de cet avis, je crois que c’est un critère pre­mier pour une clas­si­fi­ca­tion. Mais pour en revenir à la dis­tinc­tion, je pense qu’on peut tout à fait dis­tinguer deux niveaux : celui de la guerre entre Romains et Sar­mates, Huns ou autres (qui sont des groupes enne­mis), avec par­fois des bas­tons, et celui des opéra­tions (raids) de pil­lage, où le but n’est effec­tive­ment pas d’établir sa supéri­or­ité sur l’autre. Mais il faudrait sans doute réfléchir plus, d’autant que ce n’est pas le coin et l’époque que je con­nais le mieux. Il faudrait qu’on trou­ve l’occasion d’en dis­cuter un jour (le blog a aus­si ses lim­ites).

      – Du coup pour la déf­i­ni­tion que tu pro­pos­es :
      Pour l’item 1 : du moment que la guerre est un état, de mon point de vue, je ne crois pas qu’on puisse la lim­iter à un affron­te­ment ;
      Pour l’item 2 : si par final­ité col­lec­tive, tu entends qu’elle est la même pour tous les par­tic­i­pants, je n’y crois pas (pour rester à Troie, Ménélas veut se venger de l’enlèvement d’Hélène, pas Achille ou Ulysse, qui par­ticipent à la guerre pour des raisons obscures et con­tra­dic­toires selon les sources, mais dont on peut penser qu’ils sont plus intéressés par le butin à gag­n­er dans l’affaire ; après, s’il faut vrai­ment trou­ver une final­ité col­lec­tive, je n’en vois juste­ment pas d’autres que dominer/​établir sa supéri­or­ité).

    2. Allez, j’y vais vite fait de mon grain de sel : je pense que Maxime met le doigt sur une sit­u­a­tion objec­tive­ment embê­tante (donc intéres­sante !). Plus ça va, plus je crois qu’un des fonds du prob­lème, c’est ce terme de « guerre » qui est aus­si gênant qu’il est utile, parce qu’il nous empêche en par­tie de trou­ver les bons critères pour raison­ner. Si j’o­sais un par­al­lèle, je dirais bien qu’il en va de la même manière que les noms d’an­i­maux ver­nac­u­laires, qui sou­vent regroupent des espèces assez éloignées tout en écar­tant d’autres espèces proches. Résul­tat, la bonne ques­tion c’est beau­coup moins de dis­tinguer la guerre de la non-guerre (ou de la guerre-autrement), que de trou­ver les bons critères pour ranger tous ces phénomènes de manière per­ti­nente.
      Sinon, je suis d’ac­cord pour dire que les états et les opéra­tions ne relèvent pas du même niveau, et qu’une clas­si­fi­ca­tion se doit d’éviter de tout mélanger. Plus le temps passe, plus il me sem­ble que le bon point d’en­trée est celui des opéra­tions et de leurs final­ités. Mais là aus­si, dans les final­ités, il y a des niveaux à dis­tinguer, et le terme intro­duit lui aus­si de la con­fu­sion : on peut se bat­tre pour vain­cre (domin­er /​établir sa supéri­or­ité) ET pour piller, ou se venger : et quand on par­le de final­ités, on a ten­dance à mélanger les final­ités les plus générales et celles qui sont plus par­ti­c­ulières. Glob­ale­ment, je pense qu’on ne peut pas s’en sor­tir si on ne met pas d’emblée sur la table toutes les formes de con­fronta­tions physiques, et pas seule­ment l’op­po­si­tion restreinte (et non sat­u­rante) entre le feud et la guerre.
      Bref, j’ai une idée en stock, mais j’ai envie de la four­bir avant de la dégain­er !
      😉

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