Note de lecture : L’écologie des autres (P. Descola)

Ce petit livre paru en 2011 reprend le texte d’une con­férence don­née par l’au­teur, pro­fesseur au Col­lège de France, dans laque­lle il résume les prin­ci­pales thès­es dévelop­pées dans ses précé­dents ouvrages (que, je l’avoue fort hum­ble­ment, je n’ai pas lus). Ces thès­es s’in­scrivent dans un mou­ve­ment d’idées général qui, depuis des décen­nies, et sous cou­vert de respect des peu­ples non occi­den­taux et de refus de l’eth­no­cen­trisme, pro­fesse un rel­a­tivisme dévas­ta­teur. La plume de P. Desco­la maîtrise suff­isam­ment l’art de l’esquive pour ne pas prôn­er ce rel­a­tivisme de manière trop grossière (il s’en défend d’ailleurs à plusieurs repris­es) et pour éviter de porter noir sur blanc les con­clu­sions les plus absur­des aux­quelles il mène. Mais, sys­té­ma­tique­ment, elle en dis­pense les prémiss­es, lais­sant le lecteur dans une sorte de clair-obscur où peu­vent s’é­panouir, tou­jours sous cou­vert d’an­tiracisme ou d’an­ti-impéri­al­isme, les posi­tion­nements les plus hos­tiles au ratio­nal­isme.

Les quatre ontologies

Le point de départ de P. Desco­la con­siste à repér­er, à tra­vers le monde, les con­cep­tions rad­i­cale­ment dif­férentes que les peu­ples ont pu se forg­er des rap­ports entre les humains et la nature (des ontolo­gies), et à ten­ter d’en établir une clas­si­fi­ca­tion. De celle-ci émer­gent qua­tre caté­gories (les cita­tions sont toutes tirées des pages 85–86) :
  • le nat­u­ral­isme est l’on­tolo­gie qui s’est imposée en Europe depuis le XVI­Ie siè­cle. Elle con­sid­ère que « seuls les humains ont une intéri­or­ité dis­tinc­tive (une con­science réflex­ive, une capac­ité de raison­ner), mais […] ils ne con­stituent pas sur le plan physique des excep­tions par rap­port aux autres organ­ismes, ce que le dar­win­isme a con­fir­mé dans une per­spec­tive phy­logéné­tique. » Dans cette ontolo­gie, entre les humains et les autres espèces vivantes, il y a « dis­con­ti­nu­ité des intéri­or­ités » et « con­ti­nu­ité des phys­i­cal­ités ».
  • l’ani­misme est présent en Ama­zonie, où P. Desco­la a étudié les Achuar (Jivaros), mais aus­si en Sibérie, dans les régions polaires et en cer­tains endroits d’Asie du Sud-Est. Là, « la plu­part des non-humains sont perçus comme dotés d’une intéri­or­ité ana­logue à celle des humains (…) mais toutes les espèces d’ex­is­tants, dont les dif­férentes var­iétés d’hu­mains, se dis­tinguent les unes des autres par des corps sui gener­is, lesquels ouvrent donc, par leurs organes spé­ci­fiques, vers des mon­des par­ti­c­uliers à chaque espèce.
  • avec le totémisme, typ­ique­ment aus­tralien, « des humains et divers­es sortes de non-humains sont regroupés au sein d’une classe nom­mée parce qu’ils sont issus d’un pro­to­type com­mun dont ils parta­gent les qual­ités physiques et morales.
  • enfin, l’anal­o­gisme recon­naît « une dis­con­ti­nu­ité générale des intéri­or­ités et des phys­i­cal­ités aboutis­sant à un monde peu­plé de sin­gu­lar­ités. » En clair, humains comme non humains sont divisés dans dif­férentes caté­gories, tant du point de vue men­tal que physique. Cette ontolo­gie est présente en Ori­ent, dans les civil­i­sa­tion pré­colom­bi­ennes, en Afrique de l’Ouest ou dans notre Antiq­ui­té et notre Renais­sance.
Si je ne trahis pas la pen­sée de P. Desco­la, les artic­u­la­tions entre les qua­tre grandes ontolo­gies peu­vent être représen­tées par un tableau, selon qu’elles recon­nais­sent ou non une dis­con­ti­nu­ité entre humains et non-humains, sur le plan de la con­science et sur celui de l’ex­is­tence physique :

Physique
Con­ti­nu­ité
Dis­con­ti­nu­ité
Intéri­or­ité
(con­science)
Con­ti­nu­ité
Totémisme
Ani­misme
Dis­con­ti­nu­ité
Nat­u­ral­isme
Anal­o­gisme

Cette présen­ta­tion est une ten­ta­tive ambitieuse de syn­thèse com­par­a­tive, et en tant que telle, soulève des ques­tions aus­si vastes que pas­sion­nantes. Rend-elle compte de manière sat­is­faisante de l’ensem­ble des représen­ta­tions du monde qui ont pu être iden­ti­fiées chez dif­férents peu­ples ? Souf­fre-t-elle ou non de sa lim­i­ta­tion au monde physique et de sa non-prise en compte des croy­ances en des êtres sur­na­turels (autrement dit : peut-on faire une typolo­gie des représen­ta­tions des rap­ports entre homme et nature sans faire du même coup une typolo­gie des reli­gions ?) À titre per­son­nel, je ne me sens pas armé pour pos­séder ne serait-ce qu’un début de réponse à ces ques­tions ; mais sans nul doute, celles-ci appel­lent un exa­m­en sérieux… et une immense éru­di­tion.
Ce n’est cepen­dant pas sur ce point que se con­cen­tre ici le pro­pos de P. Desco­la (qui n’ex­pose d’ailleurs sa clas­si­fi­ca­tion qu’à l’oc­ca­sion d’une ques­tion du pub­lic). L’ob­jec­tif de la con­férence est autre : présen­ter les con­séquences philosophiques qu’il faut, selon lui, tir­er de l’ex­is­tence de ces dif­férentes ontolo­gies. Et c’est là que le bât blesse.

De la pluralité des mondes

Il n’est pas tou­jours facile pour un non-spé­cial­iste en philoso­phie (dont je suis) de par­venir à déchiffr­er des développe­ments qui ne se dis­tinguent par tous par leur clarté. J’avoue bien hum­ble­ment, par exem­ple, ne rien com­pren­dre à la dis­tinc­tion que P. Desco­la con­sid­ère comme majeure, et qu’il hérite apparem­ment de Spin­oza, entre « nature nat­u­rante (…) source de déter­mi­na­tion absolue » et « nature naturée (…) actu­al­i­sa­tion de cette déter­mi­na­tion dans des façons d’être, de penser et d’a­gir qui peu­vent être étudiées indépen­dam­ment de la cause qui est cen­sée les occa­sion­ner » (p. 31).
En revanche, je sens à nou­veau le sol sous mes pieds lorsque P. Desco­la pré­tend qu’on ne pour­ra fécon­der l’an­thro­polo­gie qu’en ces­sant d’ad­hér­er « au pré­sup­posé qui fonde [la] cos­molo­gie [nat­u­ral­iste, i.e. sci­en­tifique], l’ex­is­tence d’une nature uni­verselle que codent, ou à laque­lle s’adaptent, une mul­ti­tude de cul­tures hétérogènes. » (32) Au cas où le doute sub­sis­terait, la con­clu­sion enfonce le clou :
« Il n’y a (…) guère de sens à oppos­er, comme le fait l’épisté­molo­gie mod­erniste [c’est-à-dire sci­en­tifique] un monde unique et vrai, com­posé de tous les objets poten­tielle­ment con­naiss­ables, aux mon­des mul­ti­ples et relat­ifs que cha­cun de nous se forge dans l’ex­péri­ence dans l’ex­péri­ence du quo­ti­di­en » (76)
Ain­si, l’idée d’une nature unique et uni­verselle que l’e­sprit humain parvient plus ou moins bien à appréhen­der, et qui est à la base de toute démarche sci­en­tifique n’au­rait-elle « guère de sens ». Doit-on en déduire — logique­ment — que la réal­ité n’est pas la même pour l’ensem­ble des êtres humains, et qu’elle dépend de la représen­ta­tion qu’ils en ont ? Et que, par con­séquent, l’ap­proche rationnelle du monde (la démarche sci­en­tifique) est sans valeur ? P. Desco­la nous ras­sure aus­sitôt : « Que l’on ne se méprenne point. Ces remar­ques n’ont nulle­ment pour objet de jeter l’anathème sur notre cos­molo­gie (…) ». (32) Mais c’est pour ajouter immé­di­ate­ment :
« Le dual­isme de la nature et de la cul­ture est une manière par­mi d’autres de repér­er des con­ti­nu­ités dans les plis du monde et il y a guère de rai­son de trou­ver plus déraisonnable ou arbi­traire qu’une autre cette dis­tri­b­u­tion ontologique qui nous est famil­ière depuis main­tenant plus d’un siè­cle. »
Ren­dons-lui cette jus­tice : P. Desco­la ne dira pas que la descrip­tion du monde à laque­lle parvi­en­nent la rai­son et la sci­ence est « plus déraisonnable ou arbi­traire » que celle fournie par l’a­n­imisme ou le totémisme. Mais qu’on ne lui demande surtout pas d’écrire qu’elle le serait moins : il s’y refuse caté­gorique­ment.

Un relativisme rampant

En fait, c’est tout au long de son texte que P. Desco­la use d’une ambiguïté clas­sique chez les rel­a­tivistes. Il affirme de manière répétée la néces­sité, pour com­pren­dre « l’é­colo­gie des autres », de se défaire de notre pro­pre ontolo­gie, dont nous savons qu’elle n’est pas naturelle mais sociale­ment forgée. Certes. Mais de là, on passe sans cesse, de manière insi­dieuse, à l’idée que nos pro­pres con­cep­tions ne sont pas plus justes, c’est-à-dire plus fidèles à la réal­ité, que celles des autres — ou, ce qui revient au même en plus jésui­t­ique, à faire comme si on ne pou­vait et devait rien en dire parce que « ce n’est pas le prob­lème ».
Ain­si, après avoir dis­cuté sérieuse­ment (!) des théories qui affir­ment que l’on­tolo­gie des chas­seurs-cueilleurs est plus véridique que celles de l’Oc­ci­dent mod­erne, P. Desco­la ren­voie-t-il tout le monde dos à dos : le fait que « [chaque ontolo­gie] doit être exam­inée non pas à l’aune de sa vraisem­blance ou de ses ver­tus morales (…) mais pour les vari­a­tions qu’elle peut présen­ter par rap­port à toutes les autres dans sa manière de met­tre en forme une expéri­ence du monde partagée. » (65) jus­ti­fie que « Pour l’an­thro­polo­gie, aucune ontolo­gie n’est en soi meilleure ou plus véridique qu’une autre. »
Admet­tons avec P. Desco­la que la ques­tion de l’adéqua­tion au réel des dif­férentes ontolo­gies sorte du champ de l’an­thro­polo­gie. Cela veut-il dire pour autant que la réponse à cette ques­tion n’ex­iste nulle part ailleurs, ou qu’elle est trop incon­venante pour être claire­ment for­mulée ?
Ce sont ces silences pudiques qui per­me­t­tent de gliss­er insen­si­ble­ment (mais aus­si sûre­ment qu’en Occi­dent et, paraît-il, dans quelques autres endroits, deux et deux font qua­tre) d’un rel­a­tivisme de méth­ode – recon­naître qu’il existe des ontolo­gies dif­férentes qui méri­tent d’être étudiées – à un rel­a­tivisme que je qual­i­fierais d’ob­jec­tif – le fait que tous les points de vue se valent. Celui-ci procède d’un syl­lo­gisme désor­mais clas­sique :
  1. la sci­ence pré­tend fournir sur la réal­ité un dis­cours plus vrai que les autres ontolo­gies. 
  2. or, par sa méth­ode comme ses con­clu­sions, elle est un pro­duit de cer­taines sociétés humaines, tout comme les ontolo­gies aux­quelles elle s’op­pose.
  3. le critère de vérité qu’elle a forgé est sociale­ment con­stru­it et lui est pro­pre.
  4. on ne peut donc, sans faire preuve d’eth­no­cen­trisme, tenir pour uni­versel un critère qui est un pro­duit social. Bien qu’elle pré­tende le con­traire, la sci­ence est donc un dis­cours sur la réal­ité qui est exacte­ment du même ordre, et qui n’a pas une valid­ité plus grande, que celui des autres ontolo­gies.
Pour qui veut voir clair et ne pas embrouiller les choses à des­sein, le vice du raison­nement saute aux yeux : il con­siste à affirmer (plus exacte­ment, à sug­gér­er, car l’af­fir­ma­tion, n’est à ma con­nais­sance jamais démon­trée, et pour cause) qu’un savoir ne pour­rait pas à la fois être sociale­ment con­stru­it et pos­séder une valid­ité uni­verselle. Ce qui revient à dire qu’un antibi­o­tique, parce qu’il a été décou­vert dans l’An­gleterre cap­i­tal­iste du XXe siè­cle, ne soigne pas cor­recte­ment les infec­tions con­trac­tées par un Aborigène ou un Inu­it.

C’est aux fruits qu’on juge l’arbre

Ce qui est uni­versel, en tout cas, c’est l’ab­sence de volon­té des rel­a­tivistes de tir­er toutes les con­séquences de leur point de vue, car ces con­séquences en démon­trent trop claire­ment l’ab­sur­dité. Si la rai­son, c’est-à-dire la recherche des caus­es et des effets, n’est pas un meilleur moyen que la pen­sée mag­ique ou religieuse de s’ap­procher d’une réal­ité objec­tive et extérieure à notre esprit, alors le dis­cours rationnel n’a pas plus de légitim­ité que n’im­porte quelle super­sti­tion (que les rel­a­tivistes qui liront ces lignes me par­don­nent d’employer un vocab­u­laire qui per­met de raison­ner – au demeu­rant, il est tou­jours piquant de voir des intel­lectuels défendre l’idée que le dis­cours rationnel ne pos­sède aucune légitim­ité à se dire plus vrai qu’un autre… en ten­tant de la démon­tr­er par un dis­cours rationnel). Par con­séquent, si la philoso­phie doit être autre chose qu’un vain bavardage et qu’elle sert à décrire le monde pour s’y ori­en­ter, le point de vue rel­a­tiviste sig­ni­fie qu’il con­vient d’ac­corder autant de crédit à un dis­cours irra­tionnel qu’à un dis­cours rationnel. Pas unique­ment à l’oc­ca­sion de telle ou telle savante dis­cus­sion, mais au quo­ti­di­en, dans l’ensem­ble des cir­con­stances de la vie.
C’est évide­ment le cas, faute de som­br­er dans le péché orig­inel eth­no­cen­triste, lorsqu’il s’ag­it de juger de croy­ances sociale­ment partagées. Ain­si, pour pren­dre un exem­ple entre mille, si les Aborigènes d’Aus­tralie con­sid­éraient qu’il n’ex­is­tait pas de mort naturelle et que pour chaque décès, il fal­lait exé­cuter celui qui était coupable de sor­cel­lerie, on doit s’in­ter­dire de dire qu’ils avaient tort : ils avaient sim­ple­ment une autre vision du monde que la nôtre (et donc, il est bien pos­si­ble que là-bas, les gens mour­raient réelle­ment de sor­cel­lerie). Si les Aztèques pra­ti­quaient des sac­ri­fices humains afin que l’U­nivers ne soit pas détru­it, là encore, on peut à la rigueur qual­i­fi­er cette croy­ance d’ir­ra­tionnelle ; mais on ne peut sans exhiber un impar­donnable néo-colo­nial­isme écarter l’hy­pothèse qu’après tout, ils avaient peut-être rai­son – j’at­tends qu’un rel­a­tiviste con­séquent sug­gère que l’actuel réchauf­fe­ment cli­ma­tique soit une con­séquence de l’ar­rêt de ces sac­ri­fices il y a quelques siè­cles, une idée après tout pas « plus déraisonnable ou arbi­traire » qu’une autre.
On pour­rait ain­si mul­ti­pli­er les exem­ples à l’in­fi­ni. Mais une autre ques­tion se pose : s’il est impos­si­ble de se pronon­cer sur la valid­ité respec­tive des dis­cours rationnels et irra­tionnels lorsqu’ils sont pro­fessés par des sociétés dif­férentes, quelle atti­tude doit-on adopter lorsque ces dis­cours sont pro­fessés au sein d’une même société ?
Par­tant des prémiss­es rel­a­tivistes, je ne vois que deux répons­es pos­si­bles.
Soit on répond que les opin­ions irra­tionnelles doivent être rejetées dans nos sociétés, parce que celles-ci ont adop­té une ontolo­gie ratio­nal­iste, de la même façon qu’elles doivent être admis­es pour les sociétés ayant adop­té une ontolo­gie irra­tional­iste. On cau­tionne alors une vision du monde entière­ment fondée sur la tra­di­tion et l’en­fer­me­ment des indi­vidus dans une com­mu­nauté et son ontolo­gie réelle ou sup­posée ; dès lors, toute pen­sée allant à l’en­con­tre de l’on­tolo­gie sociale­ment admise doit être tenue comme fausse. Rien de plus farouche­ment con­ser­va­teur qu’une telle posi­tion – si elle avait été partagée par tous il y a quelques siè­cles en Occi­dent, on en serait encore à brûler des sor­cières sur une Terre con­sid­érée comme plate.
Un « fes­ti­val chamanique » où l’on hon­ore les esprits
de la terre, de l’eau, du feu, de l’air et de l’éther (sic !).
L’an­tiracisme
du XXIe siè­cle con­sis­tera-t-il
à défendre notre droit à être aus­si
super­sti­tieux
que les Ama­zoniens ?
Soit on répond que s’il n’ex­iste pas de critère plus objec­tif qu’un autre pour départager les opin­ions sociales, il n’en existe pas davan­tage pour départager les opin­ions indi­vidu­elles. Dès lors, celui qui aujour­d’hui affirme que les Noirs sont stu­pides ou que les femmes est la sub­or­don­née naturelle de l’homme parce que telle est son « ontolo­gie » n’a donc pas tort ; il se représente sim­ple­ment le monde (ou un autre monde, allez savoir) d’une autre façon que les ratio­nal­istes. De quel droit, en ce cas, com­bat­tre ses con­cep­tions ? De la même manière, si mon voisin du cinquième étage, qui vient d’une des nom­breuses ex-colonies français­es, affirme que Dieu envoie des anges qui rat­trapent tous ceux qui se jet­tent de leur bal­con, il serait de ma part pré­somptueux (et même franche­ment néo-colo­nial­iste) d’in­vo­quer la force de grav­ité (qui ne procède que de mon ontolo­gie d’Oc­ci­den­tal, ni meilleure ni pire qu’une autre) pour refuser enjam­ber la balustrade (j’incite d’ailleurs vive­ment les philosophes rel­a­tivistes à le faire, his­toire de prou­ver qu’ils croient à ce qu’ils écrivent. Et s’ils ne sont pas assez con­va­in­cus de leurs pro­pres théories pour les appli­quer, ce n’est pas à moi de l’être à leur place).
Un auteur aus­si aver­ti que P. Desco­la ne se laisse bien sûr pas entraîn­er aus­si facile­ment en ter­rain décou­vert. Chaque fois qu’il en vient à dis­cuter de la valid­ité com­parée des dif­férentes ontolo­gies, il com­mence par faire un pas en avant pour éviter de paraître défendre l’indéfend­able. Mais c’est pour mieux faire aus­sitôt trois pas en arrière afin de retourn­er se cacher dans la jun­gle.
« Je veux bien croire (…) qu’une thérapie génique a plus de chances de suc­cès qu’une cure chamanique [c’est déli­cieux : il « veut bien le croire ». Ce n’est pas un fait, c’est sim­ple­ment, dis­ons, une opin­ion séduisante] mais [car bien sûr, il y a un « mais »] définir la pre­mière comme ancrée dans le réel et le posi­tif, la sec­onde dans le sym­bol­ique et l’imag­i­naire, ne rend pas jus­tice à la lib­erté d’e­sprit sci­en­tifique [tiens donc !…] car les pro­priétés respec­tives de ces deux tech­niques de guéri­son, les com­bi­naisons et les médi­a­tions qu’elles opèrent, les inter­ac­tions qu’elles sus­ci­tent, les découpages ontologiques qu’elles reflè­tent et les cir­con­stances de leur avène­ment devi­en­nent incom­men­su­rables dès lors que le chaman­isme s’of­fre à l’en­quête dans une posi­tion dérivée et en fonc­tion de l’é­cart plus ou moins grand qu’il est cen­sé exhiber vis-à-vis des critères de vérité biologiques et d’ef­fi­cac­ité thérapeu­tique de la médecine mod­erne » (76)
Pour ten­ter de sor­tir le pois­son de l’eau boueuse où l’on vient d’es­say­er de le noy­er : P. Desco­la com­mence par admet­tre (sans ent­hou­si­asme exces­sif, mais il l’ad­met) que la thérapie génique guérit davan­tage que la cure chamanique. Tout esprit raisonnable ne ver­rait là nul mys­tère : si la pre­mière a de meilleurs résul­tats que la sec­onde, c’est parce qu’elle se fonde sur un savoir plus vrai (« plus ancré dans le réel et le posi­tif ») que les croy­ances des chamanes. Mais non, s’emporte alors P. Desco­la ! Si vous vous con­tentez de con­sid­ér­er le chaman­isme comme une mau­vaise médecine, vous n’y com­prenez plus rien ! Le chaman­isme, c’est bien d’autres choses que cela ! Par con­séquent, il ne faut surtout pas juger de l’ef­fi­cac­ité médi­cale com­parée du chaman­isme et de la médecine sci­en­tifique — sauf peut-être quand on est soi-même grave­ment malade, auquel cas le rel­a­tivisme de départ laisse volon­tiers place à un plus solide sens des réal­ités.
C’est évidem­ment là que gît l’en­tour­loupe : qual­i­fi­er le chaman­isme de mau­vaise médecine, ce n’est certes pas épuis­er la ques­tion du chaman­isme. L’an­thro­polo­gie peut très légitime­ment estimer avoir bien d’autres choses à en dire, en s’in­téres­sant par exem­ple à sa struc­ture idéologique et à ses impli­ca­tions sociales. Mais on passe allè­gre­ment, comme si de rien n’é­tait et comme si c’é­tait la même chose, du fait qu’on ne peut pas se con­tenter de dire que le chaman­isme est une mau­vaise médecine parce qu’il repose sur une mau­vaise con­nais­sance de la réal­ité, au refus de le dire, au nom du principe selon lequel toutes les ontolo­gies devraient être tenues pour équiv­a­lentes. Un tel refus ne se con­tente pas de porter atteinte à la « lib­erté de l’e­sprit sci­en­tifique ». Il attente à l’e­sprit sci­en­tifique tout court et, sous cou­vert de pro­fondeur philosophique et de con­nais­sance de l’Autre, ouvre la porte aux pires âner­ies.

Last, but not least

Une dernière remar­que. Je doute que P. Desco­la et ceux qui parta­gent ses opin­ions défendraient l’idée, en France, qu’il faut laiss­er les super­sti­tions médi­cales s’é­panouir libre­ment et qu’ils refuseraient de qual­i­fi­er net­te­ment la magie noire ou le désen­voûte­ment de char­la­tanismes (quitte à se deman­der, bien sûr, en quels ter­mes faire com­pren­dre cela aux gens qui y croient, mais c’est une tout autre dis­cus­sion). Dès lors, pourquoi ce qui s’ap­plique ici à tout le monde devrait cess­er de s’ap­pli­quer parce qu’il s’ag­it d’In­di­ens d’A­ma­zonie ? C’est là où le pater­nal­isme un rien raciste, vigoureuse­ment chas­sé par la porte par les adver­saires de « l’oc­ci­den­tal­isme » qui imposerait par la force (c’est très sou­vent vrai) son ontolo­gie (et bien d’autres choses), revient sub­rep­tice­ment par la fenêtre, en con­sid­érant de fac­to que si les super­sti­tions sont mau­vais­es pour nous, elles sont néan­moins bonnes pour les autres.

37 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Mita Ghoulier

    J’ai lu « Par-delà nature et cul­ture » de Desco­la et je ne partage pas votre point de vue sur sa réflex­ion. Ce livre est une mine de réflex­ions quant à nos savoirs, une sorte de bilan et de ten­ta­tive pour avancer. Du moins c’est la lec­ture que j’en ai faite. Il y a un retour à la méta­physique en philoso­phie et je pense que ce livre s’y inscrit. La prin­ci­pale objec­tion que l’on puisse faire à notre cul­ture provient de l’op­po­si­tion que nous faisons sys­té­ma­tique­ment entre nature et cul­ture. Cette oppo­si­tion provient notam­ment de la philoso­phie de Descartes et de la dis­tinc­tion qu’il fait entre corps et esprit. Dis­tinc­tion que ne fait pas Spin­oza, entre autre. Dans nos sci­ences nous aime­ri­ons tout pou­voir expli­quer par des lois stricte­ment physiques et mécaniques. Mais comme l’a si bien écrit Wern­er Heisen­berg dans La par­tie et le tout : « toute expéri­ence ne prou­ve pas une loi générale mais sélec­tionne par­mi d’autres lois
    générales pos­si­bles, il est impor­tant de ne pas nég­liger l’ar­bi­traire de nos pro­pres choix. ». Beau­coup de sci­en­tifiques s’ac­cor­dent pour admet­tre qu’une par­tie du monde échappe aux lois mécaniques et que le ratio­nal­isme le plus rad­i­cal ne saurait tout abor­der. Avec l’ou­vrage de Desco­la il y a un recul pris par rap­port à notre pro­pre « ontolo­gie » qui devrait nous per­me­t­tre d’établir un nou­veau dia­logue et de nou­veaux savoirs avec la nature et les autres sociétés. Le prob­lème n’est pas de savoir si le chaman guérit mais plutôt quelles sont les dif­férentes façon de percevoir le monde, la nature, les autres exis­tants et par là-même d’être au monde. C’est un dia­logue avec les autres cul­tures pour nous per­me­t­tre de con­stru­ire autre chose. Ces dis­cours sont d’ailleurs repris par des étho­logues afin de percevoir autrement les autres espèces. Sans som­br­er dans l’an­ti-spé­cisme ou le rel­a­tivisme rad­i­cal, il est pos­si­ble d’établir d’autres rap­ports avec le monde qui nous entoure, d’amélior­er les « ontolo­gies » non plus dans une con­fronta­tion mais dans un dia­logue égal­i­taire. Le but n’est pas d’im­pos­er le ratio­nal­isme à tout prix et dans tous les domaines, la vie ne pou­vant être décrite en for­mule math­é­ma­tique ou mécanique (comme l’e­spèrent cer­tains math­é­mati­ciens ou cer­tains alchimistes). Le ratio­nal­isme rad­i­cal ne me sem­ble pas meilleur que le rel­a­tivisme rad­i­cal. Pour en revenir à Desco­la, il avait écrit dans Les lances du cré­pus­cule « L’A­ma­zonie décon­certe les ingénieurs de la mécanique sociale et les tem­péra­ments mes­sian­iques ; c’est le ter­rain d’élec­tion des mis­an­thropes raisonnables qui aiment dans l’isole­ment des indi­ens l’é­cho de leur pro­pre soli­tude, ardents à les défendre, lorsqu’ils sont men­acés dans leur survie, leur cul­ture ou leur indépen­dance, non pas par désir de les men­er vers un des­tin meilleur, mais parce qu’ils sup­por­t­ent mal de voir impos­er à d’autres la grande loi com­mune à laque­lle ils ont tou­jours eux-mêmes ten­té de se dérober. » Il y a un étouf­fe­ment cer­tain dans une société qui rêve de mécan­is­er la vie et dont les ten­ta­tives de caté­gori­sa­tions con­tin­uelles entraî­nent des désas­tres. Pour moi le rel­a­tivisme n’est pas for­cé­ment irra­tionnelle, bien au con­traire, ratio­nal­ité et rel­a­tivisme marche ensem­ble comme un Janus mod­erne. Enfin, la philoso­phie n’est pas qu’un dis­cours oisif, elle per­met à cer­tain d’en­tre nous, pro­fes­sion­nel comme auto­di­dacte (ce que je suis), de nous con­stru­ire en tant qu’in­di­vidu, elle est une nour­ri­t­ure non religieuse mais spir­ituelle.

    1. Il me sem­ble surtout que l’oc­ci­dent veut se per­dre de vue et s’en jus­ti­fi­er intel­lectuelle­ment, sous la pres­sion des migra­tions qui sont à la fois des néo-colo­nial­ismes qui impor­tent de la main d’oeu­vre bon marché pour réguler ses risques endogènes de dé-hiérar­chi­sa­tion, et des coloni­sa­tions à rebours, par le bas, dans une logique de l’e­spèce pour la dom­i­na­tion et l’ex­pan­sion des “mèmes”.

      La soit dis­ant neu­tral­i­sa­tion axi­ologique sert d’ex­cuse pour une lâcheté, un aban­don de soi, par peur voire sen­ti­ment d’im­puis­sance devant la maniement util­i­taire, instru­men­tale, des minorités (qui sont des con­struc­tions sociales) pour obtenir des avan­tages dans le cadre de luttes.
      Tout dans une lutte peut être légitime, puisqu’il n’y a de val­able au final pour cha­cun que la réus­site. Et on sait com­bi­en l’his­toire est écrite, mais aus­si ré-écrite par les vain­queurs, et donc aus­si les nou­veaux vain­queurs, etc.

      Enfin, beau­coup d’in­tel­lectuels subis­sent aus­si le poids de l’épuise­ment de leur pro­pre cul­ture… Ils en sont, comme beau­coup de quidam, fatigué… La cri­tique, per­ti­nente du mod­èle libéral (et non pas du cap­i­tal­isme qui n’est qu’outil), les con­duit à suiv­re avec leur lan­gage à eux, avec leur moyen d’ex­pres­sion, la dénon­ci­a­tion glob­ale. P. Desco­la est au col­lège de France, parce qu’il est un homme de son temps. Non pas à l’heure, mais suff­isam­ment légère­ment en retard pour être appré­cié et appré­cia­ble par celles et ceux en mesure de juger de sa per­ti­nence selon l’é­tat de leur per­cep­tion rationnelle, de leurs acquis (pas seule­ment intel­lectuels mais aus­si pop­u­laire…).

      Car on pour­rait s’é­ton­ner de la dual­ité entre nature et cul­ture, comme d’un archaïsme, la dis­pute d’un autre temps, déjà, et ne pas voir mieux dans le dual­isme entre ratio­nal­ité et rel­a­tivisme, du moins d’un point de vue sci­en­tifique. Ce dual­isme qui sert surtout poli­tique­ment et sociale­ment en réal­ité !

    2. suite (désolé pour la longueur)

      Au demeu­rant lorsque Desco­la se pousse lui-même dans ses retranche­ments, l’on­tolo­gie occi­den­tale nat­u­ral­iste est bien une étape qui vient “après” d’autres dans l’his­toire de l’hu­man­ité, car oui, il existe “une” his­toire “d’une” human­ité. Une his­toire de l’ex­pan­sion des mon­des humains sur une planète, avec pour même moteur dans chaque groupe, quelques soient ses ontolo­gies, la volon­té de sur­vivre et de maîtris­er l’e­space de son exis­tence. Et il serait idiot et stérile de croire que l’homme aurait bien pu ne pas con­naître l’é­tat, la guerre, la con­quête, la crois­sance démo­graphique, et tech­nique.
      Sup­pos­er que la pen­sée d’une his­toire glob­ale serait une con­struc­tion a pri­ori, dénuée de fonde­ment autre que téléologique, est une facil­ité qui tient juste­ment du dual­isme nature/​culture… En croy­ant que l’homme serait un ani­mal qui “aurait pu” échap­per à sa phys­i­olo­gie, à ses con­traintes de repro­duc­tion, de pré­da­tion, d’ex­pan­sion.
      Si je suis bien d’ac­cord avec Desco­la, c’est sur la non-infinité des pos­si­bles humains. Et de fait, même l’his­toire glob­ale de l’hu­man­ité peut être prise dans des grands cycles, de civil­i­sa­tions, d’u­nité cul­turelle mon­di­ale, sur des dizaines ou cen­taines de mil­lé­naires peut-être avant de revenir à de petits îlots humains épars… C’est une pos­si­bil­ité, par­mi.. quelques unes seule­ment (et plus prob­a­ble qu’une extinc­tion).
      Mais elle ne peut échap­per (au moins une fois) au pic démo­graphique et donc de con­fronta­tion cul­turelle que nous con­nais­sons.

      Dans cette con­fronta­tion, il ne faut pas se dire que toute les sociétés se valent. aucune d’ailleurs ne se le dit, ni ne l’ac­cepte (et ceci est un invari­ant anthropique). La réal­ité des cul­tures, reste une lutte, autant qu’une col­lab­o­ra­tion, dans des objec­tifs pro­pres mais tou­jours de survie, au min­i­mum, et d’ex­pan­sion, lorsqu’elles sont en mesure d’y pré­ten­dre (bien sûr).

      La com­préhen­sion anthro­pologique, qui n’est qu’une spé­cial­i­sa­tion mon­dia­tive (pour jouer avec ce joli terme de mon­di­a­tion repris par Desco­la) de la philoso­phie, réduit, même si peu peu­vent être d’ac­cord, la pos­si­bil­ité de philoso­pher réelle­ment sur des ques­tions qui ne relève plus de la méta­physique mais d’une analyse trans­dis­ci­plinaire, soci­ologique, his­torique, eth­nologique, neu­ro­bi­ologique, etc. pour éval­uer la dynamique humaine à l’oeu­vre dans une his­toire col­lec­tive des sociétés d’ho­mo sapi­ens.

      Au final, dans le désir de philoso­pher et de dis­courir pour philoso­pher et dis­courir, il y a de la peur de l’ac­tion, du change­ment impor­tant qui vient, de la nos­tal­gie, presque du désir religieux. Un mys­tique du con­nu, du sou­venir, du pens­able…
      C’est com­préhen­si­ble, mais ce n’est nulle­ment sci­en­tifique.

    3. Bon­jour

      Ce n’est pas que je ne veux pas vous répon­dre, mais en toute hon­nêteté je n’ar­rive pas à com­pren­dre ce que vous voulez me dire… (à sup­pos­er que c’est à moi que vous vous adressez !)

    4. Bon, désolé mais je ne peux pas vous répon­dre sur ce site. Pressé et dérangé, j’ai cliqué deux fois de suite sur pub­li­er (en oubliant de met­tre anonyme) et donc per­du deux mes­sages dont un très long.

      Je vous adresserais un mail pour savoir ce que vous ne com­prenez pas dans ce que j’écris (à moins qu’au­cun mots n’est eu du sens et que du chi­nois aurait eu le même (stricte­ment) effet.

      a plus tard

    5. Je com­prends chaque mot pris un par un, mais glob­ale­ment, je ne vois pas sur quel point vous êtes d’ac­cord, sur quel point vous n’êtes pas d’ac­cord, avec quels argu­ments, etc. Ce n’est pas une volon­té de couper court au dia­logue, c’est vrai­ment que je suis habitué aux échanges directs et que j’ai beau­coup de mal dès lors que ce n’est pas le cas. Mais entre gens de bonne volon­té, je suis sûr qu’on va finir par se com­pren­dre ! (et pas de prob­lème pour utilis­er le mail, il est fait pour cela).

      Cor­diale­ment

  2. Bon­jour,

    Je pense qu’il vous manque quelques clés pour com­pren­dre ce dont il s’ag­it. Vous étiez juste à pro­pos de Tes­tart mais vous butez sur Desco­la, ce qui vous ramène à votre for­ma­tion d’é­con­o­miste et à votre défaut de for­ma­tion en anthro­polo­gie (ce n’est pas une cri­tique, mais un con­stat que je vais essay­er d’é­tay­er). Le prob­lème du rel­a­tivisme est à la base d’une anthro­polo­gie post-colo­niale, c’est-à-dire con­stru­ite con­tre ses erre­ments colo­ni­aux. Les inter­pré­ta­tions pro­duites sous cette péri­ode furent lour­de­ment entachées par cet eth­no­cen­trisme vio­lent, dom­i­na­teur, etc. C’est une banal­ité bien admise. Par­tant, la ques­tion de la justesse du dis­cours anthro­pologique se pose de manière per­ma­nente (et trou­ve des répons­es). Ce ques­tion­nement sur la nature de nos savoirs est au fonde­ment d’une démarche de ques­tion­nement et d’exploration anthro­pologique. Pos­tuler qu’il y a une vérité ontologique supérieure à une autre n’a pas de sens. C’est une théolo­gie pas une anthro­polo­gie, c’est-à-dire pas une explo­ration du fonc­tion­nement humain.

    Vous con­fondez deux domaines très dis­tincts :

    1, La nature des savoirs sci­en­tifiques dits durs n’est pas équiv­a­lente à celle des savoirs inter­pré­tat­ifs (dont fait par­tie l’é­conomie). Oui un avion vole en ver­tu de lois sci­en­tifiques, bien qu’on ne puisse pas tout expli­quer de ces lois et qu’elles soient, elles aus­si, mal­gré tout, rel­a­tive­ment rel­a­tives (Ein­stein, Hesisen­berg, Kühn, etc.). Je vous ren­voie égale­ment à Haber­mas, La tech­nique et la sci­ence comme idéolo­gie.

    2, Les con­séquences sociales de nos pra­tiques et de nos con­cep­tions du monde.
    Oui, c’est moche de tuer des gens pour sor­cel­lerie ou de pra­ti­quer l’excision. Mais ça c’est un juge­ment, ce n’est pas une expli­ca­tion. C’est juste­ment en ver­tu de ces juge­ments de valeur que l’an­thro­polo­gie colo­niale a pu hiérar­chis­er des sociétés, des reli­gions, des pop­u­la­tions, etc. par un eth­no­cen­trisme des valeurs qui font l’hu­main, le bien, l’utile etc. et qui font qu’il était jugé moins grave de mas­sacr­er telle ou telle pop­u­la­tion, ce qui con­tin­ue aujour­d’hui, autrement. L’idée du sac­ri­fice néces­saire habite tou­jours les sociétés occi­den­tales.

    Pour ne pas repro­duire ces erreurs passées com­pren­dre et expli­quer, en sachant que le risque inter­pré­tatif est tou­jours là, il faut être extrême­ment pru­dent et atten­tif à ce qui, juste­ment, nous échappe pour en restituer la logique et ren­dre ain­si rai­son et human­ité à des pop­u­la­tions ou des modes de pen­sée longtemps con­finées dans leur “sauvagerie”.

    C’est donc très exacte­ment à l’in­verse de votre con­clu­sion que s’at­telle Desco­la comme la plu­part des autres anthro­po­logues. Les gens d’i­ci ou d’ailleurs ne sont ni moins bons ni meilleurs mais penser la dif­férence implique de se détach­er — le temps de l’analyse — de nos réac­tions affec­tives ou de nos préférences poli­tiques pour renouer avec une démarche dite com­préhen­sive telle que défendue en soci­olo­gie par Weber, Sim­mel ou Schütz.

    Enfin, cru­auté con­tre cru­auté, notre rai­son mod­erne, sci­en­tifique, blabla ne sem­ble pas nous avoir fait gag­n­er en human­ité ; la pen­sée mag­ique nous habite tou­jours, beau­coup de savoirs médi­caux sont expéri­men­taux et incer­tains (pourquoi untel guérit du can­cer tel autre pas?), l’usage des plantes est extrême­ment cen­sé et les méan­dres par­fois déli­rants du psy­chisme autorisent qu’on inter­roge et qu’on pro­pose des inter­pré­ta­tions des fonc­tions sociales de pra­tiques à nos yeux cru­elles ou irra­tionnelles afin d’al­i­menter une com­préhen­sion affinée du fonc­tion­nement social humain dont le “bien” n’est pas la seule com­posante et dont la rai­son n’est pas tou­jours le meilleur allié. (On tend à penser qu’il existe plusieurs formes de raisons disponibles et qu’elles se dévelop­pent selon un rap­port cog­ni­tif au monde extérieur, néces­saire­ment mod­elé par l’e­d­u­ca­tion, les croy­ances des par­ents, de la société, etc.)

    1. Plus rapi­de­ment ici que je ne l’ai fait plus haut :

      Je suis en accord sur le point 2, mais le 1 me pose prob­lème car la rel­a­tivisme sci­en­tifique est lui-même relatif :)… En effet l’hélio­cen­trisme ne sera pas remis en cause, pas plus que la réal­ité de l’atome et des élec­trons. La sci­ence ne procède pas par rel­a­tiv­ité mais par accu­mu­la­tion de cer­ti­tudes et mise entre par­en­thèse de réal­ité non encore cer­taine. Il y a un effet visuel, his­torique, de dis­tor­sion dû au sim­ple fait que les hommes aiment avoir décou­vert des vérités éter­nelles et qu’il n’y en a pas pour tout le monde en gros. Ain­si l’épigéné­tique remet un peu à leur place ceux qui étaient allé trop vite, sim­ple­ment, en faisant du sci­en­tisme géné­tique sur fond de leur croy­ances per­son­nels de sci­en­tifiques d’abord indi­vidus, social­isés, cul­tur­al­isés, peu libre d’e­sprit… et là je ne m’é­tendrais pas entre Bour­dieu et Desco­la.

      Mais le post-colo­nial­isme et son retourne­ment (Desco­la en cri­tique Ingold) sat­ure encore trop, et vous en êtes aus­si exem­plaire, de longs san­glots chez l’homme blanc, qui s’ex­trait ain­si de l’hu­man­ité, selon un procédé auto-cri­tique qui a quelque chose de tou­jours aus­si dis­tant de l’Autre en fait…
      Car l’Autre est tout aus­si colo­nial­iste, ou l’au­rait été s’il avait pu. Les arabes ont été colo­nial­istes et esclavagistes, de même que les chi­nois, les incas, les empires d’Afrique sub­sa­hari­enne du Mali aux Zoulous.

      S’il reste à faire en sci­ence sociale, c’est à se débar­rass­er des affects (oui !) et de la social­i­sa­tion (pas seule­ment poli­tique) du chercheur… Mais ceci est pour moi plus froid que “com­préhen­sif”.

      Sur la fin, vous con­fondez la rai­son sci­en­tifique et la rai­son éco­nom­i­co-tech­nique, qui essen­tielle­ment s’op­posent, même lorsqu’elles fab­riquent un si grand nom­bre de sci­en­tifiques dé-cohérents de ce fait (de part leur social­i­sa­tion…).

  3. et bien et bien qui aurait cru qu’une dis­cus­sion de “bureau” abouti­rait à un aus­si long post !
    Il y aurait beau­coup de point ou je ne suis bien sur pas d’ac­cord 🙂
    Je répondrais sur le dernier point (“last, but not least”), les super­sti­tions ne sont pas “mau­vais­es” pour nous ou “bonnes” pour les autres. Elles méri­tent la même atten­tion et une symétrie de traite­ment, sinon cela revient sou­vent à dire “j’ai un idéal poli­tique, je donne les indi­ca­teurs qui éval­u­ent cet idéal et par hasard (sic) ils vont dans le sens de mon idéal poli­tique”.
    C’est, un peu comme si les ten­ancier d’un sys­tème appor­taient les preuves que ce sys­tème fonc­tionne. C’est ce qui c’est fait en anthro­polo­gie au 19eme siè­cle et ce que cri­tique en par­tie Desco­la.
    Olivi­er

  4. Les deux pre­miers com­men­taires dis­ent que j’ai mal com­pris ce qu’écrit P. Desco­la. C’est bien sûr pos­si­ble, mais en lisant leurs expli­ca­tions, je me dis au con­traire que je l’ai très bien com­pris et que je suis néan­moins en pro­fond désac­cord avec lui. Je me dis égale­ment que ces com­men­taires réitèrent les posi­tions de P. Desco­la sans répon­dre aux argu­ments que j’a­vançais dans mon bil­let. Aus­si, afin de ten­ter d’éviter que s’en­gage un dia­logue de sourds, je pro­pose de démar­rer du bon pied en posant au préal­able une petite ques­tion.

    Si, demain, l’É­tat français rétablit le crime de sor­cel­lerie, devra-t-on 1) s’en réjouir 2) s’en attris­ter 3) s’en tam­pon­ner le coquil­lard ?

    Comme on dit en pareil cas, jus­ti­fiez votre réponse [et mer­ci de ne pas esquiver en dis­ant : « ce n’est pas une ques­tion d’an­thro­polo­gie ». La ques­tion s’adresse à des êtres doués de rai­son en général — on ver­ra dans un sec­ond temps si les anthro­po­logues sont cen­sés en faire par­tie ou non.]

    1. Je suis fatigué et déjà en forme j’ou­blie un S à ten­ancier quand ils sont plusieurs … alors là.

      Je prends la réponse 3 car je glou­gloute à l’idée de com­ment le droit français devra se tor­tiller pour prou­ver le crime de sor­cel­lerie. Bien sur ce n’est pas une ques­tion d’anthropologie (mais j’ai respec­té les règles, pas très fine, du jeu).

      Prenons le cas des meurtres de ces bar­bares de je sais pas où, notre société (les civil­isés) peut bien sûr les con­damn­er. Ce n’est pas les règles de notre vivre ensem­ble mais cela ne nous aide pas à l’ex­pli­quer. On pour­ra tou­jours dire que si les bar­bares se com­por­tent comme des bar­bares c’est qu’ils ne sont pas civil­isés …
      Si par con­tre on veut cepen­dant l’ex­pli­quer (une grande pré­ten­tion de la sci­ence) il nous faut à la fois com­pren­dre leur ontolo­gie et la notre. Cette démarche nous ren­seigne donc aus­si et peut être plus sur nous : c’est un des mes­sages que porte Desco­la (du coup je vais rejoin­dre le rang des “tu n’as pas com­pris”).
      En toute jus­tice je devrais pren­dre l’autre point de vue, les civil­isés ont inven­té le droit pro­priété (j’au­rais pu pren­dre le big mac). Les bar­bares le con­damnent ça ne colle pas avec les règles de leur vivre ensem­ble … on aura com­pris (et ces argu­ments ont je crois été évo­qués en réponse au para­graphe “c’est aux fruits qu’on juge l’ar­bre”).

      à quand ’ ”les mots, la morts, les sorts” dans le Val d’Oise ?

      Olivi­er

    2. Per­son­nelle­ment, je crierais que l’é­tat est total­i­taire et je lut­terais pour que le crime de sor­cel­lerie soit aboli au plus tôt.

      Car, comme cha­cun sait, la sor­cel­lerie ne repose sur aucune base sci­en­tifique, sur un ontolo­gie qui est totale­ment abstraite et décon­nec­tée de la réal­ité. Elle est donc inof­fen­sive en elle-même. Or, il me sem­ble total­i­taire d’in­ter­dire une pra­tique inof­fen­sive (je dirais de même de l’homéopathie et de beau­coup d’autres pra­tiques ésotériques).

      En revanche, si la pra­tique de la sor­cel­lerie s’ac­com­pa­gne de mau­vais traite­ments, bien réels et démon­tra­bles, ceux-ci devront bien enten­du être dénon­cés. Mais, c’est autre chose que de crim­i­nalis­er “la sor­cel­lerie” en elle-même.

      Bien enten­du, les rel­a­tivistes de tout poils ne seront pas du même avis que moi. Ils con­sid­éreront cer­taine­ment qu’il peut-être par­faite­ment fondé de crim­i­nalis­er la sor­cel­lerie, en se bas­ant sur un sys­tème de pen­sée qui con­sid­ère que la sor­cel­lerie agit sur le réel, et con­sid­érant que ce sys­tème de pen­sée n’est ni moins bon, ni meilleur qu’un autre.

    3. Après avoir ten­té de répon­dre, peut être sans sucés, sur le volet des argu­ments “bonne”/“mauvaise” super­sti­tion je me lance dans la par­tie sur “la sci­ence”.
      Je trou­ve (et je peux me tromper/​mal com­pren­dre) que le long du texte il y a une série de mots qui peu­vent prêter à quipro­quo. Il y a des chevauchements/​glissements entre la sci­ence, la moder­nité et ratio­nal­ité (isme). Ces derniers sont sure­ment liés mais ne sont pas à mon goût inter­change­able.
      Con­cer­nant la sci­ence il me parait ici dan­gereux de regrouper toutes les dis­ci­plines et leurs pro­duc­tions sous une même éti­quette (comme indiqué par exem­ple entre ceux dit durs et ceux dit inter­pré­tat­ifs). La physique est évo­quée, avec la grav­ité. La “décou­verte” de la grav­ité ne c’est pas fait en dehors d’un con­texte social ni du fait que la grav­ité est une loi naturelle. Il y a les deux nier (ou rel­a­tivis­er) l’un ou l’autre est plutôt casse gueule (mau­vaise blague …).

      Main­tenant prenons par exem­ple l’a­gronomie “la sci­ence de la con­duite des cul­tures”. Tout une par­tie va étudi­er les flux d’éléments minéraux (N,P,K pour faire dans le cliché) et va con­duire à l’élab­o­ra­tion de mod­èles qui vont inté­gr­er, entre autres, les flux afin d’aug­menter la pro­duc­tion. Ces savoirs vont être util­isés (ou pas), adap­tés (ou pas) par des agricul­teurs avec plus ou moins de réus­site (mesuré en terme de pro­duc­tion restons sim­ple). Il devient intéres­sant de com­pren­dre pourquoi les savoirs sont utilisés/​adaptés (ou pas) et pourquoi il marche ou pas. On ne peut se con­tenter de dire qu’un agricul­teur n’u­tilise pas d’en­grais car il rel­a­tivise le rôle de l’a­zote dans la phys­i­olo­gie des plantes, à chaque récolte l’a­gricul­teur expéri­mente la réal­ité (presque tout autant que le mec qui saute du 8eme étage). Il faut à la fois revenir à la con­cep­tion du mod­èle “agronomique” et celle de l’a­gricul­teur pour répon­dre à cette ques­tion. Ce que je décris est me sem­ble t il la base de la démarche sci­en­tifique et je ne crois pas que Desco­la en sorte tant que cela je ne com­prends donc pas (et après avoir relu le texte) pourquoi on lui accole le dog­ma­tisme d’un “rel­a­tivisme cul­turelle”.

      Olivi­er

    4. Bon, je ne sais plus s’il y a un, deux ou même trois Oliviers, qui est anonyme et qui ne l’est pas. Pas grave, je vais faire au mieux.

      L’un de vous répond qu’il se moquerait d’un rétab­lisse­ment du crime de sor­cel­lerie. Cela prou­ve qu’il mène cette dis­cus­sion gra­tu­ite­ment : pour rire, comme un jeu. Parce qu’au fond, il sait très bien que dans notre pays, à moins d’un cat­a­clysme, pareille chose ne se pro­duira pas. Mais s’il vivait aujour­d’hui en Afrique du Sud, où des enfants sont assas­s­inés pour fournir des potions de longévités à des vieil­lards for­tunés, peut-être son point de vue sur le ratio­nal­isme serait-il un peu moins dés­in­car­né. Je l’e­spère en tout cas. Et, quitte à paraître offen­sant (mais ce n’est que de la fran­chise), je main­tiens que tout cela procède d’une con­de­scen­dance : “nous” sommes débar­rassés d’un cer­tain nom­bre de super­sti­tions qui sont si char­mantes, si typ­iques, si jolies… chez les autres.

      Sur la sci­ence, per­son­ne ne nie que les idées sci­en­tifiques soient un pro­duit social. C’est là une banal­ité. La ques­tion est de savoir si elles ne sont que cela. Desco­la refuse à plusieurs repris­es de dire que la con­cep­tion du monde qui fonde la sci­ence (‘l’on­tolo­gie nat­u­ral­iste”, pour par­ler son lan­gage) per­met de con­naître le monde d’une meilleure manière que les con­cep­tions “mag­iques” (pour faire court). Pire : il nie qu’il existe une réal­ité objec­tive, que l’e­sprit humain appréhen­derait avec plus ou moins de réus­site. Alors, bien sûr, il n’est pas le rel­a­tiviste le plus con­séquent, ni celui qui se revendique le plus ouverte­ment de cette philoso­phie. Mais d’un petit coup d’é­paule dis­cret, il lui ouvre la porte. Et si on laisse la porte s’en­trou­vrir, il n’y a aucune rai­son de ne pas la laiss­er s’ou­vrir en grand.

    5. je signe donc je ne suis pas anonyme…

      Dans ma famille, avec des amis, on se con­tre­fiche dans un débat de “paraitre offen­sant” donc ne te retiens pas pour moi. Je peux me tromper, chang­er de point de vue et appren­dre (même si le proces­sus est par­fois un peu long).

      Oui je dirais que je com­mence à men­er cette dis­cus­sion gra­tu­ite­ment : je ne suis pas payé pour ! Tu n as pas répon­du aux nom­breux argu­ments qui t on été don­nés très juste­ment sur la dif­férence entre un juge­ment de valeur (“la sor­cel­lerie c’est mal”) et ten­ta­tive d’ex­pli­ca­tion de pra­tiques humaines. Tu mets aus­si dans le même panier sor­cel­lerie et crime de sor­cel­lerie mais c’est un détail.
      La sor­cel­lerie existe chez nous, je t’ai claire­ment indiqué une référence “les mots, la mort, les sorts”, j’ai eu petit mon col­lier de dents de taupe petit et j’ai vu ma dose de pra­tiques de ce genre (et pas for­cé­ment chez des “ruraux”). Dans nos sociétés il y a des per­son­nes qui ne vont pas te faire par moment la sépa­ra­tion entre “intériorité/​discontinuité” physique. Desco­la est cri­tiqué sur cette caté­gorie (nat­u­ral­isme) chez les anthro­po­logues ce qui n’empêche qu’il pose des argu­ments dans le débat. La con­de­scen­dance ça serait de le voir chez les autres et pas chez nous, ce que passe son temps à dénon­cer Desco­la. Si je réponds 3 à ta ques­tion c’est que “à ques­tion con réponse con” Ta ques­tion n’ap­porte rien au débat et la réponse non plus. Nous ne sommes pas “débar­rassés” de la sor­cel­lerie et ce n’est pas les charmes d’un “bon sauvage” qui me pousse à essay­er d’avoir une analyse symétrique entre “des enfants qui sont assas­s­inés pour fournir des potions de longévités à des vieil­lards for­tunés” et la vente d’armes par un groupe Das­sault (pos­sédé par des vieil­lards ?). Je le con­damne dans les deux cas mais cela ne me per­met pas de l’ex­pli­quer.

      Con­tent de lire que les idées sci­en­tifiques ne sont pas que le fruit d’une réal­ité objec­tive je com­mençais à douter !
      Desco­la est obligé pour les étudi­er et les faire dia­loguer de met­tre les ontolo­gies sur un même pied (c’est un par­ti pris méthodologique, à pri­ori, afin d’y appli­quer une démarche qui se veut sci­en­tifique). Je ne crois pas non plus qu’il nie
      une réal­ité objec­tive. Je pense que ton manque d’en­vie de com­préhen­sion vient de la nature (tu sautes très vite sur spin­oza). Je ne suis pas plus philosophe donc je me lance au risque de me faire taper sur les doigts. Je com­prends la référence à Spin­oza à tra­vers les deux déf­i­ni­tions de la nature de Kant (que je pique à Drouin). La pre­mière : “L’en­chaine­ment des déter­mi­na­tions d’une chose opéré suiv­ant un principe interne de la causal­ité”, la deux­ième : “l’ensem­ble des phénomènes, en tant que ceux-ci, en ver­tu d’un principe interne de la causal­ité, s’en­chainent uni­verselle­ment”. La deux­ième est ta réal­ité, quoi qu’il arrive que fasse l’homme la grav­ité existe, la nature nat­u­rante. La pre­mière est celle qui pose tout le prob­lème (et la je cite Drouin) “Elle (la nature) n’est pas en elle même une réal­ité, mais seule­ment un car­ac­tère d’une réal­ité.” (la nature naturée). Desco­la par­le bien de celle ci. L’a­gronomie est sou­vent, mal­gré tout sa bonne volon­té, sou­vent dans cette nature (même avec les élé­ments minéraux piqués à la chimie).
      je ter­mine pas un petit lien tou­jours amu­sant :
      http://www.larecherche.fr/savoirs/autre/ramses-ii-est-il-mort-tuberculose-01–03-1998–88927

      Olivi­er

    6. Bon. Je con­tre­signe ce dernier mes­sage d’O­livi­er. Et il vous faut lire, en effet, Favret Saa­da, qui nous explique et démon­tre qu’il faut com­mencer par cess­er de regarder le sor­ci­er ou le devin comme un crétin manip­u­la­teur et ses ouailles comme des crétins manip­ulés pour com­pren­dre de quelle ratio­nal­ité procède la rela­tion qui s’établit entre cha­cun et le rôle struc­turant du “sor­ci­er” dont on attend qu’il opère, et qui génère des effets soci­aux mesurables, plu­tot du côté du bien­fait.

      Il est inutile, je pense, de rap­pel­er que “notre” société est effroy­able­ment cru­elle, qu’elle tue et empoi­sonne (et guérit) à tour de bras, et que son sys­tème de pseu­do représen­ta­tion poli­tique et son fonc­tion­nement économique reposent pour l’essen­tiel sur des croy­ances, sur l’il­lu­sion de la démoc­ra­tie (même-si-c’est-plus-démocratique-qu’ailleurs,-en-général), de la jus­tice, des bien­faits des dieux crois­sances et con­som­ma­tion, etc., bref que nous sommes nous aus­si bardés de “crimes con­tre la rai­son” d’un même niveau d’ab­sur­dité que celui qui vous frappe, avec rai­son, dans l’idée que l’on peut régler un prob­lème en assas­si­nant quelqu’un pour sor­cel­lerie.

      Je voudrais m’ar­rêter sur cette porte ouverte à toutes les fenêtres du rel­a­tivisme et de la con­cur­rence des ontolo­gies. Vous sem­blez penser, qu’il n’y à qu’une ratio­nal­ité raisonnable con­tre d’autres, fauss­es et quelque part prim­i­tives.
      D’une part, il y a un para­doxe à trou­ver qu’il est con­de­scen­dant de recon­naitre la légitim­ité des autres con­cep­tions du monde — sans néces­saire­ment y adhér­er).
      D’autre part pourquoi crain­dre, puisque vous recon­nais­sez votre sys­tème rationnel comme le seul val­able, les argu­ments moins rationnels des rel­a­tivistes. Il y a quelque chose d’une angoisse méta­physique du type de celle de Dos­toievs­ki : si Dieu n’ex­iste pas, tout est il pos­si­ble. Bah non. L’ef­fon­drement (ou la mise en cause) d’un sys­tème de légiti­ma­tion des con­duites n’im­plique pas le chaos, il implique un repo­si­tion­nement, une rhé­torique, une dialec­tique de la rai­son.

      Pour le dire autrement vous jouez un peu au post­colo­nial et à l’an­tipost­colo­nial en même temps. Méchants occi­den­taux pater­nal­istes qui n’ai­ment chez nous que les exo­tismes, faux exo­tiques qui ne recon­nais­sent pas la supéri­or­ité de notre rai­son. Or, c’est effec­tive­ment parce que la ques­tion est mal posée qu’il n’y a pas de réponse uni­voque. Levi Strauss sur ses vieux jours expri­mait l’idée que l’u­ni­ver­sal­ité de la rai­son s’é­tait man­i­festée, en Europe, sur une base trop étroite et qu’il fal­lait l’élargir.

      Tout d’abord j’aimerais bien qu’on me cite le nom d’un rel­a­tiviste. Per­so, je n’en con­nais pas. Je con­nais des gens qui défend­ent des points de vue cul­tur­al­istes, mais qui con­nais­sent sou­vent mal la cul­ture qu’ils défend­ent ou pensent val­oris­er. Aucun ne se dit rel­a­tiviste. Entre les enjeux iden­ti­taires ou mémoriels de groupes et une théorie sérieuse selon laque­lle il n’y a pas d’u­ni­ver­sal­ité de l’homme, il y a un gouf­fre que ne fran­chit claire­ment pas Desco­la, bien que de nom­breuses ques­tions méri­tent, au risque de répons­es mal ajustées, d’être posées.

      Ariel (Anonyme 6 mai 2014 10:32 /​7 mai 2014 14:04)

    7. Désolé, je ne peux pas répon­dre à tout. Surtout que plus je réponds, moins on avance. Comme on dit, il n’y a pire sourd… Bref. Vous dites tout une série de choses dont on pour­rait certes dis­cuter, mais qui ne sont absol­u­ment pas les ques­tions que je pointe dans ce bil­let. Il y a des croy­ances irra­tionnelles en France ? Je m’en doutais un peu, fig­urez-vous, moi qui suis allé au catéchisme jusqu’au diplôme final et qui ren­con­tre chaque jour des gens qui lisent leurs horo­scopes. Le cap­i­tal­isme n’est pas morale­ment plus aimable que d’autres organ­i­sa­tions sociales ? Mer­ci, cela fait plus de trente ans que je con­sacre une large par­tie de mon exis­tence à militer dans une organ­i­sa­tion qui se pro­pose de le ren­vers­er. Com­pren­dre une vision du monde n’est pas la même chose que juger sa valeur ? Encore mer­ci, c’est par là que com­mence mon bil­let. Les gens qui croient en l’ir­ra­tionnel ne sont pas néces­saire­ment des crétins ? Per­son­ne n’a dit cela sauf vous. Et on pour­rait con­tin­uer longtemps comme cela.

      Depuis le début, vous noyez le pois­son et vous tournez autour du pot pour ne pas dis­cuter du seul point que je mets sur le tapis dans ma cri­tique de Desco­la (je décom­pose pour que ce soit plus clair) :

      1) existe-t-il oui ou non une réal­ité objec­tive, que l’e­sprit humain parvient plus ou moins bien à appréhen­der ? Desco­la dit que non, qu’il faut se débarass­er de cette con­cep­tion, et je cite la phrase con­cernée. Alors, soit j’ai lu de tra­vers, soit on dis­cute de cela.
      2) Par­mi les dif­férentes manières de se représen­ter le monde (les « ontolo­gies »), en existe-t-il de plus effi­caces que d’autres pour en com­pren­dre les pro­priétés ? En par­ti­c­uli­er, pos­tuler l’inex­is­tence d’êtres ou de phénomènes irra­tionnels est-il un point de départ meilleur, moins bon ou équiv­a­lent au fait de pos­tuler leur exis­tence ? Desco­la tourne autour du pot, mais sug­gère assez net­te­ment que les deux se valent. Je le cite. Ai-je lu de tra­vers ? Si non, doit-on lui don­ner rai­son ?

      Au pas­sage, une défense clas­sique (j’y ai eu droit pas plus tard qu’hi­er, et vous me refaites le coup ci-dessus) con­siste à par­ler de « plusieurs ratio­nal­ités » , d’élargir la base de la rai­son, etc. Soit ce sont des mots creux, soit il faut mon­tr­er ce que vous avez en mag­a­sin. Jusqu’à preuve du con­traire, les pommes tombent pour les mêmes raisons sous toutes les lat­i­tudes (et même, dans tout l’u­nivers), et si on pré­tend le con­traire, il faut amen­er quelques bis­cuits.

      Pour en revenir à Desco­la, je per­siste et signe : de manière un peu jésuite (on peut dire faux-cul pour être plus clair) mais très bien cal­culée car il est tout sauf un imbé­cile, il ouvre la porte au rel­a­tivisme et à l’an­ti-rationnal­isme, que d’autres défend­ent sans com­plex­es. Et à ce pro­pos, je remer­cie vive­ment Olivi­er d’avoir devancé ma pen­sée (et mon prochain bil­let) en met­tant en lien un texte « amu­sant » de cet escroc réac­tion­naire de Bruno Latour (sur le côté « amu­sant », com­ment dire… la même thèse défendue par Alphonse Allais ou Desprog­es, en beau­coup plus court et avec un vocab­u­laire un peu moins pédant m’au­rait peut-être fait sourire — encore que depuis que j’ai six ans, je sais que quand je joue à cache-cache, les gens que je décou­vre étaient là avant que je les décou­vre). Mais qu’un type qui défend des âner­ies aus­si insond­ables, déjà chop­pé il y a vingt ans par Sokal en fla­grant délit de pipeau­tage, soit porté au pina­cle et con­sid­éré comme un des grands intel­lectuels de son époque, ça juge l’époque et ça aurait plutôt ten­dance à me crisper le zygo­ma­tique (que, de l’avis général, j’ai pour­tant fort sou­ple).

    8. Je suis con­tent que nous ayons désamor­cé tous ces petits pièges. Je ne vois pas bien ou j’ai traité de crétin les gens avec des croy­ances irra­tionnelles (même si cer­taines m’emmerdent et que je doute voir un jour des croy­ances rationnelles). Je ne crois pas non plus avoir tourné autour du pot, j’ai com­mencé par répon­dre à ta con­clu­sion, dernière phrase exacte­ment. (dois je encore don­ner un exem­ple ? sur la médecine : la blouse blanche du médecin et je ne sais quel signe d’un rebou­teux). Pour la suite j’ai essayé de répon­dre à ton para­graphe “c’est aux fruits qu’on juge l’ar­bre” et à ta ques­tion, puis le para­graphe sur la “De la plu­ral­ité des mon­des” et “Un rel­a­tivisme ram­pant”.

      Pour ton 1) je crois y avoir déjà répon­du, je ne suis pas d’ac­cord : Desco­la ne nie pas la réal­ité objec­tive. Il est dit qu’il est con­tre le “pré­sup­posé qui fonde [la] cos­molo­gie [nat­u­ral­iste, i.e. sci­en­tifique], l’ex­is­tence d’une nature uni­verselle que codent, ou à laque­lle s’adaptent, une mul­ti­tude de cul­tures hétérogènes. ». On se situe dans une nature inter­prétée pas dans une nature nat­u­rante. Cela ne veut pas dire que la nature nat­u­rante n’ex­iste pas ou qu’elle est inat­teignable juste que le sché­ma “stim­u­lus -> réac­tion” n’est pas bon. Ton inter­pré­ta­tion de la phrase suiv­ante n’est pas non plus la mienne, il n’y a pas de sens à oppos­er monde unique et mon­des mul­ti­ples car si nous voulons com­pren­dre l’homme il faut com­pren­dre pourquoi des hommes arrivent à un résul­tat et d’autres à un autre (je peux insis­ter mais je pense avoir déjà pas mal évo­qué cela).

      Pour ton 2) Il y a un peu trop de ques­tions pour moi. Si nous par­lons de nature naturée je dirais que toute les ontolo­gies appor­tent des répons­es, que l’on peut bien sur com­par­er et essay­er d’é­val­uer et que bien sur elles vont évoluer. Pos­er que l’une est meilleure à pri­ori est pour moi une erreur d’analyse. Pour la rai­son ou pas la rai­son, je n’ai pas la réponse comme tu l’as indiqué peux ton faire une typolo­gie des rela­tions nature cul­ture sans une typolo­gie des reli­gions (Desco­la l’abor­de bien sur dans “par dela nature et cul­ture”) ? Et à ce moment ou place t on la croy­ance dans l’homme ? Je ne crois pas que ce soit de tourn­er autour du pot que de buter sur un prob­lème de ce genre, non ?

      Je ne crois donc pas que Desco­la ouvre la porte au rel­a­tivisme, comme tous les anthro­po­logues il cherche à com­pren­dre les points com­muns à l’hu­main, ce qui va à mon sens con­tre le rel­a­tivisme. Pour l’an­ti-rationnal­isme et les “plusieurs ratio­nal­ités” il va fal­loir m’é­clair­er.

      ah ah je savais en prenant Latour et surtout ce texte que je déclencherais une réac­tion (pour la petite his­toire, la “une” de Paris match n’é­tait pas celle qu’il donne, ce qui rend ce texte encore plus savoureux!). J’ai hâte de te lire sur le “non-mod­ernisme” (“post”, “sur” ou autre d’ailleurs). Je doute que le texte en lien soit sur la “décou­verte” et je suis sur que même à 6 ans tu com­pre­nais bien qu’a­vant que vous com­men­ciez à jouer les gens avait d’autres occu­pa­tions que de se cacher ? Bref, cette analo­gie est ban­cale et je ne pré­tends même pas com­pren­dre Latour ni com­pren­dre pourquoi il polarise autant ! J’ai bien aimé une “Vie de Lab­o­ra­toire” et en l’évo­quant j’e­spère com­pren­dre un peu mieux ce qu’il dit et pourquoi il provoque autant de réac­tion.

      Olivi­er

    9. Bon, ne le prends pas mal, mais je ne vais pas pro­longer ce dia­logue, pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’un blog n’est pas vrai­ment fait pour cela. Ensuite, parce que nous avons d’autres moyens de dis­cuter. Enfin, parce que cette dis­cus­sion ne mène nulle part, parce que ce n’est pas une dis­cus­sion sérieuse — j’en­tends par dis­cus­sion sérieuse, une dis­cus­sion où les deux par­tic­i­pants cherchent à défendre des opin­ions non pour voir sim­ple­ment l’ef­fet pro­duit, comme on goûterait des petits fours, un par ci, un par là, un petit coup de Spin­oza (« Hmmm, ça a l’air bon… c’est fait avec quoi ? »), un petit coup de Latour (« tiens, goûte moi ça, y en a qui aiment, d’autres moins ») mais en cher­chant à peser réelle­ment les ten­ants et les aboutis­sants de chaque posi­tion. Et ce n’est pas le cas ici.

      Depuis le début, oui, tu as par­lé de plein de choses. Mais depuis le début, tu esquives les ques­tions qui sont à la base de tout le reste, et qui sont celles sur lesquelles por­tait mon bil­let. Ce sont des ques­tion sim­ples, qui appel­lent des répons­es sim­ples. Or, celles que tu donnes, noient sys­té­ma­tique­ment le pois­son, dis­ent une chose puis l’autre, et au bout du compte on ne sait tou­jours pas quelle est ta posi­tion. Sim­ple­ment parce qu’au fond, j’en suis con­va­in­cu, tu n’as pas envie d’avoir une posi­tion.

      Sur l’ex­is­tence d’une réal­ité objec­tive, je ne sais plus quoi dire tant tu embrouilles la ques­tion à des­sein. “Desco­la ne nie pas la réal­ité objec­tive”. Dont acte. “Il dit qu’il est con­tre le pré­sup­posé (…) d’une nature uni­verselle”. “On se situe dans une nature inter­prétée”. Désolé, mais tout cela n’a aucun sens, La réal­ité serait donc objec­tive, mais non uni­verselle ? Mais com­bi­en y a‑t-il de réal­ités comme cela ? En existe-t-il une par planète ? Une par pays ? Une par eth­nie ? Une par per­son­ne ? Plusieurs par per­son­ne ? Euh, ah, non, elle est juste “inter­prétée”. Mais la réal­ité objec­tive (et uni­verselle) est for­cé­ment inter­prétée, parce que nous la con­nais­sons via nos sens et notre sys­tème nerveux ! Alors, tout ça pour quoi ?

    10. Et pitié, ne ramène pas là-dedans pas les con­cepts de Spin­oza sans les sous-titres. Quand Ein­stein expli­quait la rel­a­tiv­ité générale, il pou­vait le faire avec des mots que tout le monde com­pre­nait. J’ose croire qu’on peut faire de même sur des ques­tions philosophiques aus­si sim­ples que celles là. Quant à ne pas oppos­er “monde unique et “mon­des mul­ti­ples”, là aus­si, ce sont des jeux de mots, pas un raison­nement. Parce que le “monde” au sin­guli­er est la réal­ité objec­tive, mais les “mon­des” au pluriel ne sont que dif­férentes représen­ta­tions de ce même monde objec­tif que les gens en ont dans la tête — ou alors, tu pens­es qu’il existe réelle­ment dif­férents mon­des et que chaque par­tie de l’Hu­man­ité ne vit pas dans le même. C’est ce qu’écrit en creux Desco­la. Si tu ne souscris pas à cette vue, utilis­er le même mot « monde » dans les deux cas, c’est sus­citer volon­taire­ment des ambiguïtés ; autrement dit, une fois de plus, c’est embrouiller les ques­tions pour le plaisir de ne pas leur trou­ver de répons­es.

      Idem lorsqu’on par­le de “croy­ance en l’homme” au même titre que “croy­ance en Dieu”. C’est le même mot, à des­sein, pour met­tre sur le même plan des choses qui n’ont rien à voir. J’ai vu pas plus tard qu’a­vant hier le gag­man Bruno Latour expli­quer devant une foule en extase que la croy­ance en la ligne A du RER était de la même veine que la croy­ance dans les fan­tômes. Et voilà le tra­vail. Je le redis, ma ques­tion n°2 est très sim­ple : com­prend-on mieux le monde quand on pense qu’il est habité par des Dieux, des esprits, des fan­tômes, et toutes sortes de forces ou d’êtres impéné­tra­bles, ou quand on sup­pose que rien ne se pro­duit sans cause rationnelle ? C’est une ques­tion bête comme chou, et il est désolant (litote) que 250 ans après Diderot, on puisse encore dire qu’on n’a pas de réponse.

      Allez, à la prochaine.

    11. Oui nous pour­rons large­ment con­tin­uer autour d’une bière (ou autre) ! J’ai dés­espéré­ment chercher à répon­dre, tant pis si tu pens­es que je tourne autour du pot.

      A+
      Olivi­er

    12. “Si, demain, l’É­tat français rétablit le crime de sor­cel­lerie, devra-t-on 1) s’en réjouir 2) s’en attris­ter 3) s’en tam­pon­ner le coquil­lard ? ”

      Et si c’é­tait déjà le cas, de fait ?
      Voir l’analyse de Favret-Saa­da sur l’af­faire des poupées vau­doues à l’effigie de sarkozy et le procès qui en a résulté.
      Et ce n’est pas, je crois, à pren­dre à la légère :
      http://www.dailymotion.com/video/x8ucli_20090327favret_news

  5. Avatar de Inconnu
    Mita Ghoulier

    Votre ques­tion numéro un est un peu car­i­cat­u­rale et sim­pliste. La réponse n’est ni un, ni deux, ni trois… le crime con­tre sor­cel­lerie ayant entraîné pas mal de mas­sacre son retour ne serait ni réjouis­sant, ni vague­ment attris­tant ni indif­férent. Comme je ne pré­tends nulle­ment détenir les clés de la “rai­son”, mon univers per­son­nelle étant empli de sym­bol­isme et de tas d’trucs qui m’échap­pent, ça va me pren­dre un peu de temps avant de trou­ver la réponse n°4 mais je m’y attèle…

  6. Vous sem­blez atten­dre un juge­ment de valeur (qu’a pri­ori nous parta­geons tous, c’est pas très cli­vant le crime de sor­cel­lerie) de la part d’un homme qui pro­pose le pro­duit d’une analyse. Je ne crois pas que Desco­la soit très mil­i­tant ou engagé, mais c’est autre chose que de le réduire à un rel­a­tiviste rad­i­cal ou à un cul­tur­al­iste post­mod­erne. (auteur du 2e mes­sage)

    Quant à votre inquié­tude sur la valeur suprême de la rai­son, l’anathème n’en par­ticipe pas. C’est vous qui jugez des fruits de la réflex­ion de Desco­la (que je n’ai pas du tout envie de défendre par ailleurs) . Penser ailleurs, autrement ou avec est une démarche assez utile pour ne pas unique­ment chercher à démon­tr­er son point de vue ou con­forter ses posi­tions. Il faut remet­tre de la com­plex­ité sociale dans le bouzin pour porter un juge­ment cri­tique aver­ti.

    1. Desco­la pro­duit un juge­ment de valeur sur les dif­férentes « ontolo­gies ». Et même plusieurs. Ce sont juste­ment ces juge­ments de valeur qui con­stituent l’ob­jet de ce post et des cita­tions que j’y com­mente.

  7. Tu con­nais les travaux de Tobie Nathan, l’ethnopsy­chi­a­tre ? La lec­ture de ce bil­let m’y fait penser.
    Je n’aime pas la psy­ch­analyse, mais pour le coup c’est génial. Je te con­seille “Man­i­feste pour une psy­chopatholo­gie sci­en­tifique”, court et très clair.

  8. Une autre ques­tion qui me parait intéres­sante, de manière générale, la sci­ence a‑t-elle eu et a aujourd’hui plus de béné­fices ou d’in­con­vénients que les croy­ances ?
    (j’ad­mets que la sci­ence est rem­plie de croy­ances, comme dis­ait Mer­ton je crois, un“scpeticisme organ­isé”)

    1. une réponse rapi­de par Inter­net pour sat­is­faire ma soif, et une réponse longue au pied du sapin le 25 décem­bre ? ^^
      Oui j’ai bien con­science que t’as pas du tout le temps pour répon­dre à une telle ques­tion, surtout par écrit ^^ c’est une ques­tion que j’ai déjà vu soulevée et qui m’est rev­enue récem­ment, et que j’ai trou­vée asso­ciée à cette note .

  9. Avatar de Inconnu
    jonathan racine

    Bon­jour
    J’ai lu récem­ment con­ver­sa­tion sur la nais­sance des iné­gal­ités, et j’at­taque le com­mu­nisme prim­i­tif. Je ne décou­vre que main­tenant votre blog et je vous remer­cie pour la qual­ité de cer­tains bil­lets. Je m’aperçois que je me pose sou­vent les mêmes ques­tions que vous (je n’ai pas osé laiss­er un com­men­taire sur le bil­let à pro­pos du sexe et du genre). Con­cer­nant Desco­la, son livre prin­ci­pal (par delà nature et cul­ture) est vrai­ment pas­sion­nant ; sa dis­tinc­tion de 4 grandes ontolo­gies, lorsqu’il la met en rela­tion avec les pro­duc­tions icono­graphiques, c’est génial (cf. l’ex­po du quai bran­ly sur la fab­rique des images). Par con­tre, dans les petits textes où on se trou­ve con­fron­té de manière plus directe aux impli­ca­tions : rel­a­tivisme ou pas, un monde réel /​que des inter­pré­ta­tions, je trou­ve comme vous que les répons­es sont franche­ment fuyantes. Je me demandais si c’é­tait moi qui n’ar­rivait pas à com­pren­dre, si sa réponse était trop sub­tile pour moi (mais tout de même, si je suis bien mal­heureuse­ment trop igno­rant en anthro­polo­gie, je m’y con­nais un tout petit peu en phi­lo des sci­ences). Je suis assez sat­is­fait de voir que cer­tains ont moins de scrupules que moi à penser qu’il noie franche­ment le pois­son.
    Bien cor­diale­ment

    1. Bon­jour

      C’est moi qui vous remer­cie pour ce chaleureux com­men­taire. Et si vous voulez échang­er sur quelque sujet que ce soit, surtout, ne vous privez pas, ce sera avec grand plaisir.

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