« Une aristocratie à l’âge de pierre ? » : un colloque à venir

Cela fait quelques mois que je tra­vaille à ce pro­jet en bonne com­pag­nie – plus par­ti­c­ulière­ment, celle d’Em­manuel Guy –, et nous pou­vons doré­na­vant l’an­non­cer publique­ment à son de trompe (de mam­mouth ?) : l’événe­ment est acté !
À l’au­tomne 2019, se réu­niront donc un cer­tain nom­bre de chercheurs (archéo­logues et anthro­po­logues), dans le but de faire le point sur les divers indices sus­cep­ti­bles d’indi­quer que les sociétés du Paléolithique récent de l’Eurasie (ou, tout au moins, cer­taines d’en­tre elles) n’é­taient pas néces­saire­ment aus­si économique­ment égal­i­taires qu’on l’a générale­ment pen­sé jusqu’à présent.
Le col­loque, sous-titré « L’é­gal­i­tarisme des sociétés du Paléolithique en ques­tion » se tien­dra au Musée Nation­al de Préhis­toire des Eyzies, dont le directeur, Jean-Jacques Cleyet-Mer­le, lui a apporté un vigoureux sou­tien : qu’il en soit ici chaleureuse­ment remer­cié !
La liste des inter­venants se con­stituera peu à peu ; l’ob­jec­tif étant que les con­tri­bu­tions, plutôt que des mono­gra­phies se focal­isant de façon étroite sur un cas pré­cis, priv­ilégient des approches syn­thé­tiques, qui éclaireront explicite­ment la ques­tion du col­loque. Ces com­mu­ni­ca­tions pren­dront place dans les qua­tre ate­liers thé­ma­tiques suiv­ants :
  1. Méthodolo­gie et com­para­tisme eth­nologique
  2. Envi­ron­nement, démo­gra­phie, stock­age et séden­tar­ité
  3. Pra­tiques funéraires
  4. Pro­duc­tion artis­tique et arti­sanales.
Ces ate­liers, aux­quels s’a­joutera le cas échéant une table ronde finale, lais­seront une large place à la dis­cus­sion col­lec­tive. L’événe­ment fera égale­ment l’ob­jet d’une pub­li­ca­tion dans une (ou plusieurs) revues académiques de pre­mier plan.
Emmanuel Guy et moi-même faisons bien évidem­ment par­tie du comité sci­en­tifique. Mais celui-ci, à la com­po­si­tion encore pro­vi­soire et des­tinée à s’élargir, peut d’ores et déjà se flat­ter de compter dans ses rangs les noms de Boris Valentin (Pro­fesseur à l’U­ni­ver­sité Paris I, ARSCAN) et de Bruno Boulestin (HDR, UMR 5199-PACEA, Bor­deaux et, acces­soire­ment, inter­venant réguli­er sur ce blog sous des ini­tiales qui ne le dis­simu­lent guère).
Pour ter­min­er, voici le texte de présen­ta­tion de l’événe­ment, que les lecteurs intéressés sont cor­diale­ment invités à relay­er !

Une aristocratie à l’âge de pierre ?

L’égalitarisme des sociétés du Paléolithique supérieur en questions
Dans un livre paru il y a dix ans 1, Bri­an Hay­den sug­gérait la pos­si­bil­ité que tout ou par­tie des pop­u­la­tions du Paléolithique supérieur eurasi­a­tique aient vécu dans des sociétés mar­quées par des iné­gal­ités de richesse. Récem­ment, une hypothèse con­ver­gente a été avancée 2, selon laque­lle le savoir-faire excep­tion­nel des pein­tres de Las­caux ou de Chau­vet ne pour­rait s’expliquer que par un appren­tis­sage de longue durée impli­quant déjà une forme de divi­sion sociale du tra­vail incon­nue dans les sociétés économique­ment égal­i­taires.
L’eth­nolo­gie a depuis longtemps établi l’existence de chas­seurs-cueilleurs présen­tant des dis­par­ités socio-économiques impor­tantes et pou­vant être qual­i­fiés de plouto­craties 3. Cette con­fig­u­ra­tion s’oppose néan­moins au mod­èle social tra­di­tion­nelle­ment attribué aux peu­ples du Paléolithique supérieur. Pour l’archéologie, en effet, les iné­gal­ités de richesse ne seraient apparues en Europe que comme une con­séquence pro­gres­sive et plus ou moins loin­taine des inno­va­tions liées au Néolithique.
Depuis longtemps pour­tant, divers indices tels les tombes riche­ment dotées de Sun­gir ou les cabanes en os de mam­mouth du pavlovien ont intrigué les chercheurs. Ces dernières années, d’autres élé­ments poten­tielle­ment con­tra­dic­toires avec le mod­èle égal­i­taire sem­blent s’être accu­mulés, soit par des décou­vertes nou­velles, soit par le réex­a­m­en d’un matériel déjà con­nu.
S’il n’est vraisem­blable­ment pas pos­si­ble en l’état de tranch­er pour l’une ou l’autre hypothèse, il nous est apparu urgent de procéder à un inven­taire cri­tique des don­nées archéologiques (habi­tats, sépul­tures, pro­duc­tions tech­niques et sym­bol­iques…) sus­cep­ti­bles d’éclairer cette prob­lé­ma­tique majeure de l’évolution sociale. C’est tout le sens de cette table ronde qui se pro­pose de réu­nir des spé­cial­istes recon­nus afin de dress­er un état des lieux des con­nais­sances, d’en éval­uer la per­ti­nence et, dans la mesure du pos­si­ble, d’envisager de nou­velles pistes d’investigation.

1. Hay­den B., L’Homme et l’iné­gal­ité, l’o­rig­ine de la hiérar­chie à la préhis­toire, Cnrs édi­tion, 2008.
2. Guy E., Ce que l’art préhis­torique dit de nos orig­ines, Flam­mar­i­on, 2017.
3. Tes­tart A., Les chas­seurs-cueilleurs ou l’origine des iné­gal­ités, Société d’ethno­gra­phie, 1982.

4 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Olivier MONTULET

    Si c’é­tait bien le cas au paléolithique on peut affirmer que notre oli­garchie (auto­proclamée “élite”) est restée à l’âge de pierre.

    1. En effet. Et si je peux me per­me­t­tre de citer un grand ancêtre : « Les rap­ports de pro­duc­tion bour­geois sont la dernière forme antag­o­nique du procès social de la pro­duc­tion. Il n’est pas ques­tion ici d’un antag­o­nisme indi­vidu­el ; nous l’entendons bien plutôt comme le pro­duit des con­di­tions sociales de l’existence des indi­vidus ; mais les forces pro­duc­tives qui se dévelop­pent au sein de la société bour­geoise créent dans le même temps les con­di­tions matérielles pro­pres à résoudre cet antag­o­nisme. Avec ce sys­tème social c’est donc la préhis­toire de la société humaine qui se clôt. » (Karl Marx, Cri­tique de l’économie poli­tique, 1859)

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