Deux questions aux progressistes qui combattent la loi de 2004

J’ai longtemps hésité à écrire ce bil­let. Non parce que son con­tenu est directe­ment polémique – au con­traire, serais-je presque ten­té de dire. Pas non plus parce qu’il abor­de l’ac­tu­al­ité, car il m’est arrivé plusieurs fois dans ce blog de quit­ter les peu­ples et les épo­ques loin­taines pour traiter de ques­tions qui nous touchent directe­ment. Mais parce qu’il me sem­blait que la loi française de 2004 dite « sur les signes religieux » à l’é­cole publique était un sujet un peu dépassé et que si, il y a dix ans, il avait fait couler beau­coup d’en­cre et remué pas mal d’élec­trons, son intérêt s’é­tait large­ment émoussé. Or, des accrochages réguliers, dans le monde réel ou virtuel, avec des mil­i­tants de gauche ou d’ex­trême-gauche qui con­tin­u­ent de pour­fendre cette loi en dénonçant son car­ac­tère « islam­o­phobe » m’ont con­va­in­cu du con­traire (ain­si, acces­soire­ment et s’il en était besoin, que de la grossièreté dont sont capa­bles cer­tains de ces « cama­rades » sitôt qu’on les con­tred­it).

Je souhaite donc pos­er ici deux ques­tions qui, me sem­ble-t-il, ont rarement été soulevées, et aux­quelles les adver­saires de la loi qui se situent dans le camp du pro­gres­sisme n’ont, tou­jours à ma con­nais­sance, jamais apporté de réponse.

Quelques réflexions préliminaires

En préam­bule, je dois pré­cis­er un cer­tain nom­bre de choses.
Tout d’abord, et cela ne sur­pren­dra guère ceux qui me con­nais­sent un peu, je me recon­nais pleine­ment dans les posi­tions pris­es à l’époque par Lutte Ouvrière, et que l’on peut par exem­ple con­sul­ter dans cet arti­cle ou dans celui-là. Tout en con­sid­érant cette loi d’un œil glob­ale­ment favor­able, je ne la pare pas de toutes les ver­tus : son effi­cac­ité, comme celle d’une digue, est lim­itée. Surtout, en for­mu­lant le prob­lème sous l’an­gle biaisé de la laïc­ité plutôt que sous celui de la défense de l’é­gal­ité des sex­es, la loi a grande­ment con­tribué à fauss­er le débat, tant dans la tête de ses défenseurs que dans celle de ses opposants.
Ensuite, comme je l’ai dit, les deux ques­tions qui suiv­ent s’adressent spé­ci­fique­ment à ceux qui se récla­ment peu ou prou des idées pro­gres­sistes (et, mieux encore, marx­istes), et qui iden­ti­fient donc dans le voile et ce qu’il incar­ne une idéolo­gie réac­tion­naire devant être com­bat­tue.
Au pas­sage, ce devrait être une évi­dence ; la sub­or­di­na­tion des femmes a tou­jours eu comme préal­able, depuis les sociétés aborigènes aus­trali­ennes jusqu’aux inter­dic­tions pro­fes­sion­nelles mod­ernes en pas­sant par les gynécées grecs, leur sépa­ra­tion d’avec les hommes : pour qu’elles occu­pent une place inférieure, il faut que cette place soit spé­ci­fique. De ce point de vue, les reli­gions monothéistes dites « grandes » témoignent d’une remar­quable unité, et se situent dans la droite ligne des reli­gions « païennes » qui les avaient précédées. Hommes et femmes sont séparés dans l’e­space religieux, qu’il s’agisse des mosquées, des syn­a­gogues ou des églis­es. En ce qui con­cerne ces dernières, c’est seule­ment le con­cile Vat­i­can II, il y a une cinquan­taine d’an­nées, qui a levé l’oblig­a­tion pour les deux sex­es de s’asseoir séparé­ment (pour une telle lev­ée fic­tive, mais jubi­la­toire, dans la lit­téra­ture du début du XXe siè­cle, il faut lire Les copains de Jules Romains, ou regarder le film qui en fut tiré, avec au générique la chan­son éponyme de Georges Brassens). La ségré­ga­tion sex­uelle est encore plus sévère en ce qui con­cerne le rite, puisque tra­di­tion­nelle­ment les femmes sont partout et tou­jours exclues des aspects les plus sacrés, en par­ti­c­uli­er des fonc­tions liées à la prêtrise. Bien sûr, les sociétés patri­ar­cales (et les autres, d’ailleurs) ne lim­i­tent pas la sépa­ra­tion des sex­es au seul domaine de la reli­gion. Mais celui-ci représente la plu­part du temps une pierre incon­tourn­able de l’éd­i­fice iné­gal­i­taire.
Séré­nade Chafiq

Militer pour l’é­gal­ité des sex­es, c’est donc – et cela ne peut donc être que – militer pour la dis­pari­tion des gen­res, c’est-à-dire pour la fin de tout cloi­son­nement, juridique ou social, entre hommes et femmes ; pour une société asex­uée, qui ne pèsera en aucune manière sur le des­tin d’un indi­vidu selon ses organes repro­duc­teurs. Bien sûr, il n’est pas inter­dit de chercher à attein­dre cet objec­tif intel­ligem­ment ; cela sup­pose, pour ceux qui le défend­ent, à la fois de ne pas sus­citer de crispa­tions inutiles et, inverse­ment, de ne céder sur rien d’essen­tiel et d’être capa­ble d’u­tilis­er la force lorsqu’il le faut. Comme dans tout com­bat poli­tique, la tac­tique est une ques­tion éminem­ment com­pliquée et qu’on ne peut résoudre à l’aide de for­mules toutes faites.

Mais quels que soient les accom­mode­ments tac­tiques néces­saires, il faut soulign­er avec force que le but à attein­dre, lui, est intan­gi­ble. Toute ten­ta­tive pour pro­mou­voir d’autres objec­tifs sous l’é­ti­quette d’un fémin­isme dit « ceci » ou « cela », islamique, hin­dou, aborigène ou que sais-je encore, en dénonçant la dis­pari­tion des gen­res comme l’idéal d’un fémin­iste « blanc » et néo-colo­nial­iste, est une escro­querie (on trou­vera une réfu­ta­tion magis­trale de cette logique dans les inter­ven­tions de Séré­nade Chafiq, par exem­ple dans cette inter­view, ou encore dans celle-ci). Pour le dire d’une autre manière, tout mou­ve­ment qui entend préserv­er ou pro­mou­voir la sépa­ra­tion des sex­es, quelle que soit l’é­ti­quette dont il s’af­fu­ble, est par nature un mou­ve­ment sex­iste (exacte­ment comme tout mou­ve­ment qui réclam­erait une place à part pour telle ou telle eth­nie serait par nature un mou­ve­ment raciste).
Le pro­gramme fémin­iste s’op­pose frontale­ment au pro­gramme poli­tique et social dont le voile est le dra­peau, et qui est mis en appli­ca­tion dans tous les pays où ses par­ti­sans sont à la tête de l’État – au pas­sage, on serait bien en peine de citer un seul endroit dans le monde où les courants islamistes au pou­voir accor­dent la « lib­erté de porter le voile ou de ne pas le porter » qu’ils récla­ment ici pour eux-mêmes à cor et à cris.
J’en viens donc (enfin !) à mes deux ques­tions con­cer­nant la loi de 2004.

Question 1 : qui est le dupe de l’autre ?

Une man­i­fes­ta­tion con­tre la loi de 2004

J’ai sou­vent été con­fron­té à l’ar­gu­ment suiv­ant : pour com­bat­tre le voile et ce qu’il représente, le pire serait d’ex­clure les jeunes filles voilées de l’é­cole publique. Si elles se retrou­vent entre elles, dans des écoles coraniques, plus rien ni per­son­ne ne sera en mesure de les influ­encer favor­able­ment, de leur offrir d’autres mod­èles et d’autres per­spec­tives. L’ac­cep­ta­tion du voile à l’é­cole est donc un moin­dre mal : elle serait certes une entorse aux valeurs d’é­gal­ité (met­tons de côté la caoutchou­teuse « laïc­ité »), mais en per­me­t­tant aux musul­manes voilées de rester au con­tact du reste de la pop­u­la­tion, en par­ti­c­uli­er des mil­i­tants pro­gres­sistes, elle plac­erait ceux-ci en sit­u­a­tion favor­able pour faire reculer idées et pra­tiques réac­tion­naires.

Cet argu­ment, il faut le soulign­er, est sou­vent sincère. Il n’a rien d’ab­surde, et je peux imag­in­er cer­tains con­textes dans lesquels je serais tout prêt à le repren­dre à mon compte. Mais son talon d’Achille est d’être l’ex­act miroir de celui que sou­tient le camp opposé. À savoir que l’ensem­ble des organ­i­sa­tions religieuses islamistes se pronon­cent elles aus­si con­tre la loi de 2004, en expli­quant de leur côté que le libre port de ce vête­ment dans l’e­space de l’é­cole publique servi­ra leur cause.
Com­prenons-nous bien : il peut arriv­er que sur une même ques­tion, on défende une posi­tion formelle­ment com­mune avec un adver­saire poli­tique, sans que cela invalide en soi ladite posi­tion. Dans le cas d’un référen­dum, par exem­ple, et pour peu que ses adver­saires poli­tiques soient eux-mêmes divisés en deux camps opposés (trois si on inclut la pos­si­bil­ité de l’ab­sten­tion), il est inévitable qu’on se retrou­ve sur une posi­tion com­mune avec cer­tains courants que l’on com­bat. En ce qui con­cerne la loi de 2004, c’est tout aus­si évi­dent : qu’on milite pour son abro­ga­tion ou qu’on s’y refuse, on se retrou­vera, au moins en ce qui con­cerne la con­clu­sion du raison­nement, en très mau­vaise com­pag­nie (car par­mi les défenseurs de la loi se trou­vent des iden­ti­taires de tous poils, chez qui la laïc­ité cache bien mal le nation­al­isme borné, pour ne pas dire le racisme le plus crasseux).
Ma remar­que est donc autre ; elle pointe le fait qu’en l’oc­cur­rence, adver­saires et par­ti­sans du voile récla­ment tous deux l’ab­ro­ga­tion de la loi pour des raisons très exacte­ment invers­es : les uns parce que cela per­me­t­trait de faire reculer l’idéolo­gie réac­tion­naire représen­tée par le voile, les autres parce que cela per­me­t­trait de la faire pro­gress­er.
Or, la logique la plus élé­men­taire nous enseigne qu’une même cause ne peut pro­duire deux effets opposés. Des deux camps en présence, celui des opposants au voile et celui de ses par­ti­sans islamistes, tous deux favor­ables à l’ab­ro­ga­tion de la loi de 2004, il y en a néces­saire­ment un qui fait preuve d’un sens poli­tique plus affuté que l’autre. Et face à l’ar­gu­ment des pro­gres­sistes, qui pensent qu’ils seront en meilleure posi­tion pour influ­encer ou con­va­in­cre les jeunes filles voilées, les islamistes, eux, pensent que leur lib­erté d’ac­tion accrue béné­ficiera à leurs idées, ne serait-ce que par la banal­i­sa­tion et la légiti­ma­tion du voile que la lev­ée de l’in­ter­dic­tion actuelle représen­terait. Si l’ar­gu­ment des pro­gres­sistes est juste, cela veut dire que l’ensem­ble des organ­i­sa­tions islamistes se fourre le doigt dans l’œil et réclame une mesure qui dessert sa cause. Or, il ne me sem­ble pas que les islamistes, depuis des décen­nies qu’ils mili­tent un peu partout dans le monde, man­quent de sens poli­tique – et pour être tout à fait franc, je suis loin d’en penser autant d’une bonne par­tie des pro­gres­sistes.
Ma ques­tion est donc :
Quels élé­ments indiquent que les islamistes sont dans l’er­reur, et que ce sont bien les idées pro­gres­sistes, et non les leurs, qui sor­ti­raient gag­nantes d’une libéral­i­sa­tion du port du voile ?

Question 2 : militer pour quoi, pour qui ?

Islam­o­phobe, l’é­cole répub­li­caine ? Com­mu­nisto­phobe, en tout cas.
Le dra­peau tri­col­ore flotte à son fron­ton, et le dra­peau rouge en est exclu.

Ma deux­ième ques­tion part d’un con­stat très sim­ple, mais curieuse­ment, très rare : à l’é­cole, les sym­bol­es de l’is­lam rad­i­cal ne sont pas les seuls à être inter­dits. Sont égale­ment pro­hibés les signes dits osten­ta­toires des autres reli­gions, certes, mais aus­si – et cela ne devrait pas échap­per à la sagac­ité de ceux qui mili­tent pour chang­er la société actuelle – les signes de toute appar­te­nance poli­tique. Au demeu­rant, cette inter­dic­tion ne con­cerne pas seule­ment les signes : c’est l’ex­pres­sion même des opin­ions poli­tiques, sous quelque forme que ce soit, qui est ban­nie de l’é­cole. Ain­si, dans tout étab­lisse­ment sec­ondaire, il est illé­gal d’ap­pos­er une affiche ou de dis­tribuer un tract se récla­mant ouverte­ment d’idées ou d’une organ­i­sa­tion com­mu­nistes.

Cette pro­hi­bi­tion découle de la pré­ten­due neu­tral­ité de l’é­cole répub­li­caine, dont il n’est guère dif­fi­cile de com­pren­dre qu’elle est une illu­sion qui dis­simule le point de vue de la classe dom­i­nante. Évidem­ment, ce point de vue de classe con­cerne exclu­sive­ment les matières autres que les sci­ences (avant tout, l’his­toire ou la philoso­phie). Même si dans les faits, les enseignants dis­posent d’une cer­taine lat­i­tude et peu­vent dans une cer­taine mesure trans­met­tre des con­cep­tions plus ou moins sub­ver­sives, l’idée même qu’il puisse exis­ter un lieu et un enseigne­ment sociale­ment neu­tres sert par nature le con­ser­vatisme vis-à-vis de l’or­dre social exis­tant. Dans l’ensem­ble des « human­ités », sous cou­vert de neu­tral­ité, l’é­cole trans­met très mas­sive­ment une ver­sion des faits et une idéolo­gie au ser­vice des vain­queurs, qui ne font pas qu’écrire l’His­toire, mais qui, égale­ment, diri­gent son enseigne­ment.
Admet­tons dès lors que des mil­i­tants opposés à l’or­dre cap­i­tal­iste esti­ment qu’il faut per­me­t­tre, ne serait-ce que sous la forme vis­i­ble et ouverte du voile, la libre expres­sion des courants islamistes à l’é­cole publique ; la moin­dre des choses serait alors d’ex­iger pour leurs pro­pres idées cette lib­erté qu’ils récla­ment pour celles de leurs adver­saires ; autrement dit, qu’ils mènent cam­pagne non pour la seule lib­erté du port du voile, mais pour la libre expres­sion, dans le cadre sco­laire, de toutes les opin­ions religieuses ou poli­tiques. Une telle posi­tion, étant don­né le rap­port de force actuel, ne serait pas une poli­tique très judi­cieuse. Elle prof­it­erait sans l’om­bre d’un doute infin­i­ment plus aux courants réac­tion­naires que pro­gres­sistes (voir ques­tion 1). Tout au moins aurait-elle l’im­mense mérite d’être cohérente, et de ne pas plac­er sans aucune retenue des mil­i­tants cen­sé­ment pro­gres­sistes au ser­vice exclusif de courants qui sont leurs adver­saires directs. 
Telle est donc ma deux­ième ques­tion :
Pourquoi les organ­i­sa­tions qui mili­tent pour abroger la loi de 2004 au nom de la lutte con­tre l’is­lam­o­pho­bie ont-elles unanime­ment borné leur action à défendre l’ex­pres­sion au sein de l’é­cole publique d’une forme d’is­lam mil­i­tant, sans jamais s’avis­er d’y revendi­quer la libre expres­sion de tous, à com­mencer par la leur ?
La seule réponse qui me paraît recev­able en l’é­tat est : parce que les mil­i­tants de ces organ­i­sa­tions, quelle que soit la manière dont ils se représen­tent sub­jec­tive­ment les choses, respectent de fait davan­tage les idées de cer­tains de leurs adver­saires que celles qui sont cen­sées être les leurs… quand ils ne con­fondent pas pure­ment et sim­ple­ment les deux, ce qui est l’aboutisse­ment ultime d’une démarche qu’on appelait jadis le suiv­isme.

35 commentaires

  1. Pour la ques­tion 1 :

    Je pense que vous écartez la pos­si­bil­ité que les organ­i­sa­tions islamistes com­bat­tent la loi de 2004 non pas parce qu’ils esti­ment que son abro­ga­tion va servir l’is­lami­sa­tion de la société mais tout sim­ple­ment parce qu’ils sont oblig­és de se bat­tre pour la lib­erté religieuse pour avoir une quel­conque légitim­ité auprès des croy­ants.

    Autrement dit, si tous vos sou­tiens poten­tiels atten­dent de vous que vous com­bat­tiez une loi, vous n’avez guère d’autre choix que de la com­bat­tre quelques soient les effets réels que vous estimez être les siens.

    Après sur le fond, je crois que si les par­ti­sans de la loi de 2004 veu­lent être cohérents, il faut impéra­tive­ment qu’ils com­bat­tent l’en­seigne­ment privé, puisque la loi de 2004 ne s’y applique pas et il ne serait pas éton­nant que les familles musul­manes y envoient de plus en plus leur enfants depuis 2004. Si c’est le cas, il est clair que la loi est contre-productive.(je n’ai pas de sta­tis­tiques sous la main pour démon­tr­er mon point, mais il en existe peut-être).

    Pour la ques­tion 2 :

    Il ne me sem­ble pas clair qu’on puisse assim­i­l­er comme vous sem­blez le faire le sim­ple port d’un vête­ment à du prosé­lytisme religieux. Ce n’est pas comme si les musul­mans étaient autorisés à dis­tribuer des prospec­tus sur la lec­ture du coran dans les écoles. De ce point de vue la lib­erté des musul­manes de porter le voile à l’é­cole est à met­tre sur le même plan que la lib­erté des autres élèves de porter un T‑shirt du Che ou de dessin­er des sym­bol­es anar­chistes sur leur trousse ou leur sac à dos.

    Si ces signes d’ap­par­te­nance poli­tique sont autorisés à l’é­cole (de fait il me sem­ble qu’ils le sont), on ne voit pas bien au nom de quel principe les signes d’ap­par­te­nance religieuse seraient seuls pro­scrits.

    Je pense que toutes sortes de prob­lèmes et de ques­tions non résolues se posent dès qu’on com­mence à légifér­er sur les vête­ments au nom de l’ef­face­ment des signes d’ap­par­te­nance. Qu’est-ce qui doit compter comme par­tic­u­lar­isme per­ti­nent ? Pourquoi la reli­gion et la poli­tique et pas le reste (par exem­ple l’ap­par­te­nance sociale, les goûts cul­turels, etc …) ? Com­ment cir­con­scrire le domaine du religieux et du poli­tique ? Qu’est-ce qui doit compter comme signe religieux ou poli­tique ? Qui décide de la sig­ni­fi­ca­tion d’un signe ?

    Mon avis est que pour se sor­tir de ces ques­tions de manière non arbi­traire et sans créer toutes sortes d’ef­fets per­vers dus à des effets de focal­i­sa­tion sur tel ou tel type de par­tic­u­lar­isme on n’a que deux solu­tions :

    - Effac­er tout signe de par­tic­u­lar­isme en récla­mant l’u­ni­forme à l’é­cole.
    — Admet­tre la lib­erté la plus com­plète pos­si­ble dans la manière de s’ha­biller des gens.

    La loi de 2004 me paraît être un inter­mé­di­aire un peu gênant et arbi­traire qui donne lieu à toutes sortes de dérives (par exem­ple dans le cas de l’in­ter­dic­tion de la jupe longue).

    1. Les vête­ments qui font de l’apolo­gie est pro­scrit : reli­gion, cannabis, poli­tique … . On nous a fait aus­si com­pren­dre dans la for­ma­tion CPE (con­seiller prin­ci­pal d’é­d­u­ca­tion) à l’E­SPE, que la loi sur laïc­ité ne se lim­ite pas seule­ment aux religieux mais aus­si à tout lob­by­ing et sec­tarisme.

      Le port d’un mail­lot avec le Che et un sym­bole hip­pie ne sont pas des con­vic­tions poli­tiques mais parce que cooooool. Et franche­ment, j’en ai jamais vu dans mes stages CPE, ni dans la rue chez les jeunes d’au­jour­d’hui. Et même à mon époque ni au col­lège, ni au lycée, ni à l’u­ni­ver­sité.

      A con­trario, le voile sur la tête, la kipa, les sym­bol­es new-âges entre autres sont ouverte­ment des sym­bol­es d’ap­par­te­nance religieux ou com­mu­nau­tariste.

      Ce sont des signes de rejet de la com­mu­nauté sco­laire et je dirais même de la com­mu­nauté humaine (parce que les “je suis juif”, les “je suis musul­man” me foute en rogne et je leur répond “Moi, je suis humain”).

      D’autre part, une tenue cor­recte et descente est exigé au seins de l’E­PLE (étab­lisse­ment pub­lic locaux d’en­seigne­ment. Il y aus­si une ques­tion de sécu­rité : ni voile, ni masques ou autres élé­ments cachant le vis­age.

      De plus, c’est aus­si une ques­tion de respect de soi et d’autrui :

      “L’étab­lisse­ment est une com­mu­nauté humaine à voca­tion péd­a­gogique et éduca­tive où cha­cun doit témoign­er une atti­tude tolérante et respectueuse de la per­son­nal­ité d’autrui et de ses con­vic­tions. Aucune per­son­ne ne peut, en appli­ca­tion de la loi n° 2010–1192 du 11 octo­bre 2010 inter­dis­ant la dis­sim­u­la­tion du vis­age dans l’e­space pub­lic, porter une tenue des­tinée à dis­simuler son vis­age dans l’en­ceinte de l’étab­lisse­ment sco­laire. En tant que de besoin, l’ap­pli­ca­tion de cette loi peut être rap­pelée lors de la réu­nion de ren­trée avec les par­ents d’élèves ci-après men­tion­née.
      Le règle­ment intérieur doit égale­ment rap­pel­er l’in­ter­dic­tion du port de signes ou tenues par lesquels les élèves man­i­fes­tent osten­si­ble­ment une appar­te­nance religieuse énon­cée à l’ar­ti­cle L. 141–5‑1 du code de l’É­d­u­ca­tion et les modal­ités et objec­tifs du dia­logue à entamer en cas de non-respect de cette oblig­a­tion.
      Le respect de l’autre et de tous les per­son­nels, la politesse, sont autant d’oblig­a­tions inscrites au règle­ment intérieur.
      Il en est de même pour toutes les formes de dis­crim­i­na­tions qui por­tent atteinte à la dig­nité de la per­son­ne. Le refus de tout pro­pos ou com­porte­ment à car­ac­tère raciste, anti­sémite, xéno­phobe, sex­iste et homo­phobe ou réduisant l’autre à une apparence physique ou à un hand­i­cap néces­site d’être explic­ité dans le règle­ment intérieur.”

      => http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=57068

      Bien que la com­mu­ni­ca­tion poli­tique et médi­a­tiques sont des plus nulles surtout depuis Najat Val­laud-Belka­cem en tant que min­istre de l’é­d­u­ca­tion nationale qui n’a aucun tal­ent dans cette fonc­tion con­traire­ment à ses deux prédécesseurs (Peil­lon et Hamon), les textes offi­ciels sont des plus clairs pour un non juriste, les par­ents et les élèves. Mais, par sa com­mu­ni­ca­tion cette imbé­cile a fait capot­er l’ABCD de l’é­gal­ité de Peil­lon bien qui lui est dans la lignée des human­istes. En effet, on sait que le post-struc­tural­isme (Judith But­ler et cie) dont épouse Madame la Min­istre sont anti-human­istes puisque pour eux les diver­sités his­toriques et bio-psy­cho-soci­ologique doivent dis­paraître. Ca ne les empêche pas de créer un com­mu­nau­tarisme des gen­res par des lob­by­ings pro­to-fas­cistes.

      D’autre part la reli­gion n’est pas un par­tic­u­lar­isme mais un colo­nial­isme de l’e­sprit et du corps. En tant que tel, la reli­gion doit-être aboli. En tant que tel les gauchistes sont com­plices du colo­nial­isme et du ter­ror­isme sur les peu­ples. En tant que tel, le gauchisme est dan­gereux. Il est donc à abolir et non à soutenir sous pré­texte qu’ils sont empathiques et bien­veil­lants. Mère Tere­sa l’é­tait aus­si. Elle a été une véri­ta­ble sadique.

    2. “D’autre part la reli­gion n’est pas un par­tic­u­lar­isme mais un colo­nial­isme de l’e­sprit et du corps. En tant que tel, la reli­gion doit-être aboli.”

      Je ne rejette pas cette idée, mais je me demande si la loi de 2004 était vrai­ment une bonne manière de com­bat­tre la reli­gion. La pro­mo­tion de la sci­ence et de la ratio­nal­ité est une manière qui me sem­ble beau­coup plus saine de traiter le même prob­lème (évidem­ment, ce n’est pas for­cé­ment exclusif, mais c’est juste pour soulign­er le fait que les gens qui sont con­tre la loi de 2004 n’ont pas néces­saire­ment renon­cé à com­bat­tre la reli­gion).

      Par ailleurs, la mode est aus­si un “colo­nial­isme de l’e­sprit”. Pour­tant per­son­ne ne pense à inter­dire le port de vête­ments de mar­que. S’il fal­lait sévir par l’in­ter­dic­tion à tout signe d’asservisse­ment de l’e­sprit on n’en fini­rait pas.

    3. Ca per­met en tout cas de remet­tre en avant des principes répub­li­cains que les religieux ont voulu détru­ire sous cou­vert de bonne Foi. Dans les années 90 jusqu’à la loi Stasi en 2004, il y eu un flou juridique. Les prosé­lytes en ont prof­ité dans les milieux asso­ci­at­ifs. Les chefs d’étab­lisse­ment étaient per­dus dans le débat politi­co-médi­a­tique : voile or not voile ? Le rap­port Stasi comble le vide. Ce n’est pas un mal.

      Cepen­dant, les pou­voirs religieux à tra­vers les asso­ci­a­tions (que l’on retrou­vera dans les mou­ve­ments con­tre la loi sur le mariage et l’ABCD de l’é­gal­ité) trou­vent cette loi trop dur. La Pape s’en est même mêlé appelant à met­tre des cru­ci­fix dans tous les lieux publics. Alors, le prési­dent améri­canophile Sarkosy, pour sat­is­faire les créa­tion­nistes, a fait sa “laïc­ité pos­i­tive” qui est une porte ouverte plus grande aux spir­i­tu­al­istes dans les insti­tu­tions dont à l’é­cole et dans la recherche. Il y eu une appari­tion des livres pseu­do-sci­en­tifique dans les rayons sci­ences des librairies et dans les rayons des mag­a­zines pour sci­ence. Plus de 10 000 livres de l’At­las sur la créa­tion sont arrivés dans les écoles sans qu’au­cun médias n’en par­le et aucun poli­tique s’en offusque. Je rap­pelle le raf­fut de Cope et des médias suite à la décou­vre d’un mal­heureux livre de nu dans un col­lège de France. “Le pro­gramme sur les faits religieux” est aus­si un entrisme de la reli­gion à l’é­cole comme le dénonce aus­si cer­tains chercheurs. Cope a aus­si fait le raf­fut avec les créa­tion­nistes con­tre “le genre” dans le pro­gramme des Pre­mière. Dar­win et la théorie de l’évo­lu­tion sont aus­si pris à par­ti dans le cours de biolo­gie lorsqu’ils abor­dent cette con­nais­sance en lycée.

      La morale laïque de Peil­lon revient aux fon­da­men­taux de la république con­tre l’an­cien régime. Elle s’in­spire de Fer­di­nand Buis­son. Ce n’est pas encore la mise en avant de la laïc­ité de 1905 mais ça se rap­proche con­traire­ment à la con­cep­tion anti-laïque de Sarkosy. La morale laïque est détestée par les créa­tion­nistes (Gauchiste, FN, UMP..) car elle tape du poing sur la table. Il n’y a pas de com­pro­mis à la laïc­ité bien que trop tolérant à mon goût. Pas si mou que ça le Peil­lon. Même ça reste totale­ment idéal­iste comme on le con­state dans la pra­tique avec la charte de la laïc­ité tel les 10 com­man­de­ments. L’in­spi­ra­teur de Peil­lon, Fer­di­nand Buis­son a une vision religieuse de la laïc­ité et de la république. Il est vrai aus­si qu’en France la République, ses sym­bol­es (mairie, Mar­i­anne…) et les droits indi­vidu­els (mariage/​divorce…) ont sub­sti­tué l’an­cien régime, ses sym­bol­es (église, croix…)et son droit divin. La droite reste dans le con­ser­vatisme d’an­cien régime à la Adolphe Thi­er tan­dis que le PS reste dans un con­ser­vatisme idéal répub­li­cain. Ca reste enfer­mer dans l’ab­strait comme les droits de l’homme et du citoyen et non dans le con­cret réel avec ses dis­par­ités bio-psy­cho-soci­ologique. Peil­lon reste dans cet idéal­isme. C’est ce que reproche Hen­ri Pena Ruiz à la morale laïque :

      “Il faut pren­dre les choses de façon plus matéri­al­iste, au sens philosophique du terme : il faut réin­tro­duire de la jus­tice sociale dans les rap­ports socio-économiques. Il ne faudrait pas que les social­istes fassent du socié­tal pour éviter de faire du social. Sinon, la morale qu’ils voudraient enseign­er serait une sorte de “mora­line” asep­tisée et mys­ti­fiée.”

      => http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/henri-pena-ruiz-question-morale-d-licate-306181

    4. Ain­si, pour com­bat­tre le religieux : une philoso­phie com­plexe matéri­al­iste, l’e­sprit cri­tique soit la cri­tique de l’e­sprit sur une base dialec­tique (Hegel et sa lignée sci­en­tifique) et une idéolo­gie human­iste que je nomme com­mu­nisme indi­vid­u­ant basée sur l’in­ter­péné­tra­tion des théories d’Alexan­dre Zinoviev (sphère com­mu­nau­taire et nou­velle utopie) et de Karl Marx (sphère pro­fes­sion­nelle éman­cipée et citoyen­neté de l’homme dans sa dis­par­ité bio-psy­cho-soci­ologique).

      La reli­gion peut-être vue comme un bon sens. Elle s’a­mal­game de ce fait à la cul­ture. Par exem­ple, les inter­dits ali­men­taires, l’exsan­guina­tion, la cir­con­ci­sions et autres modes opéra­toires d’hy­giène et de vie ont une util­ité dans les milieux déser­tiques sans eaux et avec de moyen de con­ser­va­tion. Les chas­seurs cueilleurs pra­tiquent l’exsan­guina­tion lorsque la chas­se per­dure sur plusieurs jour, la cir­con­ci­sion a été pra­tiqué sous l’E­gypte antique et je ne par­le pas des fêtes en lien avec les récoltes… . Ce sont des com­porte­ments liés à un milieu. Or, aujour­d’hui ça a per­du son car­ac­tère d’u­til­ité (néces­saire). La reli­gion n’est pas la cul­ture. Mais, les dogmes per­pétuent un mode de vie qui n’est plus adap­té à la con­fig­u­ra­tion socio-his­torique actuelle. Les religieux ont figé un mode de vie pour tout lieux et pour tout temps. Le pou­voir religieux et ses sym­bol­es n’ont rien de pro­gres­siste mais de fix­iste. Ce n’est pas la moder­nité qui fait le pro­gres­sisme comme on le con­state en Iran, chez les Tal­ibans et les ter­ror­istes. L’idéolo­gie du pro­grès et tra­di­tion­al­isme ne s’ac­com­mod­ent par­faite­ment mais tout pro­gres­sisme volon­taire ou involon­taire (Ave­o­res) est exclu.

      D’autre part, La mar­que n’est pas un moyen d’asservisse­ment con­traire­ment aux signes religieux monothéistes mais un moyen de pro­tec­tion con­tre la con­tre­façon. C’est un garant de qual­ité et même de sécu­rité. Ce n’est pas la mar­que qui doit être aboli mais le privé de la pro­priété des moyens de pro­duc­tion et de ser­vice. Ain­si, pour com­bat­tre l’al­ié­na­tion de ce Privé : élar­gisse­ment de la laïc­ité soit sépa­ra­tion du cap­i­tal et de l’é­tat comme il y eu sépa­ra­tion de l’église et de l’é­tat en 1905 ; et sépa­ra­tion du pou­voir moné­taire comme il y eu sépa­ra­tion des trois pou­voirs ; puis abo­li­tion du cap­i­tal comme il y eu abo­li­tion de l’esclavage en 1848, et démoc­ra­ti­sa­tion des milieux de pro­duc­tions et de ser­vices par suf­frage uni­versel ; Et dis­tri­b­u­tion des poten­tiels humains par éval­u­a­tion du tal­ent et des intel­li­gences (Rap­port Langevin-Wal­lon, Théorie sur les tal­ents d’Yves Richez). Tout un pro­gramme !

    5. Hel­lo Christophe,

      Désolé de fuir un peu tes deux ques­tions. Je suis d’ac­cord avec toi je ne com­prends pas tou­jours bien les enjeux autour de ces polémiques. La seule chose que je peux t’of­frir est ma mai­gre expéri­ence d’en­seigne­ment à Nan­terre (un poil dif­férente d’une uni­ver­sité ency­clopédique). La moitié (un peu plus à vu de nez) sur une quar­an­taine d’é­tu­di­antes por­taient un voile. Cela ne m’a pas trop dérangé car nos étu­di­ants sont majeurs, j’es­time donc qu’ils sont assez respon­s­ables pour toutes sortes d’in­flu­ences. C’est je crois une dif­férence impor­tante avec un lycée que tu n’évo­ques pas. Les élèves dans un lycée ne le sont pas, ce ne sont pas des adultes (si l’on en croit nos lois et nos cou­tumes). Si je devais utilis­er un angle d’at­taque c’est celui-ci que j’u­tilis­erais. Je me trompe peut être mais je crois que le débat est plus de savoir à par­tir de quand un groupe estime qu’un mem­bre peut être influ­encer par autre chose que sa “classe dom­i­nante”. Vraisem­blable­ment tout le monde n’est pas d’ac­cord avec cette réponse.

  2. Bon­jour à tous

    En préam­bule, Olivi­er, je crois qu’­ef­fec­tive­ment, les enjeux t’échap­pent (mais en quoi serais-je d’ac­cord avec cela, mys­tère !). Si la moitié de tes étudiant(e)s por­tait un badge “Vive l’a­partheid”, cela ne t’au­rait-il pas non plus dérangé au motif qu’ils (elles) sont adultes et respon­s­ables ? Quant à l’in­ter­venant qui écrit que la loi a été faite « pour com­bat­tre la reli­gion », il se trompe à tous points de vue. Je ne développe pas davan­tage, car je voudrais répon­dre à Arthur l’anonyme (il s’est dénon­cé sur Face­book) qui a engagé le dia­logue suite à mes deux ques­tions.

    Ques­tion 1 : d’une part, en réal­ité, vous ne répon­dez pas à ma ques­tion, qui était je le rap­pelle : pourquoi penser que l’au­tori­sa­tion du voile à l’é­cole favoris­erait son recul, alors que ses pro­mo­teurs pensent que cela per­me­t­trait son avancée ? En par­lant d’or­gan­i­sa­tions islamistes pris­on­nières, en quelque sorte, de leur base, vous bot­tez en touche… tout en sup­posant implicite­ment que ces organ­i­sa­tions pour­raient ain­si accepter de défendre, sous la pres­sion de leurs pro­pres par­ti­sans, une poli­tique con­traire à leurs intérêts ! Je ne crois pas qu’on puisse envis­ager sérieuse­ment une telle hypothèse. Factuelle­ment, d’ailleurs, vous dites que ces organ­i­sa­tions con­cernées n’ont font que réa­gir à la loi ; mais c’est racon­ter les choses à l’en­vers : ce sont elles (plus exacte­ment, cer­taines d’en­tre elles) qui sont passées à l’of­fen­sive sur cette ques­tion alors que la loi n’ex­is­tait pas, et celle-ci a pré­cisé­ment été votée pour faire pièce à cette offen­sive. Je ter­min­erai par un point essen­tiel : par­ler de « lib­erté religieuse » à pro­pos de cette affaire, c’est à peu près aus­si juste que de par­ler de la « lib­erté de con­science » à pro­pos des chré­tiens inté­gristes qui mili­tent con­tre l’a­vorte­ment, au besoin par des pres­sions physiques con­tre les médecins qui le pra­tiquent. Et c’est con­fon­dre du même coup les musul­mans en général avec les islamistes en par­ti­c­uli­er, ce qui est le meilleur ser­vice que l’on puisse ren­dre aux sec­onds.

    En ce qui con­cerne le sec­ond point, ain­si que l’écrit Sébastien Lemoine, les tee-shirt « A » ou Che Gue­vara sont tolérés parce qu’ils ne sont pas con­sid­érés, à tort ou à rai­son, comme trop explicite­ment poli­tiques. Mais un élève qui entr­erait au lycée avec un tee-shirt « Lutte Ouvrière », ou « Votez Nathalie Arthaud » se heurterait rapi­de­ment à la réac­tion de l’ad­min­is­tra­tion. Or, le voile des islamistes n’est pas un dra­peau poli­tique moins explicite qu’un tel tee-shirt, même s’il se présente sous le masque religieux.

    Pour ter­min­er, en plus des inter­views de Séré­nade Chafiq, je ne saurais trop recom­man­der la lec­ture d’un petit texte rédigé par un de mes cama­rades, qui était au cœur des événe­ments d’Aubervil­liers en 2003 et les a vécus en pre­mière ligne. On voit sur pièces ce qu’il en est de la manière dont les islamistes dévelop­pent leur influ­ence, ain­si que de la manière dont nom­bre de mil­i­tants de gauche ou d’ex­trême-gauche, par pusil­la­nim­ité, par aveu­gle­ment ou par dém­a­gogie, ont refusé de men­er le com­bat… quand ils ne s’en sont pas franche­ment fait les com­plices.

    1. “Or, le voile des islamistes n’est pas un dra­peau poli­tique moins explicite qu’un tel tee-shirt, même s’il se présente sous le masque religieux.”

      Finale­ment, tout est là : vous faites du voile un “voile des islamistes”, plutôt que des “musul­man-e‑s”, ce qui est com­mode pour en faire un sym­bole poli­tique plutôt que sim­ple­ment religieux. Je suis d’ac­cord avec la réponse d’Anonyme à la ques­tion 2, et je trou­ve donc que vous-même répon­dez mal à sa réponse.

  3. Le voile est devenu bien vite un “signe d’a­partheid”, une étoile juive ? Il y a je crois une dis­tinc­tion entre un signe religieux et l’apartheid. Mes étu­di­antes étaient aus­si studieuses/​flemmardes avec où sans voile et avaient le même traite­ment dans la salle de cours. Elles auraient porté un T‑shirt “Nico­las Sarkozy est hon­nête” ou “Brice Hort­e­feux est human­iste” ne m’au­rait pas plus dérangé (même si ça m’au­rait fait sourire).

    Je vais me per­me­t­tre de te bous­culer un peu, vu que tu fais un bon 30 cm de plus que moi en répon­dant naive­ment à tes ques­tions.
    La pre­mière : Aucun intérêt, les deux groupes peu­vent très bien penser ce qu’ils veu­lent ils sont dans l’u­til­i­sa­tion du buzz tout les deux. Le fait de le déclamer ren­force juste le coté per­for­matif. Les his­to­riens trancheront plus tard et on pour­ra répon­dre à la vrai ques­tion “l’in­ter­dic­tion a t elle ou pas favorisé le voile?” quand on aura des don­nées et le recul néces­saire. Une loi peut très bien allé dans les deux sens, elle peut favoris­er le recul du voile et son aug­men­ta­tion en même temps. On a, en envi­ron­nement, de nom­breux exem­ples.

    ques­tion 2 : Donnes des noms d’or­gan­i­sa­tions ça sera plus limpi­de, là je ne peux que ten­ter de devin­er. Pion pen­dant un cer­tain nom­bre d’an­née dans des lycées poli­tisés j’ai pu voir un paquet de T shirt de tous bord poli­tique et la réac­tion de l’ ”admin­is­tra­tion” était plutôt de ne pas faire bruit ou de vague. J’ai même eu un élève qui se récla­mait “néo nazi” (avec tout l’attirail faf), l’ad­min­is­tra­tion a bougé (en ostracisant l’élève : “ne pas lui par­ler”, “ne dis­cutez pas avec lui”) après qu’une arme à feu (petit pis­to­let) est été trou­vée dans son casi­er.
    Ce que tu regrettes c’est que les mil­i­tants d’extrême gauche ne soit plus autant act­if dans les lycées.

    1. Décidé­ment (car ce n’est pas la pre­mière fois), on a du mal à se com­pren­dre…

      Le voile n’est pas « devenu » un signe d’a­partheid : il l’a tou­jours été ! C’est son fonde­ment et sa rai­son d’être : proclamer le néces­saire « développe­ment séparé » des sex­es. Après, que les indi­vidus qui le por­tent soient atten­tifs, dis­sipés, souri­ants ou ren­frognés n’a aucune espèce d’im­por­tance pour la dis­cus­sion en cours.

      Ensuite, tu adoptes la posi­tion du moine (par­don, de l’his­to­rien) con­tem­platif, en dis­ant qu’on saura (ou pas) dans un siè­cle quel effet a pu avoir telle ou telle loi. Loin de moi de nier l’u­til­ité des his­to­riens, mais en l’oc­cur­rence, il y a un com­bat à men­er (ce que tu ne perçois pas, d’où ton point de vue de Sir­ius) et pour cela, des déci­sions à pren­dre dès aujour­d’hui. Voilà pourquoi mes ques­tions s’adres­saient à des gens con­va­in­cus que le voile et ce qu’il véhicule doit être com­bat­tu, et non à ceux qui ne veu­lent pas voir qu’il s’ag­it d’une oppres­sion (sans doute parce qu’ils savent au fond d’eux-mêmes qu’ils n’en seront jamais per­son­nelle­ment vic­times).

      Pour ce qui est des noms d’or­gan­i­sa­tion, je ne com­prends pas la ques­tion, et non, mon prob­lème n’est pas de regret­ter le manque d’in­flu­ence de l’ex­trême-gauche dans les lycées (même si je le regrette, là comme ailleurs). Ce que je pointais est l’u­til­i­sa­tion que fait toute une par­tie de l’ex­trême-gauche des forces dont elle dis­pose, à savoir les met­tre avec abné­ga­tion au ser­vice de ses enne­mis mor­tels, en étant en plus béate de sat­is­fac­tion du devoir accom­pli.

  4. C’est l’intérêt du web j’imag­ine (de ne pas ce com­pren­dre), ou alors nous ne sommes pas d’ac­cord !

    L’a­partheid, pour moi, est une ségré­ga­tion basée sur des sup­posées races de per­son­nes sous pré­textes d’o­rig­ines et de couleurs de peaux dif­férentes. Sous ce régime poli­tique les per­son­nes n’avaient pas les mêmes droits, ne pou­vaient pas vivre aux mêmes endroits ni, nor­male­ment, avoir de rela­tions (entre autres).
    Le voile est sûre­ment un signe de dis­crim­i­na­tion, de dom­i­na­tion bref une forme d’in­ter­ven­tion poli­tique mais ce n’est pas un “apartheid”. Les per­son­nes voilées ont (encore ?) les mêmes droits et ne sont pas séparées (mis à part). Je suis d’ac­cord avec toi c’est égale­ment un « développe­ment séparé » basé sur le sexe de la per­son­ne mais il est con­tigu et on ne fait pas encore des vil­lages de femmes voilées.

    Men­er un com­bat aujour­d’hui néces­site à mon avis deux choses. La pre­mière est d’avoir des argu­ment basés sur des faits et des don­nées per­me­t­tant de répon­dre à la ques­tion. Que l’on soit his­to­rien, écon­o­miste ou quoi que ce soit ce récla­mant d’une ratio­nal­ité quel­conque (pour l’é­conomie j’ai tou­jours des doutes :)) c’est indis­pens­able. L’autre pos­si­bil­ité est de se baser sur des principes, juge­ments moraux, visions poli­tiques pour affirmer un pacte com­mun. Dans ce cas il est évi­dent que tu ne pour­ras pas dire “j’ai rai­son” mais juste “c’est ce que je nous souhaite”. Je vais forcer le trait, comme ça on pour­ra au moins con­clure au désac­cord, on pour­ra affirmer “en accord avec ma croy­ance dans des idées pro­gres­sistes l’in­ter­dic­tion du voile dans les étab­lisse­ments sco­laires est un bon moyen de lut­ter con­tre un dogme adverse” mais seul les don­nées per­me­t­tront de dire qui est dans l’er­reur (le dogme adverse à pro­gress­er ou pas).

    Si tu as rai­son, j’imag­ine que tu as rai­son et que je me voile la face aveuglé par mon absence d’empathie 🙂
    Nous sommes cepen­dant presque d’ac­cord sur un point, je ne com­prends pas comme toi et je l’ai déjà dit, pourquoi l’extrême gauche se focalise sur ces ques­tions. Le voile est (dans mon aveu­gle­ment) pour moi plus un symp­tôme que le prob­lème, sans propo­si­tion de réponse à ce dernier c’est une bien mau­vaise médecine (sans en plus la fig­ure d’au­torité en blouse blanche).

    1. Je rap­pelle que j’avais pré­cisé au début de mon texte que « les deux ques­tions qui suiv­ent s’adressent spé­ci­fique­ment à ceux qui se récla­ment peu ou prou des idées pro­gres­sistes (et, mieux encore, marx­istes), et qui iden­ti­fient donc dans le voile et ce qu’il incar­ne une idéolo­gie réac­tion­naire devant être com­bat­tue. » À te lire, je n’ai pas l’im­pres­sion que tu t’in­clues dans cette déf­i­ni­tion (ou alors, je te com­prends mal, ce qui est pos­si­ble).

      Cela dit, pour te répon­dre, j’avais indiqué des liens vers des textes de Séré­nade Chafiq. En voici un autre, cette fois de Merieme Helie Lucas qui, à quelques nuances près, me paraît haute­ment recom­mand­able.

    2. Puisqu’on est dans le rap­pel ma pre­mière inter­ven­tion était d’es­say­er de com­pren­dre pourquoi la loi inter­di­s­ait au collège/​lycée et pas en fac. Je pro­po­sais comme piste, basée sur mon expéri­ence, la sépa­ra­tion que l’on fait entre un mineur “influ­ençable” et un adulte “respon­s­able”. Ce qui me tarau­dait était d’es­say­er de com­pren­dre pourquoi et à par­tir de quand un groupe décidait de lim­iter l’ac­tion d’un autre.
      Si le voile est une pra­tique de dom­i­na­tion et de ségré­ga­tion c’est aus­si un sym­bole de la place accordée à une par­tie de nos conci­toyens (même “manip­ulé”) et c’est pour cela qu’il est autant util­isé. Avoir de la nuance ce n’est pas un signe de “rel­a­tivisme cul­turel”. Il peut donc aider à répon­dre à cette ques­tion : A par­tir de quand un groupe décide de laiss­er une place poli­tique même si cela va à l’encontre de ses principes ? C’est une ques­tion qui dépasse large­ment le cas du voile. Voila où j’en étais avant de devoir répon­dre à 2–3 insin­u­a­tions des plus class­es.
      Je peux cepen­dant grâce à tes inter­ven­tions apporter des élé­ments de réponse : la lim­ite est fixée par une idéolo­gie d’ini­tié per­me­t­tant de posi­tion­ner des camps et d’u­tilis­er un voca­ble mil­i­taire résumant les posi­tions à une con­fronta­tion. Je ne pense pas que tout se réglera paci­fique­ment mais je n’avais pas saisi que cela atteignait aus­si un blog.
      C’est mal­heureux mais je me vois égale­ment obligé d’af­firmer que je ne cau­tionne ni la men­ace d’enseignant, ni les agres­sions sex­uelles et qu’au cours de ma mai­gre car­rière j’ai tou­jours soutenu mes col­lègues même si nous avions des diver­gences de point de vue.

    3. Bon, on con­tin­ue à ne pas se com­pren­dre. J’ai beau relire les échanges qui précè­dent, je vois certes des échanges par­fois polémiques, mais ni allu­sions déplacées, ni insin­u­a­tions selon lesquelles tu pour­rais cau­tion­ner des men­aces d’en­seignants ou des agres­sions sex­uelles. Franche­ment, jamais une idée pareille ne m’a tra­ver­sé l’e­sprit.

      En revanche, je crois que nous avons une diver­gence pro­fonde : là où tu vois une « idéolo­gie d’ini­tié » qui cherche à « posi­tion­ner des camps », je vois pour ma part des camps bien réels, qui s’af­fron­tent dra­peau déployé. Et j’ai don­né quelques témoignages a pri­ori bien infor­més à l’ap­pui de cette ver­sion…

  5. Ok pas­sons sur les incom­préhen­sions du web et regar­dons la diver­gence pro­fonde.

    J’ai bien lu les témoignages que tu as mis en lien. Sans douter de la con­vic­tion de leurs auteurs, je reste per­plexe sur la focal­i­sa­tion sur le voile. Je ne nie pas que des jeunes filles soient embri­gadées par une extrême droite musul­mane. je ne suis pas cer­tains d’ailleurs qu’ ”extrême droite” colle bien, réac­tion­naire ou con­ser­va­teur ne col­lent cepen­dant pas bcp mieux. Ce dont je doute est plus la force de ce type de mou­ve­ment, est ce un “camp” organ­isé et homogène qui va des atten­tas au port du voile ? Je ne crois pas. L’af­fron­te­ment sonne bien trop “guerre des civil­i­sa­tions” pour moi. Inter­venir sur le voile dans les col­lèges et lycées est une chose mais c’est pour moi une réac­tion à cours terme qui ne réponds pas aux ques­tions de fonds. Il y a bien sûr les dif­fi­cultés économiques et les pres­sions qu’ex­erce notre société ultra libérale sur les indi­vidus en explosant toute struc­ture col­lec­tive mais je crois que nous échouons égale­ment à pro­pos­er une forme de croy­ance dans un avenir com­mun. Ce n’est à mon avis pas pour rien que les croy­ances insti­tu­tion­nal­isées car­ton­nent en ce moment. La place des “minorités” dans cet avenir me sem­ble, actuelle­ment, des plus som­bres. Cela me ramène à ma ques­tion com­ment laiss­er une place à des minorités ?
    Enfin, si tu rai­son et que le con­flit est inévitable, qu’elle sera le devoir des gag­nants ?

    1. Bon, on dévie quand même forte­ment par rap­port au sujet de départ… Trois remar­ques : un camp organ­isé et homogène qui va des atten­tats au port du voile, je n’ai ni pen­sé ni écrit une telle bêtise, et je ne crois pas que les gens que j’ai cités l’ai écrite non plus (j’ai la flemme de véri­fi­er). De même, que les mesures pris­es en 2004 sur le voile à l’é­cole ne pou­vaient en aucun cas régler le prob­lème de fond, je l’ai écrit moi-même dans mon bil­let – cela n’en­lève stricte­ment rien au reste du raison­nement. Last but not least, par­ler du voile (ou, plus générale­ment, de toute réac­tion religieuse) sous l’an­gle du droit, ou de la place, des minorités me paraît être une erreur pro­fonde. Le con­flit n’est pas celui des civil­i­sa­tions, mais celui du pro­grès con­tre la réac­tion (qui n’ont, ni l’un ni l’autre, ni langue, ni couleur, ni nation­al­ité) et, plus pro­fondé­ment, celui des class­es sociales. Les gens d’o­rig­ine maghrébine, par exem­ple, ont aus­si peu voca­tion “naturelle” à se ranger der­rière les islamistes et à repren­dre leurs idées à leur compte que les Français de plus longue date l’au­raient à se ranger der­rière le FN.

      Mais encore une fois, on est quand même loin du sujet ini­tial de la dis­cus­sion, et je pro­poserais bien d’en rester là… 😉

    2. Juste une ques­tion par rap­port à ta dernière réponse, mais qui me paraît pour­tant touch­er un pré­sup­posé essen­tiel de tout ton texte et de tes ques­tions :
      Pourquoi “le voile” serait-il, par déf­i­ni­tion, une “réac­tion”? Est-ce que ce ne serait pas là une manière d’essen­tialis­er une pra­tique sociale qui revêt divers­es sig­ni­fi­ca­tions selon qui en sont les acteurs, et le con­texte socio-his­torique dans lequel elle s’in­scrit ? Au-delà des com­para­isons de franche­ment mau­vais goût avec l’ap­partheid, pour com­mencer par analyser un fait social, faut pas oubli­er que des soci­o­logues (comme Bour­dieu), met­taient en garde con­tre toute ten­ta­tive de réduc­tion d’un fait social à une déf­i­ni­tion pré­cise, une essence (un autre mot pour dire Nature).
      En out­re, je me demande notam­ment si ta per­cep­tion de la chose, qui est plus ou moins un dérivé du dis­cours dom­i­nant qu’on enten­dra dans les médias et autres poli­tiques, ne s’in­scrit pas, elle aus­si, dans un con­texte de pen­sée post­colo­nial, au sein duquel tous les élé­ments issus de pop­u­la­tions autres que les blancs européens seraient ren­voyés à des obscuren­tismes bar­bares et arriérés, aux­quels nous, “civil­isés” occi­den­taux, devront y apporter les lumières du pro­grès, de la lib­erté, et de l’é­man­ci­pa­tion fémi­nine (dont bien sûr, nous pen­sons avoir le mono­pole).
      (ce qui, pour cette dernière, con­tribue à occul­ter le fait que les blancs occi­den­taux n’ont accédé à une forme réelle d’ ”éman­ci­pa­tion fémi­nine” il y a à peine un demi siè­cle).

      Pour finir, je ne vais pas directe­ment répon­dre à tes ques­tions, tant les pré­sup­posés qui les sou­ti­en­nent me sem­blent con­testa­bles (si ce n’est vio­lents).
      Cepen­dant, je peux quand même t’aigu­iller sur quelques élé­ments bib­li­ographiques qui pour­ront y apporter des élé­ments de répons­es, et à te faire pren­dre des dis­tances avec le dis­cours dom­i­nant actuel :
      Les fémin­istes blanch­es et l’empire, Félix Bog­gio Ewan­jé-Epée ;
      Les fémin­istes et le garçon arabe, Naci­ra Guénif-Souil­a­mas et Éric Macé ;
      Mis­sion civil­isatrice
      Le rôle de l’histoire colo­niale dans la con­struc­tion de l’identité poli­tique française, Dino COSTANTINI

    3. Rap­pel : « les deux ques­tions qui suiv­ent s’adressent spé­ci­fique­ment à ceux qui se récla­ment peu ou prou des idées pro­gres­sistes (et, mieux encore, marx­istes), et qui iden­ti­fient donc dans le voile et ce qu’il incar­ne une idéolo­gie réac­tion­naire devant être com­bat­tue. ». Pour le reste, si ta bous­sole indique le sud et que tu es per­suadé qu’elle est juste, ain­si soit-il.

    4. Certes, mais comme le texte est aus­si adressé aux sus­nom­més “pro­gres­sistes” qui “com­bat­tent” la loi de 2004, je ne me con­sid­ère pas comme hors-champs. Je tiens juste, dans le but d’une dis­cus­sion (j’ai cru com­pren­dre que cet arti­cle, sous forme de ques­tions, était fait pour engager le débat, à moins que je ne me trompe?), à ce que soit inter­rogée la légitim­ité de ta déf­i­ni­tion du pro­gres­sisme. Juste his­toire de savoir d’où on part dans l’in­ter­ro­ga­tion.
      Au pas­sage, je trou­ve assez amu­sant ta référence au “marx­isme”: le marx­isme est bien un par­a­digme de recherche et une idéolo­gie poli­tique par lesquelles la ques­tion sociale prime dans l’analyse et sur toute autre con­sid­éra­tion. Ce qui ne me sem­ble pas être le cas ici : si nous ne sommes pas dans des con­sid­éra­tions morales et idéologiques, il s’ag­it tout au moins d’un glisse­ment de la ques­tion sociale à la ques­tion dite “socié­tale” (ce qui per­met évidem­ment d’ex­clure d’emblée tout argu­ment d’op­pres­sion de classe, et de con­struc­tion socio-his­torique des idées).

    5. Sérieux ? Tu ne com­prends vrai­ment pas ce que sig­ni­fie le mot « et » dans une con­di­tion, et la dif­férence avec un « ou » ?

      Je mets donc la troisième couche en majus­cules : « les deux ques­tions qui suiv­ent s’adressent spé­ci­fique­ment à ceux qui se récla­ment peu ou prou des idées pro­gres­sistes (et, mieux encore, marx­istes), ET QUI IDENTIFIENT DONC DANS LE VOILE ET CE QU’IL INCARNE UNE IDÉOLOGIE RÉACTIONNAIRE DEVANT ÊTRE COMBATTUE. »

      Ayé ?

    6. ouch, je m’ab­sente un peu du cybere­space pour le retrou­ver égale à lui même : un poil chao­tique.

      C’est bien sur ton raison­nement que nous sommes en désac­cord, je ne com­prends tou­jours pas pourquoi cette focal­i­sa­tion sur le voile. Si on se con­cen­tre sur des représen­tants de “l’extrême droite musul­mane” (et pas par exem­ple mes étu­di­antes avec leur T shirt “BLM pour la droite, cool!”) cela me parait bien plus sage. Je con­fonds pe reli­gion et croy­ance mais je doute que tout signe de croy­ance soit néces­saire­ment négatif.
      Nous avons déjà pas mal dis­cuté du pro­grès et tu con­nais mon point de vue, je doute qu’il n’y ai qu’un chemin et pos­si­ble qu’une “réac­tion” soit un pro­grès, par con­tre j’e­spère bien que l’on puisse amélior­er un peu notre sort et ceux de nos conci­toyens. Beau­coup de choses ont été faites au nom du pro­grès et je trou­ve que ces choses por­tent plus le nom de “civil­i­sa­tion”. Je reste à con­va­in­cre.

      Pour Remp P. je suis inca­pable de m’a­vancer sur le débat philosophique (et j’e­spère que Christophe me par­don­nera le hors sujet) mais pourquoi la nature ne pour­rait pas exis­ter ?

  6. Non tou­jours pas ! (surtout dit comme cela!)
    Ma pre­mière ques­tion était juste­ment con­cer­nant la sec­onde par­tie de ce pro­pos. Je t’avais demandé pourquoi le “voile” serait, selon toi, une “réac­tion” (ou, ce qui me sem­ble être équiv­a­lent dans ton pro­pos, incar­n­erait néces­saire­ment “une idéolo­gie réac­tion­naire devant être com­bat­tue”).
    Aus­si, pourquoi, tou­jours selon toi, exis­terait-il un lien entre “pro­gres­sisme”, voire “marx­isme”, et essen­tial­i­sa­tion d’un fichu, sym­bol­isant plus qu’il n’est réelle­ment, c’est à dire une idéolo­gie (qui plus est “réac­tion­naire”). Ce lien me ques­tionne, d’au­tant plus que tu as l’air de le con­sid­ér­er comme allant de soi.

    1. Bon, à tir groupé, réponse groupée (à toi et à Olivi­er)

      Pour com­mencer, sur la forme. Au risque de paraître un tan­ti­net rigide, je suis désolé, mais c’est mon blog, et j’y dis­cute de ce dont j’ai envie de dis­cuter, a for­tiori quand je fixe d’emblée le cadre du débat. Avec ce bil­let, j’ai voulu engager la dis­cus­sion sur un cer­tain ter­rain, avec deux argu­ments pré­cis ; ces argu­ments s’adres­saient à des gens qui par­taient, en par­tie au moins, des mêmes pré­sup­posés que moi et, je le répète, je l’avais explicite­ment souligné dès le départ. Alors, encore une fois désolé, mais si j’avais voulu dis­cuter des raisons pour lesquelles le voile doit être com­bat­tu, je l’au­rais dit, et j’au­rais écrit un autre bil­let.

      Et puis, sur le fond, que voulez-vous que je vous dise ? Vous savez, du moins je le sup­pose, ce que sig­ni­fie le voile dans tous les régimes où il est imposé. Vous savez, du moins je le sup­pose, de quel pro­gramme poli­tique social se récla­ment tous les courants qui le prô­nent. Et cela ne vous con­va­inc de rien ! Alors, ce ne sont pas mes quelques argu­ments, ni les témoignages que je pour­rais citer qui pour­raient le faire – au demeu­rant, ces argu­ments et ces témoignages fig­urent déjà dans le bil­let d’o­rig­ine, mais vous y êtes imper­méables.

      Je con­clu­rai en dis­ant qu’avoir ces dis­cus­sions presque un siè­cle après le geste admirable de Huda Sharawi sus­cite en moi une pro­fonde tristesse. Et sur ce, je vous pro­pose que nous en restions là.

    2. Je le rends les armes, on ne se com­prends pas. De mon coté, je ne sais pas qui est Remp P., je crois bien me recon­naitre dans ce que tu mets en gros (moins dans le pro­grès mais c’est surtout une ques­tion de def) et tes sup­po­si­tions sont bonnes. Là où je bloque c’est que je ne suis pas cer­tains qu’en s’at­taquant au voile tu com­battes effi­cace­ment l’idéologie réac­tion­naire qui l’in­stru­men­talise.

    3. Non, c’é­tait juste que ton dernier pro­pos me parais­sait assez péremp­toire. Je ne voulais pas te laiss­er le mot de la fin sans répons­es (puisqu’il sem­ble sug­gér­er que tu es dans le vrai et nous non)!

  7. Ah ! Le voile, le voile, le voile ! Rien de mieux (sauf peut-être la réforme de l’orthographe) pour relancer des dis­cus­sions qui inévitable­ment se ter­mi­nent par des invec­tives. Je me demande si ce n’est pas la fonc­tion même de ce thème : il n’est pas mis en avant pour réfléchir et pro­gress­er, mais au con­traire pour sus­citer incom­préhen­sions et colère dans le camp pro­gres­siste. En tous cas, c’est bien ain­si que les médias bour­geois et les politi­ciens de droite l’u­tilisent, en remet­tant de temps en temps une pièce dans la machine.
    Au “Pre­mier con­grès des peu­ples de l’Ori­ent” (Bak­ou, 1920), les délégués com­mu­nistes russ­es en appelaient à leurs “frères musul­mans” révo­lu­tion­naires des colonies. En pleine guerre civile, ils n’avaient pas pour pri­or­ité l’ob­jec­tif saugrenu de faire dis­paraître la reli­gion, ni ses signes, mais de lut­ter pour l’é­man­ci­pa­tion du genre humain. Je sup­pose que dans leur esprit, la reli­gion s’éteindrait d’elle-même quand cet objec­tif serait atteint.
    La déléguée fémin­iste turque Nad­jia, très applaudie, exige : 1) l’é­gal­ité com­plète des droits ; 2) l’é­gal­ité d’ac­cès à l’é­cole ; 3) l’é­gal­ité dans le mariage et la fin de la polyg­a­mie ; 4) l’ac­cès à tous les emplois ; 5) la créa­tion partout de comités fémin­istes. “La ques­tion du voile, dit-elle, est au dernier plan” con­traire­ment à ce que croient les “fémin­istes légères” de l’Oc­ci­dent, qui s’émeu­vent (déjà en 1920 !) pour leurs con­sœurs ori­en­tales voilées. Quant à la ques­tion de la foi religieuse, elle n’est jamais évo­quée pen­dant le Con­grès. En revanche, les clergés de toutes obé­di­ences sont dénon­cés : mol­lahs, prêtres ortho­dox­es, mis­sion­naires catholiques ou angli­cans, etc.
    Il me sem­ble que cette atti­tude assez générale des 1891 délégué.es (dont 1273 com­mu­nistes ; et dont 55 femmes) était à la fois la plus prag­ma­tique et la plus hon­nête pos­si­ble.
    Marc Guil­lau­mie.

  8. C’est vrai, Christophe. Je n’y réponds pas, parce que tes deux ques­tions con­ti­en­nent des pré­sup­posés très dis­cuta­bles. Eux ne font pas l’ob­jet d’une ques­tion (c’est le pro­pre des pré­sup­posés ! diras-tu avec bon sens) et quelle que puisse être la réponse des gens qui sont en désac­cord avec toi, cette réponse devrait, pour être per­ti­nente dans les ter­mes que tu as défi­nis, entériner au moins implicite­ment les juge­ments implicites con­tenus dans la ques­tion.
    Je suis glob­ale­ment d’ac­cord avec l’Anonyme n° 1 qui a essayé de te dire cela (ci-dessus), lui aus­si.
    Exem­ple de ce genre de ques­tions-pièges : “Com­bi­en de temps allez-vous égoïste­ment refuser de par­ticiper à la lutte de la Sci­en­tolo­gie con­tre le Sida, ce can­cer moral ?” Si je réponds que ce n’est pas une ques­tion de temps, ni d’é­goïsme, que je ne crois pas que la Sci­en­tolo­gie lutte con­tre le Sida, et que ce dernier n’a rien à voir avec le can­cer ni avec la morale, alors je suis accusé de ne pas répon­dre et de bot­ter en touche.
    Marc G.

    1. Le voile, cette chose si anodine et ce prob­lème si arti­fi­ciel qu’on se demande bien pourquoi cer­tains gou­verne­ments l’im­posent – et à quel prix pour celles qui y résis­tent ! – et pourquoi cer­tains courants cherchent à le faire admet­tre là où il est inter­dit. Décidé­ment, il n’y a pas que les marx­istes dans mon genre qui man­quent de tout sens poli­tique : les islamistes aus­si, dirait-on.
      Bon, on s’en tient là sur ce sujet ?

  9. Volon­tiers. Et je n’ai pas dit que tu man­quais de tout sens poli­tique. Je l’ai d’au­tant moins dit, que je suis tout à fait d’ac­cord avec ce que tu écris sur “Une neu­tral­ité toute rel­a­tive”, à la fin de ton autre bil­let.
    (… Et que j’ai bien ri avec “le Croque-mythèmes” et “la caserne orig­inelle”, mais là, je m’éloigne un peu du sujet).
    Ami­tiés.
    Marc G.

  10. Le débat est long en com­men­taires et on ne saurait avoir la pré­ten­tion de répon­dre à tout. Je me con­cen­tre donc sur tes ques­tions.

    1) qui a rai­son des islamistes ou des pro­gres­sistes, le port du voile à l’é­cole per­met-il de faire pro­gress­er tel ou tel courant etc. Il me sem­ble que la ques­tion est posée d’une manière franche­ment non matéri­al­iste, on sait quand-même un peu depuis la soci­olo­gie de l’é­cole et de la repro­duc­tion sociale, que la poli­ti­sa­tion et l’ac­qui­si­tion des croy­ances est prin­ci­pale­ment liée au con­texte famil­ial et à des sphères de social­i­sa­tion non sco­laires. Les islamistes comme les pro­gres­sistes qui pensent que le port du voile à l’é­cole à une influ­ence déci­sive sur la dif­fu­sion de l’idéolo­gie qu’il sous-tend ont une vision pure­ment idéal­iste qui fait de l’é­cole un espace de con­ta­gion vide, ou bien sem­ble faire des femmes voilées des prosé­lytes zélées qui cherchent à embri­gad­er leurs cama­rades comme si elles étaient l’i­mam du coin. Au con­traire la dif­fu­sion de l’is­lam dans la société est prin­ci­pale­ment liée à la rup­ture entre le mou­ve­ment ouvri­er et les quartiers, la crise de sub­jec­tiv­ité de la classe con­séc­u­tive aux divi­sions raciales qui se relan­cent avec le néo-libéral­isme et où sous Mit­ter­rand et Mau­roy on com­mence à divis­er et décrédi­bilis­er des grèves en pointant le musul­man. C’est la demis­sion de l’ex­trême-gauche et la com­plic­ité des bureau­craties syn­di­cales, poli­tiques, au chau­vin­isme qui sont respon­s­ables du vide poli­tique et social que l’is­lam à comblé pour autant d’op­primés. À ta pre­mière ques­tion, je réponds donc que la solu­tion n’est pas à l’é­cole et que peut importe qui des pro­gres­sistes ou des islamistes pensent y gag­n­er le bras de fer, elle est mal posée.

    1. 2) De même, évidem­ment les islamistes ont un com­bat biaisé de la loi et ne peu­vent être les alliés de com­mu­nistes quand ils ont un pro­jet fon­cière­ment sex­iste et obscu­ran­tiste. Mais la ques­tion se retourne : au nom de quoi si nous mili­tons con­tre un Etat cap­i­tal­iste, qui inter­dit l’ex­pres­sion de nos idées poli­tiques dans les écoles, trou­ve­ri­ons nous légitime qu’il puisse dire à ces femmes et ces croy­ants qui a sa place et qui doit s’ha­biller com­ment ? Retournons la ques­tion jusqu’au bout, si (comme tu le rap­pelle très bien) la loi est celle d’une classe qui est par­ti­c­ulière­ment ravie de s’ap­puy­er sur le pré­texte de la laïc­ité pour y faire pass­er tout son racisme, et que par ailleurs cet Etat est celui qui repro­duit quo­ti­di­en­nement la divi­sion sex­uelle du tra­vail, com­ment en tant que com­mu­niste con­va­in­cu peut on dire que son action est pro­gres­siste ? Com­ment ne pas voir que cette loi est un out­il pour mar­quer les familles de quarti­er, faire ren­tr­er les jeunes dans le rang ? Com­ment des com­mu­nistes con­va­in­cus qui mili­tent pour la libre expres­sion à l’é­cole, la trou­ve tout à coup légitime à la lim­iter pour stig­ma­tis­er et un inter­dire un courant religieux, dont on sait qu’il est répan­du dans les franges les plus pré­caires et mal organ­isé-es de la classe tra­vailleuse ?

    2. Je suis navrée de te citer mais il me sem­ble que l’ac­cu­sa­tion se retourne : « La seule réponse qui me paraît recev­able en l’é­tat est : parce que les mil­i­tants de ces organ­i­sa­tions, quelle que soit la manière dont ils se représen­tent sub­jec­tive­ment les choses, respectent de fait davan­tage les idées de cer­tains de leurs adver­saires que celles qui sont cen­sées être les leurs… quand ils ne con­fondent pas pure­ment et sim­ple­ment les deux, ce qui est l’aboutisse­ment ultime d’une démarche qu’on appelait jadis le suiv­isme. »

      Alors évidem­ment l’é­man­ci­pa­tion des femmes ne peut pas pass­er par la voie religieuse, mais elle doit pour autant se faire en indépen­dance de l’É­tat. Et nous ne sommes en France pas (DU TOUT) dans une sit­u­a­tion où l’Is­lam est reli­gion d’É­tat. Elle est bien plutôt un stig­mate racial et une idéolo­gie qui a des atours con­tes­tataires. Mais pour en défaire l’in­flu­ence, il faudrait d’abord con­va­in­cre par les actes que les com­mu­nistes sont de meilleurs alliés pour les femmes con­tre cet État de classe, impéri­al­iste, qui crim­i­nalise l’im­mi­gra­tion pour baiss­er le prix de sa main d’oeu­vre. La pri­or­ité à mes yeux oui n’est pas le dévoile­ment mais de s’en pren­dre à la mis­ère qui pousse à croire, et donc aux bour­geois qui l’or­gan­isent, plutôt qu’à celles qui cherchent une voie pour la sup­port­er et pour s’af­firmer. Et même en les défen­dant con­tre les dis­crim­i­na­tions qu’on leur impose, en com­mençant par celles d’en haut pour obtenir éventuelle­ment la con­fi­ance suff­isante pour abor­der celles d’en bas.

      En espérant que la dis­cus­sion avance…
      Une cama­rade de RP

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