Le sexe du cerveau… et celui des rôles sociaux

Depuis quelques temps, un début de polémique sem­ble se dessin­er au sujet de l’éventuel « sexe du cerveau », c’est-à-dire de l’ex­is­tence, indépen­dam­ment de l’ap­pren­tis­sage dif­féren­cié que la société impose aux hommes et aux femmes, d’ap­ti­tudes intel­lectuelles sta­tis­tique­ment dif­férentes selon le sexe des indi­vidus.

L’au­teure la plus célèbre sur ce sujet est Cather­ine Vidal, qui a pub­lié depuis des années quan­tités de textes et s’est imposée comme une référence – moins, man­i­feste­ment, dans le domaine stricte­ment sci­en­tifique qu’auprès du grand pub­lic, ou dans dif­férentes instances plus poli­tiques. Or, ses posi­tions ont été récem­ment attaquées à plusieurs repris­es, en par­ti­c­uli­er par Nico­las Gau­vrit et Franck Ramus, deux spé­cial­istes de la cog­ni­tion. Pour faire court : ces deux chercheurs affir­ment que plusieurs études ont iden­ti­fié des dif­férences entre cerveaux mas­culins et féminins qui ne peu­vent être imputées à l’en­vi­ron­nement social (on pour­ra par exem­ple se référ­er à cet arti­cle écrit paru dans la revue de l’AFIS, Sci­ence et pseu­do-sci­ences). En niant que ces dif­férences exis­tent, Cather­ine Vidal rendrait un mau­vais ser­vice non seule­ment à la sci­ence, mais aus­si à la cause fémin­iste, car on ne saurait faire dépen­dre la néces­sité de l’é­gal­ité hommes-femmes d’une affir­ma­tion sur une réal­ité biologique (l’a­sex­u­a­tion du cerveau) qui peut être à tout moment démen­tie par de nou­velles décou­vertes (et qui, selon N. Gau­vrit et F. Ramus, l’est d’ores et déjà).

Dans la con­clu­sion de sa con­férence TEDx sur le sujet (voir la video ci-con­tre), Franck Ramus revient plus en détail sur le lien qu’il établit entre la recon­nais­sance de l’ex­is­tence de dif­férences cog­ni­tives innées et le pro­gramme fémin­iste – je retran­scris ici presque mot à mot le pas­sage con­cerné, à par­tir de 17′00″, me con­tentant de cor­riger les inévita­bles incor­rec­tions dues à l’o­ral :

Pour résumer, on a vu que les dif­férences cog­ni­tives entre les hommes et les femmes exis­tent bel et bien. Elles ne sont pas énormes, elles sont de taille mod­érée, autrement dit elles ne jus­ti­fient pas néces­saire­ment une répar­ti­tion des rôles très dif­féren­ciée entre les hommes et les femmes dans la société, mais elles sont fiables. Pour cer­taines, on peut les observ­er dès l’en­fance, voir dès la nais­sance, Par ailleurs, on com­mence à en con­naître au moins par­tielle­ment les bases cérébrales, les orig­ines hor­monales et géné­tiques.

Alors, il y a des dif­férences. Et alors ? Est-ce que cela jus­ti­fie de dis­crim­in­er les femmes à l’embauche et de les pay­er moins ? Evidem­ment non. Rien ne peut jus­ti­fi­er ces dis­crim­i­na­tions, quelles que soient les dif­férences qui peu­vent être mis­es en évi­dence. Donc, on voit bien qu’on est à côté de la plaque, en fait.

Il s’ag­it d’une con­fu­sion entre égal­ité en droit et égal­ité de fait. Quand on dit : « les êtres humains nais­sent libres et égaux en droit », on n’est pas en train d’af­firmer un fait : on est en train d’af­firmer une valeur. Et on a envie d’af­firmer cette valeur quelles que soient les obser­va­tions qu’on puisse faire, et quelles que soient les dif­férences qu’on peut observ­er entre les indi­vidus. Parce que de toutes façons, des dif­férences, il y en a partout, et il y en aura tou­jours : nous sommes tous dif­férents, et en fait, pour que nous soyons tous égaux, il faudrait non seule­ment que nous soyons tous des clones, et donc tous de même sexe, mais aus­si que nous soyons tous élevés dans des con­di­tions de lab­o­ra­tore stricte­ment à l’i­den­tique. Cela fait-il envie à quelqu’un ?
Donc, des dif­férenes, il y en a partout, et finale­ment c’est aus­si cela qui fait l’in­térêt de la vie humaine : c’est la diver­sité. Et c’est aus­si cela qui per­met d’e­spér­er que plutôt que d’avoir peur de nos dif­férences, on peut essay­er de cap­i­talis­er sur elles, et de recon­naître que nous avons des qual­ités qui peu­vent être com­plé­men­taires.

Par ailleurs, ce qui est encore plus impor­tant, c’est l’idée de jus­tice et d’équité. Ce qui est injuste, c’est de défa­voris­er une per­son­ne parce qu’on l’é­val­ue sur les qual­ités moyennes, réelles ou sup­posées, de son sexe ou du groupe auquel elle appar­tient. Cela, c’est fon­da­men­tale­ment injuste. La jus­tice, c’est sim­ple­ment d’é­val­uer les per­son­nes sur la base de leurs qual­ités indi­vidu­elles, indépen­dam­ment de leur sexe ou d’un autre groupe auquel elles aparti­en­nent.

Pour con­clure, je pense que c’est cela qu’il faut revendi­quer pour les femmes : ce n’est pas l’é­gal­ité de fait en tout point avec les hommes, c’est une égal­ité en droit, c’est la jus­tice et l’équité. 

Cette con­clu­sion me sem­ble appel­er quelques com­men­taires.

Étant don­né mon absence totale de qual­i­fi­ca­tion en biolo­gie, je ne peux que faire con­fi­ance aux études qui con­clu­ent à l’ex­is­tence de dif­férences innées entre cerveau mas­culins et féminins, et à ce que des gens comme F. Ramus en dis­ent. Au demeu­rant, j’avoue être un peu per­plexe sur la posi­tion exacte que défend Cha­ter­ine Vidal. Je ne me suis pas plongé dans le détail de ses écrits ; je ne pos­sède que son petit Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ?, aux édi­tions du Pom­mi­er, et je suis allé récem­ment l’é­couter dans une con­férence. Dans les deux cas, je ne suis pas par­venu à déter­min­er si elle niait toute sex­u­a­tion innée du cerveau (posi­tion que lui attribuent N. Gau­vrit et F. Ramus) ou si elle admet l’ex­is­tence de cette sex­u­a­tion, tout en con­tes­tant le regard sex­iste que les sci­en­tifiques, ou la société, por­tent sur elle. Une phrase, par exem­ple, tirée du petit livre sus­men­tion­né, est révéla­trice de cette ambi­gu­i­té. À pro­pos du pro­grès des con­nais­sances qu’a per­mis l’IRM, elle con­clut :

De fait, la vari­abil­ité indi­vidu­elle dépasse le plus sou­vent la vari­abil­ité entre les sex­es qui, en con­séquence, fait fig­ure d’ex­cep­tion.

Or, pour com­mencer, il n’y a pas de « con­séquence » entre les deux propo­si­tions ; quel que soit le phénomène con­sid­éré, l’am­pleur des vari­a­tions indi­vidu­elles est tout à fait indépen­dante de celle des vari­a­tions entre les groupes (ici, sex­uels). Il peut y avoir de faibles vari­a­tions indi­vidu­elles asso­ciées à une forte vari­a­tion entre groupes, de fortes vari­a­tions indi­vidu­elles et une faible vari­a­tion entre groupe, de faibles ou de fortes vari­a­tions à la fois entre indi­vidus et entre groupes : toutes les con­fig­u­ra­tions sont pos­si­bles. Ensuite, cette phrase peut être lue comme la recon­nais­sance – à demi-mot et avec une bonne dose de lim­ites, mais la recon­nais­sance tout de même – de la réal­ité des vari­a­tions entre sex­es. Quoi qu’il en soit, si ce point est impor­tant dans une dis­cus­sion avec Cather­ine Vidal, il n’est pas essen­tiel à la dis­cus­sion sci­en­tifique en tant que telle.

Les con­clu­sions de Franck Ramus me parais­sent plus prob­lè­ma­tiques, en revanche, lorsqu’elles trait­ent du lien entre dif­férences sex­uelles biologiques (que, dans la suite du raison­nement, je sup­poserai établies) et reven­di­ca­tions fémin­istes.

Un élé­ment de con­fu­sion est intro­duit par l’u­til­i­sa­tion sys­té­ma­tique du terme d’é­gal­ité, là où celui d’i­den­tité serait plus juste. Cette con­fu­sion est, il est vrai, aus­si courante qu’an­ci­enne. Il n’empêche : dire que pour que nous soyons égaux, il faudrait que nous soyons tous sem­blables, c’est con­fon­dre la sim­il­iar­ité des quan­tités et celle des qual­ités (ou alors, il faudrait pré­cis­er : pour que nous soyons égaux à tous points de vue – mais je crois pas que c’est ce que Franck Ramus avait en tête).

Là où les choses devi­en­nent gênantes, c’est que Franck Ramus lim­ite la portée de ce que doit être le fémin­isme à l’é­gal­ité en droit (mieux vaudrait dire : l’i­den­tité des droits), arguant que l’é­gal­ité (l’i­den­tité) de fait, en présence de dif­férences innées, sera tou­jours une chimère. Or, les femmes peu­vent souf­frir de mul­ti­ples formes d’in­féri­or­i­sa­tion qui ne se situent pas sur le plan du droit, et qui méri­tent néan­moins d’être com­bat­tues avec autant d’én­ergie que les dis­crim­i­na­tions formelles. Nulle loi n’oblige par exem­ple les femmes à assumer la plus grande part des tâch­es ménagères ou ne leur barre la route des études tech­niques. Mais un con­di­tion­nement social aus­si per­ni­cieux qu’­ef­fi­cace con­duit une grande majorité d’hommes (et une bonne par­tie des femmes) à inté­gr­er cette spé­cial­i­sa­tion comme allant de soi, quitte à se la représen­ter comme le fruit de choix volon­taires. Dès lors, com­bat­tre le sex­isme, ce n’est pas seule­ment abat­tre les lim­ites formelles que la société impose aux indi­vidus, ou éval­uer les indi­vidus indépen­dam­ment des per­for­mances des groupes aux­quels ils appar­ti­en­nent ; c’est aus­si (et dans la société française de 2014, c’est avant tout) s’op­pos­er aux pres­sions sociales qui aboutis­sent à leur « sex­age », pour repren­dre un terme forgé par les fémin­istes et qui dit bien ce qu’il veut dire.

On sera ten­té de répon­dre que même dans une société totale­ment débar­rassée de tout sex­isme, que celui-ci prenne la forme de dis­crim­i­na­tions légales ou de sim­ples pres­sions sociales, la dif­férence entre les apti­tudes innées des hommes et des femmes abouti­rait tout de même une spé­cial­i­sa­tion sex­uelle des tâch­es – sauf erreur, c’est bien là que veut en venir Franck Ramus. C’est pos­si­ble… mais unique­ment à con­di­tion que ces dif­férences d’ap­ti­tudes soient de nature à con­fér­er un avan­tage pour une activ­ité con­crète plutôt que pour une autre. Or, me sem­ble-t-il, les activ­ités con­crètes met­tent tou­jours en jeu un ensem­ble de ces apti­tudes sim­ples pour lesquelles les expéri­ences de la lab­o­ra­toire font par­fois appa­raître un avan­tage pour tel ou tel sexe. Par exem­ple, Frank Ramus fait état de plus grandes facil­ités mas­cu­lines pour la géométrie dans l’e­space ; mais on ne voit pas très bien dans quelles activ­ités con­crètes ces facil­ités, à elles seules, con­duiraient les hommes à se spé­cialis­er davan­tage que les femmes.

En tout état de cause, et c’est le point aveu­gle du raison­nement de Frank Ramus, les spé­cial­i­sa­tions des sex­es (qu’elles aient été dic­tées par la loi ou par le sim­ple usage) n’ont eu, jusqu’à preuve du con­traire, aucun fonde­ment rationnel, dans le sens où elles n’ont pas procédé d’une plus grande apti­tude naturelle des uns ou des autres pour telle ou telle tâche – la seule excep­tion pos­si­ble étant les fonc­tions liées à la mater­nité, qui ont sans doute joué un rôle dans la pre­mière divi­sion sex­uelle du tra­vail, quoique ce rôle soit extrême­ment dif­fi­cile à cern­er. Voilà pourquoi il est très ten­dan­cieux de dire que « les dif­férences cog­ni­tives entre les hommes et les femmes », pour avérées qu’elles puis­sent être, « ne jus­ti­fient pas néces­saire­ment une répar­ti­tion des rôles très dif­féren­ciée entre les hommes et les femmes dans la société ». Elles ne jus­ti­fient en rien une répar­ti­tion des rôles « très », ou même mod­éré­ment, dif­féren­ciée – du moins, si l’on ne par­le pas de l’hy­pothé­tique divi­sion sex­uelle du tra­vail qui pour­rait exis­ter dans une société sans dom­i­na­tion mas­cu­line, mais de la divi­sion sex­uelle du tra­vail réelle qui existe dans la société réelle depuis des mil­lé­naires, et qui con­stitue le sub­strat de la dom­i­na­tion mas­cu­line.

27 commentaires

  1. Bon­jour,
    Je pense que nous sommes d’ac­cord sur bien des points. Sim­ple­ment vous don­nez à mes pro­pos une inter­pré­ta­tion qui va peut-être un peu au-delà de ce que je pense vrai­ment.

    Pour com­mencer, une pré­ci­sion : quand je dis “pour que nous soyons égaux”, je veux vrai­ment dire “pour que nous soyons égaux à tous points de vue”, en tous cas tous points de vue suff­isam­ment généraux pour pou­voir être mesurés et com­parés entre indi­vidus. Je ne pense pas qu’on puisse trac­er une dis­tinc­tion entre sim­i­lar­ité des quan­tités et des qual­ités, les qual­ités étant imman­quable­ment ramenées à des quan­tités dès lors qu’on se donne les moyens de les mesur­er.

    Ensuite, je ne tiens pas par­ti­c­ulière­ment à lim­iter la portée du fémin­isme. Je dis juste que le fémin­isme aurait tort de vouloir s’ap­puy­er sur une néga­tion des faits.

    Après, sur les con­séquences socié­tales des dif­férences cog­ni­tives moyennes attestées, je ne m’é­tends pas là-dessus dans le talk, pré­cisé­ment parce que c’est très com­pliqué, qu’il n’est pas très clair pour moi quelles con­séquences on peut en tir­er, et que je n’ai pas de con­vic­tion fer­me­ment ancrée.

  2. Mais pour en dire un peu plus sur le fond de ma pen­sée, je ne crois pas que toute dis­tri­b­u­tion iné­gale des métiers et des tâch­es soit néces­saire­ment mau­vaise, ou relève néces­saire­ment d’un rap­port de dom­i­na­tion, si elle cor­re­spond aux apti­tudes indi­vidu­elles et/​ou aux aspi­ra­tions des indi­vidus. A ma con­nais­sance, les fémin­istes ne protes­tent pas du fait qu’il y a trop peu de femmes par­mi les démé­nageurs. Elles recon­nais­sent donc implicite­ment que la plu­part des femmes n’ont ni l’envie, ni les apti­tudes pour exercer cette activ­ité. Néan­moins il est impor­tant de garan­tir que les quelques femmes qui en ont l’envie et les apti­tudes puisse accéder à ce méti­er, sans être défa­vorisées par rap­port à des hommes ayant des apti­tudes moin­dres.

    Le même raison­nement doit logique­ment s’appliquer dans des métiers où les apti­tudes plus per­ti­nentes sont cog­ni­tives. Je ne dis pas qu’il est prou­vé qu’il y en a, parce que c’est com­pliqué à déter­min­er, un méti­er ne faisant jamais appel à une unique fonc­tion cog­ni­tive, les apti­tudes moyennes entre hommes et femmes étant proches, et allant dans les deux sens selon la fonc­tion. Mais si c’était le cas ça ne me paraî­trait pas scan­daleux. Et ça ne con­duirait pas néces­saire­ment à un désa­van­tage glob­al pour les femmes, puisque les apti­tudes des hommes et des femmes s’équilibrent sur l’ensemble des fonc­tions cog­ni­tives. Ce qui n’est pas accept­able, c’est de dis­crim­in­er un sexe parce qu’on éval­ue les indi­vidus sur les qual­ités moyennes de leur groupe plutôt que sur leurs qual­ités indi­vidu­elles, et c’est d’im­pos­er une cer­taine divi­sion des tâch­es à un sexe con­tre son gré (ce qui devrait suf­fire à répon­dre à votre remar­que sur les tâch­es ménagères).

  3. Pour finir d’illustrer par une libre spécu­la­tion sur laque­lle je n’ai pas de don­nées objec­tives, mon expéri­ence pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle m’a con­va­in­cu que les femmes sont en moyenne plus douées que les hommes pour les fonc­tions de man­age­ment. Sans doute en rai­son de meilleures capac­ités d’empathie, d’écoute, de com­mu­ni­ca­tion, de coopéra­tion, une moin­dre ten­dance à l’autoritarisme, peu importe. A l’heure actuelle, elles sont sous-représen­tées dans ces métiers, pour des raisons qui ont sans doute beau­coup à voir avec la dom­i­na­tion mas­cu­line. Cette sit­u­a­tion est claire­ment injuste, et on ne peut qu’espérer qu’elle va évoluer avec le temps. Doit-elle évoluer vers un équili­bre à 50/​50 ? Ou vers un équili­bre dans lequel les postes de man­age­ment seraient alloués aux can­di­dats présen­tant les meilleures apti­tudes indi­vidu­elles pour ces fonc­tions, ce qui con­duirait (selon mon hypothèse) à une sur­représen­ta­tion des femmes ? Per­son­nelle­ment, je penche pour la deux­ième réponse. Alors que les par­ti­sans de l’égalitarisme absolu et les mas­culin­istes (qui, dans cette sit­u­a­tion hypothé­tique, se con­sid­èr­eraient dis­crim­inés) devraient militer pour une répar­ti­tion à 50/​50.

    1. Avatar de Inconnu
      Patrice Andrieu

      Bon­jour M.Ramus,
      “meilleures capac­ités d’empathie, d’écoute, de com­mu­ni­ca­tion, de coopéra­tion, une moin­dre ten­dance à l’autoritarisme”.
      Pour l’empathie c’est pos­si­ble, j’ai lu les résul­tats d’une étude sur ce sujet. mais encore faudrait-il qu’ils soient répliqués dans d’autres expéri­ences. Peut-être est-ce le cas j’ai très peu de con­nais­sances en la matière, dans ce cas je vous prie de don­ner vos sources d’ar­ti­cles.
      Mais je suis davan­tage per­plexe en ce qui con­cerne les autres ter­mes de votre énuméra­tion, en par­ti­c­uli­er sur “l’au­tori­tarisme”. Si vous avez des études attes­tant d’une dif­férence entre sex­es où le fac­teur envi­ron­nement social est con­trôlé, je suis intéressé pour les con­naître.

    2. Comme je l’ai dit, c’est une spécu­la­tion sans don­nées objec­tives. En vérité j’ai dit ça parce que je n’ai pas voulu pren­dre le temps de faire une recherche bib­lio sur le sujet, mais cette lacune pour­rait être comblée assez facile­ment en prenant le temps. Je ne sais pas si l’au­tori­tarisme a été quan­tifié et com­paré, mais j’at­tends des dif­férences au moins sur des traits de per­son­nal­ité cor­rélés (par exem­ple “agree­able­ness”).
      Sur l’empathie, je vous pro­pose cette étude qui com­pare notam­ment les scores d’empathie des hommes et des femmes (basés sur un ques­tion­naire), sur un échan­til­lon de taille tout à fait respectable. La fig­ure 3 mon­tre les don­nées indi­vidu­elles, ce qui per­met d’ap­préci­er à la fois les dif­férences et le recou­vre­ment :
      Baron-Cohen, S., Knick­mey­er, R. C., & Bel­monte, M. K. (2005). Sex Dif­fer­ences in the Brain : Impli­ca­tions for Explain­ing Autism. Sci­ence, 310(5749), 819–823.
      http://anthro.vancouver.wsu.edu/media/Course_files/anth-395-nicole-hess/sex-differences-in-the-brain.pdf

    3. Bon­jour

      Mer­ci de vos com­men­taires, qui per­me­t­tent je crois de pré­cis­er sur quels points nos manières de voir les choses con­ver­gent, et où elles se sépar­ent.

      Nous sommes par­faite­ment d’ac­cord que le fémin­isme – comme tout ensem­ble d’idées visant à l’é­man­ci­pa­tion humaine – n’a aucun intérêt à tir­er ses argu­ments d’af­fir­ma­tions fauss­es. Et que, par con­séquent, la ques­tion d’une éventuelle sex­u­a­tion innée du cerveau ne peut être écartée, ou pire, tranchée a pri­ori, au motif qu’elle paraî­trait ou non com­pat­i­ble avec telle ou telle aspi­ra­tion.

      Nous sommes égale­ment d’ac­cord sur le fait d’aspir­er à une société où les indi­vidus seront libres de leurs choix, indépen­dam­ment des groupes aux­quels ils appar­ti­en­nent (ou aux­quels on les rat­tache).

      Mais c’est à pro­pos de ce libre choix des indi­vidus que, je crois, nous diver­geons. Telles que je com­prends les choses, et pour résumer à grands traits, celui-ci vous appa­raît comme une con­di­tion suff­isante de l’é­gal­ité, alors que je n’y vois qu’une con­di­tion néces­saire.

      Le cas de tâch­es ménagères est sig­ni­fi­catif. Ce que vous en dites laisse enten­dre qu’elles échoiraient aux femmes par con­trainte – il suf­fit donc de lever cette con­trainte, et cha­cun pour­ra faire plus ou moins le ménage selon ses aspi­ra­tions. Or, je pense pré­cisé­ment que ce n’est pas vrai, du moins si l’on entend par « con­trainte » une oblig­a­tion ou un inter­dit for­mal­isés. Aucune loi, depuis bien longtemps, n’oblige les femmes à accom­plir plus de la moitié des tâch­es ménagères. Il ne s’ag­it pas non plus d’un phénomène de « dis­crim­i­na­tion », au sens on l’en­tend couram­ment : la répar­ti­tion des tâch­es ménagères n’est pas le fruit d’une déci­sion prise par une autorité quel­conque. Si les femmes font davan­tage le ménage que les hommes, c’est pour une large part, « de leur plein gré » — si tant est qu’on puisse faire la part, dans la « libre » volon­té des indi­vidus, de ce qui est réelle­ment libre et de ce qui relève de l’in­téri­or­i­sa­tion de l’é­d­u­ca­tion, des stéréo­types, c’est-à-dire du con­di­tion­nement social.

      C’é­tait déjà « tous de leur plein gré » que les Africains chan­tés par Pierre Per­ret venaient « vider les poubelles à Paris ». Et c’est encore « de leur plein » gré qu’un cer­tain nom­bre de femmes se pros­tituent – une « libre aspi­ra­tion » apparem­ment beau­coup moins fréquente chez les hommes.

    4. (suite)

      Je ne pense pas une sec­onde que vous ignorez l’ex­is­tence de ce con­di­tion­nement social qui pèse, de manière sail­lante ou invis­i­ble sur les choix indi­vidu­els – ne serait-ce que parce que vous devez en tenir compte dans les expéri­ences sur lesquelles vous tra­vaillez. Mais votre raison­nement sur les reven­di­ca­tions du fémin­isme, lui, l’ig­nore. En en restant à la reven­di­ca­tion de l’é­gal­ité en droit, on laisse de côté, donc on accepte, ces stéréo­types et ce con­di­tion­nement qui, bien davan­tage que toutes les dif­férences innées, ren­dent impos­si­bles, pour l’in­stant, l’é­gal­ité en fait. Au pas­sage, on raisonne presque tou­jours en se posant le prob­lème de la lib­erté des femmes (ou de cer­taines femmes) d’ac­céder à de pres­tigieuses fonc­tions mas­cu­lines. Cette lib­erté est aujour­d’hui réelle dans nos sociétés et, dans la réal­ité, on con­state de lents mais pal­pa­bles pro­grès. Mais on oublie trop sou­vent l’autre face de la pièce, à savoir que les hommes, eux, utilisent leur lib­erté indi­vidu­elle pour ne pas inve­stir les activ­ités les plus déval­orisantes qui sont con­sid­érées comme féminines – le ménage, entre autres, encore et tou­jours.

      Quant à savoir si la divi­sion sex­uelle du tra­vail pour­rait tout de même per­dur­er dans une société réelle­ment débar­rassée du sex­isme (de droit et de fait), je crois que c’est bien dif­fi­cile à prévoir – et pas unique­ment parce qu’il n’y a pas d’adéqua­tion sim­ple entre capac­ités cog­ni­tives « pures » et tâch­es con­crètes. Une société fémin­iste (et social­iste) devra sans doute faire des choix inédits quant à l’or­gan­i­sa­tion du tra­vail et à la social­i­sa­tion des deux sex­es. Peut-être con­sid­èr­era-t-elle qu’une cer­taine divi­sion sex­uelle du tra­vail, jus­ti­fiée par les dif­férences d’ap­ti­tudes innées, ne con­stitue pas en soi un prob­lème. Peut-être choisira-t-elle au con­traire de com­penser, de manière con­sciente, par l’é­d­u­ca­tion (et pas unique­ment par une sim­ple « dis­crim­i­na­tion pos­i­tive ») ces écarts de capac­ités cog­ni­tives entre sex­es.

      Deux dernières remar­ques, sur des détails – mais des détails sig­ni­fi­cat­ifs. Je crois que par­mi les fémin­istes con­séquents, ceux qui pensent que les femmes devraient elles aus­si, et tout autant que les hommes, être démé­nageuses sont plus nom­breux que ce que vous croyez. Si les femmes ont en moyenne une mus­cu­la­ture moins puis­sante que les hommes, elles n’en sont pas moins aptes aux efforts pro­longés ; pour preuve les innom­brables sociétés où elles assumaient les durs travaux des champs, sans même par­ler de toutes celles où elles avaient le mono­pole du port des charges lour­des. Là encore, les fac­ultés innées (même les plus évi­dentes et les mieux établies) expliquent assez peu de choses de la divi­sion sex­uelle du tra­vail, fût-elle « libre » plutôt que con­trainte.

      Et si aujour­d’hui, les femmes font de meilleurs man­agers – ce sur quoi je suis tout prêt à vous croire – est-ce à cause de leurs fac­ultés cog­ni­tives innées, ou de leur social­i­sa­tion qui les rend plus aptes à l’empathie, et donc aux respon­s­abil­ités col­lec­tives ? Le jour où les indi­vidus de sexe mas­culin seront élevés non comme des mâles, mais comme des être humains, nul doute que mal­gré leurs quelques hand­i­caps cog­ni­tifs, ils fer­ont eux aus­si des man­agers tout à fait accept­a­bles.

      Ami­cale­ment

      PS : par un hasard com­plet, je tombe ce matin sur cet arti­cle instruc­tif : « Quand les femmes cessèrent de pro­gram­mer » : http://www.npr.org/blogs/money/2014/10/17/356944145/episode-576-when-women-stopped-coding

    5. PPS : et je retrou­ve au fond de mon disque dur l’ex­em­ple chiffré que je voulais don­ner à pro­pos des « femmes démé­nageuses » : en Aus­tralie, où les femmes por­taient tant de charges lour­des que les pre­miers Occi­den­taux les quail­fi­aient de « bêtes de somme », l’an­thro­po­logue Neville White obser­va par exem­ple dans les années 1970 une sex­agé­naire de 32 kg qui rame­nait sur son dos 28,5 kg de bois de chauffe…

    6. “Le jour où les indi­vidus de sexe mas­culin seront élevés non comme des mâles, mais comme des être humains”
      Vous ne craignez pas l’ex­cès d’emphase !
      Vous faites sans doute référence à ce genre de “travaux”:
      https://lejournal.cnrs.fr/billets/en-finir-avec-la-fabrique-des-garcons
      Pour éviter d’en faire des tartines ici, je vous ren­voie aux com­men­taires de François Tha­raud sur face­book et aux miens en-dessous :
      https://www.facebook.com/ftharaud/posts/10152811673609921
      Je pré­cise que sur les faits bruts (pro­mo­tion de valeurs dif­férentes pour les garçons et les filles), il n’y a pas con­tes­ta­tion. Mais les con­clu­sions qui en sont tirées n’en découlent nulle­ment.

    7. Si on voulait for­muler les choses de manière plus neu­tre, on pour­rait dire : les garçons sont éduqués de la manière A, et les filles de la manière B. Les valeurs A’ sont pro­mues auprès des garçons, et les valeurs B’ auprès des filles. Et ces dif­férences par­ticipent aux dif­férences de com­porte­ment entre garçons et filles.
      Mais rien ne per­met de déduire que l’être humain c’est B et B’, plus que A et A’.
      On peut, certes, man­i­fester une préférence. Comme vous, je préfère les valeurs asso­ciées à B et B’ à celles asso­ciées à A et A’. Et comme vous, je suis favor­able à ce qu’on tente de réduire les dif­férences dans la social­i­sa­tion des filles et des garçons, dans la direc­tion de B et B’.
      Mais 1) je me garde bien d’affirmer que B et B’ sont plus « humains » que A et A’, parce que rien ne jus­ti­fie une telle affir­ma­tion. Jusqu’à preuve du con­traire, les mâles font autant par­tie de l’humanité que les femelles. En fait je réalise que nous diver­geons sur ce point avant tout parce que le mot « humain » est poly­sémique. Je me réfère à l’usage sci­en­tifique et descrip­tif, de ce qui car­ac­térise notre espèce. Vous l’utilisez dans le sens d’une valeur pos­i­tive, et du coup vous traduisez sim­ple­ment votre préférence. 2) Je me garde bien de croire naïve­ment que quand on aura totale­ment uni­formisé la social­i­sa­tion des garçons et des filles, leurs com­porte­ments seront stricte­ment iden­tiques !

    8. Con­cer­nant les tâch­es ménagères, je suis assez per­plexe. Faut-il vrai­ment essay­er d’aplanir toutes les dif­férences de préférence ? Pourquoi ? En quoi est-ce nuis­i­ble que (en moyenne), les femmes préfèrent le ménage et les hommes le brico­lage (pour car­i­ca­tur­er) ? Il me sem­ble que le prin­ci­pal prob­lème dans la répar­ti­tion des tâch­es ménagères, c’est que glob­ale­ment les femmes en font plus que les hommes. Là, il y a une réelle iné­gal­ité con­tre laque­lle cela vaut la peine de lut­ter. Essayons d’atteindre une véri­ta­ble égal­ité quan­ti­ta­tive, ce sera déjà bien (et les femmes vivront objec­tive­ment mieux !). Mais si après, les femmes et les hommes déci­dent de se répar­tir les tâch­es selon les préférences ou les com­pé­tences qui leur sont pro­pres, quel est le prob­lème ? Quand bien même ces préférences ou com­pé­tences moyennes seraient entière­ment le résul­tat d’un con­di­tion­nement social, quel est le prob­lème ? Est-ce que toutes nos préférences ne sont pas influ­encées par divers con­di­tion­nements soci­aux ? Est-il souhaitable d’abolir toutes les formes de con­di­tion­nement social ? Serait-ce réal­is­able, en dehors d’un sys­tème incroy­able­ment coerci­tif ? Et quand bien même on aboli­rait tout con­di­tion­nement social, seri­ons-nous plus avancés pour autant ? Un monde sans dif­férences de préférences (ou avec des préférences influ­encées unique­ment par des fac­teurs innés) serait-il meilleur ? Je vais peut-être un peu loin, mais il me sem­ble qu’il y a der­rière tout ça un sophisme con­sis­tant à croire que l’individu ne peut être libre que s’il est sous­trait à toute influ­ence (ce qui est rigoureuse­ment impos­si­ble).

      J’y vois aus­si un lien avec ce que le philosophe Ruwen Ogien a appelé les « crimes sans vic­times », c’est-à-dire des sit­u­a­tions que cer­taines per­son­nes veu­lent pénalis­er pour la seule rai­son qu’elles les indig­nent, sans que leur indig­na­tion ne puisse être jus­ti­fiée par un tort causé à qui que ce soit. Cf. la Panique morale et autres livres du même auteur. Est-ce qu’un con­di­tion­nement social qui créerait des dif­férences de préférences entre sex­es (ou autres groupes humain) n’induisant pas de désa­van­tage objec­tif n’est pas juste un sujet d’indignation sans vic­time ?

    9. Bon­jour

      J’ai peur que nous ne tournions bien­tôt en rond, si ce n’est déjà fait. Mais essayons d’a­vancer tout de même. En tous cas, ceux qui nous lisent auront pu pren­dre con­nais­sance des dif­férents points de vue et argu­ments, et se faire leur opin­ion.

      Le pre­mier point est que vous me prêtez une idée qui n’est pas la mienne. Quand je dis qu’au­jour­d’hui, les garçons sont élevés comme des mâles et non comme des êtres humains, je ne dis nulle­ment, ni ne sous-entends, que les filles, elles, seraient élevées comme des êtres humains (ce qui serait par déf­i­ni­tion, con­tra­dic­toire). Je dis sim­ple­ment que nos sociétés, de manière moins car­i­cat­u­rale certes que d’autres, mais tout de même dans une très large mesure, éduquent les garçons – et les filles ! – selon des stéréo­types dif­férents. Bref, comme toutes les sociétés humaines con­nues jusqu’à présent, nous élevons les enfants comme des êtres humains sex­ués (des mâles et des femelles), et non comme des êtres humains tout court ; et cela pos­sède un impact cer­tain sur le com­porte­ment des adultes, sur leur désir de repro­duire cette édu­ca­tion dif­féren­tielle (ou sur leur indif­férence vis-à-vis de celle-ci, con­sid­érée comme « naturelle »). Il n’y a aucune emphase là-dedans, mais un con­stat très banal et qui ne peut guère être réfuté, même par un mau­vais arti­cle de chercheurs du CNRS.

      Je ne crois pas être naïf au point de penser qu’il puisse exis­ter des êtres humains détachés de toute influ­ence sociale – au demeu­rant, c’est un reproche que j’au­rais bien envie de vous retourn­er. C’est bien pourquoi je pense qu’une société souhai­tant une authen­tique égal­ité entre les sex­es ne peut se con­tenter de leur don­ner les mêmes droits formels, mais qu’elle doit avoir à cœur, en pra­tique, de s’ef­forcer de n’in­flu­encer aucun indi­vidu en fonc­tion de son sexe – ou alors, peut-être, d’ex­ercer cette influ­ence de manière con­sciente, délibérée, afin de con­tre­bal­ancer les éventuelles iné­gal­ités naturelles ou sociales entre les uns et les autres.

      Nous vivons depuis des mil­lé­naires dans un monde où la divi­sion sex­uelle du tra­vail n’est pas neu­tre et ne peut se résumer à une sim­ple ques­tion d’ac­tiv­ités dif­férentes mais sociale­ment équiv­a­lentes (les hommes préfèrent le brico­lage et les femmes le ménage, comme cer­tains préfèrent les frites et d’autres les pommes de terre au four). Les hommes « préfèrent » aus­si, entre autres, la poli­tique, la vio­lence organ­isée, la direc­tion de la famille, l’e­space pub­lic et les tâch­es les plus qual­i­fiées. Alors, une fois encore, je ne sais pas quelle sera l’at­ti­tude d’une société débar­rassée de tout rap­port iné­gal entre les sex­es, vis-à-vis d’une éventuelle per­sis­tance de divi­sions sex­uelles des tâch­es. C’est un prob­lème qui se posera (peut-être) une fois qu’on aura mis fin au con­di­tion­nement social des deux sex­es.

      En atten­dant, à chaque époque ses prob­lèmes : le nôtre, et il est de taille si l’on en juge par les réac­tions, par exem­ple, à la « théorie du genre », con­siste (entre de nom­breuses autres choses) à appren­dre aux filles que le brico­lage n’est pas un tra­vail d’homme et, plus encore, aux garçons que le ménage n’est pas un truc de fille.

    10. @ M. Ramus

      Mer­ci des liens. J’avais aus­si trou­vé ça qui va dans le même sens : O. Col­lignon et al., Women process mul­ti­sen­so­ry emo­tion expres­sions more effi­cient­ly than men, Neu­ropsy­cholo­gia, 2009
      Par con­tre, je ne suis qu’en 2e année de psy­cholo­gie expé, j’avoue ne pas être encore bien fam­i­li­er avec le lan­gage sta­tis­tique et méthodologique, je n’ar­rive pas à dis­cern­er si l’ef­fet du con­texte social est con­trôlé dans l’é­tude que vous avez fourni.

      Mais je con­nais aus­si ça qui exam­ine l’ef­fet du con­texte social : http://psycnet.apa.org/journals/psp/65/5/1010/
      http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/026999398379565
      http://www.jstor.org/discover/10.1086/382111?uid=3738016&uid=2&uid=4&sid=21104999187907
      Et aus­si : — Brody 1999 Gen­der, emo­tion and the fam­i­ly.
      — Lafrance et Hecht 1999 Option or oblig­a­tion to smile : the effects of pow­er and gen­der on facial expres­sion.
      — Adler, Kless et Adler 1992 Social­iza­tion to gen­der roles:popularity among ele­men­tary school boy and girls
      — Lafrance et Hecht 2000 Gen­der and smil­ing a meta analy­sis
      — Hess et Philip­pot 2007 Group dynam­ics and emo­tion­al expres­sion
      — Parkin­son, Fis­ch­er et Manstead 2005 Emo­tion in social rela­tions.

      De plus dans le domaine de la psy­cholo­gie des émo­tions, je suis un ten­ant du con­struc­tivisme social (Lewis et Hav­i­land 1993 Hand­book of emo­tions ; Aver­ill 1980 A con­struc­tion view of emo­tion, in The­o­ries of emo­tion). La per­spec­tive neu­rocog­ni­tive me paraît sec­ondaire par rap­port à la per­spec­tive sociale de manière générale, mais cela dépend aus­si de la prob­lé­ma­tique pré­cise de recherche.

      “Je ne sais pas si l’au­tori­tarisme a été quan­tifié et com­paré, mais j’at­tends des dif­férences au moins sur des traits de per­son­nal­ité cor­rélés (par exem­ple “agree­able­ness”).”
      J’en attends moi aus­si, mais selon moi un pur pro­duit de la social­i­sa­tion.

    11. Avatar de Inconnu
      Patrice Andrieu

      PS : Pour un développe­ment du lien entre social­ité et émo­tion, voir le chapitre 4 et la con­clu­sion de Tcherkas­sof (2011) Les émo­tions et leurs expres­sions. Je tire d’ailleurs la plu­part de mes sources de cet ouvrage (de psy­cholo­gie sociale expéri­men­tale au pas­sage).

    12. Pour dis­cuter avec Frank Ramus, le mieux serait sans doute de poster sur le blog… de Franck Ramus. 😉
      (ce n’est pas que ça me gêne, mais ça paraît sim­ple­ment plus logique).

    13. Je pro­longeais notre point de dis­cus­sion suiv­ant : “meilleures capac­ités d’empathie, d’écoute, de com­mu­ni­ca­tion, de coopéra­tion, une moin­dre ten­dance à l’autoritarisme”.

  4. “pour que nous soyons tous égaux, il faudrait non seule­ment que nous soyons tous des clones, et donc tous de même sexe, mais aus­si que nous soyons tous élevés dans des con­di­tions de lab­o­ra­tore stricte­ment à l’i­den­tique. Cela fait-il envie à quelqu’un ? Donc, des dif­férenes, il y en a partout, et finale­ment c’est aus­si cela qui fait l’in­térêt de la vie humaine : c’est la diver­sité. Et c’est aus­si cela qui per­met d’e­spér­er que plutôt que d’avoir peur de nos dif­férences, on peut essay­er de cap­i­talis­er sur elles, et de recon­naître que nous avons des qual­ités qui peu­vent être com­plé­men­taires.”

    Quelque chose me pose prob­lème d’emblée dans ces raison­nements mais je n’ar­rive pas encore à met­tre des mots clairs dessus. Je vous com­mu­ni­querai mon avis quand j’au­rai clar­i­fié ma pen­sée.

    1. PS : avis que je vous com­mu­ni­querai sur votre blog, comme le recom­mande bien Christophe, en com­men­taire de votre arti­cle sur votre con­férence TED.

  5. Avatar de Inconnu
    Patrice Andrieu

    Petit aparté ‑plutôt long en fait — sur le “se faire leur opin­ion” :

    “Bon­jour
    J’ai peur que nous ne tournions bien­tôt en rond, si ce n’est déjà fait. Mais essayons d’a­vancer tout de même. En tous cas, ceux qui nous lisent auront pu pren­dre con­nais­sance des dif­férents points de vue et argu­ments, et se faire leur opin­ion.”

    Je pense que l’opin­ion d’un indi­vidu ne découle pas fon­da­men­tale­ment de son intel­li­gence per­son­nelle, ou ses gênes, ou toute autre vari­able de “per­son­nal­ité” per­me­t­tant de dis­tinguer les indi­vidus les uns des autres ; je pense plutôt qu’elle résulte avant tout d’un proces­sus d’in­flu­ences sociales entamé depuis l’en­fance, avec les par­ents, les maitress­es ‑le plus sou­vent- et les maîtres ‑moins sou­vent- , les amis, les profs, les médias, etc…bref tout notre nevi­ron­nement social avec lequel nous co-con­stru­isons nos opin­ions, mais dans lequel il n’y a aucun choix délibéré ni libre-arbi­tre quel­conque.

    C’est ce que JL Beau­vois, le psy­cho­logue social, argu­mente dans la majorité de ses travaux sur l’idéolo­gie libérale et son influ­ence sur nos proces­sus psy­chologiques — même les fonc­tion­nements psy­chologiques spé­ci­fiques qu’il induit, pas unique­ment des con­tenus (idées, etc…). Son ouvrage que je te recom­mande le plus est “Les illu­sions libérales, indi­vid­u­al­isme et pou­voir social” (2003) , il y con­dense des argu­ments de plusieurs dis­ci­plines (his­toire, poli­tique), la prin­ci­pale restant la psy sociale, pour cri­ti­quer le libéral­isme. N’a pas le suc­cès qu’il mérite amha. Je pense qu’il va te pas­sion­ner 😉 .
    Il y argu­mente donc notam­ment que l’ex­pres­sion “se forg­er sa pro­pre opin­ion” est un men­songe, issu du libéral­isme mod­erne, mais un de ces men­songes qui endort le peu­ple. Je préfère ne pas ten­ter de résumer sa démon­stra­tion, cela lui porterait mau­vaise pub­lic­ité 😉

  6. le thème du cerveau sex­ué dont la sci­ence nous dit qu’il l’est, n’est peut-être pas si sur­prenant que ça. Et tout le monde aurait peut être rai­son. Je me réfère à l’ou­vrage d’En­gel “Le rôle du tra­vail dans la trans­for­ma­tion du singe en homme” dont je pour­rais en con­clure libre­ment qu’un cerveau dont la main passe des mil­lé­naires à cajol­er développe cer­taine­ment une spé­cial­ité (dû à la divi­sion sex­uelle du tra­vail) qui serait plutôt con­trastant d’avec un autre cerveau qui passe les mêmes mil­lé­naires à tuer développe aus­si une spé­cial­ité, qui peut nous laiss­er dire aujour­d’hui qu’elle est innée.

    1. Je ne suis pas assez com­pé­tent en biolo­gie pour dis­cuter de cette hypothèse. J’ai quand même le sen­ti­ment que pour être valide, il faudrait que les com­pé­tences dévelop­pées par les deux cerveaux sex­ués soient de nature à pro­cur­er un avan­tage évo­lu­tif (c’est-à-dire, à être trans­mis­es à une descen­dance plus nom­breuse). Et cela me paraît, à pre­mière vue, assez hypothé­tique.

  7. Dernier com­men­taire : je con­firme qu’il y a malen­ten­du sur la ques­tion d’élever les garçons “comme des êtres humains”. J’avais com­pris l’im­pli­ca­tion selon laque­lle ils seraient actuelle­ment élevés comme des êtres… non-humains ! des bêtes, des brutes, que sais-je ? C’est à ce pro­pos que mon com­men­taire rel­e­vait une cer­taine exagéra­tion. Vous pou­vez donc ignor­er ce com­men­taire.

  8. Avatar de Inconnu
    Aurélie Bévière

    “Faut-il vrai­ment essay­er d’aplanir toutes les dif­férences de préférence ? Pourquoi ? En quoi est-ce nuis­i­ble que (en moyenne), les femmes préfèrent le ménage et les hommes le brico­lage (pour car­i­ca­tur­er) ? Il me sem­ble que le prin­ci­pal prob­lème dans la répar­ti­tion des tâch­es ménagères, c’est que glob­ale­ment les femmes en font plus que les hommes.”

    Pour le sujet des tâch­es ménagères peut-être que ça n’au­rait pas une impor­tance cap­i­tale si l’on prou­vait par une étude sérieuse que “les femmes préfèrent le ménage et les hommes le brico­lage” (ce qui n’est pas le cas me sem­ble-t-il puisque c’est juste un exem­ple volon­taire­ment car­i­cat­ur­al) mais le fait que des préférences aient des orig­ines plus envi­ron­nemen­tales que découlant des apti­tudes cog­ni­tives me sem­ble avoir une + d’im­por­tance dans d’autres domaines d’ap­pli­ca­tion.

    Au niveau de la sci­ence cog­ni­tive pure et dure, à vrai dire, je ne sais pas très bien quelle est la déf­i­ni­tion de “préférence”?
    On estime cela seule­ment sur base déclar­a­tive ?

    L’en­vi­ron­nement induit des préférences qui aboutis­sent à des activ­ités plus ou moins val­orisées.

    Nous sommes d’ac­cord sur l’idée qu’un indi­vidu devrait être éval­ué pour lui-même et non selon les valeurs moyennes de son “groupe” (sex­uel ou autre).
    Et qu’il faudrait que l’on puisse faire ce dont on a envie et ce dont on a l’ap­ti­tude.
    De même que l’on ne peut pas échap­per totale­ment aux fac­teurs sociétaux/​environnementaux dans l’in­flu­ence de nos goûts et opin­ions.

    Mais si la “préférence” découle d’un “con­di­tion­nement”, si la femme va préfér­er pass­er le bal­ai plutôt que planter un clou unique­ment parce que l’en­vi­ron­nement l’au­ra con­duite à penser qu’elle est plus com­pé­tente dans ce domaine, cela ne pose-t-il pas de prob­lèmes “éthiques”?

    Peut-on encore par­ler alors de choix délibéré ?

    Cela est nuis­i­ble dans le sens où ces préférences induites, du fait que les activ­ités mas­cu­lines sont glob­ale­ment plus val­orisées, par­ticipent à bris­er l’as­sur­ance des femmes dans ces domaines.
    Il existe évidem­ment des indidus femelles à qui cela ne porte aucun préju­dice et qui s’é­panouis­sent totale­ment au sein de ces activ­ités mais je pense qu’il y a bel et bien des “vic­times” dans le sens où cer­taines s’en­fer­ment dans ce type d’ac­tiv­ité qu’elles jugent “plus facile” mais sans en tir­er un épanouisse­ment per­son­nel (et qui sait si elle ne l’au­rait pas trou­vé dans le brico­lage dans lequel elles auraient, à titre indi­vidu­el et per­son­nel, eu davan­tage d’ap­ti­tudes et une préférence si l’in­flu­ence des fac­teurs extérieurs n’avait pas sapé leur con­fi­ance en elles dans ce domaine).

    Evidem­ment, ce sont des ques­tions qui sor­tent du cadre de la sci­ence pure et dure… 🙂
    Mais il me sem­ble que la notion de “nuis­i­ble” ne peut qu’en sor­tir.

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