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Contre la méthode. Une critique de Au commencement était... par Ian Morris

Dans la perspective de la très prochaine journée d'étude de la Société Préhistorique Française au sujet de l'évolution (pré)historique, en particulier à partir du dernier livre de David Graeber et David Wengrow, voici une nouvelle traduction de compte-rendu. Celui-ci, qui me semble particulièrement pertinent sur bien des points essentiels, est l'œuvre de Ian Morris, historien et préhistorien officiant à l'Université de Stanford – et voici le lien vers la version originale, parue dans l'American Journal of Archaeology, 126(3).

« Hélas, un classique », disait l'archéologue helléniste James Whitley en commentant le livre de mon collègue Michael Shanks, Classical Archaeology of Greece - un ouvrage qui, selon Whitley, « mérite à la fois (...) l'admiration et l'exaspération » [1]. L'ouvrage de David Graeber et David Wengrow, Au commencement était. Une nouvelle histoire de l'humanité, est, hélas, un plus grand classique encore.

Les raisons de l'admirer sont évidentes. Pour les archéologues, Au commencement était a été le plus grand événement éditorial de la décennie. Il a attiré l'attention de la télévision et de la radio, a été disséqué dans des podcasts, a fait l'objet de critiques dans les principaux journaux et magazines et est rapidement devenu un best-seller. À tous ces égards et bien plus encore, il s'agit du livre le plus important sur l'histoire ancienne depuis Sapiens de Yuval Noah Harari ou même De l'inégalité parmi les sociétés de Jared Diamond [2]. Pourtant, il est très différent de ces deux ouvrages. Là où Harari et Diamond proposaient des récits évolutionnistes de l'histoire [3], Graeber et Wengrow sont explicitement anti-évolutionnistes. Au commencement était mérite d'être admiré dans la mesure où il constitue la réfutation la plus complète et la plus détaillée de l'évolutionnisme publiée au cours de ce siècle – et il suscite l'exaspération pour la même raison.

Au commencement était est un ouvrage original et ambitieux, qui fait de lointain passé un élément de réflexion sur la condition humaine au sens large. Parce que ses arguments embrassent de nombreux millénaires et l'ensemble de la surface du globe, il s'agit d'un travail de synthèse ; L'originalité de Graeber et Wengrow ne consiste pas à débusquer de nouveaux faits, mais à combiner des faits anciens de manière à créer un tableau novateur. Les auteurs présentent également leur thèse avec verve, en parsemant le récit d'images vivantes et de formules bien tournées. Ils rendent le monde ancien passionnant. Cela fait trente ans que je critique des livres pour l'AJA (American Journal of Archaeology), mais c'est le premier dont je peux honnêtement dire qu'il a été agréable à lire. Plus remarquable encore, il combine cette manière vivante de raconter la préhistoire à un appareil scientifique considérable, érudit et remarquablement à jour. Au commencement était représente en fait deux livres en un seul : les 526 pages du texte principal [de l'édition anglaise, CD], qui sont susceptibles d'ébranler les hypothèses de presque tout le monde sur la préhistoire, et les 165 dernières pages, qui donnent aux spécialistes au moins une partie de ce dont ils ont besoin pour s'opposer à ce texte principal.

Graeber et Wengrow nous disent que depuis le XVIIIe siècle, presque tout le monde s'est trompé sur les débuts de l'histoire (p. 637). À l'époque, suggèrent-ils, certains intellectuels occidentaux ont réagi aux critiques des Amérindiens à propos de la hiérarchie et de la violence européennes en inventant une histoire qui racontait comment l'humanité avait évolué à travers une série d'étapes, depuis les chasseurs-cueilleurs préhistoriques jusqu'aux commerçants modernes (c'est-à-dire les Européens de l'Ouest eux-mêmes), en passant par les éleveurs et les agriculteurs de l'Antiquité. Dans cette vision de l'histoire, les gens ont commencé avec beaucoup de liberté mais peu de prospérité et ont fini avec beaucoup de prospérité mais peu de liberté. Pour de nombreux auteurs, c'était une bonne chose ; pour d'autres, Jean-Jacques Rousseau étant le plus connu, c'en était une mauvaise. Bien que les archéologues du XXIe siècle soient beaucoup mieux informés que les « historiens philosophes » de l'Europe du XVIIIe siècle, Graeber et Wengrow affirment qu'ils continuent à penser de la même manière (p. 45-104), à savoir que « le mieux que nous puissions espérer est de moduler la taille de la botte qui va vous piétiner pour l'éternité » (p. 21).

Mais « Et si, demandent les auteurs, au lieu de raconter comment notre espèce aurait chuté du haut d’un prétendu paradis égalitaire, nous nous demandions plutôt comment nous nous sommes retrouvés prisonniers d’un carcan conceptuel si étroit que nous ne parvenons plus à concevoir la possibilité même de nous réinventer » ? (p. 22). Selon eux, cela conduit à remplacer le récit évolutionniste par « un autre récit, plus optimiste, plus captivant », qui montre que « nous aurions pu développer des conceptions totalement différentes du vivre ensemble ; que l’asservissement de masse, les génocides, les camps de prisonniers, le patriarcat ou même le salariat auraient pu ne jamais voir le jour. (...) il y a aussi une autre manière de voir les choses : les possibilités qui s’ouvrent à l’action humaine aujourd’hui même sont bien plus vastes que nous ne le pensons souvent. » (p. 660, souligné dans l'original). Selon Graeber et Wengrow, nous devrions rejeter les théories actuelles qui envisagent un déclin depuis les chasseurs-cueilleurs égalitaires jusqu'au capitalisme mondial moderne, en passant par les anciennes cités-Etats et les empires inégalitaires, car ces histoires :

  1. ne sont tout simplement pas vraies
  2. ont des implications politiques désastreuses
  3. rendent le passé inutilement ennuyeux (p. 16).

Mon propre sentiment d'exaspération à l'égard de Au commencement était a commencé à cet endroit, trois pages à peine après le début du texte. Personnellement, je pense que les récits évolutionnistes rendent souvent le passé extrêmement intéressant ; et en quarante ans de fréquentation des évolutionnistes, j'ai constaté qu'ils sont rarement d'accord sur les implications politiques de leur travail, et encore moins sur leur caractère désastreux. Mais plutôt que de m'aventurer sur ces sentiers battus, je me concentrerai dans cette analyse sur l'affirmation initiale de Graeber et Wengrow, à savoir que les récits évolutionnistes ne sont pas vrais.

À mes yeux, il y a trois manières principales d'évaluer cela. Premièrement, il y a les faits eux-mêmes. Les auteurs les ont-ils bien compris ? La question n'est donc pas de savoir si chaque donnée contenue dans Au commencement était est parfaitement exacte. Aucun livre n'a jamais rempli cette condition. Il s'agit plutôt de savoir si Graeber et Wengrow commettent tellement d'erreurs que leur thèse centrale s'en trouve invalidée. Des spécialistes en trouveront sans doute qui m'ont échappées, mais il me semble que les auteurs passent cette épreuve test haut la main [4]. Ce livre procède d'une recherche sérieuse.

Le deuxième critère est la sélection des faits. Compte tenu de l'étendue de nos connaissances sur l'histoire ancienne et des énormes lacunes qui subsistent, les auteurs de synthèses globales peuvent facilement sélectionner des détails et les arranger de manière à raconter presque n'importe quelle histoire imaginable. Graeber et Wengrow – comme la plupart d'entre nous – passent parfois du stade d'hypothèses provisoires à celui de certitudes [5]. Cela dit, je me suis rarement retrouvé à demander « Et X ? » en ayant l'impression que les auteurs avaient simplement ignoré des preuves gênantes [6]. L'intérêt de Au commencement était, expliquent-ils, est d'apporter davantage d'éléments, en demandant « que se passe-t-il quand on met l'accent non pas sur les cinq mille années au cours desquelles la domestication des céréales a donné naissance aux aristocraties ultra-protégées (...), mais plutôt sur les cinq mille années où cela n'a pas été le cas ? ». (p. 658).

Mes désaccords les plus sérieux avec Graeber et Wengrow concernent un troisième critère : la logique. Ils ne m'ont pas du tout convaincu que les faits étaient incompatibles avec les récits évolutionnistes ou plus cohérents avec leur propre alternative. Parmi les nombreux points évoqués par les auteurs, je n'en retiendrai qu'une demi-douzaine, dont chacun semble important pour la thèse de Graeber et Wengrow, mais dont aucun, à mon avis, n'emporte l'adhésion au bout du compte.

La saisonnalité

Les modèles évolutifs expliquent généralement comment des groupes égalitaires de chasseurs-cueilleurs se sont transformés en sociétés agricoles hiérarchisées, puis en États stratifiés. Cependant, Graeber et Wengrow notent que les anthropologues ont régulièrement trouvé des sociétés ayant effectué des allers-retours sur ce spectre, parfois sur un rythme très rapide. Les groupes amérindiens du XIXe siècle vivant dans les grandes Plaines en sont un exemple célèbre. Les Crow, les Cheyennes et d'autres groupes passaient la majeure partie de l'année dans de minuscules bandes de collecteurs, farouchement égalitaires, sans aucun chef, mais pendant plusieurs semaines chaque automne, ils se rassemblaient pour abattre les grands troupeaux de bisons lors de leurs migrations. Ils nommaient des chefs et leur fournissaient ce que l'anthropologue Robert Lowie a appelé « une force de police", qui « donnait des ordres et maîtrisait les désobéissants ». Dans la plupart des tribus, poursuit Lowie, ils ne se contentaient pas de confisquer le gibier obtenu clandestinement, mais fouettaient le contrevenant, détruisaient ses biens et, en cas de résistance, le tuaient » [7].

Graeber et Wengrow qualifient ces chefs de « rois de carnaval », leur pouvoir étant en grande partie une question de « mise en scène », et suggèrent que « leur réalité était discontinue. Ils apparaissaient, puis s'évanouissaient » (p. 155, 544-545). Reconnaître cela, disent-ils, disqualifie l'évolutionnisme car « était-ce à dire que les Cheyennes et les Lakotas du XIXe siècle bondissaient chaque année, autour du mois de novembre, du stade 'clanique' au stade 'étatique', avant de régresser de nouveau dès l’arrivée du printemps ? Évidemment, personne n’aurait osé avancer sérieusement une idée aussi stupide. Il est néanmoins intéressant de l’énoncer, car elle révèle l’ineptie encore plus profonde de l’hypothèse initiale (selon laquelle une société ne peut progresser qu’en franchissant, dans le bon ordre, une série d’étapes évolutionnistes). » (p. 147).

Pourtant, les évolutionnistes n'ont eu aucun mal à intégrer ces sociétés flexibles dans leurs typologies. Prenons, par exemple, l'ouvrage très lu d'Allen Johnson et Timothy Earle, L'évolution des sociétés humainesw, qui utilise les Shoshones du Grand Bassin d'il y a un siècle comme l'une de ses principales études de cas. Comme les Cheyennes, les Shoshones passaient la majeure partie de l'année en groupes familiaux non hiérarchisés, mais certains d'entre eux accordaient périodiquement à des « chefs de lapin » et à des « chamans de l'antilope » des pouvoirs étendus pour coordonner la chasse et le piégeage à grande échelle [8]. La plupart du temps, l'aridité du Grand Bassin faisait de l'organisation familiale le moyen le plus efficace de chasser et de cueillir, mais lorsque l'occasion se présentait de chasser le lapin, les Shoshones désignaient des responsables et faisaient ce qu'il fallait pour que le travail soit effectué. Les Shoshones ne devenaient pas pour autant les sujets d'un État stratifié. Les chefs et les chamans n'avaient aucun pouvoir coercitif au-delà de la volonté des gens de les suivre pour maximiser le massacre, qu'il s'agisse de débroussailler et de tendre des centaines de mètres de filets ou de punir les resquilleurs dont l'indiscipline menaçait l'effort commun. Dès que les lièvres ou les bisons cessaient de courir, les Shoshones et les Cheyennes, qui n'avaient plus besoin d'organisations multifamiliales et ne disposaient plus d'une nourriture suffisamment abondante pour les soutenir, se dispersaient en petits groupes, jusqu'à la prochaine saison de chasse.

Graeber et Wengrow ont raison de dire que les préhistoriens ont négligé la saisonnalité, mais ils ont tort de dire que la saisonnalité est incompatible avec l'évolutionnisme.

Les tombes du Paléolithique supérieur

Graeber et Wengrow soutiennent également que la saisonnalité est à l'origine des découvertes spectaculaires du Paléolithique supérieur européen. Les préhistoriens suggèrent souvent que les magnifiques peintures rupestres d'Altamira, de Chauvet et de dizaines d'autres sites ont été produites lorsque de grands groupes se réunissaient pour des chasses au renne saisonnières [9]. Mais Graeber et Wengrow vont plus loin, étendant l'argument pour expliquer un second phénomène : une série de sépultures célèbres et riches datant d'environ 32 000 à 13 000 ans avant notre ère – ce qui, selon eux, est incompatible avec les récits des évolutionnistes.

C'est le deuxième point sur lequel je pense que la logique des auteurs est erronée. De la Russie au Pays de Galles, les excavateurs ont trouvé de riches objets funéraires, comprenant parfois des milliers de perles en ivoire de mammouth et ce qui ressemble étrangement à des sceptres et autres insignes de fonction [10]. Ces découvertes semblent montrer que nous ne pouvons pas simplement supposer que tous les chasseurs-cueilleurs de l'âge glaciaire vivaient comme les !Kung San contemporains dans le désert du Kalahari ; mais ce qui les rend encore plus intéressantes, c'est que les squelettes dans les tombes présentaient un nombre extraordinaire de pathologies. « On peine à croire, commentent très raisonnablement Graeber et Wengrow, que l’Europe du Paléolithique ait produit une aristocratie stratifiée exclusivement composée de bossus, de géants et de nains. » (p. 136). Ici aussi, ils voient des « rois de carnaval », établissant une analogie avec les Nuer précoloniaux du Sud-Soudan, qui voyaient parfois comme « touchées par la grâce divine » des personnes « qui, dans notre société, seraient probablement classés sur un spectre allant de très excentriques ou réfractaires aux normes (quelles qu’elles soient) à 'neuroatypiques' ou malades mentaux. ». Dans les moments de crise, expliquent-ils, « on découvrait (...) chez une personne qui sans cela serait restée toute sa vie l’idiot du village, des trésors de qualités : une incroyable prescience, un remarquable talent de persuasion, la faculté d’inspirer de nouveaux mouvements sociaux chez les jeunes, de fédérer les anciens en les exhortant à mettre de côté leurs divergences pour défendre des buts communs, voire de revisiter intégralement la vision de la société nuer. » (p. 130).

Pour les auteurs (p. 137), les riches sépultures témoignent d'un esprit ludique et d'une volonté de passer de l'égalité à la hiérarchie que l'évolutionnisme ne peut pas prendre en compte. Pourtant, ici aussi, leur logique est erronée. Dans de nombreux essais publiés depuis les années 1990, Brian Hayden a identifié certaines sociétés de chasseurs-cueilleurs comme étant « transégalitaires », dépourvues de structures de classes rigides mais possédant néanmoins « une propriété privée, des surplus, des objets de prestige et des différences socio-économiques significatives » [11]. Les anthropologues savent depuis longtemps que les chasseurs-cueilleurs assez chanceux pour trouver des concentrations denses de ressources prévisibles et fiables dans des environnements par ailleurs hostiles ont tendance à devenir moins mobiles, s'installant pour monopoliser cet oasis d'abondance [12]. Les riches sépultures de l'âge glaciaire proviennent pour la plupart de sites qui étaient idéalement situés pour tendre des embuscades aux mammouths ou aux rennes dans les plaines européennes glacées et par aileurs inhospitalières. Hayden suggère que la nécessité d'une organisation hiérarchisée – comme dans les chasses des Cheyennes et des Shoshones - a transformé ces sites en niches dans lesquelles les sociétés de chasseurs-cueilleurs transégalitaires ont pu évoluer. Dans les sociétés modernes de chasseurs-cueilleurs, ces chefs « accumulateurs » (comme les appelle Hayden) prétendent souvent avoir été touchés par les dieux. Il est possible que les squelettes paléolithiques frappés de pathologies aient appartenu à des idiots de village s'en sortaient avantageusement ; ou peut-être les squelettes de jeunes hommes musclés, qui conservaient d'horribles blessures ou des armes en pierre incrustées dans leurs os, découverts à Sungir, Dolní Vestonice et Arene Candide, sont-ils ceux d'accumulateurs plus ordinaires, qui avaient enrôlé des bossus, des géants et des nains sujets à des visions au servicve de leur cause. Peut-être le pouvoir de ces hommes était-il aussi éphémère que celui d'un chef de la chasse au lapin, et peut-être certaines sociétés de l'âge glaciaire ne ressemblaient-elles à rien de ce qui est documenté dans les archives ethnographiques [13]. Chacune de ces possibilités nous oblige à reconnaître que l'évolution culturelle peut opérer de multiples façons, mais aucune ne nous oblige à rejeter ses prémisses centrales.

L'agriculture

Depuis les années 2000, les archéologues et les paléobotanistes se sont éloignés de trois anciennes théories sur les origines de l'agriculture : premièrement, la croissance de la population après la fin de la période glaciaire (vers 9650 avant notre ère) a entraîné des expérimentations d'horticulture et d'élevage qui ont conduit à la domestication de plantes et d'animaux au Proche-Orient ; deuxièmement, la domestication s'est produite dans quelques régions centrales du Proche-Orient et s'est ensuite propagée régulièrement vers l'extérieur ; et troisièmement, l'agriculture a inexorablement entraîné des processus de sédentarisation, d'augmentation du nombre de bras et d'accroissement de l'inégalité. Au contraire, la plupart des experts suggèrent aujourd'hui que la relation entre la population et la domestication a été complexe et diverse, que les expériences de culture des plantes se sont déroulées en de multiples lieux, en particulier dans les zones humides, que les plantes domestiquées se sont imposées extrêmement lentement, qu'il a fallu 3000 ans (vers 9500-6500 avant J.-C.) pour qu'elles passent de moins de 20 % des assemblages à plus de 80 % ; que la tendance à la domestication des ressources s'est régulièrement inversée ; que la domestication n'était pas la cause de la sédentarité, mais plutôt sa conséquence ; que la sédentarité et les expériences de culture des plantes ont commencé dès 21 000 avant notre ère, au moment le plus froid de la dernière période glaciaire ; et qu'il y a peu de signes d'inégalité institutionnalisée au Proche-Orient avant environ 5500 avant notre ère [14].

Graeber et Wengrow en concluent que « nos ancêtres ont tâté de l'agriculture ; ils sont devenus, si l'on veut, des agriculteurs dilettantes, jonglant avec les modes de productionde la même façon qu'ils effectuaient des allers et retours entre les différentes formes d'organisation sociale selon les péériodes de l'année ». Plutôt que d'enfermer les agriculteurs dans une inégalité croissante, ils affirment que « l'agriculture a engagé l'humanité – ou une fraction de l'humanité – sur une trajectoire qui l'éloignait de la domination violente » (p. 316).

Une fois de plus, mon désaccord avec les auteurs ne porte pas sur les faits, qui semblent de plus en plus clairs, mais sur ce que les faits signifient pour l'évolutionnisme. Graeber et Wengrow ont raison de dire que la façon dont certains évolutionnistes ont décrit la révolution agricole semble aujourd'hui dépassée ; mais c'est généralement parce qu'ils ont écrits avant que les nouvelles preuves ne soient disponibles, et non parce que les nouvelles preuves sont incompatibles avec l'évolutionnisme. Au cours des vingt dernières années, les évolutionnistes ont adopté des cadres plus sophistiqués (tels que la théorie de la construction de niches) pour tenir compte des nouvelles découvertes, et le superbe ouvrage de Stephen Shennan, First Farmers of Europe, fournit un compte rendu évolutionniste complet et convaincant des origines et de l'expansion de l'agriculture [15]. Il ne faudrait pas beaucoup de travail pour réécrire les sections pertinentes de De l'inégalité parmi les sociétés de Diamond afin de les rendre cohérentes avec les découvertes des deux dernières décennies.

Des monuments sans l'agriculture

Les archéologues avaient l'habitude de dire que les agriculteurs construisaient des monuments en mobilisant d'énormes quantités de main-d'œuvre, contrairement aux chasseurs-cueilleurs. Nous savons aujourd'hui que cette affirmation est exagérée. L'exception la plus célèbre est Göbekli Tepe, un extraordinaire ensemble de chambres creusées avec des piliers de pierre massifs et sculptés, près de la frontière turco-syrienne. La construction a commencé vers 9500 avant notre ère, au moment même où les expériences de domestication débutaient non loin au sud, mais tout porte à croire que les bâtisseurs étaient des chasseurs et des cueilleurs [16]. Stonehenge, le plus fameux des monuments préhistoriques, a été construit entre 3000 et 2600 avant notre ère par des pasteurs plutôt que par des agriculteurs [17], mais dès 8000 avant notre ère, des chasseurs-cueilleurs avaient érigé une série de poteaux monumentaux (peut-être des mâts totémiques) sur le site. À Locqmariaquer, en Bretagne, des pêcheurs ont traîné une stèle en pierre de 20 mètres de haut et de 350 tonnes sur 5 kilomètres vers 4500 avant notre ère, puis l'ont dressée au-dessus d'une tombe collective. Sur la côte péruvienne, d'autres pêcheurs ont commencé à construire des tumulus à Aspero, Caral et Sechin Bajo avant 3700 avant notre ère. En Louisiane, des chasseurs-cueilleurs ont érigé des tertres géants à Watson Brake vers 3400 avant notre ère et des tertres encore plus grands, en utilisant une unité de mesure standardisée, à Poverty Point vers 1600 avant notre ère [18].

Graeber et Wengrow concluent, à juste titre, que les sociétés qui ont construit ces monuments « semblent aussi éloignées des petites 'bandes' nomades et égalitaires que l'on puisse imaginer » ; mais ils affirment ensuite, à tort, que les évolutionnistes les ont largement ignorées. « Les universitaires et les chercheurs professionnels, annoncent-ils, doivent en fait faire un effort considérable pour rester aussi ignorants » (p. 140, 147). Ce n'est pas le cas. Le récit de Hayden sur les élites transégalitaires monopolisant des ressources riches et stables dans des oasis d'abondance s'adapte parfaitement aux monuments de chasseurs-cueilleurs et de pêcheurs, et les archéologues évolutionnistes Kent Flannery et Joyce Marcus prennent le cas péruvien comme exemple parfait dans leur livre The Creation of Inequality [19]. Cela dit, si nous connaissons maintenant des monuments de chasseurs-cueilleurs et de pêcheurs dans de nombreuses régions du monde, ils restent extrêmement rares par rapport à ceux des premiers agriculteurs. L'Angleterre mésolithique a produit une rangée de mâts-totems à Stonehenge, mais l'Angleterre du début du Néolithique était remplie de dizaines de milliers de longs tumulus et d'enceintes à fossés interrompus [20]. Les agriculteurs n'étaient pas les seuls à pouvoir organiser suffisamment de main-d'œuvre pour déplacer de grandes quantités de terre et de pierre, mais les évolutionnistes ont raison de dire que l'échelle à laquelle les agriculteurs opéraient était de plusieurs ordres de grandeur supérieure à celle des chasseurs-cueilleurs.

Des villes sans inégalités

Tous les êtres vivants, de l'amibe à l'éléphant, augmentent leur population lorsque les conditions sont favorables. Cependant, lorsque les singes ou d'autres animaux se multiplient, ils continuent à vivre en troupes de taille à peu près identique. Il n'existe pas de villes simiesques. Nous, les humains, sommes uniques dans notre capacité à augmenter la taille de nos établissements permanents. Pour autant que nous le sachions, il n'y avait pas de communautés sédentaires fonctionnant toute l'année et comptant ne serait-ce que 1000 habitants avant Çatalhöyük, vers 7000 avant notre ère ; aucune ne comptait plus de 10 000 habitants avant Uruk, Suse, Tell Hamoukar et Tell Brak au Proche-Orient et Majdanetske, Taljanki, Dobrovodi et Nebelivka en Ukraine, toutes à peu près vers 3500 avant notre ère ; aucune ne dépassait 100 000 avant Ninive, vers 700 avant notre ère ; aucun ne dépassait un million avant Rome, vers 50 avant notre ère ; et aucune ne dépassait 10 millions avant New York, Londres et d'autres super-villes du début du XXe siècle [21]. Bien que nous ayons continué à évoluer biologiquement depuis 7 000 ans avant notre ère, nous sommes toujours plus ou moins les mêmes animaux qu'à l'époque. Les anthropologues évolutionnistes ont toujours conclu que, pendant la majeure partie de l'histoire, c'est la hiérarchie qui a rendu tout cela possible [22].

Pourtant, comme le notent Graeber et Wengrow (276-327), le lien entre échelle et hiérarchie semble moins évident aujourd'hui qu'en 1950, lorsque V. Gordon Childe a publié son célèbre essai intitulé La révolution urbaine [23]. Des fouilles ont permis de découvrir des palais et des tombes royales ou aristocratiques dans la plupart des premières villes [24], mais pas dans toutes. Les signes d'une inégalité massive et institutionnalisée sont difficiles à trouver, non seulement à Çatalhöyük, mais aussi dans les mégasites ukrainiens, à Uruk en Sumerique, dans les villes de la vallée de l'Indus (occupées entre 2500 et 1900 avant notre ère), à Teotihuacan (autour de 300 après notre ère) et dans les colonies ouest-africaines du premier millénaire avant et après notre ère, telles que Dakhlet el Atrous et Jenné-jen – sans parler de la plupart des cités-états grecques archaïques et classiques [25].

Les spécialistes contestent le caractère égalitaire de certaines de ces villes, mais l'observation de Graeber et Wengrow selon laquelle « la vie citadine à elle seule n’implique pas et n’a jamais impliqué une quelconque forme particulière d’organisation politique. » (p. 353) semble raisonnable. Cependant, les conclusions qu'ils en tirent le sont moins. Ces exemples, suggèrent-ils, s'ajoutent à « la fréquence surprenante » avec laquelle « des implantations humaines ordonnées pouvaient connaître des extensions spectaculaires sans entraîner une concentration de richesses ou de pouvoir entre les mains d’une élite dirigeante. » (p. 411). Ces occurrences, ajoutent-ils, « sont suffisamment solides pour renverser le récit conventionnel, et surtout pour nous ouvrir les yeux sur des possibilités que nous aurions sinon probablement écartées. » (p. 360). La vérité est que nous ne savons pas pourquoi quelques systèmes urbains (dont ceux des Grecs) ont parfaitement réussi à se passer de palais ou de cimetières d'élite ; mais nous savons qu'il ne s'agissait que de quelques systèmes et que la grande majorité des villes antiques possédaient des dirigeants riches et puissants. Pour être convaincante, une théorie générale doit expliquer à la fois la tendance générale à la hiérarchie et les exceptions égalitaires occasionnelles, plutôt que de se contenter de déclarer qu'une partie du modèle l'emporte sur l'autre. Heureusement, les sociologues, les historiens et les archéologues fournissent déjà de tels cadres [26].

Effondrement et résilience

L'évolution est, par définition, non dirigée. Personne n'est aux commandes ; il n'y a pas de telos. Dans certaines circonstances, les pressions sélectives signifient qu'une plus grande échelle et une plus grande complexité augmenteront l'aptitude d'un organisme ; dans d'autres, la simplification augmentera ses chances de transmettre ses gènes ou ses mèmes. En principe, les évolutionnistes socioculturels devraient donc être tout aussi intéressés par la réduction de l'échelle des sociétés que par leur augmentation. En pratique, cependant, l'archéologue Joseph Tainter a eu raison de dire en 1988 que « le développement de la complexité politique a davantage attiré l'attention des chercheurs que l'effondrement, son antithèse » [27].

Depuis lors, les évolutionnistes ont fait de l'effondrement leur cheval de bataille, Jared Diamond ayant écrit un best-seller sur le sujet ; mais les anti-évolutionnistes ont riposté, Patricia McAnany et Norman Yoffee allant jusqu'à suggérer que « l'effondrement – au sens de la fin d'un ordre social et de ses habitants - est un événement rare » [28]. Tainter a défini l'effondrement comme un déclin de la hiérarchie, de la spécialisation, de la centralisation, de l'investissement dans la culture de l'élite, de la circulation de l'information, de l'intégration économique et de l'unité territoriale, ce qui l'a amené à conclure qu' « il n'est pas étonnant que l'effondrement soit redouté par tant de gens aujourd'hui ». Même parmi ceux qui dénoncent les excès de la civilisation industrielle, la fin possible de cette société doit certainement être considérée comme une catastrophe" [29]. McAnany et Yoffee ne sont pas d'accord et répondent que si « vivre certains types de changement est difficile, douloureux, voire catastrophique, [...] la résilience est un terme plus précis [que l'effondrement] pour décrire la réponse humaine à des problèmes extrêmes » [30].

Graeber et Wengrow partagent cette impatience à l'égard du terme d' « effondrement ». Ils encadrent fermement le mot de guillemets (p. 480), ajoutant avec gravité qu' « avec le recul, il est aisé de voir combien ces découpages chronologiques reflètent le positionnement politique de leurs auteurs. » (p. 483). En guise d'alternative aux récits évolutionnistes de l'effondrement, ils proposent un traitement approfondi des cultures nord-américaines Hopewell et Mississippi (p. 578-597). Entre 1350 et 1400 de notre ère, le grand centre de Cahokia, qui comptait 15 000 personnes trois siècles plus tôt, s'est transformé en « une étendue sauvage et hantée, ponctuée de pyramides envahies par la végétation et de quartiers d’habitation à moitié effondrés dans les marais, parfois traversée par des chasseurs, mais vide de tout peuplement humain permanent » (p. 594). Selon eux, cette situation est due au fait que « les habitants commencèrent par fuir » pour aller vivre plus librement ailleurs. Les auteurs expliquent que les populations « ont tout bonnement choisi de tourner les talons » pour échapper aux dirigeants violents, dans « un rejet conscient de tout ce qu'avait représenté cette cité » (p. 593, 595). « Depuis la chute de Cahokia », concluent-ils, « la tendance dominante était au rejet des chefs suprêmes de tout acabit et à l'adoption de structures institutionnelles mûrement réfléchies pour éviter qu'ils ne réapparaissent » (p. 623).

Graeber et Wengrow racontent bien cette histoire, mais je soupçonne que les spécialistes de l'Antiquité qui liront ce récit sur Cahokia ne manqueront pas de se souvenir de la Méditerranée orientale après 1200 avant notre ère et de l'Europe occidentale après l'an 400 de ère – où, malgré certaines similitudes fascinantes avec Cahokia, les seigneurs sont revenus au cours des quelques siècles qui ont suivi. Tout comme la Grèce post-mycénienne et la Bretagne post-romaine, l'Amérique du Nord post-mississippienne a vu des chefs gouverner des entités réduites (Etowah, Moundville, Coosa) et tenter de faire revivre quelque chose de la grandeur perdue. Dans les trois cas, de nouvelles populations se sont installées dans la région, mais contrairement à ce qui s'est passé avec l'arrivée des Doriens ou des Anglo-Saxons, le raz-de-marée de colonialisme européen et de pathogènes qui ont englouti l'Amérique du Nord a coupé court à toute possibilité de régénération d'un État autochtone. Graeber et Wengrow rejettent les arguments contrefactuels comme étant « un exercice vain » (p. 571), mais je ne peux me défaire du soupçon que, livrés à eux-mêmes, les Nord-Américains auraient régénéré leurs sociétés complexes au 19e ou au 20e siècle de notre ère, tout comme les peuples du monde entier l'ont fait régulièrement après des effondrements [31]. Graeber et Wengrow insistent sur le fait que « l'histoire de l'Amérique du Nord ne se contente pas de jeter le chaos dans les schémas évolutionnistes conventionnels. Elle démontre aussi de manière éclatante que la construction étatique n'est pas un piège dont il ne serait plus possible de sortir une fois qu'on y est tombé » (p. 610). Mais cela va à l'encontre de la logique comparative.

Dans ces six exemples, l'analyse de Graeber et Wengrow est originale et stimulante, et s'ils s'étaient contentés d'attirer l'attention sur l'incapacité des évolutionnistes à s'attaquer pleinement à ces cas, leur livre aurait constitué une contribution précieuse à la littérature académique. Il ne serait cependant pas devenu un classique. Ce qui élève Au commencement était au rang d'événement éditorial, c'est l'alternative idéaliste et volontariste de Graeber et Wengrow à l'évolutionnisme matérialiste et déterministe. Ils insistent sur le fait que l'histoire n'a pas été un long déclin depuis un état de grâce égalitaire rousseauiste vers une dictature orwellienne, parce que les gens ont toujours possédé « trois libertés primordiales » : « la liberté de partir, la liberté de désobéir et la liberté de créer ou transformer ses relations sociales » (p. 542). Nous avons toujours été des acteurs politiques conscients, et nous serons toujours capables de bouger, de désobéir et de transformer nos relations si nous le voulons. D'où leur conclusion, que j'ai déjà mentionnée, selon laquelle la véritable question n'est pas de savoir « comment notre espèce aurait chuté du haut d'un prétendu paradis égalitaire », mais « comment nous nous sommes retrouvés prisonniers d'un carcan conceptuel si étroit que nous ne parvenons plus à concevoir la possibilité même de nous réinventer » (p. 22).

La réponse, concluent les auteurs, est que des méchants de toutes sortes ont réussi à s'emparer de ce qu'ils appellent « les trois bases possibles du pouvoir social », définies comme « contrôle de la violence, contrôle de l'information, charisme individuel » (p. 462) [32]. Une grande partie du livre est consacrée à retracer comment, dans différentes parties du monde, des parvenus ont mis la main sur une, deux, voire les trois bases, produisant un 21e siècle dans lequel quelque chose « a déraillé » (p. 104). Heureusement, disent Graeber et Wengrow, une compréhension correcte de l'histoire nous permettra de « redécouvrir les libertés qui nous font intrinsèquement humains » (p. 22) – et la vérité que « les possibilités qui s'ouvrent à l'action humaine aujourd'hui même sont bien plus vastes que nous ne le pensons souvent » (p. 660).

C'est pour ces sentiments que l'on se souviendra de Au commencement était, mais à moins que Graeber et Wengrow n'aient raison de dire que les théories alternatives des évolutionnistes sont tout bonnement fausses, ils restent de simples slogans. Mon grand problème avec Au commencement était est qu'il m'est difficile de dire si le livre aboutit ou non à réfuter l'évolutionnisme, car les auteurs n'essaient jamais réellement de faire cette démonstration. Ils nous disent que l'évolutionnisme est ennuyeux, dangereux et erroné, et fournissent des détails fascinants sur de nombreux cas qui semblent entrer difficilement dans les cadres évolutionnistes ; mais à aucun moment ils ne précisent comment il devient possible de dire que ces détails auraient franchi le seuil à partir duquel tout lecteur raisonnable devrait convenir que les principes de l'évolutionnisme ont été réfutés. C'est parce que Graeber et Wengrow n'ont pas de méthode.

Le livre du philosophe anarchiste Paul Feyerabend intitulé Contre la méthode (lui aussi un classique, hélas) est surtout célèbre pour son commentaire désinvolte selon lequel « tout est permis », mais son argument plus large pourrait fournir – et peut-être l'a-t-il fait – un modèle à Au commencement était. La science normale, affirme Feyerabend, « suppose que la 'science' réussit et qu'elle réussit parce qu'elle utilise des procédures uniformes" - mais cela "n'est pas vrai parce que de telles procédures n'existent pas ». « Dans ces conditions, demande Feyerabend, que devons-nous faire de l'exigence méthodologique selon laquelle une théorie doit être jugée par l'expérience et doit être rejetée si elle contredit des énoncés de base acceptés ? Réponse : "Cette exigence, ces théories, sont maintenant toutes considérées comme tout à fait inutiles.... La bonne méthode ne doit pas contenir de règles qui nous fassent choisir entre les théories sur la base de la falsification » [33].

Conformément à ces préceptes, Graeber et Wengrow n'ont jamais défini de méthode pour juger de l'adéquation avec les faits des théories évolutionnistes, ou de leur propre théorie alternative, et ils ont encore moins fait l'effort d'isoler des propositions testables. L'un des grands problèmes des sciences sociales est que les théories se développent régulièrement d'une manière qui rend leur mise à l'épreuve empirique difficile [34] ; mais, quels que soient leurs autres défauts, les évolutionnistes socioculturels ont évité cette faute. Si les évolutionnistes ont raison, les sociétés agricoles devraient généralement être plus inégales sur le plan politique et économique que les sociétés de chasseurs-cueilleurs, et les empires agraires devraient généralement être encore plus inégaux. Les unités résidentielles devraient être plus grands dans les sociétés agricoles que dans les sociétés de chasse-cueillette, et dans les sociétés impériales que dans les sociétés étatiques. Les grandes villes devraient être plus organisées et hiérarchisées que les petites. Les régions où l'agriculture est apparue en premier devraient également être celles où les gouvernements permanents et les villes sont apparus en premier. Et ainsi de suite.

Comment pourrions-nous savoir si les cas explorés par Graeber et Wengrow sont suffisants pour réfuter les affirmations des évolutionnistes ? Poser explicitement la question aurait été un bon point de départ, mieux suivi par la recherche de moyens afin de mesurer des variables aussi cruciales que l'inégalité politique et économique, l'échelle, l'énergie extraite par les différents modes de subsistance et la fréquence avec laquelle les gens ont remis en question le statu quo. Il serait également utile de préciser le seuil à partir duquel l'hypothèse de base de l'évolution serait réfutée. Une seule exception suffit-elle ? Deux ou trois suffisent-elles ? Ou bien les auteurs doivent-ils montrer qu'une majorité de cas ne respecte pas les règles ?

Graeber et Wengrow ne posent jamais ces questions et s'efforcent même d'éviter toute forme de mesure. J'ai trouvé particulièrement exaspérante l'absence presque totale de statistiques dans un livre qui traite en fin de compte de l'inégalité (imaginez le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty sans chiffres) [35]. La seule discussion approfondie de Au commencement était sur la quantification se situe en fait dans sa toute première note de bas de page (p. 20), consacrée à mon propre livre Foragers, Farmers, and Fossil Fuels (2015). J'y propose quelques estimations de l'inégalité économique à travers le temps, exprimées en coefficients de Gini, la mesure la plus courante dans les sciences sociales - une erreur, selon Graeber et Wengrow, car « quand on réduit l'histoire du monde à des coefficients de Gini, il en découle nécessairement des âneries » (p. 20).

Mon empressement à répondre sur ce point est peut-être dû à mon aigreur d'avoir été traité d'idiot [36], bien que je préfère me dire que la véritable raison de mon exaspération est que leur seule discussion sur les méthodes quantitatives est rien moins que désinvolte. Après avoir fait connaître leur désapprobation des coefficients de Gini, Graeber et Wengrow confondent immédiatement la question avec la critique de l'effort que j'entreprends par ailleurs pour mesurer les revenus réels moyens (exprimés en dollars internationaux de 1990, là encore l'unité la plus courante dans les sciences sociales). Ils demandent : « D'où vient ce chiffre ? » – ce qui est toujours une bonne question, bien que je dise à trois reprises dans mon livre que je me suis inspiré des calculs de l'économiste du développement Angus Maddison [37]. Graeber et Wengrow nous rappellent ensuite qu'il conviendrait d' « intégrer au calcul tout ce (...) dont les cueilleurs de ce temps-là jouissaient gratuitement », bien que ce soit exactement ce que Maddison a essayé de faire. Ces autres choses, disent Graeber et Wengrow, comprennent « la sécurité [bien que certaines, voire de nombreuses, sociétés paléolithiques semblent avoir connu des taux de mort violente d'un ordre de grandeur plus élevé que les sociétés du XXIe siècle] [38], la résolution des conflits [nous n'avons aucune idée de la manière dont ils résolvaient les conflits ou de ce que cela coûtait, mais les taux de mort violente suggèrent que cela n'a pas très bien fonctionné], l'enseignement primaire [au Paléolithique, tout le monde était analphabète], la prise en charge des aînés [la plupart des gens mouraient avant d'atteindre l'âge adulte, et la plupart des adultes mouraient avant leur cinquantième anniversaire], la médication [là encore, nous ne savons pas si elle était gratuite, mais elle n'a pas empêché ces chiffres de mortalité], sans oublier les spectacles, la musique, la transmission d'histoires orales, les offices religieux » (dont une grande partie est gratuite pour moi aussi). Même si nous accordons à Graeber et Wengrow les « cours haut de gamme qu'ils pouvaient suivre en peinture rupestre naturaliste ou en sculpture sur ivoire », ainsi que « de toutes ces fourrures animales », nous devons nous rappeler qu'à l'époque, comme aujourd'hui, il n'y avait pas de repas gratuit. Il fallait trouver et broyer des pigments, chasser les mammouths, les dépecer, découper et tanner leurs peaux, puis les coudre. Chez les Comanches du XIXe siècle, la préparation des peaux était « une succession sans fin de tâches pénibles », déléguées aux femmes et, dans la mesure du possible, aux esclaves [39].

Je ne doute pas que Graeber et Wengrow jouaient les pince-sans-rire en écrivant cette note, mais je suis heureux d'être la cible de leur ironie, car cette note, leur principale déclaration sur les méthodes quantitatives, est franchement très légère. Les auteurs n'expliquent pas non plus pourquoi ils évitent d'autres méthodes bien établies, telles que l'outil standard de l'historien qu'est le récit continu. Il n'y a tout simplement pas de méthode ici. Mais la méthode a son importance, et d'autres archéologues, plus attachés à la rigueur méthodologique, avancent actuellement des visions (évolutionnistes) très différentes de l'inégalité primordiale. Le volume édité de Timothy Kohler et Michael Smith, Ten Thousand Years of Inequality (2018), qui calcule les coefficients de Gini pour de multiples sociétés anciennes, a peut-être été publié trop tard pour que Graeber et Wengrow puissent le prendre en compte, mais les grands modèles qui émergent semblent ne pas devoir grand-chose à la volonté des peuples préhistoriques d'imaginer des possibilités différentes. Comme l'affirment depuis longtemps les évolutionnistes, l'inégalité économique s'est accrue avec l'avènement de l'agriculture, et plus rapidement lorsque les densités de population ont atteint un point tel que les pénuries de terres ont pris le pas sur les pénuries de main-d'œuvre. Elle a également augmenté davantage dans l'Ancien Monde que dans le Nouveau, principalement parce que le Nouveau Monde ne disposait pas des grands animaux de trait nécessaires pour maximiser le rendement des humains travaillant des parcelles de terre de plus en plus petites mais de plus en plus précieuses [40]. Les auteurs ont peut-être raison de dire que réduire l'histoire mondiale aux coefficients de Gini mène à des choses stupides, mais ne pas l'y réduire mène à des choses plus stupides encore.

Alors, comment résumer Au commencement était ? C'est, hélas, un classique. C'est un travail de recherche minutieux et d'une grande originalité. Il s'agit également d'un manifeste pour notre époque, qui fait appel à un passé lointain pour aborder des questions qui préoccupent profondément le public éduqué des pays riches dans les années 2020. Il s'agit probablement de l'événement éditorial le plus important dans le domaine de l'archéologie depuis des décennies, sa prose vive et engagée nous rappelant qu'il est amusant de poser les plus grandes questions de l'histoire et de tenter d'y répondre, et qu'il est merveilleux d'être archéologue. Mais en même temps, ses arguments relèvent davantage de la rhétorique que de la méthode. Il serait inspirant de penser que ce que nous n'aimons pas dans notre époque persiste uniquement parce que nous avons jusqu'à présent manqué d'imagination et de courage pour mettre en place quelque chose de meilleur à sa place. Il serait particulièrement réjouissant pour les anthropologues, les archéologues et les historiens de penser qu'en changeant la façon dont nos lecteurs perçoivent le passé lointain, nous pourrions changer ce que l'avenir nous réserve. Mais la réalité se rappelle constamment à nous. Nous faisons notre propre histoire, mais d'une manière que nous ne choisissons pas.

Notes

  1. Shanks 1996; Whitley 1996, 712.
  2. Harari 2014; Diamond 1997.
  3. Ceux qui se réclament de l'évolutionnisme socioculturel ne sont pas du tout d'accord sur la signification réelle du terme « évolutionnisme ». Dans ce qui suit, je considère que les évolutionnistes sont des chercheurs qui voient une certaine continuité conceptuelle entre l'histoire humaine et l'évolution biologique, qui considèrent que l'évolution socioculturelle est régie par des mécanismes identifiables fonctionnant un peu comme la sélection naturelle, qui considèrent que ces mécanismes impliquent l'adaptation à l'environnement, qui croient que les mécanismes opèrent sur toutes les sociétés indépendamment du temps et de l'espace, et - généralement, mais pas toujours - qui reconnaissent les étapes de l'évolution sociale et culturelle, des bandes égalitaires de chasseurs-cueilleurs aux empires agricoles hiérarchisés et aux tribus pastorales, jusqu'aux États-nations modernes fondés sur les combustibles fossiles. La littérature est énorme ; je m'appuie en particulier sur Boyd et Richerson 2005 et Messoudi 2011, ainsi que sur le récit de Trigger (1998) concernant l'histoire intellectuelle du domaine.
  4. Je n'ai relevé que très peu d'erreurs factuelles. Leur affirmation selon laquelle « les premières grandes villes, celles qui comptaient le plus grand nombre d'habitants, ne sont pas apparues en Eurasie ... mais en Méso-Amérique" (285 ; cf. 329, où « Teotihuacan ... pourrait facilement être mise sur un pied d'égalité avec Rome à l'apogée de son pouvoir impérial") semble en être une, étant donné la taille énorme (discutée ci-dessous) de sites comme Uruk, Ninive et Rome ; il en va de même pour leur commentaire selon lequel, dans le nord de la Syrie, "la culture de céréales sauvages remonte au moins à 10 000 ans avant J.-C." (234). Ils citent les arguments de Willcox et al. (2008) concernant le seigle à Abu Hureyra, mais ceux-ci ont été sérieusement ébranlés par Colledge et Conolly (2010), et soutenus par Weide et al. (2021). Cependant, ces détails n'invalident guère l'argument de Graeber et Wengrow.
  5. C'est ainsi qu'une suggestion « spéculative" selon laquelle Uruk, à Sumer, disposait d'une "autonomie démocratique" vers 3300 avant notre ère (306) se transforme en une confiance totale dans le fait qu'Uruk a bénéficié de « siècles d'autonomie collective" (380).
  6. Un exemple : leur affirmation (p. 202) selon laquelle la vie des chasseurs-cueilleurs après l'âge glaciaire s'inscrivait « sans doute dans des environnements d'abondance, et non de rareté – sur le modèle des Calusas plutôt que sur celui des !Kung ». Graeber et Wengrow ont certainement raison de dire que, chaque fois qu'ils le pouvaient, les chasseurs-cueilleurs gravitaient autour de niches riches en ressources, et certains sites mésolithiques tout à fait spectaculaires ont été découverts dans des environnements maritimes et humides assez semblables à ceux des Calusa en Floride. Cependant, ils ne tiennent pas compte du fait que la plupart des sites mésolithiques ne se trouvent pas dans des endroits aussi riches, parce que les territoites de premier choix étaient rares ; et ce que nous trouvons sur les sites typiques n'est franchement pas très excitant (Conneller 2021, en Grande-Bretagne, en est un bon exemple).
  7. Lowie 1948, 18, cité par Graeber and Wengrow, p. 144-145.
  8. Johnson and Earle 1987, 31–38; d'après Steward 1938.
  9. Hayden 2020, 289–304, fournit une discussion récente avec des références.
  10. Pettitt 2011 has a detailed account.
  11. Hayden 2014, 643.
  12. Dyson-Hudson and Smith 1978.
  13. Wobst 1978.
  14. Asouti and Fuller 2013 a été particulièrement influent. Sur la population, voir Palmisano et al. 2021.
  15. B. Smith 2001; Zeder 2012; Shennan 2018, en particulir p. 1–54.
  16. Au moins certains de ces chasseurs-cueilleurs vivaient à Göbekli Tepe même (Clare 2020), mais une grande partie des constructions et des activités rituelles ont pu avoir lieu lors de rassemblements saisonniers de groupes répartis sur une plus grande zone.
  17. L'agriculture a pénétré les îles britanniques vers 4000 avant notre ère, mais le changement climatique et le déclin des populations semblent avoir entraîné une évolution vers l'élevage après 3500 avant notre ère (Bevan et al. 2017 ; Colledge et al. 2019).
  18. Graeber et Wengrow fournissent des références pour Göbekli Tepe, Watson Brake et Poverty Point. Pour Stonehenge : Parker Pearson 2011, 135-37 ; Locqmariaquer : Cunliffe 2001, 143-51 ; Aspero, Caral, et Sechin Bajo : Malpass 2016, 53-60.
  19. Hayden 1995; Flannery et Marcus 2012, 238–43.
  20. Cunliffe 2013, 149-68, offre une bonne vue d'ensemble.
  21. J'explique les calculs qui sous-tendent ces chiffres dans Morris 2013, 144-65, complété par McMahon 2020 sur le Proche-Orient du quatrième millénaire et Gaydarska 2020 sur l'Ukraine du quatrième millénaire.
  22. Fletcher 1995 reste l'analyse classique concernant les limites de la taille des établissements.
  23. Childe 1950, à lire avec M. Smith 2009.
  24. Flannery 1998 présente un bon résumé du modèle typique.
  25. Graeber et Wengrow fournissent des références ; pour l'Afrique de l'Ouest, Monroe 2018. Je propose quelques réflexions personnelles sur les cités grecques et la théorie de l'évolution dans Morris 1997.
  26. Par exemple Tilly 1992; Flannery and Marcus 2012, 448–74; Scheidel 2013, 30–32.
  27. Tainter 1988, 3.
  28. Diamond 2005; citation de McAnany and Yoffee 2010, 11. Yoffee 2019 amplifie ce sentiment.
  29. Tainter 1988, 4, 21.
  30. McAnany and Yoffee 2010, 11. Certains historiens de l'Antiquité ont évidemment rejeté l'effondrement bien avant les anthropologues, la réaction contre le modèle de déclin et de chute de Gibbon pour l'Empire romain tardif remontant à 50 ans (en particulier Brown 1971) et celle contre les visions catastrophiques de l'effondrement mycénien à 30 ans (Papadopoulos 1993). Le nom de Gibbon est manifestement absent de la littérature anti-évolutionniste, mais pas des écrits de Tainter.
  31. Schwartz and Nichols 2006.
  32. Certains lecteurs reconnaîtront ici une référence à la typologie des sources idéologiques, économiques, militaires et politiques du pouvoir social, que l'on doit au sociologue Michael Mann (Mann 1986). On pourrait dire que Graeber et Wengrow proposent le cadre de l'IEMP de Mann sans le E.
  33. Feyerabend 2010 (première publication en 1975), 12, xx, 44, 45, respectivement. Souligné dans l'original.
  34. Gellner 1985 présente un excellent exposé de ce problème, en se concentrant sur la psychanalyse.
  35. Piketty 2014.
  36. Bien que, selon les critères de Graeber et Wengrow, il ne s'agisse que d'un coup d'épée dans l'eau. Dans leur rejet des travaux des évolutionnistes Jared Diamond, Francis Fukuyama et Steven Pinker, les auteurs nous disent qu' « à un moment donné, il faut reprendre les jouets aux enfants » (529 n.12). Même les anthropologues qu'ils approuvent, comme Pierre Clastres et Claude Lévi-Strauss, sont rabroués pour leurs faiblesses (113, 238-39).
  37. Morris 2015, 56–57, 99, 114–15; d'après Maddison 2010.
  38. Allen and Jones 2014.
  39. Gwynne 2010, 198. Dans l'Europe néolithique, la préparation des peaux était apparemment un travail féminin. (Masclans et al. 2021).
  40. Kohler et al. 2017; Kohler and Smith 2018; Bogaard et al. 2019; Fochesato et al. 2019.

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3 commentaires:

  1. Hello Christophe,

    Vraiment un super texte ! Quelques remarques au fil de ma lecture :

    * les liens internes vers les notes de bas de page ne fonctionnent pas (il faut sûrement mettre "#note9" au lieu de "note9")
    * le terme "fourrageur" m'a un peu surpris, il s'agit probablement du terme anglais "forager" ; ne faut-il pas dire "collecteurs" ?
    * « faisant une analogie avec les Nuer précoloniaux du Sud-Soudan, qui interprétaient parfois des personnes » : je ne comprends pas ce « interprétaient »
    * j'ai dû mal comprendre, mais je trouve bizarre l'allusion selon laquelle les cités grecques de l'antiquité auraient échappé à la hiérarchisation et aux inégalités. Voir https://odysseum.eduscol.education.fr/les-quatre-classes-censitaires-ta-tettara-teli pour ce qui concerne Athènes.
    * juste pour être sûr, « effondrement » traduit le mot anglais « collapse » ?

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    1. Oui, c'est un excellent texte.
      1. Certaines fonctionnent, d'autres non. Je répare.
      2. Celui-là m'a échappé. Bien sûr, c'est « chasseur-ceuilleur », ou « chasseur-collecteur »
      3. Traduction rectifiée.
      4. Je n'en sais pas plus que vous et ne comprends pas non plus.
      5. Oui !
      Merci pour votre lecture attentive !

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  2. Moi je comprends le point 4 comme un exemple de villes que l'on sait être hiérarchisées mais sans que les sources archéologiques permettent de le montrer

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