20 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Jean-Marc Pétillon

    Bon, là dessus, on peut être tran­quilles : une pop­u­la­tion où per­son­ne n’at­teint 30 ans, ça n’ex­iste pas et ça n’a jamais existé, sinon on ne serait plus là pour en causer. Et quant à “manger la viande et les légumes crus, comme au temps de la préhis­toire” — comme il est dit sur le blog vers lequel pointe le lien — on peut se ras­sur­er aus­si : ça fait quelques cen­taines de mil­lé­naires que les hominidés savent faire cuire un steak… Il faut croire que les clichés mis­éra­bilistes sur la préhis­toire ont la vie dure !

    1. Il n’y a pas que les clichés mis­éra­bilistes sur la préhis­toire qui ont la vie dure — même s’ils sont bien réels. Les clichés anti-sci­ence et anti-moder­nité, par les temps qui courent, se por­tent au moins aus­si bien… et c’est, je crois, le mérite du dessin de met­tre le doigt dessus.
      Après, je te l’ac­corde, le dessin force le trait et le blog (que je n’ai par­cou­ru que rapi­de­ment) écrit la bêtise que tu relèves. L’au­teur aurait été davan­tage inspiré d’écrire : “Et on a une espérance de vie de 30 ans” (je ne crois pas me tromper de beau­coup, si ?)

  2. Avatar de Inconnu
    Jean-Marc Pétillon

    Les clichés anti-sci­ence et anti-moder­nité sont-ils unique­ment des clichés ? On manque encore de recul, mais je serais curieux de voir la tête qu’au­ra l’e­spérance de vie des Européens dans un siè­cle si on con­tin­ue d’ac­cu­muler au même rythme autant de pol­lu­ants dans les envi­ron­nements et dans les organ­ismes. Quand il devien­dra nor­mal pour tout le monde d’avoir son pre­mier can­cer à 20 ans…Mais bref.

    Oui, une espérance de vie autour de 30 ans a été cal­culée pour des groupes de chas­seurs-col­lecteurs actuels (Hadza, Ache, Hiwi, !Kung et Agta : voir par exem­ple ici les don­nées citées ici http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1215627109). Ces chiffres sont en fait clas­siques pour des pop­u­la­tions pré­jen­ner­i­ennes, qu’elles soient chas­seurs-col­lecteurs ou non. Ils sig­ni­fient essen­tielle­ment que, dans une pop­u­la­tion igno­rant la vac­ci­na­tion (et a for­tiori la phar­ma­copée mod­erne), la mor­tal­ité infan­tile est énorme — de mémoire, la moitié des gamins meurent avant 4 ans. Ceux qui sur­vivent, en revanche, peu­vent tout à fait vivre vieux ! C’est pour ça que dire “espérance de vie à 30 ans” est très trompeur et con­duit à des erreurs, comme ce dessin le mon­tre bien. En fait dans une pop­u­la­tion de ce type très peu de gens meurent à 30 ans : en car­i­cat­u­rant énor­mé­ment, on peut dire que la moitié de la pop­u­la­tion meurt entre 0 et 3, et l’autre moitié à plus de 60, ce qui fait bien une moyenne autour de 30…

    Tout ça pour dire que la vac­ci­na­tion c’est très bien mais que l’e­spérance de vie est un indi­ca­teur qui prête à con­fu­sion.

    1. Bon­jour, c’est moi l’id­iot du vil­lage ! Et je recon­nais volon­tiers mon igno­rance sur la cuis­son de la viande au temps de l’homme préhis­torique. J’avais sim­ple­ment appris que l’homme en décou­vrant le feu et en faisant cuire la viande, celle-ci lui four­nit plus d’én­ergie que la crue, et qu’en mas­ti­quant alors plus facile­ment sa mâchoire put se réduire au prof­it de sa boite crâni­enne.
      Doré­na­vant, je mangerai mon steak à point…

      « Les clichés anti-sci­ence et anti-moder­nité sont-ils unique­ment des clichés ? On manque encore de recul, mais je serais curieux de voir la tête qu’au­ra l’e­spérance de vie des Européens dans un siè­cle si on con­tin­ue d’ac­cu­muler au même rythme autant de pol­lu­ants dans les envi­ron­nements et dans les organ­ismes. Quand il devien­dra nor­mal pour tout le monde d’avoir son pre­mier can­cer à 20 ans…Mais bref. »

      Cette dernière réflex­ion n’est-elle pas un autre cliché répan­du par les médias ?
      San­té et envi­ron­nement : fauss­es peurs et vrais risques
      http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2213

      En terme de bêtise humaine, ce n’est pas moi qui ai com­mencé cher mon­sieur !
      Le Pale­ofit­ness
      http://youtu.be/l2z2LAdO0qE

      Yves Cop­pens, réflex­ions sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et l’ac­tiv­ité humaine…
      http://www.franceinfo.fr/player/embed-share?content=1300107

    2. Avatar de Inconnu
      Jean-Marc Pétillon

      Je ne voulais pas être insul­tant ! Mais on a quand même le droit de ron­chon­ner un peu quand on voit pass­er un peu tou­jours les mêmes erreurs… Cela dit, dans ce domaine vous êtes en bonne com­pag­nie, voir par exem­ple : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Reponse_M-_Soutif.pdf (page 2, retour de l’os cru avec option “cav­erne glacée” en prime). Comme quoi on peut pos­séder suff­isam­ment de diplômes pour en retapiss­er sa cham­bre et quand même écrire des bêtis­es.

      Quand on par­le de préhis­toire auprès du pub­lic, on a régulière­ment droit aux deux réac­tions : (1) ils vivaient comme des sauvages, heureuse­ment depuis on a inven­té la Civil­i­sa­tion ; (2) ils menaient une vie sim­ple et saine, depuis la Civil­i­sa­tion nous a cor­rom­pus. Je sim­pli­fie bien sûr, mais bon, les deux images — mythiques et symétriques — reflè­tent des idées qui traî­nent dans les têtes aujour­d’hui…

    3. Ben Jean-Marc, au risque de me retrou­ver en bonne-mau­vaise com­pag­nie, le Soutif en ques­tion par­le du paléolithique en général, pas spé­ciale­ment supérieur. Sauf erreur, ils se sont bel et bien bouf­fés des os crus pen­dant un bon mil­lion d’an­nées, non ? Et sinon, j’ai vite fait par­cou­ru le texte, j’ai quand même bien peur d’être beau­coup plus d’ac­cord avec Soutif qu’avec les rédac­teurs…

    4. Avatar de Inconnu
      Jean-Marc Pétillon

      Oui oui : sauf erreur (et erreur il y a cer­taine­ment, parce que je ne suis pas spé­cial­iste de ces péri­odes et que les dates changent régulière­ment), les pre­miers représen­tants du genre Homo et les pre­miers out­ils tail­lés appa­rais­sent à ‑2.5 MA (mil­lions d’an­nées), et la pro­duc­tion du feu est indis­cutable “seule­ment” à par­tir de ‑0.5/-0.4 MA (c’est dis­cuté pour la péri­ode ‑0.8/-0.6). Donc, pen­dant 1 à 2 MA, pas de feu de camp et un régime par­tielle­ment car­ni­vore mais sans viande cuite. L’idée n’est donc pas fausse mais en fait, ce qui me gêne dans l’im­age des “mangeurs de nour­ri­t­ure crue”, c’est que :
      — elle colle à la peau du Paléolithique alors qu’elle ne cor­re­spond qu’à une par­tie de la péri­ode, et pas la plus doc­u­men­tée ;
      — elle est sou­vent employée pour don­ner une vision mis­éra­biliste de la vie au Paléo (inadap­ta­tion à l’en­vi­ron­nement, exis­tence en mode “survie”) alors que l’ab­sence de feu domes­tique n’a pas empêché les hominidés de se per­pétuer et de se dévelop­per vaille que vaille pen­dant un paquet de temps ;
      — elle est sou­vent employée avec des anachro­nismes, en asso­ciant par exem­ple un cliché du Paléo ancien (absence de feu) et un autre du Paléo supérieur (adap­ta­tion au milieu périglaciaire : les fameuses “cav­ernes glacées”) ;
      — elle est par­fois employée pour illus­tr­er des argu­men­taires car­i­cat­u­raux du type “le nucléaire ou la bougie” (exem­ple : si vous êtes con­tre les nan­otech­nolo­gies, alors vous êtes pour le retour au Paléolithique ancien) ;
      — je trou­ve que, con­sciem­ment ou non, elle fait écho à des préjugés cul­turels : la nour­ri­t­ure crue comme mar­que de la sauvagerie (alors même que dans notre pro­pre société une part non nég­lige­able de la nour­ri­t­ure, même carnée, est con­som­mée crue…).

    5. J’ai trou­vé un arti­cle (« “The Old Peo­ple Give You Life”: Aging Among !Kung Hunter-Gath­er­ers », de M.Biesele et N. How­ell) qui donne quelques chiffres sur la démoc­ra­tie des Bush­men. On est assez loin de l’idée selon laque­lle une moitié de la pop­u­la­tion mour­rait avant 30 ans, l’autre après 60.

      « Sur cent nais­sances, il y aura seule­ment env­i­ron 54 sur­vivants à 15 ans, 45 à 30 ans, 33 à 45 ans et env­i­ron 21 sur­vivront jusqu’à 60 ans. » (p. 81)

      Donc, on a bien en gros la moitié de la pop­u­la­tion qui n’at­teint pas trente ans, mais entre trente et soix­ante, il y a encore les trois cinquièmes des sur­vivants qui meurent. Résul­tat, ce n’est pas un sur deux qui atteint soix­ante, mais un sur cinq. Cela ne fait pas de ces gens âgés des cas excep­tion­nels, mais tout de même, ça reste une sélec­tion assez sévère…

    6. Autre « sta­tis­tique » : fournie par M. Shostak, dans son livre Nisa, une vie de femme tou­jours sur les Bush­men : la moitié des gens meurent avnt 15 ans (dont 20% pour la seule pre­mière année). Espérance de vie : 30 ans à la nais­sance, 55 ans à quinze ans. Et seule­ment 10% des indi­vidus atteignent 60 ans.

    7. Avatar de Inconnu
      Jean-Marc Pétillon

      Les Bush­men du 20e siè­cle, c’est bien ces gens qui vivent dans le sym­pa­thique désert du Kala­hari et qui se pren­nent dans la fig­ure depuis quelques siè­cles les bien­faits de la coloni­sa­tion ? C’est sûr que comme exem­ple d’e­spérance de vie chez des chas­seurs-col­lecteurs, on peut dif­fi­cile­ment faire pire… C’é­tait quoi l’e­spérance de vie dans un groupe de chas­seurs mésolithiques vivant dans la forêt tem­pérée européenne il y a 10 000 ans ?

    8. Les Bush­men, comme la plu­part des chas­seurs-cueilleurs mod­ernes, ne vivaient pas dans l’en­vi­ron­nement le plus hos­pi­tal­ier (je ne crois pas qu’ils aient par­ti­c­ulière­ment souf­fert, même indi­recte­ment de la coloni­sa­tion, mais peut-être que je manque sim­ple­ment d’in­fos sur le sujet). Et je ne les ai pas cités pour dire qu’ils étaient for­cé­ment représen­tat­ifs des mésolithiques européens ; je voulais juste répon­dre à ce que tu dis­ais, sur le fait que dans ce type de pop­u­la­tion, on mour­rait beau­coup en bas âge, mais qu’en­suite, on était à peu près assuré de vivre vieux.
      A présent, le mieux serait de con­sul­ter les études archéologiques, s’il y en a, sur l’âge des décès au paléolithique /​mésolithique. Mais j’imag­ine que les élé­ments dont on dis­pose sont trop lacu­naires pour con­clure quoi que ce soit d’as­suré…

    9. Avatar de Inconnu
      Jean-Marc Pétillon

      Comme je ne con­nais pas bien le sujet, j’ai un peu cher­ché, et le plus solide que j’aie pu trou­ver sur la démo­gra­phie des chas­seurs-col­lecteurs actuels est ce truc-là : http://www.anth.ucsb.edu/faculty/gurven/papers/GurvenKaplan2007pdr.pdf

      Je cite une par­tie des con­clu­sions : “Our results con­tra­dict Vallois’s claim that among ear­ly humans, “few indi­vid­u­als passed forty years, and it is only quite excep­tion­al­ly that any passed fifty,” and the more tra­di­tion­al Hobbe­sian view of a nasty, brutish, and short human life. The data show that modal adult life span is 68–78 years, and that it was not uncom­mon for indi­vid­u­als to reach these ages, sug­gest­ing that infer­ences based on pale­ode­mo­graph­ic recon­struc­tion are unre­li­able.”

      L’ar­ti­cle con­tient égale­ment des pages d’une salu­taire pru­dence sur la dif­fi­culté qu’il y a à recon­stituer la démo­gra­phie des sociétés passées sur la base des don­nées archéo. Ça me con­forte dans l’idée que, comme tu le sup­po­sais, la paléodé­mo­gra­phie est un truc à pren­dre avec de longues pincettes…

      Un peu dans le même sujet, il y a aus­si ça : http://www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1215627109
      Ce sec­ond papi­er a l’in­térêt de mon­tr­er à quel point l’amélio­ra­tion spec­tac­u­laire de l’e­spérance de vie humaine est un phénomène récent. En forçant le trait, on pour­rait dire que l’e­spérance de vie n’a pas beau­coup changé entre le Paléolithique supérieur et le 18e siè­cle, et que ni la séden­tar­ité, ni l’a­gri­cul­ture et l’él­e­vage, ni la révo­lu­tion urbaine, ni même le début de l’ère indus­trielle n’ont fon­da­men­tale­ment changé les choses de ce point de vue-là, le décol­lage se pro­duisant seule­ment dans le courant du 19e siè­cle.

      Tous ces papiers mon­trent égale­ment qu’en matière d’e­spérance de vie, il vaut mieux être un humain qu’un chim­panzé. Mais ça, c’est sans doute un préjugé anthro­pocen­triste, n’est-ce pas.

  3. Si un jour, on attrape son pre­mier can­cer à 20 ans, ce ne sera pas la faute de la sci­ence, ni même de la moder­nité — à moins qu’on entende par là la moder­nité cap­i­tal­iste. Mais juste­ment, attribuer à la moder­nité, ou pire, à la sci­ence, les tares qui sont le fruit de la seule organ­i­sa­tion sociale, c’est devenu le pont-aux-ânes de notre époque — avec pour con­séquence le fait qu’on rem­place le com­bat con­tre le cap­i­tal­isme par le com­bat con­tre la tech­nique ou la sci­ence, comme si c’é­tait la même chose. Voilà pourquoi, même si c’est une car­i­ca­ture, ce genre de dessins est salu­taire.

    Après, en ce qui con­cerne l’e­spérance de vie, on est bien d’ac­cord, à quelques nuances près peut-être. Il n’y a pas que la mor­tal­ité infan­tile qui gre­vait l’e­spérance de vie des sociétés avant le XXe siè­cle. Il y avait aus­si la mor­tal­ité en couch­es, par exem­ple. Et puis, pas (ou très peu) pour les chas­seurs-cueilleurs nomades, mais à par­tir du néolithique, les mal­adies infec­tieuses, qui pou­vaient faire des rav­ages. Soix­ante ans, chez les chas­seurs-cueilleurs, ce n’é­tait certes pas excep­tion­nel, mais c’é­tait quand même un bel âge. Chez nous, c’est devenu banal (ce qui ne l’est pas, c’est de ne pas les attein­dre). Et si, dans nos sociétés, on meurt pro­por­tion­nelle­ment beau­coup du can­cer, c’est parce qu’on boit et qu’on fume, mais aus­si, et avant tout, parce que c’est une mal­adie de l’âge et qu’on n’a plus la chance peu envi­able de mourir d’autre chose plus jeune.

    1. Avatar de Inconnu
      Jean-Marc Pétillon

      Je suis d’ac­cord que sci­ence, tech­nique et cap­i­tal­isme sont trois choses dif­férentes, mais on ne peut pas dire non plus que ces trois choses fonc­tion­nent indépen­dam­ment. Le fonc­tion­nement du cap­i­tal­isme sup­pose une cer­taine sci­ence, qui se pose cer­taines ques­tions et qui soit organ­isée d’une cer­taine manière, et une cer­taine tech­nique, qui pour­suive cer­tains buts et qui soit organ­isée d’une cer­taine manière aus­si. Et on peut dif­fi­cile­ment imag­in­er que la même sci­ence et la même tech­nique soient demain mis­es au ser­vice d’un autre type de société sans qu’on les change d’un iota. “C’est pas la faute de la sci­ence” est aus­si l’ex­cuse facile du sci­en­tifique qui tra­vaille sans se souci­er de ce que seront les appli­ca­tions de ses recherch­es (et sans se deman­der dans quelle mesure les ques­tions même qu’il se pose sont déjà con­sciem­ment ou non déter­minées par ces appli­ca­tions).
      Quant au can­cer qui serait unique­ment une mal­adie de l’âge et/​ou due à des com­porte­ments “à risque”, c’est loin d’être aus­si sim­ple — mais bon, c’est un sujet en soi…

    2. Comme quoi, il y a par­fois plus d’idées (et de sources de con­tro­ver­s­es) dans un petit dessin que dans un grand arti­cle 🙂

      Pour le can­cer, je me suis sans doute mal exprimé. Bien sûr qu’on peut chop­per des can­cers à cause d’un envi­ron­nement pol­lué. Mais ce que je voulais soulign­er, c’est d’une part qu’actuelle­ment, l’énorme majorité des can­cers ont d’autres caus­es (et que ceux qui s’ap­puient sur le nom­bre de can­cers pour dire qu’on est en moins bonne san­té qu’a­vant font une faute de logique) ; d’autre part, et surtout, que même si l’en­vi­ron­nement deve­nait pol­lué au point qu’on en meure à 20 ans, ce ne serait pas la faute de la sci­ence ou de la tech­nique, mais de l’or­gan­i­sa­tion sociale qui encour­age des entre­pris­es à pol­luer alors que la sci­ence a établi les dan­gers de cette pol­lu­tion, et que les moyens tech­niques de l’empêcher exis­tent, ou pour­raient être dévelop­pés.

      Sur les rap­ports entre sci­ence, tech­nique et cap­i­tal­isme, c’est une affaire de nuances. Je peux être d’ac­cord avec cer­taines de tes for­mu­la­tions, moins avec d’autres. Mais encore une fois, le prob­lème est de savoir quelle est la cause fon­da­men­tale de l’af­faire, et donc par quel bout il faut chang­er les choses. Or, nous vivons une (sale) époque où, con­va­in­cus qu’on ne peut pas chang­er l’or­gan­i­sa­tion sociale en l’af­frontant, toute une par­tie des gens cherchent une voie de con­tourne­ment, en croy­ant qu’en com­bat­tant des tech­niques, voire la sci­ence elle-même, ils com­bat­tent le sys­tème social. C’est une illu­sion et une impasse, à peu près du même ordre que revendi­quer le désarme­ment (des États actuels) pour met­tre fin aux guer­res.

      Et cela, sans compter que l’op­po­si­tion, franche ou ram­pante, à la sci­ence, fait beau­coup plus de dégâts dans les cerveaux que l’op­po­si­tion aux armes.

    3. Avatar de Inconnu
      Jean-Marc Pétillon

      Je ne pour­su­is pas la dis­cus­sion sur le can­cer, parce qu’elle serait sans doute longue et impro­duc­tive, mais je vous envie vos cer­ti­tudes et j’e­spère sincère­ment que vous n’au­rez pas à les révis­er.

      Sur la cri­tique de la sci­ence et de la tech­nique, je ne suis pas entière­ment d’ac­cord. Beau­coup de gens qui cri­tiquent aujour­d’hui la techno­science veu­lent vrai­ment chang­er l’or­gan­i­sa­tion sociale, et utilisent cette cri­tique de la techno­science comme un “point d’en­trée” à une cri­tique plus générale de l’or­dre établi. Et par cer­tains aspects c’est per­ti­nent. Je pense par exem­ple qu’un élé­ment essen­tiel d’une société réelle­ment démoc­ra­tique serait l’idée d’au­tolim­i­ta­tion : il y a des choses qu’il ne faut même pas essay­er de faire, parce qu’on s’ac­corde à penser qu’elles seraient très néfastes (par exem­ple con­cevoir des armes de plus en plus puis­santes). Aujour­d’hui, l’idée qui pré­vaut dans les labos, c’est l’in­verse : il n’y a aucune rai­son de ne pas faire quelque chose qu’on peut faire (quoi que ce soit, du moment qu’on trou­ve assez de finance­ments). On est dans le fan­tasme de la toute-puis­sance. Que des gens — en par­ti­c­uli­er des sci­en­tifiques — se ren­dent compte que ce fonc­tion­nement-là est incom­pat­i­ble avec une démoc­ra­tie réelle (et, au con­traire, pro­fondé­ment cohérent avec l’or­gan­i­sa­tion sociale actuelle) et oeu­vrent pour chang­er les choses dans le champ sci­en­tifique, je ne vois pas en quoi c’est une illu­sion et une impasse.

      Par ailleurs, je ne vois pas bien ce qui sig­ni­fierait “affron­ter (directe­ment) l’or­gan­i­sa­tion sociale” dans la sit­u­a­tion actuelle. Je me trompe sans doute, mais cette cri­tique-là me fait un peu trop penser à ce que dis­aient cer­tains mil­i­tants devant les luttes fémin­istes ou les luttes pour les droits civiques : ces oppres­sions spé­ci­fiques (sex­isme, racisme) sont liées au cap­i­tal­isme et dis­paraîtront avec lui, donc c’est le cap­i­tal­isme qu’il faut affron­ter, pas les oppres­sions spé­ci­fiques. Moi j’ai ten­dance à penser que toute lutte d’é­man­ci­pa­tion (quand c’en est vrai­ment une) est bonne à pren­dre, mais on ne sera peut-être pas d’ac­cord là-dessus…

  4. Avatar de Inconnu
    Mita Ghoulier

    Les tech­niques créent du social et le mod­i­fient… il n’y a pas de sépa­ra­tion entre social, tech­nique et sci­ence. Et vouloir mod­i­fi­er une cer­taine façon de faire de la sci­ence ou de la tech­nique, remet­tre en ques­tion cer­taines “avancées sci­en­tifiques” n’est pas une mise à mort de la sci­ence ou de la tech­nique ni une plongée dans l’ob­scu­ran­tisme. Si l’on veut sor­tir de cette (sale) époque il faut en affron­ter toute sa com­plex­ité… c’est pas gag­n­er c’est sûr.

  5. Je ne con­nais pas cinquante façons de « faire de la sci­ence ». Que voulez-vous mod­i­fi­er, et pour le rem­plac­er par quoi ? Et que désig­nent exacte­ment les guillemets qui enca­drent cer­taines avancées sci­en­tifiques ?

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