Préhistoire de la violence et de la guerre (Marylène Patou-Mathis)

Je dois bien l’avouer : c’est avec quelques préven­tions que j’ai entre­pris la lec­ture de cet ouvrage paru l’an dernier, et qui a ren­con­tré un cer­tain écho médi­a­tique. L’in­ter­view que l’au­teure avait don­né à France Cul­ture ne m’avait lais­sé augur­er rien de bon. Hélas, le livre a dépassé mes pires craintes.
La thèse prin­ci­pale peut être résumée ain­si : con­traire­ment à une vision com­plaisam­ment entretenue, l’Homme n’est pas vio­lent par nature et dans toutes les sociétés. La vio­lence et la guerre, tout comme l’iné­gal­ité, la hiérar­chie ou l’op­pres­sion des femmes, ne sont apparues qu’avec la Révo­lu­tion néolithique (voire, bien après). Aupar­a­vant, durant la péri­ode paléolithique – de loin, la plus longue de l’aven­ture humaine – il y avait certes quelques cas de bru­tal­ités inter­per­son­nelles, mais pas de guer­res ; il y avait « agres­siv­ité », mais pas « vio­lence » (p. 157–158).
De telles affir­ma­tions, qui ont été large­ment dis­cutées depuis plus d’un siè­cle, sont très loin de s’im­pos­er comme des évi­dences. L’archéolo­gie, mais aus­si l’eth­nolo­gie, a accu­mulé de nom­breux élé­ments per­me­t­tant de penser le con­traire. Bien sûr, M. Patou-Math­is a le droit de défendre une opin­ion minori­taire [EDIT du 10/​11/​2020 : je refor­mulerai en « opin­ion qui ne fait pas l’u­na­nim­ité »] ; encore faudrait-il que son exposé présente et réfute les élé­ments qui mili­tent con­tre sa thèse. Mais tel n’est pas le cas ; le plus sou­vent, ces élé­ments sont ignorés (et, en au moins une occa­sion, sci­em­ment dis­simulés).

La démon­stra­tion du pro­pos s’ef­fectue en trois temps. Tout d’abord, une revue des élé­ments archéologiques – la dis­ci­pline pre­mière de l’au­teure. Ensuite, une série de réflex­ions emprun­tant à l’an­thro­polo­gie sociale, à l’eth­nolo­gie et à la soci­olo­gie. Enfin, une revue des argu­ments liés à la biolo­gie évo­lu­tion­niste (sur lesquels je resterai muet, faute de com­pé­tences). Le livre se ter­mine par une revue de la con­struc­tion, savante et pro­fane, du mythe du prim­i­tif vio­lent et sex­iste depuis le XVI­I­Ie siè­cle, avant de con­clure sur le statut de la vio­lence dans notre pro­pre société.

Quelques remarques générales

Deux écueils symétriques sem­blent guet­ter archéo­logues et préhis­to­riens.
Le pre­mier est de se can­ton­ner aux résul­tats tech­niques de leur dis­ci­pline. La plu­part des pub­li­ca­tions, arti­cles ou livres, décrivent ain­si minu­tieuse­ment le pro­duit de telle ou telle fouille, inven­to­ri­ant restes humains et objets, dis­cu­tant patiem­ment mil­limètres, data­tions ou traces d’usure. De tels travaux sont évidem­ment indis­pens­ables. Ils for­ment le sub­strat sans lequel aucune réflex­ion sérieuse ne peut s’éd­i­fi­er. Mais le non-spé­cial­iste ne peut que sor­tir frus­tré (et sou­vent, un peu rebuté) d’une lec­ture aride, qui ne répond en défini­tive pas à la ques­tion fon­da­men­tale : com­ment vivaient ces gens ?
Aus­si, cer­tains auteurs ten­tent-ils, et c’est tout à leur hon­neur, de dépass­er ce matéri­au pour l’in­ter­préter, c’est-à-dire pour recon­stituer les struc­tures sociales, les moti­va­tions, les com­porte­ments et les croy­ances de ceux qui nous ont lais­sé ces traces matérielles. Mais là, sans une vig­i­lance, une rigueur et une pru­dence de tous les instants, l’ex­er­ci­ce quitte très vite le ter­rain de la sci­ence pour som­br­er dans des développe­ments à pré­ten­tion plus ou moins savante, mais où l’on peut dire sans risque à peu près tout, n’im­porte quoi et son con­traire. Avec de sur­croît la cer­ti­tude que cer­taines fables seront crues, non parce qu’elles sont vraies, ou mêmes vraisem­blables, mais parce qu’elles racon­tent une his­toire qui plaît.
Pour le dire tout net, c’est l’im­pres­sion qui se dégage du livre de Marylène Patou-Math­is. Celui-ci y ajoute le défaut courant, mais néan­moins fort désagréable, con­sis­tant à rem­plac­er une réelle réflex­ion par une accu­mu­la­tion de références enfilées comme des per­les sur une sépul­ture sibéri­enne. Ain­si à pro­pos du sac­ri­fice :
Deux thès­es s’op­posent : d’une part, celle qui perçoit le sac­ri­fice d’une vic­time comme un échange entre les Hommes et les êtres sur­na­turels aux­quels ils croient – réac­tu­al­i­sa­tion des mythes fon­da­teurs de l’o­rig­ine de la créa­tion du monde ou du groupe – (Hocart, Tylor, Hen­ri Hubert et Mauss) et, d’autre part, celle qui sou­tient que le sac­ri­fice per­met de résoudre les crises qui survi­en­nent au sein de la com­mu­nauté (Girard). Dans le pre­mier cas, la vic­time mise à mort rit­uelle­ment passerait donc du domaine pro­fane au domaine sacré (voire divin) créant ain­si un lien entre ces deux domaines dis­tincts mais indis­so­cia­bles. Mais, pour l’an­thro­po­logue belge Mar­cel Deti­enne, cette thèse est trop glob­al­isante et empreinte de l’héritage judéo-chré­tien. De même, con­traire­ment à Freud et à Durkheim qui voient dans le sac­ri­fice l’o­rig­ine de la reli­gion, du sacré et donc de l’in­sti­tu­tion totémique, Lévi-Strauss récuse l’étab­lisse­ment de toute rela­tion causale entre totem et sac­ri­fice. (p. 90)
Que peut retir­er le lecteur d’un tel défilé, si ce n’est qu’on cherche non à l’in­stru­ire, mais à l’im­pres­sion­ner à bon compte ?
Au demeu­rant, l’au­teure adopte sys­té­ma­tique­ment des déf­i­ni­tions élas­tiques ou con­tra­dic­toires qui inter­dis­ent toute rigueur à ses développe­ments. Citons ain­si le sac­ri­fice (plus pré­cisé­ment, les « rites sac­ri­fi­ciels ») au rang duquel est comp­tée (p. 89) « l’exé­cu­tion d’une jus­tice vin­di­ca­toire ». Cela a à peu près autant de sens que con­sid­ér­er comme un rite sac­ri­fi­ciel l’usage de la guil­lo­tine durant la révo­lu­tion Française ou de l’in­jec­tion létale dans l’Amérique con­tem­po­raine. Par ailleurs, on apprend égale­ment que les guer­ri­ers et les esclaves de l’Age du Bronze for­maient des « castes » (p. 64–67) . Quel sens pré­cis ce terme est-il cen­sé recou­vrir, et com­ment, en l’ab­sence d’écri­t­ure, l’in­for­ma­tion est-elle par­v­enue jusqu’à l’au­teure, nul ne le saura. Au pas­sage, la présence d’esclaves avant cette péri­ode est niée (p. 66), en vio­la­tion fla­grante d’in­nom­brables occur­rences eth­nologiques. Men­tion­nons égale­ment un mys­térieux « tabou du meurtre » présen­té comme un fait indis­cutable (p. 53), alors qu’à ma con­nais­sance, un tel tabou général n’a été relevé dans aucune société.
Le même flou pré­side aux con­cepts qui for­ment le thème cen­tral du livre, à savoir ceux de la vio­lence et, surtout, de la guerre. S’agis­sant de sociétés sans États, définir la guerre et cern­er en quoi elle se dis­tingue de sim­ples affron­te­ments entre per­son­nes est sans aucun doute une tâche dif­fi­cile. Encore ne faut-il pas, si l’on en fait le sujet prin­ci­pal d’un livre, esquiver le prob­lème, glan­er quelques déf­i­ni­tions dans la lit­téra­ture et pass­er à la suite comme si on l’avait résolu avant même de l’avoir traité. C’est pour­tant ce que fait l’au­teure dans son intro­duc­tion, où après avoir passé en revue, sans les départager, quelques car­ac­téris­tiques sup­posées des guer­res prim­i­tives (non sans avoir ver­sé une bonne dose de « rite » au pas­sage), elle con­clut aus­sitôt que de toutes façons, chez les chas­seurs-cueilleurs :
les con­flits étaient brefs et peu sanglants ; ils ces­saient sou­vent lorsqu’un homme était tué, voire seule­ment blessé.
Le lecteur fini­ra ain­si l’ou­vrage en ayant lu à de mul­ti­ples repris­es que la guerre était incon­nue durant le Paléolithique, où seuls pou­vaient à la rigueur sur­venir des con­flits inter­per­son­nels. Mais il n’au­ra pas lu une ligne expli­quant pré­cisé­ment ce qu’est la guerre, ce qui la rap­proche ou l’op­pose à ces con­flits inter­per­son­nels. Au pas­sage, on remar­quera que cette oppo­si­tion entre guerre et con­flits inter­per­son­nels ne peut se fonder sur le fait que ceux-ci seraient « brefs et peu sanglants ». On a certes du mal à imag­in­er des guer­res sans morts (encore qu’on pour­rait citer la « drôle de guerre » de 1939–1940), mais il existe incon­testable­ment des guer­res cour­tes. Inverse­ment, les con­flits inter­per­son­nels, sous la forme de la vendet­ta, ont pu par­fois s’é­ten­dre sur des généra­tions et décimer leurs pro­tag­o­nistes.
Le texte, donc, ne s’embarrasse pas de ces con­sid­éra­tions. N’ayant nulle part défi­ni ce qu’est une guerre, il peut d’au­tant plus facile­ment proclamer son absence avant la sur­v­enue du Néolithique, voire de l’Âge du bronze.

Archéologie de la violence au Paléolithique

À l’ap­pui de cette affir­ma­tion, on trou­ve trois argu­ments archéologiques prin­ci­paux.

Un os dans les squelettes ?

Les crânes d’Ofnet, qui témoignent
d’un mas­sacre com­mis au Néolithique
Le pre­mier porte sur le (très) faible nom­bre de cadavres présen­tant, au Paléolithique, des indices de mort vio­lente, alors que le nom­bre de meurtres, en par­ti­c­uli­er de meurtres col­lec­tifs, aug­mente sig­ni­fica­tive­ment au Néolithique, et con­tin­ue à pro­gress­er avec les âges des métaux.
Présen­té ain­si, l’ar­gu­ment impres­sionne. Il est en réal­ité très faible.
  1. Pour com­mencer, la moin­dre des choses serait de raison­ner non en chiffres abso­lus, mais en pour­cent­ages. Le nom­bre de sépul­tures paléolithiques étant infin­i­ment moin­dre que celui des sépul­tures néolithiques (ce que l’au­teure omet de pré­cis­er), il n’est en soi guère éton­nant de trou­ver plus de morts vio­lentes dans les sec­on­des que dans les pre­mières.
  2. Au demeu­rant, la seule fois où des chiffres sont four­nis, à savoir dans la note 2 de la page 177, ceux-ci ne plaident nulle­ment pour la thèse du livre. On lit en effet que dans le sud-ouest de la France, sur 165 cadavres datant du Paléolithique supérieur, seuls deux « attesteraient de con­flits ». « Deux en 20 000 ans », s’ex­clame M. Patou-Math­is afin de soulign­er la faib­lesse du chiffre. Mais rap­porter les deux cas aux 20 000 ans n’a aucun sens : le seul rap­port sig­ni­fi­catif est celui de 2/​165 (le nom­bre de squelettes étudiés). Cela voudrait dire qu’à cette péri­ode, une per­son­ne sur 80 serait morte suite à un con­flit. Je doute fort que l’échan­til­lon soit suff­isant pour établir une sta­tis­tique fiable. Mais quitte à con­clure quelque chose, il faudrait bien plutôt déduire qu’une mort par homi­cide pour 80 per­son­nes est un taux bien élevé pour une société « paci­fique ».
  3. M. Patou-Math­is souligne, à juste titre, que toute mort par trau­ma n’est pas néces­saire­ment le résul­tat d’un con­flit : les acci­dents de chas­se, par exem­ple, peu­vent se traduire par un résul­tat sim­i­laire. Mais il serait tout aus­si néces­saire de soulign­er que toute mort vio­lente ne se traduit pas néces­saire­ment sur le squelette. Une lance ou une sagaie dans le ven­tre, par exem­ple, peut laiss­er les os par­faite­ment intacts.
Au total, la seule con­clu­sion raisonnable qui devrait se dégager de cela est que la pru­dence s’im­pose ; que les sociétés du Paléolithique européen n’ig­no­raient man­i­feste­ment pas la vio­lence physique ; mais qu’il n’est guère pos­si­ble, étant don­né la somme des incer­ti­tudes, d’en cern­er l’am­pleur, et moins encore les modal­ités, sur la base des seuls élé­ments livrés par les squelettes.

De l’art… de citer une référence

Le deux­ième argu­ment archéologique invo­qué par M. Patou-Math­is sem­ble tout aus­si défini­tif : l’art paléolithique (européen) ne représente aucune scène de vio­lence. En cela, il se dis­tingue rad­i­cale­ment de l’art néolithique, en par­ti­c­uli­er sur la côte méditer­ranéenne espag­nole. C’est absol­u­ment vrai… et pour cause : l’art paléolithique européen ne fig­ure ni scènes, ni êtres humains, un « détail » que l’au­teure passe allè­gre­ment sous silence. Cette manière d’in­ter­préter, selon la for­mule con­sacrée, l’ab­sence de preuves comme la preuve de l’ab­sence, est sys­té­ma­tique tout au long du livre, et per­met d’in­stru­ire le dossier du Paléolithique entière­ment à décharge.
Pire encore à la page 155–156, tout à la fin du livre, lorsque sont enfin évo­qués d’autres arts de chas­seurs-cueilleurs nomades, en l’oc­cur­rence Bush­men (ou San) et Aus­traliens, qui eux, met­tent en scène des per­son­nages. On lit alors que :
les pein­tures rupestres réal­isées par les San d’Afrique du Sud mon­trent des scènes de com­bat entre ces chas­seurs-cueilleurs nomades et des éleveurs blancs séden­taires, con­flits provo­qués par des rap­ines de trou­peaux. De même, dans l’art par­ié­tal des chas­seurs-cueilleurs aus­traliens, les scènes de com­bat sont rares et, quand elles exis­tent, elles fig­urent des con­flits entre des agricul­teurs ou des colons. (p. 155–156)
La scène cen­trale du site de Bat­tle Cave
(d’après Camp­bell, 1986)
Or, les pein­tures rupestres des San com­por­tent bel et bien plusieurs représen­ta­tions d’af­fron­te­ments entre San. La plus célèbre est celle de « Bat­tle Cave », dans le Drak­ens­berg. On a le droit de penser que cette pein­ture puisse ne pas représen­ter un con­flit réel (c’est par exem­ple la posi­tion de C. Camp­bell, dans son arti­cle de 1986, « Images of War : A Prob­lem in San Rock Art Research », World Archae­ol­o­gy, Vol. 18, No. 2). Mais on n’a pas le droit, lorsqu’on pré­tend faire œuvre sci­en­tifique, de nier son exis­tence.
Pire encore, à l’ap­pui de l’af­fir­ma­tion sim­i­laire con­cer­nant les Aborigènes d’Aus­tralie, on trou­ve l’ar­ti­cle écrit par P. Taçon et C. Chip­pin­dale en 1994, « Aus­tralia ancient war­riors : Chang­ing depic­tions of fight­ing in the rock art of Arn­hem land, N. T. », Cam­bridge Archae­o­log­i­cal Jour­nal, 4 (2), p. 211. Or, en voici les pre­mières phras­es du résumé rédigé par les auteurs eux-mêmes (et vis­i­ble en anglais via ce lien) :
Les fig­u­ra­tions de scènes de batailles, d’escar­mouch­es et de com­bat rap­prochés sont rares dans l’art des chas­seurs-cueilleurs et, lorsqu’elles exis­tent, elles résul­tent le plus sou­vent du con­tact avec des agricul­teurs ou des envahisseurs indus­tri­al­isés. Dans la région de la Terre d’Arn­hem des Ter­ri­toires du Nord aus­traliens, nous avons doc­u­men­té les rares fig­u­ra­tions de com­bats, et pou­vons mon­tr­er qu’il existe une longue tra­di­tion d’art guer­ri­er. Au moins trois phas­es ont été iden­ti­fiées et dans cha­cune d’en­tre elles, on voit com­bat­tre des groupes de chas­seurs-cueilleurs. Les plus anci­ennes datent d’au moins 10 000 ans, et con­stituent les plus vieilles fig­u­ra­tions de com­bats au monde (…).
Alors, soit M. Patou-Math­is référence cet arti­cle sans en avoir lu davan­tage que la pre­mière phrase du résumé. Soit, et c’est plus vraisem­blable, elle a pour­suivi sa lec­ture, et a choisi d’en trav­e­s­tir sci­em­ment le con­tenu.

…et de celui des omissions

Un Tlin­git (chas­seurs-cueilleurs séden­taires
de la Côte Nord-Ouest)
avec arc, casque et armure… non métalliques
(dessin du XVI­I­Ie siè­cle)
Dernier élé­ment de preuve archéologique, que M. Patou-Math­is, sans le traiter sys­té­ma­tique­ment, abor­de à plusieurs repris­es : celui de l’arme­ment. Dis­tinguer, a pos­te­ri­ori, une arme de chas­se d’une arme de guerre soulève bien des dif­fi­cultés. Il serait fal­lac­i­eux, parce que l’on retrou­ve des pointes de sagaies ou des propulseurs, et que ceux-ci peu­vent être des armes de com­bat, d’en déduire ipso fac­to que les peu­ples du Paléolithique se fai­saient la guerre. Mais il est tout aus­si fal­lac­i­eux, parce que ces usten­siles peu­vent servir à autre chose qu’à com­bat­tre, d’en déduire qu’ils ne la fai­saient pas ! C’est pour­tant le sens de l’ar­gu­men­ta­tion de M. Patou-Math­is, qui écrit par exem­ple que :
Ce n’est qu’à l’Âge du Bronze qu’ap­pa­rais­sent les véri­ta­bles armes de guer­res offen­sives (hache de com­bat, épée, etc.) mais aus­si défen­sives (boucli­er, casque, etc.) et ce sont elles qui dis­tinguent véri­ta­ble­ment le chas­seur du guer­ri­er. (p. 148)
Cette phrase appelle au moins trois remar­ques.
  1. le mot « appa­rais­sent » con­fond ici volon­taire­ment l’ap­pari­tion dans la réal­ité et celle dans les fouilles archéologiques. Or, les deux choses sont très dif­férentes, ce que sait tout archéo­logue. Si durant 10 000 ou 20 000 ans l’on fab­ri­quait des épées ou des boucli­er en bois, des casques et des armures en fibres et en tis­su, ces objets n’ont presque aucune chance d’être retrou­vés aujour­d’hui par les archéo­logues… qui par­leront de leur « appari­tion » (dans les sites fouil­lés !) dès lors qu’ils seront fab­riqués en métal.
  2. Or, de mul­ti­ples cas ethno­graphiques mon­trent qu’on peut fab­ri­quer des armes (dont des épées), des casques et des boucliers dès le stade paléolithique ; c’est le cas, entre autres, en Aus­tralie ou sur la Côte Nord-Ouest. Bien avant l’Âge du bronze, ces peu­ples pos­sé­daient des out­ils exclu­sive­ment des­tinés au com­bat con­tre d’autres êtres humains, une infor­ma­tion que l’on cherchera en vain dans le livre.
  3. Enfin, si le boucli­er ou l’arme de guerre dis­tingue la guerre de la chas­se, elle ne dis­tingue nulle­ment le « guer­ri­er » du « chas­seur ». Le fait qu’un Aborigène aus­tralien pos­sède un boucli­er et des sagaies par­ti­c­ulières (bar­belées) pour la guerre ne lui fait nulle­ment aban­don­ner sa con­di­tion de chas­seur. Ce glisse­ment séman­tique n’est pas anodin : il est là pour accréditer l’idée que la guerre authen­tique n’a existé que tar­di­ve­ment, avec la spé­cial­i­sa­tion d’une par­tie de la société dans l’ac­tiv­ité mil­i­taire.

L’ethnologie sous le tapis

De manière plus générale, il est remar­quable de voir à quel point le livre passe presque totale­ment sous silence les innom­brables affron­te­ments observés chez des chas­seurs-cueilleurs nomades, sauf pour les évac­uer en les met­tant sur le compte de l’in­flu­ence occi­den­tale. C’est oubli­er qu’une par­tie non nég­lige­able de ces obser­va­tions a pu être effec­tuée chez des peu­ples qui n’é­taient pas, ou très peu, soumis à cette influ­ence – c’est d’ailleurs l’un des thèmes récur­rents de ce blog, depuis les réc­its de Hans Staden ou Hele­na Valero en Ama­zonie, à ceux de Pel­leti­er, de Morill ou de Buck­ley en Aus­tralie.
Il serait bien sûr pos­si­ble, bien que je ne voie guère avec quels argu­ments, de con­tester la valid­ité de ces témoignages, d’ex­pli­quer en quoi ils sont des illu­sions ou des arte­facts, qui les ren­dent non sig­ni­fi­cat­ifs de la réal­ité pro­pre de ces sociétés. Encore faudrait-il men­er la dis­cus­sion, ce que le livre de M. Patou-Math­is ne fait pas.
Pour ter­min­er sur ce point, ajou­tons que les sociétés de chas­seurs-cueilleurs où il sem­ble le moins pos­si­ble de par­ler de guer­res (je pense par exem­ple aux Bush­men ou aux Inu­its des régions cen­trales) n’avaient rien, pour autant, de par­adis paci­fistes. Selon les pro­pres chiffres de Richard B. Lee, peu sus­pect d’an­tipathie à l’é­gard de ces « gens inof­fen­sifs », le taux d’homi­cide chez les Bush­men était plusieurs fois supérieur à celui des pays occi­den­taux mod­ernes. Quant à la société Inu­it, toute l’eth­nolo­gie con­corde sur le nom­bre très impor­tants de meurtres qui y étaient com­mis. Alors, encore une fois, on ne peut pas a pri­ori écarter la thèse selon laque­lle cette vio­lence était due à des fac­teurs récents et extérieurs à ces sociétés. Encore faudrait-il que cette thèse soit présen­tée et argu­men­tée, et non intro­duite en fraude comme c’est le cas ici.

Le Paléolithique : au bonheur des dames ?

Si le pro­pos prin­ci­pal de l’ou­vrage con­cerne la vio­lence et la guerre, un sec­ond thème, plus sur­prenant, est large­ment présent et s’en­tremêle avec le précé­dent : il s’ag­it des rap­ports entre les sex­es. Là encore, et peut-être même davan­tage, on ne peut qu’être sur­pris par la per­spec­tive totale­ment biaisée adop­tée par l’au­teure.

Le retour du matriarcat primitif

M. Patou-Math­is reprend à son compte la thèse du « matri­ar­cat prim­i­tif », puisant ses références chez Bachofen, Mor­gan, Engels (à maintes repris­es), Gimbu­tas et même dans le très mau­vais livre d’Eve­lyn Reed, bom­bardée à titre posthume et pour les besoins de la cause « philosophe des sci­ences » – une « infor­ma­tion » man­i­feste­ment tirée de l’ar­ti­cle français de wikipedia qui lui est con­sacré (p. 87). Et même si à l’oc­ca­sion, elle prend quelque dis­tance avec tel ou tel argu­ment, la trame glob­ale reste celle d’une émer­gence tar­dive de la dom­i­na­tion mas­cu­line, cor­rélée à celle de la recon­nais­sance de la pater­nité, de la vio­lence col­lec­tive et de la guerre. On lit ain­si :
Il est prob­a­ble que les pre­miers humains, à cause des neuf mois qui sépar­ent l’acte sex­uel de la nais­sance d’un enfant, n’avaient pas con­science des fonc­tions des deux sex­es dans la pro­créa­tion (…) Dans la promis­cuité de la « horde prim­i­tive , seule la fil­i­a­tion mater­nelle pou­vait être prou­vée, déter­mi­nant ain­si l’émer­gence de la société matril­inéaire, voire du matri­ar­cat. (p. 79–80)
Que les « pre­miers humains » (il y a quelques cen­taines de mil­liers d’an­nées) aient ignoré le rôle des rap­ports sex­uels dans la grossesse, c’est une évi­dence. Mais que cette igno­rance se soit pro­longée jusqu’au Paléolithique supérieur et qu’elle explique la mise en place, puis le main­tien, de struc­tures matril­inéaires, voilà qui l’est beau­coup moins. L’au­teure ignore (ou feint d’ig­nor­er) qu’au­cun peu­ple con­nu ne niait le rôle de la pater­nité dans la con­cep­tion. Elle ignore aus­si (ou feint d’ig­nor­er) que pour qu’une société soit matri- ou patril­inéaire, encore faut-il qu’elle soit « unil­inéaire », c’est ‑à-dire struc­turée en groupes de par­en­té dont l’ap­par­te­nance se trans­met par un seul des deux par­ents. Les Bush­men ou les Inu­its, par exem­ple, dépourvus de groupes de par­en­té, n’é­taient ni matri, ni patril­inéaires.
On ne s’é­ton­nera donc pas d’ap­pren­dre que « le patri­ar­cat établit le lien entre le coït et la grossesse. Dès lors, pour les hommes, l’as­sur­ance de la trans­mis­sion des biens à leurs enfants devient une pri­or­ité. » (p. 85), chose dont il eut fal­lu informer tous ces peu­ples qui étab­lis­saient par­faite­ment la pater­nité, mais qui n’en tenaient sim­ple­ment pas compte pour le rat­tache­ment des enfants aux groupes de par­en­té, pour l’héritage des biens, ou les deux à la fois.
L’af­faire est donc établie : l’hu­man­ité paléolithique vivait non seule­ment dans la paix, mais aus­si dans le matri­ar­cat, ceci expli­quant cela. Bien sûr, il est quelques esprits cha­grins, et peut-être : « l’homme a de tous temps dom­iné la femme, comme le sous-enten­dent cer­tains anthro­po­logues et soci­o­logues. » (p. 76). Mais ces anthro­po­logues ne « sous-enten­dent » rien : ils affir­ment haut et fort, sur la base d’un cer­tain nom­bre d’élé­ments qu’on cherchera en vain dans le livre. Sans par­ler du fait que nier que les femmes aient pu domin­er les hommes ne revient pas à affirmer que partout et de tout temps, les hommes ont dom­iné les femmes. Pour­suiv­ons :
Si l’ex­is­tence de sociétés matril­inéaires est générale­ment accep­tée, celle de sociétés matri­ar­cales stric­to sen­su fait débat. (…) cepen­dant, de récentes recherch­es archéologiques, en par­ti­c­uli­er celles de Gimbu­tas sem­blent con­firmer l’ex­is­tence de sociétés matri­ar­cales. (p. 83)
Mar­i­ja Gimbu­tas,
pho­tographiée en 1993 par Mon­i­ca Boirar
L’ex­is­tence de société matril­inéaires n’est pas « générale­ment accep­tée » : c’est un fait qui n’a, je crois, jamais été con­testé par per­son­ne. Mais cette erreur n’est là que pour intro­duire en miroir l’idée d’un pré­ten­du débat autour de l’ex­is­tence du matri­ar­cat au sens strict. Or, ce débat est clos depuis fort longtemps. Quant à présen­ter des résul­tats archéologiques (si « récents » qu’il sont le fait d’une chercheuse décédée à 73 ans en 1994) comme prou­vant l’ex­is­tence du matri­ar­cat, c’est accorder à l’archéolo­gie un pou­voir qu’elle n’a pas : celui de recon­stituer, via des élé­ments matériels non écrits, des struc­tures sociales. Les inter­pré­ta­tions de Gimbu­tas ont d’ailleurs été maintes fois cri­tiquées. Pour faire bonne mesure, M. Patou-Math­is con­voque égale­ment Jean­nine Davis-Kim­ball, archéo­logue ayant fouil­lé de nom­breuses sépul­tures Sauro-sar­mates, et Cai Hua, l’eth­no­logue qui a étudié les Na de Chine. Tous deux sont séance ten­ante présen­tés comme des ten­ants du matri­ar­cats, bien que leurs écrits stip­u­lent très claire­ment le con­traire.
Mais qu’im­porte ; nous voilà assurés de l’ex­is­tence passée de ces :
sociétés matri­ar­cales [qui] ont sou­vent été décrites comme fort peu hiérar­chisées, égal­i­taires (notam­ment entre les sex­es, même si la prépondérance était accordée au féminin en rai­son du culte de la fécon­dité), et car­ac­térisées par l’en­traide mutuelle, la mise en com­mun des biens, une sex­u­al­ité non répres­sive et une divi­sion du tra­vail indépen­dante du genre (cer­taines femmes pou­vant être coop­tées par les chas­seurs). En out­re, les sociétés matri­ar­cales, con­traire­ment aux sociétés patri­ar­cales, seraient paci­fiques. (p. 70)
Le fait que dans le pré­ten­du matri­ar­cat Na, un tiers de la pop­u­la­tion occu­pait un statut assim­ilé au ser­vage ne trou­blera bien sûr pas ces pais­i­bles cer­ti­tudes. Et pas davan­tage, celui que la plus emblé­ma­tique des sociétés dites matri­ar­cales, celle des Iro­quois, était une machine de guerre qui a semé durant des décen­nies la ter­reur dans les tribus envi­ron­nantes, entre­tenant une tra­di­tion d’épou­vanta­bles tor­tures sur les pris­on­niers, hommes ou femmes.

La division sexuelle du travail

Il serait toute­fois injuste d’ac­cuser le livre de ne repren­dre que des idées déjà avancées et réfutées depuis longtemps. Une touche d’o­rig­i­nal­ité est apportée par son traite­ment de la divi­sion sex­uelle du tra­vail, un phénomène dont le lecteur aura bien du mal à déter­min­er l’an­ci­en­neté. On com­mence en effet par appren­dre que « par­mi les peu­ples chas­seurs-cueilleurs, la répar­ti­tion des tâch­es ressort claire­ment », et donc qu’elle « serait, d’après les obser­va­tions ethno­graphiques, très anci­enne » (p. 70). Seule­ment, voilà : « Aucune preuve archéologique ne per­met de con­clure à cette dichotomie dans les sociétés paléolithiques » (p. 70). Exit donc les élé­ments qui plaident en ce sens, et qui ne seront pas évo­qués (pour une présen­ta­tion de ces élé­ments, je ren­voie par exem­ple à cet exposé de Jean-Marc Pétil­lon).
Et puisqu’on y est, autant faire bonne mesure et min­imiser dans le même élan la pro­fondeur de la divi­sion sex­uelle du tra­vail con­statée dans l’archéolo­gie néolithique. Par con­séquent :
D’après les don­nées archéologiques, c’est à l’Âge du Bronze que la dual­ité homme-femme s’ac­centue. (p. 72)
Cette idée (avancée sans la moin­dre preuve, et pour cause) n’est évidem­ment pas gra­tu­ite. Ayant sug­géré un peu plus haut que « pour cer­tains chercheurs [lesquels, on ne le saura pas] cette divi­sion sex­uée du tra­vail serait la cause ou la con­séquence de la vio­lence [cause ou con­séquence, qu’im­porte, pourvu qu’il y ait un lien !] » (p. 70), il faut bien rabouter les morceaux : puisque la guerre est sup­posée être tar­dive, il faut bien que la divi­sion sex­uelle du tra­vail le soit aus­si. Et donc à l’âge du Bronze, « en même temps (…) la guerre s’in­sti­tu­tion­nalise. La dif­férence des gen­res avec son corol­laire, la sub­or­di­na­tion de la femme, aurait-elle été une source de con­flits ? » (p. 72)
Et si l’au­teure laisse sa pro­pre ques­tion en sus­pens, cha­cun com­pren­dra que la réponse ne doit pas man­quer d’être pos­i­tive.
Qu’a­jouter à cela, hormis que le lecteur soucieux des faits pour­ra se référ­er à d’in­nom­brables ouvrages où il con­stat­era que la « dif­férence des gen­res » était déjà présente, sous une forme sou­vent extrême, chez tous les peu­ples de chas­seurs-cueilleurs ain­si que chez tous les cul­ti­va­teurs non métal­lur­gistes, et que chez une par­tie non nég­lige­able d’en­tre eux, « la sub­or­di­na­tion de la femme », comme la guerre, l’é­taient aus­si.

Pour conclure

Il y aurait encore bien d’autres points à dis­cuter, qu’il s’agisse du traite­ment de l’évo­lu­tion­nisme (unil­inéaire ou non), de celui de la pro­priété (d’après l’au­teure, incon­nue chez les chas­seurs-cueilleurs), du « culte prim­i­tif et uni­versel de la Déesse-mère ou Grande déesse » (p. 94) alors que l’im­mense majorité des peu­ples de tech­nique paléo ou néolithiques n’ont aucun culte de ce genre. Mais cette cri­tique est déjà bien longue, et j’e­spère avoir don­né une idée du peu de sérieux qui a présidé à la rédac­tion de ce livre.
Restent les con­clu­sions poli­tiques par lesquelles Marylène Patou-Math­is clôt son ouvrage. Ayant com­bat­tu l’idée réac­tion­naire selon laque­lle la vio­lence et la guerre seraient une fatal­ité, elle ter­mine par un vigoureux (si ce n’est orig­i­nal) plaidoy­er en faveur de la non-vio­lence, récu­sant qu’il puisse exis­ter quoi que ce soit qui ressem­ble à une guerre « juste », ni même à un emploi légitime de la vio­lence. Par une ultime tau­tolo­gie, l’ou­vrage con­clut :
Rien ne jus­ti­fie la vio­lence, dont l’ob­jec­tif est la mort de l’Autre ou sa néga­tion, car comme le sou­tient le philosophe Jean-Marie Muller : on ne doit jamais s’accommoder de la vio­lence. (p. 165)
Avec Engels, qu’elle cite d’abon­dance, l’au­teure aura donc mal­heureuse­ment tout fait à l’en­vers, con­ser­vant ses infor­ma­tions eth­nologiques dépassées et jetant aux orties ses raison­nements poli­tiques pour­tant tou­jours d’une brûlante actu­al­ité.

23 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Patrice Andrieu

    Tu as pen­sé à rédi­ger un arti­cle à ce sujet pour le soumet­tre à une revue d’an­thro­polo­gie ?

  2. Pas vrai­ment — un tel arti­cle ne serait d’ailleurs pas très dif­férent de ce bil­let, où j’ai dit l’essen­tiel. Mais il paraît que les revues pro­fes­sion­nelles de préhis­toire sont assez peu habituées à cri­ti­quer les livres “grand pub­lic”. On m’avait dit un jour que dans ce milieu, un livre con­sid­éré comme mau­vais était livré à lui-même, en mis­ant sur le fait que ses effets ne dur­eraient pas. Je ne suis pas du tout cer­tain que ce soit un bon cal­cul… Tou­jours est-il que si une revue était intéressée par cette cri­tique, je me ferais un plaisir de la lui adress­er, mais je n’ai pas fait cette démarche.

  3. Ah oups je t’avais pas répon­du. En effet je suis bien d’ac­cord que les livres présen­tant des thès­es réfutées peu­vent avoir un grand suc­cès et influ­encer con­sid­érable­ment la société. Par exem­ple, con­nais­sant bien le milieu, les anar­cho-prim­i­tivistes prisent énor­mé­ment des livres comme ceux de Clas­tres (leur porte-éten­dard), Sahlins, et des théoriciens comme Zerzan, Quinn, Jensen, etc… bon ils sont plutôt loin d’être majori­taires ^^ et ces théories con­ti­en­nent une part de vérité je trou­ve. Mon exem­ple n’est pas le meilleur.

    1. sur la réfu­ta­tion des théories de Clas­tres, est-ce qu’il serait pos­si­ble de savoir lesquelles et par qui ?
      danke

  4. Sur l’a­n­ar­cho-prim­i­tivisme de Zerzan (que je n’ai pas lu), voici une cri­tique dont beau­coup d’ar­gu­ments me sem­blent touch­er juste (j’ai par ailleurs de très sérieuses réserves sur les par­ties “anti-marx­istes” du texte, mais c’est une autre affaire).

    1. Oui, ce livre de Kee­ley a fait date, et c’est un de ceux qui a relancé le débat sur ce sujet. Il y en a bien d’autres, dont, en français, celui de J.Guilaine et F.Zammitt.

  5. Aurais-tu d’autres propo­si­tions de textes cri­ti­quant le prim­i­tivisme à me pro­pos­er ? ça m’in­téresse.

  6. Pour aller dans votre sens, on con­state qu’au Néolithique moyen, (4500 — 3500 av. J.C. pour faire grossier) dans les pop­u­la­tions dites de cul­ture chas­séenne, les squelettes de femmes présen­tent d’a­van­tage de stig­mates liées à de fortes con­traintes soutenues que les hommes. Sans vouloir faire de rac­cour­ci trop facile, on peut tout de même penser que les forces employées au tra­vail n’é­taient pas répar­ties égale­ment entre hommes et femmes.

    1. C’est quelque chose que j’ai enten­du plusieurs fois de la bouche de mes col­lègues archéo­logues spé­cial­iste de l’an­thro­polo­gie de la péri­ode. Je vais me ren­seign­er, c’est une ques­tion pas­sio­n­ante. Il y a égale­ment une thèse en cours au labo cepam de Nice je crois, sur les traces ostéologiques à par­tir desquelles ont peur sup­pos­er cer­tains types d’ac­tiv­ités et de con­traintes. (Je peux égale­ment me ren­seign­er si vous le souhaiter).

  7. Ah oui, et je ne par­le pas des pra­tiques observées sur le site d’Herx­heim, en Alle­magne, daté du Néolithique ancien (cul­ture rubanée) ou squelettes d’hommes, femmes et enfants présen­taient des stig­mates typ­iques des tech­niques employées en boucherie. Traces qui plaident en faveur de pra­tiques vio­lentes, sans pou­voir affirmer qu’il s’agis­sait de can­ni­bal­isme. Et je passe sur les pointes de flèche retrou­vées plan­tées dans les os de défunt, égale­ment au Néolithique. Il serait bon égale­ment d’a­jouter à cela les cas de sépul­tures où les défunts ont été vraisem­blable­ment jetés sans ménage­ment dans des fos­s­es, autre mar­que de vio­lence sym­bol­ique.
    Donc, en effet, l’âge du Bronze ne signe pas les prémices de la vio­lence. Je n’ai pas d’in­for­ma­tion en revanche pour le Paléolithique, mais sur le raison­nement, effec­tive­ment, rien ne per­met de con­firmer la “paci­ficité” ou la “bel­lic­ité” de ces pop­u­la­tions.

    1. Sur le Paléolithique, les indices sont beau­coup plus frag­iles et frag­men­taires. Peut-être le degré de vio­lence était-il moin­dre que dans les péri­odes ultérieures, mais il est bien dif­fi­cile d’en être sûr — et davan­tage encore, d’embrasser ain­si tous les lieux et toutes les péri­odes dans de grandes général­ités. En tout cas il existe des travaux de préhis­to­riens (sérieux) sur la ques­tion, dont un assez récent, en anglais, que j’ai eu jusque là la flemme de chroni­quer. Peut-être un de ces jours…

  8. Je fais par­tie du « grand pub­lic » et à la page 90 du livre que vous com­mentez. Je suis ras­suré. Depuis le début de ma lec­ture (et en par­ti­c­uli­er les « deux morts en 20.000 ans » qui m’on fait douter de la crédi­bil­ité du CNRS) je suis atter­ré par le raison­nement et la démarche de l’auteure. C’est par­fois à la lim­ite du ridicule et sou­vent un patch­work de pen­sées dis­parates qui ne peu­vent pas être mis­es sur le même plan.

  9. Hel­lo Christophe

    Je relis cet arti­cle à l’oc­ca­sion (étant tombé sur une nou­velle médi­ati­sa­tion des théories de Patou-Math­is) et je suis un peu éton­né de cette affir­ma­tion :

    « Que les « pre­miers humains » (il y a quelques cen­taines de mil­liers d’an­nées) aient ignoré le rôle des rap­ports sex­uels dans la grossesse, c’est une évi­dence. »

    Bien sûr, les pre­miers Sapi­ens n’avaient pas à leur dis­po­si­tion de con­nais­sances biologiques détail­lées, mais ils étaient capa­bles tout autant que leurs loin­tains descen­dants de raison­nement par induc­tion, et de com­para­tisme. Ils obser­vaient cer­taine­ment le com­porte­ment des espèces ani­males qui les entouraient (notam­ment les petits ani­maux où le temps de ges­ta­tion est beau­coup plus court). J’ai du mal à com­pren­dre pourquoi il leur aurait fal­lu plusieurs dizaines de mil­liers d’an­nées pour faire la général­i­sa­tion qui s’im­po­sait.

    1. Bon­jour Antoine

      Je crois que c’est un sim­ple malen­ten­du : je ne par­lais pas spé­ciale­ment de sapi­ens, et je n’ai pas non plus évo­qué des « dizaines de mil­liers d’an­nées » pour com­pren­dre que la cop­u­la­tion était néces­saire à la repro­duc­tion. Au con­traire, je rap­pelle face aux argu­ments de MPM que ces con­nais­sances sont man­i­feste­ment extrême­ment anci­ennes, et assez faciles à acquérir. Sim­ple­ment, il est clair qu’à l’o­rig­ine, lorsque notre espèce était encore peu dif­féren­ciée des singes, ces con­nais­sances n’ex­is­taient pas – sans que nous puis­sions dire si elles se sont mis­es en place dès sapi­ens, ou même bien avant lui, ce qu’il ne faut surtout pas exclure.

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