La nature humaine est-elle réactionnaire ?

Der­rière ce titre un peu provo­ca­teur, la ques­tion que soulève ce court bil­let n’est pas de savoir si l’humain serait naturelle­ment « bon » ou « mau­vais », mais celle de savoir si l’idée (et la réal­ité) d’une « nature humaine » devrait être ban­nie de toute démarche sci­en­tifique, mil­i­tante, ou les deux.

Plus d’une fois, alors que je soulig­nais la prob­a­ble grande anci­en­neté de la dom­i­na­tion mas­cu­line ou de la vio­lence col­lec­tive, on m’a rétorqué que si c’était vrai, cela voudrait dire que ces maux sont inscrits dans la nature humaine ; et que comme tout pro­gres­siste (et a for­tiori, tout marx­iste) sait que la nature humaine n’existe pas, cela récu­sait ipso fac­to mes argu­ments.

Il me sem­ble qu’il y a dans cette réac­tion banale au moins deux erreurs majeures de raison­nement.

La pre­mière est qu’en sci­ences, il faut être très pru­dent avant de réfuter une idée en rai­son de ses con­séquences, réelles ou sup­posées. Certes, dans tous les domaines, on peut légitime­ment raison­ner par l’absurde : si une hypothèse mène néces­saire­ment à une con­clu­sion man­i­feste­ment fausse, alors cette hypothèse doit être rejetée. Mais ce type de raison­nement ne peut être manip­ulé sans pré­cau­tions. En par­ti­c­uli­er, il faut être bien cer­tain que la con­clu­sion peut être écartée en rai­son de son car­ac­tère erronné, et non du seul fait qu’elle paraît morale­ment ou poli­tique­ment inac­cept­able. Imag­i­nons, par exem­ple, qu’un raison­nement mène à la con­clu­sion que le cap­i­tal­isme est le meilleur (ou le moins mau­vais) des sys­tèmes soci­aux : un marx­iste n’aurait évidem­ment pas le droit de le rejeter sur cette seule base. Il devrait démon­tr­er en quoi ce raison­nement est faux… ou aban­don­ner ses idées et le faire sien. C’est même pré­cisé­ment ce critère qui est cen­sé dis­tinguer celui qui se réclame d’un « social­isme sci­en­tifique » d’un dog­ma­tique. Il en va de même en ce qui con­cerne la nature humaine, et ce quel que soit le prob­lème que celle-ci est cen­sée pos­er pour la per­spec­tive marx­iste. On rap­pellera à cette occa­sion les mots de Bebel, pré­cisé­ment écrits à pro­pos des orig­ines de la con­di­tion fémi­nine dans La femme et le social­isme :

La véri­ta­ble sci­ence n’a en rien à se préoc­cu­per de savoir si ses con­séquences mènent à telle ou telle insti­tu­tion poli­tique, à telle ou telle sit­u­a­tion sociale. Elle a à exam­in­er si les théories sont justes, et, si elles le sont, on doit les accepter avec toutes leurs con­séquences.

Reste à savoir si la « nature humaine » pose par elle-même un prob­lème à la per­spec­tive social­iste. C’est le deux­ième point sur lequel on fait tout aus­si sou­vent erreur. L’idée est en effet que si, réelle­ment, la dom­i­na­tion mas­cu­line ou la vio­lence col­lec­tive étaient « naturelles », alors cela con­damn­erait toute pos­si­bil­ité de les éradi­quer à l’avenir. Le fait est, d’ailleurs, que les réac­tion­naires qui veu­lent légitimer la vio­lence des hommes ou la soumis­sion des femmes n’hésitent pas à recourir à ce même argu­ment.

Mais il ne suf­fit pas de pren­dre le con­tre­pied d’une âner­ie pour dire quelque chose de juste. En l’occurrence, l’erreur con­siste à pos­tuler que toute dis­po­si­tion « naturelle » (mieux vaudrait dire : « héritée de notre évo­lu­tion bio­logi­co-sociale ») serait par déf­i­ni­tion indé­pass­able. L’humanité est une espèce hyper-cul­turelle, qui pro­duit sans cesse de nou­velles tech­niques, de nou­veaux rap­ports soci­aux et les représen­ta­tions qui les accom­pa­g­nent. Penser qu’elle est enfer­mée dans son héritage biologique au même titre que les lom­brics ou les four­mis, et que si « l’homme a dom­iné la femme il y a 300 000 ans, alors il la domin­era tou­jours parce qu’il est fait pour cela » est donc une absur­dité. Mais inverse­ment, nier que cet héritage puisse exis­ter est tout aus­si prob­lé­ma­tique pour des matéri­al­istes qui savent qu’homo sapi­ens n’est pas sur­gi du néant (ou de la main divine), hors de toute cor­po­ral­ité et de toute tra­jec­toire évo­lu­tive. Penser que cet héritage n’a pesé en rien sur les sociétés humaines (voir à ce sujet l’excellente mise au point de Bernard Lahire) ou pire, qu’il n’existe pas, est tout aus­si absurde que penser qu’il les enferme par déf­i­ni­tion et pour tou­jours dans des lim­ites infran­chiss­ables.

Ain­si, la « nature humaine » con­siste à être une espèce vivante pos­sé­dant à la fois une cor­po­ral­ité et des com­porte­ments sélec­tion­nés au cours de l’évolution et une hyper-apti­tude à la cul­ture, per­me­t­tant de réu­nir peu à peu les con­di­tions néces­saires et suff­isantes pour con­tre­car­rer – pour « dépass­er » – les con­traintes liées à cet héritage.

Vous repren­drez bien un petit peu de dialec­tique ?

32 commentaires

  1. Bon­jour, mer­ci pour cette note ! En rela­tion avec ce que vous écrivez, je me demandais si vous aviez déjà réfléchi aux con­di­tions de trans­mis­sion de la (rel­a­tive) égal­ité homme-femme au delà du cap­i­tal­isme ? Comme vous l’ex­pliquez avec votre cama­rade Lahire, durant le com­mu­nisme prim­i­tif, le développe­ment des forces pro­duc­tives est si faible que la biolo­gie humaine tend à pro­duire mécanique­ment des inféri­or­i­sa­tions dans la société, celle des femmes en par­ti­c­uli­er. Selon votre hypothèse, c’est le cap­i­tal­isme, avec la valeur, qui per­met de créer l’idée d’une égal­ité entre le sex­es et l’amélio­ra­tion de la con­di­tion des femmes que nous con­nais­sons aujour­d’hui. Mais alors cette sit­u­a­tion ne serait-elle pas mise en dan­ger par l’abo­li­tion de la valeur dans un com­mu­nisme mod­erne ? Ou bien cette idée se trans­met­trait dans un proces­sus d’évo­lu­tion cul­turelle cumu­la­tive, une sorte d’ef­fet cli­quet ? On peut évidem­ment lier cette prob­lé­ma­tique aux travaux de Véra Nikol­s­ki, qui nous alerte sur la pos­si­bil­ité d’un retour en arrière de la con­di­tion des femmes du fait de l’in­sta­bil­ité économique/​naturelle du futur. Et si je mets ça en lien (encore un) avec les brouil­lons de la let­tre de Marx à Véra Zas­soulitch (1881) où il affirme que les sociétés mod­ernes retourneront à une “forme supérieure d’un type ‘archaïque’ de la pro­duc­tion et de la pro­priété col­lec­tive”, que le com­mu­nisme sera en fait la pour­suite des formes d’or­gan­i­sa­tion com­mu­nales en Russie ayant inté­grées des élé­ments du développe­ment cap­i­tal­iste (Kohei Saito y voit le tour­nant “décrois­sant” de Marx, détaché de son prométhéisme de jeunesse), il sem­ble que le com­mu­nisme de demain fera avec beau­coup moins que le cap­i­tal­isme con­sumériste d’au­jour­d’hui. Or, faire avec moins, pour ren­tr­er dans les lim­ites plané­taires, c’est aus­si peut-être affaib­lir la sit­u­a­tion des femmes (Nikol­s­ki). Ma ques­tion est un peu bor­délique mais je pense que vous avez com­pris la prob­lé­ma­tique générale ! Auriez-vous des élé­ments de réponse/​réflexion à tout ça ? 🙂

  2. Avatar de Inconnu
    Jean-Jacques

    Et si la dom­i­na­tion n’é­tait pas de nature humaine, mais de nature du vivant, un vivant dont la mul­ti­tude des rela­tions pos­si­ble pro­duit la dom­i­na­tion en tant que stratégie pos­si­ble et que l’hu­main repro­duit cul­turelle­ment.

    La péren­nité de la dom­i­na­tion ne reposerait donc pas sur la nature humaine, mais sur l’ef­fi­cac­ité de survie du mode de rela­tion par­a­sitisme implicite de la dom­i­na­tion.

  3. On pour­rait peut-être le for­muler aus­si comme ça : les gens qui dis­ent “la dom­i­na­tion mas­cu­line et la vio­lence, ça a tou­jours existé, donc c’est dans la nature humaine, donc ça exis­tera tou­jours” pos­tu­lent donc que l’évo­lu­tion humaine est ter­minée. L’e­spèce humaine sera tou­jours comme elle est aujour­d’hui, elle ne chang­era plus. J’aimerais bien savoir ce qui per­met de con­clure à ça… Même si l’évo­lu­tion humaine se fait sans doute plus aujour­d’hui sous l’ef­fet de pres­sions “internes” à notre pro­pre monde social que sous l’ef­fet de con­traintes envi­ron­nemen­tales “externes” (encore que, ce n’est pas néces­saire­ment vrai pour tout), ça ne veut pas dire que cette évo­lu­tion est inter­rompue. La per­spec­tive du très long terme mon­tre que les humains ont tou­jours été une espèce sociale, mais que notre his­toire évo­lu­tive récente (à l’échelle de l’e­spèce) est aus­si celle de l’ex­ten­sion pro­gres­sive de cette socia­bil­ité, qui rend aujour­d’hui pens­able l’idée de com­mu­nauté humaine mon­di­ale, inté­grant de façon égale les indi­vidus de tous les gen­res, etc. OK, j’ad­mets que quand on regarde en ce moment du côté de la rive ori­en­tale de la Méditer­ranée, tout ça ne saute pas néces­saire­ment aux yeux…

    1. À ceci près que cer­tains con­cèderont que l’évo­lu­tion (sociale) est pos­si­ble, mais qu’elle ne pour­ra jamais aller « con­tre la nature ». Donc, je crois néces­saire de faire la dis­tinc­tion entre évo­lu­tion, et capac­ité de cette évo­lu­tion à ren­dre caducs des traits mul­ti­mil­lé­naires.

  4. Pour une ten­ta­tive de syn­these ellip­tique d’un beo­tien .…
    En ce qui con­cerne Jean Marc , rien a ajouter ou retranch­er.
    Pour Julien qui pose une ques­tion qui m’in­ter­pelle…
    La dom­i­na­tion mas­cu­line d’apres je que je sais de Nikol­s­ki et Lahire est causée, favorisée , induite .… par deux élé­ments eux memes inter­dépen­dants me sem­ble t il :
    — La divi­sion sex­uelle ou gen­rée du tra­vail (voir notre hote)
    _​la dépen­dance aux tiers de la femme pen­dant la péri­ode de grossesse , de sevrage et peut etre en par­tie d’é­d­u­ca­tion des enfants tres jeunes.
    Ces ele­ments évolu­ant avec le temps (et les modes de pro­duc­tion) entre chas­seurs cueilleurs, agricul­teurs et (je saute une étape peut etre impor­tante pour Emmanuel Todd sur la struc­tura­tion des formes famil­iales et l’ide­olo­gie qui en découle) et sociétés indus­trielles.
    A cet égard j’ai lu dans quelques arti­cles dont je ne sais si ils représen­tent la posi­tion majori­taire qu’au néolithique nais­sait une ten­dance a l’ac­cen­tu­a­tion du dimor­phisme sex­uel ( mar­queur biologique d’une plus grande struc­tura­tion sociale et d’un acces dif­féren­cié aux femelles chez les ani­maux non humains ) , dimor­phisme peut etre lié a la divi­sion du tra­vail (dis­cutée) mais surtout à la mul­ti­pli­ca­tion des grossess­es qui per­met l’es­sort demographique des néolithiques.
    Cette mul­ti­pli­ca­tion des grossess­es addi­tion­née a la mor­tal­ité infan­tile “selec­tionne” les sociétés organ­isées com­prenant notam­ment une dom­i­na­tion des hommes .
    Le cap­i­tal­isme lui est un sys­teme qui tend a éten­dre la cap­ta­tion de la plus val­ue du tra­vail et d’autre part inten­si­fie la “pro­duc­tiv­ité” de celui ci . Ce sys­teme de pro­duc­tion a donc ten­dance a stan­dard­is­er les fonc­tions , à les mas­si­fi­er et pro­duc­tiv­ité aidant (par la machine) a per­me­t­tre aux femmes de les réalis­er toutes . Cet élé­ment cou­plé avec la baisse dras­tique de la mor­tal­ité infan­tile au XIX siecle en occi­dent per­met au sys­teme cap­i­tal­iste de met­tre les femmes “au tra­vail” (pro­duc­tif pour le sys­teme) et a pour effet (qui n’est revendiqué qu’a XX sicle) de per­me­t­tre aux femmes de revendi­quer une cer­taien égal­ité du fait de la diminu­tion dans la société indus­trielle des deux paramètres de leur dom­i­na­tion .
    Donc , a mon tres hum­ble avis , pass­er a une société “sobre” a laque­lle selon mes lec­tures favorites nous seri­ons oblig­és de ten­dre (et peut etre de maniere cat­a­strophique) rep­re­sente effec­tive­ment un dan­ger pour cette presque égal­ité .… sauf a main­tenir une pro­duc­tion matérielle suff­isam­ment machin­iste d’une part et a main­tenir un taux de mor­tal­ité infan­tile bas.
    Et cela depen­dra selon moi , du mode de pas­sage “piloté” ou subit d’un mode de pro­duc­tion a l’autre et du niveau “d’ef­fon­drement” ( a pren­dre avec des pincettes) que nous subirons.

    Quant a Jean Jacques .… pfu­u­u­uu .… une chose apres l’autre.

    En tout cas, per­me­t­tez de me réjouir et de louer M DARMANGEAT de l’ex­is­tence et de l’an­i­ma­tion de ce site qui me per­met de met­tre mon grain de sel dans un débat ou je n’ai que ma légitim­ité de sim­ple humain a revendi­quer.

    1. Avec rac­cour­ci et con­fu­sion caus­es effets sur cette his­toire de dimor­phise accen­tué au neolithique , la cause pre­mière ai je lu étant l’ac­ces iné­gal a la nour­ri­t­ure.… ce qui sup­pose une ién­galéité pre­mière ).
      Je n’ai pas explicite­ment indiqué a quel niveau des dif­férentes “couch­es” biologiques, sociales et cul­turelles fai­sait ref­er­ence tel ou tel asser­tion , mais cela allait de soit me sem­ble t il.
      Tout ceci sans oubli­er le statut du pro­pos, pure spécu­la­tion politi­co-prospec­tiviste dans un blog a voca­tion sci­en­tifique.

    2. Des­olé je n’ai pas retrou­vé mes ref­er­ences sur ce point, mais je visionne actuelle­ment une con­férence de Clau­dine COHEN sur le genre , dont la pre­mière par­tie traite de manière intéres­sante de la vision de Dar­win sur le sujet et ou a la 55 minute abor­dant l’ac­cen­tu­a­tion de la dom­i­na­tion mas­cu­line au neolithique , elle évoque d’un mot la gra­cil­ité accrue des squelettes féminins dans ces sociétés.
      https://www.youtube.com/watch?v=R3cRqp99wgo

    3. L’idée sur l’évo­lu­tion du dimor­phisme liée à la nour­ri­t­ure vient de Priscille Touraille, peut-être ?

    4. Pre­mière­ment, comme Christophe, je serais curieux de voir une preuve sci­en­tifique de cette « accen­tu­a­tion du dimor­phisme sex­uel au néolithique ».

      Deux­ième­ment, quand on par­le de dimor­phisme, il faut faire atten­tion à l’in­ter­pré­ta­tion qu’on en fait : est-ce un dimor­phisme « de nais­sance » en quelque sorte, lié à un pat­ri­moine géné­tique qui entraîne les femelles à être plus (petites, graciles, etc.) que les mâles ? Ou bien observe-t-on (aus­si) une com­posante sociale, liée à l’or­gan­i­sa­tion du tra­vail ? Indépen­dam­ment des ten­dances biologiques innées, le squelette se forme aus­si et surtout en fonc­tion de l’ac­tiv­ité con­crète de l’in­di­vidu : une accen­tu­a­tion de la divi­sion sex­uelle du tra­vait peut donc aus­si entraîn­er une accen­tu­a­tion du dimor­phisme vis­i­ble (dans le reg­istre archéologique), même si le pat­ri­moine géné­tique n’a pas changé.

      Troisième­ment, je trou­ve intéres­sant que l’ac­cen­tu­a­tion du car­ac­tère « gracile » des femmes soit implicite­ment asso­cié à une accen­tu­a­tion de la dom­i­na­tion des hommes. Bien sûr, la force physique a prob­a­ble­ment un rôle dans cette dom­i­na­tion, surtout dans les sociétés non-humaines, mais est-ce vrai­ment le fin mot de l’his­toire en ce qui nous con­cerne, nous humains évolués ?

  5. “La nature humaine est-elle réac­tion­naire?” Je pense qu’ont doit don­ner la même réponse à la ques­tion “La nature humaine est vio­lente?” Oui. Mais pourquoi et dans quelles cir­con­stances. La mon­tée de l’ex­trême droite (les réac­tion­naires) est une bonne occa­sion pour pos­er la pre­mière ques­tion : la pau­vreté, le manque de ressource, pousse à la rad­i­cal­i­sa­tion, à la vio­lence pour se pro­cur­er le néces­saire de vivre. Comme la gauche (lire la social démoc­ra­tie) s’est avéré incom­pé­tente à répon­dre aux mal­heurs du peu­ple ; bien sûr la droite va pren­dre le ter­rain libre, avec toutes les poli­tiques rétro­grades qu’on abhor­rent.
    Est-ce que chas­s­er du gibier est vio­lent ? Tuer c’est vio­lent. C’est un bel exem­ple de notre nature vio­lente pour notre survie. (les végans ne seront pas d’ac­cord bien sûr!).
    La nature humaine est-elle vio­lente envers les humains ? Encore oui. Les faits par­lent d’eux-mêmes de la préhis­toire à aujour­d’hui (Dar­mangeat nous en a fait la preuve). La ques­tion suiv­ante est pourquoi ?
    Tou­jours pour les mêmes estie de raisons ! La raré­fac­tion des ressources, l’oblig­a­tion d’empiéter sur le ter­rain des autres. Et pour les sociétés de classe, l’appât du gain, du prof­it de la classe dom­i­nante sur les autres nations (Il me sem­ble qu’on ait à don­ner un seul exem­ple, le pét­role des nations du Moyen Ori­ent).
    La nature humaine est-elle vio­lente ? Fon­da­men­tale­ment, NON. La nature humaine, sa prin­ci­pale qual­ité (comme dit Jean-Marc) c’est sa socia­bil­ité, qual­ité fon­da­men­tale pour sa survie au moment où il s’est aven­turé dans la steppe, en posi­tion debout, hyper lent, sans griffe ni croc, la proie idéale donc. Socia­bil­ité pour établir stratégie et moyen pour se pro­téger.
    Avait-il besoin de domin­er les femmes ? OUI. Pourquoi et dans quelles cir­con­stances ? Avant la chas­se au gros gibier, on croit qu’il n’y a pas eu de dom­i­na­tion des femmes. Cette chas­se est dan­gereuse donc pas ques­tion d’y envoy­er les femmes qui sont nos “moyens de repro­duc­tion”.
    À mesure que les moyens de pro­duc­tion se développe dans l’his­toire, l’hu­main con­trôle la nature et n’a donc plus besoin de s’en­tretuer ni de domin­er qui que ce soit ! Le par­adis est en vue !
    Mais non, il n’ap­pa­rait pas… la divi­sion en classe en a décidé autrement. Pourquoi ? c’est un autre débat.

  6. Mer­ci pour cet arti­cle.
    On a grand besoin de sci­ences et d’ap­proches sci­en­tifiques, avec la lenteur néces­saire pour leur élab­o­ra­tion, dans un monde où pré­domine la recherche de buzz.
    Tout ceci me rap­pelle le débat de 1971 entre Chom­sky et Fou­cault sur la « nature humaine ».
    A deux jours ouvrés de ne plus avoir à boss­er (la retraite quoi !), je vais mieux pou­voir éplucher ce qui s’écrit.

  7. Je trou­ve cela préoc­cu­pant d’avoir à rap­pel­er ce qui devrait être une évi­dence. Je suis peut-être naïf, mais un cours de philoso­phie en ter­mi­nale abor­de cette ques­tion et réfute de la même manière que vous le faîtes le raison­nement – invalide – réfu­tant une hypothèse à cause d’une con­séquence déplaisante. Il en va de même pour tous les sophismes nat­u­ral­istes. Cela devrait égale­ment être fait dans les autres matières : his­toire-géo, sci­ences économiques et sociales, sci­ences de la terre…

    C’est triste d’être arrivé à un stade où les jour­nal­istes soit ne sont plus capa­bles de com­pren­dre cela, soit entre­ti­en­nent les polémiques à ce sujet par cynisme. Et c’est encore plus triste quand ce sont des intel­lectuels qui com­met­tent ce genre de faute de raison­nement.

    Vous men­tion­nez Lahire… À ma con­nais­sance, le sujet a été abor­dé récem­ment et de manière bien plus per­ti­nente – mais je peux me tromper – par des auteurs marx­istes comme G. Guille-Escuret (Struc­tures sociales et sys­tèmes naturels) et P. Tort (Pour Dar­win, Dar­win­isme et société, Qu’est-ce que le matéri­al­isme ?, Sexe race et cul­ture, et d’autres encore).

    Bien à vous,

    W.E

    1. J’ai beau­coup aimé le livre de Lahire, et n’ai jamais réus­si à m’ac­crocher à la prose de Georges (qui écrivait d’une manière abom­inable­ment cryp­tique, tout en réfléchissant de façon bril­lante). Il faudrait vrai­ment que j’y arrive un jour…

  8. Ce texte m’évoque ce que Pat­ick Tort exprime déjà depuis un moment par le terme d’ ”effet réver­sif de l’évo­lu­tion humaine”.

    1. Ce la se recou­vre pour par­tie, mais pas entière­ment. Cer­tains utilis­eraient cet effet réver­sif pour affirmer que depuis que l’hu­main est humain, son héritage évo­lu­tif ne pèse plus rien face à sa cul­ture.

  9. Je lis Patrick Tort depuis 1996, depuis la paru­tion de son mag­nifique Dic­tio­n­naire du dar­win­isme et de l’évo­lu­tion. Sans pré­ten­dre avoir com­pris la pen­sée du philosophe dans toute sa com­plex­ité, il me sem­ble qu’il traduit sa lec­ture de Dar­win, et des dar­winiens ultérieurs, dans des ter­mes qui sont claire­ment dialec­tiques.
    Je cite Tort de mémoire : dans l’e­spèce humaine, la sélec­tion naturelle (et sex­uelle) a sélec­tion­né la civil­i­sa­tion, qui s’op­pose à la sélec­tion naturelle. C’est ce qu’il appelle “l’ef­fet réver­sif” de l’évo­lu­tion. La sélec­tion naturelle n’a jamais dis­paru, elle existe, mais il en est sor­ti quelque chose qui la mod­i­fie et qui tend à l’an­nuler en ce qui con­cerne l’e­spèce humaine. A quel moment ? c’est-à-dire : quand la sup­posée nature humaine est-elle apparue ? Cette ques­tion n’a pas plus de sens que celle du point de pas­sage d’une face à l’autre sur le ruban d’un “anneau de Moe­bius”, métaphore fréquente chez Tort.
    Il n’est pas ques­tion pour lui, je crois, de nier le sub­strat cor­porel (mais celui-ci est en évo­lu­tion), ni les pres­sions de l’en­vi­ron­nement (mais il varie), ni celles des social­ités les plus anci­ennes (prob­a­ble­ment vari­ables aus­si, comme tout le reste), depuis que notre espèce existe. Notre “héritage” biologique nous impose des lim­ites — puisque nous n’avons pas des petites ailes pour vol­er — mais cet héritage ne déter­mine pas un des­tin, ni une forme sociale. Ceux-ci relèvent de la civil­i­sa­tion.
    Marc Guil­lau­mie.

    1. Cher Marc Guil­lau­mie,

      Je suis cer­tain que la lec­ture de Patrick Tort vous apportera beau­coup. Notez toute­fois que jamais ce dernier ne se présente comme un philosophe, car il accorde un rôle tout à fait sub­al­terne à cette dis­ci­pline.
      Quant à la “dialec­tique”, ce terme fourre-tout qui prend à peu près toutes les sig­ni­fi­ca­tions qu’on lui prête, il ne lui accorde guère d’im­por­tance, car générale­ment il n’a­joute rien de plus à la-dite con­nais­sance du phénomène décrit.

      Si vous voulez véri­fi­er mes dires, je vous sug­gère d’avoir sous la main Qu’est-ce que le matéri­al­isme ? est de lire atten­tive­ment l’a­vant-pro­pos ain­si que les chapitres 13, 14, 15 et 21 (très exacte­ment : la page 583).

      Bien à vous,

    2. Cepen­dant, vous m’avez pour le moins sur­pris (!) en affir­mant que “jamais [Patrick Tort] ne se présente comme un philosophe, car il accorde un rôle tout à fait sub­al­terne à cette dis­ci­pline”. Voilà qui serait bien peu com­pat­i­ble avec tous les efforts de Tort pour démen­tir l’évo­lu­tion­nisme philosophique de Her­bert Spencer, avec toutes les références de Tort à Karl Marx (entre autres), enfin avec sa façon de se présen­ter, tout sim­ple­ment. Il fau­dra que je relise.
      Mais j’ai voulu aller vite, et je viens de faire un tour sur le site offi­ciel de Patrick Tort, où j’ai trou­vé ces pre­mières lignes :
      TORT Patrick Hen­ri
      Né le 5 févri­er 1952 à Pri­vas (Ardèche, 07)
      « PATRICK TORT, Agrégé de l’U­ni­ver­sité, Doc­teur d’É­tat ès Let­tres, Philosophe, Lin­guiste, Épisté­mo­logue, His­to­rien des sci­ences biologiques et humaines [… etc.]
      Donc vous vous trompez. Il se présente comme philosophe, évidem­ment. Le con­traire aurait été tout à fait éton­nant.
      Mais mer­ci quand même, pour vos con­seils de (re)lecture.
      M. G.

    3. Cher M.G,

      Je com­prends votre pro­pos, mais je per­siste et signe (pour en avoir dis­cuté longue­ment et de mul­ti­ples fois avec l’in­téressé lui-même). Lorsqu’il est indiqué qu’il est “philosophe”, c’est un choix extérieur qui n’est pas celui de Tort lui-même, qui a de nom­breuses fois indiqué qu’il n’é­tait pas philosophe. Si vous lisez les textes que je vous ai con­seil­lés, vous pour­rez aisé­ment arriv­er à la même con­clu­sion. Vous pou­vez con­sul­ter égale­ment cet entre­tien récent pour vous en assur­er : https://www.youtube.com/watch?v=bIFmkv86-LE

      Je reviens sur votre pre­mier point. Il n’y a pas de rap­port entre la cri­tique que fait l’au­teur de Spencer et ses références à Marx et le fait d’être philosophe, tout sim­ple­ment. Ici, P. Tort cri­tique Spencer en tant qu’his­to­rien des idées ou, comme il aime à s’i­den­ti­fi­er, “ana­lyste des com­plex­es dis­cur­sifs”.
      Ensuite, on n’est pas som­mé d’être philosophe pour faire des références à K. Marx – l’au­teur de ce blog pour­rait, j’en suis sûr, vous le con­firmer.

      Bonne lec­ture !

      Ami­cale­ment,

    4. Per­son­nelle­ment, je me con­tente d’es­say­er de pren­dre les choses avec philoso­phie. C’est une ambi­tion mod­este, mais pour­tant trop sou­vent au-dessus de mes forces. 😉

    5. D’ac­cord avec vous, Entrain : pas besoin d’être pâtissier, pour aimer les gâteaux. Ain­si citer des philosophes, les lire avec une atten­tion toute pro­fes­sion­nelle, argu­menter à leur pro­pos, n’im­pli­querait pas qu’on soit philosophe… Pourquoi pas ? N’é­tant pas philosophe moi-même, je suis bien inca­pable d’en décider.
      Mer­ci pour cette vidéo (dont l’ar­rière-plan est fasci­nant, avec le type qui répare une télé en tran­chant du boudin) mais vous remar­querez peut-être que Patrick Tort y emploie deux fois le mot “dialec­tique” sans dégoût appar­ent ; et que la fin de son pro­pos est beau­coup plus nuancée que vous le dites.
      N’im­porte. Je vous con­cède volon­tiers que Patrick Tort, dont la for­ma­tion ini­tiale est la philoso­phie, qui a passé pas mal de temps à décor­ti­quer divers philosophes et qui se présente comme philosophe sur son site… n’est pas philosophe, puisqu’il vous l’a dit. (A quelques autres et à moi, il avait dit l’in­verse ; mais c’é­tait il y a longtemps). Je suis d’avis qu’il vaut mieux appel­er les gens comme ils souhait­ent qu’on les appelle. S’il dit qu’il n’est pas philosophe, très bien, il n’est pas philosophe. D’ailleurs, Bartabas ne fait pas de l’équi­tation : il n’aime pas ce mot 😉
      Ami­tiés.
      Marc Guil­lau­mie.

    6. Plus sérieuse­ment : il me sem­ble que Patrick Tort cri­tique là une cer­taine tra­di­tion philosophique (l’idéal­isme ; puis c’est l’ex­em­ple des deux affreux, Hei­deg­ger et Spencer, et au pas­sage Pop­per), mais qu’il le fait à par­tir de la philoso­phie elle-même. Cette atti­tude n’est per­mise qu’à de rares icon­o­clastes très doués… On aurait vexé Rim­baud, en lui dis­ant qu’il fai­sait de la lit­téra­ture. Avec ses “com­plex­es dis­cur­sifs” Tort s’é­carte de cette tra­di­tion philosophique pour aller vers quelque chose comme la lin­guis­tique (il se présente d’ailleurs aus­si comme lin­guiste) ou la sémi­olo­gie, ter­ri­toires qui me sont un peu moins mys­térieux que la philoso­phie. Mais il faut que je lise les pages que vous m’avez indiquées.
      M. G.

    7. C’est l’ef­fet réver­sif de la phi­lo, ou de Patrick Tort lui-même : en philoso­phant, le philosophe finit par philoso­pher con­tre la philoso­phie ! Mais j’ar­rête de pol­luer ce beau blog par mes imper­ti­nentes remar­ques.
      M. G.

  10. Bon­jour, je m’initie tout juste à cette ques­tion de la nature humaine, et je souhait­erais savoir quels auteurs, penseurs, sou­ti­en­nent la thèse selon laque­lle l’homme serait intrin­sèque­ment vio­lent. Cette idée repose-t-elle sur des fonde­ments sci­en­tifiques ou biologiques avérés ? Existe-t-il des auteurs qui s’op­posent à cette thèse ? Désolé si mes ques­tions parais­sent un peu naïves.

    1. Aucun souci pour cette ques­tion. Sans aller sur des noms de chercheurs, je pense que la con­férence don­née par l’a­mi Hugo Mei­jer dans le sémi­naire de J.-J. Hublin au Col­lège de France devrait vous éclair­er.

  11. Pour une approche sci­en­tifique de ce qui fait le fonde­ment des groupes humains à tra­vers le temps et l’e­space, on peut recom­man­der l’é­pais mais pas­sion­nant bouquin de Bernard Lahire : Les struc­tures fon­da­men­tales des sociétés humaines.

    Dire que les humains sont vio­lents (ou bons) en soi n’a pas beau­coup de sens. Mais pour repren­dre Lahire, on peut con­stater un uni­versel : les groupes humains man­i­fes­tent beau­coup de sol­i­dar­ité à l’in­térieur du groupe à l’in­térieur duquel ils vivent, et de l’a­gres­siv­ité avec les groupes voisins. Sol­i­dar­ité et vio­lence sont ici vu comme les deux facettes d’une même médaille.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut