« Justice aborigène et justice inuit. Une étude comparative » (Arctic Anthropology, n°59(1), 2023)

La revue Arc­tic Anthro­pol­o­gy a récem­ment pub­lié un arti­cle de ma main, dans lequel je m’ef­force de com­par­er les sys­tèmes judi­ci­aires tra­di­tion­nels de l’Aus­tralie aborigène et du monde inu­it. Naturelle­ment, cette com­para­i­son débor­de égale­ment sur la ques­tion de la guerre.

Si l’ar­ti­cle orig­i­nal est en anglais, une tra­duc­tion française est égale­ment disponible.

Bonne lec­ture !

Le résumé de l’ar­ti­cle :

Cet arti­cle dresse, à par­tir d’une revue de la lit­téra­ture, un inven­taire des procé­dures et des sanc­tions rel­a­tives à l’ex­er­ci­ce de la jus­tice et du droit (au sens large, celui de la ges­tion sociale des con­flits) dans les sociétés tra­di­tion­nelles aus­trali­ennes et inu­it. On détaille la con­cep­tion inu­it de l’ac­tion judi­ci­aire qui, à la dif­férence des pra­tiques aus­trali­ennes, met l’ac­cent sur les dimen­sions psy­chologiques et sociales plutôt que sur les sanc­tions physiques. Pour class­er les procé­dures observées chez les Inu­its, on utilise une grille d’analyse préal­able­ment élaborée pour l’Aus­tralie. Cette approche s’ar­tic­ule autour de trois critères formels (symétrie, mod­éra­tion et désig­na­tion) et révèle une forte dichotomie des peu­ples inu­its entre l’Alas­ka d’une part, et les régions de l’est du Cana­da et du Groen­land d’autre part. L’Est est mar­qué par l’ab­sence qua­si-totale de procé­dures de désig­na­tion col­lec­tive, sous quelque forme que ce soit, à la rare excep­tion éventuelle de la bataille régulée. Cette absence explique l’am­pleur lim­itée des guer­res — du moins internes aux groupes inu­its — et la faible inten­sité des feuds dans cette région. L’Alas­ka, au con­traire, con­nais­sait divers­es vari­antes de procé­dures col­lec­tives, dont les feuds et la guerre judi­ci­aire.

4 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Stépanoff Charles

    Très bel arti­cle et utile syn­thèse, bra­vo ! La com­para­i­son entre Alas­ka et Cana­da-Groen­land est frap­pante. Les raisons que tu évo­ques (den­sité, richesse) sont con­va­in­cantes, on pour­rait penser aus­si à la tech­nolo­gie : des tech­niques cap­i­tales comme le kayak ont été per­dues au cours du peu­ple­ment du Groen­land, sans doute du fait de la faib­lesse du peu­ple­ment, et réin­tro­duites tar­di­ve­ment par une migra­tion d’o­rig­ine occi­den­tale. La con­clu­sion rou­vre la ques­tion des richess­es “sociale­ment inutiles”, c’est-à-dire non employées dans les paiements com­pen­satoires, qu’on peut appel­er sociétés hétérar­chiques. Les Chukch et Kori­ak don­nent une vari­ante encore plus bizarre peut-être : ils se font la guerre en per­ma­nence, claire­ment pour se pren­dre des richess­es (rennes) et des esclaves et cepen­dant ils n’u­tilisent pas ordi­naire­ment ces richess­es dans les com­pen­sa­tions mat­ri­mo­ni­ales. Et à pro­pos des Chukch, Bogo­ras fait cette remar­que qui con­firme ton idée, en com­para­i­son avec l’Aus­tralie, que l’ab­sence de groupes de fil­i­a­tion empêche le développe­ment de la vengeance en guerre : “the con­tin­u­a­tion of blood-revenge through a series of return-cas­es does not cor­re­spond to the gen­er­al con­di­tion of Chukchee fam­i­ly life. The Chukchee fam­i­ly con­nec­tion is not strong enough to sus­tain a pro­longed feud” (The Chukchee 667).

    1. Hel­lo Charles
      Mer­ci de ton intérêt et de tes remar­ques. Sur le kayak, je ne vois pas trop en quoi il pour­rait expli­quer des choses. Après tout, en Aus­tralie, les gens allaient à pied et ils pou­vaient par­fois (et même dans le désert) se rassem­bler et s’af­fron­ter dans des mas­sacres de grande ampleur rel­a­tive­ment à la taille de leurs sociétés.
      Sur le rôle de la richesse en Alas­ka (et prob­a­ble­ment dans cer­tains endroits de la Sibérie, que je con­nais trop mal) c’est une dis­cus­sion que nous pour­suiv­ons depuis quelques temps ! Per­son­nelle­ment, je ne dirais pas que cette richesse, qui ne sert ni au mariage, ni au règle­ment judi­ci­aire, soit « sociale­ment inutile » (sinon, pourquoi les rich­es souhait­eraient-ils l’être ?). En revanche, et c’é­tait le sens de mon dou­ble arti­cle récem­ment paru dans La Pen­sée, je crois effec­tive­ment qu’il est trop restric­tif de définir son util­ité sociale unique­ment par les paiements de mariage. Il y a d’autres con­fig­u­ra­tions, où la richesse inter­vient dans les rela­tions sociales par d’autres voies, et il faut impéra­tive­ment les pren­dre en compte.
      Quoi qu’il en soit, j’avais déjà eu le net sen­ti­ment en Aus­tralie que pour que les con­flits puis­sent escalad­er et coag­uler, il faut qu’ex­is­tent des groupes de sol­i­dar­ité rel­a­tive­ment larges et solides, et que cer­tains sys­tèmes de par­en­té con­stituent un fac­teur stim­u­lant ou, au con­traire, inhibant dans ce proces­sus. Et j’ai ten­dance à penser qu’en toute logique, il doit en aller de même aileurs (je suis allé véri­fi­er : j’é­tais tombé sur cette cita­tion de Bogo­ras et en avais pris bonne note !)
      Ami­tiés

  2. Salut Christophe,

    Le lien vers la ver­sion française de l’ar­ti­cle ne mène qu’à une page d’er­reur. Est-il tou­jours disponible ?

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