Qu’est-ce qu’une société de classes ?

Dans une série de bil­lets récents, je m’é­tais attaqué aux prob­lèmes de déf­i­ni­tion soulevés par le con­cept de richesse. J’é­tais (et je reste) en effet con­va­in­cu, à la suite d’Alain Tes­tart, de la néces­sité de con­sid­ér­er l’ir­rup­tion de la richesse dans les rap­ports soci­aux comme une bifur­ca­tion majeure (la plus fon­da­men­tale de toutes ?) dans la tra­jec­toire des sociétés humaines. Pour autant, les répons­es pro­posées par Alain Tes­tart m’é­taient apparues de plus en plus prob­lé­ma­tiques. J’avais depuis longtemps iden­ti­fié un souci avec la cause tech­no-économique sup­posée (le stock­age) et le mécan­isme de sa trans­mis­sion aux rap­ports soci­aux. Mais dans les derniers mois, j’avais peu à peu réal­isé qu’à côté de cela, il y avait égale­ment un prob­lème de déf­i­ni­tion même de la richesse, et d’une société à richesse.
Mais il est un autre prob­lème, que j’avais en revanche iden­ti­fié depuis très longtemps, sans jamais avoir eu le courage de m’y atta­quer : celui des class­es sociales, et du critère retenu pour qual­i­fi­er une société de class­es. Je m’y attelle donc avec ce bil­let où, comme d’habi­tude, je jette de pre­mières réflex­ions en atten­dant que le temps (ou des inter­nautes mal inten­tion­nés) vienne en soulign­er toutes les insuff­i­sances. Avant toute chose, on doit par­tir de l’idée que définir les class­es et les sociétés de class­es sont deux tâch­es liées, mais dis­tinctes. La for­ma­tion des class­es a été évidem­ment un proces­sus dynamique : si rapi­de qu’elle ait pu être, elle a néces­saire­ment impliqué des étapes et des formes inter­mé­di­aires. Tout comme pour la richesse, il a néces­saire­ment existé des class­es (en tout cas, des class­es en for­ma­tion), avant que la quan­tité se soit trans­for­mée en qual­ité et que ces class­es ne soient dev­enues le trait dom­i­nant de la struc­ture sociale. Autrement dit, et sans pré­sumer de la déf­i­ni­tion à venir, les class­es, ou les pro­to-class­es, ont existé avant les sociétés de class­es – tout comme la richesse a existé avant les sociétés à richesse, c’est-à-dire à richesse sociale­ment sig­ni­fica­tive.

Premiers éléments

La déf­i­ni­tion des class­es, dans la tra­di­tion marx­iste, ne soulève pas de prob­lème par­ti­c­uli­er, au moins dans ses grandes lignes. Elle est liée à la présence d’un rap­port d’ex­ploita­tion, c’est-à-dire d’un trans­fert sys­té­ma­tique et uni­latéral de tra­vail. Il y a exploita­tion (et donc class­es) lorsqu’un groupe humain four­nit, de manière régulière, un tra­vail à un autre groupe humain, sans que cette four­ni­ture ne soit com­pen­sée par un trans­fert en sens inverse ; dans la tra­di­tion marx­iste, ce tra­vail fourni sans con­trepar­tie porte le nom générique de sur­tra­vail. Dans une cita­tion célèbre, Marx pré­ci­sait que si toutes les sociétés de class­es reposent sur ce mécan­isme, elles se dif­féren­cient par la manière sous laque­lle s’opère le trans­fert :

Les dif­férentes formes économiques revêtues par la société, l’esclavage, par exem­ple, et le salari­at, ne se dis­tinguent que par le mode dont ce sur­tra­vail est imposé et extorqué au pro­duc­teur immé­di­at, à l’ou­vri­er (Le Cap­i­tal, I, ch. 9)

Si claire que soit cette déf­i­ni­tion, elle pose néan­moins quelques dif­fi­cultés, dont cer­taines ont été depuis longtemps iden­ti­fiés dans le courant marx­iste. Je n’en évo­querai que deux.
La pre­mière, triv­iale, est que l’ex­tor­sion de sur­tra­vail se dis­simule sou­vent sous les dehors d’un échange d’équiv­a­lents. C’est par­ti­c­ulière­ment vrai dans le cas du cap­i­tal­isme, où le salaire sem­ble être le prix du tra­vail et où la rela­tion entre employeur et salarié est juridique­ment libre – aucune loi, ni usage de la force, n’oblige le salarié à accepter le prix auquel le marché est dis­posé à acheter son temps de tra­vail. Dès lors, pour met­tre en évi­dence le rap­port d’ex­ploita­tion que cette rela­tion dis­simule, il est néces­saire d’en­tre­pren­dre une longue et dif­fi­cile analyse de ce qu’est la mon­naie, le tra­vail, etc. – une tâche à laque­lle Marx con­sacra une bonne par­tie de sa vie. Et aujour­d’hui encore, 99% des écon­o­mistes pro­fes­sion­nels peu­vent défendre des théories dans lesquelles l’ex­ploita­tion est pure­ment et sim­ple­ment niée et où le salaire, dans l’hy­pothèse d’un fonc­tion­nement cor­rect du marché, est présen­té comme le strict équiv­a­lent de la valeur créée par le tra­vailleur. Il faut cepen­dant remar­quer que le cap­i­tal­isme n’est pas la seule société à mas­quer ain­si la réal­ité de l’ex­ploita­tion. À vrai dire, je me demande si elles ne l’ont pas toutes plus ou moins fait, même si c’est d’une manière un peu dif­férente. En par­ti­c­uli­er, dans bien des sociétés, si les exploités four­nissent effec­tive­ment du tra­vail ou des pro­duits aux exploiteurs, ce trans­fert est cen­sé être équili­bré, en retour, par la four­ni­ture de divers ser­vices, en par­ti­c­uli­er la pro­tec­tion armée ou l’in­ter­ces­sion avec les forces sur­na­turelles. Or, il n’est pas si aisé d’é­carter d’un revers de main la réal­ité de ces con­trepar­ties. Il ne s’ag­it évidem­ment pas de pren­dre pour argent comp­tant la croy­ance selon laque­lle c’est grâce au Pharaon que sur­ve­naient les crues du Nil qui per­me­t­taient l’a­gri­cul­ture égyp­ti­enne. Mais faudrait-il qual­i­fi­er d’ex­ploiteuse une frac­tion de la société qui, par exem­ple, accom­pli­rait les tâch­es de pro­tec­tion mil­i­taire ou même, s’adon­nerait aux incan­ta­tions mag­iques, en dépen­sant le même temps que les pro­duc­teurs et en ne jouis­sant pas d’un accès aux biens supérieur à eux ?
La sec­onde dif­fi­culté est sou­vent moins con­nue des marx­istes eux-mêmes. C’est celle que soulig­nait Mau­rice Gode­lier dans un arti­cle inti­t­ulé « Ordres, class­es, État chez Marx ». Marx remar­quait en effet que l’ex­ploita­tion se définit par une rela­tion économique ; or, bien des caté­gories que nous appelons « class­es » sont en réal­ité des statuts juridiques, qui ne coïn­ci­dent pas néces­saire­ment avec ces rela­tions économiques. Le cas le plus banal (et peut-être le plus fla­grant) est celui de l’esclave : celui-ci, en effet, est tou­jours quelqu’un qui est privé d’un cer­tain nom­bre de droits (par rap­port au citoyen libre). Il n’est pas pour autant néces­saire­ment exploité : cer­tains esclaves occu­paient par exem­ple des places très élevées dans l’ad­min­is­tra­tion impéri­ale romaine, et jouis­saient d’un niveau de vie que bien des hommes libres pou­vaient leur envi­er. Comme tou­jours en matière sociale, les choses ne sont pas sim­ples, et s’il faut se garder de jeter le bébé marx­iste avec l’eau sale du bain, il faut égale­ment avoir con­science de ces dif­fi­cultés et ne pas les élud­er, en par­ti­c­uli­er lorsqu’on traite de sociétés très dif­férentes de la nôtre, sous peine de com­met­tre de graves con­tre­sens.

Une critique de la position d’Alain Testart

Sur ces ques­tions (comme sur bien d’autres), on trou­ve des développe­ments orig­in­aux et qui méri­tent une atten­tion par­ti­c­ulière chez Alain Tes­tart, notam­ment dans ses Élé­ments de clas­si­fi­ca­tion des sociétés (2005). Sur la ques­tion des class­es, le texte pro­pose une inno­va­tion impor­tante, en con­sid­érant que le critère du « monde III » est l’ex­is­tence de la pro­priété qu’il appelle « fun­di­aire » de la terre – celle où les droits sur un fonds de terre exis­tent indépen­dam­ment du fait que ce fonds soit tra­vail­lé ou non. À cette pro­priété fun­di­aire sont asso­ciés trois phénomènes cor­rélés :
  1. « l’ex­is­tence d’une classe de pro­prié­taires fonciers, que l’on peut appel­er une aris­to­cratie fon­cière, laque­lle est présente partout, quoique sous des modal­ités très dif­férentes selon les types de sociétés »
  2. la rente fon­cière – c’est-à-dire une somme, en argent ou en nature, que celui qui exploite la terre est con­traint de vers­er pour cela au pro­prié­taire du fonds
  3. « un ensem­ble de gens sans ter­res, donc dépourvus (en lais­sant de côté les arti­sans et com­merçants) de tout moyen de sub­venir de façon indépen­dante à leurs besoins » (p. 26)
Les sociétés à pro­priété non fun­di­aire sont par exem­ple celles de l’Afrique noire pré­colo­niale, où seul le tra­vail fonde la pro­priété (bien réelle) de la terre. Par con­séquent :

« On n’y voit pas de paysans sans terre ; l’in­sur­rec­tion pop­u­laire à reven­di­ca­tion sociale, si com­mune en Occi­dent, en est absente ; la fig­ure du pro­lé­taire y est incon­nue. On n’y par­le pas d’une aris­to­cratie fon­cière, et rien n’est com­pa­ra­ble, même dans les régions les plus forte­ment urban­isées (…) à la plèbe romaine. » (p. 26)

C’est donc sur ce critère de la pro­priété fun­di­aire qu’A. Tes­tart délim­ite le monde II (celui des sociétés à richesse, mais dépourvues de class­es) et le monde III (celui des sociétés de class­es). Un peu curieuse­ment, ce point n’oc­cupe pas une place très grande dans le livre. Autant A. Tes­tart développe ses thès­es con­cer­nant la richesse et les ques­tions qu’elle soulève, autant il détaille les dif­férents aspects du monde II, autant cette déf­i­ni­tion très orig­i­nale des sociétés de class­es ne mobilise qu’une dis­cus­sion très lim­itée.
Je ne me sens pas assez armé pour dis­cuter de la per­ti­nence de l’op­po­si­tion entre ces deux types de pro­priété. Mon sen­ti­ment est, comme sou­vent, que les choses sont sans doute un peu plus com­pliquées que cela, et que la ligne de démar­ca­tion entre elles n’est sans doute pas aus­si franche que ce que sug­gère le raison­nement d’A. Tes­tart. Mais indépen­dam­ment même de cela, ce choix m’a tou­jours paru très prob­lé­ma­tique, pour deux raisons symétriques.
Pour com­mencer – mais c’est sans doute là le moin­dre reproche – il a pu exis­ter des sociétés pra­ti­quant la pro­priété fun­di­aire où, pour autant, la struc­tura­tion en class­es n’é­tait pas évi­dente. C’est le cas de ces sociétés essen­tielle­ment paysannes, où la pro­priété reste essen­tielle­ment famil­iale, et où la con­cur­rence et la con­cen­tra­tion n’a pas encore mené à la con­sti­tu­tion, à un pôle, d’une classe de land­lords, à l’autre, d’un pro­lé­tari­at rur­al. De telles sociétés ont sans doute été rares dans l’his­toire et plus encore, elles étaient par nature très insta­bles. Mais elles n’en ont pas moins existé (du moins, me sem­ble-t-il…)
L’autre objec­tion, beau­coup plus impor­tante et qui me paraît incon­tourn­able, est qu’on ne peut réduire les oppo­si­tions de class­es à l’ex­is­tence de la pro­priété fun­di­aire. Un rap­port, en par­ti­c­uli­er, vient immé­di­ate­ment à l’e­sprit : celui de l’esclavage qui, tout à fait indépen­dam­ment de la nature des droits sur le sol, four­nit la matière d’une exploita­tion économique. A. Tes­tart était sem­ble-t-il con­scient du prob­lème. Il écrivait en tout cas, dans une « Remar­que sur l’esclavage en régime de pro­priété non fun­di­aire » (p. 28) :

Si la rente fon­cière n’est pas pos­si­ble en régime de pro­priété par le tra­vail, ne revanche, un autre type de rente l’est, fondée sur la dépen­dance des per­son­nes (…) L’esclave, étant exclu, de la citoyen­neté comme de la par­en­té, n’a aucun titre à deman­der de la terre à la com­mu­nauté. Son maître en demande pour lui, comme pour ses enfants, ses épous­es, pour tous ceux qui sont placés sous son autorité et sa pro­tec­tion (…) La dif­férence entre ce que rap­porte l’esclave et ce que coûte son entre­tien, c’est une rente (…) de dépen­dance per­son­nelle.

Ces développe­ments me parais­sent absol­u­ment justes. La rela­tion ain­si décrite est sans aucun doute pos­si­ble une rela­tion d’ex­ploita­tion économique ; autrement dit, maître et esclave for­ment bel et bien deux class­es antag­o­niques, dans la plus pure tra­di­tion marx­iste. Mais alors, pourquoi une société dans laque­lle ce rap­port existe sur une échelle impor­tante ne pour­rait-elle pas être qual­i­fiée de société de class­es ? Et pourquoi le critère de la pro­priété de la terre serait-il seul per­ti­nent ? J’ai eu beau lire et relire les Élé­ments…, cette ques­tion n’est jamais posée, ni évidem­ment traitée.
En fait, j’ai le sen­ti­ment qu’A. Tes­tart a abor­dé la ques­tion des class­es dans le même esprit que celle de la richesse : en voulant à tout prix trou­ver un critère formel et juridique pour établir la démar­ca­tion, et en écar­tant implicite­ment les faits qui n’obéis­saient pas à ce critère. C’est ain­si qu’il a iden­ti­fié (à tort) sociétés à richesse et sociétés à paiements de mariage ou judi­ci­aires. Et c’est aus­si ain­si, je crois, qu’il a érigé la pro­priété fun­di­aire en ligne de démar­ca­tion des sociétés de class­es, avec toute l’ap­prox­i­ma­tion que cela sup­pose vis-à-vis de la réal­ité.

Vers une autre solution

Gus­tave Boulanger
« Le marché aux esclaves »
Je le dis­ais au début de ce bil­let : déduire sans ambages de l’ex­is­tence de rap­ports de class­es (ou s’en approchant) que l’on serait dans une société de class­es con­duirait à d’é­tranges con­clu­sions. Serait ain­si, par exem­ple, une société de classe toute société dans laque­lle existe un esclavage min­i­mal, indépen­dam­ment du poids de cet esclavage dans la struc­ture glob­ale et de la phy­s­ionomie de celle-ci. Je le répète, je crois que le prob­lème se pose fon­da­men­tale­ment de la même manière que pour la richesse : il y a de la richesse dans toutes les sociétés, mais ce n’est qu’à par­tir d’un cer­tain seuil que cette richesse devient sociale­ment sig­ni­fica­tive, c’est-dire qu’elle influ­ence de façon mar­quante les rap­ports soci­aux. De même, les rap­ports de classe exis­tent dans de très nom­breuses sociétés (et, avec la déf­i­ni­tion que j’en ai pro­posée, on peut même se deman­der s’ils n’ex­is­tent pas jusque dans le monde I, celui des sociétés sans richesse sig­ni­fica­tive). Pour autant, on sent bien que c’est seule­ment à par­tir d’un cer­tain seuil qu’ils exer­cent suff­isam­ment d’in­flu­ence pour faire bas­culer le cen­tre de grav­ité de rap­ports soci­aux. La ques­tion est : com­ment qual­i­fi­er ce seuil ?
Une pre­mière pos­si­bil­ité con­siste à rechercher la réponse du côté d’un rap­port spé­ci­fique aux moyens de pro­duc­tion – c’est d’ailleurs dans cette voie que s’in­scrit la propo­si­tion d’A. Tes­tart. Je crois néan­moins que c’est une impasse, pour une rai­son sim­ple : si le sur­tra­vail peut être extorqué via des droits sur les moyens de pro­duc­tion (en par­ti­c­uli­er, s’agis­sant des sociétés les plus anci­ennes, sur la terre), il peut aus­si l’être via des droits directs sur la per­son­ne du pro­duc­teur. En quelque sorte, il en va de la pos­si­bil­ité d’ex­tor­quer du tra­vail comme de celle de se faire obéir : le rap­port social peut être médié (en pas­sant ain­si par les choses) ou il peut être direct. Toute propo­si­tion qui restreindrait le critère des sociétés de class­es au mode d’ac­cès aux moyens de pro­duc­tion se con­damn­erait donc à être aveu­gle à l’ex­ploita­tion via des droits directs sur le pro­duc­teur – à moins de con­sid­ér­er le tra­vailleur lui-même comme un moyen de pro­duc­tion, mais alors on ne sait plus ce que veu­lent dire les mots.
Voilà pourquoi, tout comme en ce qui con­cerne les sociétés à richesse, je pense qu’il faut rechercher la réponse du côté des effets soci­aux du phénomène plutôt que d’un critère juridique ou formel con­damné à laiss­er échap­per une par­tie des cas. Et il me sem­ble que cette réponse pour­rait être celle-ci : une société de class­es est une société dont la frac­tion dom­i­nante est totale­ment détachée des tâch­es de pro­duc­tion. Ce qui n’empêche nulle­ment de con­sid­ér­er, le cas échéant, la bifur­ca­tion entre pro­priété fun­di­aire et non fun­di­aire comme essen­tielle au sein des sociétés de classe elles-mêmes. 
Je me doute bien qu’il ne s’ag­it là que d’une pre­mière approche, et qu’il y aurait sans doute bien des choses à affin­er, à com­mencer par la délim­i­ta­tion des tâch­es de pro­duc­tion. Quoi qu’il en soit, j’ai néan­moins le sen­ti­ment que la bonne réponse doit exprimer, d’une manière ou d’une autre, l’idée que l’achève­ment du cli­vage en class­es s’é­val­ue au fait que les béné­fi­ci­aires du sur­tra­vail ne doivent plus leurs revenus qu’à ce seul mécan­isme et que, du point de vue économique au moins, ils soient entière­ment entretenus par les pro­duc­teurs (ou par une frac­tion d’en­tre eux).
Je fais néan­moins con­fi­ance à mes lecteurs les moins com­plaisants pour relever tous les prob­lèmes que pose cette propo­si­tion, et me pouss­er dans mes retranche­ments – voire m’oblig­er à capit­uler en rase cam­pagne.

11 commentaires

  1. Hel­lo,

    Je ne suis pas du tout spé­cial­iste de ces ques­tions, mais il me sem­ble qu’il y a un autre élé­ment de déf­i­ni­tion d’une classe sociale dans le marx­isme, que tu n’évo­ques pas du tout : pour qu’il y ait classe sociale, il faut que les mem­bres agis­sent en com­mun sociale­ment et poli­tique­ment. S’il n’y a pas de lutte en com­mun, il n’y a pas de classe (cas des paysans selon Marx, au moins au 19e s., puisqu’il y a tout de même eu quelques jacqueries tout au long de l’His­toire). Du coup, une société de class­es, ce serait :
    1) une société strat­i­fiée (donc avec des strates et non des class­es, ce qui est le cas d’à peu près toutes les sociétés des mon­des II et III),
    2) où la strate supérieure exploit­erait économique­ment l’autre ou les autres (cas aus­si très général),
    3) où les strates for­meraient des class­es, c’est-à-dire qu’elle seraient com­posées d’hommes agis­sant en com­mun pour défendre leur cause.
    Il me sem­ble qu’avec le critère #3, on règle en grande par­tie les prob­lèmes. No ?

    1. Ah, l’af­faire de la con­science et de l’ac­tion com­munes, on met le doigt dans la fameuse (?) dis­tinc­tion entre la « classe en soi » et la « classe pour soi ». Avec là encore, le fait que le même mot de « classe » désigne deux réal­ités dif­férentes (une sit­u­a­tion objec­tive dans un cas, la con­science de cette sit­u­a­tion dans l’autre). Il me sem­ble que pour com­mencer, on a tout intérêt à s’en tenir à la pre­mière accep­tion, déjà bien assez prob­lé­ma­tique comme cela. En fait, je ne suis pas con­va­in­cu de la néces­sité, ni de l’u­til­ité, du critère 3. D’abord, parce que je ne con­nais pas de cas dans l’His­toire où la classe dirigeante n’au­rait pas eu con­science de ses intérêts et de sa posi­tion – je dirais bien qu’une telle classe ne serait pas restée dirigeante bien longtemps ! Ensuite, parce que le fait que cette action com­mune (ou col­lec­tive) existe ou non me paraît être au moins aus­si dif­fi­cile à éval­uer que le critère que je pro­pose…

  2. Salut Christophe,
    Encore une fois, tu as mis les pieds dans la cuve ! C’est comme ça qu’autrefois on fai­sait le (bon) vin.
    Bien que tu soulève un beau lièvre, j’ai quelques objec­tions.
    Tu con­testes la dis­tinc­tion pro­priété fun­di­aire, pro­priété usu­fondée sur la base de la recherche d’un critère sim­ple. Or ce que cher­chait Tes­tart c’était d’expliquer un phénomène très impor­tant : pourquoi n’avait-on pas de révoltes paysannes en Afrique (ou ailleurs) alors que toute l’histoire de l’antiquité européenne ou chi­noise est tra­ver­sée par cette ques­tion. Comme le dis­ait Marx, l’histoire de Rome s’explique par la pro­priété fon­cière (pas par celle de l’esclavage pour­tant dom­i­nant). Qu’il ait existé d’autres groupes soci­aux que les paysans et les seigneurs, c’est sûr, mais l’explication de Tes­tart est séduisante. Main­tenant, que la pro­priété fun­di­aire n’ait pas les pro­priétés que Tes­tart lui attribue uni­verselle­ment, c’est-à-dire la pos­si­bil­ité pour le pro­prié­taire de retir­er une rente de sa terre, de laiss­er une terre en friche pen­dant que des paysans crèvent parce qu’ils sont expul­sés, c’est clair : c’est le cas de toute pro­priété inal­ién­able, celle qu’ont cer­tains clans sur les ter­res leur appar­tenant par exem­ple.
    La sec­onde chose qui me gène dans ton exposé est qu’avec ton critère, toute dis­tinc­tion entre caste, ordre et classe dis­paraît. Or les sociétés à castes, celles à ordre et celles à class­es sont très dif­férentes. Con­sid­ér­er les sociétés où règne l’exploitation sim­ple­ment comme des sociétés de class­es reviendrait alors à en gom­mer toutes les autres par­tic­u­lar­ités. Pourquoi ne pas appel­er l’ensemble des sociétés en ques­tion « sociétés d’exploitation » pour ensuite analyser les par­tic­u­lar­ités de cha­cune d’entre elles ?
    Mais toutes ces objec­tions ne tien­nent pas devant celle-ci : des sociétés où toute la classe dirigeante ne tra­vaille pas et prof­ite de l’exploitation des « pro­lé­taires » n’existent pas, ou alors c’est que tu as une déf­i­ni­tion très restric­tive des class­es dirigeantes, celle d’un groupe pure­ment par­a­sitaire. Dans la société cap­i­tal­iste, beau­coup de cadres supérieurs, beau­coup de patrons du 19ème siè­cle ou d’aujourd’hui, tra­vail­laient – certes non matérielle­ment (encore que) – dans l’organisation, la sur­veil­lance, la con­cep­tion voire la R&D, autrement dit fai­saient par­tie du « tra­vailleur col­lec­tif ». Max Weber en fait même une car­ac­téris­tique du protes­tantisme.
    Par con­tre, la dis­tinc­tion que tu fais entre sociétés à class­es et sociétés de class­es me sem­ble aus­si impor­tante que celle que Tes­tart fai­sait entre sociétés à esclaves et sociétés esclavagistes. Effec­tive­ment, il me sem­ble y avoir des bribes de class­es (au sens « clas­sique ») dans les sociétés antiques et pré­cap­i­tal­istes – ou un groupe social est dom­i­nant — sans pour autant que ce soient des sociétés de classe. Et je ter­min­erai par ramen­er un ser­pent de mer : le prob­lème ne serait-il pas celui de l’existence des for­ma­tions sociales comme « com­posées » de modes de pro­duc­tion ? Mais alors là….

    1. Hel­lo Momo

      Je dis­tingue trois points dans ce que tu développes. Pour les deux pre­miers, je crois qu’il y a un malen­ten­du (plus qu’un désac­cord ?). Le troisième, en revanche, met le doigt là où cela fait mal.

      1. Je ne con­teste pas l’op­po­si­tion entre pro­priété usu­fondée et fun­di­aire. J’émets juste un doute sur le fait que les choses soient aus­si sim­ples que cela, mais c’est presque un doute de principe. Ce que je con­teste, c’est qu’on puisse restrein­dre la déf­i­ni­tion des class­es à la pro­priété fun­di­aire. Le rap­port de maître à esclave (économique) est-il un rap­port de classe ? Pourquoi une société dans laque­lle il existe une élite dirigeante et esclavagiste (comme dans cer­taines sociétés d’Afrique noire pré­colo­niale, sauf erreur) ne serait-elle pas une société de class­es, au motif que la pro­priété du sol est usu­fondée et non fun­di­aire ? Cela me paraît totale­ment arbi­traire et jus­ti­fié par aucun argu­ment. Après, je le répète, cette forme de pro­priété peut fort bien être con­sid­érée comme un cli­vage majeur au sein des sociétés de class­es. Mais c’est une autre dis­cus­sion.

      2. Non, mes déf­i­ni­tions ne font pas « dis­paraître » toute dis­tinc­tion entre ordre, caste et classe. Au con­traire, elles les soulig­nent ! Un ordre n’est pas en soi une classe, pas plus qu’un caste. Je prends juste­ment soin d’op­pos­er la déf­i­ni­tion économique de la classe, qui dif­fère de la déf­i­ni­tion juridique de l’or­dre (ou du statut). Après, il faut étudi­er, pour chaque société, dans quelle mesure les class­es recou­vrent ou non les éventuels ordres et castes — sachant que le cap­i­tal­isme achevé est sans doute la pre­mière et la seule société qui pos­sède des class­es et plus d’or­dres ou de statuts. Mais, encore une fois, dire que les class­es se définis­sent selon tel critère, cela n’empêche nulle­ment de remar­quer qu’il existe aus­si d’autres critères qui définis­sent autre chose que des class­es, et que ces dif­férentes caté­gori­sa­tions ne se recou­vrent pas a pri­ori.

      3. J’avoue être embêté par ton troisième argu­ment, bien que je ne le for­mulerais pas ain­si. La noblesse du début du Moyen-Âge, par exem­ple, investie dans les affaires mil­i­taires, était totale­ment détachée du tra­vail pro­duc­tif. Je ne dirais pas pour autant qu’elle était par­a­sitaire : elle rem­plis­sait un cer­tain rôle social (rôle qui devient de plus en plus réduit par la suite, à mesure de la con­struc­tion de l’É­tat). Mais je recon­nais bien volon­tiers que bien des class­es dirigeantes, ou en tout cas, des frac­tions de celles-ci, ont peu accom­plir cer­taines tâch­es pro­duc­tives – cela vaut aus­si pour la bour­geoisie, qui n’est que par­tielle­ment une « ton­deuse de coupons » : pour par­tie, elle assume la direc­tion des entre­pris­es. Bref, tout en ayant le sen­ti­ment de tourn­er autour de la bonne idée, je ne suis pas vrai­ment sat­is­fait de la manière dont je l’ai exprimée.

      À suiv­re, donc…

  3. Avatar de Inconnu
    Tangui Przybylowski

    Salut Christophe,

    Un bil­let vrai­ment pas­sion­nant !

    En ce qui con­cerne les class­es de land­lord en for­ma­tion, à mon avis, tu as rai­son. Il en a existé un très grand nom­bre ; je pense même que la plu­part des sociétés d’Afrique noire en étaient (au moins depuis la coloni­sa­tion, pour la péri­ode antérieur…). Mais je ne partage pas ton avis sur leur insta­bil­ité. On peut imag­in­er qu’une classe dom­i­nante embry­on­naire ait quelques dif­fi­cultés à se main­tenir ; mais que dire d’une classe exploitée embry­on­naire ?

    En fait, la ques­tion même de l’op­po­si­tion pro­priété fondiaire/​usufondière n’est pas si sim­ple. La pro­priété usu­fondée peut avoir dis­paru au niveau de l’or­gan­i­sa­tion vil­la­geoise, mais sub­sis­ter au niveau du lig­nage. Il y a alors un début de strat­i­fi­ca­tion sociale entre mem­bres d’un lig­nage dom­i­nant — entre lesquelles la pro­priété reste usu­fondé — et étrangers — dépourvus du droit d’ac­cès à la terre. Dans une telle sit­u­a­tion, bien que tous les mem­bres du lig­nage ne soient pas néces­saire­ment des exploiteurs, ils for­ment un groupe dom­i­nant con­tre lequel les étrangers ne peu­vent rivalis­er.

    Quant au pas­sage d’une société à une autre, je t’en donne ma pre­mière impres­sion — en ce qui con­cerne les sociétés lig­nagères d’Afrique noire. Le bas­cule­ment se situe au point où un gros pro­prié­taire fonci­er aura un plus grand intérêt à défendre sa pro­priété face à sa famille, que la pro­priété de son lig­nage face aux tra­vailleurs étrangers qu’il exploite. à titre d’ex­em­ple, il préfér­era spoli­er un par­ent pour installer un tra­vailleur à exploiter sur une terre de sa famille, plutôt que d’ex­pulser un de ses tra­vailleurs pour don­ner la terre à son par­ent. En somme c’est le moment où il tire plus de pou­voir, de prof­it, de ses clients fonciers que des mem­bres de son lig­nage.

    Fai­sais-tu référence à ce genre de bas­cule­ment ? Même à ce stade, je ne sais pas si l’on peut par­ler de class­es sociales.

    Au final, qu’en­tends-tu par “insta­ble” ? Veux-tu dire que ces sociétés ont ten­dance à rapi­de­ment don­ner nais­sance à des sociétés de classe ? Ou bien veux-tu dire — ce qui me parait étrange — que les class­es en for­ma­tion n’y tien­nent pas ?

    1. Hel­lo Tan­gui

      Pour com­mencer, le plus facile : la sta­bil­ité. On peut sup­pos­er que les dif­férentes con­fig­u­ra­tions sociales pos­sè­dent des dynamiques internes qui, en l’ab­sence de chocs extérieurs, les ren­dent aptes à per­dur­er longtemps ou, au con­traire, pos­sè­dent une dynamique qui les con­damne à se trans­former rapi­de­ment en autre chose. L’ex­em­ple que je pre­nais, celui d’une société de petits pro­duc­teurs marchands, entre a pri­ori dans la sec­onde caté­gorie, car les aléas fer­ont que rapi­de­ment, cer­tains per­dront leurs ter­res tan­dis que d’autres pour­ront agrandir les leurs, et que la pro­priété (et la société) ten­dra à se polaris­er. Inverse­ment, les écrits de Marx et Engels sur le « mode de pro­duc­tion asi­a­tique » imag­i­naient une struc­ture très robuste, à la lim­ite de l’im­mo­bil­ité, où les aléas des con­quêtes et des défaites mil­i­taires ne fai­saient qu’é­gratign­er la sur­face des choses, sans avoir d’in­flu­ence réelle sur la struc­ture sociale.

      En ce qui con­cerne les soucis de l’op­po­si­tion trop sim­ple et trop franche entre pro­priété fun­di­aire et usu­fondée, c’est bien à ce que j’avais lu de toi que je pen­sais : comme à peu près tout en matière sociale, tout cela n’est sim­ple que quand on n’y con­naît rien. Et dès qu’on étudie les choses, on se rend compte de leur com­plex­ité.

      En ce qui con­cerne le bas­cule­ment, je crois qu’il y a deux prob­lèmes dif­férents. L’un est de savoir com­ment on passe d’une forme à une autre, de la pro­priété usu­fondée à la fun­di­aire — ou, en tout cas, com­ment la pro­priété usu­fondée perd sa sub­stance et devient le cadre d’autres rap­ports soci­aux. L’autre prob­lème, plus général, est de se deman­der à par­tir de quand, dans les sociétés humaines (et quelle que soit la forme sous laque­lle le proces­sus s’ef­fectue), on peut par­ler non seule­ment de dif­féren­ci­a­tion, mais de véri­ta­bles class­es, dans le sens d’une sépa­ra­tion achevée de dif­férentes frac­tions de la société aux intérêts antag­o­niste et dont l’une vit de l’ex­ploita­tion de l’autre. C’est un peu comme pour la richesse : il faut arriv­er à définir le phénomène qu’on veut étudi­er (sachant qu’in­tu­itive­ment, son exis­tence est évi­dente) pour pou­voir ensuite regarder sous quelles formes var­iées il se man­i­feste, et quelles voies évo­lu­tives ces formes ont suivi…

  4. Bon­jour,
    Lorsque vous par­lez des esclaves menant un train de vie supérieur à cer­tains citoyens libres ça me fait penser à cer­tains salariés, par exem­ple cer­tains PDG, des ingénieurs et autres cadres dans le sys­tème cap­i­tal­iste. Ceci dit il me sem­ble que même s’ils sont salariés sur papi­er en pra­tique la théorie marx­iste con­sid­ère que leurs salaires com­prend une par­tie de la plus-val­ue de l’en­tre­prise. D’autre part un cer­tain nom­bre d’en­tre eux peu­vent être pro­prié­taires de loge­ments qu’ils louent et ils s’in­scrivent en tant qu’­ex­ploiteurs dans la rela­tion avec les locataires.

    Sinon sur la dis­tinc­tion classe en soi /​classe pour soi je pense au con­traire qu’une classe peut très bien ne pas être con­sciente de ses intérêts de classe. Je pense que beau­coup de bour­geois sont sincères quand ils nient l’ex­is­tence des class­es sociales et donc le fait qu’ils parta­gent des intérêts avec leurs con­cur­rents.

    1. Oui, encore une fois, la théorie est tou­jours une sim­pli­fi­ca­tion (plus ou moins réussie) de la réal­ité, qui s’ob­s­tine à faire de la résis­tance ! En effet, dans l’é­conomie cap­i­tal­iste, le prof­it se dis­simule de plus en plus sous la forme du salaire, ce qui rend très com­pliqué cer­tains cal­culs — à com­mencer par la part des prof­its dans le revenu nation­al, qui se voit ain­si sous-estimée… mais de com­bi­en ? Et à par­tir de quand un salaire rémunère-t-il autre chose que la valeur de la force de tra­vail ? Vaste ques­tion… En tout cas, ce que je voulais soulign­er avec l’esclave, c’est que par déf­i­ni­tion même, l’esclavage est un statut juridique. Et il n’y a pas de rai­son de sup­pos­er que la divi­sion entre esclaves et non-esclaves cor­re­spond néces­saire­ment en tout point à la divi­sion exploiteurs-exploités, fondée sur le rap­port vis-à-vis du tra­vail.

      En ce qui con­cerne la bour­geoisie, je ne suis pas cer­tain que ce soit le meilleur exem­ple de l’ig­no­rance de ses intérêts de classe. Certes, les bour­geois, selon le mot de Trot­sky, en tant que classe exploiteuse, « ne pensent pas d’eux-mêmes ce qu’ils sont, et de dis­ent pas d’eux-mêmes ce qu’ils pensent ». Il n’empêche, c’est une classe dirigeante qui, au jour le jour, se pose le prob­lème de la per­pé­tu­a­tion de sa dom­i­na­tion et doit le résoudre. Qu’il s’agisse d’un patron indi­vidu­el ou d’un respon­s­able poli­tique, d’un haut fonc­tion­naire, ils sont sélec­tion­nés par l’or­dre social pour leur apti­tude à réfléchir en stratèges ou en tac­ti­ciens pour préserv­er l’or­dre exis­tant et les intérêts des puis­sants. Même si c’est de manière défor­mée, la bour­geoisie pos­sède donc, de par sa posi­tion, une con­science de classe en quelque sorte min­i­male, celle sans laque­lle elle ne pour­rait pas sur­vivre en tant que telle.

      Les exploités, mal­heureuse­ment, ne diri­gent rien, et ne pos­sè­dent ni la cul­ture, ni les moyens d’in­for­ma­tion. Et pour eux, accéder à une cer­taine con­science de classe (même sous la forme min­i­male d’être capa­ble d’aspir­er à une défense com­mune par l’ac­tion col­lec­tive) n’est en rien spon­tané — ce que la réal­ité ne cesse hélas de nous démon­tr­er.

  5. Superbe ! 170 années après nous allons enfin avoir la réponse à la ques­tion de Marx “il nous faut d’abord répon­dre à la ques­tion suiv­ante : qu’est ce qui con­stitue une classe ? ” Libre III p 1483 La Pléi­ade TII Eco. Ques­tion jamais répon­due (jamais). Et obtenir enfin des éclair­cisse­ments sur le thème fort de la con­nivence entre le pou­voir poli­tique et la sacré dans la mécanique his­torique d’ex­trac­tion mas­sive du sur­plus. En par­ti­c­uli­er dans le pas­sage des économies de pré­da­tion (max VIIème-XVIème) aux économies de pro­duc­tion. J’en salive déjà. Mer­ci pour ton tra­vail. “…moi , je ne suis pas marx­iste”. KM. Ami­ties.

    1. Dire que la ques­tion de la déf­i­ni­tion des class­es n’a jamais obtenu de réponse me sem­ble tout de même pour le moins exagéré – même si, comme je le pense, on peut essay­er d’en trou­ver une plus fine, surtout pour abor­der la dif­fi­cile ques­tion de leur émer­gence.

    2. tu as par­faite­ment rai­son : des répons­es , oui , mais mal­heureuse­ment par cen­taines , et toutes dif­férentes. Quelle est ta préférée ?
      Je crois (opin­ion bachelar­di­enne) l’in­di­vid­u­al­isme méthodologique du maître incom­pat­i­ble avec une vraie vision du sujet (i.e opéra­tionnelle).
      A com­mencer par la maître lui même. “La réduc­tion de la journée de tra­vail est la con­di­tion fon­da­men­tale de cette libéra­tion”. (dans l’Edi­tion Rubel, pas celle de Engels). Belle fin mais absurde , non ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut