Qu’est-ce la science pour vous… Le retour !

J’avais écrit, à titre de demi-plaisan­terie, le cha­peau de ce bil­let où je fai­sais mine de réclamer la pos­si­bil­ité d’écrire un deux­ième texte dans le prochain vol­ume de Qu’est-ce que la sci­ence pour vous ? aux édi­tions Matéri­ologiques. Mais Marc Sil­ber­stein m’a pris au mot et m’a demandé de pass­er à l’acte, ce que j’ai fait sans tarder.
Cette nou­velle con­tri­bu­tion, qui porte le titre (pro­vi­soire) de « Com­bat­tre pour la sci­ence, com­bat­tre par la sci­ence » sera très dif­férente de la précé­dente, sur le fond comme sur la forme. Sans chercher le moins du monde à arrondir les angles (au con­traire !), elle se veut un plaidoy­er pour la sci­ence et un réquisi­toire con­tre tous ceux qui s’ac­com­mod­ent de l’irrationalisme, voire qui lui appor­tent leur cau­tion. Et plus j’au­rai réus­si à taper dur, plus je serai con­tent de moi.
En voici donc les pre­mières lignes (dans une ver­sion qui pour­ra encore quelque peu évoluer), his­toire d’ap­pâter le cha­land :
On ne peut aimer la sci­ence – l’aimer vrai­ment, non comme un gagne-pain ou un passe-temps, mais comme un idéal et un accom­plisse­ment –, sans haïr cette igno­rance obtuse, fière d’elle-même et qui se pare du cos­tume de la vérité : le dogme, la foi mag­ique ou religieuse, en un mot, la croy­ance.
Mal­gré les innom­brables vic­toires de la méth­ode sci­en­tifique, notre époque pétrie de con­tra­dic­tions cul­tive sans ver­gogne l’indulgence, la com­plai­sance, quand ce n’est pas la fas­ci­na­tion, pour toutes les formes d’irrationalité. Ain­si, et même dans les milieux qui s’abstiennent de vers­er eux-mêmes dans la pen­sée mag­ique, tient-on sou­vent pour mal­séant d’affirmer la supéri­or­ité du matéri­al­isme, sous pré­texte de tolérance et d’empathie vis-à-vis des croy­ants de toutes obé­di­ences. Sous les dehors de la bien­veil­lance, une telle atti­tude, venant de gens qui se garderaient bien d’adopter ces sor­nettes pour eux-mêmes, dis­simule mal un pater­nal­isme méprisant. Quel piètre human­isme, que celui qui refuse de débar­rass­er l’être humain de ce qui l’entrave et le dégrade !
à suiv­re…

31 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Olivier MONTULET

    Autant j’ai appré­cié le texte précé­dent, autant je suis cir­con­spect à la lec­ture de cette entame.
    Qu’est-ce donc une croy­ance ? qu’est-ce que irra­tional­ité ? Même la sci­ence se fonde sur des croy­ance, même la foi se bâtit sur des con­struc­tions rationnelles…
    La sci­ences n’est-elle pas d’abord une façon, par­mi d’autre, de se représen­ter le monde, n’est-elle pas un rap­port sin­guli­er à la nature ?
    Qu’est-ce que l’ig­no­rance ?
    La sci­ence n’est-elle pas une propo­si­tion plus qu’une réponse ?
    La sci­ence ne pose-t-elle pas plus de ques­tions que ne donne de réponse ?
    La sci­ence ne con­stru­it-elle pas plus un monde que ne nous éclaire sur le monde ? Ne con­stru­it-elle pas un réel plus qu’elle ne nous éclaire sur le réel ?
    La croy­ance n’est-elle pas basée sur un empirisme éprou­vé ? Ne nous mon­tre-t-elle pas une vision du réel basé sur des par­a­digmes restric­tifs par nature ?
    L’ob­scu­ran­tisme n’est pas la croy­ance mais le renon­ce­ment à les ques­tion­ner ? Le doute est le coro­laire de la sci­ence comme de la foi.
    La sci­ence est une méth­ode pour voir… comme la foi (croy­ance).
    A cha­cune sont chemin, à cha­cun de le recon­naitre et d’en savoir les lim­ites.

    « Que le lecteur veuille bien penser à n’importe quel argu­ment capa­ble de démolir de font en comble toutes les pré­ten­tions zandé au pou­voir de l’oracle » « Si l’on traduit, l’on tradui­sait cet argu­ment dans les modes de pen­sée zandé, il servi­rait à étay­er toute la struc­ture de leurs croy­ances. Car leurs notions mys­tiques sont cohérentes au suprême degré ; elles sont reliées entre elles par un réseau d’attaches logiques, et dis­posées dans un tel ordre que jamais elles ne con­tre­dis­ent trop crû­ment l’expérience sen­sorielle ; mais qu’au con­traire l’expérience sem­ble les jus­ti­fi­er. (…) Je puis observ­er que j’ai trou­vé cette façon (à savoir, con­sul­ter des ora­cles en vue des déci­sions à pren­dre au jour le jour) de men­er ma mai­son et mes affaires aus­si sat­is­faisante qu’aucune autre à ma con­nais­sance. » E.E. EVANS-PITTCHARD anthro­po­logue Anglais, Sor­cel­lerie, Ora­cles et Magie, chez les Azandés, Paris, NRF, trad. Louis Evrard, 1972, pp. 370–371

  2. Avatar de Inconnu
    Olivier MONTULET

    P.S.

    Sans croy­ance aucune représen­ta­tion du monde n’est pos­si­ble.
    La sci­ence n’est qu’une propo­si­tion de représen­ta­tion du monde par­mi une infinité de pos­si­bles.
    La sci­ence (comme les autres méth­odes de représen­ta­tion d’un monde) est sin­gulière­ment la méth­ode adap­tée à la représen­ta­tion du monde matéri­al­iste tel que notre cul­ture con­tem­po­raine le prend (le croit) pour vrai (réel, réal­ité). La sci­ence ne peut pré­ten­dre dire ce qui est uni­verselle­ment, le, vrai. La sci­ence ne décrit la réal­ité que dans la lim­ite de ses par­a­digmes notam­ment celui du matéri­al­isme.

    1. Eh bien, votre réponse me con­va­inc en tout cas d’une chose, c’est que j’ai bien fait d’écrire ce sec­ond texte. Ne sachant si je dois répon­dre à votre pro­fes­sion de foi rel­a­tiviste par le rire, par les larmes ou par des argu­ments, je com­mencerai par remar­quer que la faire par­venir par Inter­net plutôt que par télé­pathie, c’est quand même un peu petit bras.

      Après, que les Azande croient dur comme fer à la sor­cel­lerie, per­son­ne n’en doute. La vraie ques­tion est de savoir s’il existe quelques bonnes raisons de ne pas y croire aus­si fort qu’eux. Aus­si, je m’in­ter­roge pour savoir si vous prônez une appli­ca­tion con­séquente des pré­ceptes que vous défend­ez : par exem­ple, en ne voy­ant aucune objec­tion val­able au rétab­lisse­ment des procès en sor­cel­lerie, ni de l’ad­min­is­tra­tion de la preuve par l’ordalie. De même, j’imag­ine que vous avez sans doute à cœur, en cas de mal­adie, d’aller con­sul­ter au moins aus­si sou­vent le prêtre, le chamane et le marabout que le médecin ?

    2. Avatar de Inconnu
      Olivier MONTULET

      Le rel­a­tivisme comme le scep­ti­cisme (la zété­tique) est une des ver­tus du sci­en­tifique. Je prends donc votre remar­que comme com­pli­ment.

      Mais, je dois mal m’ex­primer car vis­i­ble­ment vous ne m’avez pas com­pris.

      Je ne con­teste pas le bien fondé de la sci­ence et sa méth­ode comme sa capac­ité à expli­quer les mécan­ismes, du moins quelques uns, de la “mécanique” du monde (matériel). Je cadre sim­ple­ment cette con­nais­sance dans les lim­ites de ses par­a­digmes (comme les autres propo­si­tions de représen­ta­tion du monde). Je mon­tre aus­si que la sci­ence ne dis­qual­i­fie pas, et ne le peut, la vérité des autres représen­ta­tions que la sienne.

      Je n’ai pas dis n’ont plus que cer­taines affir­ma­tions (et non croy­ances, qui se valent toutes ne sont pas fauss­es dans un cadre don­né (votre exem­ple est une théorie qui voudrait apporter une réponse matéri­al­iste dans un monde matéri­al­iste qui est juste­ment celui de la sci­ence et que la sci­ence, à ce jour réfute). La sci­ence, elle-même, peut affirmer des choses qui se révè­lent postérieure­ment être fauss­es (incom­plètes ou même totale­ment erronées) dans son pro­pre domaine (d’où le scep­ti­cisme et le rel­a­tivisme sci­en­tifique qu’il importe d’avoir). Notez aus­si que bien des théories rejetées (ou ignorées) par les sci­en­tifiques d’une époque se sont révélées fondées d’un point de vue sci­en­tifique plus récent muni d’outil con­ceptuels et expéri­men­taux neufs. Aucune “vérité” n’est acquise en sci­ence. Et si la sci­ence repousse les lim­ites, elle ne fait qu’ou­vrir d’a­van­tage de nou­velles ques­tions. La sci­ence ne dit pas la vérité. Dans le cadre de ses par­a­digmes, elle ne fait que réfuter des erreurs (ce qui n’est déjà pas si mal).

      La sci­ence aus­si (comme tout autre mode de con­nais­sance) chem­ine en suiv­ant une voie, ouvrant des portes mais en igno­rant d’autres. Son cadre con­ceptuel se con­stru­it (se mod­i­fie) au long de se chem­ine­ment, l’é­car­tant tou­jours plus d’autres chem­ine­ments qui furent pos­si­bles mais ont été ignorés.

      Per­son­nelle­ment, je n’ai pas de qual­i­fi­ca­tion sci­en­tifique offi­cielle. Cela ne m’empêche d’avoir, comme tous, une opin­ion. Opin­ion qui par ailleurs, est fondée sur la lec­ture de nom­breux ouvrages de nom­breux épisté­mo­logues, his­to­riens et philosophes des sci­ences. Les ques­tions épisté­mologiques et ontologiques, bref les représen­ta­tions du monde, sont l’un des cen­tres prin­ci­paux de mes préoc­cu­pa­tions.

      Ma volon­té n’est pas de dire que la con­nais­sance sci­en­tifique est moins bonne ou meilleure qu’une autre, mais de don­ner un autre éclairage et d’y faire réfléchir. Il s’agit d’établir, non une com­péti­tion entre con­cepts, mais une dialec­tique entre idées afin de par­ticiper à génér­er un nou­veau mod­èle con­ceptuel qui fait con­sen­sus.

      Les objets ‑et en par­ti­c­uli­er, matériels- sont des con­cepts au sein du monde de représen­ta­tions qu’on se con­stru­it.

      Enfin, je con­viens que je me sens plus proche des solip­sistes que des ratio­nal­istes et me posi­tionne aux antipodes des ratio­nal­istes matéri­al­istes qui affir­ment que seuls eux sont aptes à décrire LE réel (LA réal­ité uni­verselle et unique ‑ce que réfute d’ailleurs la mécanique quan­tique-).

      J’ai comme l’im­pres­sion que vous portez, avec beau­coup de dédain, un juge­ment de valeur, si pas sur moi, pour le moins, sur mes pro­pos. Je trou­ve cela attris­tant pour vous qui cherchez la rigueur. Si cela est bien le cas, la sci­ence mérite d’a­van­tage d’ou­ver­ture d’e­sprit.

      Nota bene : Je n’ai aucune pré­ten­tion à détenir la vérité, juste la mienne du moment et telle que je la conçoit dans mon chem­ine­ment per­son­nel.

    3. Très franche­ment, je n’ai pas de dédain, mais ce genre d’idées me fout en rogne. Prenez-le comme vous voulez.

      Cela dit, si vous pensez que « les objets – et en par­ti­c­uli­er, matériels – sont des con­cepts au sein du monde de représen­ta­tions qu’on se con­stru­it », je vous invite à saisir sur le champ un gros marteau, de réfuter dans vos représen­ta­tions le con­cept de dureté et, ceci fait, de vous en assén­er un vio­lent coup sur le crâne. Après, mais après seule­ment, nous redis­cuterons de vos con­cep­tions philosophiques.

      Et si vous ne le faites pas, j’en déduirai qu’au fond, vous ne croyez pas un mot de ce que vous écrivez.

  3. Avatar de Inconnu
    Olivier MONTULET

    C’est notre esprit qui inter­prète le monde en s’ap­puyant sur une cul­ture et des sens lim­ités que les instru­ment de la sci­ence con­tem­po­raine dépassent et que la sci­ence réin­ter­prète ‑selon une grille toute aus­si cul­turelle- pour être préhen­si­ble à l’e­sprit humain ‑esprit cul­turel et inscrit dans un moment don­né-. Cela à l’in­star de ces dessins représen­tant des galax­ies loin­taines qui ne sont « que » des inter­pré­ta­tions artis­tiques de phénomènes quan­tifiés à par­tir de don­nées abstraites par des out­ils eux aus­si cul­turels ‑si nous allions sur place, avec nos sens et esprit actuels, nous ver­rions autre chose-. Le con­sen­sus cul­turel per­met de partager une inter­pré­ta­tion com­mune du réel. Si la sci­ence con­stru­it quelque chose, c’est bien ce con­sen­sus cul­turel (en rem­place­ment du con­sen­sus religieux). Ain­si la mécanique quan­tique était inimag­in­able, même pour Ein­stein ‑qui n’y a jamais adhéré-. Mais aujour­d’hui, même le grand pub­lic com­mence à inté­gr­er cette inter­pré­ta­tion (pour­tant déroutante –inac­cept­a­bles- car trop éloignée de nos per­cep­tions sen­sorielles- au départ) du réel.

    L’art comme la sci­ence (fon­da­men­tale), notam­ment, en leur quin­tes­sence, pro­posent des nou­velles con­cep­tu­al­i­sa­tions du réel. Si ces con­cep­tu­al­i­sa­tions sont adop­tées par la force de la con­vic­tion qu’elles por­tent en elles, on assiste à ce qu’on appelle une révo­lu­tion (artis­tique, sci­en­tifique…). Les instru­ments qui expéri­mentent ces nou­veaux con­cepts sont dévelop­pés en vue de les expéri­menter. Donc la con­struc­tion elle-même de ces instru­ments est “biaisée” ‑sans que ce soit une tare pour autant- par l’ori­en­ta­tion sub­jec­tive qui lui est ain­si attribuée. Dès lors, tout développe­ment ultérieur des tech­nolo­gies et de la sci­ence ne pour­ront que con­corder avec cette ori­en­ta­tion biaisée (mais pas fausse en soit, seule­ment priv­ilégiée par rap­port à d’autres).

    Ain­si, les math­é­ma­tiques ne sont que le moyen d’appréhender une réal­ité pour laque­lle elles ont étés dévelop­pées. Ce ne sont qu’une grille de lec­ture et de com­mu­ni­ca­tion dont les développe­ments sont ori­en­tés par sa con­cep­tion ini­tiale.

    Naturelle­ment un ratio­nal­iste matéri­al­iste prag­ma­tique avec bonne volon­té répon­dra : Admet­tons, mais quelle impor­tance puisque nous vivons (et percevons) dans le réel ain­si échafaudé ? Pra­tique­ment notre réel est celui là et pas un autre.
    Sauf que vous posi­tion­ner, dans votre texte supra, la sci­ence comme réfu­tant toute autre croy­ance (con­struc­tion men­tale à laque­lle on adhère).
    C’est ce que je con­teste. La sci­ence ne peut réfuter d’autres croy­ances ‑elle en est inca­pable- car elle est con­stru­ite sur d’autres par­a­digmes que ces autres croy­ances et vis-ver­sa.

  4. Avatar de Inconnu
    Olivier MONTULET

    Prenons l’é­conomie qui (en faisant sim­ple voire sim­pliste), influ­encée par le dar­win­isme ‑primaire‑, a, par­mi ces par­a­digmes, adopter l’idée que la com­péti­tion était le moteur de la vie sociale (l’é­conomie n’est en fait qu’un pan des con­struc­tions sociales, ce qu’on oublié bien des écon­o­mistes ortho­dox­es). Tous les développe­ment intel­lectuels de l’é­conomie découlent de ce par­a­digme au point qu’il est impens­able pour le plus grand nom­bre (des écon­o­mistes mais aus­si de toute la pop­u­la­tion) qu’il puisse en être autrement. Tous les développe­ments math­é­ma­tiques, tous les instru­ments d’analyse et de con­fir­ma­tion des théories économiques sont biaisés par le non ques­tion­nement du par­a­digme ini­tial. Et pourquoi en serait-il autrement puisqu’il y a con­sen­sus social (pas total, heureuse­ment) ? [Remar­que : ceci mon­tre à quel point le con­sen­sus est poli­tique et non sci­en­tifique.]

    Depuis Ein­stein même les biol­o­gistes ont ori­en­té leur vision du monde sur ce par­a­digme de la com­péti­tion. Mais Dar­win, lui-même, avait déjà sug­géré que la com­péti­tion n’é­tait pas le moteur prin­ci­pal de l’évo­lu­tion mais bien la col­lab­o­ra­tion qui était déter­mi­nante. Hors après, notam­ment, un détour par la biolo­gie molécu­laire, aujour­d’hui, les biol­o­gistes con­vi­en­nent de cet état de fait et parvi­en­nent à expli­quer bien mieux les proces­sus évo­lu­tifs. Gageons que l’é­conomie, une foi cette con­cep­tu­al­i­sa­tion sociale­ment adop­tée, fera sont “com­ing out” et adaptera ses par­a­digmes à ce con­cept. Il s’a­gi­ra alors d’une révo­lu­tion dans la sci­ence économique.
    [Per­son­nelle­ment, j’es­time qu’une dis­ci­pline sci­en­tifique qui ne ques­tionne pas ses par­a­digmes est juste du sci­en­tisme. Pour moi, en l’é­tat, l’é­conomie est une pseu­do­science qui se cache der­rière un for­mal­isme math­é­ma­tique — Math­é­ma­tiques dont, par exem­ple, Georges Can­guil­hem con­teste l’usage, la méthodolo­gie et le for­mal­isme pra­tiqués par les écon­o­mistes-.]

    « Le pire, c’est que nous pen­sons que cela est juste parce que nous util­isons des algo­rithmes math­é­ma­tiques, sup­posés objec­tifs et non-biaisés. » Cathy O’NEIL, IN Weapons of Math Destruc­tion, Crown Ran­dom House (2016)

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    Olivier MONTULET

    Ain­si les Zandés, dont leur expéri­ence du monde, leur représen­ta­tion de celui-ci et leurs néces­sités, vivent une réal­ité dif­férente et toute aus­si vraie que la réal­ité sci­en­tifique.
    Mais ne croyez pas que la sci­ence soit pour autant plus vraie que la réal­ité des Zandés. Sim­ple­ment la sci­ence est, par une évo­lu­tion cul­turelle dif­férente, sur un autre chemin que celui des Zandés. D’autres voies dans la décou­verte des réal­ités peu­vent être suiv­ies en étant con­stru­ites sur d’autre croy­ances que les par­a­digmes sci­en­tifiques. Elles n’en sont pas moins des réal­ités véri­ta­bles.

    C’est le matéri­al­isme, porté par la nais­sance de la bour­geoisie puis van­té par le cap­i­tal­isme libéral (le marx­isme et le com­mu­nisme se bas­ant sur ce même par­a­digme), qui a réus­si à impos­er qua­si à tous, et au détri­ment de bien d’autres cul­tures (basées sur d’autres croy­ances), ce par­a­digme matéri­al­iste.

    La sci­ence qui, à la Renais­sance, s’est dévelop­pée à par­tir des con­nais­sances (et méth­odes) islamiques à récupéré celles-ci pour les détourn­er de la con­tem­pla­tion et du culte vers des usages prag­ma­tiques matéri­al­istes. L’Is­lam n’avait pas besoin de cet usage car il trou­vait Dieu dans la con­tem­pla­tion du monde même si des tech­nolo­gies découlèrent de ces recherch­es en terre d’Is­lam. La tech­nolo­gie n’é­tait pas la néces­sité et le matéri­al­isme n’é­tait pas la réal­ité de l’Is­lam. C’est encore cer­taine­ment le cas dans les cul­tures Islamiques (d’où, vraisem­blable­ment, les con­flits ‑et pas que mil­i­taires- avec les occi­den­taux), cela même si les musul­man aiment prof­iter des acquis du matéri­al­isme occi­den­tal.
    Tout cela mérit­erait d’être étayé par des référence­ments et con­fron­tés à d’autres études, mais ce n’est absol­u­ment pas impos­si­ble de le faire. C’est seule­ment un tra­vail colos­sal pour moi qui n’en ai pas les moyens (ou du moins que très par­tiels). Gageons que ce genre d’in­ter­ven­tion, ici vous soumise, per­me­tte d’ou­vrir des hori­zons à d’autres recherch­es.
    Remar­que : De nom­breux astro­physi­ciens con­tem­po­rains mais aus­si de physi­ciens de l’infiniment petit sont de grands mys­tiques. D’ailleurs, en général, ils esti­ment que le prob­lème des autres dis­ci­plines sci­en­tifiques est de ne pas encore avoir su inté­gr­er les acquis (la vision du réel) de la rel­a­tiv­ité et de la mécanique quan­tique. La con­nais­sance trans­ver­sale est véri­ta­ble­ment défi­ciente, cha­cun restant con­finé à la réal­ité de ses seuls par­a­digmes (c’est un des aspects du con­ser­vatisme sci­en­tifique).

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    Olivier MONTULET

    Quelques cita­tions en guise de références :

    « La vérité est pareille à l’eau qui prend la forme du vase qui la con­tient » IBN KHALDOUN, In La Mugad­di­ma. Ibn Khal­doun (1332 — 1406) de son nom com­plet Abou Zeid Abd ur-Rah­man Bin Mohamad Bin Khal­doun al-Hadra­mi, est un his­to­rien, philosophe, diplo­mate et homme poli­tique d’origine arabe. Il est issu d’une tribu bédouine, orig­i­naire de la région de l’Hadra­maout au Yémen, qui s’est ensuite déplacée en Espagne au début de la con­quête musul­mane au VII­Ie siè­cle. Ibn Khal­doun est aus­si un his­to­rien de pre­mier plan auquel on doit la Muqad­di­ma (traduite en Pro­lé­gomènes).

    « Selon Schrödinger, la matière telle que nous la manip­u­lons dans notre envi­ron­nement immé­di­at ne con­siste pas en un assem­blage géométrique d’atomes plus ou moins assim­ilés à de petits corps matériels. Elle doit être con­sid­érée comme une observ­able spa­tiale macro­scopique dont la sta­bil­ité rel­a­tive est d’or­dre sta­tis­tique, et dont le rap­port avec les observ­ables spa­tiales micro­scopiques (comme celles qui sont appréhendées par le micro­scope à effet tun­nel) est de l’or­dre de la “coa­les­cence” plutôt que de la jux­ta­po­si­tion. Ain­si, la matière se trou­ve-t-elle com­plète­ment dépos­sédée du priv­ilège d’être auto-explic­a­ble parce qu’au­to-com­posée (les grands corps matériels étant sup­posés résul­ter d’une sorte d’empilement de corps matériels plus petits). Elle ne peut plus pré­ten­dre qu’au statut de résul­tante d’une procé­dure lim­itée d’ob­jec­ti­va­tion des phénomènes, approx­i­ma­tive­ment accept­able à l’échelle spa­tiale macro­scopique parce qu’ap­puyée sur un faible niveau de fluc­tu­a­tions sta­tis­tiques rel­a­tives. Elle représente si l’on veut un type d’ob­jet émer­gent à grande échelle. Les con­séquences de cette réor­gan­i­sa­tion du champ con­ceptuel pour la déf­i­ni­tion même des sci­ences physiques ne sont pas minces. Si on l’ac­cepte (et on doit l’ac­cepter lorsqu’on assume toutes les con­séquences du “retour au prim­i­tif” piagé­tien), on est en effet con­duit à admet­tre du même coup que la matière n’est pas, n’est plus, l’ob­jet uni­versel des inves­ti­ga­tions du physi­cien. Elle ne représente rien de plus que la pré­sup­po­si­tion de base et la moti­va­tion ini­tiale de ces inves­ti­ga­tions. En ter­mes plus directs, le physi­cien ne peut plus être dit “chercher à percer les secrets de la matière”. Son tra­vail con­siste plutôt à artic­uler des invari­ants per­for­mat­ifs de plus en plus éten­dus lui per­me­t­tant de maîtris­er antic­i­pa­tive­ment ceux des phénomènes qui, à son échelle et dans le cadre de pré-com­préhen­sion de l’ac­tiv­ité et du lan­gage humains, se man­i­fes­tent comme des indi­ca­tions au sujet des pro­priétés de corps matériels. » Michel BITBOL, In Le corps matériel est-il (encore) l’ob­jet de la physique?, Arti­cle paru dans : F. Mon­noyeur (ed.), Qu’est-ce que la matière ? Le livre de poche, 2000

    « La dernière démarche de la rai­son est de recon­naître qu’il y a une infinité de choses qui la dépassent » Blaise PASCAL

    « Si un seul Homme rêve ce n’est qu’un rêve, mais lorsque plusieurs Hommes rêvent ensem­ble, c’est le début d’une réal­ité » kirik­ou film d’an­i­ma­tion fran­co-belge-lux­em­bour­geois de Michel Ocelot

    « “L’homme est la mesure de toutes choses.” S’il y a une réal­ité absolue, nous n’en savons rien et ce que nous appelons le réel se réduit à la per­cep­tion que nous en avons » Pro­tago­ras

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    Olivier MONTULET

    « (…) l’idée que quelques descrip­tions sont des ‘descrip­tions de la réal­ité telle qu’elle est indépen­dam­ment de toute per­spec­tive’ est une chimère. Notre lan­gage ne peut être divisé en deux par­ties, l’une qui décrit le monde ‘comme il est de toutes façons’, et l’autre qui décrit notre con­tri­bu­tion con­ceptuelle. Cela ne veut pas dire que la réal­ité est cachée, (…) mais sim­ple­ment que l’on ne peut pas décrire le monde sans le décrire » Hilary PUTNAM
    « Je suis con­va­in­cu qu’on ne peut se sat­is­faire de la seule sci­ence pour décrire le réel. Ce serait trop arro­gant. La spir­i­tu­al­ité est une approche com­plé­men­taire de la sci­ence. Parce qu’ils sont deux sys­tèmes logiques de pen­sée, boud­dhisme et cos­molo­gie sci­en­tifique con­ver­gent. » Trinh Xuan Thuan, astro­physi­cien

    « Une théorie physique mod­élise la réal­ité mais ne l’explique pas : l’explication est du ressort de la méta­physique » Pierre DUHEM

    « Croire, ce serait adhér­er, affirmer et même soutenir sans preuve ni réflex­ion. Philoso­pher, ce serait ne pas croire mais ques­tion­ner, exam­in­er et juger en raison­nant. Pour­tant, n’avons-nous pas besoin de croire à quelque chose pour agir et créer, vivre et aimer, et même pour penser vrai­ment ? Ce lex­ique de la croy­ance dans tous ses états pro­pose de recon­sid­ér­er la croy­ance dans nos rap­ports au monde et aux autres pour mieux com­pren­dre son rôle mais aus­si apercevoir ses lim­ites. » Croire, Col­lec­tion ABC­Daire, présen­ta­tion de l’éditeur M‑editer févri­er 2005 http://m‑editer.izibookstore.com/produit/2/9782915725056/CROIRE%20?search_text=croire

    « La dis­ci­pline économique n’est tou­jours pas sor­tie de sa pas­sion infan­tile pour les math­é­ma­tiques et les spécu­la­tions pure­ment théoriques, et sou­vent très idéologiques, au détri­ment de la recherche his­torique et du rap­proche­ment avec les autres sci­ences sociales. Trop sou­vent, les écon­o­mistes sont avant tout préoc­cupés par de petits prob­lèmes math­é­ma­tiques qui n’in­téressent qu’eux-mêmes, ce qui leur per­met de se don­ner à peu de frais des apparences de sci­en­tificité et d’éviter d’avoir à répon­dre aux ques­tions autrement plus com­pliquées posées par le monde qui les entoure). » Thomas PIKETTY In Le cap­i­tal au 21° siè­cle P 63

    « Qu’en dehors de notre pen­sée il existe encore quelque chose est bien prob­a­ble, mais rad­i­cale­ment impos­si­ble à prou­ver, parce que, quelque soit la preuve qu’on en donne, on peut tou­jours alléguer con­tre celui qui s’y fie, que non seule­ment la preuve elle-même n’est que pen­sée, mais encore qu’une jus­ti­fi­ca­tion d’une opin­ion non-solip­siste entraîne néces­saire­ment des con­séquences » KAREL BOULLART, In Nihilisme et Méta­physique, URL : http://logica.ugent.be/philosophica/fulltexts/5–1.pdf

    « La con­cep­tion que tout indi­vidu a du monde est et reste tou­jours une con­struc­tion de son esprit, et on ne peut jamais prou­ver qu’elle ait une quel­conque autre exis­tence. » Erwin Schrödinger, L’esprit et la Matière

    « Du fait même que j’ai défi­ni une boîte à out­ils, j’ai défi­ni un domaine où la boîte à out­ils marche. » Benoît Man­del­brot.

    « Com­ment définir le réel ? Ce que tu ressens, vois, goûtes ou respires ce ne sont que des impul­sions élec­triques inter­prétées par ton cerveau » Andy Wachows­ki

    « Une chose dont on ne par­le pas n’a jamais existé. C’est l’expression seule qui donne la réal­ité aux choses. » Oscar Wilde

  8. Avatar de Inconnu
    Olivier MONTULET

    « La per­cep­tion n’est pas une réal­ité objec­tive, elle est la négo­ci­a­tion d’une présence au monde. » Der­rick de Kerk­hove

    « L’au­teur [Denise GIMENEZ RAMOS] insiste sur la com­plex­ité des rela­tions entre la psy­ché et la matière. “La physique quan­tique nous a appris que matière et énergie sont deux aspects dif­férents d’une même réal­ité dont les pro­priétés physiques ne peu­vent être exam­inées qu’en tant que prob­a­bil­ités sta­tis­tiques. Cette indéter­minabil­ité est, en réal­ité, un effet de la rela­tion entre la matière-énergie et l’e­sprit de l’ob­ser­va­teur.
    La théorie quan­tique inter­roge donc les principes de causal­ité et de déter­min­isme. Cela entraîne de pro­fonds change­ments tant en sci­ences humaines et en biolo­gie, qu’au plan de la théorie de l’évo­lu­tion et en psy­cholo­gie. Au regard de cette con­cep­tion, la force vitale (tout comme la force grav­i­ta­tion­nelle) ne peut être appréhendée de manière réduc­tive. Seuls les effets de ces forces peu­vent être mesurés, alors que leur essence n’est pas démon­tra­ble.
    Si le niveau molécu­laire est utile pour l’é­tude des événe­ments physiques, c’est cepen­dant au niveau quan­tique que matière et psy­ché se ren­con­trent. La sci­ence mod­erne laisse enten­dre que la con­nais­sance est de nature com­pliquée. Elle met d’ailleurs de côté l’idée d’un monde objec­tif con­sen­suel et nor­matif. L’idée du nor­mal et de l’u­ni­versel est ici remise en ques­tion.” ccjung.net pésen­ta­tion du livre de Denise GIMENEZ RAMOS, La psy­ché du corps — La dimen­sion sym­bol­ique de la mal­adie, édi­tions Dervy (2013), ISBN 9782844549969.

    In fine j’adopte cette cita­tion :

    « Quand les gens me deman­dent pourquoi je con­tin­ue à défendre des thès­es si choquantes et si détesta­bles, je leur réponds que c’est sim­ple­ment du fait de l’absence de raisons suff­isantes en faveur d’une autre posi­tion. » Peter SINGER, IN « An Intel­lec­tu­al Auto­bi­og­ra­phy », in J. A. Schael­er (éd.), Peter Singer Under Fire : The Moral Icon­o­clast Faces His Crit­ics, Chica­go and La Salle, Open Court, 2009, p. 74.

    1. Avatar de Inconnu
      Olivier MONTULET

      Je suis très déçu de votre réac­tion, moi qui appré­cie vos bil­lets. Vous démon­trez que vous vous ren­fer­mez dans vos cer­ti­tudes. Quel obscu­ran­tisme !

    2. « Obscu­ran­tisme : oppo­si­tion à la dif­fu­sion de l’in­struc­tion, de la cul­ture, au pro­grès des sci­ences, à la rai­son, en par­ti­c­uli­er dans le peu­ple. » (Larousse)
      Et main­tenant, CELA SUFFIT.

  9. Con­traire­ment à vous, moi, je leur réponds et je ne pour­su­is pas un solil­oque. Main­tenant, si la dis­cus­sion ne vous con­vient pas, per­son­ne ne vous oblige à y par­ticiper.

  10. Je suis bien désolé, mais vous ne répon­dez pas à ma ques­tion et, surtout, je ne sais même pas de quoi on par­le au juste.

    Au fond, la ques­tion que je soulève dans ce début de texte est extrême­ment sim­ple, nulle­ment nou­velle, et peut se résumer à : « Le Père Noël existe-il, ou non, ou on ne peut pas savoir ? ». Si on dis­cute sérieuse­ment (mais est-ce le cas ?), on com­mence déjà par se met­tre d’ac­cord là-dessus.

    Après, on peut tou­jours se deman­der si ne pas croire au Père Noël rend heureux, si les gens qui y croient agis­sent tout de même par­fois rationnelle­ment, ou si ceux qui n’y croient pas croient éventuelle­ment à d’autres sor­nettes. Ce sont des ques­tions cer­taine­ment légitimes, mais tout à fait dif­férentes de celle que je soule­vais, et en mélangeant tout, on s’in­ter­dit d’y rien com­pren­dre.

  11. Par­don­nez ma can­deur, mais la sci­ence non ratio­nal­iste, ou la ratio­nal­ité non sci­en­tifique, ce serait quoi, con­crète­ment ? J’aimerais com­pren­dre.

  12. Jean-Claude Van­damme vient de déclar­er à pro­pos du fric qu’il planque dans les par­adis fis­caux, récem­ment décou­vert :” 1+1 = 11, ça c’est for­mi­da­ble!”
    Plus sérieuse­ment : Kepler croy­ait à “l’har­monie de la créa­tion” ( par “Dieu” bien sur). En décou­vrant ces fameuses 3 lois décrivant et expli­quant en grande par­tie le mou­ve­ment ellip­tique des planètes, il n’a pas cru aux méth­odes irra­tionnelles qu’il employ­ait quand il fai­sait des “prévisions“astrologiques . Si son nom est con­nu aujour­d’hui, c’est que ces 3 lois ont été un préal­able et ont per­mis à New­ton de décou­vrir les lois de la grav­ité ; le voy­age des son­des spa­tiales “Voy­ager” et “Cassi­ni-Huy­gens” aurait été impos­si­ble sans ses lois sci­en­tifiques, rationnelles, objec­tives. Con­traire­ment à son maître Maestlin, il pen­sait qu’il fal­lait aller plus loin que la sim­ple descrip­tion du mou­ve­ment des astres, mais aus­si chercher les caus­es qui les mou­vaient ; aves raisons il pen­sait les trou­ver dans le soleil.
    Les sci­en­tifiques reti­en­nent sa méth­ode rationnelle, basée sur les obser­va­tions de Tycho Bra­he, son acharne­ment ratio­nal­iste qui le pous­sait à effectuer et rééf­fectuer des cal­culs très com­plex­es. Son astronomie a som­bré dans l’ou­bli.

  13. Je souscris bien évidem­ment des deux mains à cette dernière inter­ven­tion. Mais n’y aurait-il pas une coquille à la dernière phrase ? Ce qui est tombé (et pour cause) dans l’ou­bli, ce n’est pas son astronomie mais son astrolo­gie, non ?

    1. Je ne com­prends tou­jours pas de quoi vous voulez par­ler. Et comme vous refusez d’être plus pré­cise, cela ne facilite pas la dis­cus­sion. Qu’est-ce que la sci­ence, sinon l’ap­pli­ca­tion rigoureuse et méthodique de la « ratio­nal­ité au quo­ti­di­en » ? Et en quelles occa­sions la sci­ence (pourquoi ces majus­cules ?) « s’éloigne [-t-elle] de la ratio­nal­ité et crée cer­taines croy­ances » ? Si vous ne me dites pas à quels exem­ples vous pensez, on peut s’écrire encore longtemps sans rien se dire.

    2. J’avoue ne pas savoir au juste par quel bout pren­dre tout cela, tant il y aurait de choses à dire, et tant chaque phrase me sem­ble lou­voy­er, en reprenant d’une main ce qu’elle fait mine de lâch­er de l’autre.

      A moins que quelque chose m’ait échap­pé, la seule réponse à mes ques­tions répétées sur la sci­ence irra­tionnelle, c’est que la sci­ence pro­duit elle aus­si des théories erronées. Hé oui, de même qu’il y a des ambu­lances qui s’écrasent con­tre des arbres et qui tuent le malade qu’elles trans­portent. Mais qui de cen­sé en con­clu­rait que les ambu­lances ne sont pas néces­saires ? Je n’ai jamais écrit, ni pen­sé, la stu­pid­ité selon laque­lle la sci­ence pro­dui­sait tou­jours des propo­si­tions vraies ; au risque de vous éton­ner, je pense même que dans un cer­tain sens, elle ne pro­duit que des propo­si­tions fauss­es, dans la mesure où les représen­ta­tions que nous avons du monde ne sont jamais par­faite­ment adéquates. Mais la ques­tion est : ces représen­ta­tions sont-elles plus ou moins fauss­es que celles que dicte l’in­tu­ition ou les délires magi­co-mys­tiques, et peut-être surtout, par quelles voies, suite à quel type de démarche, ces résul­tats sont obtenus — et peu­vent donc être remis en cause. Et se con­tenter de dire que la magie se trompe, mais la sci­ence aus­si, c’est un peu dire que les meurtres avec prémédi­ta­tion et les homi­cides involon­taires, c’est au fond la même chose.

      Je ne m’é­tendrai pas sur vos développe­ments sur les appli­ca­tions de la sci­ence : ils sor­tent du sujet ; je me per­me­ts néan­moins de remar­quer que la « trans­for­ma­tion du monde matériel tel que nous le con­nais­sons » sous l’ac­tion de la main et du cerveau de l’Homme a com­mencé il y a quelques mil­lions d’an­nées déjà. Quant à la manip­u­la­tion des atom­es, c’est juste­ment ce qui a ren­du pos­si­ble les ordi­na­teurs et inter­net, grâce aux­quels vous pou­vez m’ex­pli­quer que c’est épou­vantable.

      Pour ter­min­er, si l’amour, la soif d’ac­com­plisse­ment et d’idéal sont réelle­ment le mono­pole des nonnes, elles doivent avoir une vie bien plus envi­able que je ne croy­ais. Mais ne seri­ons-nous pas en pleine (mau­vaise) foi ?

  14. Avatar de Inconnu
    François Millet

    Eh bien oui, au vu des protes­ta­tions épi­der­miques que ce bil­let sus­cite, la con­tri­bu­tion à ce bouquin n’a rien d’inu­tile pour faire sor­tir le loup du bois. Le recul dans le cerveau de cer­tains con­tem­po­rains de la ratio­nal­ité m’in­quiète presque autant que celui de la con­science de classe. Quelle éman­ci­pa­tion réelle peut-on servir quand on ne sait plus, comme cer­tains, départager la mod­estie de la méth­ode sci­en­tifique que Christophe défend et pra­tique, et la van­ité philosopho-lit­téraire qui ne débride que la parole ? Vive la rigueur, le pro­grès ne se paie pas de mots.

    1. Les seuls ici qui ont un bâil­lon à la main sont ceux qui s’in­sur­gent quand on appelle à haute voix un chat un chat, et une croy­ance une idi­otie. Sur ce, et sans vouloir bâil­lon­ner per­son­ne, je pro­poserais bien qu’on arrête cette dis­cus­sion qui ne mène nulle part.

    2. C’est le prob­lème des réseaux soci­aux ; la dis­cus­sion, le débat,y sont sou­vent con­fon­dus avec la dis­pute et l’af­fir­ma­tion forcenée de son opin­ion, surtout quand elle n’est pas fondée sur l’ex­péri­ence. L’op­po­si­tion d’O­livi­er Mon­tulet et de Mita Ghouli­er est dev­enue frontale, uni­latérale, ne ten­ant pas compte de la con­tra­dic­tion et de l’ironie, pris­es pour une offense, et non comme une invite à la réflex­ion.
      Le débat, quand il est fécond, doit tenir compte des objec­tions de l’autre. Ne pas être d’ac­cord est le droit de cha­cun ; cepen­dant, réclamer des éclair­cisse­ments, de la rigueur, est un min­i­mum pour avancer lors d’un vrai dia­logue.
      Quand on en arrive à des monologues,au solipsisme,c’est ennuyeux et triste.

  15. Mer­ci pour votre ténac­ité face à ces intel­lectuels du dimanche. Il est impor­tant de défendre le pro­grès, seule la sci­ence per­me­t­tra l’é­man­ci­pa­tion totale de l’homme. Il est peut-être triste de con­stater qu’elle est faite par une élite pour servir une élite, mais on ne fait pas d’omelette sans cass­er des oeufs. Que les résul­tats de la sci­ence soient vrais ou faux importe peu, elle est la seule à pou­voir nous émanciper de notre con­di­tion humaine et peut-être même ter­restre. Ceux qui refusent ses avancées seront les esclaves de demain, mais peut-on encore par­ler d’esclavage quand l’év­i­dente supéri­or­ité des uns créera un fos­sé proche du change­ment d’e­spèce ?

    1. Je ne sais pas si cette inter­ven­tion doit être lue au pre­mier, au deux­ième ou au troisième degré, mais j’au­rais ten­dance à croire que le degré de fer­men­ta­tion du liq­uide que son auteur a ingéré avant de la rédi­ger atteignait au moins quar­ante.

      Sur ce, on ne va pas épi­loguer ad vitam aeter­nam sur mes deux para­graphes et sur les inter­ven­tions des uns et des autres. Je sup­primerai donc tout nou­veau com­men­taire sur ce bil­let.

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