Esclavage et paiements : une carte interactive en ligne

Je pour­su­is ici mes cog­i­ta­tions à pro­pos des rela­tions exis­tant entre l’esclavage et les paiements, com­mencées dans ce bil­let. Je rap­pelle que la ques­tion est de savoir com­ment, dans la clas­si­fi­ca­tion des sociétés pro­posée par Alain Tes­tart l’esclavage peut être à la fois car­ac­térisé comme richesse, et pour­tant exclu de la déf­i­ni­tion explicite de l’ensem­ble des sociétés à richesse. Pour dire les choses autrement : l’ex­is­tence de paiements (de mariage, pour com­penser des dom­mages…) est-elle une con­di­tion néces­saire de l’ap­pari­tion de l’esclavage, ou celui-ci a‑t-il pu naître en-dehors des paiements (et, pourquoi pas, entraîn­er leur appari­tion) ?

Un chef Kwak­i­utl pho­tographié au début du XXe siè­cle.
Les tribus de la Côte Nord-Ouest étaient struc­turées par la richesse
et pra­ti­quaient abon­dam­ment l’esclavage. 

Rassembler les données

La pre­mière chose à faire est de col­lecter les faits sur la plus large échelle pos­si­ble, et pour cela, de crois­er deux bases de don­nées. La pre­mière est l’Ethno­graph­ic Atlas (cf. ce bil­let) ; elle rassem­ble plusieurs dizaines de vari­ables codées sur plusieurs cen­taines de sociétés par l’équipe de G. Mur­dock, dans les années 1960, et reste la référence majeure des vastes études com­par­a­tives. Le défaut de cet atlas est que les codages de vari­ables sont sou­vent trop grossiers, et ne per­me­t­tent sou­vent pas une approche fine des phénomènes. L’esclavage n’échappe pas à cette règle ; sans même par­ler des dif­fi­cultés objec­tives de le définir par rap­port à d’autres formes lour­des de servi­tude, les codages pro­posés par l’Ethno­graph­ic Atlas sont assez insat­is­faisants, puisqu’ils se lim­i­tent à qua­tre pos­si­bil­ités : « absence ou qua­si-absence », « nais­sant ou non hérédi­taire », « hérédi­taire et sociale­ment sig­ni­fi­catif », et enfin « exis­tant, mais de type incon­nu ». Or, en rassem­blant l’absence et la qua­si-absence dans une seule caté­gorie, on s’interdit d’appréhender les sociétés pour lesquelles l’esclavage était pro­scrit, de celles où il était sim­ple­ment peu pra­tiqué. Par ailleurs, les caté­gories assim­i­lent l’ampleur du phénomène esclavagiste et la trans­mis­sion du statut servile entre les généra­tions, deux dimen­sions qui ne sont pas néces­saire­ment liées. Quoi qu’il en soit, mal­gré toutes ces faib­less­es, cette base de don­nées a le mérite d’exister et de nous fournir une indi­ca­tion sur plus d’un mil­li­er de sociétés (1097 exacte­ment !), ain­si que la bib­li­ogra­phie à par­tir de laque­lle les don­nées ont été codées.

La deux­ième source de don­nées est celle con­sti­tuée par Alain Tes­tart, pré­cisé­ment parce que celui-ci, en étu­di­ant les pra­tiques liées au mariage, avait pu con­stater les lacunes de l’Ethno­graph­ic Atlas. On ne saurait reprocher Car­tomares (qui porte sur 406 sociétés) un manque de pré­ci­sion, puisque cette base iden­ti­fie pas moins de 29 types de presta­tions mat­ri­mo­ni­ales dif­férentes ! Par­mi ces 406, 250 sont com­munes aux sociétés pour lesquelles l’Ethno­graph­ic Atlas offre une infor­ma­tion con­cer­nant l’esclavage. C’est donc sur cet échan­til­lon de 250 sociétés que l’on peut com­mencer à raison­ner.
Pour les besoins de ma ques­tion, les 29 codes de Car­tomares sont un découpage beau­coup trop sub­til : on veut sim­ple­ment savoir ici si une société se situe dans le monde II, celui des paiements, ou dans le monde I, dépourvu de presta­tions en biens. J’ai cepen­dant choisi de répar­tir les 29 codes non en deux, mais en trois groupes, en faisant appa­raître les sit­u­a­tions qu’on peut qual­i­fi­er d’intermédiaires, ou de tran­si­tion­nelles, dans lesquelles les paiements exis­tent, mais seule­ment à titre mar­gin­al ou sec­ondaire.
L’ensem­ble des résul­tats peut être visu­al­isé par une carte inter­ac­tive, con­sultable à l’adresse suiv­ante : http://pise.info/mares/mares-toggle.html (atten­tion, pour des raisons qui m’échap­pent, l’in­ter­ac­tiv­ité, qui per­met de faire appa­raître par un clic le nom du peu­ple con­cerné, con­naît un bug sous le nav­i­ga­teur chrome). La couleur code donc la présence de l’esclavage, et la forme du point le type de paiements de mariage : un cer­cle pour leur absence, un car­ré pour une sit­u­a­tion inter­mé­di­aire et un tri­an­gle pour leur présence.

Ces résul­tats peu­vent égale­ment être rassem­blés sous forme de tableau :

Paiements mat­ri­mo­ni­aux
Esclavage - - /​+ + Total
Absence ou qua­si-absence 32 15 100 147
Hérédi­taire et sig­ni­fi­catif 1 5 46 52
Nais­sant ou non hérédi­taire 2 5 24 31
Rap­porté, mais de type incon­nu 3 1 16 20
Total 38 26 186 250

Un filtrage supplémentaire

Une « mai­son longue » iro­quoise

Ces chiffres indiquent que la pro­por­tion de sociétés à esclaves est plus faible par­mi les sociétés dépourvues de paiements de mariage que par­mi celles qui les pra­tiquent. On ne saurait cepen­dant en rester là : ces pre­mières don­nées, brutes, ne tien­nent en effet pas compte d’un biais impor­tant, déjà sig­nalé par A. Tes­tart lui-même, à savoir que si la présence de paiements de mariage indique à coup sûr l’ex­is­tence de la richesse, on ne peut rien con­clure de leur absence. C’est le cas, notam­ment, pour des sociétés matril­inéaires et/​ou matrilo­cales, chez qui ces cou­tumes annu­lent en quelque sorte les com­pen­sa­tions mat­ri­mo­ni­ales ; on pense aux fameux Iro­quois longue­ment évo­qués par Engels dans L’Origine de la famille, de la pro­priété privée et de l’État. Le mari iro­quois allait vivre chez sa femme, et leurs enfants étaient rat­tachés au groupe de par­en­té de leur mère. Ces cou­tumes annu­laient en quelque sorte la com­pen­sa­tion nor­male­ment due par l’époux aux par­ents de sa femme et, bien que les sources ne soient pas très claires sur ce point, il sem­ble que les Iro­quois igno­raient le prix de la fiancée. Cela n’empêchait pas cette société de con­naître les paiements – par exem­ple, pour enrôler une troupe lors d’une expédi­tion guer­rière, un Iro­quois devait aupar­a­vant exhiber les richess­es qu’il serait capa­ble de vers­er comme com­pen­sa­tion à la famille des com­bat­tants qui seraient tués. Les authen­tiques sociétés sans richess­es (le « monde I ») ne représen­tent donc qu’un sous-ensem­ble des sociétés dépourvues de paiements de mariage et, pour pass­er des sec­on­des aux pre­mières, un tamis­age sup­plé­men­taire est néces­saire.

Celui-ci doit porter sur les 6 sociétés de l’échan­til­lon qui sont totale­ment dépourvues de paiements mat­ri­mo­ni­aux (Cuna et Coni­bo en Amérique Latine, Chewa et Yao en Afrique de l’Est, Garo de l’Himalaya, et Yuk­aghir de la Koly­ma), et les 11 qui les con­nais­sent à titre sec­ondaire (Aléoutes, Comanch­es, Dogon, Tiv et Katab d’Afrique de l’Ouest, Meri­na de Mada­gas­car, Rwala d’Arabie, Yuk­aghir, Chuckchee et Koryak de Sibérie).
Il me manque encore quelques infor­ma­tions pour que l’in­ven­taire soit com­plet ; en par­ti­c­uli­er, je n’ai pas encore trou­vé le temps de lire sur les Tiv et les Aléoutes. Toute­fois, je suis con­va­in­cu qu’il n’ex­iste aucun sus­pense à leur sujet, et qu’ils se rangent sans ambiguïté dans le monde II. C’est en tout cas vrai de façon cer­taine pour les Meli­na de Mada­gas­car, une monar­chie qui devrait sans doute être rangée par­mi les sociétés de class­es.
Les trois sociétés d’Afrique de l’Est parta­gent plusieurs traits com­muns : il s’agit de ce qu’on appelle couram­ment de chef­feries aux iné­gal­ités sociales mar­quées (pas seule­ment entre libres et esclaves), et où une part impor­tante de l’activité con­sis­tait en expédi­tions de pil­lages ou en car­a­vanes com­mer­ciales. Ces sociétés étant matril­inéaires et matrilo­cales, elles igno­raient les paiements de mariage, mais appar­ti­en­nent sans aucun doute pos­si­ble au monde II.
Il en va de même des trois sociétés pas­torales d’Afrique de l’Ouest. Les Dogon igno­raient certes le prix de la fiancée, pra­ti­quant une forme lourde de ser­vice. Mais ils con­nais­saient les trans­ac­tions moné­taires, util­isant pour cela des cau­ris, et avaient élaboré un com­plexe et foi­son­nant sys­tème d’amendes. Quant aux Katab, non seule­ment la présence des paiements est par­faite­ment établie, avec un sys­tème de verse­ments oblig­a­toires et d’amendes, mais l’esclavage sem­ble y avoir été assez dou­teux.
Les Garos de l’Assam, bien qu’ils soient assez mal con­nus, sem­blent eux aus­si typ­iques des tribus matrilo­cales du monde II mar­quées par le com­merce et les dif­férentes amendes.
En Amérique du Nord, les Comanche était eux aus­si une société à richesse, celle-ci étant prin­ci­pale­ment éval­uée en chevaux et don­nant lieu à d’incessantes razz­ias et pra­ti­quant abon­dam­ment les com­pen­sa­tions pécu­ni­aires, en par­ti­c­uli­er par adultère ou rapt de femmes, une pra­tique extrême­ment courante.
Restent deux aires géo­graphiques, dont l’ethnographie pose de red­outa­bles prob­lèmes. La pre­mière est celle de l’extrême-orient sibérien, avec dif­férentes tribus éleveuses de rennes (Koryak, Chukchee et deux groupes dis­tants de Yuk­aghir). Par­mi elles, seuls les Yuk­aghir septen­tri­onaux sem­blent avoir ignoré toute forme de richesse. Chez les Koryak, par exem­ple, les indi­vidus déte­naient des trou­peaux de tailles très dif­férentes, de quelques têtes pour les plus mod­estes à plusieurs mil­liers pour les plus rich­es. Les pre­miers ser­vaient sou­vent de gar­di­ens aux sec­onds qui, seuls, avaient les moyens de com­mercer avec les peu­ples alen­tour pour acquérir cer­tains objets con­voités. Toute­fois, au moment où ces obser­va­tions ont été faites (à la fin du XIXe siè­cle) l’ensemble de ces peu­ples avait depuis longtemps été soumis à la férule de l’Etat tsariste, de ses impôts et du com­merce des four­rures. Démêler ce qui résul­tait de cette influ­ence et le sub­strat orig­inel de ces for­ma­tions sociales est très dif­fi­cile. Reste néan­moins le cas des Yuk­aghir de la Koly­ma qui, man­i­feste­ment, igno­raient toute forme de paiements et d’inégalités de richesse et où l’existence d’esclaves, pris­on­niers de guerre astreints à faire le tra­vail domes­tique (nor­male­ment dévolu aux femmes) sem­ble fer­me­ment attesté.
Un por­trait d’in­di­en Coni­bo

La dernière aire géo­graphique est l’Amérique Latine, représen­tée dans notre échan­til­lon par deux sociétés, qui soulèvent des ques­tions très dif­férentes : il s’agit des Cuna du Pana­ma, et des Coni­bo de l’Ouest ama­zonien. Les Cuna demeurent une énigme : out­re le fait qu’il exis­tait man­i­feste­ment des paiements de com­pen­sa­tion, au moins dans le cas de blessures, ce qui suf­fi­rait à les class­er dans le monde II ou tout au moins à ses franges, l’ethnographie sur laque­lle s’appuie l’Ethnographic Atlas ne fait aucune men­tion d’esclavage, alors que celui affirme qu’il y était présent sous sa forme la plus forte ! Jusqu’à plus ample infor­ma­tion, je con­sid­ère donc qu’il agit d’une erreur de codage. Les Coni­bo, en revanche, présen­tent un tout autre vis­age. Il s’agissait d’une société très belliqueuse, qui pil­lait allè­gre­ment en biens et en êtres humains ses voisins plus faibles – on dit que les femmes coni­bo détes­taient tiss­er, et que cette tribu par­ve­nait à se vêtir unique­ment avec le fruit de ses rap­ines. Les Coni­bo pra­ti­quaient un esclavagisme assez inten­sif, se dis­tin­guant eux-mêmes par divers­es mod­i­fi­ca­tions cor­porelles, dont l’allongement crânien ou l’excision. Sans entr­er dans les détails, la société coni­bo – dont l’ethnographie repose sur des compte-ren­dus assez frag­men­taires remon­tant à plusieurs siè­cles – pose un cer­tain nom­bre énigmes con­cer­nant l’éventuelle présence de la richesse. On ne trou­ve man­i­feste­ment pas de men­tion de paiements pour des mariages, ni de com­pen­sa­tions pour blessures ou meurtres. Cepen­dant, cette société était mar­quée par des fêtes exubérantes qui rap­pel­lent une util­i­sa­tion priv­ilégiée de la richesse dans ce qu’A. Tes­tart appelait les « plouto­craties osten­ta­toires » :

[La] fête [appelée ani shreati, de la puberté des filles], qui avait lieu lors de la pleine lune, agis­sait comme un sig­nal démo­graphique par lequel le vil­lage hôte annonçait dis­pos­er d’épouses poten­tielles à ses voisins qui habitaient en amont ou en aval. Un ani shreati réus­si atti­rait des cen­taines d’invités, qui devaient tous être nour­ris et servis avec des quan­tités prodigieuses de bière de man­ioc. (DeBoer 1986 : 238)
La sit­u­a­tion des Coni­bo vis-à-vis des paiements reste donc impar­faite­ment définie et, hélas, la mai­greur de notre doc­u­men­ta­tion ethno­graphique risque de nous priv­er à jamais de cer­ti­tudes.

Conclusions (provisoires)

On peut donc con­sid­ér­er qu’à de très rares excep­tions pos­si­bles près, la loi implicite­ment for­mulée par A. Tes­tart : les sociétés à esclavage sont bel et bien un sous-ensem­ble des sociétés à paiements, donc à richesse. L’affirmation selon laque­lle l’esclave est une richesse n’est pas une sim­ple déf­i­ni­tion, mais elle exprime une loi soci­ologique.
Il existe cepen­dant deux manière d’in­ter­préter ces résul­tats.
La plus intu­itive con­siste à dire que la richesse est la pré­con­di­tion du développe­ment de l’esclavage : dans les sociétés sans richesse, accu­muler des biens n’ap­pa­rais­sait pas comme par­ti­c­ulière­ment souhaitable, ce qui explique l’ab­sence de tra­vail servile. Il est égale­ment prob­a­ble, comme le pen­sait déjà Nieboer (1911) que con­trôler et exploiter un chas­seur est par essence assez malaisé. Ce sont donc les paiements qui ont inau­guré une séquence qui s’est pro­longée par le développe­ment de l’ex­ploita­tion et, dans cer­taines régions et pour des raisons restant à déter­min­er, la forme juridique par­ti­c­ulière de l’esclavage.
Mais on pour­rait égale­ment imag­in­er un autre scé­nario : que l’esclavage soit par­fois (sou­vent ? — en tout cas, pas tou­jours) apparu en pre­mier, mais que dans ce cas-là, il ait entraîné très rapi­de­ment et de manière inéluctable le pas­sage aux paiements. Je ne vois aucune rai­son d’ac­cepter une telle hypothèse, qui paraît à la fois lourde et ad hoc (en quoi l’esclavage rendrait-il les paiements néces­saires ?). Mais, il faut le soulign­er, je ne vois pas non plus d’ar­gu­ment qui per­me­t­trait de l’é­carter à par­tir des obser­va­tions disponibles.
Dans un prochain bil­let, je pro­poserai une représen­ta­tion visuelle des rela­tions entre stock­age, paiements et esclavage, qui esquis­sent ce qu’on peut appel­er (un peu pom­peuse­ment ?) une car­togra­phie sociale du monde II.

5 commentaires

  1. Avatar de Inconnu
    Tangui Przybylowski

    Salut Christophe,

    ça fait quelques temps que je n’avais pas posté de com­men­taire sur ton blog — mais je suis de retour 😉

    Je voudrait savoir com­ment ta typolo­gie “sim­pli­fiée” des paiements mat­ri­mo­ni­aux intè­gre les cas de retour à la nais­sance d’un enfant, ou de retour du fait de mariages pre­scrip­tifs (les deux se recoupant par­fois me sem­ble-t-il) qui vien­nent équili­br­er les échanges, de sorte que les pos­si­bles dettes — et avec elles l’esclavage pour dette, ou le gage — s’an­nu­lent.

    A pro­pos des Tiv, je compte lire quelques références, notam­ment The Tiv of Cen­tral Nige­ria de L. & H. Bohan­nan — con­seil­lé par Balandi­er. Je te tiens au courant si j’y trou­ve des infor­ma­tions per­ti­nentes. Mais je peux déjà te dire qu’ils avaient une assez forte den­sité démo­graphique en com­para­i­son de leur voisins (env­i­ron 200 hab/​km² pour les esti­ma­tions les plus bass­es), et qu’ils pra­ti­quaient l’a­gri­cul­ture — la pres­sion démo­graphique occa­sion­nant de nom­breux con­flits autour de la répar­ti­tion des ter­res entre les lig­nages.

    Bien à toi

  2. Avatar de Inconnu
    Tangui Przybylowski

    Re,

    Alors, en effet, les Tiv font par­faite­ment par­ti du monde II. On y trou­ve un prix de la fiancée — bien qu’assez faible [L. & P. BOHANNAN, 1969 : 72], l’esclavage y était présent et hérédi­taire [Ibi­dem : 45–46] avant que l’E­tat colo­nial n’y mette fin. Il y aurait même été occa­sion­nelle­ment pra­tiqué une forme d’ac­com­pa­g­ne­ment funéraire par des esclaves récem­ment pris à la guerre — j’in­siste sur le con­di­tion­nel car les deux lignes que dure cette pré­ci­sion laisse penser que les auteurs n’en ont peut-être enten­du par­lé qu’une fois en pas­sant.

    A+

    1. Hel­lo Tan­gui

      Désolé du délai de réponse, je manque à tous mes devoirs. Je n’ai pas eu le temps de me pro­cur­er le bouquin de Bohan­nan, mais je suis tombé sur un arti­cle fort intéres­sant, qui mon­tre que la société Tiv était toute entière tra­ver­sée par des ques­tions de richess­es et de com­merce. Les pré­ci­sions sur les cir­con­stance du mariage “par échange” et “par bridewealth” font défaut, de même que les éventuels wergeld ou amendes. Mais je crois que le doute n’est guère per­mis. L’ar­ti­cle, dont je ne sais pas dans quel cadre il est paru, s’in­ti­t­ule : “Some Prin­ci­ples of Exchange and Invest­ment among the Tiv”.

      Par ailleurs, tu es un gros tricheur. 😉

      La règle stip­ule qu’on doit déter­min­er si l’esclavage existe seule­ment là où il existe la richesse… sous une forme autre que celle de l’esclavage, for­cé­ment, sinon c’est une tau­tolo­gie et ce n’est pas du jeu. Tu écopes donc d’un aver­tisse­ment sans frais, mais au prochain écart, ce sera un gage (et atten­tion, j’ai l’imag­i­na­tion fer­tile).

    2. Avatar de Inconnu
      Tangui Przybylowski

      Il me sem­ble bien avoir dit que les Tiv pra­ti­quaient une forme de prix de la fiancée faible (je pré­cise main­tenant qu’il con­siste en “un mon­tant d’un ou deux livres, une chèvre, et le cadeau à la belle-mère” — il y a donc bien une richesse qui n’est pas de l’esclavage.

      Le prob­lème, c’est que cette forme de mariage par achat des droits sur la femme était une forme récente. Tan­dis que la forme de mariage la plus courante (au temps où l’esclavage était encore pra­tiqué par les Tiv) était l’échange de sœur. On aurait donc “¬ de paiement” avec “esclavage” puis “paiement” avec “¬ d’esclavage”. Pour­tant ça sem­ble coller avec une autre logique : l’esclavage chez les Tiv se fai­sait (exclu­sive­ment?) par cap­ture, et un ancien mode d’u­nion pou­vait aus­si recourir à l’en­lève­ment. Ce à quoi l’E­tat colo­nial a ensuite mit un terme. Finale­ment, le seul point noir de l’his­toire Tiv me sem­ble être celui de l’ap­pari­tion des paiements — si on admet que la richesse y exis­tait aus­si bien avant qu’après la coloni­sa­tion.

      Je te retran­scris un pas­sage intéres­sant à ce sujet : ” From their cash crops and oth­er exports Tiv real­ize a con­sid­er­able amount of mon­ey and are said by many Euro­peans to have much more wealth (in mon­ey and goods) than many of their neigh­bours and oth­er pagan tribes of Nige­ria. Tiv buy import­ed cloth in large quan­ti­ties, though they still weave at least half of the cloth that they use and weave a great deal more for export (to neigh­bour­ing tribes and to Ibo buy­ers at mar­kets). In the past one type of cloth (the tugudu) formed the stan­dard of val­ue in which most oth­er goods coulds be priced ; it was not, how­ev­er, a cur­ren­cy in the strict sense of the term.” [Bohan­nan, 1969 : 53]

      Et pour le plaisir : “Tiv prize Euro­pean axe” [Ibi­dem] Je ne compte plus le nom­bre de fois où j’ai pu lire que tel ou tel peu­ple appré­ci­ait les haches importées par les Européens :,D

      Je vois à quel arti­cle tu fais référence. J’avais pu le par­courir il y a quelques temps, j’y rejet­terai un coup d’œil s’il est aus­si intéres­sant que tu le dit.

    3. Sur l’esclavage, je te taquinais. Il existe quelques sociétés où la richesse ne s’ex­prime pas (ou très faible­ment) par les com­pen­sa­tions mat­ri­mo­ni­ales. C’est sou­vent le cas avec les sociétés matrilo­cales, mais il y a quelques excep­tions, dont les Tiv sem­blent faire par­tie. En fait, ce qu’il faudrait débus­quer, ce sont des paiements en-dehors du mariage : wergeld, ou com­pen­sa­tions finan­cières divers­es (cer­tans peu­ples met­tent un soin inépuis­able à chiffr­er les torts), par exem­ple pour adultère, viol, non-respect d’une inter­dic­tion religieuse, etc.

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