La naissance des paiements : un casse-tête néolithique

Vere Gor­don Childe (1892–1957)
J’ai eu le plaisir d’in­ter­venir hier dans le sémi­naire Marx au XXIe siè­cle. La séance, m’avait-on dit, pou­vait être filmée, mais l’équipe qui s’en charge (bénév­ole­ment) d’or­di­naire n’é­tant pas disponible, l’é­cho de ma presta­tion ne dépassera pas ceux qui avaient physique­ment fait le déplace­ment. Gageons que le reste de l’hu­man­ité s’en remet­tra…
Tou­jours est-il que j’ai pu présen­ter l’é­tat de ma réflex­ion sur un sujet qui me préoc­cupe depuis longtemps (la nais­sance des paiements et des iné­gal­ités). Et au cours de la dis­cus­sion, m’apercevoir que cer­tains points sont décidé­ment rebelles, et que pour le moment je suis loin d’en être venu à bout. Il faut donc lire ce qui suit comme un work in progress, un instan­ta­né de mes médi­ta­tions sur le sujet. Et, qui sait, le fait de les couch­er noir sur blanc – ou, mieux encore, la lumière que m’ap­portera un com­men­taire – m’aidera à débrouiller l’éche­veau.

De l’agriculture au stockage alimentaire

Ceux qui ont lu Alain Tes­tart ou cer­tains de mes précé­dents écrits, sur ce blog ou sur papi­er, con­nais­sent bien les ter­mes du prob­lème. Pour les autres, je procèderai donc à un résumé à la hache (à peine polie).
La théorie matéri­al­iste tra­di­tion­nelle, à laque­lle est en par­ti­c­uli­er attaché le nom de V. Gor­don Childe, voy­ait l’o­rig­ine des iné­gal­ités dans l’a­gri­cul­ture. C’est parce que l’a­gri­cul­ture, pour la pre­mière fois, per­me­t­tait de dégager des sur­plus (le pro­duc­teur pou­vant pro­duire davan­tage de nour­ri­t­ure qu’il n’en con­som­mait pour vivre) qu’elle ouvrait la pos­si­bil­ité que cer­tains vivent du tra­vail des autres. Cette théorie, au moment où elle a été for­mulée, étant sans aucun doute la plus sat­is­faisante pos­si­ble. Peu à peu, elle a néan­moins lais­sé appa­raître trois faib­less­es prin­ci­pales : 1) elle décrit certes une con­di­tion pour la mise en place du mécan­isme de l’ex­ploita­tion, mais sans le reli­er à des trans­for­ma­tions ou des insti­tu­tions sociales pré­cis­es, iden­ti­fiées dans cer­taines sociétés. Bref, elle se situe sur un plan très général, et ne s’ac­croche pas directe­ment à des faits soci­aux. 2) le raison­nement sur le sur­plus lui-même est très con­testable (et a été très con­testé). En par­ti­c­uli­er, dès les sociétés de chas­se-cueil­lette, tout adulte valide pro­duit, out­re de quoi se nour­rir lui-même, de quoi nour­rir enfants, vieil­lards et malades. Autrement dit, le sur­plus, au moins sous forme poten­tielle, existe dans toutes les sociétés humaines. 3) La cor­réla­tion agri­cul­ture — iné­gal­ités est démen­tie par deux séries de sociétés.
C’est Alain Tes­tart qui, au début des années 1980, a mis le doigt sur ces « excep­tions », en pro­posant de les pren­dre (enfin) au sérieux. Il s’agis­sait d’une part de ces chas­seurs-cueilleurs tra­di­tion­nelle­ment dits « com­plex­es » (typ­ique­ment, ceux de la Côte Nord-Ouest des Etats-Unis et du Cana­da) : séden­taires, ils con­nais­saient des fortes iné­gal­ités sociales et économiques. Dans l’autre sens, les sociétés du bassin ama­zonien, quoique pra­ti­quant l’a­gri­cul­ture, ne con­nais­saient pas d’iné­gal­ités économiques per­cep­ti­bles. Alain Tes­tart pro­po­sait donc d’une part, de con­sid­ér­er que la vari­able déter­mi­nante pour le pas­sage aux iné­gal­ités n’é­tait pas l’a­gri­cul­ture, mais le stock­age ali­men­taire (que les chas­seurs-cueilleurs de la Côte Nord Ouest pra­ti­quaient abon­dam­ment, notam­ment avec le pois­son séché). D’autre part, il pré­ci­sait que les iné­gal­ités économiques étaient liées à l’ap­pari­tion des paiements : « prix de la fiancée » au lieu d’une presta­tion en tra­vail pour se mari­er ; « prix du sang » au lieu de la loi du Tal­ion en cas de blessure ou de meurtre.

Du stockage aux biens W

Les Asmat sur leurs pirogues, pho­tographiés en 1912
Jusqu’à ma Con­ver­sa­tion… (2013), je m’é­tais à peu près sat­is­fait de cette réponse. Mais ces derniers mois, il m’est apparu avec de plus en plus de force que la loi ain­si for­mulée laisse encore deux ques­tions non résolues.
La pre­mière se situe sur le plan théorique : quelle est la causal­ité entre le stock­age ali­men­taire et le pas­sage aux paiements ? A. Tes­tart avouait lui-même n’avoir aucune réponse sat­is­faisante – et ce, d’au­tant plus que hormis sous la forme de bétail sur pied, les ali­ments ne font jamais , ou presque, par­tie du prix de la fiancée : on ne se marie nulle part en don­nant un gros tas de pois­son séché.
Le sec­ond prob­lème, lui aus­si sig­nalé (mais lais­sé sans réponse) par A. Tes­tart con­cerne ces sociétés qui con­nais­sent les paiements et les iné­gal­ités sociales, mais qui ignorent pour­tant toute forme de stock­age. Elles se situent dans les rares envi­ron­nements suff­isam­ment rich­es pour que les ressources soient abon­dantes toute l’an­née et que la séden­tar­ité sans stocks soit pos­si­ble. Deux exem­ples sem­blent incon­testa­bles : l’un, assez mal con­nu, est celui des Calusa de Floride. l’autre, beau­coup plus doc­u­men­té, celui des Asmat de Nou­velle-Guinée. 
La ques­tion qui me préoc­cupe est donc, tout naturelle­ment, la suiv­ante : est-il pos­si­ble de refor­muler la con­di­tion du pas­sage aux paiements de sorte que les deux hypothèques (théorique et empirique) qui grèvent la théorie du stock­age ali­men­taire soient lev­ées ?
Il me sem­ble que la réponse (matéri­al­iste) à cette ques­tion, que j’avais d’ailleurs for­mulée à grands traits dès mon Com­mu­nisme prim­i­tif… de 2009, se trou­ve du côté de la pro­duc­tion de cer­tains biens qui puis­sent être accep­tés en lieu et place d’un temps de ser­vice de plusieurs années. Ces biens, que pour plus de com­mod­ité, j’ap­pelle biens W (comme tra­vail), doivent impéra­tive­ment représen­ter une impor­tante quan­tité de tra­vail indi­vidu­el. Ils doivent de plus être meubles, c’est-à-dire pou­voir être déplacés ; s’ils doivent servir à pay­er, le beau-père doit pou­voir les emporter avec lui.
Si nos infor­ma­tions sur les Calusa sont trop par­cel­laires, les Asmats fab­riquent au moins deux biens qui cor­re­spon­dent à cette déf­i­ni­tion : les haches, et les pirogues (par­fois très longues et néces­si­tant plusieurs semaines de tra­vail). Or, haches et pirogues font toutes deux par­ties du prix de la fiancée chez les Asmats… À cela, on peut ajouter le fait que chez les Jivaros, un peu­ple ama­zonien où les paiements sont tra­di­tion­nelle­ment ignorés, on apprend que le prix de la fiancée et le wergeld se sont mis en place à l’ar­rivée des cara­bines des Blancs… cara­bines con­sti­tu­ant les paiements en ques­tion. Fab­riqués sur place ou importés, les biens W sem­blent donc expli­quer de manière sat­is­faisante, à la fois en théorie et dans les faits, le pas­sage aux paiements.
Ajou­tons qu’il n’ex­iste pas, à ma con­nais­sance, de société pos­sé­dant des biens W à une échelle sig­ni­fica­tive, qui ignore les paiements. Certes, cer­taines tribus Aus­trali­ennes pos­sé­daient des filets qui demandaient des mois de fab­ri­ca­tion ; mais celle-ci était effec­tuée col­lec­tive­ment et sort donc de la déf­i­ni­tion don­née plus haut. Et certes, on peut iden­ti­fi­er cer­tains biens W chez des chas­seurs-cueilleurs nomades qui ne pra­tiquent pas le prix de la fiancée (haches de pierre polie dans le nord-ouest de l’Aus­tralie, kayak chez les Inu­its). Il me sem­ble tout de même que chez ces peu­ples nomades, la quan­tité de ces biens que l’on détient reste par déf­i­ni­tion lim­itée. Ain­si, même si les biens W exis­tent, on ne les accu­mule pas, et c’est ce qui les empêche de pou­voir rem­plac­er une longue péri­ode de tra­vail humain.
Tout sem­ble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mon­des matéri­al­istes pos­si­bles : l’hy­pothèse des biens W appa­raît sat­is­faisante à la fois sur le plan théorique et sur le plan empirique : elle rend cor­recte­ment compte de l’ensem­ble des obser­va­tions (tout au moins, dans l’é­tat actuel de mes inves­ti­ga­tions).
Mais évidem­ment, ce serait trop sim­ple…

Les problèmes

Le pois­son séché des Noot­ka : bien W or not bien W ?
Les dif­fi­cultés sur­gis­sent du moment où l’on se demande si les stocks ali­men­taires (autres que le bétail sur pied) sont une forme de biens W.
En répon­dant par l’af­fir­ma­tive, on ne ren­con­tre pas de prob­lème par­ti­c­uli­er avec les faits : les sociétés à paiements sont celles qui ont des stocks ali­men­taires, aux­quelles s’a­joutent celles qui n’en ont pas, mais qui pos­sè­dent des biens W (Calusa, Asmat) ou qui les acquièrent (Jivaro). En revanche, il reste cette ques­tion lanci­nante, qui embê­tait déjà Alain Tes­tart : pourquoi ne trou­ve-t-on jamais, ou presque, de biens ali­men­taires par­mi ceux qui com­posent le prix de la fiancée ? On pour­rait répon­dre que les stocks ali­men­taires sont capa­bles de sus­citer le saut con­ceptuel vers les paiements, mais qu’ils ne peu­vent pas faire office eux-mêmes de moyen de paiement, en rai­son de leurs car­ac­téris­tiques physiques – en par­ti­c­uli­er, leur faible dura­bil­ité qui lim­ite la pos­si­bil­ité de les con­serv­er et de les utilis­er comme une réserve de valeur. Davan­tage que vraie ou fausse, cette réponse est surtout sans portée : dans les deux cas, le fait que les biens ali­men­taires soient sys­té­ma­tique­ment absents du prix de la fiancée fait qu’ils ne peu­vent être tenus pour une con­di­tion suff­isante de son instau­ra­tion : pour jouer leur rôle de mon­naie poten­tielle, les biens W doivent être durables (haches de pierre, coquil­lages, pirogues ou… bétail sur pied).
Oui mais voilà : il faut alors expli­quer la rela­tion étroite qui unit le stock­age ali­men­taire et les biens W. Si l’on ne con­naît aucune société qui pra­tique le stock­age ali­men­taire et qui ignore les paiements, cela sig­ni­fie qu’il existe une rela­tion de déter­mi­na­tion entre les stocks ali­men­taires et les biens qui ser­vent au prix de la fiancée : là où l’on trou­ve les pre­miers, on trou­ve les sec­onds (l’in­verse n’est pas tou­jours vrai, comme en témoignent Calusa, Asmat ou Jivaro). La seule expli­ca­tion qui me vient est celle de la déter­mi­na­tion com­mune : ce ne sont pas, en eux-mêmes, les stocks ali­men­taires qui entraî­nent la présence de biens W. Mais un même fac­teur déter­mine à la fois la présence des uns et des autres. Pour cela, je ne vois pas d’autre can­di­date pos­si­ble que la séden­tar­ité. La séden­tar­ité, sauf en cas de con­di­tions écologiques par­ti­c­ulière­ment favor­able, est intime­ment liée au stock­age ali­men­taire : elle en est à la fois la con­di­tion et le pro­duit néces­saire. Elle est égale­ment ce qui per­met (et incite) l’ac­cu­mu­la­tion de biens, en par­ti­c­uli­er de biens W.
Mais cette solu­tion ne nous tire d’un mau­vais pas que pour nous pré­cip­iter dans un autre. Car si la séden­tar­ité est en fin de compte le fac­teur expli­catif des biens W, et donc des paiements, com­ment expli­quer que cer­taines sociétés séden­taires – celles des plaines d’A­ma­zonie, par exem­ple – ne se soient pas engagées dans cette voie ? Cela sig­ni­fie que la séden­tar­ité n’est qu’une con­di­tion néces­saire, et non suff­isante, de la tran­si­tion aux paiements ; et qu’il existe donc un fac­teur sup­plé­men­taire, une « vari­able cachée », ain­si que dis­ent les physi­ciens, qui l’ex­plique. Sauf que je ne vois absol­u­ment pas quelle pour­rait être cette vari­able (pas ques­tion, bien sûr, d’in­vo­quer les stocks ali­men­taires ou les biens W sans som­br­er dans un raison­nement cir­cu­laire. On pour­rait peut-être dire qu’en Ama­zonie, il n’ex­iste pas de biens pou­vant jouer le rôle de biens W ; je n’y crois pas. Il n’est pas pos­si­ble que ces sociétés aient été dépourvues de pier­res pré­cieuses, de coquil­lages, de plumes d’oiseaux rares, de dents d’an­i­mal sauvage, bref, de tout bien rare et répon­dant à notre déf­i­ni­tion.
Résumons : soit les stocks ali­men­taires doivent être con­sid­érés comme des biens W, mais alors, il faut expli­quer com­ment (et pourquoi) ils ne fig­urent jamais dans le prix de la fiancée. Soit les stocks ali­men­taires ne sont pas des biens W, mais alors il faut expli­quer soit pourquoi là où l’on trou­ve les uns, on trou­ve tou­jours les autres (si l’on exclut l’ex­pli­ca­tion par la séden­tar­ité), soit pourquoi la séden­tar­ité n’en­gen­dre les biens W et les paiements que dans cer­taines sociétés. Pour l’in­stant, je sèche sur cette quad­ra­ture, et si un com­men­taire (ou plusieurs) m’ap­por­tait quelque lumière – ou quelque nou­velle ques­tion – je serais extrême­ment recon­nais­sant à son auteur…
À suiv­re, donc (et au plaisir de vous lire…)

25 commentaires

  1. Salut,

    Pas encore de réponse à ta ques­tion, mais une remar­que :
    “Oui mais voilà : il faut alors expli­quer la rela­tion étroite qui unit le stock­age ali­men­taire et les biens W. Si l’on ne con­naît aucune société qui pra­tique le stock­age ali­men­taire et qui ignore les paiements, cela sig­ni­fie qu’il existe une rela­tion de déter­mi­na­tion entre les stocks ali­men­taires et les biens qui ser­vent au prix de la fiancée : là où l’on trou­ve les pre­miers, on trou­ve les sec­onds (l’in­verse n’est pas tou­jours vrai, comme en témoignent Calusa, Asmat ou Jivaro). La seule expli­ca­tion qui me vient est celle de la déter­mi­na­tion com­mune : ce ne sont pas, en eux-mêmes, les stocks ali­men­taires qui entraî­nent la présence de biens W. Mais un même fac­teur déter­mine à la fois la présence des uns et des autres.”

    Tu relèves un prob­lème fon­da­men­tal en sci­ence : la dis­tinc­tion entre cor­réla­tion et causal­ité, pas tou­jours — voir assez rarement — faite en sci­ences sociales, con­traire­ment aux sci­ences “dures”. Si deux fac­teurs A et B sont cor­rélés, cela ne sig­ni­fie pas pour autant que A déter­mine entière­ment B ou l’in­verse. La causal­ité peut être réciproque, ou, troisième pos­si­bil­ité, un troisième fac­teur C déter­mine A et B.

    PS : je viens à Presles 🙂

    Ciao

    1. J’ai été très ellip­tique, je dois bien le recon­naître. Dans de nom­breuses tribus qui vivaient à l’in­térieur des ter­res, les coquil­lages font tra­di­tion­nelle­ment par­tie des moyens de paiement : cau­ris, den­tal­lia… Ces coquil­lages peu­vent être con­sid­érés comme des biens W importés, à la manière des cara­bines des Jivaros : ce sont des biens rares et importés, qui s’échangent donc con­tre des biens locaux représen­tant une grande quan­tité de tra­vail.

  2. Le prix de la fiancée ne doit-il pas être regardé comme assez par­ti­c­uli­er ? Il rem­place un ser­vice ali­men­taire (mon gen­dre chas­se à ma place) sur la durée, et donc n’a pas intérêt à être rem­placé par un stock ali­men­taire rapi­de­ment périss­able.

    1. Tout à fait d’ac­cord avec cela (je ne sais plus si j’y fais allu­sion ou non dan mon bil­let). Le truc, c’est que cer­taines formes de stocks ali­men­taires n’é­taient pas si rapi­de­ment périss­ables que cela (tout est relatif), et que l’on peut donc s’in­ter­roger sur leur pos­si­ble place dans le prix de la fiancée… Pour ajouter une couche de com­plex­ité, je ne suis pas si cer­tain que le prix de la fiancée exclue for­cé­ment les biens ali­men­taires, même non périss­ables.

    2. Autre angle, peut-être, pour la “quad­ra­ture” de ta con­clu­sion : Com­ment se fait la redis­tri­b­u­tion des stocks ali­men­taires dans les groupes observés en eth­no­hgra­phie ?

    3. Oula, vaste ques­tion (tout le monde est loin de faire la même chose)… Mais je ne crois pas qu’elle ait d’in­ci­dence sur celle que je tente de résoudre.

  3. Avatar de Inconnu
    Tangui Przybylowski

    Bon­jour,

    Je me demande pourquoi tu n’opère pas une dis­tinc­tion entre les “Biens qui deman­dent une grande quan­tité de force de tra­vail et sont de sim­ples pro­duits” (W) et les “Biens qui deman­dent une grande quan­tité de force de tra­vail et sont des moyens de pro­duc­tion” (W’).

    Par exem­ple : le filet de pêche Aus­tralien est un W’, au même titre que le kayak, la cara­bine, la hache si elle n’est pas trop frag­ile.

    Les haches si elle sont trop frag­iles (fine et ample) sont des W, c’est aus­si le cas des coquil­lages.

    On peut encore divis­er ain­si :
    W = “Biens qui deman­dent une grande quan­tité de force de tra­vail, sont de sim­ples pro­duits”
    P = “Biens qui deman­dent une grande quan­tité de force de tra­vail, sont de sim­ples pro­duits et sont util­isés comme moyen de paiement”
    W’ = “Biens qui deman­dent une grande quan­tité de force de tra­vail, sont des moyens de pro­duc­tion”
    P’ = “Biens qui deman­dent une grande quan­tité de force de tra­vail, sont des moyens de pro­duc­tion et sont util­isé comme moyen de paiement”
    (Tu peux le représen­ter dans un tableau à dou­ble entré. Il faudrait peut être encore divis­er selon qu’il sont con­som­ma­ble ou pas)

    J’ig­nore si cer­taines tribus d’Aus­tralie ont fab­riquées des objets W. Des W’ c’est cer­tain (tou­jours l’ex­em­ple du filet de pêche).

    A pre­mière vue, on pour­rait déjà dire : P⊆W⊆P’⊂W’ (Par­mi les sociétés qui pro­duisent des biens W’ (ce qui représente a pri­ori l’ensem­ble des sociétés ayant existées) il y en a qui les utilise comme moyen de paiement (P’), par­mi ces dernières cer­taines pro­duisent des biens W, qui pour cer­taines (peut être pour toute) les utilisent comme moyen de paiement).

    Si la nour­ri­t­ure stock­ée est un bien W, cela indi­querait que l’émer­gence des paiements serait dû à la pro­duc­tion de biens deman­dant une grande quan­tité de force de tra­vail mais n’é­tant pas des moyens de pro­duc­tion (cela dit, on explique tou­jours pas pourquoi les stocks ali­men­taires ne sont pas util­isés comme moyen de paiement), ça nous forcerait à mod­i­fi­er la for­mule en : P⊆P’⊆W⊂W’ (où W peut aus­si bien être un pois­son séché qu’une hache de pierre polie trop frag­ile pour l’usage — les deux peu­vent être stock­és)

    Je ne pense pas avoir arranger grand chose dans l’af­faire, surtout que je ne con­nais pas les cas ethno­graphiques que tu cite. J’y réfléchie encore, sachant que j’ai com­plète­ment lais­sé de côté la ques­tion de la séden­tar­ité — on voit déjà que celle-ci per­met le stock­age de biens W, je vois dif­fi­cile­ment un Aborigène du cen­tre Aus­tralien se balad­er avec 25 haches de pierre polie sur le dot ; quoique si il a 25 femmes…

    1. Hé hé, il n’y a pas que les grands esprits qui se ren­con­trent. 🙂

      Cette dis­tinc­tion, j’y ai pen­sé, et j’en ai déduit (pro­vi­soire­ment) qu’elle ne fonc­tion­nait pas. Déjà, cer­tains biens (le bétail) sont dif­fi­ciles à class­er. Ensuite, je pré­sumais que seuls, au con­traire, les biens W’ pou­vaient devenir moyens de paiement (pirogues, cara­bines…) Oui mais voilà, un peu partout il y a aus­si des coquil­lages et des haches qui ne coupent jamais d’ar­bres. Bref, pour l’in­stant, cette direc­tion m’ap­pa­raît comme une voie de garage.

    2. Avatar de Inconnu
      Tangui Przybylowski

      😀 Oui ça ne nous avance pas vrai­ment.
      En ce qui me con­cerne je n’avais pas saisi qu’il y avait “un peu partout” des biens W (ou W’).

      La ques­tion est donc très sim­ple [si il y a partout des biens W] : qu’est ce qui fait que les biens W devi­en­nent des moyens de paiement ?
      Mais dans ce sens, ton exem­ple des cara­bines est con­tra­dic­toire. Tu pré­tend qu’il y a intro­duc­tion d’un bien W et que ça a changé la donne [que ça a intro­duit les paiement]. Faut-il com­pren­dre qu’il n’y avait pas de biens W aupar­a­vant dans cette société ? Dans le cas con­traire (si il y avait des biens W) il faut admet­tre que les cara­bines ont quelque chose de par­ti­c­uli­er que n’avaient pas les autres biens W.

      Le fait qu’elles puis­sent être utilis­er à la guerre pour accroître son nom­bre d’épouse par des razz­ias (à l’ex­térieur de la société) par exem­ple, ou encore la pos­si­bil­ité de con­cen­tr­er les moyens de la vio­lence au sein d’un petit groupe (à l’in­térieur de la société) n’est pas anodin. Ce n’est pas un couteau à beurre avec un manche en or fine­ment tail­lé.

      Ami­cale­ment

    3. Mon idée (à véri­fi­er) est effec­tive­ment que chez les Jivaros, il n’y avait pas de biens W, en tous les cas, pas en quan­tité suff­isante, pour que s’ef­fectue la tran­si­tion vers les paiements.

      Je ne crois pas trop que les biens déclen­chant ce pas­sage seraient affec­tés à un usage par­ti­c­uli­er (biens de pro­duc­tion, biens dits de pres­tige, ou que sais-je encore). Pour l’in­stant, toutes les ten­ta­tives que j’ai faites en ce sens se sont révélées être des impass­es. Je flaire donc qu’il existe une solu­tion sim­ple qui n’oblige pas à ren­tr­er dans ce genre de con­sid­éra­tions (mais je peux me tromper)…

  4. Salut Christophe,
    Je voudrais sim­ple­ment inter­venir au niveau de la ques­tion lanci­nante de ton texte (en n’é­tant pas vrai­ment sur de ne pas déblo­quer) : le lien entre les biens ali­men­taires et la richesse, entre le bétail et le prix de la fiancée. “On ne se marie nulle part en don­nant un gros tas de pois­son séché”, certes, mais le mariage, dans la plu­part des zones de l’Asie du sud-est, est lié à des échanges impor­tants de bétail non pas sur pied mais déjà prêt à être con­som­mé. L’ex­em­ple le plus con­nu est peut-être celui des Tora­ja (il s’ag­it de céré­monie des morts mais le prob­lèmes est le même que pour le mariage) où des mil­liers de buf­fles d’eau sont sac­ri­fiés lors de funérailles, ayant demandé des années pour con­stituer ces trou­peaux. Bien ! mais on pour­ra se deman­der quel rap­port il y a avec un stock­age puisque juste­ment cette viande est immé­di­ate­ment con­som­mée ! Le lien est (peut-être) lié à la notion de dette. Ne peut-on con­sid­ér­er la dette comme un stock­age dif­féré : si j’of­fre un buf­fle pour le mariage d’un cousin ne puis-je con­sid­ér­er ce buf­fle comme un “avoir”, un stock, que je pour­rais con­som­mer plus tard pour mon pro­pre mariage ? Lorsqu’on abat un buf­fle, offrir un quarti­er de buf­fle cuit (qu’on ne peut pas con­som­mer soi même) n’est-ce pas une manière de s’as­sur­er, en réciproc­ité, un quarti­er pour un moment ultérieur, une autre façon de stock­er ? Si la dette (ou cer­taines dettes ?) fait par­tie du stock­age, cela mod­i­fie-t-il les don­nées du prob­lème ? Pour repren­dre le prob­lème général des iné­gal­ités, la richesse chez les peu­ples du sud est (Naga, Kachin, Chin, etc.) va sou­vent de pair avec des “fêtes du mérite” où la richesse se mesure au nom­bre de bêtes qui peu­vent être sac­ri­fiées (et les signes osten­ta­toires qui mar­quent cette hiérar­chie sont liés à ces bêtes). Quant à la Nou­velle Guinée, les images qui me vien­nent à l’e­sprit sont celles des big men gérant des amon­celle­ments de porcs sac­ri­fiés lors de mariages ou autres céré­monies. Ce qui est bien sur, c’est qu’il ne s’ag­it ici aucune­ment de biens de pro­duc­tion (ce que sont man­i­feste­ment les biens W).
    Par ailleurs, pourquoi faudrait-il qu’il n’y ait qu’une seule voie pour la nais­sance des iné­gal­ités et/​ou des hiérar­chies (ce ne sont d’ailleurs pas des ter­mes équiv­a­lent car il peut y avoir hiérar­chie sans iné­gal­ité économique) ?

    1. Cette inter­ven­tion abor­de bien des aspects. Je retiens celui qui est cen­tral pour mon prob­lème : con­traire­ment à ce que sug­gère Tes­tart dans son arti­cle posthume, la nour­ri­t­ure stock­ée peut man­i­feste­ment inter­venir dans le prix de la fiancée. Si cela se con­firme, cela jette à bas la prin­ci­pale objec­tion selon laque­lle les stocks ali­men­taires, eux aus­si, sont des biens W. Et cela sim­pli­fierait con­sid­érable­ment toute l’af­faire… Voilà donc une piste à creuser très sérieuse­ment.

  5. J’ai tou­jours du mal à saisir le statut exact des biens W. D’après ta descrip­tion, tu par­les en fait de la mon­naie (les biens W per­me­t­tent les paiements et l’ac­cum­mu­la­tion de valeur). Est-ce que le rôle de la mon­naie se lim­ite à la recon­nais­sance d’une dette de tra­vail ?

    1. Mon idée est effec­tive­ment que les paiements (et donc, la forme la plus anci­enne de mon­naie) appa­rais­sent lorsque la société pro­duit une quan­tité notable de biens d’un cer­tain type. Pour être très pointilleux, je ne dirais pas que les biens W sont la mon­naie, mais que la mon­naie naît des biens W.

      La sec­onde ques­tion est plus embê­tante. En tant que paiement de mariage, oui, je crois que la mon­naie rem­place le plus sou­vent une presta­tion de tra­vail (je ne sais pas s’il faut for­cé­ment par­ler de dette). Mais — et j’avoue ne pas avoir bien vu cet aspect — la mon­naie vient aus­si en équiv­a­lent d’une vie, ou du sang. C’est vrai lorsqu’il s’ag­it d’une com­pen­sa­tion pour blessure ou meurtre. Mais c’est vrai aus­si de cer­tains paiements de mariage ; je pense à ces tribus où les hommes se mari­ent par “échange de soeurs”, et où celui qui n’en a pas paye quelqu’un pour acheter les droits sur elle… et l’échang­er ensuite con­tre une autre femme. Bref, entre la mon­naie comme sub­sti­tut à une péri­ode de tra­vail et la mon­naie comme sub­sti­tut à une vie, il y a de quoi creuser l’af­faire.

  6. Avatar de Inconnu
    Jaune orange

    Bon­jour
    Mick­aël Dietler, un pro­to­his­to­rien améri­cain, s’est demandé pourquoi la Gaule romaine impor­tait du vin romain dans des con­tainaires de qual­ité et il a mon­tré le lien entre alcool et richesse, autorité dans les sociétés sans Etat. L’al­cool y est un mar­queur de richesse et ceux qui peu­vent réserv­er une par­tie de leur stock pour en faire peu­vent être con­sid­érés comme des rich­es ou des per­son­nes d’au­torité. Dans l’Eu­rope pro­to­his­torique, la bière devait être un pro­duit de luxe. Plus loin dans le temps, à Gob­le­ki Tepe, de grands vas­es en pier­res gar­dent des traces d’oxalate (la bière et le malt en pro­duisent). Plus récem­ment, des Tarahu­mara du Mex­ique organ­i­saient des fêtes avec alcool pour attir­er la main d’oeu­vre néces­saire pour récolter leur champ donc avoir une récolte plus impor­tante pour dégager du stock pour la fab­ri­ca­tion d’al­cool qui servi­ra à rassem­bler une main d’oeu­vre encore plus impor­tante etc..
    Les liens entre stock et richesse me sem­blent évi­dent (les ani­maux d’él­e­vage peu­vent fournir des matières pre­mières pour l’ar­ti­sanat ou la fab­ri­ca­tion de pro­duits laitiers).
    La ques­tion qui me turlupine est pourquoi les sociétés ont rem­placé l’échange de ser­vice par l’échange de richesse à peu près au même moment un peu partout dans le monde (entre 10 000 et 5 000 av JC). Le paiement peut, peut être, avoir tou­jours exis­ter car on peut, il me sem­ble, con­sid­ér­er qu’un ser­vice est un paiement. On paye les droits sur la fiancée en se met­tant au ser­vice. Pourquoi avoir rem­placé ce ser­vice en richesse ? Je pense que le stock­age n’est qu’une con­séquence de ce pas­sage, qu’il n’est pas une con­séquence oblig­a­toire et que la vraie ques­tion est là : pourquoi échang­er des biens matériels et pas des ser­vices ? Deux exem­ples me vien­nent à l’e­sprit : chez les Baruyas. Mau­rice Gode­lier indique que les bar­res de sel sont pro­duites pour les échanges inter trib­aux. Philippe Desco­la, les lances du cré­pus­cule, indique que les Achuars réser­vaient des biens matériels pour les échanges loin­tains. Les iné­gal­ités économiques pour­raient donc aus­si descen­dre de la néces­sité des rela­tions inter-trib­ales, les sociétés favorisant la pro­duc­tion matériels pour ces rela­tions, pro­duc­tion matériel qui fini­rait par prendrait la place des échanges aus­si à l’in­térieur de la société. Bref, comme le fai­sait remar­quer un com­men­taire plus récent que le mien, il n’y a peut être pas qu’une seule voie qui don­nent nais­sance aux iné­gal­ités.

    1. Avatar de Inconnu
      Patrice Andrieu

      Sur la pre­mière par­tie, j’ap­prou­ve : le prix de l’al­cool — et les dif­férences de prix entre alcools — et les dif­férences de prix suiv­ant le nom­bre d’é­toiles ou la local­i­sa­tion du bar ou du resto — dans nos sociétés le prou­ve.
      Sur la sec­onde par­tie, je n’y avais pas pen­sé jusqu’à présent, mais il me sem­ble que l’échange de biens et l’échange de ser­vices sont de nature assez sim­i­laire, voir iden­tique, bien que d’ap­parence dif­férente : un bien/​produit économique est la con­créti­sa­tion d’un service/​travail humain… (Le Cap­i­tal, Marx, CHapitre 1 : La Marchan­dise)

    2. @jaune vio­let

      Mer­ci pour votre con­tri­bu­tion, qui apporte plusieurs élé­ments con­crets. Cela dit, en Ama­zonie, il existe égale­ment une bière (de man­ioc et « bio », car fer­men­tée à la salive fémi­nine !) Or, si cette bière inter­ve­nait effec­tive­ment dans les rela­tions sociales d’une manière assez sim­i­laire à celle que vous décrivez, elle ne s’in­scrivait pas dans un sys­tème de paiements en biens. Car effec­tive­ment, toute la ques­tion est : pourquoi là où con­tre une femme, on don­nait des ser­vices, se met-on à don­ner des biens matériels ? (et je réserve le terme de « paiements » à la deux­ième sit­u­a­tion). C’est bien les raisons de ce bas­cule­ment que Tes­tart cher­chait à cern­er, et que je con­tin­ue à tra­quer. C’est une ques­tion essen­tielle, parce que ce bas­cule­ment ne fait pas que chang­er la forme des choses échangées : il mod­i­fie totale­ment les règles du jeu social en faisant naître ce qu’on peut appelé, dans un sens strict, la richesse.

      La ques­tion des échanges inter-trib­aux est impor­tante, mais elle n’est pas encore claire pour moi. Je vois bien com­ment elle favorise la pro­duc­tion matérielle, mais beau­coup moins pourquoi elle provo­querait ipso fac­to la tran­si­tion vers les paiements en biens en interne. Toute­fois, les Baruya et quelques autres con­nais­sent le prix de la fiancée pour les femmes acquis­es à l’ex­térieur, mais pas en interne.

      Sans doute que les iné­gal­ités (et les paiements) sont nées par dif­férentes voies. Plus on va dans le détail, plus il y a de chances que cette asser­tion soit vraie. Mais il faut aus­si explor­er jusqu’au bout la pos­si­bil­ité de dégager des lois générales… Et au pas­sage, je me demande bien com­ment vous pou­vez savoir que les paiements sont nés il y a env­i­ron 10000 ans. Il y a à ce sujet de lour­des con­tro­ver­s­es par­mi les paléolithi­ciens sur la pos­si­bil­ité d’une date beau­coup plus anci­enne, et le débat est me sem­ble-t-il loin d’être tranché.

    3. Bon­jour, auriez-vous ces références sur les pos­si­bil­ités de paiements pour des péri­odes préhis­toriques ? Nous n’u­til­isons guère le terme de paiement en Préhis­toire, et je suis très intéressée par la notion de “paiement”. Pour le Néolithique, ce sont des choses très dif­fi­cile­ment per­cep­ti­bles. La cul­ture matérielle, la valeur des objets, leur cir­cu­la­tion, sont très com­pliqués à appréhen­der et encore plus le con­texte soci­ologique et économique. Un échange de bien est-il con­sid­éré comme un paiement ? Ou le paiement implique-t-il un ou des biens dont la valeur fait office de référence ? Je ne pose peut-être pas les ques­tions comme il le faut, mais j’avoue ne pas être très calée sur ces ques­tions

    4. Je crois que le mieux est d’aller lire celui qui a le plus réfléchi à tout cela, à savoir Alain Tes­tart, qui plus est dans ses con­nex­ions avec les don­nées archéologiques. La meilleure porte d’en­trée est sans doute son dernier texte majeur, Avant l’his­toire. Allez voir en par­ti­c­uli­er les pages 216–242, puis 400–449 (même si pour les savour­er pleine­ment, il vous fau­dra lire le reste, et quelques autres choses encore !)

  7. La réponse à ta ques­tion ne serait-elle pas la spé­cial­i­sa­tion indi­vidu­elle du tra­vail ?
    Les stocks ali­men­taires, à un cer­tain degré, per­me­t­tent d’en­tretenir une par­tie de la pop­u­la­tion pou­vant pro­duire des biens non ali­men­taires, et éventuelle­ment se spé­cialis­er : soit d’en pro­duire plus en util­isant les mêmes tech­niques, soit en pro­duire de plus gros avec les mêmes tech­niques, soit d’aug­menter la pro­duc­tiv­ité en amélio­rant la tech­nolo­gie.
    Le stock­age ali­men­taire à un degré sup­plé­men­taire, pro­duit la spé­cial­i­sa­tion agri­cole elle-même, et per­met à la spé­cial­i­sa­tion des pro­duc­tions non ali­men­taires de se dévelop­per encore… donc la pro­duc­tion totale de richess­es, per­me­t­tant paiements et iné­gal­ités sociales.

    1. “Résumons : […] soit pourquoi la séden­tar­ité n’en­gen­dre les biens W et les paiements que dans cer­taines sociétés.”
      Pour répon­dre pré­cisé­ment la ques­tion : je pense que cela dépend du niveau atteint des forces pro­duc­tives dans chaque société, notam­ment la spé­cial­i­sa­tion indi­vidu­elle du tra­vail.

  8. Avatar de Inconnu
    Antoine Rousselie

    Bon­jour
    Si il y a stock­age, c’est peut être qu’il existe des péri­odes “oisives” qui per­me­t­tent de dégager le temps pour pro­duire les biens W ?
    Bien cor­diale­ment
    Antoine Rous­selie

    1. Bon­jour

      Il me sem­ble que c’est pren­dre le prob­lème à l’en­vers : je ne vois pas com­ment on peut penser que les gens stock­eraient la nour­ri­t­ure parce qu’ils ont des loisirs pour pro­duire des biens com­plex­es et durables (W) ; s’il devait y avoir une rela­tion, elle serait, me sem­ble-t-il, bien plutôt dans l’autre sens : seuls pro­duisent des biens com­plex­es et durables les groupes qui ont le loisir pour le faire, étant don­né qu’ils stock­ent.

      Mais même dans ce sens, je ne suis pas du tout con­va­in­cu. D’une part parce que les non stockeurs, chas­seurs-cueilleurs ou cul­ti­va­teurs, ne man­quent pas de temps. Ils en ont même suff­isam­ment pour que nom­bre de témoins occi­den­taux déplorent leur « fainéan­tise ». Ensuite, parce que comme je le souligne dans l’ar­ti­cle, on a quelques exem­ples de gens pro­duisant des biens W sans stock­er (dont les Asmats).

      J’en reste donc à mon idée pre­mière : ce qui empêche à une société d’ac­cu­muler les biens W, c’est d’abord et avant tout la con­trainte de la mobil­ité. Il faut que cette con­trainte soit lev­ée (et donc, 99 fois sur 100, pass­er à une économie de stock­age), pour que les biens W puis­sent com­mencer à s’ac­cu­muler.

      Naturelle­ment, on fait là des raison­nements, qui appa­rais­sent comme plus ou moins con­va­in­cants, mais il est très dif­fi­cile de trou­ver les faits soci­aux qui per­me­t­traient de départager de manière claire l’er­reur de la vérité…

      Cor­diale­ment

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