Une critique du Communisme primitif…, sur le site du Courant Communiste International

Rédigé au mois d’août, un arti­cle fort détail­lé, même si con­traiement à ce qu’indique son titre, il ne porte finale­ment qu’assez peu sur mon livre : À pro­pos du livre « le com­mu­nisme prim­i­tif n’est plus ce qu’il était »

Je ne peux évidem­ment répon­dre ici à tous les argu­ments (ou épithètes par­fois peu amènes) avancés par le rédac­teur, mais il est au moins un pre­mier aspect sur lequel je peux don­ner quelques élé­ments : celui du choix des sources marx­istes. Mon cri­tique sem­ble croire que le critère qui y a présidé était celui du degré d’im­pli­ca­tion, réel ou sup­posé, des dif­férents auteurs dans le com­bat fémin­iste de leur époque. Mais ce n’est absol­u­ment pas le cas. Si j’ai dis­cuté de manière rel­a­tive­ment détail­lée des livres d’Eve­lyn Reed et d’Alexan­dra Kol­lon­taï, chose qui m’est reprochée, c’est tout sim­ple­ment parce que sur la ques­tion de l’o­rig­ine de l’op­pres­sion des femmes, ces deux œuvres ont été, de loin, les ten­ta­tives les plus célèbres pour renou­vel­er le tra­vail d’En­gels d’un point de vue qui se voulait marx­iste. Quant à R. Lux­em­burg, le fait que je ne lui aie con­sacré guère plus qu’une allu­sion ne doit rien à un quel­conque mépris pour ses élab­o­ra­tions théoriques ou pour sa stature mil­i­tante. Cela tient tout sim­ple­ment au fait qu’elle n’a (à ma con­nais­sance) presque rien écrit sur le sujet qui était le mien — je le répète, non le com­mu­nisme prim­i­tif en général, mais l’ex­pli­ca­tion matéri­al­iste de l’his­toire (surtout, de la préhis­toire) des rap­ports entre les sex­es. En ce qui con­cerne les livres de Kaut­sky et de Pan­nekoek que men­tionne mon cri­tique, j’avoue bien hum­ble­ment ne jamais en avoir enten­du par­ler. Mais je ne man­querai pas d’y jeter un œil curieux à la pre­mière occa­sion (mon cri­tique aurait d’ailleurs pu aigu­is­er cette curiosité en men­tion­nant en quoi ces deux livres con­te­naient des apports essen­tiels sur la ques­tion des rap­ports entre les sex­es dans les sociétés prim­i­tives).

En ce qui con­cerne Lévi-Strauss, j’ai la ferme con­vic­tion que ses apports, en plus d’être large­ment suré­val­ués, sont en fil­igranes ou explicite­ment des attaques con­tre le marx­isme, et que celui-ci n’a guère à appren­dre de son oeu­vre. Je suis toute­fois prêt à recon­naître que la place que lui con­sacrait mon pre­mier texte était un peu trop suc­cincte, et c’est pourquoi la deux­ième édi­tion con­sacre quelques lignes de plus (mais pas davan­tage !) à présen­ter et cri­ti­quer ses posi­tions.
Reste le cas de Chris Knight, sur le livre duquel le rédac­teur de l’ar­ti­cle est man­i­feste­ment plus ent­hou­si­aste que moi. Si je ne lui ai pas con­sacré plus d’une page, c’est pour deux raisons. D’abord, parce que Knight est qua­si-incon­nu des lecteurs français. Son tra­vail, long de 800 pages, n’a jamais été traduit. Mais aus­si, et surtout, sur le fond, ain­si que l’ar­ti­cle le relève très juste­ment, mon pro­pre tra­vail s’ar­rête pré­cisé­ment là où celui de Knight com­mence (et récipro­que­ment). Pour dire les choses avec plus de net­teté, le sujet de nos recherch­es était dif­férent, même si sur un point, à la marge, en quelque sorte, elles se recou­vraient.

En ce qui con­cerne la sit­u­a­tion des femmes dans les sociétés prim­i­tives, j’ai fait de mon mieux pour présen­ter un tableau com­plet et fidèle des faits observ­ables, pour sépar­er ce qui relève du fan­tasme de la réal­ité, pour relever les élé­ments périmés des con­cep­tions d’En­gels, et pour pro­pos­er une grille de lec­ture marx­iste (je n’ose dire une théorie) éclairant à la fois la manière dont le prob­lème se pose dans ces sociétés et dans la nôtre. L’élé­ment cen­tral m’a paru être la divi­sion sex­uelle du tra­vail, dont le livre étudie avant tout les con­séquences — il est d’ailleurs dom­mage que la cri­tique ne pipe mot de ce point, qui con­stitue l’épine dor­sale de mon bouquin [EDIT : Je m’aperçois que le texte se ter­mine par un laconique “à suiv­re…”, qui sug­gère que l’au­teur compte entr­er dans le vif du sujet dans un texte ultérieur. J’en serai fort heureux, parce que là, finale­ment, le texte dit beau­coup de choses sur beau­coup de sujets, grat­i­fie au pas­sage mon tra­vail de plusieurs qual­i­fi­cat­ifs pas tou­jours élo­gieux, mais on sort de cette longue lec­ture sans rien savoir du fond de ce que j’y ai écrit]. Je ne pou­vais éviter, bien sûr, de dire quelques mots sur les caus­es et l’o­rig­ine de cette divi­sion sex­uelle du tra­vail : mais je crois qu’on dis­pose de si peu d’élé­ments pour les iden­ti­fi­er que toute affir­ma­tion un tant soit peu pré­cise me sem­ble relever de la spécu­la­tion. Et j’ai bien peur que l’ou­vrage de Knight s’ex­pose à ce grief.

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