Discussion sur le contenu du livre (3) :
Peut-on déduire le passé du présent ? Qu’en était-il de la guerre au paléolithique ?

Un lecteur soulève de nou­veaux prob­lèmes : de la méth­ode inférant des con­clu­sions sur le passé à par­tir du présent, et de la guerre dans les sociétés égal­i­taires.

19 commentaires

  1. Bon­soir, je viens de ter­min­er de lire votre livre et je l’est trou­vé très intéres­sant. J’y ai appris beau­coup de choses sur la vie des peu­ples prim­i­tifs qui ont été observé par les eth­no­logues. Ce que j’ai par­ti­c­ulière­ment appréci­er dans votre ouvrage ‚c’est la manière dont vous don­ner l’ex­pli­ca­tion de l’o­rig­ine d l’in­féri­or­i­sa­tion des femmes dans les tribus de chas­seurs cueilleurs nomades par le mono­pole qu’on les hommes en ce qui con­cerne les armes et les affaires publiques de la société trib­ales. Cela a par­tir de la syn­thèse des matéri­au ethno­graphique exis­tant. Ce que vous expli­quer dans le livre c’est que l’op­pres­sion d’un sexe par un autre a pu exis­ter dans des sociétés ne con­nais­sant pas les iné­gal­ités et l’ex­ploita­tion économique .La ou j’ai un peu de mal a vous suiv­re ‚si je vous ai bien compris,c’est quand vous faites une sorte de copi­er coller sur les modes d’or­gan­i­sa­tion des chas­seurs cueilleurs analysés aujour­d’hui et les tribus du paléolithique supérieur. Cela me paraît un peu pré­cip­ité au vu du peu d’ élé­ments con­crets sur la vie des sociétés préhis­toriques . D’autre part,vous expliquez que si la divi­sion sex­uelle du tra­vail est très majori­taire­ment présentes chez les peu­ples prim­i­tifs étudiés par l’ethnographie,il y toute­fois maints exem­ple de sociétés ou les indi­vidus des deux sex­es ont acquis l’ensem­ble des com­pé­tences mas­cu­line et fémi­nine. Qu’est ce qui nous prou­ve aujour­d’hui que la divi­sion sex­uelle du tra­vail était sys­té­ma­tique au paléolithique?les tribus se fai­saient elles la guerre ?

  2. Mer­ci de ce com­men­taire qui met le doigt sur plusieurs ques­tions très intéres­santes… et pas for­cé­ment faciles.

    Il est bien enten­du extrême­ment déli­cat d’af­firmer des choses sur les rap­ports entre les sex­es dans les sociétés préhis­toriques dans la mesure où par déf­i­ni­tion, ces sociétés n’ont pas pu être observées directe­ment, et où d’autre part, les rap­ports entre les sex­es ne lais­sent guère de traces matérielles qui se lais­seraient inter­préter claire­ment.

    Ce que j’ai ten­té d’ex­pli­quer, ce n’est pas que les rap­ports entre les sex­es dans les sociétés économique­ment égal­i­taires obéis­saient à une for­mule unique (comme par exem­ple, la dom­i­na­tion mas­cu­line). Si l’on se base sur les obser­va­tions eth­nologiques, ces rap­ports sont au con­traire sus­cep­ti­bles de vari­er con­sid­érable­ment d’un peu­ple à l’autre. Toute­fois, et c’est un point essen­tiel, cette vari­a­tion ne va jamais au-delà du point où ce seraient les femmes qui dirig­eraient la société ; comme vous l’avez tout à fait cor­recte­ment relevé, j’ex­plique effec­tive­ment ce fait par l’ex­is­tence de la divi­sion sex­uelle du tra­vail, et par le fait que celle-ci réserve tou­jours l’usage des armes les plus létales aux hommes.

    J’ai donc ten­té de raison­ner sur les sociétés du passé à par­tir de ce dou­ble fait :

    1. dans toutes les sociétés observées par l’eth­nolo­gie sans excep­tion, règne la divi­sion sex­uelle du tra­vail et au sein de celle-ci, ce sont les hommes qui con­trô­lent la total­ité ou la majorité des instru­ments de la vio­lence.

    2. tous les indices que nous pos­sé­dons sur les sociétés préhis­toriques (représen­ta­tions artis­tiques, restes funéraires) mon­tre que la divi­sion sex­uelle du tra­vail y exis­tait selon les mêmes modal­ités (ceux-ci sont apportés par ce que les anglo-sax­ons appel­lent aujour­d’hui gen­der arche­ol­o­gy ; j’ai ten­té de dress­er un inven­taire syn­thé­tique des élé­ments apportés par ces recherch­es dans le dernier chapitre du livre).

    Par con­séquent, il me sem­ble qu’on peut raisonnable­ment infér­er que dans le passé, les mêmes caus­es étaient à l’oeu­vre et qu’elles pro­dui­saient les mêmes effets ; à savoir que les sociétés égal­i­taires du paléolithique ont con­nu (jusqu’à preuve du con­traire) la même diver­sité de rap­ports entre les sex­es d’un peu­ple à l’autre et la même con­stante (l’ab­sence de la vari­ante “dom­i­na­tion fémi­nine”).

    Il ne s’ag­it évidem­ment pas d’une cer­ti­tude, mais d’une hypothèse qui (me) sem­ble extrême­ment prob­a­ble, pour les raisons exposées précédem­ment.

  3. En ce qui con­cerne la ques­tion de la guerre : celle-ci est tra­di­tion­nelle­ment très débattue, mais il me parait dif­fi­cile de nier que des actes de vio­lence plus ou moins fréquents et impli­quant plus ou moins d’in­di­vidus soient inter­venus par­mi les peu­ples égal­i­taires du paléolithique. On a pu observ­er bien des tribus qui se livraient fréquem­ment à des activ­ités guer­rières pour des motifs n’ayant rien à voir avec la pré­da­tion économique — mon­trant ain­si que con­traire­ment à une vision un peu sché­ma­tique du matéri­al­isme, les motifs économiques ne sont pas les seules caus­es pos­si­bles des guer­res. Alors, il est extrême­ment prob­a­ble que des affron­te­ments aient eu lieu entre groupes humains au paléolithique ; on a retrou­vé des traces de vio­lence sur les squelettes de cette époque, mais ceux-ci restent très peu nom­breux et surtout, on sait très mal inter­préter sociale­ment cette vio­lence : s’agis­sait-il d’af­fron­te­ments entre indi­vidus ? Entre groupes ?

    Je cite en tout cas le pré­cieux témoignage de Nar­cisse Pel­leti­er, mousse échoué durant 17 ans au XIXe siè­cle dans une zone de l’Aus­tralie éloignée de tout con­tact et qui relate avoir par­ticipé dans cet inter­valle à quinze guer­res (si ma mémoire est bonne). Quant aux Yanomamo, autre peu­ple économique­ment égal­i­taire (bien que maîtrisant l’hor­ti­cul­ture), ils sont réputés pour la vio­lence et la fréquence de leurs affron­te­ments.

    Là encore, ces exem­ples n’im­pliquent pas que partout et tou­jours, tous les peu­ples chas­seurs-cueilleurs s’af­frontaient vio­lem­ment. Je crois qu’on n’a pas beau­coup de moyens d’es­timer la fréquence et le car­ac­tère sys­té­ma­tique de ces guer­res au paléolithique. Les choses ont sans doute var­ié con­sid­érable­ment, ne serait-ce qu’en fonc­tion de la den­sité de pop­u­la­tion, de la disponi­bil­ité des ressources… et des tra­di­tions cul­turelles locales (la chas­se aux têtes, par exem­ple). Mais en tout cas, on peut je crois tenir pour acquise l’idée que les struc­tures économique­ment égal­i­taires des tribus du paléolithique ne con­sti­tu­aient pas par elles-mêmes un vac­cin con­tre la vio­lence inter-trib­ale et une garantie de paci­fisme.

    N’hésitez pas à rebondir pour pour­suiv­re le dia­logue si cette réponse ne vous sat­is­fait pas… ou qu’elle soulève de nou­velles ques­tions.

  4. Bon­soir, avec un peu de retard dans la dis­cus­sion, je souhaite réa­gir sur l’hy­pothèse sup­posée d’une inféri­or­ité de la femme dans les sociétés du paléolithique .Je ne suis pas un spé­cial­iste de la préhis­toire mais il y a plusieurs élé­ments qui lais­seraient a croire que la femme jouis­sait d’une sit­u­a­tion plus égal­i­taire que vous ne le décriv­er dans votre livre. Con­cer­nant l’art par­ié­tal ‚voici une syn­thèse que j’ai trou­vé sur le site de hominidés.com « Peu nom­breuses, juste esquis­sées, mal proportionnées,les fig­ures humanoïdes n’ont pas été un sujet pour nos artistes du passé. Les hommes préhis­toriques ont délibéré­ment pris plus de temps pour représen­ter la faune (90 % des représentations)que leur pro­pre espèce.Une con­stante égale­ment : l’être humain est représen­té seul. Il est très rarement accom­pa­g­né d’an­i­maux… voir mélangé avec eux… ce qui peut don­né des êtres hybrides, mi-homme, mi-ani­mal…
    Par rap­port à celui des ani­maux l’effectif des humains est très faible. Dans l’art par­ié­tal les représen­ta­tions mas­cu­lines sont tou­jours traitées de façon assez som­maire , sou­vent en érec­tion . Plusieurs de ces représen­ta­tions sont mi-humaines mi-ani­males .Les femmes, sont, elles, sur représen­tées dans l’art mobili­er (les vénus entre autres) »d’après ce constat,pas de quoi tir­er quel­con­ques con­clu­sions. Sur le même site,vous trou­verez un arti­cle assez fasci­nant sur la décou­verte de la méth­ode en 2005 qui per­met de déter­min­er le sexe des artistes qui ont gravés ou peints les grottes en espagne,france ‚bornéo.…a par­tir des traces de mains peintes sur les parois des grottes.Voiçi l’ar­ti­cle en ques­tion « Si l’on ne peut pas savoir le pourquoi de ces empreintes on peut main­tenant savoir si la main représen­tée apparte­nait à un homme ou à une femme.
    Jean michel Chazine (CNRS) et Arnaud Noury (infor­mati­cien et préhis­to­rien) ont mis au point un logi­ciel qui per­met de déter­min­er le sexe de l’artiste…Il ont util­isé, pour cela, les études de John T. Man­ning (Uni­ver­si­ty of Liv­er­pool, U.K) qui démon­trent que le rap­port de longueur entre l’in­dex et l’an­nu­laire est fixe et dis­tinct entre hommes et femmes. Ces deux doigts sont de même longueur chez la femme, alors qu’il y a un écart mesurable chez l’homme : c’est l’indice Man­ning.
    Les chercheurs ont appliqués leur logi­ciel au pan­neau for­mé de mains néga­tives de la grotte de Gua Mas­ri II (Indonésie). Les pre­miers résul­tats indiquent que le pan­neau a été réal­isé par des hommes et des femmes. De plus, la dis­po­si­tion spa­tiale des mains sur la paroi indique que les deux sexe étaient séparés dans des zones définies.
    Le logi­ciel a égale­ment été util­isé pour l’é­tude d’autres grottes, dont celle de Cos­quer. Les mains présentes à Cos­quer ont la par­tic­u­lar­ité d’être incom­plètes : la majorité des empreintes ne sont for­mées que de 2 ou 3 doigts. L’indice de Man­ning et le logi­ciel Kali­main ne sont donc pas util­is­ables dans ce cas de fig­ure.
    Sur les mains com­plètes, le logi­ciel a per­mis de deter­min­er que les mains féminines étaient plus nom­breuses que les mains mas­cu­lines »Cette décou­verte ne plaide t’elle pas pour une égal­ité des sexe dans les tribus préhis­toriques ?

  5. Ensuite , con­cer­nant les sépul­tures du paléolithique supérieur,vous écrivez d’ailleurs (page413) « il est bien dif­fi­cile d’a­vancer une inter­pré­ta­tion de ces muta­tions (dépôts funéraires selon le sexe)qui dépasserait la pure spécu­la­tion ».Les témoignages du passé que vous expos­er a la fin de votre livre sont essen­tielle­ment des témoignage de société du néolithique,celles qui ressem­blent au final le plus au sociétés observée par les eth­no­logues.

  6. Voiçi un arti­cle intéres­sant trou­vé sur wikipédia,il con­cerne l’e­spérance de vie des pop­u­la­tions de l’époque préhis­torique « . Plusieurs études utilisent l’analyse des squelettes trou­vés en un site et étab­lis­sent des sta­tis­tiques sur l’âge de la mort, et, par extrap­o­la­tion, don­nent une espérance de vie. La plu­part de ces études mon­trent que les squelettes les plus représen­tés sont ceux des per­son­nes ayant env­i­ron 15 ans, les femmes étant plus représen­tées que les hommes. Voici la com­pi­la­tion que W. Krog­man pub­lie en 1940 :
    Homme de Néan­derthal : 80% des per­son­nes meurent avant l’âge de 30 ans, 95% avant l’âge de 40 ans ;
    Homme de Cro-magnon : 62% des per­son­nes meurent avant l’âge de 30 ans, 88% avant l’âge de 40 ans ;
    Homme du Mésolithique : 86% des per­son­nes meurent avant l’âge de 30 ans, 95% avant l’âge de 40 ans.
    À titre de com­para­i­son, 70% des Sinan­thropes meurent à l’âge de 15 ans.
    La gré­gari­sa­tion de la société humaine, qui se séden­tarise et voit appa­raître l’agriculture, asso­ciée à un réchauf­fe­ment cli­ma­tique, expliquent prob­a­ble­ment l’augmentation de la mor­tal­ité au Mésolithique. Il faut aus­si not­er que la pop­u­la­tion a con­sid­érable­ment aug­men­té à cette péri­ode. Il est établi par ailleurs que des épidémies ont fait totale­ment dis­paraître des groupes humains entiers[7]. Plusieurs chercheurs don­nent des esti­ma­tions de la den­sité de pop­u­la­tion au cours de la Préhis­toire. Le préhis­to­rien André Leroi-Gourhan, en se bas­ant sur la quan­tité de nour­ri­t­ure disponible estime ce nom­bre à 30 per­son­nes par km² durant les phas­es glaciaires. Au début du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, ce nom­bre aug­mente con­sid­érable­ment. »
    Dans les sociétés a forte motalité,la fécon­dité des femmes était nécés­saires à la survie des tribus,cela n’a t’il pas ren­forcer la place de la femmes dans ses tribus du paléolithiques ?

  7. Sur la guerre au paléolithique,voici deux arti­cles trou­vés sur le site hominidés.com.Ils trait­ent la ques­tion de la ren­con­tre des peu­ples de néan­derthal et d’ho­mo sapi­ens il y a 40000 ans :“depuis 1986 des sci­en­tifiques ont avancé que les sapi­ens auraient pure­ment et sim­ple­ment éradiqué les Nean­der­tal au fur et à mesure de leur pro­gres­sion en Europe. Cette hypothèse guer­rière n’a jamais pu être prou­vée. De plus ce géno­cide n’au­rait lais­sé que peu de traces. En effet, selon Bruno Mau­reille (2008), « Sur les cen­taines de spéci­mens con­nus pour la lignée néan­der­tal­i­enne on ne con­naît que deux sujets (Shanidar 3 et Saint-Césaire 1) qui mon­trent des blessures ayant lais­sé des traces sur le squelette…probablement d’o­rig­ine humaine… Notons que les frac­tures ont été con­solidées, les indi­vidus ont donc survécu. »et un deux­ième article:“La cohab­i­ta­tion de sapi­ens et Nean­der­tal a duré plus de 10 000 ans
    Cro-Magnons et néan­derthaliens ont donc cohab­ité sur les mêmes ter­res, chas­sant sur le même ter­ri­toire, s’abreuvant aux mêmes points d’eau, rec­u­lant devant les mêmes dan­gers, et cher­chant tous les deux à se pro­téger des mêmes événe­ments cli­ma­tiques. Cette cohab­i­ta­tion entre ‑40 000 et ‑30 000 ans s’est même déroulée pen­dant une péri­ode de rel­a­tive accalmie cli­ma­tique. Les deux espèces ont dû se ren­con­tr­er, appren­dre à se con­naître et pourquoi pas, à pra­ti­quer quelques “échanges ” ou du troc. Une étude pub­liée dans la revue Nature (sep­tem­bre 2005) démon­tre que les Homo sapi­ens et les Néan­der­tal­iens ont partagé le même site de la Grotte aux Fées il y a 38 000 ans. Bien sûr on peut égale­ment imag­in­er que cette cohab­i­ta­tion n’a pas été aus­si idyllique et que quelques affron­te­ments inter espèces ont dû avoir lieu, comme cela devait être égale­ment pos­si­ble entre dif­férents clans intra espèces.”

  8. Je vais tâch­er de répon­dre au mieux à vos nom­breux argu­ments. Tout d’abord, au risque de me répéter, je ne pense pas — et n’ai jamais écrit ain­si — qu’on puisse par­ler d’une « inféri­or­ité de la femme dans les sociétés du paléolithique ». Tout au plus affirmerai-je de manière extrême­ment prob­a­ble l’infériorité de la femme dans cer­taines sociétés du paléolithique, et l’inexistence de sociétés où les femmes auraient dirigé les hommes. Ce sont des nuances, mais des nuances essen­tielles, sinon on dis­cute à par­tir de car­i­ca­tures. D’après les élé­ments que nous four­nit l’ethnologie des chas­seurs-cueilleurs égal­i­taires, je crois que ceux qui affir­ment que règne partout la dom­i­na­tion mas­cu­line se trompent à peu près autant que ceux qui ne veu­lent la voir nulle part.

    Et si l’on veut aller au bout des nuances, il con­vient égale­ment de pré­cis­er ce que l’on entend par « inféri­or­ité » des femmes dans ces sociétés. J’ai ten­té de mon­tr­er au tra­vers des exem­ples aus­traliens, inu­it et selk’nam que les femmes pou­vaient être placées en sit­u­a­tion d’infériorité sur le plan religieux ou sur celui du choix de leurs parte­naires sex­uels, tout en jouis­sant d’une grande autonomie par ailleurs. Si dure que puisse être la con­di­tion fémi­nine chez cer­tains peu­ples de chas­seurs-cueilleurs, elle ne me sem­ble pas vrai­ment com­pa­ra­ble avec celle de cer­taines sociétés ultérieurs, économique­ment exploitées et /​ou enfer­mées dans des espaces clos.

  9. J’en viens à présent aux argu­ments que vous présen­tez à l’appui d’une sit­u­a­tion for­cé­ment favor­able des femmes au paléolithique.

    1. A pro­pos de l’art, vous le dites vous-mêmes, il est bien dif­fi­cile de déduire quoi que ce soit des représen­ta­tions. Quant au fait qu’une par­tie impor­tante, voire majori­taire, des artistes aient pu être des femmes en tel lieu et à tel endroit, il ne nous apprend rien des autres lieux et des autres endroits. Et même sur les peu­ples con­cernés, je vous retourne la ques­tion : en quoi le fait que les femmes seraient majori­taire­ment les artistes d’une société nous apprend-il quelque chose sur leur sit­u­a­tion générale dans cette société ? En plus, ne pro­je­tons pas trop vite nos pro­pres valeurs sociales à pro­pos des artistes sur des peu­ples où il y avait de l’art, mais pas d’artistes (de pro­fes­sion).

    2. On a effec­tive­ment observé bien davan­tage de sociétés « néolithiques » que « paléolithiques », et les traces matérielles du passé témoignent du même déséquili­bre. Cela dit, « peu d’indices », ce n’est pas « aucun indice ». L’art bush­man (traité pp. 395–397), les restes funéraires d’Indian Knoll (p. 416), pos­si­ble­ment l’art du Lev­ant (p. 409) relèvent du paléolithique. Et surtout, pour le paléolithique supérieur, la phrase que vous citez, un peu mod­i­fiée et sor­tie de son con­texte, a de quoi induire en erreur sur mon pro­pos. Ce sur quoi on ne peut rien con­clure selon moi (et pas que moi !), c’est le rééquili­brage quan­ti­tatif des dépôts funéraires par rap­port aux (très rares) exem­ples du paléolithique moyen. Mais ce qui est remar­quable­ment con­stant et uni­versel en revanche, et qui appelle une con­clu­sion évi­dente, c’est la dif­féren­ci­a­tion des objets déposés avec les défunts selon le sexe de ceux-ci, en par­ti­c­uli­er le fait que les armes aient partout et tou­jours été enter­rées avec les hommes.

    3. La fécon­dité des femmes était bien évidem­ment indis­pens­able à la survie des peu­ples du paléolithique… comme à celle de n’importe quelle société humaine depuis lors, d’ailleurs. Mais déduire du fait que les femmes étaient indis­pens­ables qu’elles étaient for­cé­ment en sit­u­a­tion favor­able me paraît un raison­nement bien sim­pliste. Dans tous les exem­ples de peu­ples que je donne dans le bouquin où les femmes sont claire­ment opprimées, elles n’étaient pas moins indis­pens­ables, et cela n’empêchait rien du tout. Pas besoin de remon­ter au paléolithique pour en faire l’expérience ; si être utile, voire indis­pens­able, était une garantie de con­sid­éra­tion sociale, de nos jours les ouvri­ers du bâti­ment et les femmes de ménage (entre autres) seraient traités bien autrement qu’ils ne le sont.

    4. Sur la guerre, je crois que l’article que vous repro­duisez abonde dans mon sens (et récipro­que­ment) : il n’y a aucune rai­son de penser que les chas­seurs-cueilleurs pas­saient leur temps à s’exterminer les uns les autres (la ques­tion des éventuels affron­te­ments avec une autre espèce, celle de Néan­derthal, étant tout de même un peu dif­férente). Mais il n’y a aucune rai­son non plus d’affirmer que la guerre leur était incon­nue (et j’ajouterais : toutes les raisons de penser le con­traire).

  10. Bonjour,pour vous don­nez mon point de vue ‚je pense que la hiérar­chie de valeur observés chez les peu­ples exis­tant a l’époque con­tem­po­raine a pu etre dif­férente chez les peu­ples du paléolithique.Et que même si dans ses sociétés, le maniement des armes auraient été le mono­pole des hommes, cela n’in­duit pas for­cé­ment une hiérar­chie des valeurs sim­i­laires aux tribus aus­trali­ennes par exemple.Je penche en faveur d’un com­mu­nisme prim­i­tif mar­qué par une égal­ité des sex­es a tout les niveaux et des sociétés préhis­toriques plutôt paci­fiques dans l’ensem­ble.

  11. « Et que même si dans ses sociétés, le maniement des armes auraient été le mono­pole des hommes, cela n’in­duit pas for­cé­ment une hiérar­chie des valeurs sim­i­laires aux tribus aus­trali­ennes par exem­ple. » Par­don­nez-moi, mais où aurais-je affir­mé une chose pareille ? J’ai très sim­ple­ment dit que le mono­pole mas­culin des armes, en Aus­tralie comme en Europe paléolithique, rendait pos­si­ble cette hiérar­chie de valeurs. Pour votre part, vous niez cette pos­si­bil­ité et pensez que les sociétés du paléolithique se car­ac­téri­saient toutes par « une égal­ité des sex­es a tout les niveaux ». Me per­me­t­tez-vous de vous deman­der sur quels élé­ments vous basez cette con­vic­tion ?

  12. Peut être ai je mal saisi votre raison­nement ! mais l’une de vos con­clu­sions a la fin du livre est celle ci“plusieurs con­clu­sions s’imposent.La dom­i­na­tion mas­cu­line plonge ses racines très loin dans le passé,bien avant l’ap­pari­tion des class­es sociales et de l’état,avant même l’ap­pari­tion de la richesse et des inégalités:elle est le pro­duit de la plus élé­men­taire de la divi­sion du tra­vail, celle qui répar­tit lés tach­es selon le sexe”.

  13. Si je dis “la tuber­cu­lose plonge ses racines très loin, dès le néolithique”, cela ne sig­ni­fie pas qu’au néolithique tout le monde avait la tuber­cu­lose. Cela veut sim­ple­ment dire que dès le néolithique, il exis­tait des cas de tuber­cu­lose.

    Comme je l’ai écrit à plusieurs repris­es dans le livre et répété ici-même, les modal­ités uni­verselles de la divi­sion sex­uelle du tra­vail (le mono­pole mas­culin des armes) ouvrent la pos­si­bil­ité de la dom­i­na­tion mas­cu­line, et fer­ment celle de la dom­i­na­tion fémi­nine. Mais que cette dom­i­na­tion mas­cu­line soit effec­tive ou non dépend des posi­tions (en par­ti­c­uli­er économiques) détenues par les femmes.

    Mais vous n’avez pas répon­du à ma ques­tion : sur quels élé­ments vous appuyez-vous pour affirmer que toutes les sociétés du paléolithique con­nais­saient l’é­gal­ité des sex­es ?

  14. Je n’ai pas de con­vic­tion sur ce sujet,les traces lais­sés par les peu­ples du paléoli­tique sont trop faible pour en tir­er des conclusions.J’ai don­né une liste d’ar­gu­ments un peu plus haut qui laisse a pen­sé que le com­mu­nisme prim­i­tif repo­sait sur une égal­ité des sexes,mais au final ce n’est qu’une hypothèse qui me parait pos­si­ble.

  15. Voiçi un autre arti­cle trou­vé sur le site d’hominidés.“Depuis une trentaine d’an­nées des études d’eth­nolo­gie et de préhis­toire ont reé­val­ué les rap­ports homme-femme dans les société préhis­torique.
    Si la femme, de par son rôle dans la repro­duc­tion (grossesse puis allaite­ment), était plus “sta­tique” cela ne l’empêchait pas de par­ticiper active­ment aux activ­ités du groupe.En quelques années on a recon­nu aux femmes un vrai rôle économique et social dans la société préhis­torique. Au Paléolithique le plus ancien, les activ­ités féminines étaient sans doute liées au charog­nage, au dépecage, à la trans­for­ma­tion et au trans­port des ani­maux morts.
    Ces activ­ités ne requièrent pas une force physique par­ti­c­ulière et la femme a par­faite­ment pu y par­ticiper.
    — Au Paléolithique supérieur, les femmes ont un rôle act­if de cueil­lette, de col­lecte et sont donc pour­voyeuses de nourit­ture. Par ailleurs, la chas­se mas­cu­line étant rarement fructueuse, ce “com­plé­ment ali­men­taire” féminin devait sou­vent être la seule source de nour­ri­t­ure pour le clan.
    On retrou­ve ce partage des tâch­es dans cer­taines sociétés actuelles de Bush­men en Afrique du sud.
    Pour Clau­dine Cohen : “…à l’homme chas­seur s’a­joute donc la femme col­lec­trice…”
    On pense égale­ment que la gente fémi­nine, moins mobile que les mâles chas­seurs, pou­vait se con­sacr­er à des ouvrages manuels tels que la fab­ri­ca­tion d’outils, d’armes ou le tis­sage (en fibres végé­tales). On a retrou­vé plusieurs stat­uettes anthro­po­mor­phes représen­tant des “vête­ments” ou des parures… ”

  16. Par­don­nez moi, mais je ne vois pas en cet extrait est cen­sé con­tredire ou com­pléter ce que j’écris. Et je vois encore moins quelles con­clu­sions on est cen­sé tir­er de tout cela sur la sit­u­a­tion des femmes dans ces sociétés.

    Et quand vous dites que vous n’avez pas de con­vic­tions sur les sociétés paléolithiques, il sem­ble que vous en ayez tout de même suff­isam­ment pour affirmer que je me trompe en affir­mant que la dom­i­na­tion mas­cu­line a vraisem­blable­ment existé dans cer­taines d’en­tre elles. Alors, encore une fois, sur quoi vous appuyez-vous pour fonder cette “hypothèse” ?

  17. Ce que je dis surtout s’est qu’on ne s’est pas grand choses sur les modes de vie des peu­ples de la préhis­toire et qu’af­firmer ‚qu’a par­tir des minces élé­ments con­nus, que la dom­i­na­tion mas­cu­line exis­tait vraisem­blable­ment a cette époque est une hypothèse peu probable.Qu’est ce qui nous prou­ve aujour­d’hui que la dom­i­na­tions mas­cu­line observés chez les peu­ples aborigènes a tou­jours été ain­si et de tout temps?Qu’est ce qui nous prou­ve que les mêmes caus­es pro­duisent les mêmes effet ? Est ce que trou­vé des armes dans les sépul­tures mas­cu­line per­met d’af­firmer que les femmes ne chas­saient pas ou ne mani­aient pas les armes ?Ces ques­tions reste a ce que j’en sais sans réponses.Votre hypothèse est pos­si­ble mais a mon avis peu prob­a­ble.

  18. Ensuite,sur l’hy­pothèse d’une société égal­i­taire dans le paléolithique,je pense que c’est fort possible.Comme je l’ai écrit,les dif­férentes infor­ma­tions que j’ai avancé mon­tre que les femmes pou­vaient avoir un poids équiv­a­lent avec les hommes en ce qui con­cerne :la chasse,la cueillette,le charognage,la fab­ri­ca­tion d’outil,d’armes ou le tissage,égale aus­si dans l’art pariétal.Leurs rôle dans la repro­duc­tion de l’e­spèce a prob­a­ble­ment eu une influ­ence sur leur place dans les sociétés trib­ales du paléolithique.

  19. Bon­jour

    « On sait trop peu de choses des sociétés de la préhis­toire pour dire quelque chose des rap­ports de sexe », affirmez-vous en sub­stance. Cela ne vous empêche pour­tant pas de trou­ver « peu prob­a­bles » mes hypothès­es, et « fort pos­si­ble » les vôtres. Mais si l’on ne peut rien savoir, com­ment peut-on savoir ce qui est prob­a­ble et ce qui ne l’est pas ?

    Bien con­scient de la fragilité de cette posi­tion, vous apportez donc deux argu­ments à l’appui de vos intu­itions :

    1. Les biens funéraires ne prou­veraient pas par eux-mêmes l’existence et les modal­ités d’une divi­sion sex­uelle du tra­vail pour les sociétés dis­parues.
    2. La par­tic­i­pa­tion des femmes aux travaux pro­duc­tifs serait une garantie de l’absence de dom­i­na­tion mas­cu­line.

    Mal­heureuse­ment, ces argu­ments sont des péti­tions de principe a pri­ori. Ils ne tien­nent aucun compte de l’immense masse d’observations eth­nologiques.

    Nous avons une clé de lec­ture de la répar­ti­tion sex­uelle des biens funéraires. Celle-ci, pour tous les cas con­nus, cor­re­spond par­faite­ment à toute les obser­va­tions effec­tuées sur des sociétés vivantes : seuls les hommes manient les armes (et le cas échéant, son inhumés avec elles). Penser que la divi­sion sex­uelle du tra­vail observée dans le présent date au moins du paléolithique supérieur n’est donc pas une hypothèse osée : c’est la con­vic­tion com­mune de tous les sci­en­tifiques qui tra­vail­lent sur ce sujet – et, ajouterai-je, une des rares choses à peu près fer­me­ment établies sur les sociétés du paléolithique supérieur.

    Par ailleurs, on a pu observ­er dans maintes sociétés que la par­tic­i­pa­tion des femmes à la pro­duc­tion ne les préserve aucune­ment de cer­taines formes de dom­i­na­tion par les hommes – j’en donne plusieurs exem­ples dans le livre (à com­mencer par les femmes aus­trali­ennes, qui assur­aient une par­tie essen­tielle de l’approvisionnement).

    Cette dis­cus­sion tour­nant désor­mais en rond, je me vois dans l’obligation de la clore, en espérant que vous ne ver­rez là ni cen­sure, ni mépris.

    Cor­diale­ment.

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