Être premier

J’ai récem­ment été inter­pel­lé.

Non par la police – quoique le risque sem­ble avoir rarement été aus­si élevé qu’en ce moment – mais par le sous-titre d’une expo­si­tion parisi­enne con­sacrée à des pho­togra­phies des Hadza, chas­seurs-cueilleurs de Tan­zanie : « Derniers des pre­miers hommes ». La for­mule est accrocheuse ; pour­tant, sur le fond, elle est au mieux absurde, au pire déplorable. En quoi, en effet, les Hadza seraient-ils des hommes plus « pre­miers » que les Parisiens ? Biologique­ment, il n’existe, depuis fort longtemps, qu’une seule espèce d’humains ; s’agissant d’individus con­tem­po­rains, l’idée même que cer­tains pour­raient être « pre­miers », c’est-à-dire « prim­i­tifs », ne repose donc sur aucune sorte d’argument. Alors que la moin­dre évo­ca­tion d’évolutionnisme en matière sociale déclenche immé­di­ate­ment le soupçon, sinon l’accusation de racisme, on ne peut man­quer de s’étonner qu’une telle for­mu­la­tion con­cer­nant un événe­ment pub­lic organ­isé par le Muse­um Nation­al d’His­toire Naturelle puisse être plac­ardée à plusieurs mil­liers d’exemplaires sans, sem­ble-t-il, que per­son­ne ne s’en émeuve.

Au-delà de cette anec­dote, c’est toute la ques­tion de la légitim­ité du con­cept de « prim­i­tiv­ité » qui est posée – une ques­tion aus­si essen­tielle que dif­fi­cile en par­ti­c­uli­er, mais pas seule­ment, dans les sci­ences sociales. Peut-on par­ler, en par­ti­c­uli­er, de « sociétés prim­i­tives », et pour quelles raisons ?

Voilà la ques­tion que ce très long bil­let se pro­pose d’explorer. Comme c’est un sujet qui me tra­vaille depuis longtemps, et que je caresse (out­re mon chat) l’idée d’en faire un bouquin, dis­ons que ce bil­let, qui devrait nor­male­ment être suivi d’au moins un autre, représente une pre­mière bouteille à la mer ; un moyen pour moi de couch­er sur le clavier quelques idées et, en les soumet­tant à la dis­cus­sion, de les éprou­ver. J’invite donc vigoureuse­ment ceux qui lisent ce blog à réa­gir, s’ils ont le courage de me lire jusqu’au bout, car toute remar­que, cri­tique ou non, me sera pré­cieuse.

Premier ou primitif ?

Pour com­mencer, je pro­pose d’évacuer le faux prob­lème de savoir s’il faut plutôt par­ler de « pre­mier » ou de « prim­i­tif ». Les deux mots sont forgés sur la même racine ; et si « prim­i­tif », dans cer­tains con­textes, peut paraître plus péjo­ratif, en réal­ité ce juge­ment de valeur est à géométrie vari­able. Un cri­tique d’art louera aus­si bien les prim­i­tifs fla­mands que les arts pre­miers. Dès lors, l’usage qui s’est imposé en matière sociale, de con­sid­ér­er que l’appellation de « peu­ples pre­miers » était plus respectueuse que celle de « peu­ples prim­i­tifs », mar­quée par l’époque colo­niale, est surtout une manière d’esquiver la dis­cus­sion de fond en jouant sur les mots. Car ce qui compte, en l’occurrence est de savoir s’il y a bel et bien chez cer­tains peu­ples quelque chose de « pre­mier » ou de « prim­i­tif ».

J’ajoute sur ce point, à la suite d’A. Tes­tart, que les car­ac­téri­sa­tions de « pre­mier » ou « prim­i­tif » n’impliquent ni l’une ni l’autre, en elles-mêmes, un juge­ment de valeur. Ce qui est « pre­mier » peut bien sûr être con­noté néga­tive­ment, dans le cadre d’une évo­lu­tion qu’on qual­i­fiera de « pro­grès ». Mais si l’évolution est vue comme une régres­sion, ou une dégénéres­cence, alors être « pre­mier » ou « prim­i­tif » sera con­noté pos­i­tive­ment. Quoi qu’il en soit, les para­graphes qui suiv­ent, sauf men­tion inverse explicite, met­tent de côté la ques­tion du juge­ment de valeur. J’emploierai donc indif­férem­ment « pre­mier » ou « prim­i­tif » ; en revanche, ils se con­cen­treront, au moins dans un pre­mier temps, sur les dif­férentes déf­i­ni­tions que l’on peut don­ner à ces ter­mes.

Définition 1 : l’antériorité simple

Une recon­sti­tu­tion d’hu­mains du Mag­dalénien, par André Houot.
Il sem­ble aujour­d’hui vraisem­blable que ces gens avaient en réal­ité
la peau noire… mais c’est une autre ques­tion.

La pre­mière façon, et la plus sim­ple, d’être pre­mier, c’est d’être antérieur, dans une rela­tion de suc­ces­sion chronologique. A est pre­mier par rap­port à B parce que A, his­torique­ment, a eu lieu avant B.

C’est en ce sens qu’on par­le des « prim­i­tifs fla­mands » : dans l’école fla­mande, il y a d’abord eu des pein­tres d’un cer­tain style, puis ce style s’est éteint et un autre lui a suc­cédé. En ce sens pré­cis, per­son­ne, je crois, ne con­teste la légitim­ité à par­ler de sociétés, de peu­ples ou d’hommes prim­i­tifs. Homo abilis est un être humain prim­i­tif par rap­port à homo erec­tus, de même qu’homo erec­tus est prim­i­tif par rap­port à Homo sapi­ens. La société du Mag­dalénien – l’époque de la grotte de Las­caux – est prim­i­tive par rap­port à la nôtre, parce qu’elle se situe dans une époque révolue et que notre pro­pre société, née il y a rel­a­tive­ment peu de temps, se situe dans le présent.
 
S’il faut par­ler des peu­ples, le peu­ple gaulois est prim­i­tif par rap­port au peu­ple français, dans la mesure où la cul­ture gauloise était éteinte bien avant qu’existe quelque chose qu’on puisse appel­er « la France ». C’est le moment de dire que je prends cet exem­ple unique­ment parce que le terme de « peu­ple pre­mier » est sou­vent util­isé, mais que rien ne me sem­ble plus mal défi­ni qu’un peu­ple – ce qui veut dire que le mot peut vouloir dire à peu près n’importe quoi. Je sais ce qu’est un être humain, biologique­ment par­lant. Je sais aus­si ce qu’est une société (même si cet objet est déjà beau­coup plus dif­fi­cile à cern­er). Mais un peu­ple… à part la plate con­stata­tion qu’un peu­ple, c’est un ensem­ble de gens qui se con­sid­èrent comme un peu­ple, je ne sais pas très bien ce que c’est. Et dans « peu­ple pre­mier », je ne suis pas cer­tain que ce soit le terme « pre­mier » qui pose les plus grandes dif­fi­cultés.

Je reprends le fil de mon pro­pos. Cette pre­mière déf­i­ni­tion du prim­i­tivisme est indis­pens­able ; encore une fois, je ne crois pas que quiconque la con­teste. Le prob­lème est qu’elle n’appréhende qu’une gamme de phénomènes très lim­itée. Si la réal­ité n’était tou­jours con­sti­tuée que d’une claire suc­ces­sion chronologique de formes, les choses seraient sim­ples. Mal­heureuse­ment, c’est un peu plus com­pliqué que cela…

Définition 2 : la persistance de formes antérieures

C.Colomb et les Indi­ens d’Amérique (pein­ture de D. Bon­at­ti)
Une société actuelle peut-elle être dite « prim­i­tive » ?
Telle est la ques­tion…

Lorsque des évo­lu­tion­nistes par­lent de « sociétés prim­i­tives », ils ne par­lent pas seule­ment, ni même prin­ci­pale­ment, de sociétés dis­parues. Ils désig­nent aus­si et surtout des sociétés actuelles – ou, selon le terme tech­nique util­isé lorsqu’elles furent observées dans un passé rel­a­tive­ment récent, sub­actuelles. L’affirmation : « le con­ti­nent aus­tralien, lors de sa décou­verte par les Occi­den­taux, était entière­ment peu­plé de sociétés prim­i­tives », ne ren­voie pas à des sociétés qui auraient existé dans le passé : ces sociétés étaient bel et bien con­tem­po­raines de celles qui ont abor­dé leurs côtes, pour le plus grand mal­heur des Aborigènes.

Les anti-évo­lu­tion­nistes diront donc : « Les sociétés aus­trali­ennes étaient con­tem­po­raines de la société occi­den­tale. Aucune n’est donc plus anci­enne, plus mod­erne ou plus prim­i­tive que l’autre. »
S’agissant de ce que j’ai appelé le sens 1 de l’adjectif « prim­i­tif », l’argument est évidem­ment per­ti­nent. Tout le prob­lème est de savoir si ce sens épuise la ques­tion.

C’est par la néga­tive que répond A. Tes­tart, dans les longs développe­ments qu’il lui a con­sacrés une pre­mière fois dans son très bel arti­cle de 1992, une sec­onde fois dans le chapitre II d’Avant l’histoire (« com­ment penser l’évolution sociale »). L’argument, me sem­ble-t-il, peut se résumer ain­si : deux phénomènes, A et B, exis­tent au même moment. Mais A se rat­tache à une forme passée A’, avec laque­lle il pos­sède suff­isam­ment de points com­muns pour qu’on puisse (qu’on doive) les regrouper dans la même caté­gorie. Ain­si, si l’on pos­tule (peu importe, pour l’argument, que ce pos­tu­lat soit jus­ti­fié ou non), que les sociétés aus­trali­ennes se rat­tachent aux sociétés mag­daléni­ennes (celles de l’époque de Las­caux), on peut dire que les sociétés aus­trali­ennes sont prim­i­tives, non dans le sens où elles-mêmes seraient situées avant les sociétés occi­den­tales, ou même apparues plus tôt qu’elles – peut-être même sont-elles plus récentes, peu importe – mais parce qu’elles se rat­tachent à une forme, une caté­gorie, apparue avant elles.

Ain­si, les sociétés non éta­tiques peu­vent être dites prim­i­tives par rap­port aux sociétés éta­tiques, parce que les sociétés ont d’abord toutes ignoré l’État, et que celui-ci n’est apparu (en cer­tains lieux) que dans un sec­ond temps. Bien sûr, les cas de régres­sion sont tou­jours pos­si­bles : sous l’influence de telle ou telle cir­con­stance par­ti­c­ulière, telle société éta­tique a pu rede­venir non éta­tique (on en a un exem­ple dans une cer­taine mesure, à l’époque his­torique, avec la décom­po­si­tion de la puis­sance publique car­olingi­en­ne et la marche au féo­dal­isme). Cela n’invalide pas le fait que les struc­tures éta­tiques soient, à l’échelle glob­ale, apparues après les struc­tures non éta­tiques. Autrement dit, si l’on remonte le temps suff­isam­ment loin en arrière, on ne trou­ve à la sur­face du globe que des sociétés non éta­tiques. En l’an mille, on y voit une coex­is­tence de sociétés éta­tiques et non éta­tiques, qui aurait à elle seule témoigné d’une évo­lu­tion glob­ale. Et aujourd’hui, les sociétés non éta­tiques ont toutes été élim­inées ou oblig­ées de pass­er à l’État, et il n’existe pour ain­si dire plus que des sociétés éta­tiques.

C’est en ce sens, dif­férent du pre­mier, qu’on est fondé à par­ler de sociétés prim­i­tives – pour être com­plet, il faudrait donc dire « de sociétés rel­e­vant de formes prim­i­tives », et la con­tre-argu­men­ta­tion dévelop­pée par Alain Tes­tart réfute entière­ment la thèse à laque­lle elle s’adresse. Cepen­dant, la dis­cus­sion ne peut s’en tenir là. Les con­temp­teurs de l’évolutionnisme utilisent en effet un autre argu­ment, auquel à ma con­nais­sance A. Tes­tart n’a jamais répon­du, et qui intro­duit une dif­fi­culté sup­plé­men­taire tout à fait réelle.

Les caractères multiples et l’ethnocentrisme

Claude Lévi-Strauss

Nul peut-être sans doute que Claude Lévi-Strauss n’a exprimé cet argu­ment plus claire­ment, dans sa célèbre con­férence Races et his­toire, presque entière­ment con­sacrée à réfuter l’évolutionnisme social :

« La civil­i­sa­tion occi­den­tale s’est entière­ment tournée, depuis deux ou trois siè­cles, vers la mise à dis­po­si­tion de l’homme de moyens mécaniques de plus en plus puis­sants. Si l’on adopte ce critère, on fera de la quan­tité d’énergie disponible par tête d’habitant l’expression du plus ou moins haut degré de développe­ment des sociétés humaines. (…) Si le critère retenu avait été le degré d’aptitude à tri­om­pher des milieux géo­graphiques les plus hos­tiles, il n’y a guère de doute que les Eski­mos d’une part, les Bédouins de l’autre, emporteraient la palme. L’Inde a su, mieux qu’aucune autre civil­i­sa­tion, éla­bor­er un sys­tème philo­soph­ico-religieux, et la Chine, un genre de vie, capa­bles de réduire les con­séquences psy­chologiques d’un déséquili­bre démo­graphique. Il y a déjà treize siè­cles, l’Islam a for­mulé une théorie de la sol­i­dar­ité de toutes les formes de la vie humaine : tech­nique, économique, sociale, spir­ituelle, que l’Occident ne devait retrou­ver que tout récem­ment, avec cer­tains aspects de la pen­sée marx­iste et la nais­sance de l’ethnologie mod­erne. (…) Pour tout ce qui touche à l’organisation de la famille (…) les Aus­traliens, arriérés sur le plan économique, occu­pent une place si avancée par rap­port au reste de l’humanité qu’il est néces­saire, pour com­pren­dre les sys­tèmes de règles élaborés par eux de façon con­sciente et réfléchie, de faire appel aux formes les plus raf­finées des math­é­ma­tiques mod­ernes. » (46–48)

Tous ces exem­ples – je n’en ai cité que quelques-uns, Claude Lévi-Strauss en donne beau­coup d’autres – illus­trent l’idée qui les précède dans son texte :

« Chaque fois que nous sommes portés à qual­i­fi­er une cul­ture humaine d’inerte ou de sta­tion­naire, nous devons donc nous deman­der si cet immo­bil­isme appar­ent ne résulte pas de l’ignorance où nous sommes de ses intérêts véri­ta­bles, con­scients ou incon­scients, et si, ayant des critères dif­férents des nôtres, cette cul­ture n’est pas, à notre égard, vic­time de la même illu­sion. »

En réal­ité, comme le mon­tre l’énumération ci-dessus, la pen­sée de C. Lévi-Strauss va plus loin qu’il ne veut bien le dire ; il ne s’agit pas seule­ment, pour lui, d’attirer l’attention sur la néces­saire pru­dence avec laque­lle nous devons abor­der la con­nais­sance de sociétés autres ; il s’agit d’affirmer que par­mi les dif­férentes voies évo­lu­tives, c’est-à-dire par­mi les dif­férentes muta­tions que peut con­naître une société ini­tiale don­née, seul l’arbitraire per­met de con­sid­ér­er cer­taines d’entre elles comme des critères sig­ni­fi­cat­ifs, au détri­ment des autres :

« Quand nous sommes intéressés à un cer­tain type de pro­grès, nous en réser­vons le mérite aux cul­tures qui le réalisent au plus haut point, et nous restons indif­férents devant les autres. Ain­si, le pro­grès n’est jamais que le max­i­mum de pro­grès dans un sens prédéter­miné par le goût de cha­cun » (68) 

Ce choix arbi­traire, qui fait qu’un critère est sub­jec­tive­ment retenu aux dépens des autres, porte un nom : l’ethnocentrisme. C’est lui qui nous con­duit, en tant qu’Occidentaux, à class­er les sociétés selon leur bagage tech­nique, par exem­ple, plutôt que par la com­plex­ité de leur par­en­té ; et c’est ain­si que nous pou­vons plac­er notre pro­pre société au som­met de l’échelle évo­lu­tive ; eus­sions-nous été Aus­traliens, et auri­ons-nous con­sid­éré la par­en­té comme le critère déter­mi­nant, nous auri­ons alors con­sid­éré notre pro­pre société comme évoluée, et la société occi­den­tale comme prim­i­tive.

Pour refor­muler l’argument de C. Lévi-Strauss dans les ter­mes où l’on a mené cette dis­cus­sion jusque là : si l’on est face à deux sociétés présentes (A et B) et une société passée A’, l’opération con­sis­tant à rap­procher de A’ l’une des deux sociétés présentes, par exem­ple A, et à les oppos­er toutes deux à B, est tou­jours, néces­saire­ment, une opéra­tion arbi­traire. On pour­rait, à tout aus­si juste titre, regrouper A’ et B, et les oppos­er à A. Tout dépend, par­mi l’ensemble des muta­tions qui sépar­ent A et B de A’, de celles qu’on choisit de con­sid­ér­er comme sig­ni­fica­tives et de celles que l’on choisit de tenir pour nég­lige­able.

Ain­si, en reprenant l’exemple des Mag­daléniens (A’), des Aus­traliens (A) et du cap­i­tal­isme mod­erne (B), on peut priv­ilégi­er l’existence d’un Etat ou de class­es sociales ; dans ce cas on con­sid­èr­era que le cap­i­tal­isme s’oppose à la fois aux Mag­daléniens et aux Aus­traliens, qui relèvent d’une même forme ; et celle-ci pour­ra être dite prim­i­tive. Mais on choisit comme critère la com­plex­ité de la par­en­té, et en admet­tant, pour les besoins de la démon­stra­tion, que les Mag­daléniens pos­sé­daient une par­en­té sim­ple com­pa­ra­ble à la nôtre, on opposera alors les Aus­traliens à l’ensemble for­mé par les Mag­daléniens et le cap­i­tal­isme. Dans ce cas, c’est la société cap­i­tal­iste qui pour­ra être qual­i­fiée de prim­i­tive par rap­port aux Aus­traliens. Selon C. Lévi-Strauss, il n’y a aucune rai­son de priv­ilégi­er une présen­ta­tion par rap­port à une autre ; toutes deux sont égale­ment légitimes et donc, aucune ne l’est.

Deux remarques

Une usine Toy­ota au Japon. Le cap­i­tal­isme, comme l’esclavagisme ou
bien d’autres insti­tu­tions sociales, n’est pas une ques­tion « eth­nique ».

À ce stade du raison­nement, deux remar­ques sont néces­saires.

La pre­mière est que le choix du terme eth­no­cen­trisme, même s’il est con­sacré par l’usage, est forte­ment con­noté – et tout aus­si forte­ment con­testable. Il procède de l’idée (implicite) qu’en clas­si­fi­ant les sociétés, on clas­si­fierait néces­saire­ment, du même coup, des eth­nies, c’est-à-dire des peu­ples. Or, rien n’autorise un tel glisse­ment. On voit facile­ment qu’une société sim­i­laire peut con­cern­er des peu­ples très dif­férents : le cap­i­tal­isme mod­erne, par exem­ple, organ­ise aus­si bien les Français que les Japon­ais. L’inverse, un même peu­ple partagé en plusieurs sociétés dif­férentes, est sans doute plus rare – ne serait-ce qu’en rai­son de la déf­i­ni­tion glis­sante de ce qu’est un peu­ple ; mais les Alle­mands, divisés il y a encore peu entre l’Ouest et l’Est, pour­raient en fournir un exem­ple. Tou­jours est-il qu’il est donc erroné (et guère inno­cent) de plac­er incidem­ment le débat sur le ter­rain eth­nique, alors que la seule ques­tion en jeu devrait porter le nom de socio­cen­trisme. Ce faisant, on trans­pose à la dérobée le débat de l’appréciation des cul­tures à l’appréciation des peu­ples, comme s’il s’agissait d’une seule et même chose ; et l’on voit com­ment le procédé per­met de sug­gér­er que class­er les « cul­tures » (encore un mot aux con­tours très élas­tiques) reviendrait à class­er les peu­ples – autrement dit, que toute pen­sée soucieuse de ne pas tomber le racisme devra s’abstenir de s’engager moin­drement dans cette voie.

La sec­onde remar­que est que la dénon­ci­a­tion de cet eth­no­cen­trisme (ou de ce socio­cen­trisme) con­duit à prôn­er ce qu’il est con­venu d’appeler un rel­a­tivisme cul­turel. Mais ce rel­a­tivisme n’a rien à voir avec celui qui con­siste à met­tre en garde con­tre l’interprétation biaisée de cer­taines mœurs ou insti­tu­tions exo­tiques voire, dans sa forme ultime, à proclamer l’impossibilité d’accéder à la con­nais­sance objec­tive des autres sociétés – ce que Dan Sper­ber qual­i­fi­ait de rel­a­tivisme cog­ni­tif. Il con­siste, sur la base d’une con­nais­sance éventuelle­ment objec­tive des dif­férentes cul­tures, à proclamer l’impossibilité de priv­ilégi­er un critère plutôt qu’un autre et ain­si, à rompre avec toute pos­si­bil­ité de par­ler d’évolution sociale ; toute représen­ta­tion celle-ci ne peut être, par nature, qu’arbitraire, ce que C. Lévi-Strauss expri­mait en écrivant que « la notion d’évolution sociale ou cul­turelle n’apporte, tout au plus, qu’un procédé séduisant, mais dan­gereuse­ment com­mode, de présen­ta­tion des faits. » (25). Je ne crois pas qu’il existe un terme pour désign­er cette forme par­ti­c­ulière de rel­a­tivisme. Mal­gré sa lour­deur, je crois que le moins mal adap­té serait de par­ler de rel­a­tivisme évo­lu­tion­naire.

Critique du relativisme évolutionnaire

La ren­con­tre de John Bat­man avec les Aborigènes Wurund­jeri en 1836 (huile de John W. Burtt, vers 1875),
où le pre­mier « achète » leurs ter­res aux sec­onds pour quelques cou­ver­tures.
La société cap­i­tal­iste et la société aborigène sont-elles toutes deux dif­férentes au même titre
des sociétés du Paléolithique ? Tout n’est-il vrai­ment qu’af­faire de point de vue ?

Les fonde­ments du rel­a­tivisme évo­lu­tion­naire se situent à deux niveaux : un niveau informel et éthique, sur lequel je reviendrai dans un prochain bil­let (si je respecte le plan prévu !), et un niveau formel, que je vais dis­cuter à présent et qui appelle deux cri­tiques prin­ci­pales.

La pre­mière est que prêter à tous les change­ments soci­aux une égale impor­tance con­duit à des absur­dités man­i­festes. Si l’on par­le en ter­mes lâch­es de « cul­ture », il faudrait con­sid­ér­er que l‘abolition de l’esclavage, par exem­ple, doit être mise sur le même plan que l’adoption de tel élé­ment culi­naire, ou qu’un change­ment de régime poli­tique ne pèse pas davan­tage qu’une mode ves­ti­men­taire. On pour­rait ain­si con­clure tout-à-fait légitime­ment que l’Egypte antique, où l’on por­tait des pagnes, est une cul­ture plus proche des chas­seurs-cueilleurs Bush­men que de Rome, où la toge était de rigueur. Quiconque cherche sérieuse­ment à pénétr­er les lois du fonc­tion­nement social ne peut man­quer d’être mal à l’aise devant de telles affir­ma­tions, qui découlent directe­ment d’un rel­a­tivisme évo­lu­tion­naire appliqué de manière con­séquente.

Par­mi les innom­brables traits qui car­ac­térisent les dif­férentes sociétés, il est évi­dent que cer­tains pèsent plus lourd que d’autres. Cer­tains sont anec­do­tiques, sec­ondaires : tels une mode ves­ti­men­taire ou culi­naire, ils peu­vent chang­er sans con­séquences impor­tantes sur le reste du corps social. D’autres, au con­traire, pos­sè­dent sur ce corps un impact con­sid­érable et, pour cette rai­son, présen­tent aus­si une résis­tance au change­ment bien plus grande : ain­si en va-t-il, par exem­ple, des rap­ports de pro­priété, qui con­tribuent à déter­min­er la phy­s­ionomie générale d’une société.

Pour désign­er ces car­ac­tères qui en impactent d’autres, et qui jouent donc un rôle déter­mi­nant sur l’ensemble social, je ne trou­ve pas de meilleur mot que celui de struc­tures. Et il n’est pas peu ironique que ce soit le chef de file d’un courant nom­mé « struc­tural­isme » qui ait pro­posé une grille de lec­ture qui aboutit à gom­mer, en fin de compte, la dif­férence entre struc­tures et car­ac­tères sec­ondaires. Le poids respec­tif, dans la con­sti­tu­tion d’une société entre, par exem­ple, les droits de pro­priété et telle cou­tume d’initiation, n’est pas une affaire de point de vue sub­jec­tif : il peut, et doit, être éval­ué objec­tive­ment. Autrement dit, con­traire­ment à ce qu’affirme le rel­a­tivisme évo­lu­tion­naire, la prox­im­ité respec­tive des struc­tures sociales de l’Australie aborigène et du cap­i­tal­isme mod­erne avec celles des sociétés du Mag­dalénien n’est pas fonc­tion du goût ou de l’arbitraire de cha­cun : elle con­stitue une ques­tion sci­en­tifique, qui appelle une autre réponse que « tout dépend com­ment on la mesure ». Celle-ci ne peut être le pro­duit d’une sim­ple démarche formelle, qui ferait une liste des dif­férences et des points com­muns, en s’interdisant d’évaluer l’importance de ceux-ci ; elle exige une authen­tique théorie sociale, capa­ble de dégager les car­ac­tères déter­mi­nants (struc­turels) et de fonder sur eux (et sur eux seuls) les élé­ments de sa clas­si­fi­ca­tion.

Ce pre­mier point se situe dans le cadre d’une approche sta­tique : il argu­mente sur la méth­ode qui doit présider au classe­ment des phénomènes (ici, les sociétés) indépen­dam­ment de leur suc­ces­sion dans le temps. Mais – et c’est le deux­ième point – cette suc­ces­sion tem­porelle existe, et elle fait appa­raître un cer­tain nom­bre de ten­dances : l’évolution sociale n’est pas un sim­ple change­ment désor­don­né, un mou­ve­ment brown­ien qui, au cours du temps, mod­i­fierait locale­ment les sit­u­a­tions tout en lais­sant l’état de l’ensemble du sys­tème à l’identique. L’évolution des sociétés humaines s’est certes exprimée sous de mul­ti­ples formes locales et n’a pas exclu, par­fois, des retours en arrière. Mais glob­ale­ment, c’est un tru­isme que de con­stater que le monde a présen­té une phy­s­ionomie très dif­férente au cours des âges ; on a ain­si pu faire remar­quer, entre autres, que la planète comp­tait il y a 10 000 an plusieurs mil­liers d’entités poli­tique­ment indépen­dantes, cha­cune for­mée tout au plus de quelques mil­liers de mem­bres, alors qu’elle n’en compte plus aujourd’hui que quelques dizaines, regroupant cha­cune plusieurs mil­lions, voire cen­taines de mil­lions, d’individus.

Certes, trop de chercheurs ont cru pou­voir ramen­er l’évolution sociale à une sim­ple suc­ces­sion de stades uni­versels (dans la ver­sion de l’évolutionnisme dite unil­inéaire). Mais cette erreur de jeunesse est moins partagée qu’on ne le dit générale­ment. D’une manière ou d’une autre, de nom­breux travaux ont cher­ché à artic­uler les ten­dances générales les plus évi­dentes (pêle-mêle : crois­sance de l’efficacité tech­nique, aug­men­ta­tion de la super­fi­cie et de la pop­u­la­tion des unités socio-économiques, struc­tura­tion en Etats, etc.) avec la mul­ti­plic­ité des formes sous lesquelles elles se man­i­fes­taient. Oubli­er cette diver­sité de formes au prof­it des seules ten­dances générales est certes péch­er par sché­ma­tisme. Mais le défaut inverse, qui ne veut voir que des dif­férences qual­i­ta­tives et ignor­er tout mou­ve­ment d’ensemble, revient à s’interdire toute com­préhen­sion du déroule­ment des faits.

À suiv­re… et à débat­tre !

32 commentaires

  1. Assez d’ac­cord avec tout ce que vous dites. La notion de “pre­miers hommes” men­tion­née par les auteurs de cette affiche repose sans doute sur des pré­sup­posés trop naïfs (mais il faudrait leur deman­der ce qu’ils voulaient dire par là).

    Je vais néan­moins me risque à essay­er de défendre un sens peut-être plus légitime que pour­rait avoir la notion de “peu­ple pre­mier”, qui est celui que lui donne les psy­cho­logues évo­lu­tion­nistes (sans pour autant revendi­quer ce terme).
    Les psy­cho­logues évo­lu­tion­nistes essaient de raison­ner sur la base de l’en­vi­ron­nement et des con­di­tions de vie de nos ancêtres homo sapi­ens loin­tains (de l’or­dre de 100000 à 300000 ans), à une époque où l’e­spèce humaine était beau­coup moins nom­breuse, beau­coup moins éparpil­lée sur Terre (local­isée en Afrique cen­trale), et donc cer­taine­ment beau­coup plus homogène sociale­ment, cul­turelle­ment, et biologique­ment que main­tenant, mais aus­si qu’à toutes les épo­ques que vous men­tion­nez dans votre arti­cle. Ils pos­tu­lent que c’est en raison­nant sur ces con­di­tions envi­ron­nemen­tales et sur les modes de vie asso­ciés qu’on peut se faire une idée des con­traintes qui ont façon­né l’évo­lu­tion de la psy­cholo­gie humaine. Ils font égale­ment l’hy­pothèse que les peu­ples de chas­seurs-cueilleurs encore exis­tants (ou ayant existé jusqu’à il y a peu) four­nissent une approx­i­ma­tion raisonnable du mode de vie de nos ancêtres com­muns. Bien évidem­ment ils ne com­met­tent ni l’er­reur de con­sid­ér­er ces peu­ples commes prim­i­tifs (d’au­tant que, d’un point de vue psy­chologique, ils ne sont pas franche­ment plus prim­i­tifs que nous), ni l’er­reur d’ig­nor­er que depuis nos ancêtres com­muns ils ont évolué pen­dant autant de temps que nous (ils ne sont pas fixés dans le passé). Néan­moins, l’ap­prox­i­ma­tion peut sem­bler raisonnable, au moins par cer­tains aspects.

    Dans ce raison­nement, le critère prin­ci­pal qui dis­tinguerait la qua­si-total­ité des sociétés humaines con­tem­po­raines d’une part, et les chas­seurs-cueilleurs con­tem­po­rains et nos ancêtres com­muns d’autre part, c’est le fait de sub­sis­ter par l’a­gri­cul­ture d’une part et par la chas­se et la cueil­lette d’autre part. Il y a quand même de bonnes raisons de penser que la prop­a­ga­tion de l’a­gri­cul­ture (avec domes­ti­ca­tion végé­tale et ani­male) il y a env­i­ron 12000 ans à tra­vers l’Eurasie a été un évène­ment majeur dans l’his­toire de l’hu­man­ité, qui a pro­duit des boule­verse­ments démo­graphiques, soci­aux, cul­turels, et biologiques en cas­cade, plus que tout autre évène­ment. De ce point de vue, les chas­seurs-cueilleurs con­tem­po­rains sont les derniers peu­ples sus­cep­ti­bles de fournir quelques infor­ma­tions directes sur la manière dont nos ancêtres com­muns vivaient avant l’a­gri­cul­ture. Evidem­ment, cela n’im­plique pas qu’ils sont en tous points iden­tiques à nos ancêtres com­muns, et il se pour­rait bien que sur d’autres critères ils ressem­blent plus aux autres peu­ples con­tem­po­rains qu’à nos ancêtres com­muns.

    Néan­moins, cela sug­gèr­erait que, de l’in­ven­taire à la Prévert don­né par Lévi-Strauss de tous les critères par lesquels on peut s’a­muser à dis­tinguer les sociétés, celui du mode de sub­sis­tance (agri­cul­ture vs. chas­se-cueil­lette) aurait une per­ti­nence par­ti­c­ulière du point de vue de l’évo­lu­tion de l’e­spèce humaine que n’ont pas les autres (ves­ti­men­taires, tech­nologiques et autres). Et dans ce cas on pour­rait admet­tre un usage de la notion de “peu­ple pre­mier” qui soit légitime, au moins du point de vue de ce critère.

    1. Mer­ci Franck de cette réac­tion.

      Je crois que nous sommes d’ac­cord sur un point fon­da­men­tal : il est légitime et fécond de rap­procher cer­taines sociétés con­tem­po­raines de cer­taines sociétés du passé, et les critères pour procéder à ces rap­proche­ments ne sont pas arbi­traires (cer­tains critères sont plus per­ti­nents que d’autres). C’est cela qui per­met de par­ler de « prim­i­tif » ou « pre­mier ».

      Sur cer­tains aspects, en revanche, j’in­tro­duirai une petite dis­tance avec ce que vous écrivez. Tout d’abord, je reste tou­jours aus­si peu con­va­in­cu par le raison­nement qui fonde la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste (mais c’est acces­soire par rap­port au sujet). En revanche, si l’on peut rap­procher les chas­seurs-cueilleurs sub­actuels de ceux du Paléolithique, et si donc les chas­seurs-cueilleurs sub­actuels sont effec­tive­ment « pre­miers », je ne crois pas que ce soit en tant que « peu­ple », tout sim­ple­ment parce que que je ne sais pas ce que veut dire « un peu­ple qui ressem­ble à un autre ». En revanche, des rap­ports soci­aux qui ressem­blent à d’autres rap­ports soci­aux, je vois très bien ce dont il s’ag­it.

      Au demeu­rant, et c’est le dernier aspect, il est pos­si­ble que l’a­gri­cul­ture ait pro­fondé­ment impacté les struc­tures sociales – en réal­ité, les travaux d’A.Testart, très con­va­in­cants sur ce point, ont mon­tré que l’im­pact venait du stock­age, et non de l’a­gri­cul­ture en elle-même. Mais ce que je voudrais soulign­er, c’est qu’une clas­si­fi­ca­tion sociale ne peut pas s’établir sur la base du mode d’ap­pro­vi­sion­nement : elle doit par­tir des struc­tures sociales, et unique­ment d’elles. On peut met­tre en évi­dence, dans un sec­ond temps, la cor­réla­tion /​causal­ité entre cer­taines struc­tures sociales et cer­tains modes d’ap­pro­vi­sion­nement, mais c’est for­cé­ment quelque chose qui doit inter­venir en sec­onde analyse. Il me sem­ble donc qu’A.Testart procède d’une saine méth­ode en opposant sociétés sans richesse et sociétés à richesse, plutôt que chas­seurs-cueilleurs et agricul­teurs (et pas seule­ment parce que les deux oppo­si­tions ne se recou­vrent pas).

      Bien cor­diale­ment

  2. Bon­jour,
    J’ai bien peur que cette affiche du Muse­um d’His­toire Naturelle n’ait été faite qu’en fonc­tion d’un jeu de mots ; mais bien sûr les jeux de mots ne sont pas inno­cents. La ten­ta­tion était trop grande, le musée du Quai Bran­ly, “suc­cesseur” du musée de l’Homme (de l’an­cien) a bien fail­li s’ap­pel­er “musée des arts pre­miers” !
    Dans sa Clas­si­fi­ca­tion comme dans Avant l’His­toire, Alain Tes­tart porte une série de cri­tiques sévères envers les néo-évo­lu­tion­nistes améri­cains, en par­ti­c­uli­er la notion de com­plex­ité. Il nie caté­gorique­ment le fait que les sociétés prim­i­tives soient des sociétés sim­ples, par oppo­si­tion aux nôtres qui seraient com­plex­es. Je pense que les deux notions – prim­i­tiv­ité (ou pri­mal­ité) et sim­plic­ité — sont tout à fait équiv­a­lentes, ou du moins forte­ment con­nex­es.
    J’ap­pré­cie beau­coup ta ten­ta­tive d’é­clair­cir cette ques­tion de la prim­i­tiv­ité car, mal­gré sa sim­plic­ité appar­ente, elle cache de red­outa­bles pièges. Ce qui me pose prob­lème, en revanche, c’est le statut de la con­cep­tion matéri­al­iste de l’His­toire dans cette affaire et, en par­ti­c­uli­er la notion de forces pro­duc­tives. Dans le marx­isme stal­in­ien (oxy­more), le développe­ment des forces pro­duc­tives trace une flèche (un pro­grès) dans l’évo­lu­tion et, de ce point de vue (et ce n’est pas là un “point de vue” équiv­a­lent à n’im­porte quel autre !!!), il y a bien des sociétés plus prim­i­tives que d’autres, : une société est plus prim­i­tive qu’une autre si ses forces pro­duc­tives sont (ou ont été) moins dévelop­pées ; ou encore sont les plus prim­i­tives celles qui sont le plus éloignées du com­mu­nisme (je ne par­le pas de l’URSS !!). On retrou­ve ici bien évidem­ment l’é­cho de ces polémiques qui depuis Lénine jusqu’à aujour­d’hui tour­nent autour de ce prob­lème, le sous-développe­ment, la pos­si­bil­ité de la révo­lu­tion, etc. La ques­tion de la prim­i­tiv­ité des sociétés n’est pas une ques­tion abstraite qui con­cerne seule­ment quelques vieux savants bar­bus cacochymes (et les pho­tos de toi mon­trent que ce n’est pas du tout ton cas).

    1. Hel­lo Momo

      Je sais qu’A.Testart cri­tique l’idée d’une com­plex­i­fi­ca­tion crois­sante des sociétés au cours de l’évo­lu­tion, et sur ce point, je crois qu’il a tort. D’ailleurs, quand on le lit, on s’aperçoit qu’il n’ar­gu­mente pas réelle­ment sur ce point. Il développe l’idée que les sociétés sans richess­es ne sont pas sim­ples — en tout cas, pas autant qu’on le croit générale­ment. C’est tout à fait vrai, mais c’est une autre ques­tion. Alors, bien sûr, on peut tou­jours trou­ver tel ou tel aspect sur lequel l’évo­lu­tion s’est traduite par une sim­pli­fi­ca­tion (du droit, du sys­tème de par­en­té, etc.) Mais c’est for­cé­ment l’ar­bre qui cache la forêt, et je ne vois pas com­ment on peut sérieuse­ment soutenir qu’une société de 500 per­son­nes est aus­si com­plexe que le cap­i­tal­isme mon­di­al­isé, ou même, qu’un de ses Etats regroupant des dizaines de mil­lions de mem­bres et des mil­liers d’or­gan­i­sa­tions dif­férentes.

      La sec­onde par­tie de ton com­men­taire abor­de les enjeux poli­tiques de la dis­cus­sion, et tu pens­es bien qu’ils me tien­nent à coeur – j’avais l’in­ten­tion de m’y attel­er un de ces jours. Cela dit, il me laisse assez per­plexe. Il me sem­ble que le fond du raison­nement marx­iste est de com­pren­dre que l’évo­lu­tion sociale s’or­gan­ise autour de la crois­sance des forces pro­duc­tives. Si on laisse tomber cela, je ne vois ni ce qui reste du marx­isme, ni par quoi on est cen­sé rem­plac­er ce qu’on a bal­ancé par dessus-bord. Certes, les stal­in­iens ont car­i­caturé cela pour faire avaler qu’une aug­men­ta­tion du PNB de l’URSS con­sti­tu­ait ipso fac­to une avancée vers le social­isme. Mais en reje­tant l’eau du bain de la car­i­ca­ture, il faut éviter de jeter aus­si le bébé, la baig­noire, la tuyau­terie et les murs por­teurs, parce que sinon il ne va plus rien rester de la mai­son…

    2. Bon­jour Christophe,
      1) En ce qui con­cerne la ques­tion de la sim­plic­ité des sociétés prim­i­tives, Tes­tart ne nie évidem­ment pas que ces sociétés soient beau­coup plus facile à gér­er que les nôtres. Le prob­lème est qu’une société n’est pas définie par son organ­i­sa­tion (ce n’est pas une entre­prise, même grande !) mais par sa struc­ture. Alors que d’un point de vue matériel ou organ­i­sa­tion­nel ces sociétés prim­i­tives sont beau­coup plus sim­ples que les nôtres, il n’en va pas néces­saire­ment de même de leurs struc­tures. Il s’ag­it donc bien de savoir de quoi on par­le quand on traite de sociétés.
      2) Pour ce qui con­cerne les forces pro­duc­tives, oui un cer­tain marx­isme défend une con­cep­tion hiérar­chique des sociétés, oui il y en a des prim­i­tives, d’autres qui le sont moins et enfin celles qui sont évoluées. Cette con­cep­tion a été rejetée par un cer­tain nom­bre de courants, y com­pris des marx­istes. Ils ont jeté l’eau du bain ; un bébé est par­ti avec … mais il y en avait d’autres, bien cachés, et la mai­son est restée debout… Je ne ren­tre pas dans cette polémique mais je rap­pelle quand même que Tes­tart reje­tait cette con­cep­tion (dans son Com­mu­nisme Prim­i­tif) à une époque où il se récla­mait (encore) du marx­isme.

    3. Hel­lo Momo

      1) Je ne suis pas cer­tain de bien com­pren­dre la dif­férence que tu étab­lis entre organ­i­sa­tion et struc­ture. Peut-être veu-tu dire que dans une société, un indi­vidu n’est mem­bre que de cer­taines organ­i­sa­tions (tel État, telle entre­prise, tel par­ti poli­tique, telle asso­ci­a­tion sportive…) alors qu’il est néces­saire­ment con­cerné par l’ensem­ble des struc­tures de sa société. Est-ce ce sens-là que tu as en tête ? Si oui, certes, peut-être peut-on dire que les sociétés prim­i­tives sont aus­si com­plex­es que les nôtres par leurs struc­tures, mais moins par leurs organ­i­sa­tions. Mais je ne vois pas bien où cela nous mène (cela dit, on est bien d’ac­cord, je suis loin de tout voir claire­ment dans cette affaire).

      2) Les mau­vais­es langues — en fait, la mienne — dis­ent que Tes­tart n’a pas cessé d’être marx­iste : il s’est seule­ment ren­du compte à un moment don­né qu’il ne l’avait jamais été. Sur le fond, le mot hiérar­chie, pour les sociétés, me paraît un peu mal choisi ; il n’y a pas de sociétés qui com­man­dent à d’autres. En revanche, on peut class­er les types de sociétés selon leur développe­ment tech­nique. Cela ne sig­ni­fie pas qu’un même développe­ment tech­nique ne peut pas cor­re­spon­dre à dif­férents types soci­aux, ni qu’un seul type social ne peut pas con­naître dif­férents niveaux tech­niques. En d’autres ter­mes, on ne recon­stitue pas l’his­toire de l’hu­man­ité unique­ment en dis­ait qu’elle procède du développe­ment tech­nique, de même qu’on ne recon­stitue pas un être humain en unique­ment en regar­dant sa colonne vertébrale. Mais com­pren­dre que les formes sociales ne se sont pas suc­cédé au hasard, et que leur mou­ve­ment général a cor­re­spon­du au développe­ment tech­nique, c’est une con­di­tion sine qua non pour aller au-delà du con­stat triv­ial qu’au cours de l’his­toire, les sociétés ont changé.

    4. Avatar de Inconnu
      Gaël Violet

      Bon­jour.
      > “Il me sem­ble que le fond du raison­nement marx­iste est de com­pren­dre que l’évo­lu­tion sociale s’or­gan­ise autour de la crois­sance des forces pro­duc­tives.”

      Je dois dire que cette affir­ma­tion me laisse per­plexe.
      L’évo­lu­tion sociale chez Marx (on va laiss­er les stal­in­iens de côté ça n’in­téresse per­son­ne) s’or­gan­ise autour de la lutte des class­es. Ce point est explicite.

      “L’ac­croisse­ment des forces pro­duc­tives” auquel vous faites allu­sion est chez lui une car­ac­téris­tique du cap­i­tal­isme — et par ailleurs, une néces­sité pour un pas­sage au mode de pro­duc­tion com­mu­niste puisqu’il est impos­si­ble de fonder une société com­mu­niste sans qu’elle soit absoute des prob­lèmes de sub­sis­tance : c’est la rai­son pour laque­lle pour lui le MDP féo­dal n’au­rait pas pu men­er directe­ment à un MDP com­mu­niste.

      En revanche ça n’est pas un “moteur de l’his­toire” pour le cas général. J’aimerais que vous me trou­viez chez Marx où il pré­tend que le mode de pro­duc­tion “féo­dal” s’est organ­isé autour d’un accroisse­ment des forces de pro­duc­tion par rap­port au mode de pro­duc­tion “esclavagiste” de la Rome antique.

    5. Cela me rap­pelle les dis­cus­sions avec des amis se récla­mant du « com­mu­nisme de gauche » et qui voulaient absol­u­ment que dans l’évo­lu­tion sociale, les « rap­ports de pro­duc­tion » soient tout, et les forces pro­duc­tives rien.
      Le « moteur de l’his­toire », c’est une métaphore… que je n’ai pas employée. Mais dire que c’est la lutte des class­es qui con­stitue ce moteur, cela sig­ni­fie-t-il qu’a­vant les class­es sociales, l’his­toire, sans moteur, n’a­vançait pas ?
      Pour essay­er de refor­muler la manière dont je vois les choses — et que je pense être fidèle à Marx : l’his­toire des sociétés humaines est faite de luttes sociales qui, pour les plus récentes d’en­tre elles, sont des luttes de class­es. Mais l’is­sue de ces innom­brables luttes dégage une ten­dance générale, celle de l’ac­croisse­ment des forces pro­duc­tives — qui, en retour, con­di­tionne les class­es et leur lutte. On pour­rait d’ailleurs très bien établir un par­al­lèle avec ce qui s’est passé dans le monde de la biolo­gie : l’évo­lu­tion du vivant s’est effec­tuée au tra­vers des muta­tions et de la sélec­tion naturelle. Et c’est cette « lutte pour la vie » qui entraîné l’ap­pari­tion d’or­gan­ismes au sys­tème nerveux de plus en plus per­fec­tion­né, et qui en est une ten­dance résul­tante (une pro­priété émer­gente, si l’on veut) néces­saire.
      Pour ce qui est du féo­dal, je ne trou­verai évidem­ment pas de cita­tion de Marx qui expli­querait qu’à ses débuts tout au moins, il aurait con­sti­tué une économie plus dévelop­pée que le monde antique. Ce serait tout sim­ple­ment faux, et d’une cer­taine manière, le haut moyen-âge, pour l’Eu­rope occi­den­tale, a été un « reculer pour mieux sauter ». Pour autant, réduire le raison­nement de Marx sur le développe­ment des forces pro­duc­tives au seul duo cap­i­tal­isme /​cap­i­tal­isme me sem­ble un peu sidérant (out­re que cette ten­dance représente quand même une évi­dence factuelle). Pour les écrits où elle est évo­quée, je pense pêle-mêle à la fameuse intro­duc­tion de la Cri­tique de l’é­conomie poli­tique, qui définit la méth­ode du matéri­al­isme his­torique et pose le con­cept de « forces pro­duc­tives », à L’O­rig­ine de la famille, où Engels ne cesse d’ex­pli­quer la fin des formes sociales (réelles ou sup­posées) de la préhis­toire par l’ac­croisse­ment des richess­es et des liens com­mer­ci­aux, ou encore aux chapitres de l’An­tu-Dühring sur la Théorie de la vio­lence, en j’en oublie sûre­ment encore beau­coup…
      Cor­diale­ment

  3. Très intéres­sant, j’ai aus­si été inter­pel­lé par ce titre, je trou­ve la for­mu­la­tion plus que mal­heureuse.
    En étant un peu plus cynique que vous, je dirai que c’est surtout une for­mu­la­tion mar­ket­ing. “Derniers”, ça inter­pelle, on ne va pas voir “un des nom­breux”, mais les “derniers”, ça fait ven­dre, comme le dernier dodo ou le dernier ours blanc. “Pre­miers hommes” relève aus­si beau­coup du mar­ket­ing, c’est une for­mu­la­tion sim­ple, effi­cace, que tout le monde com­prends. Votre expli­ca­tion et vos inter­ro­ga­tions sont bien plus justes, mais pren­nent trop de place sur une affiche.
    Une amie qui a séjourné plusieurs fois chez les Hadza m’en avait par­lé, et je n’au­rai pas idée de les appel­er “pre­miers hommes”, à moins que ceux-ci aient aus­si fait guides touris­tiques, appré­cient Bob Mar­ley à la radio et chas­sent à la lampe de poche. Mais c’est quand même moins vendeur…
    Pour en revenir à une par­tie de votre bil­let, je trou­ve que class­er les sociétés, de quelque manière que ce soit, est de toute façon très dan­gereux. Déjà, il me sem­ble que penser qu’un sys­tème com­plexe est plus évolué qu’un sys­tème sim­ple est une grosse erreur, que ce soit en mécanique ou dans les sys­tèmes de par­en­té. On pour­rait, éventuelle­ment, dire que c’est un des sys­tème les mieux adap­té au moment don­né dans un endroit géo­graphique pré­cis, et encore.
    Et puis, surtout, il me sem­ble que mul­ti­pli­er les critères de sélec­tion n’im­plique pas que la sélec­tion est impos­si­ble. Si on prend la par­en­té, l’é­conomie, le sys­tème poli­tique, le nom­bre de machines par habi­tants etc, il reste qu’il peut y avoir un vain­queur par caté­gorie et un vain­queur glob­al, en principe la société qui utilise le plus de sys­tèmes com­plex­es. Je ne sais pas si je m’ex­plique bien, dans ma tête c’est clair mais ce n’est pas exprimé de la meilleure façon pos­si­ble.
    Ce que je trou­ve dom­mage, en tant qu’a­ma­teur en anthro­polo­gie, c’est le manque fla­grant de vul­gar­i­sa­tion. Les con­cepts que vous évo­quez, pour­tant pas très com­pliqués et bien expliqués, ne sont pas relayés en masse, et c’est pour ça, notam­ment, que per­son­ne ne s’of­fusque quand on par­le de “peu­ple pre­mier”… si ce n’est pas “peu­ple prim­i­tif” ou “tribu de l’age de pierre”, déjà lu dans cer­tains jour­naux… D’ailleurs, l’évo­lu­tion­nisme unil­inéaire reste fort dans la tête des gens, on ne leur enseigne pas vrai­ment une autre ver­sion. Il serait utile, par exem­ple, d’ex­pli­quer claire­ment ce qui fait ou ne fait pas des Hadza un “peu­ple pre­mier” et pourquoi ce ne sont pas des hommes restés blo­qués à un stade prim­i­tif de l’évo­lu­tion… Bref, il y a du job à faire…

    1. Bon­jour Jonathan

      J’ai ten­dance à voir le prob­lème dans des ter­mes presque inverse des vôtres. J’y reviendrai sans doute dans un prochain bil­let, mais l’évo­lu­tion, sociale comme biologique, a dégagé des ten­dances glob­ales. Le monde actuel est rem­pli de sociétés éta­tiques, divisées en class­es sociales, à l’é­conomie très pro­duc­tive et aux pop­u­la­tions nom­breuses. Il y a dix mille ans, la planète comp­tait exclu­sive­ment des sociétés sans Etats, sans class­es sociales, avec des économies de pré­da­tion et des unités de pop­u­la­tion très peu nom­breuse. Alors, il s’est bien passé quelque chose, et le sociétés d’au­jour­d’hui ont bien une struc­ture plus « avancée » (je ne dis pas que c’est le meilleur terme, mais c’est celui qui me vient à l’e­sprit) que celles d’il y a dix mille ans. Con­stater ce fait pour com­pren­dre ce qui s’est passé, ce n’est pas en soi émet­tre un juge­ment de valeur : il existe des « prim­i­tivistes » qui pensent que les sociétés de jadis étaient bien plus agréables que les nôtres (ce n’est pas mon cas). Mais ignor­er cette trans­for­ma­tion générale des struc­tures sociales, c’est s’in­ter­dire de com­pren­dre le fait majeur de l’his­toire humaine : la trans­for­ma­tion des struc­tures sociales et de la phy­s­ionomie glob­ale de ces struc­tures (cha­cune n’a pas seule­ment changé dans son coin : il y a eu un mou­ve­ment d’ensem­ble).

      Par ailleurs, je me méfierai à plusieurs titres de la notion d’adap­ta­tion dans l’évo­lu­tion. Cette notion est issue de l’évo­lu­tion biologique, où elle n’est pas si per­ti­nente : les espèces les plus adap­tées sont pré­cisé­ment celles qui dis­parais­sent lors des péri­odes de boule­verse­ment et, au bout du compte, c’est ain­si qu’on émergé des organ­ismes non pas adap­tés, mais adapt­a­bles, c’est-à-dire capa­bles de réa­gir aux aléas du milieu. J’y reviendrai dans un prochain bil­let. Mais en ce qui con­cerne les sociétés, je ne suis vrai­ment pas con­va­in­cu de l’u­til­ité de raison­ner en ter­mes d’adap­ta­tion. Une société s’adapte à son envi­ron­nement par sa tech­nique ; je doute qu’elle s’y adapte en mod­i­fi­ant sa struc­ture. Or, c’est bien là qu’est la ques­tion…

      Cor­diale­ment

  4. Hel­lo Christophe,

    Con­tent que tu ne lâche pas le morceau ! Mer­ci aus­si pour ton exposé très limpi­de !
    A chaque fois que l’on doit procéder à un clas­si­fi­ca­tion (exer­ci­ce arbi­traire par excel­lence mais il faut bien com­mencer quelque part) je crois que l’on doit, si l’on veut être rigoureux, se pos­er la ques­tion de “pourquoi veux ton class­er ?”. La réponse à cette ques­tion délim­it­era la valid­ité. Dans le cas de “l’ethnocentrisme” la clas­si­fi­ca­tion n’est qu’un moyen de met­tre en valeur un mod­èle de société souhaité. Si l’on veut class­er pour com­pren­dre les car­ac­tères qui “impactent plus une société” il va fal­loir le définir.

    Olivi­er

    1. Dis­cus­sion dif­fi­cile, là encore. Je dirais bien qu’il faut dégager les car­ac­tères fon­da­men­taux pour pou­voir class­er con­ven­able­ment, et non l’in­verse. Et dans de ce qu’on appelle à tort l’eth­no­cen­trisme, je crois qu’il y a bien autre chose qu’une ques­tion de volon­té. Il y a tout de même le fait objec­tif que l’évo­lu­tion sociale a élim­iné un cer­tain nom­bre de formes, au point que peu à peu, il n’en sub­siste pour ain­si dire plus qu’une à l’échelle du monde.

  5. Avatar de Inconnu
    Tangui Przybylowski

    Bon­jour Christophe,

    Il me sem­ble qu’il serait décisif de pass­er à un stade expéri­men­tal pour s’as­sur­er de la prépondérance d’un fac­teur sur un autre (si c’est bien de cela dont on par­le).

    Par exem­ple pren­dre deux fois les mêmes élé­ments (reli­gion et rap­ports soci­aux fon­da­men­taux par exem­ple) A et B dans une pre­mière société (S), A’ et B’ dans une sec­onde (S’). Evidem­ment on aura remar­qué que A existe tou­jours con­join­te­ment à B, A’ tou­jours avec B’. A titre d’ex­em­ple, les sociétés éta­tiques à roi ont des reli­gions à dieux, les sociétés non-éta­tiques (sans roi) ont des reli­gions sans dieux. Mais cela ne mon­tre rien de la prépondérance d’un fac­teur sur un autre. Même si l’on trou­ve des sociétés semi-éta­tiques et que l’on mon­tre que dans ces sociétés il n’y a pas encore de dieux, mais qu’ils appa­raitront seule­ment une fois l’é­tat con­sti­tué, on ne prou­ve pas que B est prépondérant sur A (il y a seule­ment une antéri­or­ité chronologique), on peut cepen­dant avoir de fortes pré­somp­tions sur la vérac­ité de cette asser­tion. C’est sur ce même genre de pré­somp­tions que se base les soci­o­logues, anthro­po­logues, et — me sem­ble-t-il — c’est inhérent à leur sci­ence qui n’est que d’ob­ser­va­tion (cf. Tes­tart, A., Essai d’épisté­molo­gie). Cela n’en­trave en rien la con­sti­tu­tion d’une sci­ence, il faut bien admet­tre quelques vérités (même si elles ne sont que des sup­po­si­tions) basées sur de sim­ples obser­va­tions pour con­stru­ire des théories (cf. même ouvrage de Tes­tart, quand il par­le de New­ton et de Galilée).

    Le principe de l’ex­péri­ence serait donc de mon­tr­er (tou­jours en suiv­ant notre pré­somp­tion de la prépondérance des struc­tures sociales sur la reli­gion) que dans la société S, en rem­plaçant A par A’, B en demeure inchangé, et qu’au con­traire A’ que l’on a inséré s’aligne sur la forme de A. Puis tou­jours dans la société S, en rem­plaçant B par B’, voir si A s’aligne sur la forme de A’. En faisant ça on ne mon­tre pas seule­ment l’an­téri­or­ité chronologique, on mon­tre aus­si que la rela­tion qui lie A et B (deux élé­ments du social) n’est pas réciproque. Si A est dépen­dant de B, l’in­verse n’est pas vrai, B n’est pas dépen­dant de A. B agit sur A, A n’ag­it pas sur B. Une dernière for­mule (un peu risquée) pour ter­min­er : que la rela­tion qui lie A et B est non-com­mu­ta­tive. “Com­mu­tatif” au sens légal du terme : si dans un échange je donne A (met­tons 100€) je reçois B (50 chaus­settes), si je donne B (50 chaus­sette) je reçois A (100€) ; si je donne B’ (75 chaus­settes) je reçois A’ (150€), etc. C’est ce rap­port de com­mu­ta­tiv­ité qui ne doit pas exis­ter entres deux élé­ments du social pour prou­ver la prépondérance de l’un sur l’autre.

    En fait il serait déjà pos­si­ble de véri­fi­er cela, par exem­ple dans le syn­crétisme religieux des sociétés africaines (petits roy­aumes, sociétés lig­nagères, sociétés claniques (?)) sur le Chris­tian­isme et l’Is­lam. C’est un tra­vail, sans doute assez lourd, qui deman­derait à être fait pour véri­fi­er ce qui change dans ces reli­gions, et si his­torique­ment l’ar­riv­er de de l’Is­lam ou du Chris­tian­isme (non imposé) à changé quelque chose dans les struc­tures de ces sociétés. Cela ne prend pas en compte les coloni­sa­tions durant lesquelles on mod­i­fi­ait de fac­to les rap­ports soci­aux, et avec, la reli­gion.

    Tan­gui

    1. Bon­jour

      Mer­ci de cette stim­u­lante dis­cus­sion de méth­ode. Je serais assez ten­té d’ap­prou­ver le principe général de votre démon­stra­tion, mais j’ai un doute sur la pos­si­bil­ité réelle de le met­tre en pra­tique (c’est un vrai doute, pas une cer­ti­tude). En par­ti­c­uli­er, en matière sociale il est absol­u­ment impos­si­ble de raison­ner « toutes choses égales par ailleurs », ce qu’im­pli­querait de rem­plac­er, dans une même société, tel trait par tel autre. Pas sûr donc que cette voie per­me­tte de dis­crim­in­er entre traits prin­ci­paux (struc­tures) et sec­ondaires.

      Cela dit, je suis assez con­va­in­cu que, pour d’autres prob­lé­ma­tiques, les études inter­cul­turelles un peu for­mal­isées sont une aide pré­cieuse. Les améri­cains y ont sou­vent recours, tout comme A.Testart avec sa base de don­nées sur l’esclavage pour dettes et les modes de mariage.

  6. Salut,

    Je suis essen­tielle­ment d’ac­cord avec l’ensem­ble de tes argu­ments. Deux remar­ques :

    Sur la ques­tion du “rel­a­tivisme évo­lu­tion­naire”, je trou­ve que par­mi les (contre)-arguments que tu cites, celui qui est le plus pro­fond et celui que j’at­tendais en lisant l’ensem­ble du texte est dans l’a­vant dernier para­graphe : l’ex­is­tence d’une cor­réla­tion tem­porelle entre cer­tains critères (plutôt que d’autres), et qui mérite sans-doute plus de détails. C’est tout de même le fac­teur “temps” qui jus­ti­fie (ou pas) l’emploi du terme “évo­lu­tion”; si tous les critères de com­para­i­son que l’on se donne sont sta­tiques et ne tien­nent aucun compte du développe­ment tem­porel, alors on est en train de faire une sorte de com­para­i­son absolue des sociétés, sans tenir compte de leur évo­lu­tion, pré­cisé­ment.

    Un deux­ième point, qui n’est pas vrai­ment abor­dé dans ton bil­let, mais qui influe implicite­ment sur le débat, est “pourquoi veut-on clas­si­fi­er les sociétés?”. C’est bien sûr une vaste ques­tion qui peut amen­er toutes sortes de répons­es, mais il me sem­ble qu’une ébauche de réponse à cette ques­tion chez un auteur rejail­lit beau­coup sur le type de méth­ode et les critères que cet auteur est prêt à retienir pour cette clas­si­fi­ca­tion. Par exem­ple, il me sem­ble que la posi­tion de Levi-Strauss découle beau­coup d’une sorte d’hu­man­isme et d’an­ti-racisme, en réac­tion à bien des idées nauséabon­des de l’époque qu’il a vécue (et qui n’est pas révolue, mal­heureuse­ment). Tu évac­ues la ques­tion du juge­ment de valeur (à juste titre, ce n’est pas le prob­lème), mais au fond, pas lui.

    1. En ce qui con­cerne ton pre­mier point, je pense qu’­ef­fec­tive­ment, il y a quelque chose de cen­tral dans cette affaire, mais je ne parviens pas encore à le for­muler avec suff­isam­ment de net­teté.
      Le sec­ond point con­cerne les dimen­sions poli­tiques du prob­lème, qui sont essen­tielles. Je compte les abor­der dans un futur bil­let (mais pas tout de suite ; il y a entre-temps au moins un autre point que je souhaite expos­er). Je ne con­nais pas assez bien la per­son­ne de Lévi-Strauss pour savoir dans quelle optique il se situ­ait pro­fondé­ment. En ce qui con­cerne son posi­tion­nement affiché, il était effec­tive­ment human­iste et antiraciste. Je suis néan­moins con­va­in­cu qu’il s’ag­it d’un trompe‑l’œil, et que son prob­lème était aus­si (et surtout ?) de faire pièce au marx­isme. De fait, mal­gré ses dehors aimables, son mode de raison­nement sur l’évolution est en réal­ité pro­fondé­ment réac­tion­naire (tout au moins, il ouvre la voie aux pires atti­tudes réac­tion­naires).
      Pour le dire en quelques mots, com­bat­tre le colo­nial­isme ou le racisme au nom du fait que l’évo­lu­tion sociale et le pro­grès ne sont que des illu­sions, s’est avéré pro­pre­ment dévas­ta­teur. Si le pro­grès n’ex­iste pas, la réac­tion non plus – et on ne peut com­bat­tre ce qui n’ex­iste pas. Pour ceux qui veu­lent militer afin d’orienter l’évolution sociale dans un sens plutôt qu’un autre, ces idées sont, au sens pre­mier du terme, désar­mantes. Ce n’est d’ailleurs pas le moin­dre drame de notre époque que l’idée même de pro­grès en soit venue à appa­raître comme « colo­nial­iste », « impéri­al­iste », ou tout sim­ple­ment « dépassée », et que ceux qui se désig­naient jadis eux-mêmes comme les pro­gres­sistes en sont venus à la rejeter, ouvrant un boule­vard à tout ce qui pèse dans le sens d’un retour en arrière.

  7. Hel­lo

    J’ai eu une idée pour ali­menter ta réflex­ion, au risque de pass­er pour très poli­tique­ment incor­rect, mais ça ne devrait pas déranger un marx­iste comme toi. Je pense qu’on peut dire que plus une société se base sur une tech­nolo­gie avancée, plus elle est éloignée de la “nature” et des autres espèces ani­males. Atten­tion : je ne par­le pas de race, de peu­ples, de dif­férences biologiques. Je par­le bien des struc­tures sociales.

    Plus la tech­nolo­gie est basique, plus la struc­ture économique est proche de celles d’an­i­maux non-humains : l’ex­em­ple le plus démon­stratif est celui de l’al­i­men­ta­tion. Plus la tech­nolo­gie est basique, plus la part de la cueil­lette et la chas­se dans l’al­i­men­ta­tion est impor­tante et plus le cir­cuit de pro­duc­tion et de dis­tri­b­u­tion est court.
    On peut élargir la com­para­i­son aux rela­tions sociales et poli­tique : plus la tech­nolo­gie est faible, plus les rela­tions sociales sont géo­graphique­ment rap­prochées, et plus la struc­ture poli­tique se rap­proche de celle de groupes de pri­mates et autres ani­maux soci­aux.

    Qu’en pens­es-tu ?

    J’ai aus­si une idée sur le rap­port entre évo­lu­tion biologique et évo­lu­tion sociale, rejoignant les réflex­ions matéri­al­istes. Je t’en­ver­rai ça bien­tôt.

    1. Je suis d’ac­cord avec toutes les idées que tu avances, juste un point : certes, sous le féo­dal­isme, le pou­voir roy­al, autrement dit l’E­tat cen­tral­isé, était dimin­ué, et les pou­voirs des seigneurs locaux étaient forts : mais cela reste une organ­i­sa­tion poli­tique non ?

    2. Je suis loin d’être assez com­pé­tent sur le Moyen-âge pour m’ex­primer avec cer­ti­tude, mais je serais ten­té de dire que oui. Une organ­i­sa­tion frag­ile, car elle repo­sait entière­ment, ou presque entière­ment, sur des liens de per­son­ne à per­son­ne, mais une organ­i­sa­tion tout de même. Aurais-je lais­sé enten­dre le con­traire ?

    3. “sous l’influence de telle ou telle cir­con­stance par­ti­c­ulière, telle société éta­tique a pu rede­venir non éta­tique”

      C’est ce que j’ai lu dans cette phrase, et je ne dois pas être le seul à avoir com­pris ça. Je suis d’ac­cord sur le fait que l’or­gan­i­sa­tion éta­tique se soit en grande par­tie décom­posée dans l’ex­em­ple que tu donnes, mais pas com­plète­ment.

    4. Oui, je me suis exprimé avec un peu d’ap­prox­i­ma­tion. J’avais écrit “dans une cer­taine mesure” dans la phrase, his­toire de dire que le proces­sus, en l’oc­cur­rence, n’avait pas été com­plet. Je ne sais pas s’il existe des exem­ples con­nus de totale dis­pari­tion de l’État, mais je ne vois aucune impos­si­bil­ité théorique à cela (même si c’est un chem­ine­ment bien moins prob­a­ble que l’in­verse).

    5. Désolé, j’avais mal lu.
      Je vois pas non plus d’im­pos­si­bil­ité théorique, et il existe d’autres exem­ples de désé­tati­sa­tion, ceux de civil­i­sa­tions passées, comme en par­le Dia­mond dans Effon­drement je crois.

  8. Bon­jour,
    Vive dis­cus­sion sur Twit­ter aujour­d’hui qui vous con­cerne un peu puisque j’ai cité cer­tains de vos ouvrages. Le point de dis­corde por­tait juste­ment sur l’u­til­i­sa­tion du terme “prim­i­tif”. Pour cer­taines per­son­nes, ce terme devrait être pro­scrit car il est irrémé­di­a­ble­ment asso­cié au colo­nial­isme. Cer­taines per­son­nes affir­maient même qu’au­cune étude eth­nologique récente ne l’u­til­i­sait. Quelle est votre posi­tion par rap­port à cela puisque c’est un terme que vous utilisez dans vos ouvrages.
    Cor­diale­ment, Jean-Thomas.

    1. Bon­jour
      C’est vrai­ment un prob­lème dif­fi­cile, qui m’oc­cupe depuis des années (j’avais même com­mencé à rédi­ger un petit livre à ce sujet, qui n’a jamais abouti). Pour com­mencer, le prob­lème se pose aus­si en biolo­gie, où d’émi­nents spé­cial­istes nient aujour­d’hui qu’on puisse par­ler d’e­spèces “prim­i­tives”, et ajoutant qu’on peut seule­ment qual­i­fi­er de prim­i­tifs cer­tains car­ac­tères, non de manière absolue, mais rel­a­tive­ment à d’autres car­ac­tères. Au pas­sage, la sim­i­lar­ité des argu­ments entre cette posi­tion et celle dévelop­pée par exem­ple par Lévi-Strauss en ce qui con­cerne les sociétés est absol­u­ment frap­pante.
      Pour ma part, je con­tin­ue donc à ne pas être par­venu à une solu­tion sat­is­faisante. Il me sem­ble tout à fait clair que les sociétés ne peu­vent pas être ordon­nées de manière sim­ple, le long d’une échelle chronologique, qui per­me­t­trait de régler l’af­faire en deux coups de cuiller à pot. MAIS il est tout aus­si clair que cer­tains car­ac­tères soci­aux fon­da­men­taux s’or­don­nent selon cet axe chronologique (ou, si l’on préfère, évo­lu­tif) : ain­si, dans l’his­toire des sociétés humaines, l’ab­sence d’E­tat précède l’E­tat, l’ab­sence de richesse précède sa présence, etc. Donc, il y a bien quelque chose de « prim­i­tif » dans l’ab­sence d’E­tat et/​ou de richesse, et ce quelque chose n’est pas anec­do­tique : c’est un trait de struc­ture, absol­u­ment décisif pour car­ac­téris­er une société. Le tout est de savoir com­ment exprimer que cer­tains traits sont plus impor­tants que d’autres, et doivent servir de critère dans la clas­si­fi­ca­tion évo­lu­tive, et c’est cela qui échappe (pour l’in­stant j’e­spère !) à mes capac­ités.
      Quant à l’ar­gu­ment du colo­nial­isme, il me sem­ble en réal­ité assez sec­ondaire dans la dis­cus­sion. Oui, le colo­nial­isme a util­isé l’ar­gu­ment du prim­i­tivisme pour jus­ti­fi­er son entre­prise détestable. Mais cela ne devrait pas suf­fire à dis­qual­i­fi­er ce qui se veut un raison­nement sur la réal­ité (au pas­sage, là aus­si il y a un par­al­lèle avec l’évo­lu­tion biologique : là, l’en­ne­mi n’est pas le colo­nial­isme, mais le final­isme théologique).

    2. Pour dire tout cela autrement : non, les sociétés de chas­seurs-cueilleurs ne sont pas les copies con­formes des sociétés du Paléolithique final, jusque dans leurs moin­dres détail. Elles ne peu­vent pas l’être — de même que Escher­ishia coli n’est pas la copie con­forme de la bac­térie prim­i­tive. L’évo­lu­tion a fait son œuvre. MAIS au nom de ce con­stat juste, affirmer qu’Escher­ishia coli ne ressem­ble pas à cette bac­térie prim­i­tive, qu’elle ne partage pas avec elle ses traits essen­tiels, serait une posi­tion absurde et stéril­isante — de même pour les sociétés de chas­seurs-cueilleurs actuelles, qui « revlèvent du même type »(je cite Tes­tart de mémoire) que celles du passé.

    3. Mer­ci pour votre réponse qui com­plète votre excel­lent arti­cle. Je me per­me­ts juste d’in­sis­ter sur la ques­tion du colo­nial­isme : par rap­port à ce que vous écrivez (“Oui, le colo­nial­isme a util­isé l’ar­gu­ment du prim­i­tivisme pour jus­ti­fi­er son entre­prise détestable. Mais cela ne devrait pas suf­fire à dis­qual­i­fi­er ce qui se veut un raison­nement sur la réal­ité”), vous con­firmez donc que l’u­til­i­sa­tion de ce terme “prim­i­tif” ne fait pas débat au sein du monde uni­ver­si­taire pour des raisons liés au décolo­nial­isme ?

    4. Je ne suis pas cer­tain de bien com­pren­dre ce que vous dites. Je vais donc ten­ter de refor­muler cela rapi­de­ment :
      1. oui, depuis des décen­nies, il existe un con­sen­sus dans l’an­thro­polo­gie française pour refuser de par­ler de sociétés (ou de struc­tures sociales) prim­i­tives, au nom du fait que ce qual­i­fi­catif (et plus générale­ment, l’idée même d’évo­lu­tion sociale) serait intrin­sèque­ment eth­no­cen­triste /​méprisant /​(néo) colo­nial­iste.
      2. au pas­sage, cette idée est large­ment absente de l’an­thro­polo­gie améri­caine, qui par­le d’évo­lu­tion sociale depuis des décen­nies (le fameux “ban­des — tribus — chef­feries — États”) et qui four­nit ain­si les cadres de pen­sée de l’archéolo­gie.
      3. À la suite d’A.Testart, qui l’a très bien exprimé (pour ne pas remon­ter à des auteurs plus anciens), il me sem­ble que ce rejet de l’idée de struc­tures prim­i­tives (et de l’évo­lu­tion sociale en général) procède d’une démarche qui n’est pas légitime. Comme toute théorie sci­en­tifique, la théorie de l’évo­lu­tion sociale doit avant tout être jugée par son adéqua­tion à la réal­ité, et non par la cause poli­tique à laque­lle on l’as­sim­i­le (bien à tort).

    5. J’avais unique­ment en tête le point 1. En revanche, je suis sur­pris par votre réponse dans la mesure où mal­gré le con­sen­sus, vous utilisez tout de même le terme “prim­i­tif”. Il y a bien enten­du le titre de votre ouvrage “Le com­mu­nisme prim­i­tif n’est plus ce qu’il était”. Et à titre d’ex­em­ple, le terme est util­isé à la page 75 de cet ouvrage (mais il y a d’autres occur­rences, celle-ci est intéres­sante car elle ne fait pas par­tie d’une cita­tion) :
      “En fait, presque toutes les sociétés prim­i­tives dis­tinguent la pater­nité biologique de la pater­nité sociale”.
      Est-ce quelque chose qui vous a échap­pé ou bien cela a‑t-il été fait à des­sein ? De plus, s’il y a con­sen­sus, je suis alors éton­né de votre arti­cle “Etre pre­mier”. S’il est impos­si­ble de dire “pre­mier” ou “prim­i­tif”, est-il bien néces­saire de dis­cuter le terme comme vous le faites dans cet arti­cle (même si l’ar­gu­men­ta­tion est pas­sion­nante) ?

    6. Je vois que je n’ai pas été assez clair (il est par­fois dif­fi­cile de se com­pren­dre) : il y a un con­sen­sus glob­al en France sur cette ques­tion, dans lequel je ne m’in­scris pas (ce qui était aus­si le cas de Tes­tart, pour ne pas par­ler des marx­istes de la généra­tion précé­dente). Donc, j’emploie bel et bien ce terme çà des­sein, mal­gré les dif­fi­cultés qu’il soulève, et je sais que ce faisant, je ne prends pas l’opin­ion dom­i­nante dans le sens du poil… (mais ce n’est ni la pre­mière, ni la dernière fois que cela m’ar­rive !)

    7. Mer­ci ! Là, c’est exces­sive­ment clair. Je vous remer­cie d’avoir pris le temps de me répon­dre. Et je suis égale­ment désolé d’avoir été assez peu clair.
      Bien à vous, JT.

    8. Ne soyez désolé de rien, il faut pren­dre le temps de se com­pren­dre et ce n’st pas tou­jours facile. Et vous m’avez oppor­tuné­ment rap­pelé que j’avais lais­sé ce prob­lème inachevé, et qu’il fau­dra bien un jour que je tente sérieuse­ment de m’y attel­er…

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