Des bases de données ethnographiques (et un petit cadeau de Noël)

Les chercheurs (en par­ti­c­uli­er, aux États-Unis) ont depuis longtemps com­pris l’intérêt, dans le but de fonder un com­para­tisme raison­né et de met­tre en lumière cor­réla­tions et lois soci­ologiques, de dis­pos­er de bases de don­nées, éventuelle­ment car­tographiées, rassem­blant des infor­ma­tions sur un échan­til­lon suff­isam­ment riche de peu­ples. Je n’in­sis­terai pas sur les deux grands prob­lèmes de méth­ode que pose l’élab­o­ra­tion de telles bases. Le pre­mier tient à la dif­fi­culté du codage : pour être exploita­bles, les infor­ma­tions sur les dif­férents peu­ples doivent être ramenées à un dénom­i­na­teur com­mun, c’est-à-dire à une série de valeurs qui per­me­t­tent sta­tis­tiques et raison­nements. Le sec­ond prob­lème (qui se situe davan­tage en aval, lorsqu’il s’ag­it de tir­er des con­clu­sions des don­nées) est con­nu sous le nom de « prob­lème de Gal­ton » : deux infor­ma­tions peu­vent appa­raître comme indépen­dantes dans la base (car por­tant sur deux peu­ples dif­férents) alors qu’en réal­ité, elles procède d’une orig­ine com­mune. Les sta­tis­tiques qu’on peut en tir­er sont alors biaisées.
La base la plus célèbre est peut-être celle des Human Rela­tion Area Files. Il s’ag­it d’une base que l’on peut qual­i­fi­er de qual­i­ta­tive : ces « fichiers » rassem­blent des extraits d’ethno­gra­phies sur env­i­ron 400 peu­ples, acces­si­bles par mots-clés. Ils ne com­por­tent ni vari­ables ni codages, et l’on ne peut donc l’u­tilis­er pour une approche quan­ti­ta­tive. Les HRAF sont évidem­ment disponibles en ligne… mal­heureuse­ment, pro­tégés par l’ac­cès payant via quelque insti­tu­tion uni­ver­si­taire qui en aura payé le prix (au pas­sage, même si là n’est certes pas le pire scan­dale de la société cap­i­tal­iste, le fait que des con­nais­sances d’in­térêt col­lec­tif, qui plus est accu­mulées par des chercheurs rémunérés sur des bud­gets publics, soient réservées à ceux dont l’employeur peut en pay­er le prix est une absur­dité qui suf­fi­rait à con­damn­er l’or­gan­i­sa­tion sociale qui la pro­duit).
Une autre base, par­fois con­fon­due avec la précé­dente car c’est pour par­tie le même insti­tut qui en est à l’o­rig­ine, est l’Ethno­graph­ic Atlas. Dans les années 1960, sous la houlette de l’an­thro­po­logue George Peter Mur­dock, un vaste pro­gramme de recherche ame­na à la pub­li­ca­tion de cette base com­por­tant plus d’un mil­li­er de peu­ples, pour lesquels plusieurs dizaines de vari­ables, décrivant la vie matérielle, religieuse, ou l’or­gan­i­sa­tion sociale, avaient été codées. Même si ce tra­vail présente man­i­feste­ment cer­taines imper­fec­tions, il con­tin­ue de représen­ter une point de départ ines­timable.

Sur le net (et mon petit cadeau)

Deux ver­sions sont tra­di­tion­nelle­ment disponibles en ligne.

Le Standard Cross-Cultural Sample (SCCS)

La pre­mière est un extrait nom­mé le SCCS – Stan­dard Cross-Cul­tur­al Sam­ple, com­por­tant 186 sociétés choisies pour élim­in­er au max­i­mum le prob­lème de Gal­ton. Il est pos­si­ble de télécharg­er le SCCS au for­mat SPSS (un logi­ciel de sta­tis­tiques), mais on peut égale­ment le con­sul­ter directe­ment en ligne, en croisant n’im­porte quelle des deux vari­ables.

L’Ethnographic Atlas

Quant à l’Ethno­graph­ic Atlas, assez étrange­ment, il n’é­tait disponible qu’en ver­sion SPSS… jusqu’à ce jour de fête, où je mets à mon tour en ligne une ver­sion télécharge­able au for­mat Excel.

Cartomares

Je fai­sais un peu plus haut allu­sion aux faib­less­es de l’Ethno­graph­ic Atlas ; c’est en par­tant du con­stat que les vari­ables décrivant les presta­tions et paiements mat­ri­mo­ni­aux étaient trop grossière­ment codées, et donc peu exploita­bles en l’é­tat, qu’Alain Tes­tart avait entre­pris le pro­jet Car­tomares (aux don­nées et résul­tats entière­ment con­sulta­bles en ligne) : deux bases de don­nées (qu’il avait ensuite croisées) por­tant sur le mariage et l’esclavage pour dettes. Les don­nées sur le mariage, en par­ti­c­uli­er, et le codage choisi, sont remar­quables de pré­ci­sion.
Cette base reste mal­heureuse­ment encore très peu con­nue, ain­si que j’ai pu le remar­quer à plusieurs repris­es. On pour­ra se référ­er, par exem­ple, au pro­jet Bridewealth, por­tant sur le prix de la fiancée à tra­vers le monde, et qui ignore tout des élé­ments rassem­blés par A. Tes­tart et son équipe (j’ai trans­mis l’in­for­ma­tion par con­nais­sance inter­posée, en espérant qu’elle retien­dra l’at­ten­tion…).

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