La monnaie, un fait universel ?

Une célèbre curiosité : la mon­naie de pierre de l’île de Yap
J’ai été assez éton­né d’ap­pren­dre ces jours derniers que cer­tains écon­o­mistes ou anthro­po­logues défendaient l’idée d’une uni­ver­sal­ité de la mon­naie dans les sociétés humaines et, qui plus est, que cette posi­tion était sou­vent con­sid­érée comme une référence. Ain­si, on m’a indiqué un texte disponible en ligne, écrit par Jean-Michel Servet, Brunot Theret et Zeynep Yildirim, dont le titre « Uni­ver­sal­ité du fait moné­taire et plu­ral­ité des mon­naies », annonce claire­ment la teneur.
L’un des grands débats qui tra­versent les sci­ences sociales porte sur les mon­naies prim­i­tives ; ces mon­naies, par rap­port à la nôtre, pos­sè­dent des formes et des fonc­tions notable­ment dif­férentes. Aus­si, cer­tains chercheurs, insis­tant sur ces dif­férences, leur ont dénié la qual­ité de mon­naie. Inverse­ment, d’autres – dont les auteurs de l’ar­ti­cle –, insis­tent sur les points com­muns et mon­trent qu’il existe bel et bien une légitim­ité à par­ler de mon­naie en général pour désign­er l’ensem­ble de ces instru­ments. Jusque-là, je ne peux que les suiv­re. Le prob­lème, c’est qu’en mil­i­tant pour cette idée juste, l’ar­ti­cle en prof­ite pour intro­duire un cer­tain nom­bre d’af­fir­ma­tions fort con­testa­bles.

Le syl­lo­gisme sur lequel il repose est le suiv­ant : puisque toutes les mon­naies, si dif­férentes les unes des autres puis­sent-elles paraître au pre­mier abord, révè­lent à l’ex­a­m­en une pro­fonde unité, c’est donc ipso fac­to que la mon­naie est un fait social uni­versel. Je crois que c’est ce que veut dire « l’u­ni­ver­sal­ité de la mon­naie est d’or­dre anthro­pologique et non pas his­torique » (p. 3, repris dans le résumé), idée qui revient un peu plus loin : « En résumé, si on admet que la mon­naie telle que définie (…) en rela­tion avec la dette de vie et la sou­veraineté (soit avec la vie et la mort dans leurs formes tant indi­vidu­elles que col­lec­tives), alors la mon­naie est bien un « principe anhis­torique », c’est-à-dire un invari­ant anthro­pologique » (p. 7)
J’avoue avoir du mal avec le fait de définir la mon­naie comme un principe – à peu près autant qu’avec les phénomènes soci­aux anhis­toriques en général. La mon­naie, me sem­ble-t-il est un out­il, un instru­ment, une insti­tu­tion, et sans doute bien d’autres choses encore, bien avant d’être un « principe ». Mais ce n’est là qu’un détail, com­paré au prin­ci­pal prob­lème qui con­siste, tout en recon­nais­sant du bout des lèvres qu’il puisse exis­ter des sociétés sans mon­naie, à faire à longueur de pages comme si ce n’é­tait pas le cas, ou que ces occur­rences sont quan­tité nég­lige­able.
Il n’est pas sans intérêt de relever, au cours de l’ar­ti­cle, les oscil­la­tions entre une pré­ten­due uni­ver­sal­ité de la mon­naie, réitérée à maintes repris­es, et les bémols apportés, en pas­sant, à cette affir­ma­tion. De l’idée que la mon­naie est un phénomène « pra­tique­ment uni­versel » (p. 3, mes soulignés), on passe un peu plus bas à « l’u­ni­ver­sal­ité du fait moné­taire ». Cette uni­ver­sal­ité est répétée en haut de la page suiv­ante (p. 4). Sur cette même page, elle sert de titre à la pre­mière par­tie, puis est reprise dans le texte. C’est à nou­veau le cas page 5, en titre et dans le texte, dans la par­tie con­sacrée à Mauss con­tre Simiand. Page 6, on apprend toute­fois que le « lien fon­da­teur entre mon­naie et sac­ri­fice rel­a­tivise (…) un tant soit peu le car­ac­tère uni­versel de la mon­naie car toutes les sociétés, notam­ment celles de chas­seurs-cueilleurs, ne con­nais­sent pas de rites sac­ri­fi­ciels » (je reviendrai en fin de bil­let sur cet argu­ment étrange). Nous voilà donc devant la « qua­si uni­ver­sal­ité de la représen­ta­tion moné­taire du tout social » (p. 7), qua­si-uni­ver­sal­ité qui rede­vient aus­sitôt « un invari­ant anthro­pologique de même niveau que le tabou de l’inces­te » (p. 7). Ain­si, « toute société, à la restric­tion peut-être [com­ment cela, ‘peut-être’ ?] de groupes de chas­seurs-cueilleurs, con­naît une mon­naie ». Tout cela amène à sug­gér­er que « la mon­naie se situe plus générale­ment et plus essen­tielle­ment aux orig­ines même de l’hu­man­ité dans la déf­i­ni­tion de stan­dards des rela­tions sociales. » (p. 9).
Le prob­lème, c’est qu’un phénomène uni­versel qui con­naît des excep­tions n’est pré­cisé­ment pas un phénomène uni­versel. A for­tiori lorsque les excep­tions con­cer­nent tout un stade déter­miné de l’évo­lu­tion sociale (défi­ni ici, avec quelque approx­i­ma­tion, comme celui des chas­seurs-cueilleurs). L’ensem­ble des sociétés humaines ayant com­mencé par être durant au bas mot 95 % de leur exis­tence des sociétés de chas­seurs-cueilleurs, la per­spec­tive se ren­verse totale­ment : l’ex­cep­tion, si l’on raisonne du point de vue sta­tis­tique, n’est pas l’ab­sence de la mon­naie, mais son exis­tence. Et quoi qu’il en soit, il est éminem­ment prob­lé­ma­tique de recon­naître d’un côté l’inex­is­tence de la mon­naie chez les chas­seurs-cueilleurs, tout en la pro­mou­vant au rang d’in­vari­ant anthro­pologique.
« Le procès » (J. Clark, 1814) : une procé­dure de répa­ra­tion en Aus­tralie aborigène.
L’ensem­ble du con­ti­nent igno­rait, sauf de manière excep­tion­nelle,
les paiements de mariage ou le « prix du sang » (wergeld)
Pour­tant, toute la matière accu­mulée par l’an­thro­polo­gie mon­tre que la mon­naie – cor­recte­ment iden­ti­fiée (p. 9) par les auteurs comme étant pri­mor­diale­ment un moyen de paiement (pour faire face à des oblig­a­tions sociales) et non d’échange (pour faciliter le troc) – est apparue à un stade déter­miné de l’évo­lu­tion sociale. Dans toutes les sociétés de chas­seurs-cueilleurs nomades non éleveurs, et dans les sociétés de cul­ti­va­teurs non stockeurs, les paiements en biens n’ex­is­tent pas (ou ils restent totale­ment mar­gin­aux). Le mariage, de même que les com­pen­sa­tions pour meurtre, néces­si­tent des presta­tions en tra­vail, des répa­ra­tions par le verse­ment du sang, mais ils n’im­pliquent jamais de biens : le « prix de la fiancée » (impro­pre­ment appelé dot dans le texte), tout comme le wergeld, sont incon­nus. Ce sont des sociétés sans richesse, dans lesquelles les rap­ports entre indi­vidus ne passent pas par la capac­ité à fournir une quan­tité déter­minée de biens matériels. Il n’y existe ni iné­gal­ités de for­tune (autres qu’embryonnaires), ni biens dits de pres­tige, fab­riqués et amassés à seule fin de servir dans ces paiements.
Ces sociétés ont été abon­dam­ment décrites dans la lit­téra­ture eth­nologique, et elles sont fort bien con­nues : elles englobent des peu­ples aus­si célèbres que les Inu­its, les San (Bush­men), les Hadza, les Andamanais, l’ensem­ble des Aborigènes d’Aus­tralie, sans par­ler, entre autres, de nom­breuses tribus papoues ou ama­zoni­ennes. Aus­si peut-on s’é­ton­ner de les voir ain­si sys­té­ma­tique­ment ignorées, et ce d’au­tant plus que l’ar­rivée des paiements – et de la mon­naie – a représen­té un boule­verse­ment social con­sid­érable, au point qu’Alain Tes­tart le con­sid­érait comme la plus grande rup­ture jamais con­nue par les sociétés humaines (voir sa Clas­si­fi­ca­tion des sociétés, ou cet arti­cle posthume). Cette tran­si­tion, au demeu­rant, a été étudiée par de nom­breux autres anthro­po­logues, tels P. Lemon­nier dans son Guer­res Et Fes­tins — Paix, Échanges Et Com­péti­tion Dans Les High­lands De Nou­velle-Guinée.
Dès lors, ignor­er que la mon­naie a été insti­tuée – et qu’elle l’a été à un stade iden­ti­fié du développe­ment tech­ni­co-social, avec la tran­si­tion vers une économie de stock­age – c’est la faire bas­culer du côté de la nature humaine ; il n’y aurait de (véri­ta­ble) société que moné­taire. Il n’est donc pas éton­nant que la myopie qui frappe le passé empêche aus­si de dis­tinguer l’avenir. L’idée que la mon­naie mod­erne serait le couron­nement de l’évo­lu­tion moné­taire est ain­si assim­ilée à celle selon laque­lle la société cap­i­tal­iste serait le couron­nement ultime de toute l’évo­lu­tion sociale : « Pos­tuler une mon­naie uni­verselle sans mul­ti­plic­ité des mon­naies ne peut se faire qu’en revendi­quant une vision évo­lu­tion­niste linéaire du monde dans laque­lle la mon­naie mod­erne à pré­ten­tion uni­verselle et portée par les forces dom­i­nantes du cap­i­tal­isme serait le point d’aboutisse­ment ultime de l’his­toire de l’hu­man­ité, la fin de l’his­toire en quelque sorte. » (p. 12) L’his­toire de l’hu­man­ité serait donc, depuis tou­jours et pour tou­jours, celle de la mon­naie.
Pour­tant, il est forte­ment per­mis de penser que la mon­naie fait par­tie de ces insti­tu­tions sociales qui, apparues à un cer­tain stade du développe­ment économique, dis­paraitront à un stade de développe­ment supérieur, à l’in­star de l’É­tat ou des fron­tières nationales. La mon­naie prim­i­tive, selon la très belle for­mule d’Alain Tes­tart, a été l’in­ven­tion de l’anony­mat (cf. Aux orig­ines de la mon­naie) : elle a per­mis d’af­franchir les oblig­a­tions sociales de leur car­ac­tère per­son­nel, et d’ini­ti­er ain­si des rela­tions plus loin­taines et plus diver­si­fiées. Lorsqu’elle s’est emparée de la cir­cu­la­tion des biens, la mon­naie a été le liant qui a organ­isé l’ac­tiv­ité économique des êtres humains sur une échelle de plus en plus large. Aujour­d’hui, plus un seul endroit du monde ne peut men­er ses activ­ités de pro­duc­tion et de con­som­ma­tion de manière indépen­dante par rap­port au reste de la planète : la mon­naie a joué un rôle cen­tral dans la coor­di­na­tion glob­ale des activ­ités économiques de l’hu­man­ité. Mais cette coor­di­na­tion, qui se réalise par les mécan­ismes du marché, reste aveu­gle, et la mon­naie est le prix de cette céc­ité. Que la coor­di­na­tion devi­enne con­sciente, qu’elle s’ef­fectue par plan­i­fi­ca­tion et non selon les tâton­nements obscurs du marché, et la mon­naie ter­min­era au musée comme une canne blanche dev­enue inutile.

Post-scrip­tum : la mon­naie et le sac­ri­fice.
Je décou­vre dans ce texte l’ex­is­tence d’une thèse expli­quant la nais­sance de la mon­naie par le sac­ri­fice : « (…) la mon­naie trou­ve une orig­ine dans des paiements sac­ri­fi­ciels, c’est-à-dire dans des dettes engen­drées non pas à l’oc­ca­sion d’échanges hor­i­zon­taux régis par un principe de réciproc­ité, mais par les “échanges” ver­ti­caux entre les humains et les puis­sances qu’ils recon­nais­sent comme sou­veraines. ». (p. 6) Je ne con­nais pas l’ensem­ble des argu­ments qui vien­nent à l’ap­pui de cette idée, mais le seul qui soit présen­té ici, dans la note de bas de page 440, n’est pas de nature à me con­va­in­cre. On y explique que les paiements de mariage, chez un peu­ple de Nou­velle-Guinée, sont réputés avoir été insti­tués par l’au­to-sac­ri­fice d’un ancêtre pri­mor­dial. Mais à par­tir de là, affirmer que c’est le sac­ri­fice qui explique les paiements, c’est, selon une for­mule célèbre, croire aux calem­bredaines religieuses des papous autant qu’ils y croient eux-mêmes. Jusqu’à preuve du con­traire, en Papouasie comme ailleurs, la mon­naie est par déf­i­ni­tion quelque chose qui cir­cule entre êtres humains, et non entre ceux-ci et des dieux ou des esprits. Que les hommes qui l’u­tilisent prê­tent ou non une dimen­sion religieuse à la mon­naie, celle-ci est objec­tive­ment un fait social, qui doit être expliqué en tant que tel. Pour dire les choses autrement, une sci­ence qui croit sur parole ce que les hommes dis­ent de leurs rap­ports soci­aux a peu de chances de faire de grandes découvertes.[EDIT du 19/​10 : je suis allé lire l’ar­ti­cle en ques­tion. Il expose et analyse la manière dont la société wodani appréhende et perçoit la mon­naie, le sym­bol­isme que porte celle-ci, et men­tionne le mythe d’o­rig­ine de l’au­to-sac­ri­fice (je ne suis d’ailleurs pas cer­tain que le terme soit bien choisi, car je ne vois pas à qui ce « sac­ri­fice » est cen­sé être des­tiné). Tou­jours est-il que dans son arti­cle, l’au­teur ne pré­tend nulle part, me sem­ble-t-il, que le sac­ri­fice orig­inel explique l’ex­is­tence de la mon­naie – tout au moins, si l’on par­le des mécan­ismes soci­aux réels, et non de leur reflet dans les croy­ances des Wodani.]

5 commentaires

  1. Bon­jour,

    Mer­ci pour cet arti­cle pas­sion­nant.

    > Que la coor­di­na­tion devi­enne con­sciente, qu’elle s’ef­fectue par plan­i­fi­ca­tion et non selon les tâton­nements obscurs du marché, et la mon­naie ter­min­era au musée comme une canne blanche dev­enue inutile.

    La mon­naie ne con­tin­uerait-elle pas à être utile pour les trans­ferts non-marchands, par exem­ple le paiement d’oblig­a­tions sociales (amendes, impôts, etc.) ?

    1. Bon­jour

      Il est tou­jours dif­fi­cile d’an­ticiper sur une forme sociale future et de savoir jusqu’à quel point on pour­ra se pass­er, dans une société com­mu­niste (appelons un chat un chat) d’un instru­ment d’u­nité de compte, de trans­ac­tion et de répar­ti­tion. J’ai ten­dance à penser que dans une société plan­i­fiée achevée, les impôts n’au­ront par déf­i­ni­tion plus de sens : l’ensem­ble de l’ac­tiv­ité économique étant directe­ment organ­isée sous le con­trôle de la col­lec­tiv­ité, celle-ci affectera les ressources qui lui sem­bleront adéquates à la pro­duc­tion, et dis­tribuera ce qui lui sem­blera néces­saire sous forme de biens de con­som­ma­tion. Quant aux amendes, si elles per­durent, on peut imag­in­er qu’elles pour­raient fort bien être en nature, par exem­ple sous la forme d’heures de tra­vail. Mais il me sem­ble que dans une telle société, où les indi­vidus auront été élevés dans le respect de l’in­térêt col­lec­tif, la recherche du prof­it indi­vidu­el paraî­tra aus­si étrange que peut l’être à nos yeux l’anoblisse­ment. Et que par con­séquent, il n’y aura pas plus besoin d’a­mendes pour rec­ti­fi­er des com­porte­ments prob­lé­ma­tiques qu’il n’y en a besoin aujour­d’hui pour recadr­er un enfant qui fait un caprice.

  2. Autant je trou­ve que vous faites, par cer­tains côtés, un très bon tra­vail de syn­thèse, clair et rigoureux sur les don­nées de l’an­thro­polo­gie, autant, dès que l’on touche aux fonde­ments marx­istes et tes­tar­di­ens de votre approche, cela se met à décon­ner sérieuse­ment.
    C’est à se deman­der si vous avez lu sérieuse­ment ce texte ; j’e­spère pour vous que non car vous finis­sez par lui faire dire exacte­ment le con­traire de ce qu’il veut sig­ni­fi­er : la plu­ral­ité irré­ductible des mon­naies et la nature pré­cise des mon­naies prim­i­tives que l’on trou­ve dans l’his­toire fait qu’il est impos­si­ble de con­sid­ér­er l’ar­gent que nous con­nais­sons dans l’é­conomie cap­i­tal­iste actuelle comme le som­met de l’évo­lu­tion humaine. La per­spec­tive des auteurs est tout sauf évo­lu­tion­niste, con­traire­ment à ce que vous pré­ten­dez.
    Mais, on touche vrai­ment le fond de la mis­ère du marx­isme quand votre inter­pré­ta­tion est reprise à ce lien,http://contrecapital.blogspot.com/2015/12/la-monnaie-un-fait-universel.html?spref=bl,pour dire des bêtis­es aus­si énormes que cela :
    “Une réponse aux fétichistes de la mon­naie pour qui l’ar­gent sem­ble être un fait uni­versel et non his­torique. Fétichis­er un out­il à un tel point en dit long sur la façon dont le Cap­i­tal a façon­né la pen­sée au point de vouloir nous faire croire que le Soleil tourne autour de la Terre c’est à dire que l’ar­gent est un out­il atem­porel et uni­versel humain. Nous l’af­fir­mons à nou­veau : l’ar­gent est un out­il pro­vi­soire pour l’hu­man­ité.”
    Le pau­vre qui a écrit cela ne se rend pas du tout compte que c’est lui qui est, en réal­ité, com­plète­ment colonisé par l’imag­i­naire du cap­i­tal­isme en étant par­faite­ment inca­pable d’ap­préhen­der les mon­naies ( prim­i­tives en par­ti­c­uli­er) en dehors de la caté­gorie de l’ar­gent mod­erne. Ce n’est qu’une illus­tra­tion par­mi tant d’autres qui mon­tre que marx­isme et cap­i­tal­isme puisent rigoureuse­ment au même imag­i­naire éco­nomi­ciste et util­i­tariste (je pré­cise bien que je dis­tingue rigoureuse­ment l’oeu­vre de Marx lui-même, que je con­sid­ère comme un des penseurs essen­tiels de la moder­nité, du naufrage qu’elle a subi dans le cours ultérieur du marx­isme)

    1. Bon­jour

      Toutes mes excus­es pour ma réponse tar­dive à cette aimable inter­pel­la­tion. Il est pos­si­ble que j’aie mal lu le texte et tout aus­si pos­si­ble que je l’aie mal com­pris. J’avoue ne pas l’avoir trou­vé d’une clarté insigne – ce que je men­tion­nais dans ma cri­tique – et avoir la flemme de m’y rec­oller. Pour­tant, en par­courant mon bil­let, j’y vois un cer­tain nom­bre d’ex­traits que j’ai pris la peine de repro­duire, extraits qui indiquent notam­ment un flou, pour ne pas dire un franc zigzag, sur le car­ac­tère uni­versel de la mon­naie. Mais peut-être avez-vous sur ce point des lumières qui m’é­claireront ?
      Pour le reste, je ne sais pas du tout qui est « le pau­vre » en ques­tion, ni en quoi le marx­isme puis­erait au même imag­i­naire que le cap­i­tal­isme (déjà, le sim­ple par­al­lèle entre une doc­trine et une organ­i­sa­tion sociale me laisse per­plexe).
      Après, je veux bien qu’il y ait des mon­naies partout, qui ser­vent à tout autre chose qu’à la nôtre. J’ai toute­fois peur que ce pos­tu­lat soit aus­si utile à notre com­préhen­sion du monde qu’une théorie biologique qui proclam­erait que tous les ani­maux sont des chats, même ceux qui aboient, qui ont des plumes ou des écailles, et que ceux qui refusent d’imag­in­er des chats sous-marins dotés de branchies sont vic­times de leur étroitesse d’e­sprit.

  3. Non l ’ argent n ’ est pas mau­vais en soi — mais il n ’ est pas indis­pens­able — ni même pour l ’ échange ( le libre — - ? ) — D ’ ailleurs l ’ échange ( ou troc ) , est-ce la bonne manière de procéder ? Les sociétés indi­ennes de l ’ Ama­zonie ne con­nais­saient ni l ’ argent , ni le troc , mais pra­ti­quaient la dis­tri­b­u­tion .
    http://mondeindien.centerblog.net/

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