James Morill, le Narcisse Pelletier anglais

En lisant l’in­tro­duc­tion de Stephanie Ander­son (voir ce post) à la tra­duc­tion anglaise du réc­it de Nar­cisse Pel­leti­er, je décou­vre l’ex­is­tence d’un autre per­son­nage au sort com­pa­ra­ble.
James Morill, ou Mur­rels (1824–1865) était lui aus­si un marin naufragé, et fut lui aus­si recueil­li par les Aborigènes du Queens­land (la province située au nord-est du con­ti­nent). Coïn­ci­dence éton­nante, la durée de son exil for­cé (17 ans) fut la même que celle de Pel­leti­er, et les dates (de 1846 à 1863), se recou­vrent large­ment — Ils avaient toute­fois fort peu de chances de se crois­er, Morill ayant vécu dans la région du Mont Elliott, soit des cen­taines de kilo­mètres plus au sud que Pel­leti­er.
Les sou­venirs de Morill for­ment un texte court, paru en 1863 sous le titre de Sketch of a Res­i­dence among the Abo­rig­ines of North­ern Queens­land for Sev­en­teen Years — Being a Nar­ra­tive of my Life, Ship­wreck, Land­ing on the Coast, Res­i­dence among the Abo­rig­i­nals, With an Account on their Man­ners and Cus­toms, and Mode of Liv­ing (Séjour par­mi les Aborigènes du Queens­land du Nord durant dix-sept ans — un réc­it de ma vie, de mon naufrage, de mon échouage sur la côte, de mon séjour par­mi les Aborigènes, avec une descrip­tion de leurs pra­tiques et de leurs cou­tumes, et de leur mode de vie).
Le texte est disponible en ligne, au for­mat pdf (en anglais, ). 

Par la force des choses (il ne fait que 25 pages, dont la moitié con­sacrée aux évène­ments eux-mêmes), il ne donne pas énor­mé­ment de détails sur la vie sociale des Aborigènes. Il con­tient toute­fois plusieurs obser­va­tions très intéres­santes sur la guerre, les rap­ports entre les sex­es, ou encore l’ini­ti­a­tion des jeunes gens.

On apprend ain­si pêle-mêle (et entre autres) que :

  • « les femmes ont très peu d’en­fants, rarement plus de qua­tre, et très rarement plus d’un à la fois » (p. 17–18), un fait à met­tre en rap­port avec la grande mobil­ité de ces pop­u­la­tions. 
  • « Les hommes ont plusieurs femmes, — dans quelque cas, jusqu’à huit ou neuf — et c’est à pro­pos de leurs femmes que survi­en­nent toutes leurs guer­res, leurs con­flits et leurs vengeances ; ils se les volent les uns aux autres et les prê­tent fréquem­ment, ou les vendent pro­vi­soire­ment (sic) pour une somme mod­ique. » (p. 18). 
  • « Ils n’ont pas de chefs — le plus fort est le meilleur » (p. 18)
  • « Ils man­gent les jeunes hommes tués au com­bat, ou, s’il sont décédés de mort acci­den­telle, égale­ment les jeunes femmes et les enfants, mais jamais ceux de leur enne­mis. Ils découpent leurs enne­mis en ban­des, les font séch­er et dis­tribuent les morceaux par­mi la tribu, un moyen par lequel ils pensent qu’ils ajoutent la force des enne­mis à la leur, et qu’ils con­naîtront le suc­cès à la chas­se et à la pêche. » (p. 20)
  • Après les céré­monie d’ini­ti­a­tion, qui se déroulent « env­i­ron tous les six ans » (p. 22), « Ils volent les femmes des vieux et des faibles, et les filles à leurs par­ents, ce qui entraîne des com­bats, qui s’é­ten­dent sou­vent à deux tribus, et là éclate une guerre qui n’est pas, cepen­dant, de nature très san­guinaire. Ils reçoivent sou­vent de ter­ri­bles coups et par­fois, l’un d’en­tre eux est tué. » (p. 23).

1 commentaire

  1. Bon­jour Christophe
    Vos lecteurs pour­raient s’intéresser à un lien français avec l’histoire, incroy­able elle aus­si, du naufragé James Mor­rill. Après son retour dans la société colo­niale, Mor­rill fait la con­nais­sance d’un immi­gré d’origine français, Anthelme Thozet (1830–1878). Thozet, entre autres métiers, fut botaniste. Il rési­da à Rock­hamp­ton, étant l’un des fon­da­teurs du beau jardin des plantes de la ville. Il envoy­ait régulière­ment des spéci­mens de plantes et d’insectes aus­traliens aux grandes expo­si­tions inter­na­tionales en France et ailleurs, il était en cor­re­spon­dance avec le botaniste célèbre Fer­di­nand von Mueller. Thozet pub­lia un arti­cle sur l’emploi de plantes par les Aborigènes basé sur les ren­seigne­ments que Mor­rill lui a com­mu­niqués : “Notes on some of the roots, tubers, bulbs, and fruits, used as veg­etable food by the Abo­rig­i­nals of North­ern Queens­land, Aus­tralia”, Rock­hamp­ton [Qld.] : Print­ed by W.H. Buza­cott, “Bul­letin” Office, 1866, 20 p. (Nation­al Library of Aus­tralia).
    On peut savoir plus sur ce Français en exil poli­tique en Aus­tralie, com­mé­moré de nos jours à Rock­hamp­ton, en con­sul­tant le site web qu’on lui a dédié :
    http://www.thozet.com
    Cor­diale­ment
    Stephanie Ander­son

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