Le « matriarcat » Khasi

« Anisha à la fenêtre » (Karolin Klüp­pel, 2014)

Un lecteur et ami me sig­nale un reportage du New York Times faisant état de vil­lages indi­ens dirigés par les femmes. Cela se passe chez les Khasi, une pop­u­la­tion vivant à l’est du pays, dans ce ter­ri­toire situé non loin du pied de l’Hi­malaya, au nord du Bengladesh. Je n’ai aucune infor­ma­tion sur l’é­tat actuel de ces sociétés et sur les éventuels boule­verse­ments qu’y a amené un con­tact de longue date avec des sociétés plus dévelop­pées. En revanche, con­tre la qual­i­fi­ca­tion impru­dente et hâtive de la société tra­di­tion­nelle Khasi comme matri­ar­cat, je repro­duis ici ce que j’en écrivais dans mon Com­mu­nisme prim­i­tif (p. 102) :

Par­mi les autres exem­ples de matri­ar­cats fréquem­ment cités, on trou­ve les Khasi du Nord-Est de l’Inde, une autre société matril­inéaire et matrilo­cale où, en plus de l’appartenance clanique, les femmes se trans­met­taient donc de mère en fille la mai­son, les bijoux et les biens immo­biliers. Dans cer­tains vil­lages, la fonc­tion de grand prêtre était même détenue par une femme et trans­mise dans son clan. Tout cela n’empêchait pas les hommes d’exercer une autorité qui, si elle n’était pas absolue, restait indis­cutable :

« Dans le ménage, bien que la femme soit pro­prié­taire, c’est son frère aîné qui règne et, lorsque le mari, après la rési­dence matrilo­cale du début, s’établit pour son compte, c’est lui le maître incon­testé. En out­re, le droit cou­tu­mi­er recon­naît au mari la pos­si­bil­ité de tuer la femme adultère sur­prise en flagrant délit. La sou­veraineté poli­tique se trans­met en ligne fémi­nine, mais d’un homme à l’autre ; c’est seule­ment en l’absence d’héritiers mâles que la femme est appelée à suc­céder ; dans la suite elle passe sa charge à son fils et non à sa fille. » [Robert Lowie, Traité de soci­olo­gie prim­i­tive]

On pour­ra remar­quer que la matrilo­cal­ité des Khasi est assez rel­a­tive, puisqu’elle n’est que tem­po­raire. Mais si ce témoignage indique que la rési­dence a effec­tive­ment des con­séquences sur l’identité de l’individu qui exerce l’autorité domes­tique, il confirme égale­ment qu’elle n’en a aucune sur son sexe : frère ou mari, il s’agit tou­jours d’un homme.

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