Discussion : Pourquoi la domination masculine s’est-elle maintenue jusqu’à nos jours ?

Quelques réac­tions com­mençant à par­venir par mail, j’ou­vre ce sujet afin que s’ou­vre la dis­cus­sion sur les faits et les argu­ments présen­tés dans le livre.
Ici, à pro­pos d’un pas­sage de la con­clu­sion : pourquoi la dom­i­na­tion mas­cu­line s’est-elle main­tenue jusqu’à nos jours ?

9 commentaires

  1. Il faut bien qu’il y en ait un qui se lance, alors j’y vais.

    Je tiens à pré­cis­er que je suis un lecteur lamb­da, sans con­nais­sances par­ti­c­ulières préal­ables sur le sujet, mais que j’ai lu le livre avec intérêt et égale­ment avec atten­tion. J’ai trou­vé la plu­part des argu­ments faisant le point sur le sché­ma de Mor­gan et d’En­gels puis la cri­tique de cer­taines posi­tions inten­ables sur le matri­ar­cat, etc. très clairs et très con­va­in­cants.

    Il y a tout de même une thèse impor­tante du livre que j’ai du mal à digér­er, et qui se trou­ve résumée dans le chapitre con­clu­sion. Il s’ag­it des raisons de la con­tin­u­a­tion de la dom­i­na­tion mas­cu­line alors même que les con­di­tions objec­tives de cette dom­i­na­tion ont dis­paru depuis longtemps.

    Cela paraît, à pre­mière vue, vrai­ment très improb­a­ble que rien, depuis des mil­lé­naires, dans toutes les vari­antes de peu­ples et de civil­i­sa­tions, ne soit venu remet­tre en ques­tion la dom­i­na­tion mas­cu­line avant le cap­i­tal­isme. Je com­prends bien que pour s’en con­va­in­cre véri­ta­ble­ment, on est con­fron­té à un nou­veau tra­vail de titans, mais c’est tout de même dur à avaler sans verre d’eau. On se dit qu’i­ci où là, il doit bien y avoir eu des endroits où le rôle économique des femmes a for­cé une cer­taine représen­ta­tion poli­tique, et qu’en­suite, on ne voit pas pourquoi elles l’au­raient à nou­veau per­due (sta­tis­tique­ment, sur beau­coup de sociétés, bien sûr). Je sup­pose qu’on peut plus ou moins exclure ce genre de scé­nario en regar­dant les don­nées his­toriques, archéologiques et anthro­pologiques qu’on a, mais ça paraît tout de même bizarre, et on a l’im­pres­sion qu’il manque peut-être un bout d’ex­pli­ca­tion.

    Pour for­muler les choses autrement, dire que rien n’est venu remet­tre en ques­tion la dom­i­na­tion mas­cu­line, alors que les caus­es objec­tives de cette dom­i­na­tion avaient dis­parues depuis longtemps, c’est presque une con­tra­dic­tion, parce qu’à par­tir du moment où les con­di­tions objec­tives ont dis­parues, en dehors du poids des tra­di­tions, il n’y a plus aucune bar­rière à ce que la dom­i­na­tion mas­cu­line soit remise en ques­tion, et n’im­porte quel évène­ment his­torique, économique, poli­tique, etc. (qu’on peut un peu con­sid­ér­er comme du hasard à l’échelle qu’on regarde) qui remuerait un peu cer­taines tra­di­tions pour­rait faire tomber une par­tie de cette dom­i­na­tion mas­cu­line, et il n’y aurait aucune rai­son qu’elle revi­enne.

    Est-ce qu’il y a une réponse facile à tout ça ?

  2. Salut ô Iro­quois

    Une réponse facile, cer­taine­ment pas. Mais une réponse longue et dif­fi­cile, on peut essay­er. En tout cas, mer­ci d’avoir ouvert la dis­cus­sion par une remar­que aus­si… stim­u­lante. 😉

    Tout d’abord, per­me­ts-moi de cor­riger un détail impor­tant. L’explication des raisons pour lesquelles la dom­i­na­tion mas­cu­line s’est per­pé­tuée depuis la préhis­toire jusqu’à nos jours n’est pas à pro­pre­ment par­ler une « thèse impor­tante » du livre. C’est une remar­que faite en pas­sant, sur un point certes fon­da­men­tal, mais qui sort de mon sujet (et de mes quelques com­pé­tences). J’ai doc écrit quelques lignes sur ce point dans la con­clu­sion du livre, lignes que je me suis effor­cé de ren­dre les plus pru­dentes et les plus générales pos­si­bles.

    En fait, le cœur du raison­nement est le suiv­ant (par­don pour le car­ac­tère un peu abrupt des phras­es qui suiv­ent, elles résu­ment des développe­ments plus expli­cat­ifs con­tenus dans le livre) :

    1. La base fon­da­men­tale de la dom­i­na­tion mas­cu­line, depuis le paléolithique, est la divi­sion sex­uelle du tra­vail, avec ses modal­ités par­ti­c­ulières qui ont don­né aux hommes un avan­tage décisif (je rap­pelle que dans cer­taines sociétés prim­i­tives, cet avan­tage des hommes est peu ou prou équili­bré par d’autres avan­tages détenus par les femmes).

    2. La société cap­i­tal­iste est la pre­mière (et la seule) dans l’histoire à avoir posé la ques­tion de l’égalité homme-femmes, com­prise comme un idéal où la société serait indif­férente au sexe des indi­vidus en ce qui con­cerne l’attribution des tâch­es, le choix des métiers, de la représen­ta­tion poli­tique, etc.

    3. La base de cette nou­veauté est la struc­ture économique du cap­i­tal­isme, dont cer­tains élé­ments dis­sol­vent la divi­sion sex­uelle du tra­vail (la forme marchan­dise, l’existence d’un marché du tra­vail).

    Alors, l’idée très générale que j’ai voulu exprimer, c’est qu’au fur et à mesure du développe­ment économique et social depuis le paléolithique, l’existence du critère sex­uel pour la divi­sion du tra­vail était de moins en moins une néces­sité objec­tive – au départ répar­ti unique­ment selon le sexe, le tra­vail n’a cessé d’être divisé selon des critères tou­jours plus nom­breux. Mais tout étant de moins en moins néces­saire, cette divi­sion sex­uelle du tra­vail n’a jamais été remise en cause par aucun type économique depuis lors – jusqu’au cap­i­tal­isme.

    En fait, peut-être que la dis­cus­sion provient du dou­ble sens du mot « objec­tive », quand je dis que la divi­sion sex­uelle du tra­vail n’est plus une néces­sité « objec­tive » depuis longtemps. Aujourd’hui, la pro­priété privée des moyens de pro­duc­tion n’est plus une néces­sité « objec­tive » depuis au moins un siè­cle. Pour­tant, tout en étant dépassée par les exi­gences de l’Histoire, elle s’est main­tenue, parce que les con­di­tions de sa dis­pari­tion sont très dif­fi­ciles à réu­nir. Je crois qu’on peut faire une cer­taine analo­gie avec la divi­sion sex­uelle du tra­vail.

    En fait, ce raison­nement est très sim­pli­fié, car il ne porte que sur les caus­es ultimes de la dom­i­na­tion mas­cu­line et de sa dis­pari­tion. Il va de soi qu’il n’est qu’un squelette sur lequel il faudrait met­tre de la chair. La dom­i­na­tion mas­cu­line s’est appuyée depuis des mil­lé­naires sur bien d’autres mécan­ismes, et elle a emprun­té bien d’autres voies. Mais encore une fois, je suis con­va­in­cu que la divi­sion sex­uelle du tra­vail est la base de tout. Avec elle, tous ces autres acteurs peu­vent se met­tre en place. Sans elle, ils sont con­damnés à dis­paraître.

    J’attends impatiem­ment ta réac­tion à cette réponse !

  3. Mer­ci pour ta réponse. Avant de con­tin­uer, peut-être qu’une par­tie de ce qui me trou­ble est que j’ai du mal à cern­er la péri­ode pen­dant laque­lle tu con­sid­ères que les con­di­tions objec­tives avaient dis­paru et que la dom­i­na­tion s’est main­tenue sans véri­ta­ble change­ments. Je com­prends que ça finit au cap­i­tal­isme, mais où cette péri­ode com­mence-t-elle, au fond ? Je me doute qu’il n’y a pas de date ou de stade de civil­i­sa­tion très pré­cis, mais peut-être une sorte de fourchette ?

  4. Plus je réfléchis à tout cela, plus je me dis que la faute incombe à ma for­mu­la­tion ini­tiale, trop impré­cise. En fait, la dom­i­na­tion mas­cu­line repose sur une dou­ble con­di­tion (ou une con­di­tion à deux facettes, comme on voudra) :

    1. la présence d’une divi­sion sex­uelle du tra­vail
    2. au sein de celle-ci, le mono­pole par les hommes de la chas­se, de la guerre, et donc de l’usage de la force organ­isée.

    En réal­ité, ces deux aspects sont loin d’avoir “dis­paru depuis bien longtemps”.

    En ce qui con­cerne le pre­mier : tous les modes de pro­duc­tion depuis le paléolithique, même s’ils ont dévelop­pé la divi­sion sociale du tra­vail, ont main­tenu le critère sex­uel — ain­si, je ne saurais affirmer que la divi­sion sex­uelle du tra­vail est beau­coup moins mar­quée de nos jours que dans les modes de pro­duc­tion précé­dents.

    En ce qui con­cerne le sec­ond, la chas­se ne peut évidem­ment plus guère être con­sid­érée comme une activ­ité fon­da­men­tale ; c’est ce fait que j’avais mal­adroite­ment for­mulé en dis­ant que les “caus­es avaient dis­paru depuis longtemps”. De plus, on peut douter que l’ex­er­ci­ce de la vio­lence organ­isée, même s’il est large­ment resté entre les mains mas­cu­lines, soit demeuré un fac­teur impor­tant dans l’op­pres­sion des femmes. Sur ce point, cepen­dant, je préfèr­erais rester très pru­dent, car le mono­pole des fonc­tions publiques, qui est le ver­sant “paci­fique” du mono­pole de la vio­lence organ­isée, reste très cer­taine­ment un élé­ment décisif dans la dom­i­na­tion mas­cu­line.

    Donc, ce qui a “dis­paru depuis longtemps”, ce ne sont pas “les” caus­es de la dom­i­na­tion mas­cu­line, mais une de ses caus­es (la plus vis­i­ble et la plus immé­di­ate, d’où ma for­mu­la­tion impru­dente).

    En revanche, la divi­sion sex­uelle du tra­vail, si elle n’a pas a pro­pre­ment par­ler reculé (et donc, encore mois dis­paru), me sem­ble être de plus en plus dépassée par la marche en avant de l’é­conomie : plus d’autres critères se sont sura­joutés au critère du sexe, plus celui-ci est devenu un héritage du passé, et de moins en moins une néces­sité objec­tive — ce qu’il était man­i­feste­ment au départ. Je crois un peu vain de chercher à dater même approx­i­ma­tive­ment, le moment hypothé­tique où le critère du sexe a été dépassé ; je crois que la ques­tion ne se pose pas seule­ment en terme de niveau (de la divi­sion du tra­vail), mais en terme de formes d’or­gan­i­sa­tion de l’é­conomie qui ren­dent, au moins sous cer­tains aspects, ce critère inopérant, et qui per­me­t­tent d’en­vis­ager sa dis­pari­tion totale.

    Encore une fois, c’est le cap­i­tal­isme qui le pre­mier a dévelop­pé de telles formes économiques qui inscrivent dans les faits (et par con­tre­coup, dans les con­sciences), ce car­ac­tère obsolète de la divi­sion sex­uelle du tra­vail.

  5. Si je com­prends bien ta réponse, tu dis en très bref : la dom­i­na­tion mas­cu­line repose en gros sur deux choses : 1. la divi­sion sex­uelle du tra­vail et 2. au sein de cette divi­sion sex­uelle, le mono­pole des hommes sur la chas­se, la guerre et donc la force organ­isée.

    J’en­tends bien cela. Mais il me sem­ble que sans 1, il ne peut y avoir 2. Et quand tu dis :
    “En revanche, la divi­sion sex­uelle du tra­vail, si elle n’a pas a pro­pre­ment par­ler reculé (et donc, encore mois dis­paru), me sem­ble être de plus en plus dépassée par la marche en avant de l’é­conomie : plus d’autres critères se sont sura­joutés au critère du sexe, plus celui-ci est devenu un héritage du passé, et de moins en moins une néces­sité objec­tive — ce qu’il était man­i­feste­ment au départ.”
    je me dis alors : “Oui, mais dans ce cas pourquoi la divi­sion sex­uelle du tra­vail n’a-t-elle pas dis­parue plus tôt?”
    Autrement dit, cela reporte ma ques­tion de départ non plus à la dom­i­na­tion mas­cu­line directe­ment, mais à un des préreq­uis de celle-ci : la divi­sion sex­uelle du tra­vail.
    Je suis per­suadé qu’on peut effec­tive­ment con­stater qu’elle n’a pas dis­parue, mais j’ai du mal à com­pren­dre pourquoi, au vu juste­ment de tes remar­ques sur la marche en avant de l’é­conomie.

    Bref, dans mon esprit, ta réponse ne fait que trans­later la ques­tion.

    J’en­trevois une pos­si­bil­ité de réponse dans le sens de “une fois que 2 est en place”, il est très dif­fi­cile de revenir sur 1, mais tout de même, les avan­tages économiques, ça peut peser lourd dans la bal­ance, avec le temps.

  6. Re-salut Iro­quois

    Il y a je crois deux aspects assez dif­férents dans ce que tu écris.

    D’une part, effec­tive­ment, le mono­pole mas­culin des armes et de la chas­se ne peut, par déf­i­ni­tion, exis­ter sans divi­sion sex­uelle du tra­vail (ne serait-ce que la divi­sion induite par ce mono­pole lui-même !).

    Et pour répon­dre à la suite de ton mes­sage, je crois que dans toute évo­lu­tion (sociale ou biologique), il ne suf­fit pas qu’un trait devi­enne super­flu pour être élim­iné : il faut qu’ex­is­tent les élé­ments per­me­t­tant de ren­dre cette élim­i­na­tion effec­tive. Or, si à mesure que la divi­sion du tra­vail en général s’est appro­fondie, le critère du sexe est devenu objec­tive­ment de plus en plus super­flu, il n’en a pas pour autant for­cé­ment été élim­iné : il a pu ain­si exis­ter de mul­ti­ples travaux féminins face à de mul­ti­ples travaux mas­culins. Au cours des âges, la divi­sion sociale du tra­vail a pu ain­si s’ap­pro­fondir tout en respec­tant la grande frac­ture qui sépare les mon­des féminins et mas­culins.

    Pour que germe l’idée que femmes et hommes peu­vent et doivent s’adon­ner de manière indif­féren­ciée aux dif­férents travaux, il fal­lait qu’en plus d’avoir large­ment dépassé la divi­sion ini­tiale (selon le sexe), l’é­conomie ait secrété des formes qui fassent naître ce tra­vail sex­uelle­ment indif­féren­cié. Or ces formes, ce sont celles de la marchan­dise et du salari­at, que seul le cap­i­tal­isme a général­isé.

    D’autre part, en ce qui con­cerne la posi­tion économique des femmes dans les sociétés de classe, c’est un sujet bien vaste et sur lequel j’a­vancerai avec la plus grande pru­dence. Mais il me sem­ble à pre­mière vue que si dans cer­tains lieux et à cer­taines péri­odes, les femmes ont pu gag­n­er cer­taines posi­tions qui leur ont per­mis d’être bien plus que “la pre­mière ser­vante de l’homme”, selon le mot d’En­gels, nulle part et jamais ces posi­tions économiques ne leur ont per­mis de défi­er véri­ta­ble­ment l’as­cen­dant exer­cé par les hommes (économique, mais aus­si religieux, poli­tique et mil­i­taire).

  7. Bon­jour,
    à la lec­ture de cette dis­cus­sion, j’ai eu envie pour­suiv­re sur 2 points : d’abord la ques­tion de la vio­lence et ensuite celle de la néces­sité ou de l’in­térêt de la dom­i­na­tion mas­cu­line dans le cadre du cap­i­tal­isme.

    Sur la ques­tion de la vio­lence d’abord.
    Certes la pra­tique de la vio­lence organ­isée n’est plus le mono­pole exclusif des hommes et prend de nos jours des formes dif­férentes. Cepen­dant, elle est encore très majori­taire­ment la « chas­se gardée » des hommes, que l’ont regarde les polices ou les armées des dif­férents pays du globe. Cela con­tribue à véhiculer une image des hommes « com­bat­tants » et vio­lents. Ceci com­biné à l’idéolo­gie dom­i­nante présen­tant les femmes soumis­es et disponibles (mag­a­zines, chan­sons, films, etc…) a des con­séquences.
    Il me sem­ble que la vio­lence physique exer­cée par les hommes sur les femmes est un élé­ment impor­tant de la dom­i­na­tion qu’ils exer­cent. Qu’il s’agisse des vio­ls com­mis essen­tielle­ment dans le cadre de la famille ou des femmes battues par leur con­joint, la dis­pro­por­tion qui existe entre hommes et femmes doit être sig­ni­fica­tive de quelque chose. Dernier recours pour obtenir l’obéis­sance ? Réper­cus­sion des vio­lences subit quo­ti­di­en­nement par tous et toutes dans la société ? Neces­sité pour la repro­duc­tion de l’e­spèce, pour obtenir la réal­i­sa­tion des tâch­es néces­saires a la vie de la famille ? Dans cer­taines régions du monde, la vio­lence sex­iste peut pren­dre des formes insti­tu­ition­nelles ou majori­taires : lyn­chage de femmes non cor­recte­ment vêtues, exci­sions…
    Par ailleurs, l’évo­lu­tion des fonc­tions pure­ment mil­i­taires en fonc­tions poli­tiques (au sens insti­tu­tion­nel), con­duit à des rap­ports certes plus paci­fiques mais qui restent sym­bol­ique­ment très vio­lents. Or ces fonc­tions sont restées l’a­panage des hommes.
    Il me sem­ble donc que la vio­lence, physique tant que sym­bol­ique, reste un fac­teur impor­tant de l’op­pres­sion des femmes

    Sur la dis­pari­tion de la néces­sité de la divi­sion sex­uelle des tâch­es
    Une des rai­son du main­tient de la dom­i­na­tion des femmes se trou­ve pour moi dans le temps de tra­vail « caché » sous les tach­es ménagères. La non-rétri­bu­tion des ces tach­es représente une économie colos­sale ! Elles ne sont pris­es en charge ni par l’é­tat (crèch­es, can­tines, blan­chisseries…) qui devrait pren­dre l’ar­gent quelque part et seraient donc être un forme de salaire social­isé, et encore moins par les patrons dans le cadre des entre­pris­es. Ce sont les femmes qui effectuent toute ces tâch­es néces­saires à la repro­duc­tion de la force de tra­vail. Je ne vois pas trop com­ment, dans le cadre du sys­teme actuel, celles-ci pour­rait être assurées sans que la moitié de la pop­u­la­tion n’y soit con­trainte et donc sans que les femmes ne soient dom­inées.
    Je suis d’ac­cord avec l’idée que la société cap­i­talise est la pre­mière à pos­er les con­di­tions néces­saires à l’é­man­ci­pa­tion des femmes mais elle ne peut pas non plus s’en pass­er. Cette con­tra­dic­tion ne pour­ra être dépassée, qu’en dépas­sant le capitisme lui-même.
    Bon, bah , y’a du boulot ! À bien­tôt

  8. Bon­jour Alice, et tout d’abord, mes plus plates excus­es pour avoir lais­sé aus­si longtemps ce com­men­taire sans réponse — j’in­vo­querai pour ma défense quelques impondérables per­son­nels.

    Pour en venir à vos remar­ques, je dois dire pour com­mencer que je ne me sens pas une com­pé­tence par­ti­c­ulière pour par­ler en détail des mécan­ismes de l’op­pres­sion des femmes dans la société actuelle. J’ai bien sûr quelques grands repères, mais mes lec­tures et ma réflex­ion m’ont d’abord et avant tout ori­en­tés vers les sociétés prim­i­tives. Et si j’ai rapi­de­ment abor­dé les sociétés con­tem­po­raines (essen­tielle­ment dans ma con­clu­sion), c’est unique­ment parce que ce que l’on peut com­pren­dre des sociétés prim­i­tives éclaire en retour les ter­mes actuels de la libéra­tion des femmes sous un jour tout à fait par­ti­c­uli­er. Tout cela pour dire que sur ce sujet, je ne m’estime pas plus com­pé­tent qu’un autre, et que ma réflex­ion avance un peu, comme on dit « en marchant ».

    Je ne peux que vous don­ner rai­son lorsque vous insis­tez sur la con­tin­u­a­tion dans les sociétés actuelles du mono­pole mas­culin de la vio­lence et sur ses con­séquences. Je ne reprends pas votre énuméra­tion ; elle me sem­ble inat­taquable. La seule chose que j’ajouterai est celle sur laque­lle j’insiste dans le bouquin, sans doute parce qu’il s’agit là d’une rup­ture his­torique (ou préhis­torique) : d’une part, ce mono­pole mas­culin de la vio­lence a per­du, au moins dans les pays les plus « démoc­ra­tiques », sa base légale, voire sa légitim­ité même. C’est en par­ti­c­uli­er le cas des vio­lences con­ju­gales, doré­na­vant puniss­ables par la loi. Cela ne les empêche pas d’exister, nous sommes bien d’accord. Mais il me sem­ble qu’il y a là une mod­i­fi­ca­tion con­sid­érable de la sit­u­a­tion par rap­port à des sociétés où la loi, la cou­tume (appelons-le comme on veut) jus­ti­fi­ait, légiti­mait aux yeux de tous (et de toutes !) que les hommes, en tant que seuls déten­teurs de la vio­lence, exer­cent directe­ment toute une série de droits, par­fois exor­bi­tants, sur leurs femmes — j’en prof­ite pour répéter encore et encore que si aucune société prim­i­tive n’a jamais vu de dom­i­na­tion fémi­nine, toutes les sociétés prim­i­tives ne secrè­tent pas de dom­i­na­tion mas­cu­line, et toutes ne la secrè­tent ni au même degré, ni à la même inten­sité. Fin de la par­en­thèse.

    Le mono­pole mas­culin de la vio­lence n’a donc certes pas dis­paru, mais il a dis­paru comme base légitime (et légale) de la dom­i­na­tion mas­cu­line. C’est un autre aspect de l’idée générale selon laque­lle le cap­i­tal­isme, sans être capa­ble de réalis­er l’égalité hommes-femmes, a néan­moins posé cer­taines des base de son exis­tence.

  9. En ce qui con­cerne le sec­ond point, celui du « tra­vail caché » des femmes, j’avoue être encore plus cir­con­spect, car je n’y ai que très peu réfléchi — je sais néan­moins qu’une impor­tante par­tie du courant fémin­iste a insisté sur son impor­tance. Il me sem­ble toute­fois qu’on peut très bien dire à la fois que le cap­i­tal­isme gagne indi­recte­ment des sommes con­sid­érables à l’existence de ce tra­vail non rémunéré, et qu’il pour­rait néan­moins, dans l’abstrait, fonc­tion­ner tout de même sans que ce tra­vail existe.

    Je me demande, d’ailleurs, si depuis plusieurs décen­nies, dans les pays les plus dévelop­pés, les pro­grès du tra­vail féminin salarié, de l’industrie agroal­i­men­taire, etc. n’ont pas con­tribué à réduire his­torique­ment le vol­ume du tra­vail domes­tique féminin non rémunéré — le cap­i­tal­isme ayant gag­né d’un côté (avec l’extension du marché) ce qu’il a per­du éventuelle­ment de l’autre… Ce sont là que de sim­ples inter­ro­ga­tions, dont les répons­es se trou­vent cer­taine­ment dans quelques bonnes lec­tures — qu’il va bien me fal­loir entre­pren­dre dès que j’en trou­verai le temps.

    En tout les cas, je ne peux que repren­dre votre con­clu­sion : oui, il y a du boulot… unique­ment rémunéré par la sat­is­fac­tion d’avoir fait avancer une noble cause !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut