Ce que nous enseignent les mythes de domination féminine

J’ai tout juste com­mencé à me famil­iaris­er avec les travaux qui por­tent sur les mythes et qui en tirent notam­ment des raison­nements évo­lu­tifs tout à fait intéres­sants. En France, les noms de Jean-Loïc Le Quel­lec et Julien d’Huy sont incon­tourn­ables. À l’é­tranger domine celui du chercheur russe Yuri Berezkin. Celui-ci a notam­ment con­sti­tué une immense base de don­nées en ligne, mal­heureuse­ment en russe et dont la forme infor­ma­tique pour­rait être large­ment plus aboutie. La traduire en anglais et la ren­dre pleine­ment util­is­able (en resti­tu­ant par exem­ple pour chaque thème, l’ensem­ble des cita­tions orig­inelles) serait un tra­vail de titan, mais ô com­bi­en utile.

Quoi qu’il en soit, et mal­gré ses imper­fec­tions, cette base est une véri­ta­ble cav­erne d’Ali-Baba. Je me suis notam­ment intéressé aux codes F38 et F39. Le pre­mier cor­re­spond au thème selon lequels les femmes, jadis, déte­naient les objets et les cultes aujour­d’hui réservés aux hommes, et com­ment ceux-ci les en ont dépos­sédés. Le sec­ond code s’ap­plique aux mythes qui, plus générale­ment, expliquent que les rôles soci­aux des hommes et des femmes étaient autre­fois inver­sés. Faut-il le pré­cis­er, l’ensem­ble de ces réc­its ser­vaient inévitable­ment à jus­ti­fi­er la dom­i­na­tion mas­cu­line qui rég­nait dans les sociétés où ont été recueil­lis.

L’in­ven­taire qui fig­ure dans la base de don­nées de Y. Berezkin soulève plusieurs dif­fi­cultés. Pour com­mencer, les infor­ma­tions sont de natures divers­es. Si cer­taines restituent l’ethno­gra­phie orig­i­nale, d’autres n’en sont que des résumés plus ou moins détail­lés et d’autres enfin ne fig­urent que comme de sim­ples références, sans que ni le texte ni son sens général soient repro­duits. Chaque fois que pos­si­ble (inter­net fait des mir­a­cles, mais il ne les fait pas tous), je suis retourné à la source pre­mière ; mais dans bien des cas, il m’a fal­lu me con­tenter d’une tra­duc­tion automa­tique du russe (langue pour laque­lle, de même que quelques autres, j’éprou­ve par­fois quelques légères dif­fi­cultés de lec­ture).

Sur un autre plan, les extraits four­nis don­nent égale­ment le sen­ti­ment de se rat­tach­er au thème de manière iné­gale. Cer­tains l’il­lus­trent de manière aus­si sai­sis­sante qu’imag­i­na­tive. D’autres sont moins con­va­in­cants ; out­re le car­ac­tère assez abscons de cer­tains réc­its (il faudrait sans doute se plonger dans l’ensem­ble de l’u­nivers sur­na­turel des locu­teurs pour mieux en saisir le sens), le codage paraît par­fois avoir été attribué sur des bases un peu élas­tiques.

Quoi qu’il en soit, alors que dans mon Com­mu­nisme prim­i­tif, je n’avais rap­porté que cinq de ces mythes, glanés un peu hasard de mes lec­tures, la base de don­nées de Y. Berezkin me four­nit d’un seul coup un mag­nifique bou­quet rem­pli de fleurs étranges, dont quelques-unes sont repro­duites ci-dessous.

Mais au-delà de la sim­ple récolte quan­ti­ta­tive, il faut sig­naler la con­clu­sion, très impor­tante, à laque­lle parvient Julien d’Huy. Ain­si que l’ex­pli­quait très claire­ment Jean-Loïc Le Quel­lec dans cette con­férence, la démarche con­siste à appli­quer les méth­odes de la phy­logéné­tique aux motifs élé­men­taires des mythes (les mythèmes). Tout comme pour les espèces vivantes, le degré de sim­i­lar­ité per­met de recon­stru­ire la généalo­gie, et donc d’ap­porter une dimen­sion tem­porelle aux don­nées ; au demeu­rant, cette généalo­gie des mythes ain­si recon­sti­tuée cor­re­spond très sou­vent à ce que l’on sait des migra­tions humaines, ce qui four­nit un élé­ment sup­plé­men­taire en faveur de cette approche et de ses résul­tats.

Con­cer­nant plus pré­cisé­ment les mythes faisant état d’une dom­i­na­tion fémi­nine orig­inelle et/​ou la pos­ses­sion ini­tiale par les femmes des objets et des rites aujour­d’hui jalouse­ment mas­culins, la base de don­nées mon­tre que ces motifs sont très banals et présents sur l’ensem­ble des con­ti­nents. Ain­si que le démon­tre Julien d’Huy dans l’ar­ti­cle qu’il a con­sacré à cette ques­tion, une telle dis­sémi­na­tion indique une orig­ine extrême­ment anci­enne, en l’oc­cur­rence très prob­a­ble­ment antérieure à la migra­tion de sapi­ens hors du con­ti­nent africain, il y a env­i­ron 60 000 ans.

Ce pre­mier résul­tat en cache toute­fois un autre. Même si Julien d’Huy ne tire pas lui-même explicite­ment cette con­clu­sion, l’an­ci­en­neté des mythes de matri­ar­cat prim­i­tif con­stitue un indice très fort en faveur de l’an­ci­en­neté de la dom­i­na­tion mas­cu­line elle-même. Et ces élé­ments méri­tent sans hési­ta­tion qu’une place leur soit faite dans la prochaine ver­sion du Com­mu­nisme prim­i­tif…

Annexe : quelques mythes de matriarcat primitif

Ibibio (Afrique de l’Ouest)

Autre­fois, il y a très longtemps, les femmes Ibibio étaient plus puis­santes que les hommes, car elles étaient les seules à con­naître les mys­tères des dieux et des choses secrètes. Grâce à ces con­nais­sances, elles étaient en mesure de garder tous les hommes à leur ser­vice et les employ­aient aux travaux les plus durs. Et si les hommes étaient utiles comme com­bat­tants, c’est surtout en rai­son de la force de leurs mem­bres et de leur plus grande endurance.

Au début, les femmes étaient beau­coup plus nom­breuses que les hommes sur la terre, mais après un cer­tain temps, ces derniers com­mencèrent à se mul­ti­pli­er et, avec le temps, ils dev­in­rent mécon­tents de leur sort. « Pourquoi, se demandaient-ils, le tra­vail le plus dur devrait-il nous revenir, et sommes-nous dom­inés par les femmes ? Leurs corps sont pour­tant plus faibles que les nôtres ! » À cela, d’autres répondirent : « Tant que le savoir secret leur appar­tient, nous ne pour­rons jamais les vain­cre ». Ain­si, les hommes chu­chotaient entre eux, cher­chant un moyen de se libér­er du joug des femmes.

Puis, un jour, il y a très longtemps, les gens d’O­duko sont sor­tis pour com­bat­tre ceux d’U­rua Eye, qu’ils ont vain­cus après une lutte acharnée et chas­sés dans la brousse. Les vain­queurs com­mencèrent à brûler la ville, mais dans une mai­son con­stru­ite pour servir de lieu de réu­nion à l’une des sociétés secrètes féminines, ils trou­vèrent des masques et d’é­tranges fétich­es aban­don­nés, ain­si que des robes à franges et tout ce qui était néces­saire à l’ac­com­plisse­ment des rites du ter­ri­ble culte Ekkpo Njawhaw (les fan­tômes — les destruc­teurs). Les guer­ri­ers rap­portèrent ces objets dans leur ville et les mon­trèrent aux vieil­lards qui, selon notre cou­tume, restent tou­jours à la mai­son en temps de guerre. Ils dis­cutèrent longtemps de la sig­ni­fi­ca­tion de ces objets et de leurs pou­voirs cachés. Pour­tant, de tout ce qu’ils voulaient savoir, ils ne pou­vaient rien devin­er. Alors un vieil homme très sage dit :

« Réu­nis­sons une offrande de chèvres et de vin de palme et por­tons-la aux femmes, en les sup­pli­ant de nous enseign­er les mys­tères afin que nous puis­sions aus­si les con­naître et devenir forts. »

Tous accep­tèrent et un grand fes­tin fut organ­isé. Puis, après qu’ils eurent mangé et bu ensem­ble, ce vieil homme, le rusé, s’éloigna avec cer­taines des femmes les plus âgées, dont celles qui étaient les chefs, et leur déclara habile­ment :

« Il vaut mieux nous dire la rai­son d’être d’Ekkpo Njawhaw, et nous enseign­er les rites du culte, car tous les hommes de cette ville veu­lent se join­dre aux femmes dans cette affaire, afin qu’ensem­ble notre peu­ple devi­enne plus fort que tous les autres. »

La grande prêtresse dit alors à une autre vieille femme d’O­duko :

« Réu­nis­sons-nous sans les hommes pour que les femmes puis­sent débat­tre seules et en secret sur cette ques­tion. (…) nos pas devraient être doux et lents sur cette nou­velle route où les hommes cherchent à nous con­duire. »

À cela, la sec­onde vieille femme répon­dit :

« Pour ma part, j’y suis tout à fait opposée. Je ne veux pas enseign­er nos mys­tères aux hommes, car je pense qu’ils cherchent à nous tromper, et souhait­ent nous enlever Ekkpo Njawhaw afin que nous ne puis­sions plus les gou­vern­er. »

Alors ces deux sages par­lèrent aux femmes plus jeunes et dirent : « Nous ne don­nerons aux hommes aucun rôle dans notre société ». Mais les autres leur crièrent dessus, dis­ant qu’elles étaient folles et trop lentes, qu’elles ne se sou­ci­aient que du passé et ne pen­saient pas au lende­main. Finale­ment, les jeunes femmes déclarèrent :

« Il est bon que les hommes sachent ces choses. Ne sont-ils pas nos pro­pres maris, qui nous ont tou­jours servis ? Pourquoi, dès lors, devri­ons-nous leur cacher ces secrets ? »

Ain­si, par des pro­pos bruyants et ent­hou­si­astes, elles bat­tirent en brèche les con­seils des anci­ennes voulaient les dis­suad­er, jusqu’à ce que celles-ci dis­ent :

« Qu’il en soit comme vous le souhaitez, puisque vous choi­sis­sez de ne pas écouter, nous n’en dirons pas plus. Néan­moins, nous savons que lorsque les hommes auront appris les secrets, ils nous enlèveront Ekkpo Njawhaw afin que nous ne puis­sions plus jamais les gou­vern­er comme aupar­a­vant. »

Les jeunes femmes expliquèrent alors aux hommes tous les mys­tères du culte, avec les rites com­plets et tous les secrets grâce aux­quels ils avaient autre­fois dom­iné. Ensuite, les hommes con­vo­quèrent une grande réu­nion et annon­cèrent :

« Désor­mais, si une femme essaie de par­ticiper au rite d’Ekkpo Njawhaw, les hommes la con­duiront sur la place du marché et lui couper­ont la tête devant tout le monde. »

En enten­dant cela, les femmes étaient affligées de ce qu’elles avaient fait, mais elles n’o­saient pas désobéir, car les hommes étaient plus forts qu’elles et aus­si très cru­els. Seules les deux vieilles femmes qui n’avaient pas accep­té de racon­ter les secrets dirent :

« Nous n’avons jamais voulu ouvrir ces mys­tères aux hommes, nous con­tin­uerons donc à accom­plir les nos rites seules pour nous-mêmes comme avant ». À cela, les hommes répondirent :

« Si une femme accom­plit à nou­veau Ekkpo Njawhaw, elle sera attachée à un poteau sur la place du marché et décapitée devant tous les habi­tants de la ville, afin que les autres femmes puis­sent con­stater quel est son sort et appren­dre à ne plus le faire ».

Mal­gré cela, les vieilles femmes con­tin­uèrent à pra­ti­quer les rites comme aupar­a­vant, cachées dans la brousse dans un endroit secret qu’elles avaient amé­nagé. Après de longues recherch­es, les hommes les trou­vèrent et les emmenèrent sur la place du marché d’O­duko où elles furent décapitées sous les yeux des femmes trem­blantes.

C’est la rai­son pour laque­lle seuls les hommes peu­vent par­ticiper aux rites d’Ekkpo Njawhaw, ou même y assis­ter.

Xin­gu (Ama­zonie), O. et C. Vil­las Boas, Xin­gu, the Indi­ans, their myths, p. 119–121

Les femmes Iamuricumá jouaient d’une flûte appelée le jakui. Elles jouaient, dan­saient et chan­taient tous les jours. La nuit, la danse se déroulait à l’in­térieur du tapãim [mai­son de la flûte], afin que les hommes ne puis­sent pas voir. Les flûtes étaient inter­dites aux hommes. Lorsque la céré­monie avait lieu le jour, à l’ex­térieur du tapãim, les hommes devaient s’en­fer­mer à l’in­térieur. Seules les femmes étaient autorisées à sor­tir, à jouer, à chanter et à danser, à se par­er de col­liers, de coiffes en plumes, de bras­sards et d’autres orne­ments que seuls les hommes por­tent aujour­d’hui. Si un homme voy­ait par hasard le jakui, les femmes l’at­tra­paient immé­di­ate­ment et le vio­laient. Le Soleil et la Lune ne savaient rien de tout cela, mais dans leur vil­lage, ils entendaient tou­jours les chants et les cris des femmes Iamuricumá.

Un jour, la Lune déclara qu’ils devaient aller voir ce que fai­saient les Iamuricumá. (…) Ils s’ap­prochèrent du vil­lage mais restèrent un peu à l’é­cart, à regarder. La Lune n’aimait pas voir les mou­ve­ments des femmes : les vieilles jouant du curutá et dansant, d’autres jouant du jakui, d’autres encore cri­ant et riant aux éclats. Pour avoir une meilleure vue, le Soleil et la Lune pénétrèrent dans le vil­lage. Les femmes étaient en train de faire une fête.

Comme le Soleil et la Lune s’ap­prochaient, la cheffe des femmes inti­ma à ses gens : « Ne dites rien, ou ils vont nous faire quelque chose. » Dès qu’ils arrivèrent, le Soleil dit à la Lune : « Je ne sup­porte pas d’en­ten­dre des femmes jouer du jakui. Cela ne peut plus dur­er ».

Ils dis­cutèrent alors de la façon de résoudre le prob­lème, et le Soleil dit à la Lune : « Fab­riquons un hori-hori [rhombe] pour faire fuir les femmes ».

— Faisons-le, et arrê­tons cette chose. C’est épou­vantable ».

Sur ce, ils par­tirent pour fab­ri­quer le hori-horí. Cela leur prit une journée entière. Lorsque le rhombe fut prêt, la Lune deman­da qui s’en servi­rait pour atta­quer les femmes, afin de les effray­er.

« Laisse-moi le pren­dre », dit le Soleil.

Il com­mença alors à se par­er de bras­sards de plumes, de coiffes et d’autres choses. Après s’être com­plète­ment cou­vert, il par­tit en direc­tion des femmes Iamuricumá. La Lune attendait dans le vil­lage.
Lorsqu’il fut à prox­im­ité, le Soleil com­mença à faire tournoy­er son gigan­tesque rhombe au-dessus de sa tête. Les femmes con­tin­u­aient à danser, mais elles com­mençaient à être effrayées par le rugisse­ment qui approchait. Quand elles se retournèrent et virent le Soleil pouss­er son effrayant rugisse­ment horí-horí, elles furent ter­ri­fiées. La Lune cria aux femmes de ren­tr­er dans leurs maisons. Aus­sitôt, elles aban­don­nèrent tout et cou­rurent à l’in­térieur. Les hommes, à leur tour, sor­tirent de leurs maisons en cri­ant de joie et saisirent le jakui. Voy­ant ce qui se pas­sait, la Lune dit : « Main­tenant tout va bien. Ce sont les hommes qui joueront du jakui, pas les femmes ».

À ce moment pré­cis, les hommes se mirent à jouer et à danser à la place des femmes. Une des femmes, qui avait oublié quelque chose au milieu du vil­lage, leur deman­da de l’in­térieur de sa mai­son de le lui apporter. Quand la Lune vit cela, elle dit : « Désor­mais, il en sera tou­jours ain­si. C’est la bonne façon de faire. Les femmes doivent rester à l’in­térieur, pas les hommes. Elles seront enfer­mées quand les hommes danseront le jakui. Elles ne doivent pas sor­tir, elles ne doivent pas regarder. Les femmes ne doivent pas voir le rhombe, parce qu’il est le com­pagnon du jakui ».

Les hommes apprirent tout ce que les femmes Iamuricumá avaient su : la musique du jakui, ses chants et ses dans­es. Au début, seules les femmes con­nais­saient ces choses.

Kikuyu (Afrique ban­toue), Belch­er 2008

Le temps pas­sa et les généra­tions se mul­ti­plièrent. Gikuyu et Mumbi mou­rurent, lais­sant der­rière eux de nom­breux petits-enfants et arrière-petits-enfants. Les femmes, par qui la descen­dance était tracée, con­tin­uèrent à gou­vern­er.

On dit, cepen­dant, que leur règne devint oppres­sif et injuste. Elles menaient des guer­res inutiles et ne se con­tentaient pas d’un seul mari, tout en exé­cu­tant les hommes qui com­met­taient l’adultère. Les hommes étaient con­tin­uelle­ment humil­iés, ils s’indignèrent et com­plotèrent une rébel­lion con­tre les femmes. Cela n’é­tait pas facile, car à cette époque les femmes étaient plus fortes que les hommes, et elles étaient plus habiles avec les armes de guerre. Ain­si, après réflex­ion, les hommes décidèrent que leur révolte ne pour­rait réus­sir que si les femmes étaient toutes enceintes. Ils fixèrent un moment où ils con­cen­tr­eraient leurs efforts, puis ils passèrent à l’acte, faisant tout ce qu’ils pou­vaient pour plaire aux femmes et les amen­er dans leur lit, et les femmes étaient sat­is­faites de ces atten­tions et accep­taient, sans se ren­dre compte que c’é­tait le plan des hommes.

Les hommes attendirent alors six ou sept mois, pour voir les résul­tats de leurs pre­miers efforts, et ils ne furent pas déçus : la plu­part des femmes étaient enceintes, immo­bil­isées par le stade avancé de leur état. Les hommes révoltèrent alors, et les femmes ne purent pas résis­ter. Les hommes dev­in­rent les chefs de famille, et la polyan­drie céda la place au nou­veau sys­tème de polyg­y­nie dans lequel un mari avait plusieurs femmes.

Darasa (aka Gedeo, actuelle Ethopie), Belch­er 2005

Dans les pre­miers temps de Darasa, il y avait très peu de femmes, et les hommes étaient donc oblig­és d’ac­com­plir toutes les tâch­es ménagères : ils allaient chercher le bois de chauffage, pui­saient l’eau et entrete­naient les jardins, un tra­vail qui est main­tenant effec­tué par les femmes. Les sou­verains étaient des femmes, les fonc­tion­naires étaient des femmes.

La dernière reine chez les Darasa s’ap­pelait Ako Manoya. Elle n’avait pas désigné d’héri­ti­er par­mi ses sujets, bien qu’elle fut sans enfant. Elle gou­ver­nait seule, don­nant des ordres aux fonc­tion­naires, écoutant leurs rap­ports et inspec­tant leurs travaux. Pen­dant ce temps, les hommes com­mençaient à se plain­dre de leurs tâch­es et de la façon dont ils étaient for­cés de servir les femmes. Le chef des hommes était mar­ié ; il avait une belle femme. Mais il avait aus­si une maîtresse, et celle-ci révéla sa déloy­auté à la reine. La reine con­vo­qua l’épouse et lui dit qu’elle savait com­ment son mari sub­ver­tis­sait les hommes et com­plotait con­tre son règne.

« Il doit mourir, dit Ako Manoya. C’est à toi de décider de quelle manière. Si tu m’ap­portes sa tête, je ferai de toi mon héri­tière et tu régn­eras après moi ».

Ce soir-là, la femme servit un grand repas à son mari, si bien qu’il s’en­dor­mit après le dîn­er. Puis elle prit un couteau dans la cui­sine et lui coupa la gorge, et quand il fut mort, elle lui coupa la tête. Le matin, elle appor­ta la tête à la reine et fut nom­mée héri­tière pré­somp­tive du roy­aume.

La perte de leur chef découragea les hommes pen­dant un temps, mais ils se réor­gan­isèrent. Ils décidèrent que la reine devait mourir, et ils choisirent le moment, le lieu et les moyens. La reine devait quit­ter la ville pour un fes­ti­val, ils le savaient, et ils creusèrent donc une fos­se le long de la route – un piège mor­tel. Ils recou­vrirent la fos­se de branch­es et de feuilles, puis répandirent de la terre et de l’argile sur les feuilles. Lorsque le jour arri­va et que la reine quit­ta la ville, les hommes se pressèrent autour d’elle sur la route, si bien qu’elle fut oblig­ée de marcher sur la fos­se, et elle tom­ba dedans.

Furieuse, elle prononça ses dernières paroles : elle serait la dernière reine du pays. Puis les hommes l’en­ter­rèrent dans la fos­se. Ils voulurent aus­si lapi­der l’héri­tière, la jeune femme, mais elle grim­pa dans un arbre et s’y accrocha, et au lieu de cela, ils la tuèrent à coups de lance. Depuis ce temps, les hommes ont régné.

Paren­ga (Inde), Elwin 1954

Autre­fois, il y a longtemps, les femmes avaient trois poils sur la langue. Elles avaient des défens­es comme celles d’un san­gli­er, et quand elles par­laient, per­son­ne ne pou­vait les com­pren­dre. Si une femme se met­tait en colère con­tre son mari, elle pou­vait le tuer avec ses défens­es. Et donc à cette époque les maris avaient peur de leurs femmes, tout comme aujour­d’hui les femmes ont peur de leurs maris.

Ispur Mahaprab­hu pen­sait. « Il n’est pas bon que les femmes domi­nent le monde de cette façon ». Il vint dans le monde du milieu et trou­va des hommes et des femmes qui dor­maient ensem­ble, il arracha les poils de leurs langues et les défens­es de leurs bouch­es. Il jeta les défens­es et le san­gli­er les ramas­sa et depuis, il les a gardées. Les trois poils se trans­for­mèrent en ser­pents, en lézards et en anguilles. Mahaprab­hu don­na aux femmes des dents faites avec les graines d’une cale­basse.

Le matin, à leur réveil, les hommes furent effrayés par leurs femmes car elles avaient l’air dif­férentes et ils s’en­fuirent du vil­lage. Mais Mahaprab­hu vint sous la forme d’un vieux brah­mane et dit : « N’ayez pas peur. C’est moi qui ai fait cela. À par­tir de main­tenant, c’est le mari qui dirig­era le foy­er ».

Yana (Cal­i­fornie), Sapir 1910, n° 6 : 88

Les femmes (qui jadis, étaient des hommes) allaient à la chas­se au cerf mais reve­naient à la mai­son sans avoir rien tué. Les femmes, (les hommes d’au­jour­d’hui), restaient à la mai­son, fab­ri­quant de la farine et du pain de gland. De nou­veau, les hommes par­taient à la chas­se au cerf, mais ne par­ve­naient pas à en tuer. Quand le soleil se leva à l’Est, les femmes avaient fini de pil­er les glands. Elles n’avaient tué qu’un seul cerf. Il y avait trente hommes, et de même trente femmes. Le peu­ple n’avait pas de viande fraîche à manger, car aucun cerf n’avait été tué par les hommes. L’écureuil gris et le lapin à queue blanche se dirent l’un à l’autre : « Cela ne va pas. Que faire ? ». Les femmes dirent : « Les hommes n’ont tué aucun cerf. » « Faisons des hommes avec ces femmes. Oui ! » Les hommes revin­rent à la mai­son. Les hommes étaient en colère, et fou­et­tèrent leurs femmes. « Cela ne va pas. Faisons des femmes avec les hommes, et des hommes avec les femmes ».

Au lever du jour, ils par­tirent à la chas­se au cerf. À l’est, quelqu’un con­stru­i­sait un feu sur le sol. Les hommes arrivèrent, chas­sant le cerf. Celui qui con­stru­i­sait le feu s’as­sit là. Il prit des pier­res ron­des et liss­es et les mit dans le feu. Ceux qui chas­saient le cerf s’as­sirent en cer­cle autour du feu. Cette per­son­ne était égale­ment assise là, mais les hommes ne voy­aient pas le feu, ne voy­aient pas les pier­res. Soudain, les pier­res se détachèrent du feu. Elles jail­lirent dans toutes les direc­tions. « Merde ! » dirent ceux qui avaient été jusque-là des hommes, qui étaient là en grand nom­bre. Leurs par­ties intimes étaient fendues par les pier­res qui éclataient.

« Faisons des hommes de ceux qui sont là ». Il en fut ain­si, et ils dev­in­rent à présent des hommes, tan­dis que ceux qui avaient été aupar­a­vant des hommes étaient main­tenant devenus des femmes. Main­tenant, elles restaient à la mai­son, broy­ant des glands et en faisant du pain. Les hommes par­tirent à la chas­se et tuèrent beau­coup de cerfs. Le lapin de garenne se tenait là et dit : « Héhéhé ! Oui ! Main­tenant c’est bon. C’est bon », en les regar­dant pen­dant qu’ils tuaient des cerfs. Les femmes fai­saient du pain de glands et pilaient les glands.

9 commentaires

  1. Hel­lo,

    J’avoue que je ne com­prends pas trop la méth­ode phy­logéné­tique dévelop­pée par Julien d’Huy. A pri­ori, pour dessin­er des arbres généalogiques à par­tir des dis­tances géné­tiques entre pop­u­la­tions, on part de l’idée que le taux de muta­tion est rel­a­tive­ment sta­ble dans le temps. Mais ce n’est prob­a­ble­ment pas vrai dans le domaine cul­turel : il y a des péri­odes de grande con­ti­nu­ité et des péri­odes de pro­fonds boule­verse­ments. Alors, la dis­tance entre les mythes de deux pop­u­la­tions A et B ne peut per­me­t­tre de con­clure à l’an­ci­en­neté de la sépa­ra­tion entre A et B.

    1. Je ne suis pas spé­ciale­ment com­pé­tent sur les aspects tech­niques de cette méth­ode. Sauf erreur, celle-ci ne se pro­pose pas d’es­timer des durées tem­porelles, mais sim­ple­ment de recon­stituer des arbres évo­lu­tifs en éval­u­ant les degrés de ressem­blance (et là encore sauf erreur, c’est la même chose en ce qui con­cerne la méth­ode phy­logéné­tique appliquée au vivant). L’es­ti­ma­tion de la dimen­sion tem­porelle, dans les deux cas, vient d’un élé­ment extérieur. Pour les mythes, la méth­ode pré­tend unique­ment iden­ti­fi­er les élé­ments qui étaient présents chez les sapi­ens avant qu’ils ne se dis­persent sur des dis­tances qui inter­dis­ent le con­tact et la trans­mis­sion. Comme on sait par ailleurs que cette dis­per­sion à par­tir de l’Afrique remonte en gros à 50 000 ans, tout élé­ment partagé par l’ensem­ble des sapi­ens con­tem­po­rains est a pri­ori antérieur à cette date.

    2. Oui, mais recon­stituer un arbre évo­lu­tif néces­site de dire « A et B se sont séparées plus tar­di­ve­ment que C ne s’est séparé des ancêtres de (A+B) ». Il y a donc bien une notion de data­tion rel­a­tive, et je ne vois pas com­ment on l’ob­tient en mesurant la dif­férence entre les mythes (pour les raisons que j’ai expliquées plus haut). B et C peu­vent sem­bler proches par leurs mythes alors qu’elles se sont séparées il y a longtemps, à l’in­verse les mythes de A peu­vent avoir dérivé forte­ment depuis sa sépa­ra­tion tar­dive avec B.

  2. Bon­jour,
    abon­né à votre blog, vos réflex­ions accom­pa­g­nent les miennes depuis quelques années. Et la rareté de mes inter­ven­tions ne témoigne pas d’un manque d’in­térêt pour vos recherch­es, mais mon emploi d’ou­vri­er agri­cole ne me laisse que peu de temps de “tra­vail libre” pour creuser les ques­tions qui m’in­ter­pel­lent … Franche­ment, je n’y arrive pas et j’ai tou­jours au moins deux métros de retard (enfin, quand je dis “métro”, il s’ag­it en fait du bus qui dessert, une fois par jour, la ville la plus proche.)
    Bref, allons au fait : la méth­ode d’analyse des mythes, emprun­tée à la biolo­gie, et les résul­tats qu’elle pro­duit, entéri­nent l’idée que les lois de l’évo­lu­tion biologique et celles de l’évo­lu­tion sociale seraient, sinon iden­tiques, du moins com­pa­ra­bles. J’y vois, pour ma part, la par­tie émergée d’un con­ti­nent qui mérit­erait d’être exploré — ce que la divi­sion académique des dis­ci­plines sci­en­tifiques ne per­met pas aujour­d’hui, puisque les sci­ences du vivant et les sci­ences sociales se trou­vent soigneuse­ment isolées les unes des autres, ne serait-ce que par leurs lex­iques respec­tifs : il me sem­ble dif­fi­cile de penser le “social” autrement qu’en con­ti­nu­ité avec le “vivant”, je ne con­nais aucune espèce de mam­mifères où l’on ne puisse observ­er ce qui, d’év­i­dence, con­stitue des “rap­ports soci­aux”.
    Ceci posé, con­cer­nant cette espèce par­ti­c­ulière qui nous préoc­cupe — l’e­spèce humaine -, il me sem­ble qu’elle pos­sède une car­ac­téris­tique biologique par­ti­c­ulière — qu’elle ne partage qu’avec les orques, espèce de mam­mifères marins -, dont il serait fort dou­teux qu’elle soit sans con­séquences struc­turantes sur l’évo­lu­tion des formes sociales qu’a con­nues notre espèce, jusqu’à l’in­ven­tion des EHPAD : la ménopause.
    En effet, et il s’ag­it d’une car­ac­téris­tique très rare chez les mam­mifères, passé un cer­tain âge, les femelles de notre espèce ne sont plus “disponibles pour la repro­duc­tion” alors qu’il leur reste encore de (très) nom­breuses années à vivre. Je suis sur­pris que cette par­tic­u­lar­ité — qu’un “matéri­al­isme” con­séquent ne saurait ignor­er — ne soit jamais prise en compte dans les réflex­ions, tant sur la divi­sion sex­uée du tra­vail que sur les rap­ports de dom­i­na­tion entre hommes et femmes.
    Où se situent, dans les mod­èles théoriques des un-e‑s et des autres, ces femmes qui sont déposi­taires d’une longue expéri­ence de vie, de tra­vail, de chas­se, de cueil­lette, d’é­d­u­ca­tion, de soin — et que sais-je encore ? -, mais qui n’en­fan­tent plus ni ne per­dent plus de sang ? Sont-elles encore con­sid­érées comme des femmes par leurs sociétés ? Est-il pos­si­ble d’é­val­uer leur poids démo­graphique comme mod­u­la­teur de leur impor­tance sociale ? Des tâch­es “mas­cu­lines” leurs deve­naient-elles acces­si­bles ? Et, si oui, lesquelles ?
    Je pense qu’il y a là toutes une série — non exhaus­tive — de ques­tions qui mérit­eraient d’être explorées. Est-il absol­u­ment inen­vis­age­able que, ni homme ni plus vrai­ment “femme”, elles aient pu con­stituer comme un “troisième genre”, sus­cep­ti­ble d’emprunter les leurs aux deux autres, voire même exerçant des prérog­a­tives qui leur seraient exclu­sives ? Cer­tains des mythes rap­portés sem­blent apporter un peu d’eau à mon moulin … N’é­taient-elles vrai­ment que des “vieilles femmes” ? J’en doute. Au min­i­mum, elles restaient des “mères”, qui avaient for­cé­ment une influ­ence sur la con­sti­tu­tion des lig­nages. Je mesure bien que ma propo­si­tion invite à une refor­mu­la­tion de tous les mod­èles en vigueur, mais la “com­plex­ité” est à la mode, non ?

  3. Avatar de Inconnu
    Emmanuel Florac

    Il y a pas mal de travaux plus ou moins récents qui se penchent sur le rôle des “grands-mères”. La ten­dance actuelle tend à leur don­ner un rôle crois­sant dans l’é­d­u­ca­tion des enfants, la trans­mis­sion de la cul­ture, etc.
    De mémoire il y a des arti­cles très intéres­sants sur le blog https://anthropogoniques.com/

    1. L’ar­ti­cle de Julien D’Huy expose une approche très séduisante, qui est une Nième ten­ta­tive pour nat­u­ralis­er ou biol­o­gis­er les mythes. Elle me fait penser à cette déc­la­ra­tion lim­i­naire du lamar­ck­ien Félix Le Dan­tec, jadis, quand il expo­sait sa pen­sée sociale : “J’ai voulu tout tir­er de la Biolo­gie.” (L’E­goïsme, 1911).
      “Myths are not genes”, nous prévient D’Huy (p. 160). Mais il sem­ble vite oubli­er cette pré­cau­tion ora­toire, et il n’emploie, dans son arti­cle, que des mod­èles et un vocab­u­laire emprun­tés à la biolo­gie évo­lu­tive (“con­ver­gence”, etc.). Juste un détail, qui devrait pour­tant inter­roger sur cette biol­o­gi­sa­tion des mythes : à la dif­férence des organ­ismes vivants, les mythes s’in­flu­en­cent les uns les autres. Ils ne “descen­dent” pas plus d’un “ancêtre” com­mun que les langues, par exem­ple, ne “descen­dent” d’une langue “mère”, comme on le croy­ait au XIXe siè­cle.
      La théorie de D’Huy a l’air de coller avec les con­nais­sances (ou les sup­po­si­tions les plus raisonnables) de l’archéolo­gie et de la géné­tique, sur les migra­tions humaines dans le passé. Et quand ça ne colle pas, D’Huy peut tou­jours mod­i­fi­er ces con­nais­sances ou sup­po­si­tions : “The place of west­ern Africa could be explained by an ear­ly Back-to-Africa, or by an influ­ence of the more north­ern regions, them­selves bound to the Mediter­ranean cul­ture.” (p. 162). Ain­si la théorie A con­forte la théorie B… et inverse­ment : B sug­gère de mod­i­fi­er A pour que l’ensem­ble reste “solide”.
      “[…] the result of the phy­lo­ge­net­ic method is very strong” puisque l’ar­bre des his­toires de dom­i­na­tion fémi­nine est véri­fié par l’ar­bre des his­toires de ser­pents ou de drag­ons… Et Mélu­sine, alors ? His­toire de pou­voir féminin, ou his­toire de ser­pent ?
      J’ai l’air de ricaner, mais, encore une fois : D’Huy est très intéres­sant. Pour­tant, il y a comme un prob­lème logique. D’ailleurs, ce prob­lème appa­raît aus­si à la lec­ture de son ami Jean-Loïc Le Quel­lec, dans ses arti­cles du numéro spé­cial du Monde con­sacré au “grands mythes fon­da­teurs” : la ques­tion de savoir de quoi on par­le exacte­ment.
      Il ne me reste plus qu’à faire comme Christophe Dar­mangeat : retourn­er à la source (Yuri Berezkin). Pren­dre un out­il de tra­duc­tion du russe, et voir com­ment Berezkin définit mythes, mythèmes, et motifs. Et surtout quels critères sont ceux de sa recen­sion des mythes.
      Marc Guil­lau­mie.

    2. La “biol­o­gi­sa­tion” est à mon hum­ble avis de non-spé­cial­iste un trompe-l’oeil, dans la mesure où il peut être légitime de trans­pos­er des tech­niques de sta­tis­tique ( Ce que sont en fait les élab­o­ra­tions des arbres phy­logéné­tiques) d’un champ à un autre. Rap­pelons que les objets sur lesquels D’Huy a appliqué ces arbres ne sont pas les mythes eux-mêmes, mais les plus petites unités nar­ra­tives pos­si­bles qui aient un sens, les motifs. C’est leur assem­blage, leur com­bi­nai­son et (éventuelle­ment) l’or­dre de leur suc­ces­sion qui con­stitue le cor­pus du réc­it du mythe.Et ces motifs,on sait les dégager et les class­er depuis longtemps, les regrouper par thèmes, et mir­a­cle ! on s’est avisé qu’ils sont,sinon uni­versels, du moins très large­ment partagés par l’hu­man­ité tout entière. Evidem­ment, il n’est pas ques­tion de nier la pos­si­bil­ité d’in­no­va­tions , d’ailleurs celles-ci pour­raient aus­si être l’ob­jet de travaux sim­i­laires (si ce n’est déjà fait), et le sens même d’un mythe pour­rait être très dif­férent avec ou sans leur ajout.
      Quant aux pos­si­bles inco­hérences logiques, elles exis­tent aus­si dans la phy­logénie des gènes…Et je pense que c’est une mal­adresse assez répan­due dans la lit­téra­ture sci­en­tifique que de pro­pos­er des solu­tions hypothé­tiques ad hoc à des sit­u­a­tions con­tra­dic­toires ou irré­solues en leur temps, sans atten­dre de nou­velles recherch­es. Mais ça ne coûte rien de pro­pos­er des pistes ou des intu­itions, dussent-elles être un peu tirées par les cheveux… l’aveu d’ig­no­rance en est un peu atténué.
      D’après ce que j’ai lu un peu partout, le tra­vail de Berezkin est par son ampleur large­ment per­fectible, et je trou­ve éton­nant qu’il n’y ait pas de tra­duc­tion (même en anglais) disponible, sachant par ailleurs que les sci­en­tifiques de ce domaine sont large­ment rus­so­phones (ou Russ­es…). Je trou­ve bien sûr très intéres­sant que mon blogueur préféré ait l’in­ten­tion de se servir de ces travaux (ain­si que de ceux de D’Huy et Le Quel­lec). Après tout, c’est tout ce qui nous reste d’ac­ces­si­ble de la pen­sée de nos loin­tains ancêtres, incar­née généra­tion après généra­tion.

    3. Je ne peux pas répon­dre à tout ce qui s’est écrit ci-dessus (non que ce soit dénué d’n­térêt, tout au con­traire, mais faute de temps). En deux mots : appli­quer les mêmes tech­niques quan­ti­ta­tives à des objets dif­férents ne sig­ni­fie pas qu’on con­sid­ère que ces objets sont par ailleurs de même nature, et la recon­struc­tion de l’ar­bre évo­lu­tif tombe je crois dans cette caté­gorie.
      La prin­ci­pale ques­tion, à mes yeux, est dou­ble :
      – à par­tir de quand con­sière-t-on que deux mythèmes sont sim­i­laires ou dif­férents ? La plus ou moins grande largesse de cette déci­sion peut, je crois, influ­encer le résul­tat.
      – la gamme des vari­a­tions d’un thème don­née est-elle suff­isam­ment large pour que la sim­i­lar­ité soit plus prob­a­ble­ment le fruit d’une dif­fu­sion que d’une con­ver­gence ?
      Je n’ai pas de réponse a pri­ori à ces ques­tions, mais con­nais­sant la rigueur habituelle de Jean-Loïc Le Quel­lec, j’ai du mal à imag­in­er que Julien d’Huy et lui aient pu les traiter avec légèreté. De toute façon, je compte bien me famil­iaris­er davan­tage avec tout cela et me faire un avis plus motivé.
      Quant à repren­dre la base de don­nées de Berezkin, à la met­tre au pro­pre et à la ren­dre réelle­ment con­sultable et util­is­able, j’ai moi aus­si eu cette idée. Mais net­toy­er les écuries d’Au­gias est un tra­vail de demi-dieu… ou de toute une équipe, qu’il faudrait recruter, encadr­er et financer. On y réflé­chit…

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