Note de lecture :
Expédition à Botany Bay, de Watkin Tench

On cherche par­fois très loin ce qui est sous nos yeux, ou presque, et qu’on ne décou­vre qu’après coup.

C’est ce qui vient de m’ar­riv­er à pro­pos de l’Aus­tralie, où pour la rédac­tion du Com­mu­nisme prim­i­tif…, en par­ti­c­uli­er de la deux­ième édi­tion, j’ai passé de longues heures à explor­er le net et la Bib­lio­thèque Nationale, pour dégot­er tel ou tel témoignage ancien sur la sit­u­a­tion des femmes aborigènes.

Il a fal­lu que j’at­tende ce week-end et le salon du livre de Blois où comme très sou­vent, le stand des édi­tions Anachar­sis côtoy­ait celui de Smol­ny, pour m’apercevoir que les­dites édi­tions Anachar­sis avaient réédité (en français !) dès 2006 les sou­venirs de Watkin Tench, sous le titre Expédi­tion à Botany Bay. Le nom de Watkin Tench ne m’é­tait pas incon­nu, bien que pour une rai­son qui m’échappe, je n’avais pas été fouin­er ses écrits (disponibles par ailleurs en anglais).

Or, celui-ci fut un obser­va­teur tout à fait priv­ilégié de l’Aus­tralie aborigène, pour la sim­ple rai­son qu’il fut l’un des tout pre­miers Occi­den­taux à pos­er le pied sur ce con­ti­nent — et à l’y laiss­er durant trois années. Offici­er de marine bri­tan­nique, il était mem­bre de la First Fleet, l’ex­pédi­tion qui fon­da le pre­mier étab­lisse­ment en Aus­tralie, la colonie péni­ten­ti­aire de Botany Bay, la future Syd­ney. Les tribus aborigènes qu’il obser­va étaient donc vierges de toute influ­ence due à la présence des Blancs.

Même s’il n’est pas un ethno­graphe, et si son réc­it laisse finale­ment peu de place aux obser­va­tions sur les Aborigènes, Tench con­sacre deux pas­sages on ne peut plus élo­quents à la sit­u­a­tion des femmes aus­trali­ennes. En voici un :

« (…) les femmes sont traitées avec une bar­barie féroce. Alors qu’elles sont con­damnées à porter les enfants et tous les fardeaux, elles ne reçoivent en récom­pense de leur soumis­sion que gifles, coups de pieds et autres démon­stra­tions de vio­lence. Lorsqu’un Indi­en (sic) est furieux con­tre une femme, soit il la transperce de sa lance, soit il l’assomme sur-le-champ. Il la frappe sys­té­ma­tique­ment sur la tête avec sa hachette, une mas­sue ou toute arme qui lui tombe sous la main. » (p. 330)

On rap­prochera ce témoignage de celui de R. Sal­va­do et de ses Mémoires his­toriques sur l’Aus­tralie, que j’ai recopié dans ce bil­let, pour con­stater qu’à soix­ante ans et quelques mil­liers de kilo­mètres de dis­tance, les simil­i­tudes sont frap­pantes.

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