Inégalités, hiérarchie, stratification : quelques réflexions

Edit du 27/​02/​2025 : bien qu’il traite de ces ques­tions, je n’avais pas relu avant d’écrire ce bil­let l’ar­ti­cle de Bruno Boulestin, « Des “chefs”, des “princes” et des “rois” : le défi de la car­ac­téri­sa­tion poli­tique des sociétés néolithiques et pro­to­his­toriques » paru en 2022. Je me suis ren­du compte que sur le point traité, ce bil­let recoupait très exacte­ment les idées qui y sont exprimées. On peut voir dans cette con­ver­gence le fait qu’ayant lu le texte de ce col­lègue, je l’avais mémorisé dans les moin­dres détails sans me sou­venir qu’il explo­rait cette ques­tion. Plus prob­a­ble­ment, j’aurais ten­dance à croire qu’il n’y a pas plusieurs solu­tions justes à une ques­tion bien posée, et que j’ai tout bon­nement réin­ven­té l’eau (pas si) tiède !

Ayant presque achevé mon livre sur les con­fronta­tions entre col­lec­tiv­ités humaines – j’en suis à polir le texte final – je change de thème pour me plonger dans les ques­tions qui vont m’occuper dans les années à venir : celles du développe­ment des divers­es iné­gal­ités au cours de l’évolution sociale pré-éta­tique.

Vaste sujet, évidem­ment, et la pre­mière dif­fi­culté sur laque­lle on bute est celle des déf­i­ni­tions. Je pro­pose donc quelques réflex­ions prélim­i­naires – et tout à fait insuff­isantes – pour effectuer un pre­mier débrous­sail­lage du ter­rain.

Iné­gal­ités, hiérar­chie, strat­i­fi­ca­tion… on retrou­ve partout ces ter­mes dans la lit­téra­ture. Toute la ques­tion, c’est de savoir ce qu’ils recou­vrent, et s’il y a une chose claire, c’est que ce n’est pas clair ! D’où de longs dia­logues de sourds, soit parce qu’avec les mêmes mots, les auteurs ne par­lent pas de la même chose soit (et à mon avis c’est encore plus fréquent) parce qu’ils ne savent pas eux-mêmes de quoi ils par­lent au juste, et que ce flou artis­tique per­met de jeter un voile pudique de général­ités sur tout ce qu’on ignore, et sur quoi il faudrait juste­ment se ques­tion­ner.

Com­mençons donc pas à pas.

Inégalités

Une iné­gal­ité est un rap­port entre deux quan­tités (c’est ce qui sépare l’inégalité de la dif­férence, qui elle, est qual­i­ta­tive). Tout ce qui est « plus grand que » ou « plus petit que » autre chose est une iné­gal­ité. Dans un ensem­ble d’élements tel qu’une société, une iné­gal­ité définit aus­si ce que les math­é­mati­ciens appel­lent une rela­tion d’ordre : si A est plus petit que B et B plus petit que C, alors on peut ranger A, B, et C dans une série où la quan­tité con­sid­érée sera con­tinu­ment crois­sante. Si l’on par­le des humains, on trou­ve évidem­ment d’innombrables iné­gal­ités : des iné­gal­ités d’âge, de taille, de poids, de per­for­mance sur tel ou tel exer­ci­ce… la grande ques­tion est évidem­ment de savoir quelles sont les iné­gal­ités qui font sens sociale­ment (per­son­ne, je crois, n’a jamais pré­ten­du expli­quer les phénomènes soci­aux par les iné­gal­ités de poids ou de taille). Avant de revenir plus loin sur ce point, deux pre­mières con­clu­sions :

  • tout type d’inégalité définit une rela­tion d’ordre (un range­ment)
  • « iné­gal­ités » en soi ne dit pas quelle est la vari­able (la quan­tité) util­isée pour établir cette rela­tion – et rien ne dit évidem­ment que les dif­férentes vari­ables don­neraient le même classe­ment.

Hiérarchie

Une hiérar­chie est néces­saire­ment liée à une iné­gal­ité : toute hiérachie est une rela­tion d’ordre (A est au-dessus de B, B est au-dessus de C, donc A est au-dessus de C). Il n’est pas vrai­ment facile d’identifier ce qui pour­rait dis­tinguer la hiérar­chie de l’inégalité. Une pos­si­bil­ité serait de dire que l’idée de hiérar­chie com­porte le fait d’être effi­ciente : ce n’est pas une sim­ple iné­gal­ité, c’est une iné­gal­ité qui pro­duit le fait que ceux qui sont « les plus… » quelque chose sont aus­si « au-dessus » des autres. Mais en réal­ité, on pour­rait facile­ment trou­ver des exem­ples qui con­tre­dis­ent cette propo­si­tion. Dirait-on aus­si que « hiérar­chie » a quelque chose de plus poli­tique, et se rap­porte au pou­voir ? C’est vrai sur le plan éty­mologique, mais il y a longtemps que l’usage a débor­dé cette accep­tion (le dic­tio­n­naire donne d’ailleurs du mot hiérar­chie une dou­ble déf­i­ni­tion : celle d’un emboîte­ment de pou­voirs, et celle d’une sim­ple rela­tion d’ordre). On par­le de la hiérar­chie mon­di­ale de ten­nis­men par exem­ple, cela ne sig­ni­fie absol­u­ment pas que le n°1 dis­pose d’un quel­conque pour­voir sur le n°2 (ni sur les autres). Là encore, hiérar­chie est une autre manière de dire « classe­ment », et donc, rela­tion d’ordre. Au bout du compte, hiérar­chie est donc un syn­onyme à peu près par­fait d’inégalités : le pre­mier terme ne dit claire­ment rien de plus, ni rien de dif­férent du sec­ond.

Stratification

Ajou­tons un troisième mot celui de strat­i­fi­ca­tion. Si des indi­vidus (ou des groupes soci­aux) sont « les uns au-dessus des autres », cela veut dire qu’il existe une axe (une vari­able, une quan­tité) qui per­met de les class­er et de déter­min­er que les uns cor­re­spon­dent, de ce point de vue, à une quan­tité plus élevée que les autres. Tout au plus peut-on dire que les strates ren­voient davan­tage à l’idée de groupes : on ne par­lerait pas de strates si la rela­tion d’ordre con­cer­nait seule­ment des indi­vidus. La strat­i­fi­ca­tion, c’est donc une iné­gal­ité /​hiérar­chie plus des groupes (ou des class­es). Cette nuance n’est pas inutile, mais elle reste tout à fait mineure lorsqu’on le rap­porte à la ques­tion cen­trale, tou­jours la même : quelle est la vari­able retenue pour définir la rela­tion d’ordre ?

Quelles sont les bonnes questions ?

Donc : iné­gal­ités, hiérar­chies, strat­i­fi­ca­tion, c’est un peu du pareil au même – au mieux, il n’y a que les micro-nuances ou des implicites qui changent. Dis­cuter pour savoir si tel phénomène est une iné­gal­ité, une hiérar­chie ou une strat­i­fi­ca­tion n’a donc guère de sens. La seule ques­tion qui vaille est : dans les sociétés humaines (et vivantes en général), quelles sont les vari­ables qui définis­sent des iné­gal­ités /​hiérar­chies /​strat­i­fi­ca­tions (appelons cela IHS pour évac­uer la ques­tion ter­mi­nologique) per­ti­nentes ?

Il me sem­ble qu’en pre­mière approche, on peut établir trois grandes caté­gories.

  1. Les IHS d’honneur (ou de pres­tige). Ce sont celles qui met­tent en jeu des titres, des noms, des dis­tinc­tions, plus ou moins for­mal­isées, mais qui ne pro­curent rien d’autre que du respect et, au plus, une influ­ence informelle sur les autres mem­bres de la com­mu­nauté. Ce sont par exem­ple les médailles, la légion d’honneur, etc.
  2. Les IHS économiques (ou de richesse). Ce sont celles qui met­tent en jeu des droits de pro­priété sur des biens – ceux-ci con­fèrent aux rich­es des pou­voirs sur les autres, mais des pou­voirs indi­rects, des pou­voirs médiés par les choses. Prob­lème tout de même : l’esclave, qui est en même temps un bien, et le sujet d’un pou­voir direct de com­man­de­ment. Com­ment s’en dépêtre-t-on ?
  3. Les IHS poli­tiques. Elles con­cer­nent les rela­tions de com­man­de­ment, comme celles qui car­ac­térisent l’État : une chaîne fonc­tion­nelle de droits d’ordonner et de punir.

Évidem­ment, ce ne sont là que de grandes caté­gories, au sein desquelles il faut opér­er des dis­tinc­tions plus fines. Mais à tout le moins, il s’agit de ne pas les con­fon­dre, même et surtout lorsque dans une société don­née plusieurs IHS se recou­vrent plus ou moins – et c’est bien pour cette rai­son qu’on a du mal à y voir clair.

Pour finir par une propo­si­tion évo­lu­tion­niste, j’ai l’impression que ces trois types d’IHS appa­rais­sent de manière cumu­la­tive dans les sociétés humaines. Il sem­ble bien que toutes les sociétés qui con­nais­sent des IHS poli­tiques ont aus­si des IHS économiques et d’honneurs, et que toutes celles qui ont des IHS économiques ont aus­si des IHS d’honneurs – l’inverse n’étant pas vrai. Cette propo­si­tion séduisant doit cepen­dant être artic­ulée à la présence d’IHS de genre dès les pre­miers stades du développe­ment social. Donc soit ma propo­si­tion est fausse, soit il faut con­sid­ér­er que les IHS de genre ne sont pas « poli­tiques » et for­ment une caté­gorie spé­ci­fique. Pourquoi pas ?

28 commentaires

    1. Je n’avais volon­taire­ment pas relu cet excel­lent texte avant d’écrire ces quelques lignes. Mais je ne doute pas qu’il y ait de fortes con­ver­gences — peut-être, aus­si, cer­taines nuances ? À voir…

  1. Avatar de Inconnu
    Marc Guillaumie

    “La présence d’IHS”… Je con­state avec soulage­ment que tu recon­nais enfin la présence réelle du Christ dans le vin de messe : IHS (Iesus Homi­no­rum Sal­va­tor) ! 🙂

  2. Ce que je ne com­prends pas, c’est que tu pointes qu’une iné­gal­ité est un rap­port entre deux quan­tités (très bien), mais tu y amal­games ensuite à peu près tous les types de « strat­i­fi­ca­tion » et de « hiérar­chie ». Or un rap­port de dom­i­na­tion poli­tique ne con­cerne pas des quan­tités. De même, dans une société d’or­dres ou de castes, le fait d’ap­partenir (de nais­sance, en général) à tel ou tel groupe prédéfi­ni n’est pas une affaire de quan­tité (sauf à con­sid­ér­er comme une « quan­tité » l’indi­ca­teur d’ap­par­te­nance, à savoir un booléen).

    1. Tu as prob­a­ble­ment rai­son sur le fait qu’une hiérar­chie ne se ramène pas néces­saire­ment à une iné­gal­ité quan­ti­ta­tive. En revanche, c’est for­cé­ment une rela­tion d’or­dre, tout comme l’iné­gal­ité. Après, les « sociétés d’or­dres », c’est encore autre chose : on peut admet­tre que les gens soient mis dans des cas­es (cor­re­spon­dant par exem­ple à une divi­sion du tra­vail) sans que ces cas­es soient juste­ment hiérar­chisées. Mais ce type de remar­que est exacte­ment ce qui m’est utile, parce que cela souligne tous les pièges et tous les sous-enten­dus qu’il faut débus­quer pour démin­er le ter­rain et ten­ter d’a­vancer.

  3. Peut-être qu’on pour­rait essay­er d’établir une clas­si­fi­ca­tion des orig­ines d’iné­gal­ités, et appel­er par exem­ple hiérar­chie une rela­tion d’or­dre entre des statuts (eux-mêmes défi­nis par un ensem­ble droits et de devoirs), en tant que cette rela­tion engen­dre des iné­gal­ités : A a un statut supérieur à B, et c’est pour cela qu’il y a une iné­gal­ité entre A et B sur, par exem­ple, l’ac­cès aux ressources ali­men­taires, ou aux hon­neurs, etc. Évidem­ment, on pour­rait aus­si se deman­der si ce n’est pas l’in­verse : une égal­ité s’est établie de fait entre A et B, et la déf­i­ni­tion d’un statut est une stratégie de per­pé­tu­a­tion de l’iné­gal­ité, en la légiti­mant (je pense ici à ce que Rousseau dit du droit du plus fort : d’abord je suis plus fort, et m’im­pose à toi ; mais, comme je ne le suis pas tou­jours, j’in­voque un droit du plus fort pour me per­me­t­tre de m’im­pos­er à toi dans les cas où je man­querais de force pour y par­venir). On dirait alors que la hiérar­chie est, non un type d’o­rig­ine d’iné­gal­ité, mais une modal­ité per­pé­tu­a­tion et de légiti­ma­tion d’une iné­gal­ité. À voir…

    1. Pas bien sûr de piger la dif­férence que vous étab­lis­sez entre hiérar­chie et iné­gal­ités (et le fait que vous vous demandiez vous-mêmes si la causal­ité fonc­tionne dans un sens ou dans l’autre tend à me con­forter dans l’idée que les deux ter­mes sont à peu près inter­change­ables, et que « rela­tion d’or­dre » les regroupe de manière effi­cace).

  4. Bon­jour
    Il faut faire atten­tion quand la réponse est dans la ques­tion de recherche : et si par­fois il n’y avait pas d’iné­gal­ités (rela­tion d’or­dre par­tielle ou totale selon un cer­tain critère qui peut être économique, sym­bol­ique, sex­uel, racial, nation­al, etc) ? mais seule­ment une rela­tion d’équiv­a­lence (qui je le rap­pelle est réflex­ive, symétrique et tran­si­tive alors qu’une rela­tion d’or­dre est réflex­ive, anti­symétrique et tran­si­tive). On peut grouper les indi­vidus par class­es (pas au sens de “class­es sociales” mais au sens math­é­ma­tique) car ils ont cer­taines pro­priétés en com­mun.

    Un exem­ple de dia­logue de sourd entre Mon­sieur Dar­mangeat et Madame Goet­tner-Aben­droth, l’un par­le du matri­ar­cat comme dom­i­na­tion des hommes par les femmes et c’est vrai que cela n’a jamais existé, l’autre d’é­gal­ité dans la dif­férence entre les hommes et les femmes. Par ce tour de passe passe séman­tique, Mon­sieur Dar­mangeat démon­tre que le matri­ar­cat n’a jamais existé alors qu’il ne se prononce pas sur l’ex­is­tence de sociétés égal­i­taires entre les hommes et les femmes.

    Pour appro­fondir la dis­tinc­tion entre iné­gal­ité (con­cept ordi­nal) et la dif­férence (con­cept car­di­nal) qui est faite dans le texte, j’in­tro­duirai une dis­tinc­tion lex­i­cale qui n’est pas faite dans les dic­tio­n­naires mêmes volu­mineux entre hiérar­chique et hiéri­archi­sa­tion. On pour­rait dire qu’une société est hiérar­chisée si elle con­naît une divi­sion sociale du tra­vail, des spé­cial­i­sa­tions sans que néces­saire­ment il y ait dom­i­na­tion sys­té­ma­tique d’une “classe” sur une autre. Et qu’elle est hiérar­chique dans le cas con­traire. Cela ouvre à la pos­si­bil­ité d’ob­serv­er des sociétés égal­i­taires entre les hommes, entre les femmes et entre les hommes et les femmes.
    On pour­rait appel­er ces sociétés com­mu­nistes et non pas comme le fait Mon­sieur Dar­mangeat seule­ment les sociétés égal­i­taires entre les hommes qui peu­vent être vio­lem­ment patri­ar­cales.

    On pour­rait appel­er sec­tion les class­es précé­dentes (sociales, sex­uelles, raciales ou eth­niques, nation­al­istes…) ce qui per­me­t­trait de récupér­er les analy­ses con­nues sous le terme d’in­ter­sec­tion­nal­ité. Voilà une ques­tion pos­si­ble qui ne préjuge pas de la réponse :
    Dans une plouto­cratie patri­ar­cale, une femme dom­i­nante, domine-t-elle les hommes dom­inés et c’est la dom­i­na­tion sociale qui domine ou bien l’homme dom­iné domine-t-il la femme dom­i­nante et c’est la dom­i­na­tion sex­uelle (ou de genre) qui domine ?

    En résumé, je cri­tique dans ce court texte de ne pas laiss­er la place à l’ex­is­tence de sociétés égal­i­taires dans le respect des dif­férences
    Cor­diale­ment
    Thier­ry Bau­ti­er (thierrybautiervannes@gmail.com)

  5. Je suis prêt à repren­dre cha­cun des points avec vous :
    1 votre ques­tion de recherche est :le dvpt des iné­gal­ités au cours de l’évo­lu­tion… je vous dis que vous sup­posez qu’il n’y a que des iné­gal­ités ce qui exclu des sociétés égal­i­taires
    2 le dia­logue de sourds sur le matri­ar­cat est un fait. Vous n’u­tilisez ce terme que dans un sens extrême et pas dans le sens d’e­gal­i­taire entre les hommes et les femmes. Êtes vous d’ac­cord ?
    3 Dans votre livre ” le com­mu­nisme n’est plus ce qu’il etait” vous appelez com­mu­nistes et égal­i­taires des sociétés égal­i­taires entre les hommes mais très vio­lentes envers les femmes. Êtes vous d’ac­cord ?Pour moi c’est grave car vous invis­i­bilitez la vie de la moitié de cette human­ité
    4 mes propo­si­tions lex­i­cales d’in­tro­duire une dis­tinc­tion entre hiérar­chisée et hier­ar­chique ain­si que d’ap­pel­er sec­tions les groupes humains pos­sé­dant cer­taines pro­priétés en com­mun, sans préjuger de l’ex­is­tence d’une forme de dom­i­na­tion ( c’est une rela­tion asymétrique entre deux per­son­nes) ne visent qu’à éclair­er votre objet d’é­tude. Et surtout chercher hon­nête­ment la vérité et non pas vous nuire en quelque façon.
    A vous lire
    Thier­ry BAUTIER

    1. 1. Si un arti­cle étudie la clas­si­fi­ca­tion des vertébrés, il ne sup­pose pas qu’il n’ex­iste que des vertébrés.
      2. J’u­tilise le terme dans le sens qui est le sien. Mais on peut chang­er le sens du terme, cela ne change absol­u­ment rien au raison­nement (cela le rend seule­ment plus con­fus) et au fait que Aben­droth racon­te des salades.
      3. Si vous pensez que mon bouquin sur le com­mu­nisme prim­i­tif invis­i­bilise l’op­pres­sion des femmes dans les sociétés sans richesse, alors même qu’il est entière­ment con­sacré à soulign­er son exis­tence, vous avez, je le main­tiens, un sérieux prob­lème de lec­ture.
      4. Je note vos propo­si­tions lex­i­cales, mais elles ne me sem­blent pas per­ti­nentes, pour une série de raisons qu’il serait bien long d’ex­pli­quer.

  6. Je ne reprendrai que le point 3. C’est un fait. Vous appelez égal­i­taires puis com­mu­nistes des sociétés patri­ar­cales mais égal­i­taires entre les hommes ( les dom­i­nants pour l’iné­gal­ité de genre). Est-ce vrai ou faux ?

  7. Je ne reprendrais que le point 3. Page146 de votre ouvrage, vous qual­i­fiez d’e­gal­i­taire sur le plan économique des sociétés vio­lem­ment patri­ar­cale et après vous les appelez com­mu­nistes. Ce qui per­met de jus­ti­fi­er le titre. Mais une société com­mu­niste est égal­i­taire pour tout le monde et pas seule­ment une moitié de la société. C’est ce point lex­i­cal que je cri­tique.

    1. Je pré­cise à chaque fois qu’elles sont *économique­ment* égal­i­taires, et que juste­ment, sur le plan des rap­ports de genre, elles ne le sont sou­vent pas. Com­ment faut-il le dire ?

  8. J’as­sim­i­l­erais les IHS de genre à des IHS d’hon­neur innées.

    Il me sem­ble que les IHS de genre ne sont pas for­mal­isées à l’o­rig­ine (mais cer­tains mythes qui légiti­ment la supéri­or­ité des hommes sur les femmes pour­raient peut-être être assim­ilés à des for­mal­i­sa­tions ?), ce qui est un autre argu­ment pour les exclure des IHS poli­tiques.

    Les IHS économiques sont liées au tra­vail accu­mulé, hors les IHS de genre exis­tent dans des sociétés ne con­nais­sant pas le tra­vail accu­mulé, elles doivent donc être indépen­dantes.

    Je pense que les IHS d’hon­neur peu­vent être acquis­es, ça me sem­ble être le mod­èle du mérite, ou innées. Je pense dans ce dernier cas aux dis­crim­i­na­tions qui ne sont pas établies par des règles formelles mais plus ou moins recon­nues par tous, appuyées par des représen­ta­tions partagées (blagues, dic­tons, idées reçues). Dans ce cas elles sont reliées à une car­ac­téris­tique de l’in­di­vidu (par­tic­u­lar­ité physique, appar­te­nance trib­ale).

    Les IHS de genre entr­eraient dans ce dernier cas.

    L’I­nu­it à dreads

  9. Ces sociétés ne peu­vent être égal­i­taires sur le plan économique si cela ne con­cerne qu’une moitié de cette human­ité. Et encore moins com­mu­nistes. Ceux qui lisent votre livre devraient com­pren­dre que des sociétés iné­gal­i­taires envers les femmes mais egal­i­taires entre les hommes sont iné­gal­i­taires envers les femmes !! Lapalis­sade. Mais ce n’est pas ce qu’ils com­pren­nent le plus sou­vent car ils oublient le statut des femmes et fal­si­fient les ter­mes ‘egal­i­taire’ et ‘com­mu­niste’. Est-ce plus clair ?

  10. Sur le point 2. Je ne suis pas com­pé­tent pour juger le tra­vail de Goet­ner-Aben­droth mais je sais qu’elle a été virée de l’u­ni­ver­sité en Alle­magne pour avoir démon­tré que les philosophes jusqu’à De Beau­voir non com­pris, ne con­sid­èrent que le point de vue des hommes et hélas, elle avait rai­son.
    Indépen­dam­ment de la per­ti­nence de ‘Les sociétés matri­ar­cales’, elle pro­pose une autre déf­i­ni­tion de matri­ar­cat et vous n’avez jamais répon­du je crois à la ques­tion de l’ex­is­tence d’une société égal­i­taire entre les hommes et les femmes à l’in­térieur de chaque divi­sion sociale du tra­vail, sans non plus répon­dre à la ques­tion rigolote que je posais au début de nos échanges
    Thier­ry BAUTIER

    1. Et donc, vous n’êtes pas com­pé­tent, mais vous l’êtes quand même. C’est ça qui est for­mi­da­ble. Et sur ce, comme je ne m’ap­pelle pas Bran­doli­ni et qu’à l’im­pos­si­ble nul n’est tenu, je vous souhaite une excel­lente soirée et vous pro­pose que nous nous en tenions là (défini­tive­ment).

  11. Je ne suis pas com­pé­tent sur l’eth­nolo­gie mais unique­ment sur le néolithique du grand ouest. Je con­tin­uerai à vous lire car vous êtes recon­nu comme marx­iste mais vous refutez les thès­es du marx­isme. Bizarre, bizarre…
    Thier­ry BAUTIER

  12. Et par­mi les inégalités/​hiérarchies faut il
    Exclure par principes les iné­gal­ités physiques, biologiques ou d’intelligence ?

    1. Absol­u­ment pas. Ce sont aus­si des iné­gal­ités /​hiérar­chies. En revanche, se pose la ques­tion de savoir com­ment elles se tran­scrivent en ter­mes de rap­ports soci­aux. Et c’est là qu’il faut faire très atten­tion à ne pas assim­i­l­er sans ambages les unes aux autres.

    2. Intéres­sant. Soit que les sociétés par­faite­ment égal­i­taire elim­i­naient toutes dif­férences, soit qu’elles met­taient en place une respon­s­abil­ité, donc un ordre hiérar­chique, donc une iné­gal­ité. Com­ment des sociétés égal­i­taires peu­vent gér­er des ”boulets à la survie” ?

  13. Hel­lo
    La dif­férence que je ferais entre ” iné­gal­ités” et “hiérar­chie” est le niveau de neu­tral­ité du terme.
    Iné­gale sous entend un point de référence qu’est “l’é­gal­ité”. Hiérar­chie ne sous entend pas ça .
    Si je dis que la société médié­vale est iné­gal­i­taire, j’ai déjà un pied dans la révo­lu­tion. Si je dis qu’elle est hiérar­chisée je suis moins dans le juge­ment de valeur, plus neu­tre.

    1. En êtes-vous bien cer­tain ? On a quand même le sen­ti­ment que l’é­gal­ité est tout autant le pen­dant de la hiérar­chie que de l’iné­gal­ité — ne serait-ce que dans notre fameux « lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité ».

  14. Salut Christophe,

    Est-ce que tu as eu con­nais­sance de cette étude ?
    https://www.science.org/content/article/ancient-europeans-resisted-inequality-5000-years

    « Between 6000 B.C.E. and 1000 B.C.E., the peo­ple liv­ing in the Carpathi­an Basin of cen­tral East­ern Europe expe­ri­enced a whirl­wind of social and tech­no­log­i­cal change. The first farm­ers brought domes­ti­cat­ed crops. Small­er com­mu­ni­ties grew into larg­er set­tle­ments, broke apart, and reformed. New tech­nolo­gies such as plows, draft ani­mals, stan­dard mea­sure­ments, and met­al­work­ing trans­formed work­ing life. Else­where in the ancient world, such changes often her­ald­ed increas­ing­ly unequal and social­ly strat­i­fied soci­eties. But not in the Carpathi­an Basin, which cov­ers all of Hun­gary and stretch­es to parts of coun­tries includ­ing Aus­tria, Ser­bia, and Ukraine (see map, below). There, house sizes and grave goods sug­gest soci­eties remained remark­ably egal­i­tar­i­an for 5000 years, hint­ing that peo­ple devel­oped social and polit­i­cal strate­gies that helped them resist inequal­i­ty, researchers report today in Sci­ence Advances. […] »

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