« Le genre crée le sexe »… Vraiment ?

Chris­tine Del­phy

Lors d’une dis­cus­sion toute récente avec quelques inter­locutri­ces se récla­mant des courants fémin­istes matéri­al­istes, j’ai été assez sur­pris de les enten­dre affirmer avec sérieux que « c’est le genre qui crée le sexe ». Mes argu­ments ne les ayant man­i­feste­ment pas con­va­in­cus (et une dis­cus­sion orale étant tou­jours dif­fi­cile), j’ai voulu revenir sur cette affir­ma­tion éton­nante.

Si j’en crois les quelques (rapi­des) lec­tures que j’ai pu faire, il s’ag­it d’un point de vue assez large­ment admis dans ces milieux, depuis qu’il a été défendu par des auteures qui y font autorité, comme C. Del­phy (« le sexe est créé par le genre », L’Ennemi prin­ci­pal. 2, Penser le genre, Syllepse, 2001, p. 231.) ou J. But­ler (« le sexe est, par déf­i­ni­tion, du genre de part en part », Trou­ble dans le genre, La Décou­verte, 2005, p. 71). Or, au risque de paraître un peu abrupt, ces affir­ma­tions, selon la manière dont on leur fait tor­tur­er le sens des mots, ne peu­vent être au mieux qu’une tau­tolo­gie, au pire qu’une absur­dité.

De l’art de jouer sur les mots

Dans la déf­i­ni­tion tra­di­tion­nelle – mais si on veut se com­pren­dre, il est assez pra­tique d’u­tilis­er les mots dans leurs déf­i­ni­tions tra­di­tion­nelles – le sexe, c’est ce qui existe biologique­ment. Chez un cer­tain nom­bre d’e­spèces vivantes, dont homo sapi­ens, tous les indi­vidus n’ont pas les mêmes organes repro­duc­teurs ; ceux-ci sont de deux sortes (si mes sou­venirs sont bons, il existe quelques rares espèces de plantes où il y a trois sortes d’or­ganes repro­duc­teurs ; on sait aus­si que chez un même indi­vidu, tous les mar­quages du sexe peu­vent ne pas être cohérents ; cela com­plex­i­fie, mais n’abolit en rien, l’ex­is­tence de deux types fon­da­men­taux d’or­ganes repro­duc­teurs). Pour créer un nou­v­el indi­vidu, il faut réu­nir des cel­lules apportées par un organe de cha­cun de ces deux types. Le genre, lui, définit tout ce qui touche aux rôles soci­aux, cul­turelle­ment con­stru­its, de chaque sexe.

Jusque là, tout va bien. Le bon sens y retrou­ve ses petits, et com­prend aisé­ment que le sexe est ce qui fonde le genre : les sociétés humaines, depuis qu’elles exis­tent, assig­nent aux indi­vidus un rôle, des com­porte­ments, des tâch­es, des lieux, etc. en fonc­tion de cette car­ac­téris­tique qu’est le sexe, qui existe déjà dans la nature préal­able­ment aux con­struc­tions sociales et indépen­dam­ment d’elles. Le pro­gramme fémin­iste con­siste à militer pour la fin de cette assig­na­tion ; ce qu’on désigne habituelle­ment par la for­mule con­sacrée, mais impro­pre, d’é­gal­ité des sex­es et qu’il serait plus exact d’ap­pel­er dis­pari­tion des gen­res.

Judith But­ler

Arrive alors une cer­taine cri­tique fémin­iste dite rad­i­cale, qui explique que cette manière de voir les choses fait encore beau­coup trop de con­ces­sions à l’idéolo­gie dom­i­nante, en admet­tant comme naturel ce qui ne l’est pas. Loin d’être une don­née de la biolo­gie, le sexe lui-même serait sociale­ment con­stru­it. C’est parce que la société hiérar­chise les gen­res qu’elle clas­si­fierait les indi­vidus en sex­es, une clas­si­fi­ca­tion qui n’au­rait donc aucune réal­ité pro­pre, indépen­dante de l’e­sprit humain – et, plus pré­cisé­ment, des valeurs sociales.

Le bon sens, pour peu qu’il n’ait pas abdiqué, se demande alors tout de même ce qu’on est en train d’es­say­er de lui faire avaler tout rond. Si vrai­ment c’est le genre qui crée le sexe, cela veut dire au moins 1) que l’abo­li­tion des gen­res entraîn­era aus­si celle des sex­es 2) que dans le monde ani­mal, les sex­es n’ex­is­tent pas – ceux qui pré­ten­dent le con­traire sont vic­times de l’idéolo­gie sociale. Mais, deman­dera-t-on, dans une société humaine sans gen­res, les indi­vidus con­tin­ueront-ils oui ou non à naître avec des organes tels que des utérus, des pénis, et quelques autres du même ordre ? Et chez les ani­maux, les deux caté­gories d’or­ganes repro­duc­teurs exis­tent-elles (depuis fort longtemps) indépen­dam­ment de l’ex­is­tence de l’homme et du regard qu’il peut porter sur elles ?

Il n’y a à ces ques­tions que deux répons­es pos­si­bles. Soit on pousse la logique de l’ab­surde jusqu’à son terme en pré­ten­dant qu’en effet, les organes sex­uels eux-mêmes, et la repro­duc­tion sex­uée qui va avec, ne sont pas une réal­ité qui pos­sède une exis­tence indépen­dante des con­cep­tions que l’hu­man­ité peut se faire sur elle. Je ne sais s’il existe des gens qui ont défendu une posi­tion d’un tel idéal­isme philosophique mais, après tout, je ne saurais m’é­ton­ner de rien. Soit (et il sem­ble que ce soit la ver­sion majori­taire) on con­cède que les organes sex­uels sont une réal­ité indépen­dante de la manière dont l’e­sprit humain se la représente, mais que c’est l’im­por­tance qu’on lui accorde pour class­er les indi­vidus qu’on appelle ici « le sexe » et qui procéderait de l’idéolo­gie de genre.

Mais si dans le pre­mier cas, on est face à une absur­dité, dans le sec­ond on aboutit à une pure tau­tolo­gie. Car si dans la phrase « c’est le genre qui crée le sexe », le sexe n’est pas une réal­ité biologique mais l’im­por­tance indue qu’on lui accorde, alors ce sexe-là n’est pas le sexe : il est le genre (ou, à tout le moins, une de ses com­posantes) ! La for­mule géniale se résout donc dans l’idée banale selon laque­lle c’est la hiérar­chie sociale entre les sex­es qui explique l’im­por­tance qu’on accorde à l’i­den­tité sex­uelle, autrement dit, dans le lan­gage codé qu’af­fec­tion­nent cer­tains, dans la plate équa­tion selon laque­lle c’est le genre qui crée, si l’on ose dire, le genre.

Quoi qu’il en soit, on ne voit guère ce que le com­bat fémin­iste a à gag­n­er à défendre de telles for­mu­la­tions qui, loin d’é­clair­er quoi que ce soit, ne font que semer une con­fu­sion… « rad­i­cale ».

Les mâles et les femelles existent-ils ?

J’en prof­ite pour relever l’ar­ti­cle de Priscille Touraille, « L’indis­tinc­tion sexe et genre, ou l’er­reur con­struc­tiviste », Cri­tique, 2011/​1 — n° 764–765, mal­heureuse­ment non libre­ment disponible en ligne. Cet arti­cle pos­sède le mérite d’ar­gu­menter glob­ale­ment dans le bon sens et de ramen­er un peu sur terre les vagabondages post-mod­ernes sur cette ques­tion. Il pose néan­moins lui-même prob­lème sur au moins un point : l’af­fir­ma­tion plusieurs fois réitérée selon laque­lle mâles et femelles n’ex­is­teraient pas dans la réal­ité. La seule manière cor­recte de s’ex­primer con­sis­terait à par­ler d’in­di­vidus dotés de car­ac­tères sex­uels mâles ou femelles.

On lit ain­si que la théorie fémin­iste « a com­mis l’erreur de ne pas débus­quer le social à l’œuvre dans la déf­i­ni­tion en apparence la moins sociale du sexe : définir les indi­vidus par une fonc­tion biologique (mâle, femelle). » (p. 89). « Pour la pen­sée ordi­naire [qui se trompe, on l’au­ra com­pris], les indi­vidus sont des sex­es : “les mâles” et “les femelles” sont une réal­ité physique tout autant que les pénis et les seins. » (p. 89). En un mot comme en cent, « la désig­na­tion mâle /​femelle (…) est de l’ordre de la croy­ance, de l’ordre du genre. » (p. 89) etc.

Pour­tant, que ce soit dans la vie quo­ti­di­enne ou dans le domaine sci­en­tifique, la pen­sée humaine passe son temps à class­er les objets qu’elle manip­ule en sélec­tion­nant cer­taines de leurs pro­priétés, sans accom­plir pour autant le moin­dre acte idéologique. Ce faisant, elle procède à une abstrac­tion de la réal­ité ; elle con­sid­ère une réal­ité par­tielle, dont on a choisi d’é­carter cer­taines car­ac­téris­tiques inutiles pour décrire cer­tains faits. Mal choisir les pro­priétés en ques­tion par rap­port à une prob­lé­ma­tique don­née peut être un acte de croy­ance, ou idéologique. Mais, en soi, opér­er de tels choix est tout sim­ple­ment ce qu’on appelle penser. On pour­rait d’ailleurs dou­bler en quelque sorte P. Touraille sur sa gauche, et l’ac­cuser de faire elle aus­si acte idéologique lorsqu’elle affirme que les pénis sont une réal­ité. Car après tout, dans la réal­ité, « les pénis » en général, ça n’ex­iste pas : il n’y a que des mil­liards d’or­ganes appar­tenant à des mil­liards d’in­di­vidus, organes sem­blables mais néan­moins assez dif­férents les uns des autres et que seul un acte d’ab­strac­tion de la pen­sée rassem­ble en une général­ité appelée « pénis ».

En suiv­ant la logique de P. Touraille, ce serait aus­si un acte de croy­ance que de par­ler de feuil­lus et d’épineux, puisqu’il n’ex­is­terait, en réal­ité, que des arbres munis de feuilles et d’autres d’épines. Ce serait un acte de croy­ance de par­ler de vertébrés et d’in­vertébrés puisque dans la réal­ité, il n’ex­iste que des êtres vivants pourvus ou dépourvus de vertèbres. En matière sociale, c’est la même chose : on ne saurait sans faire acte d’idéolo­gie par­ler de plom­biers et d’u­ni­ver­si­taires, puisque dans la réal­ité, il n’ex­iste que des indi­vidus dont cer­tains ont comme activ­ité de répar­er les fuites et d’autres d’ex­pli­quer la réal­ité (ou de l’ob­scur­cir, selon les cas). Quant au pre­mier chapitre du Man­i­feste com­mu­niste, inti­t­ulé « bour­geois et pro­lé­taires », il accom­plit incon­testable­ment un acte de croy­ance, puisque comme on le sait, il n’ex­iste en réal­ité nuls bour­geois et pro­lé­taires, mais sim­ple­ment des êtres humains dont cer­tains qui se font exploiter et d’autres qui vivent de cette exploita­tion.

Alors, soit la charge de P. Touraille con­teste la légitim­ité de s’ex­primer de manière rac­cour­cie, et de par­ler de « mâles » au lieu d’ « êtres humains dotés d’or­ganes repro­duc­teurs mas­culins ». Mais alors, elle ne pour­fend que du vent, car un mâle se définit pré­cisé­ment comme un être doté d’or­ganes repro­duc­teurs mas­culins, tout comme un cap­i­tal­iste est pré­cisé­ment un être humain qui détient un cap­i­tal. Soit son argu­ment con­teste qu’on ait le droit, en soi, de sélec­tion­ner un ou plusieurs car­ac­tères pour car­ac­téris­er un être ou une entité, ce qui revient à con­tester la légitim­ité de toute pen­sée abstraite (autrement dit, de toute pen­sée).

Mais, rétor­quera-t-on peut-être, l’acte idéologique que dénonce P. Touraille, n’est pas en soi de dis­tinguer les mâles et les femelles ; il est d’établir cette dis­tinc­tion mal à pro­pos, dans des con­textes où elle n’est pas per­ti­nente ; elle est de don­ner à cette dis­tinc­tion une impor­tance qu’elle ne pos­sède pas objec­tive­ment. For­mulée ain­si, l’idée deviendrait tout à fait juste ; mais P. Touraille sait (très bien) écrire, et ce n’est pas ain­si qu’elle s’ex­prime. Sur ce point, elle com­met donc très exacte­ment la même erreur qu’elle dénonce à juste titre chez celles qui iden­ti­fient genre et sexe : en cher­chant une for­mule choc et inédite, elle aboutit à un énon­cé vide ou absurde, selon la manière dont on choisit de l’in­ter­préter.

Pour ne pas rester sur cette note cri­tique, je dois ajouter que je suis assez intrigué par le livre de cette chercheuse (Hommes grands, femmes petites, MSH, 2008) qui envis­age la pos­si­bil­ité que le dimor­phisme sex­uel dans l’e­spèce humaine soit, au moins en par­tie, le résul­tat de proces­sus soci­aux. Je n’ai pas encore trou­vé le temps de le lire en détail, mais bien que la plu­part des chapitres débor­dent de beau­coup mes domaines de com­pé­tence, il est sur la (haute) pile.

Last but not least

Pour finir, en guise d’épi­logue, un des meilleurs exposés jamais réal­isés en matière de fémin­isme rad­i­cal. A voir et à revoir avant d’abor­der toute dis­cus­sion à pré­ten­tion théorique sur ce thème.

38 commentaires

  1. J’avais entre­pris de répon­dre à votre post point par point, mais je vais faire plus court.

    Je vous invite à envis­ager que vous n’ayez peut-être pas com­pris ce que sig­ni­fie “Le genre crée le sexe” — c’est l’hy­pothèse la plus généreuse que, pour ma part, je parviens à for­muler, à lire votre réac­tion.
    Comme je vous invite à envis­ager autrement que seule­ment sous forme de « ques­tions idéologiques » le fait que nous soyons pris au sein de rap­ports de dom­i­na­tion de genre.

    Les pro­pos cri­tiques sont tou­jours assurés d’être présen­tés comme vides ou absur­des par qui refuse de les enten­dre.
    Il est donc par­ti­c­ulière­ment savoureux de lire sous votre plume : “en cher­chant une for­mule choc et inédite, elle aboutit à un énon­cé vide ou absurde, selon la manière dont on choisit de l’in­ter­préter”. J’insiste : « selon la manière dont on choisit de l’interpréter ». « For­mule choc, inédite » : on a juste­ment pu lire au dessus votre choix, et votre manière.
    For­mule choc et inédite pour vous, peut-être. Et pour beau­coup d’autre aus­si, assuré­ment : mais à qui espérez vous faire croire que cet argu­ment toucherait au fond du pro­pos ?
    Ain­si, il est inepte, et tou­jours très mas­culin, de pré­ten­dre reprocher à une fémin­iste rad­i­cale la manière dont des esprits mal inten­tion­nés à l’en­droit de la cri­tique fémin­iste pour­raient choisir de tourn­er en déri­sion son pro­pos ; mais cela devient déli­cieux quand on vient de le faire soi-même au long de plusieurs para­graphes.
    J’en sais quelque chose : je suis un homme, et après tout, je m’y suis fait pren­dre plus sou­vent qu’à mon tour.
    Vous pou­vez assuré­ment ambi­tion­ner de cri­ti­quer la thèse fémin­iste rad­i­cale du sexe comme pro­duit du genre. Mais il vous fau­dra d’abord par­venir à expos­er avec rigueur cette thèse pour ce qu’elle est, et non pour ce que vous vous êtes vis­i­ble­ment plu à imag­in­er pou­voir lui faire dire.
    Pour lim­iter à l’avenir les risques de vous égar­er à ce sujet, je peux vous sug­gér­er quelques lec­tures, qui pour­raient vous aider à ne plus vous mépren­dre quant aux pro­pos, par exem­ple, d’une C. Del­phy : « Féminin, mas­culin – Mythes et idéolo­gies », pub­lié sous la direc­tion de Cather­ine Vidal chez Belin en 2006, ain­si que de « L’invention du Naturel – les sci­ences et la fab­ri­ca­tion du mas­culin et du féminin. », pub­lié sous la direc­tion de Del­phine Gardey et Ilana Löwy aux édi­tions des archives con­tem­po­raines en 2000.
    Pour ma part, la lec­ture de ces deux ouvrages ne m’a pas con­fron­té à l’insoutenable spec­ta­cle de mots inno­cents soumis à d’odieux mau­vais traite­ment par des tor­tion­naires fémin­istes.
    Par con­tre, sauf rares excep­tions, le fait est que la cri­tique fémin­iste se voit rude­ment mal­menée sitôt que ce sont des hommes qui se mêlent d’en expos­er ce qu’ils y enten­dent ; y com­pris ceux qui se veu­lent ses « amis ».

  2. Lec­tures vrai­ment trop rapi­des, et réflex­ion de même. Si on décide de par­tir du pos­tu­lat qu’il y a naturelle­ment (anthro­pologique­ment) des hommes et des femmes, parce qu’il y a naturelle­ment (biologique­ment) des sex­es mâles et femelles, on passe com­plète­ment à côté de ce que dis­ent les fémin­istes rad­i­cales. On ne saurait trop vous con­seiller une lec­ture plus atten­tive de ces auteurs. Et gardez en tête pour vous soutenir la pos­si­bil­ité qu’un monde sans hommes ni femmes ne soit peut-être pas plus dif­fi­cile à con­cevoir qu’un monde sans class­es.

    1. Me voilà donc pris en fla­grant délit d’ig­no­rance et d’in­com­préhen­sion, si ce n’est de mépris sex­iste. Soit. Il est cepen­dant dom­mage qu’au­cun des deux inter­venants n’ait eu la char­ité de m’ex­pli­quer en quoi, se con­tenant de me ren­voy­er à la lec­ture des Grand(e)s Auteur(e)s.

      En atten­dant, le peu qui m’est don­né à lire me con­forte dans mes erre­ments. Car ces hommes et ces femmes qui, selon le deux­ième com­men­taire, seraient dif­férents des sex­es mâles et femelles défi­nis par la biolo­gie, et qui dis­paraîtront dans le monde de demain, que sont-ils, sinon les rôles soci­aux que l’on assigne aux uns et aux autres, autrement dit des gen­res ?

      Quant à la pos­si­bil­ité qu’il existe à l’avenir une société sans gen­res au même titre qu’une société sans class­es, c’est très gen­til de vouloir m’en con­va­in­cre, mais c’é­tait déjà fait depuis longtemps.

    2. La for­mu­la­tion clas­sique des fémin­istes matéri­al­istes (je n’y com­prends pas But­ler, théorici­enne du “Queer”) est : “le genre précède le sexe”. Or dans votre texte vous com­prenez cette asser­tion d’une manière aber­rante : vous sem­blez en déduire que “le genre crée le sexe”, au pied de la let­tre, c’est à dire que les rap­ports soci­aux mod­èleraient toute la nature biologique des hommes et des femmes. Ce que dis­ent les fémin­istes matéri­al­istes, ce n’est pas que les “hommes” et les “femmes” au sens de leur exis­tence biologique devraient dis­paraître, mais que dans la per­spec­tive de l’abo­li­tion des gen­res la divi­sion sex­uée de l’hu­man­ité deviendrait non-per­ti­nente dans la déf­i­ni­tion de rôles soci­aux spé­ci­fiques, faisant du fait d’avoir des organes sex­uels mâles ou femelles une par­tic­u­lar­ité anatomique par­mi d’autres (et donc : plus d’hommes plus de femmes, mais des indi­vidus sex­ués).

      (Il faut not­er que ces con­sid­éra­tions théoriques très générales ne sont pas l’essen­tiel de ce que dit un auteur comme C. Del­phy, qui a appuyé ses analy­ses sur le tra­vail domes­tique (vous savez, le trou noir dans la repro­duc­tion de la force de tra­vail), pour con­stituer la théorie selon moi dou­teuse d’un “mode de pro­duc­tion domes­tique”.)

      Pour en revenir à l’asser­tion “le genre précède le sexe”, elle vise à s’op­pos­er rad­i­cale­ment à toute nat­u­ral­i­sa­tion du rôle et de l’ex­is­tence des femmes, sur laque­lle repose toute l’idéolo­gie qui per­met d’assoir la dom­i­na­tion mas­cu­line. La manière que vous avez ici d’en­vis­ager la ques­tion est éminem­ment nat­u­ral­iste et donc idéologique, ce qui est bien nor­mal, en tant que marx­iste vous savez bien que le bon sens est le plus red­outable méta­physi­cien, et que nous sommes tous spon­tané­ment idéo­logues. Ce pourquoi je vous invi­tais à lire plus atten­tive­ment ces auteurs, qui s’ex­pri­ment et pensent sur le sujet depuis une quar­an­taine d’an­nées, en leur faisant la grâce de ne pas les soupçon­ner a pri­ori d’aber­ra­tion men­tale.

      Comme vous sem­blez avoir une préférence pour l’an­thro­polo­gie, je vous con­seille la lec­ture de Pao­la Tabet, “La Con­struc­tion sociale du groupe femmes”, pour com­mencer. Enfin, vous avez inter­net, allez‑y, vous ver­rez, c’est pas­sion­nant.

    3. Désolé, mais je ne marche tou­jours pas.

      1) La for­mu­la­tion “le genre crée le sexe”, ce n’est pas moi qui l’ai inven­tée, comme cha­cun peut s’en ren­dre compte en util­isant Google (par exem­ple là). Au demeu­rant, dire que le genre “précède” le sexe, que ce soit sur le plan tem­porel ou logique, ne change pas grand chose sur le fond : au temps des dinosaures, bien avant que le pre­mier pri­mate ait mangé sa pre­mière banane, les sex­es exis­taient-ils, oui ou non ?

      2) « Ce que dis­ent les fémin­istes matéri­al­istes, ce n’est pas que les “hommes” et les “femmes” au sens de leur exis­tence biologique devraient dis­paraître, mais que dans la per­spec­tive de l’abo­li­tion des gen­res la divi­sion sex­uée de l’hu­man­ité deviendrait non-per­ti­nente dans la déf­i­ni­tion de rôles soci­aux spé­ci­fiques, faisant du fait d’avoir des organes sex­uels mâles ou femelles une par­tic­u­lar­ité anatomique par­mi d’autres (et donc : plus d’hommes plus de femmes, mais des indi­vidus sex­ués). »
      On en revient donc tou­jours au même point : le « sexe » dont vous par­lez là (les rôles soci­aux et le regard que l’on porte sur les dif­férences anatomiques), c’est pré­cisé­ment la déf­i­ni­tion du genre. Ain­si, la for­mule juste serait « le genre précède l’im­por­tance qu’on accorde au sexe et le regard qu’on porte sur lui ». Mais ce n’est pas ce que ces gens choi­sis­sent d’écrire.

      3) Je ne dis­cute pas des inten­tions (com­bat­tre le nat­u­ral­isme) de celles et ceux qui prô­nent telle ou telle for­mule, je dis­cute de l’adéqua­tion de cette for­mule avec la réal­ité. Et je ne vois pas en quoi embrouiller le sens des mots aide en quoi que ce soit à s’op­pos­er (dans les faits, pas dans les pos­es) rad­i­cale­ment à un ordre social injuste.

    4. Si votre ques­tion est : est-ce que la repro­duc­tion sex­uée existe bel et bien, c’est bien enten­du : oui. PERSONNE NE NIE L’EXISTENCE DES SEXES.

      La ques­tion est que les ani­maux ont un sexe mais qu’ils n’ont pas de genre (pas plus que les class­es n’ex­is­tent chez les ani­maux soci­aux, et pas plus que le lion ne s’ap­pro­prie le sur­tra­vail de la lionne). Et ce qui nous con­cerne nous, c’est le genre. Et le genre CONSTITUE ce que nous con­sid­érons être le sexe (les sex­es). Et cela n’a rien à voir avec les ani­maux. Quand on dit “le sexe” on ne par­le pas de zizi, on par­le du fait qu’avoir un utérus n’en­gage jamais le sim­ple fait de pos­séder cet organe, sauf peut-être pour un obser­va­teur extrater­restre, mais est immé­di­ate­ment pris dans des rap­ports soci­aux. Et donc oui, dans ce sens là, le sexe, c’est du genre. Ca n’est quand même pas exagéré­ment sub­til, il me sem­ble.

      Sauf que là j’ai quand même l’im­pres­sion que vous ne voulez pas com­pren­dre ce qu’on vous dit et que vous tenez à fonder votre opin­ion sur l’in­ter­pré­ta­tion aber­rante d’une seule for­mule. On va donc s’ar­rêter là. Et je vous con­seille de lire l’in­ter­view de Del­phy que vous met­tez en lien, elle répond à vos ques­tions si vous voulez bien l’en­ten­dre.

    5. Quand j’ai envie d’hu­mour absurde, il arrive que je regarde les films des Mon­thy Python, ou je chante moi-même leurs chan­sons.
      “I’d like to be a girly/​Just like my dear papa/​I’m a lum­ber­jack and i’m OK/​I sleep all night and I work all day”, etc.
      Pour ce qui est de l’ab­surde, je dois dire qu’ils m’ont rarement déçu. Mais ce sont aus­si des mecs assez banale­ment misog­y­nes, com­plète­ment incon­scients de leurs pro­pres priv­ilèges, et que rien ne pous­sait, Chap­man moins encore que les autres, il y a trente ans, à écouter avec une atten­tion et une appli­ca­tion qui aile au-delà de celle de parte­naires sex­uels soucieux avant tout de coïter sans pro­créer ce que la cri­tique fémin­iste avait à dire sur la ques­tion de l’avortement, de la réap­pro­pri­a­tion de leur corps par les femmes, etc. Rien de moins sur­prenant, après tout, dans une société de rap­ports de dom­i­na­tion de genre.
      Mais quand je m’in­téresse à la cri­tique fémin­iste rad­i­cale, eh ! bien, j’ar­rête un moment de chanter “We’re the knights of the round table” en dévas­tant vir­ile­ment mon apparte­ment, je cesse séance ten­ante d’escalad­er la face nord d’Uxbridge Road, je renonce à mon expédi­tion aux Kil­i­mand­jaros, ou je cesse de ren­dre hom­mage à Gra­ham Chap­man en lut­tant seul con­tre moi-même à coup d’im­mo­bil­i­sa­tions et d’é­tran­gle­ments, et je m’en vais lire ce que celles qui pro­duisent cette cri­tique rad­i­cale écrivent, écouter ce qu’elles dis­ent, en me faisant un petit peu hum­ble, aus­si.
      A pro­pos de cri­tique fémin­iste rad­i­cale, je dois dire que, curieuse­ment, j’ai con­staté à l’usage que je fai­sais plus con­fi­ance à Chris­tine Del­phy, à Adri­enne Rich, à Colette Guillemin et tant d’autres femmes fémin­istes qui me font pour­tant assez peu rire qu’à John Cleese ou Michael Palin : lesquels, aus­si sym­pa­thiques me soient-ils, se sont can­ton­nés, à pro­pos de la cri­tique des rap­ports de dom­i­na­tion de genre, à un silence qui en dit long. A ma grande sur­prise, j’ai con­staté qu’avec les fémin­istes rad­i­cales, je pou­vais être amené mieux encore que par Gra­ham Chap­man à devoir lut­ter âpre­ment con­tre un red­outable adver­saire qui se trou­vait n’être autre que moi-même : c’est à dire, à remet­tre en ques­tion ce qui jusqu’i­ci m’avait paru si indis­cutable­ment évi­dent, établi, fondé en nature, etc.
      Ne vous privez donc pas de le faire vous aus­si, d’au­tant que je crois avoir pris cette fois la peine de vous en présen­ter dans un lan­gage que vous enten­dez tout le bien que vous aviez à en retir­er : le plaisir intel­lectuel de voir flan­quer cul par dessus tête ces évi­dences qui par­ticipent des rap­ports de dom­i­na­tion dans lesquels on se trou­ve soi-même pris jusqu’au trognon vaut bien celui que pro­cure le spec­ta­cle comme la pra­tique priv­ilégiée du non­sense pour le non­sense,
      Et si le cœur vous en dit, revenez donc nous en causer ensuite. Si vrai­ment l’on a rien de mieux à faire, on pour­ra tou­jours dis­put­er de l’improbabilité de ce que tel ou tel des sketchs des Mon­thy Pythons puisse vrai­ment s’avér­er appro­prié pour illus­tr­er telle ou telle thèse fémin­iste.

    6. Mer­ci Mar­tin de vos con­seils éclairés, quoiqu’un rien con­de­scen­dants. Le jour où vous voudrez y ajouter un ou deux argu­ments, n’hésitez surtout pas à revenir dis­cuter.

      Quant à Anonyme, son dernier mes­sage illus­tre à mer­veille le dia­logue de sourds qui s’est engagé depuis le début. Per­me­t­tez-moi sim­ple­ment de déplac­er les majus­cules : « Le genre con­stitue CE QUE NOUS CONSIDÉRONS ÊTRE du sexe. » C’est par­faite­ment exact… mais ce n’est pas ce qu’écrivent celles et ceux que je cri­tique, qui con­fondent volon­taire­ment « le sexe » réal­ité biologique indépen­dante de l’e­sprit humain et « ce que nous con­sid­érons être le sexe ». Or, que ces deux choses soient dif­férentes, et qu’elles doivent donc être désignées par des mots dif­férents si on ne veut pas semer la con­fu­sion, cela non plus, « Ca n’est quand même pas exagéré­ment sub­til ».

      Bon, on arrête là ?

    7. Non. Il n’y a pas d’in­com­préhen­sion, sauf de votre part, et je pense qu’elle est (peut-être incon­sciem­ment) volon­taire. Vous dites explicite­ment ce qui vous paraît clair et aisé à com­pren­dre (mais qui est en fait plein de sub­til­ités méta­physiques), et c’est ce que pense le gros “bon sens” (le même qui pense que le salaire est le prix du tra­vail), c’est-à-dire l’idéolo­gie nat­u­ral­iste, à savoir que “c’est le sexe qui fonde le genre”. C’est-à-dire que le genre est alors pour vous “fondé” en nature, indé­pass­able. C’est cela le nat­u­ral­isme, ou le dif­féren­tial­isme, et c’est entre autres ce que cri­tiquent les fémin­istes matéri­al­istes dans des ouvrages qui ne se lim­i­tent pas à la petite phrase ambigüe autour de laque­lle vous vous agitez. Cette cri­tique vous paraît absurde parce que vous ne l’avez pas étudiée. Ce que vous cri­tiquez dans votre texte N’EST PAS ce que dis­ent les fémin­istes matéri­al­istes. Les fémin­istes matéri­al­istes, con­traire­ment à ce que vous pré­ten­dez, savent bien qu’il y a une dif­férence entre sexe et genre, c’est même ce pourquoi existe le con­cept de genre, ce qu’elles dis­cu­tent ce sont les rap­ports qu’en­tre­ti­en­nent genre et sexe, et ces rap­ports ne sont pas seule­ment d’or­dre socio-biologique, mais aus­si idéologiques et poli­tiques. Ce que vous leur reprochez n’ex­iste pas. Vous vous trompez, en somme, et vous le faites pour con­tin­uer à penser ce que vous pensez. C’est votre affaire, mais vous n’êtes pas seul ici, des gens vous lisent, qui pour­raient se faire des idées fauss­es en vous lisant.

      Par ailleurs, il est car­ac­téris­tique des débats sur le genre de les voir s’en­lis­er immé­di­ate­ment dans les marécages du “bon sens”, qui sait bien qu’il y a des hommes et des femmes, parce qu’il y a des mâles et des femelles, des papas et des mamans, etc. Cet enlise­ment ou “dia­logue de sourds” a pour effet (et sans doute pour but) de ne pas laiss­er le moin­dre argu­ment con­traire au bon sens s’ex­primer. Il est vrai que le bon sens va vite, et que la théorie est lente et pénible à écouter. On en a là un nou­v­el exem­ple. C’est agaçant, mais ce n’est pas une rai­son pour laiss­er dire n’im­porte quoi. D’où ma dernière insis­tance, afin que les choses soient claires pour tout le monde.

    8. Bon, nous voilà repar­tis pour un tour…

      « C’est ce que pense le gros “bon sens” (…), c’est-à-dire l’idéolo­gie nat­u­ral­iste, à savoir que “c’est le sexe qui fonde le genre”. C’est-à-dire que le genre est alors pour vous “fondé” en nature, indé­pass­able. »

      Je vois au moins deux points sur lesquels je ne suis absol­u­ment pas d’ac­cord dans cette sim­ple phrase.

      1) le nat­u­ral­isme con­sis­terait à penser que le sexe fonde le genre. Le prob­lème c’est que dans cette manière de par­ler, tout dépend de la sig­ni­fi­ca­tion qu’on donne au mot « fonde ». Le nat­u­ral­isme con­siste à dire que les rôles soci­aux attribués aux sex­es (les gen­res) sont (entière­ment ?) défi­nis par la nature — autrement dit par le sexe. Mais ce n’est absol­u­ment pas ce que je dis. Con­stater que les sex­es exis­tent avant qu’on leur attribue des rôles soci­aux, et donc que cette dis­tri­b­u­tion s’est effec­tuée sur la base d’une divi­sion préex­is­tante (qui n’est pas la seule qu’on aurait pu choisir, nous sommes bien d’ac­cord) ce n’est pas du nat­u­ral­isme, c’est, si l’on veut absol­u­ment met­tre un mot en “isme”, de l’ob­jec­tivisme. Et je main­tiens que choisir à des­sein d’ap­pel­er “sexe” tan­tôt une réal­ité biologique, tan­tôt un fait social, voire de laiss­er enten­dre que la réal­ité biologique n’ex­iste pas et qu’il n’y a que de la con­struc­tion sociale là-dedans, ce n’est pas aider qui que ce soit à com­pren­dre quoi que ce soit, et c’est faire du rad­i­cal­isme de façade.

      2) il n’y a aucune espèce de lien logique entre le fait de con­sid­ér­er (à tort ou à rai­son) un phénomène comme naturel et le fait de penser (à tort ou à rai­son) qu’il soit « indé­pass­able ». La var­i­ole est un phénomène naturel, qui a été dépassé. Et beau­coup de gens sont con­va­in­cus que les iné­gal­ités matérielles, tout en étant d’o­rig­ine pure­ment sociale, sont intrin­sèque­ment liées à la com­plex­ité des sociétés humaines (je pense qu’ils ont tort, mais je n’ai pas de preuve déci­sive pour le mon­tr­er). Bref, on se trompe en croy­ant qu’il est néces­saire et suff­isant de démon­tr­er à tout prix qu’un phénomène est dénué de tout fonde­ment naturel pour mon­tr­er ipso fac­to qu’on peut le faire dis­paraître. J’a­joute que votre con­vic­tion répétée selon laque­lle à mes yeux, les gen­res seraient indé­pass­ables prou­ve que si je com­prends de tra­vers les posi­tions des autres, je ne suis en tout cas pas le seul.

    9. Mer­ci de votre réponse.

      Tout d’abord, je ne remets pas en ques­tion votre bonne foi lorsque vous dites vouloir le dépasse­ment de la divi­sion de genre. Je pense en revanche que la manière dont vous vous y prenez ne per­met pas de penser ce dépasse­ment et reste nat­u­ral­iste car :

      - Si les sex­es exis­tent “avant” qu’on leur attribue des rôles soci­aux, où existe cet “avant”, et quelle est cette “divi­sion préex­is­tante” ? Où et com­ment pré-existe-t-elle, à part dans l’ob­jec­tiv­ité de la biolo­gie ou celle de la table de dis­sec­tion, cette divi­sion qui n’est pas une divi­sion sociale ? Dans quel pays ou à quelle époque une femme qui accouche n’est-elle pas une mère, c’est-à-dire assignée sociale­ment par “l’ob­jec­tiv­ité” de sa con­di­tion ? Pos­er la ques­tion ain­si con­duirait à ce que Marx appelait des robin­son­nades, et c’est tout le prob­lème de l’im­pos­si­ble quête des orig­ines. La ques­tion n’est pas celle de l’o­rig­ine, mais de la struc­ture des rap­ports de genre.

      - Si on peut effec­tive­ment penser que la dis­tri­b­u­tion (il faudrait dire la hiérar­chie) des rôles soci­aux de sexe s’est faite sur une base préex­is­tante, il est nat­u­ral­iste de penser que cette base soit la divi­sion sex­uelle biologique con­sid­érée comme “orig­i­naire”. On peut tout aus­si bien “choisir” théorique­ment comme point de départ non ce que sont biologique­ment les hommes et les femmes, mais le tra­vail et le sur­tra­vail, ce qui déter­min­erait l’ap­pro­pri­a­tion de la capac­ité repro­duc­tive des femmes comme pro­duc­tion d’une force de tra­vail sup­plé­men­taire. Dans ce cas, cette capac­ité repro­duc­tive n’est nulle­ment “à l’o­rig­ine” de l’ap­pro­pri­a­tion, elle en est si on veut une con­di­tion, mais ne peut exis­ter comme appro­pri­a­tion sans le tra­vail et le sur­tra­vail, c’est-à-dire sans la divi­sion de la société en class­es (pas plus que l’or n’ex­iste comme métal pré­cieux ou le char­bon comme com­bustible en dehors de leur util­i­sa­tion comme tels). Ce n’est pas parce que les femmes por­tent les enfants que leur capac­ité repro­duc­tive (et par­tant leur être même, ce qui est la divi­sion gen­rée de la société comme hiérar­chie) serait dès lors appro­priée, c’est parce que dans toutes les sociétés la pop­u­la­tion est la prin­ci­pale force pro­duc­tive, parce que toutes les sociétés jusqu’à aujour­d’hui sont des sociétés de classe.

      - S’il n’y a en effet aucune rai­son de con­sid­ér­er que tout phénomène naturel soit par nature indé­pass­able, il est évi­dent que les car­ac­téris­tiques pro­pres de la repro­duc­tion sex­uée en font un “phénomène naturel” qui ne cessera qu’avec la fin de l’hu­man­ité (et des ani­maux qui se repro­duisent de la sorte). Et donc, pour ce qui nous con­cerne, éter­nel. C’est pour cela que se fonder sur la divi­sion sex­uelle biologique pour expli­quer la divi­sion gen­rée de la société con­duit à éterniser la divi­sion de genre. On ne pour­ra pas “éradi­quer” le genre comme la var­i­ole, parce que le genre n’est pas un prob­lème biologique.

      - (et en effet, le fait qu’un phénomène soit social ne le rend pas dépass­able par nature : par exem­ple, les marx­istes pensent que seul le MPC per­met le dépasse­ment des class­es, et aucun autre mode de pro­duc­tion avant lui ; et on pour­rait même ajouter que ça n’est pas gag­né)

      - La “nature” puis après elle la biolo­gie (longtemps épaulées par la parole divine et par la philoso­phie) ont été pen­dant des siè­cles les jus­ti­fi­ca­tions prin­ci­pales de la dom­i­na­tion mas­cu­line ; il ne peut pas être inno­cent d’en appel­er à la biolo­gie pour don­ner un fonde­ment à cette dom­i­na­tion.

    10. La con­séquence de tout cela, c’est que vous émet­tez comme hypothèse (pru­dente et pro­vi­soire, il est vrai) à la fin de votre livre que la divi­sion de gen­res s’o­rig­in­erait dans la divi­sion sex­uelle du tra­vail, ce qui est évidem­ment tau­tologique, et comme il faut remon­ter plus loin dans l’o­rig­ine, vous expliquez la divi­sion sex­uelle du tra­vail (i.e. pour vous — encore une autre orig­ine — l’ex­clu­sion de femmes de la chas­se) par le fait que les femmes por­tent les enfants, ce qui les rend inaptes aux activ­ités vio­lentes alors exer­cées unique­ment par les hommes. (“Eh les mecs, les filles ont pas de mas­sues, si on les dom­i­nait sociale­ment ?”) Les fémin­istes matéri­al­istes mon­trent cepen­dant (et en par­ti­c­uli­er Pao­la Tabet) que si le fait que les femmes por­tent les enfants est une don­née objec­tive, leur “inca­pac­ité” de ce fait est en revanche sociale­ment (et vio­lem­ment) mise en forme par les hommes, ain­si que le sont toutes leurs autres car­ac­téris­tiques (ce qui en fait pré­cisé­ment des femmes). Cette hypothèse en tout cas se dis­cute, mais juste­ment ses pré­sup­posés sem­blent telle­ment évi­dents qu’il ne sem­ble pas néces­saire de la ques­tion­ner plus avant. Pourquoi cette exclu­sion de la chas­se, par exem­ple ? Il sem­ble que vous par­liez là de la chas­se aux gros ani­maux, qui deman­derait beau­coup d’ef­forts physiques. Out­re le fait qu’on puisse par­ticiper à ce genre de chas­se comme rabat­teur, par exem­ple, ce type de chas­se est loin d’être le plus répan­du. La chas­se aux petits ani­maux, comme en attes­tent les restes osseux décou­verts sur les sites paléolithiques, est en réal­ité la plus courante, quoi qu’en dis­ent les pein­tures rupestres. Une femme enceinte ne pour­rait pas souf­fler dans une sar­ba­cane ou pos­er un piège ? De plus, les chas­s­es aux gros ani­maux sont le plus sou­vent saison­nières, et des pra­tiques de con­tra­cep­tion exis­tent depuis la nuit des temps. N’au­rait-on pas pu s’arranger pour que la majorité des femmes puisse être disponibles dans ces péri­odes ? Bref. Robin­son­nades et spécu­la­tions.

      La vraie ques­tion est : pourquoi tenez-vous tant à sépar­er le genre et le sexe et que le sec­ond, quel que soit le sens que vous don­nez à ce mot, “fonde” le pre­mier ? Quel enjeu à cela ? J’ai une petite hypothèse : fidèle à la tra­di­tion marx­iste, je pense que vous êtes favor­able à l’é­man­ci­pa­tion des femmes, à leur libéra­tion, dans le cadre exclusif de la lutte des class­es, puis d’une société de type social­iste. Pour ce marx­isme-là, les femmes seront “libérées” par la révo­lu­tion, comme la pro­duc­tion sera libérée par la social­i­sa­tion des moyens de pro­duc­tion. Mais ceci n’est ni l’abo­li­tion des class­es ni l’abo­li­tion des gen­res. Penser l’abo­li­tion des gen­res en fon­dant sociale­ment l’ex­is­tence des femmes con­duit au con­traire à penser une activ­ité révo­lu­tion­naire des femmes qui se fasse con­tre les hommes, qu’ils soient révo­lu­tion­naires ou pas. D’où les accu­sa­tions de séparatisme lancées par les divers par­tis com­mu­nistes à tous les mou­ve­ments de femmes, qu’ils avaient pour­tant con­tribué à fonder. Plus générale­ment, c’est tout l’an­cien mou­ve­ment ouvri­er qui n’a admis la lutte des femmes en son sein que pour autant qu’elles restaient des femmes, “libre­ment tra­vailleuses et naturelle­ment mères”, pour citer des cama­rades. Seule une théorie pour laque­lle la révo­lu­tion n’est plus la social­i­sa­tion des moyens de pro­duc­tion et la libéra­tion des pro­lé­taires en tant que pro­lé­taires, mais directe­ment l’abo­li­tion des class­es et des gen­res, c’est-à-dire de toutes les médi­a­tions sociales, peut admet­tre des fonde­ments théoriques non nat­u­ral­istes et non idéal­istes. Je pense que vous n’en êtes pas là.

    11. Il serait bien trop long de répon­dre à tout cela. Il me sem­ble que le fond de la ques­tion se trou­ve dans le para­graphe « S’il n’y a en effet aucune rai­son de con­sid­ér­er que tout phénomène naturel soit par nature indé­pass­able, il est évi­dent que les car­ac­téris­tiques pro­pres de la repro­duc­tion sex­uée en font un “phénomène naturel” qui ne cessera qu’avec la fin de l’hu­man­ité (et des ani­maux qui se repro­duisent de la sorte). Et donc, pour ce qui nous con­cerne, éter­nel. C’est pour cela que se fonder sur la divi­sion sex­uelle biologique pour expli­quer la divi­sion gen­rée de la société con­duit à éterniser la divi­sion de genre. On ne pour­ra pas “éradi­quer” le genre comme la var­i­ole, parce que le genre n’est pas un prob­lème biologique. » qui com­met à peu près une erreur de logique par phrase. La prin­ci­pale est que si les dif­férences biologiques ont été une des con­di­tions néces­saires, dans une cer­taine mesure, à la con­sti­tu­tion des gen­res, cela ne fait pas d’elles des con­di­tions suff­isantes à leur exis­tence. Autrement dit, con­traire­ment à ce que vous sem­blez croire, le genre peut fort bien dis­paraître alors que les dif­férences naturelles de sexe qui ont con­tribué (par­mi d’autres fac­teurs) à le faire naître demeureront.

    12. Il n’y a pas d’er­reur de logique, il y a sim­ple­ment que vous ne com­prenez pas ce qu’on vous dit parce que vous per­sis­tez à le penser avec ce que vous avez en tête, et qui est que “les fémin­istes rad­i­cales” dans leur ensem­ble pré­ten­dent que le sexe biologique n’ex­iste pas, parce qu’il n’est qu’une con­struc­tion idéologique, et que par con­séquent les utérus et les tes­tic­ules s’é­vanouiront par magie après l’abo­li­tion des gen­res. Ce qui sera aboli, ce sont les caté­gories SOCIALES homme et femme, ce qui est déjà bien assez dif­fi­cile à penser sans évo­quer des phénomènes plus mys­térieux. Comme dans le com­mu­nisme, ce qui sera aboli, c’est le tra­vail et la pro­duc­tion, comme caté­gories sociales, ce qui est tout aus­si dif­fi­cile à penser (il faut bien manger, ma foi) et heurte égale­ment le bon sens, qui aime bien que les choses soient ce qu’elles sont, et le restent.

    13. Absol­u­ment pas. Et en matière d’in­com­préhen­sion, c’est celui (ou celle) qui y dit qui y est.
      Bon, j’ai dit qu’on arrê­tait, on arrête. Et je dés­ac­tive les com­men­taires sur ce bil­let.

  3. Hel­lo,

    Petit hors sujet :chez les plantes, pas toutes, il y a surtout des formes de mul­ti­pli­ca­tion végé­ta­tive (on ne veut pas dire repro­duc­tion pour tous un tas de raisons dont cer­taines plus ban­cales que d’autres) qui pose “prob­lème”. Je ne com­prends pas bien les notions dévelop­pées dans l’article mais je crois qu’en biolo­gie, et peut être partout où une analo­gie sur le “corps” est util­isée, on est par­fois blogué par des sché­mas de penser “anthro­pocen­trés” type “indi­vidu”, “repro­duc­tion sex­uée” ou “mâle/​femelle”. Les plantes en don­nent sou­vent pleins d’ex­em­ples.
    J’ai une impres­sion, peut être stu­pide, que genre et sexe sont liés, vouloir que l’un précède l’autre risque tou­jours de con­duire à une “nat­u­ral­i­sa­tion” dans un sens et dans l’autre à une “élé­va­tion de l’e­sprit” qui me cha­grine tout autant.

    Olivi­er

  4. Con­de­scen­dance pour con­de­scen­dance votre post ini­tial ne m’en a pas sem­blé exempt, pré­ten­dant juger bien rapi­de­ment, et de très haut, d’un sujet qu’il effleu­rait à peine.
    Bref. Dans votre com­men­taire de 11h57, votre posi­tion me sem­ble se pré­cis­er quelque peu. Si je suis d’accord pour dire qu’il existe vraisem­blable­ment une réal­ité que l’on peut dire objec­tive, indépen­dante de mon appréhen­sion, de ma con­nais­sance de celle-ci, en revanche, je tiens qu’aucune des manières que je peux (ou vous, ou n’importe qui) avoir de l’appréhender ne saurait pré­ten­dre à l’objectivité. Autrement dit, je tiens que rien de ce que je dis, ou conçoit, ne saurait être dit naturel puisque tout est social, ce qui s’énonce aus­si bien « tout cela est naturel » : de fait, la vieille dichotomie nature/​culture me sem­ble avoir été plus pro­pre à entraver la pen­sée qu’autre chose.
    Autrement dit, encore, le sex­age est prob­a­ble­ment une con­séquence – c’est en tout cas, pour ce que j’y entend, une thèse fémin­iste rad­i­cale que je partage – de rap­ports de dom­i­na­tion qui ont préex­isté, ou se sont con­sti­tués et figés en recourant juste­ment à ce critère de dis­tinc­tion là. La ques­tion du sex­age n’est pas la ques­tion de ce que l’on désigne par la repro­duc­tion sex­uée – qu’il y ait repro­duc­tion sex­uée est un fait qui dépasse le terme sous lequel on le désigne, et qui se moque assuré­ment de l’intelligence que les êtres humains en ont, ou pas ; qui ne les a pas atten­du pour exis­ter. Mais je tiens qu’il ne nous appar­tient pas de « con­stater que les sex­es exis­tent avant qu’on leur attribue des rôles soci­aux », parce que nous ne « con­sta­tons » rien d’une façon neu­tre et objec­tive.
    De fait, les sources que je vous ai sug­géré dans mon pre­mier com­men­taire (Vidal, Gardey) affaib­lis­sent con­sid­érable­ment les pré­ten­tions à l’objectivisme que vous me sem­blez faire au moins en par­tie vôtres, et mon­trent que sous la « réal­ité biologique » que l’on pré­tend com­muné­ment et oppor­tuné­ment, juste­ment dans un con­texte social de rap­ports de dom­i­na­tion de genre, saisir en y voy­ant benoîte­ment, inno­cem­ment, sim­ple­ment deux sex­es, se cache de fait une com­plex­ité que la quête tou­jours déçue d’une déf­i­ni­tion sci­en­tifique rigoureuse de ces deux sex­es a com­mencé de met­tre à jour, et qu’il y a là plutôt un con­tin­u­um qui relie ce qu’on peut, au mieux, appel­er deux pôle, où l’on trou­verait ce que l’on entendait jusqu’ici (de fait en forçant les choses) par mas­culin et féminin.
    Je pense que l’objectivisme du sex­age vient clore cet écrase­ment d’une réal­ité plus com­plexe, qui con­stitue déjà une véri­ta­ble muti­la­tion, une réduc­tion des êtres humains et de leur sin­gu­lar­ité, ici enten­due sim­ple­ment au niveau biologique, à une géni­tal­ité restreinte par un regard préoc­cupé de se dis­simuler à lui même sa lourde part de pré­sup­posés. Pour ma part, je tiens que la notion d’objectivité forgée par une sci­ence idéal­iste – qui s’est longtemps refusé d’accepter d’interroger le biais qu’entraîne la posi­tion par­ti­c­ulière depuis laque­lle elle par­lait, dont l ‘objec­tiv­ité pré­tend ne pas touch­er terre – ne vaut pas mieux que, par exem­ple, le vieil uni­ver­sal­isme des hommes blancs et quadragé­naires ou plus (il se trou­ve que j’en suis un moi-même)
    Pour dire les choses peut-être plus sim­ple­ment, il y a déjà du genre dans la pré­ten­tion à décrire la diver­sité géni­tale par le sex­age, et dans son grossier accent mis sur la repro­duc­tion, sur la part que pour­ront y jouer les indi­vidus. Il n’y a pas plus d’objectivité du sexe que d’objectivité de quelque caté­gorie, critère, etc, pro­duit par la pen­sée humaine que ce soit.

  5. Autrement dit encore, car­ac­téris­er les êtres humains en recourant à la con­struc­tion de l’idée de sexe ne pou­vait avoir de sens que dans la per­spec­tive de rap­ports de dom­i­na­tion de genre. Etait –ce un pas­sage obligé ou dif­fi­cile­ment évitable de l’histoire de l’espèce humaine, je n’ai pas d’avis là-dessus. Mais par con­tre, je suis forte­ment enclin à penser que la cri­tique fémin­iste rad­i­cale, au-delà de la cri­tique des rap­ports de dom­i­na­tion de genre, met le doigt sur un aspect de la facil­ité avec laque­lle nous nous aliénons : avec laque­lle nous prenons nos pro­duits pour des faits objec­tifs. Ajou­tons que nous sommes nous-mêmes de ce ces pro­duits, et voilà que sur­git l’image de Gra­ham Chap­man, A.AK. Col­in « Bomber » Har­ris au pris­es avec lui-même.
    L’objectivité est pour moi une chimère résol­u­ment hors d’atteinte : je dois bien par­tir du fait que je vis dans un monde que je ne peux saisir qu’à par­tir de mes sens et mon enten­de­ment, lesquels se trou­ve en par­ticiper, que cela me plaise ou non. Qu’il existe une réal­ité biologique n’est pas la ques­tion : la ques­tion est que la con­nais­sance que nous pro­duisons à son endroit porte irrémé­di­a­ble­ment les biais liés aux lieux par­ti­c­uli­er depuis lequel nous nous situons, aux indi­vidus sin­guliers que nous sommes, aux groupes soci­aux aux­quels ils appar­ti­en­nent, aux rela­tions qu’ils entre­ti­en­nent. Qu’il y ait une « réal­ité biologique » n’est pas la ques­tion : mais la con­nais­sance, elle, est tou­jours, est néces­saire­ment un fait social. Les moyens par lesquels nous pré­ten­dons décrire une réal­ité biologique, naturelle, appelez ça comme il vous plaira sont des pro­duits soci­aux. Le sexe en est un par­mi tant d’autre.
    Quant à pré­ten­dre dépass­er le genre, c’est là que le bât blesse : je suis donc enclin à penser que cela ne se fera pas sans accepter de revoir sérieuse­ment à la baisse nos pré­ten­tions à la con­nais­sance objec­tive de quoi que ce soit. Et donc que le sexe lui aus­si sera dépassé, si le genre doit l’être.

    Mais votre arti­cle ini­tial, et sa clô­ture un peu trop facile­ment « humoris­tique », s’ils con­sti­tu­aient un appel à réa­gir, ne m’ont en revanche pas invité à argu­menter : pareille légèreté ne me sem­ble pas de mise sur la ques­tion. Le fémin­isme rad­i­cal mérite d’être abor­dé au niveau intel­lectuel où il se situe – et je tiens pour une man­i­fes­ta­tion de mas­culin­isme plus ou moins con­sciente toute vel­léité de l’abaisser en deça. Prenez le en mau­vaise part, mais pas plus que cela : encore une fois, j’en ai fait l’expérience à mes dépens moi aus­si, et il est plus que prob­a­ble que cela m’ar­rivera encore. Quelle que soit mon opin­ion sur lui, le sys­tème de rap­ports de dom­i­na­tion de genre existe, et je vis dedans.
    En dépit de cir­con­stances matérielles assez peu favor­ables à la pra­tique de la dis­pute intel­lectuelle ( Je crains que la clarté de mon pro­pos ne s’en ressente), j’y suis donc revenu parce que vous vous trou­vez avoir abor­dé plus pré­cisé­ment en com­men­taire un sujet qui m’intéresse tout par­ti­c­ulière­ment.

  6. En atten­dant que le genre soit dépassé, les rap­ports de dom­i­na­tion de genre exis­tent, les hommes y sont priv­ilégiés, femmes et enfants en font les frais. Nous ne dis­pu­tons pas tran­quille­ment hors du monde, et si je ris volon­tiers en cri­ti­quant, il y a longtemps que j’ai admis qu’é­tant un homme et un blanc, sous bien des ten­ta­tions de rire des cri­tiques des dom­iné-e‑s se cachait au moins un de mes priv­ilèges.
    Je n’ai aucune envie de rire du fémin­isme rad­i­cal.

  7. Bon, il est absol­u­ment hors de ques­tion que je puisse répon­dre à tout cela. Il faudrait un (ou plusieurs) livres, et j’ai d’autres fers au feu. Je ne peux que con­stater que ces com­men­taires détail­lés (et qui, cette fois, sont réelle­ment argu­men­tés) illus­trent par­faite­ment les posi­tions que je dénonçais dans mon bil­let. Et il y a quelque chose d’ironique (et pour le coup, d’assez triste) à voir ain­si des gens qui se récla­ment du matéri­al­isme, fût-il fémin­iste, en piétin­er allè­gre­ment les principes élé­men­taires.

    1. En effet, nous ne sommes pas d’ac­cord. Mais je vais vous épargn­er de devoir écrire plusieurs livres pour le dire.

      Plutôt que de devoir aller imag­in­er qu’une fan­tas­ma­tique “réal­ité objec­tive” du sexe, pour une fois par mir­a­cle immé­di­ate­ment acces­si­ble, con­stituerait un argu­ment mas­sue con­tre les thès­es sûre­ment irréfléchies des fémin­istes rad­i­cales, et prou­verait le car­ac­tère décidé­ment bien défail­lant de leur pen­sée ; je préfère dire en leur com­pag­nie qu’il est bien plus vraisem­blable, con­séquent et matéri­al­iste, d’en­vis­ager que ce soit l’existence de rap­ports de dom­i­na­tion de genre qui soit la cause de ce fétichisme très com­muné­ment répan­du de la pré­ten­due “réal­ité objec­tive du sexe”, réal­ité qui aurait l’in­croy­able pro­priété de se pou­voir “con­stater” sans biais aucun, en recourant sim­ple­ment à ce mys­térieux et insai­siss­able “bon sens” qui per­met à la pen­sée de se dis­penser de recourir à aucun des moyens (si basse­ment matériels) dont elle a d’or­di­naire besoin pour appréhen­der tout le reste.
      Un matéri­al­iste fameux du XIXème siè­cle avait for­mulé ça comme suit, dans le lan­gage sex­iste de son époque : Ce n’est donc pas la con­science des hommes qui déter­mine leur être ; c’est, inverse­ment, leur être social qui déter­mine leur con­science. Acculé à ce fétichisme, on a vu plus d’un penseur “matéri­al­iste” sérieux et respon­s­able, (de ceux qui savent où la pen­sée doit s’ar­rêter de chercher la petite bête), clamer, en se tour­nant bras croisés face à la cri­tique, “No pasaran!”.

      Je vais néan­moins essay­er de con­clure sur une note pos­i­tive.

      Une banale et très philis­tine « cri­tique » de la thèse fémin­iste rad­i­cale : « C’est le genre qui crée le sexe », c’est-à-dire, c’est l’être social, ce sont les rap­ports de dom­i­na­tion de genre, qui créent le sexe, qui déter­mi­nent la con­science du monde, qui déter­mi­nent les idées que l’on se fait sur l’anatomie, la repro­duc­tion, la géni­tal­ité, doit pour ce faire ne pas hésiter à met­tre résol­u­ment le matéri­al­isme cul par dessus tête.
      Vous vous êtes imprudem­ment asso­cié à cette cri­tique, et cela pour­rait être perçu comme prob­lé­ma­tique.
      Mais il existe une solu­tion pour, sinon sor­tir de là la tête haute, du moins y trou­ver quelques com­pen­sa­tions.
      Si vous lisiez Chris­tine Del­phy, ou d’autres qui comme elle ont défendu cette thèse face à cette cri­tique depuis plusieurs décen­nies déjà, vous seriez peut-être flat­té de lire par­fois les noms de ceux qui se sont lais­sés aller avant vous et con­tre elles à d’aussi ren­ver­sants exer­ci­ces de con­tor­sion intel­lectuelle.
      Plutôt que de ris­quer de pouss­er un jour la pen­sée matéri­al­iste jusqu’aux regret­ta­bles excès du fémin­isme rad­i­cal, pourquoi ne pas choisir alors de rester là, à faire le poiri­er en une aus­si pres­tigieuse com­pag­nie ?
      Sans compter que c’est là une pos­ture qui met rad­i­cale­ment à l’abri du risque de piétin­er, même par inad­ver­tance, quelque principe que ce soit.

    2. Au cas où cela vous aurait échap­pé, je n’ai pas fait un bil­let con­tre les idées du fémin­isme rad­i­cal, mais con­tre une de ses for­mules. Et comme j’ai dit qu’on arrê­tait, on arrête. Com­men­taires fer­més.

  8. Bon­jours, Bon­soir ^^

    Sur le livre auquel vous faites référence ( je ne sais pas si vous l’avez lu finale­ment, ce n’est pas mon cas).
    Je crois que la dif­férence de taille entre hommes et femmes s’ex­plique par une con­struc­tion sociale en “Harem”, dans laque­lle les hommes les plus forts (donc les plus grand égale­ment) auraient le mono­pole des femmes. Ce qui explique pourquoi l’e­spèce humaine a légère­ment gran­di de manière générale, et pourquoi les hommes sont plus grands.Ce n’est pas très évi­dent mais d’autre élé­ments amè­nent à le penser ain­si : Le fait que chez les Bono­bos qui, nous le savons tous, vivent dans une cer­taine “promis­cuité sex­uelle”, la dif­férence de taille entre mâle et femelle soit inex­is­tante, alors que chez les gorilles (qui vivent en harem) les mâle sont bien plus imposant que les femelles…
    Je vous ren­voi à cette arti­cle que vous con­nais­sez peut être (sans doute ne vous apprends-je (je ne sais pas même si cela se dit) pas grand chose) : http://www.scienceshumaines.com/expliquer-la-domination-masculine_fr_30816.html

    Le dia­logue n’a pas l’air facile dites moi ^^”
    Bon pour ce que j’ai com­pris (je me per­met de syn­thé­tis­er grossière­ment) :
    ‑Anonyme pense que le genre précède le sexe car avant même sa nais­sance on sais qu’un enfant s’il nait fille, sera de sexe et de genre fille et que s’il nait garçons, sera de sexe et de genre garçons. Si ce n’est pas de la tau­tolo­gie, je ne sais pas ce que c’est.
    ‑Vous pensez au con­traire que le sexe précède le genre, c’est à dire que ce pre­mier déter­mine le genre social ; c’est vrai­ment une base, c’est éton­nant de ne pas le com­pren­dre (pas de ne pas être d’ac­cord avec, on peut l’imag­in­er ; mais déjà faudrait-il le com­pren­dre)
    ça ne sert à rien de ce lancer dans des con­cep­tions philosophiques du genre : “l’être est prédes­tiné avant sa nais­sance, car les gen­res sont conçu(déterminés) comme déter­mi­nant” (remar­quons qu’il y a tou­jours la même tau­tolo­gie prédestiné/​déterminé).

    En ce qui con­cerne le Lion et les lionnes, je suis désolé, mais c’est bien le sexe qui a déter­miné que la lionne (Pan­thera leo Fem­i­na (puisqu’on en est là)) chas­serait, alors que le mâle se régalerait avec un moin­dre effort. Bien que la con­cep­tion de genre n’ex­iste cer­taine­ment pas dans leur esprit, il y a bien sépa­ra­tion des tâch­es selon le déter­mi­nant “sexe”.

    Pour ce que Marx appelait “robin­son­nade”, c’é­tait à une époque où l’an­thro­polo­gie n’ex­is­tait pas en tant que telle. Aujour­d’hui l’An­thro­polo­gie est cer­taine­ment ce qui se fait de mieux, ce qui est le plus abouti dans la branche des sci­ences sociale. Donc je ne com­prend pas trop la cri­tique qui est faite dans ce mes­sage.

  9. J’aimerais ter­min­er sur la vidéo en ressor­tant une déf­i­ni­tion assez abor­d­able de la lib­erté, celle de l’An­thro­po­logue Alain Tes­tart :
    “la lib­erté est la pos­si­bil­ité de choisir au sein d’une gamme de pos­si­ble” (très très imper­son­nelle comme déf­i­ni­tion mais/​et tout à fait juste). Car ce n’est pas en aug­men­tant la gamme de pos­si­ble que l’on devient plus libre, mais en aug­men­tant le nom­bre de pos­si­bil­ité (plutôt le pour­cent­age de pos­si­ble) au sein de cette gamme ; en rajouter (pass­er out­re la nature, par exem­ple les préser­vatif, les tam­pons ; dans le but de se “libér­er de son corps” (a‑t-on jamais enten­du pareille sot­tise) ne sert à rien hormis se leur­rer, se faire plaisir). Non seule­ment cette homme ne sera en rien plus libre d’avoir le “droit” de faire des enfants (puisqu’il en est inca­pable physique­ment (prenez le “nom­bre de pos­si­bil­ité” que vous con­gruez à la “gamme de pos­si­ble” comme mod­u­lo, con­sid­érez le reste comme les “sym­bole anti-oppres­sion”, vous voyez bien qu’avoir un nom­bre de pos­si­bil­ité supérieur à la gamme de pos­si­ble est totale­ment inutile ex : 6=0[6] 0 est le signe d’une lib­erté totale ; ajoutez main­tenant des “droits” aux choses impos­si­bles physique­ment : 7=1[6] on ne peut pas être plus libre qu’une lib­erté totale, c’est donc absurde de vouloir la dépass­er) mais plus encore : lui per­me­t­tre d’avoir accès à cette pos­si­bil­ité par des moyens technique/​technologique ne le rend pas plus libre, ça peut au mieux ne rien chang­er ( ça lui est pos­si­ble physique­ment, et lui est pos­si­ble sociale­ment (ça fait par­tie de ses pos­si­bil­ités) aug­mentez le numéra­teur et le dénom­i­na­teur n’a aucune influ­ence quand elle se font en pro­por­tion ) au pire le ren­dre moins libre (ça lui est pos­si­ble physique­ment, mais pas sociale­ment (ça ne fait pas par­tie de ses pos­si­bil­ités)) aug­mentez le seul dénom­i­na­teur en con­ser­vant le numéra­teur, vous réduisez le nom­bre… je pense que c’est abor­d­able.

    En espérant n’avoir au moins, seule­ment servi à rien.

    1. Je ne savais pas que Pierre Clas­tres était ressus­cité. Pas sûr que ce soit une bonne nou­velle étant don­né la haine vis­cérale qu’il pro­fes­sait à l’é­gard de tout ce qui touchait au marx­isme. 😉

      A part cela, je me garderai bien, pour l’in­stant au moins, de relancer ce « débat ». Juste un point : si j’en crois Pas­cal Picq (et je n’ai aucune rai­son de ne pas le croire), le dimor­phisme sex­uel n’est en rien révéla­teur des rap­ports entre les sex­es, mais unique­ment des rap­ports au sein des mâles pour l’ac­cès aux femelles ; un fort dimor­phisme est la con­séquence d’une intense com­péti­tion entre mâles, et ne s’ac­com­pa­gne pas néces­saire­ment de rap­ports de dom­i­na­tion vis-à-vis des femelles. De ce point de vue, l’homme occupe selon lui une place inter­mé­di­aire par­mi les grands pri­mates.

  10. L’homme occupe d’au­tant plus une place inter­mé­di­aire, qu’il pra­tique une semi-com­péti­tion :
    Pas de com­péti­tion : promis­cuité sex­uelle, parte­naire sex­uelle indif­féren­ciés (Bonobo).
    Semi-com­péti­tif : com­péti­tion pour une femelle ou un groupe restreint de femelle (homme, chim­panzé).
    Ultra-com­péti­tif : com­péti­tion pour le mono­pole de tout ou d’une majorité des femelles (gorille).

    Je ne suis pas par­ti­c­ulière­ment “Clas­trien”, mas pas Marx­iste non plus ; Jacques Ellul m’en a, je pense, défini­tive­ment détourné.

  11. Salut,

    Juste pour dire que j’ai bien aimé ce pas­sage :
    “Le pro­gramme fémin­iste con­siste à militer pour la fin de cette assig­na­tion ; ce qu’on désigne habituelle­ment par la for­mule con­sacrée, mais impro­pre, d’é­gal­ité des sex­es et qu’il serait plus exact d’ap­pel­er dis­pari­tion des gen­res.”

    Je reprends totale­ment à mon compte ce slo­gan de “J’ai un sexe pas un genre !”

    Les gen­res font ven­dre, d’abord au sens pro­pre (den­ti­frice pour homme dif­férent de den­ti­frice pour femme par exem­ple), ensuite au sens fig­uré.
    Je suis une femme, mer­ci, pas besoin de met­tre des talons ou des bas résille pour m’en sou­venir, pas besoin d’avoir un enfant pour m’ac­com­plir.
    Aucune envie d’être “fémi­nine”, ce con­cept ridicule et qui cor­re­spond juste aux préjugés de la société, de “douce, dis­crète et mater­nelle” à “provo­ca­trice et à la séduc­tion agres­sive”, on est tou­jours dans les clichés de genre : non pas la femme vue par l’homme, mais la fémi­nine vue par le phal­locrate, et donc… le grand clas­sique mère ou maîtresse.
    Ni mater­nelle ni séduc­trice, juste une per­son­ne, qui se sent adulte et libre.
    Qu’en­tends-je alors ? que refu­sant ce marché, je suis “un vrai bon­homme”, l’in­sulte suprême pour une femme.
    Ben non, tou­jours pas. Le genre est un con­den­sé des préjugés les plus crass­es et les moins com­bat­tus.

    J’at­tends des hommes le même respect pour eux-mêmes, ne pas entr­er dans des clichés que l’on nous présente comme incon­tourn­ables, les réfuter. Il est un homme, il le sait. Ca ne fait pas de lui un pro­tecteur pater­nel et pater­nal­iste, ou un attaquant vir­il. Ni chef de famille ni sol­dat, juste un homme sans préjugé asso­cié.

    1. Oui, pas­sage est super. Grace à lui, j’ai com­pris le con­cept de “genre” qui été un peu flou pour moi. Mer­ci Christophe pour cette expli­ca­tion (et ton blog tant qu’on y est).

      Olivi­er

  12. Mer­ci pour votre pro­pos d une remar­quable clarté et surtout de une remar­quable logique que cer­taines per­son­nes se plaisent à lire comme une dérive objec­tiviste
    De manière peu éton­nante vos con­tra­dicteurs vous attribuent un biais qui est le leur en extrap­olant des idées que vous ne dites pas en les assim­i­lant a votre pen­sée
    Exem­ple remar­quable de cela vous décor­tiquez une phrase pour mon­tr­er que soit il s agit de con­tester une réal­ité incon­testable soit il s agit de une con­fu­sion et on fait comme si vous affirmez que la pre­mière hypothèse est la vraie alors qu on com­prend bien que vous priv­ilégiez la sec­onde
    Et bien sûr, on ne se donne pas la peine de vous répon­dre à la sec­onde telle­ment vraie et donc dérangeante
    On voit bien sûr dans votre pro­pos un mas­culisme incon­scient. Je me demande si ces gens ont con­science qu il suf­fit qu un homme soit en désac­cord avec ne serait ce qu une par­tie de leurs thès­es pour qu ils por­tent ce juge­ment
    Ce que je trou­ve ironique chez les fémin­istes matéri­al­istes c est qu ils n ont pas con­science que per­son­ne en France ne perçoit le monde social à tra­vers des caté­gories de genre qu eux
    Per­son­ne autant qu eux ne fait vivre les représen­ta­tions de genre. Tout com­porte­ment d homme est inter­prété comme le pro­duit de sa social­i­sa­tion mas­cu­line et non poten­tielle­ment comme des autres types de social­i­sa­tion. Sans compter que dans le doute il faut tou­jours sup­pos­er à pri­ori qu un homme est con­forme à sa car­i­ca­ture. D ou la con­clu­sion’ vous êtes en désac­cord sur un point com­mun ce est que’ for­cé­ment, vous défend­ez incon­sciem­ment vos priv­ilèges mas­culins. Ben voyons…

  13. Bon­jour à tous

    Je ne sais pas si je dois admir­er ou me désol­er de l’én­ergie incroy­able que vous met­tez tous et toutes à couper des cheveux en qua­tre. Le fémin­isme est un human­isme. En libérant “les” femmes (ce n’est pas le moin­dre défaut de nom­breux fémin­ismes que ce “les femmes”, beau­coup trop général à mon goût), il libère les hommes.
    Ces dis­tinc­tions genre/​sexe sont impor­tantes pour pren­dre le recul quant à ses pro­pres représen­ta­tions. Mais j’ose croire que de nom­breuses femmes aiment à se maquiller, à porter des talons aigu­illes, à se sen­tir “féminines” sans se sen­tir opprimées. Elles pla­cent leur lib­erté ailleurs que dans le refus des codes, elles sont libres atout sim­ple­ment en étant heureuses et bien dans leur peau. Le fémin­isme de nos jours s’est beau­coup embour­geoisé : c’est une pen­sée de riche qui occulte com­plète­ment le vécu des femmes du peu­ple. Au fond très peu de femmes se recon­nais­sent dans ce fémin­isme très intel­lec­tu­al­isé, et j’as­sume ma sub­jec­tiv­ité, assez triste. Le patri­ar­cat est après tout un mod­èle social et cul­turel et de nom­breuses femmes le vivent très bien, car on peut être patri­ar­cal et respecter l’autre, femme ou homme.
    Salu­ta­tions à toutes, tous,

    Polf

    1. Re

      Juste pour pré­cis­er mon mail qui, je l’ad­mets, est du côté du sub­jec­tif (du sujet, non pas de l’ar­bi­traire). Mais pourquoi pas, puisque de nom­breux mes­sages sont du côté du rationnel, mais d’un rationnel qui tourne en réseau. Je veux dire que vous utilisez des con­cepts qui sont admis sans réserve et qui, ce faisant, tour­nent en boucle sans sor­tir de ce con­sen­sus qui les font vivre de manière arti­fi­cielle, puisqu’ accep­tés sans réelle dis­cus­sion. Par exem­ple en quoi le genre serait-il “un con­den­sé des préjugés les plus crass­es et les moins com­bat­tus” ? Pourquoi le genre ne serait-il pas une part de l’i­den­tité, au même titre que sa couleur de peau (le sen­ti­ment d’être fier d’être black, asi­a­tique, blanc, etc, fier sans en retir­er de sen­ti­ment de suprématie)ou que l’ori­en­ta­tion sex­uelle ? Pourquoi se sen­tir fémi­nine ou vir­il est-il une forme d’op­pres­sion incon­sciente ?
      Vos pro­pos vont à l’en­con­tre de l’ex­péri­ence uni­verselle qu’est la lit­téra­ture. Un poète comme Paul Elu­ard, lorsqu’il écrit “La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur” idéalise une femme, sa femme, avec des mots qui selon vous seraient gen­rés (la femme encore du côté de la courbe). Hugo et Esméral­da, encore une ensor­celeuse…
      N’u­tilisez pas trop de con­cepts coupés de la vie. Soyons heureux, avec nos stéréo­types qu’on a tous, sans excep­tion ! Mais soyons respectueux.

      Polf

  14. Je ne voudrais pas, pour finir, décevoir les par­ti­sans du rationnel. Un argu­ment donc. Il est admis (à juste titre je crois) que l’ori­en­ta­tion sex­uelle est une part intime et involon­taire de nous-même. Or si c’est le cas notre ori­en­ta­tion sex­uelle déter­mine l’ob­jet sex­ué par lequel nous allons être attiré. Or si cette atti­rance est de notre part involon­taire et intime, il en est de même du sexe et même du genre que nous allons choisir comme objet de notre atti­rance. Nous ne sauri­ons en effet refuser à la con­séquence (l’ob­jet sex­uel choisi) ce qu’on accorde à la cause (l’ori­en­ta­tion sex­uelle) puisque c’est pré­cisé­ment l’ob­jet qui déter­mine cette orientation.Il y a donc une part naturelle au genre.
    CQFD.

  15. Salut Christophe !
    J’e­spère que tu vas bien.
    Je reli­sais, avec plaisir, ce bil­let : tu as lu finale­ment le livre de Touraille ? si oui, tu as un avis cri­tique dessus ? Je com­mence à regarder atten­tive­ment ces théories du genre soi-dis­antes “matéri­al­istes”, cet argu­ment porté par Touraille m’a été retourné plus d’une fois.
    @+

    1. Mal­heureuse­ment non. Mais au moins, je n’ai pas renon­cé à le faire un jour ! (Blague à part, je crois que je m’y collerai dans les mois à venir, ça ren­tr­era dans une de mes échéances)

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