Hold-up sur l’anticapitalisme

Aver­tisse­ment : Ce texte a été rédigé col­lec­tive­ment par des sig­nataires se récla­mant des idées du mou­ve­ment ouvri­er révo­lu­tion­naire afin de fournir des argu­ments pour con­tr­er la vague de com­plo­tisme qui monte pro­gres­sive­ment dans bien des milieux, et qui affecte aus­si mal­heureuse­ment le nôtre.
Il cou­vre un vaste ensem­ble de thèmes afin de fournir une vue d’ensemble et une logique à oppos­er aux com­plo­tistes et à leurs raison­nements, et ne peut donc pas entr­er dans les détails de tout ce qui est évo­qué.

Telle un tsuna­mi, la crise san­i­taire COVID-19 a fra­cassé toutes les digues human­istes et ratio­nal­istes que nous pen­sions avoir recon­stru­ites depuis la sec­onde guerre mon­di­ale. Alors que la page Hydrox­y­chloro­quine-Raoult n’est tou­jours pas tournée, voilà que depuis le 11 novem­bre, un film « enquête » réalise un véri­ta­ble « hold-up » sur toute pen­sée cri­tique… Celles et ceux qui s’étonnent de son suc­cès ont sans doute déserté les réseaux soci­aux depuis nom­bre d’années.

Cette marée mon­tante de com­plo­tisme, nous la voyions venir depuis plus de vingt ans, entre alter­mon­di­al­isme et 11 sep­tem­bre. Nous attaquions les Meyssan et autre Soral, des enne­mis idéologiques claire­ment iden­ti­fiés, mais cette dérive n’épargne mal­heureuse­ment pas cer­tains mil­i­tants et mil­i­tantes du mou­ve­ment ouvri­er ant­i­cap­i­tal­iste. Et depuis le début de l’année, nous sommes con­fron­tés à des passerelles entre ce milieu com­plo­tiste et nos pro­pres rangs.

Con­tre le com­plo­tisme, la réponse à court terme (sur le mode debunking/​réfutation) ne suf­fit pas. Chronophage, elle est source de las­si­tude si elle ne s’adosse pas à un cadre col­lec­tif, et elle risque de se heurter à un mur de refus cog­ni­tif, car sou­vent les raisons de la croy­ance sont imper­méables à la réal­ité des faits. La réponse à long terme peut donc se déclin­er en deux axes :

  • un axe édu­catif qui ren­voie à la con­struc­tion d’une per­son­ne qui sait s’informer, qui est con­sciente de la com­plex­ité des choses et recon­naît la valeur de la démarche sci­en­tifique
  • un axe mil­i­tant qui sera l’objet de ce texte

Nous con­sid­érerons les événe­ments médi­a­tiques Raoult et Hold-Up comme deux illus­tra­tions actuelles du mou­ve­ment com­plo­tiste de fond qui, depuis plus de deux siè­cles, se con­jugue avec la pen­sée réac­tion­naire. Notre objec­tif est d’éclaircir les ter­mes de l’affrontement et, à notre mod­este échelle, de don­ner quelques élé­ments afin de con­tribuer à armer, ou à réarmer, ceux qui se récla­ment du mou­ve­ment ouvri­er révo­lu­tion­naire.

Deux symptômes majeurs d’une situation dégradée

Didier Raoult et le populisme scientifique

Les débuts de l’épidémie ont vu l’apparition d’une fig­ure publique jusque-là peu con­nue au-delà du lec­torat du Point, où il pub­li­ait l’essentiel de ses quelques inter­ven­tions publiques à tra­vers une chronique san­té : Didi­er Raoult.

Ce n’est pas le lieu ici de ren­tr­er dans les détails de l’analyse cri­tique factuelle de l’épisode médi­cal de la chloro­quine : les « débunk­ages » de ce genre sont très nom­breux et facile­ment acces­si­bles. Toute per­son­ne qui a encore un doute sur le car­ac­tère fraud­uleux de ce qu’ont fait Didi­er Raoult et son équipe de l’IHU de Mar­seille pour­ra aller voir par exem­ple ici, , , , ou bien encore .

Mais pour se ren­dre compte de l’ampleur de la fail­lite, le mieux est peut-être de com­mencer par cette vidéo qui, tout sim­ple­ment, com­pile les déc­la­ra­tions de Didi­er Raoult depuis févri­er dernier, et où les pré­dic­tions erronées le dis­putent aux déc­la­ra­tions con­tra­dic­toires :

Pour avoir dif­fusé de fauss­es infor­ma­tions, pro­mu comme un remède mir­a­cle un traite­ment sans tests sérieux validés par ses pairs et avoir de ce fait ralen­ti la recherche sur les traite­ments pos­si­bles, Didi­er Raoult, sur le plan stricte­ment san­i­taire, a représen­té une nui­sance, si ce n’est un dan­ger. Plus fon­da­men­tale­ment, son com­bat pour faire croire aux ver­tus cura­tives d’un traite­ment qui n’en avait aucune l’a amené à remet­tre en cause les méth­odes fon­da­men­tales de la recherche médi­cale elle-même, et à pro­mou­voir une forme d’empirisme sans principe et sans méth­ode, en deman­dant aux gens de se fier à son intu­ition et au pou­voir mag­ique de sa blouse blanche forte de mil­liers de pub­li­ca­tions. Pour cela, ne par­venant pas à con­va­in­cre les milieux médi­caux, il a organ­isé une cam­pagne d’opinion via la chaîne Youtube de son insti­tut ain­si que par sa présence dans des médias com­plaisants. Ce faisant, il a con­tribué à nour­rir de mal­saines rela­tions entre sci­ence, médias et poli­tique, et a fait émerg­er à tra­vers le réseau de ses sup­port­ers fanatisés une forme de pop­ulisme sci­en­tifique et médi­cal que l’on n’avait peut-être encore jamais con­nue. Chris­t­ian Lehmann a pu par­ler à son sujet de Général Boulanger de la médecine, et cette com­para­i­son avec ce mou­ve­ment com­pos­ite et pré­fas­ciste est per­ti­nente. Il n’est ain­si pas sur­prenant d’avoir vu Didi­er Raoult par­ticiper au lance­ment de la revue Front Pop­u­laire de Michel Onfray, qui réu­nit non seule­ment les sou­verain­istes mais aus­si les com­plo­tistes des deux rives, celles de la gauche et de la droite. La dévo­tion de ceux qui ont aveuglé­ment cru en Didi­er Raoult et en son traite­ment pour­tant inef­fi­cace est typ­ique du pop­ulisme, qui con­siste à chercher un sauveur suprême plutôt qu’à organ­is­er les tra­vailleurs. Et bien sou­vent, ce sauveur suprême der­rière lequel on demande de se ranger en tant que leader « anti­sys­tème » est une éma­na­tion de l’élite qu’il est cen­sé com­bat­tre. C’est bien le cas en ce qui con­cerne Didi­er Raoult, un man­darin qui incar­ne les pires pra­tiques patronales de la médecine hos­pi­tal­ière, avec son IHU qui accu­mule les finance­ments privés et publics grâce aux mil­liers de pub­li­ca­tions aux­quelles le chef accole son nom alors qu’il ne les a même pas lues – ce dont il se flat­te volon­tiers. Son suc­cès s’appuie aus­si sur de solides ami­tiés au sein du per­son­nel poli­tique de sa région, notam­ment du côté droit de l’échiquier. Enfin, le dis­cours « ras­suriste » de Raoult, qui a con­sisté à nier tant le dan­ger réel du virus depuis son appari­tion que la pos­si­bil­ité d’une deux­ième vague qui a pour­tant large­ment com­mencé à défer­ler depuis Mar­seille, a été une aubaine pour les patrons qui sont prêts à met­tre en dan­ger les salariés en les faisant tra­vailler dans des con­di­tions de sécu­rité insuff­isantes. Entassez-vous dans les trans­ports en com­mun et retournez au boulot sans vous inquiéter, Didi­er Raoult a dit qu’il n’y aurait pas de deux­ième vague… De toutes façons, si l’épidémie reprend, Didi­er Raoult sait où détourn­er les regards et désign­er comme prin­ci­paux respon­s­ables du naufrage san­i­taire dans sa ville… les juifs et les roms.

Le film Hold Up

On ne revien­dra pas ici sur la thèse cen­trale du film, que Raphaël Grably a très bien résumée. On ne cherchera pas non plus à le démon­ter : c’est fas­ti­dieux et des per­son­nes courageuses ont déjà fait le tra­vail. Le block­buster du moment est indé­ni­able­ment une réus­site, non sur le fond évidem­ment, mais sur la forme. Les auteurs ont été très effi­caces : une bande annonce per­cu­tante, une cam­pagne d’affichage, l’utilisation de deux sites d’appel aux dons qui ont per­mis de récolter plus de 300 000 euros à ce jour, auprès de 12 872 per­son­nes.

Cer­tains ont même pu par­ticiper à la con­cep­tion de l’affiche, deman­dant à rem­plac­er le logo de Cnews, plus con­ciliant avec les « ras­suristes », par celui de LCI.

Bien enten­du, la plu­part de ces « ras­suristes » très médi­a­tiques inter­vi­en­nent dans le film où l’on retrou­ve un cast­ing d’individus plus sul­fureux les uns que les autres. Nous n’allons pas nous attarder sur ce point, d’autres ayant déjà exposé le pédi­grée de ces per­son­nages (par exem­ple et ).

Vue l’ampleur du suc­cès, les grands médias sont amenés à dif­fuser des arti­cles pour démon­ter l’ensemble des points avancés par ce film. En fait, on en par­le partout : France cul­ture, Le Parisien, Le Monde, Libéra­tion, Huff­post… De nom­breux col­lec­tifs en ont égale­ment entre­pris un debunk­age point par point. Le film est devenu viral, con­for­mé­ment aux attentes de ses auteurs. Ceux-ci ont été évidem­ment bien aidés par les ges­tic­u­la­tions gou­verne­men­tales inco­hérentes dans la ges­tion de la crise san­i­taire, les men­songes par exem­ple sur l’utilisation des masques, la sit­u­a­tion cat­a­strophique dans les hôpi­taux, ou encore une com­mu­ni­ca­tion exécrable sus­ci­tant incom­préhen­sion et méfi­ance.

« Si tous les médias ‘main­stream’ sont unanimes pour cri­ti­quer ce film, c’est sure­ment signe qu’il dit vrai », pré­ten­dront ses sup­port­ers… Bien sûr que non : dans cette fic­tion, tous les ingré­di­ents sont réu­nis pour faire croire à un com­plot mon­di­al et à une gigan­tesque manip­u­la­tion.

Ce qui per­met à ce film d’avoir un tel écho, c’est bien les réseaux soci­aux. L’affiche et la bande annonce se sont trans­mis­es dès avant sa sor­tie, met­tant en avant des slo­gans per­cu­tants tels que « nous sommes 7 mil­liards à avoir été pris en otage », « Nous mesurons la respon­s­abil­ité de réalis­er un film inat­taquable et dont le but sera de touch­er un max­i­mum de per­son­nes », ou en évo­quant des men­aces de cen­sure (penser à acheter le DVD, on ne sait jamais). Cette com­mu­ni­ca­tion alléchante a inondé les réseaux soci­aux, dif­fu­sant ces idées con­spir­a­tionnistes jusqu’au sein de notre camp, celui des tra­vailleurs.

Le cast­ing du film est élo­quent sur son sens poli­tique. De manière sig­ni­fica­tive, ses deux ini­ti­a­teurs, Nico­las Réout­sky et Pierre Barnérias, s’étaient aupar­a­vant illus­trés par des films sur les expéri­ences de vie après la mort ou sur les appari­tions de la Vierge Marie – un peu comme Marie-Monique Robin avait com­plaisam­ment filmé le para­nor­mal avant de réalis­er des doc­u­men­taires con­spir­a­tionnistes sur Mon­san­to. Ici, on retrou­ve selon Le Poing « des cathos tradis d’extrême-droite ten­dance Civ­i­tas, créa­tion­nistes anti-avorte­ment (Alexan­dra Hen­ri­on-Caude et Valérie Bugault, inter­venante du média d’extrême droite TV Lib­ertés), Sil­vano Trot­ta, un Youtubeur pro-Trump qui explique que la lune est arti­fi­cielle… – ou l’avocat sou­verain­iste Régis de Castel­nau ». De manière tout à fait sig­ni­fica­tive, le réal­isa­teur de Hold Up, Pierre Barnérias, par­tic­i­pait en 2017 en tant qu’intervenant à la tri­bune à une réu­nion publique de catholiques inté­gristes par­ti­c­ulière­ment azimutés. On y célébrait les appari­tions de la Vierge, en prédis­ant « la vic­toire de Son Cœur Immac­ulé sur le Mal » après une « grande épreuve » et un com­bat final con­tre « l’athéisme marx­iste et la franc-maçon­ner­ie ».

Ce que traduisent donc le suc­cès d’un tel film ou d’un per­son­nage tel que Raoult au-delà des milieux com­plo­tistes habituels, c’est évidem­ment la méfi­ance vis-à-vis des « autorités », mais aus­si le désar­roi et le sen­ti­ment d’impuissance de bien des exploités. Faute de per­spec­tives poli­tiques et de con­fi­ance dans la capac­ité des tra­vailleurs à pren­dre eux-mêmes en charge l’organisation de la société, la ten­ta­tion existe de se tourn­er vers des théories qui sont bien sou­vent un vecteur de résig­na­tion, voire un creuset de l’extrême-droite.

Le complotisme, un type de théorie toujours réactionnaire

Les mécan­ismes de pen­sée com­plo­tistes, s’ils se man­i­fes­tent de plus en plus sur un « marché dérégulé de l’information » où ils peu­vent avoir un impact plus grand sur la pop­u­la­tion, ne sont pour autant en rien nou­veaux dans l’histoire. Si l’on se place dans l’occident médié­val chré­tien, la fig­ure du juif ou celle de la sor­cière païenne ont pu être dénon­cées comme œuvrant en groupe au mal­heur des autres. Dans l’Europe du XIXe siè­cle boulever­sée par le cap­i­tal­isme, c’est à nou­veau aux juifs qu’on a attribué de malé­fiques inten­tions et une organ­i­sa­tion imag­i­naire, ce qui leur a valu d’être per­sé­cutés et vic­times de vio­lences récur­rentes, par­fois éta­tiques, sou­vent pop­u­laires. La plu­part du temps, ce sont des fig­ures de parias minori­taires qui ont été les proies de réc­its com­plo­tistes qui dévi­aient la colère sociale vers des vic­times expi­a­toires en posi­tion de faib­lesse dans leur envi­ron­nement social.

Avec la Révo­lu­tion Française, le dis­cours com­plo­tiste a pu pren­dre un tour plus poli­tique autour du rôle des élites. La Grande Peur de l’été 1789, qui a vu les paysans effrayés par une rumeur de répres­sion nobil­i­aire pass­er préven­tive­ment à l’attaque des châteaux, est l’un des très rares exem­ples dans l’histoire où la rumeur et la croy­ance ont pu accélér­er le cours révo­lu­tion­naire des choses. Car le réc­it com­plo­tiste est depuis cette époque plutôt mar­qué du côté de la Con­tre-Révo­lu­tion, avec l’ouvrage de l’Abbé Bar­ru­el qui en 1797 analy­sait la révo­lu­tion comme le pro­duit d’un com­plot des Lumières, des Franc-Maçons et, déjà, des Illu­mi­natis.

C’est sans doute avec les thès­es com­plo­tistes autour des atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001 que ce mode de pen­sée a con­nu une résur­gence plus mar­quée dans des milieux mar­qués à gauche. La recherche d’une vérité alter­na­tive sur le 11 sep­tem­bre avait pu émerg­er comme un anti-impéri­al­isme fre­laté ; et l’on a vu des groupes de gens dépenser une énergie con­sid­érable à expli­quer que l’administration Bush avait elle-même téléguidé les ter­ror­istes qui ont détourné les avions, et qu’elle avait aus­si, au cas où, miné les tours du World Trade Cen­ter pour qu’elles s’effondrent si l’incendie con­sé­cu­tif au crash du Boe­ing ne suff­i­sait pas. Tout en les ridi­culisant aux yeux des indi­vidus un tant soit peu rationnels, cette énergie n’a pas été dépen­sée, par exem­ple, pour… com­bat­tre l’intervention mil­i­taire en Afghanistan, dont ce com­plot aurait été le pré­texte.

Le stal­in­isme a aus­si con­tribué à banalis­er des pen­sées com­plo­tistes qui con­tin­u­ent à nuire aujour­d’hui : la répres­sion en URSS a été présen­tée comme une inven­tion des impéri­al­istes occi­den­taux, les trot­skistes auraient été de mèche avec les fas­cistes, les mou­ve­ments de con­tes­ta­tion dans les ex-pays du bloc de l’Est auraient tou­jours été téléguidés par la CIA, etc.

On trou­ve bien sûr dans l’histoire récente d’authentiques com­plots ou men­songes fab­riqués dans le but de jus­ti­fi­er inter­ven­tions mil­i­taires ou poli­tiques répres­sives. On pense à la stratégie de la ten­sion menée en Ital­ie dans les années 1970 par l’extrême-droite, avec l’appui pos­si­ble de secteurs de l’appareil d’État ou de ser­vices de ren­seigne­ments. On pense aus­si aux men­songes propagés par le gou­verne­ment des États-Unis pour jus­ti­fi­er cer­taines inter­ven­tions, tels que l’affaire des cou­veuses au Koweït en 1991, ou les fameuses armes de destruc­tion mas­sives que Col­in Pow­ell pré­tendait exhiber dans une fiole à la tri­bune de l’ONU avant l’invasion de 2003.

Oui, les gou­verne­ments, et notam­ment les gou­verne­ments impéri­al­istes, mentent. Mais ils n’ont pas besoin du men­songe pour agir, et la plu­part de leurs attaques con­tre les tra­vailleurs et les opprimés partout dans le monde se font au grand jour, sont votées dans les par­lements, jus­ti­fiées dans la presse. Elles n’obéissent à aucun autre plan que celui de per­pétuer et d’aggraver l’exploitation.

Les théories dites com­plo­tistes sont très divers­es et désig­nent des respon­s­ables très vari­ables. Elles ont cepen­dant un point com­mun : celui de ne jamais désign­er comme respon­s­ables le sys­tème cap­i­tal­iste, les hommes et les insti­tu­tions qui le ser­vent. À une extrémité du spec­tre, les enne­mis sont aus­si secrets qu’insaisissables : ce sont les illu­mi­natis, les rep­tiliens, bref, des êtres dont on ignore la vraie nature et qui agis­sent dans l’ombre, tels ceux dont jadis on pen­sait qu’ils peu­plaient le monde – esprits, démons ou êtres sur­na­turels dotés de pou­voirs inac­ces­si­bles aux humains et se jouant d’eux. À l’autre bout de l’éventail, le com­plo­tisme se veut plus poli­tique, et se réclame de l’anti-capitalisme. Il dénonce les multi­na­tionales et, dans le cas présent, « Big Phar­ma », qui aurait enter­ré un médica­ment bon marché – celui du bon doc­teur Raoult – pour pro­mou­voir de futurs traite­ments chers, inef­fi­caces voire dan­gereux, du Rem­di­sivir aux vac­cins. Il dénonce aus­si les gou­verne­ments à leur sol­de, à com­mencer par celui de Macron dont les déci­sions absur­des auraient pour seul fonde­ment de servir les intérêts de ces cap­i­tal­istes.

Que les déci­sions du gou­verne­ment Macron, comme celles de tous ses sem­blables, soient dic­tées par les intérêts des puis­sants est une évi­dence, et il serait évidem­ment absurde (ou men­songer) de pré­ten­dre le con­traire. Con­fron­tés à la crise économique la plus vio­lente jamais tra­ver­sée par le sys­tème cap­i­tal­iste, tous les gou­verne­ments de la planète cherchent à en faire pay­er le prix aux class­es pop­u­laires, et à sauve­g­arder des prof­its et des for­tunes bour­geois­es tout ce qui peut l’être. Mais c’est pré­cisé­ment là où le com­plo­tisme ne s’embarrasse guère de logique : pourquoi des gou­verne­ments si dévoués aux intérêts des rich­es auraient-ils volon­taire­ment provo­qué, ou pro­longé, une réces­sion qui plombe les comptes de la grande majorité des entre­pris­es ? Pourquoi auraient-ils sac­ri­fié, entre autres, les cap­i­tal­istes du tourisme et du trans­port aérien, pour le seul prof­it des lab­o­ra­toires phar­ma­ceu­tiques ? Et pour par­ler de ceux-ci, pourquoi Sanofi, qui en France est le prin­ci­pal vendeur d’hydroxychloroquine, aurait-il renon­cé à de plan­tureux béné­fices dans le seul but de s’engager dans une course au vac­cin dans laque­lle 300 con­cur­rents risquent de lui ravir le fro­mage ?

C’est là où l’anti-capitalisme du com­plo­tisme mon­tre qu’il n’est en fait qu’une façade. Loin d’incriminer l’ensemble de la classe bour­geoise et, surtout, l’organisation sociale qu’elle dirige, il ne vise jamais, en réal­ité, qu’une frac­tion de celle-ci, plus ou moins per­son­nal­isée et plus ou moins occulte selon les cas. Le plan machi­avélique sera donc, au choix ou ensem­ble, celui des lab­o­ra­toires phar­ma­ceu­tiques, de Bill Gates, de Georges Soros, de Jacques Attali ou du club de Bilder­berg. Ces derniers accusés ne sont pas là par hasard : ce sont exacte­ment les mêmes mécan­ismes qui, depuis plus d’un siè­cle, nour­ris­sent l’antisémitisme, cet « ant­i­cap­i­tal­isme des imbé­ciles », pour para­phras­er August Bebel. Et ce n’est évidem­ment pas par hasard que la mou­vance com­plo­tiste est large­ment per­méable aux thé­ma­tiques anti­sémites.

Quels que soient leurs diver­gences par ailleurs, tous ceux qui mili­tent pour l’émancipation humaine et pour qui cette per­spec­tive passe par le ren­verse­ment du cap­i­tal­isme par l’action con­sciente des exploités de toute la planète ne peu­vent que s’opposer frontale­ment à de tels dévoiements. Bien sûr, face à un inter­locu­teur indi­vidu­el, on peut choisir de ne pas heurter, et de ten­ter de con­va­in­cre plutôt que de bra­quer. Mais sur le fond, on doit oppos­er aux thès­es com­plo­tistes une intran­sigeance absolue. Même lorsqu’elles se par­ent d’une couleur con­tes­tataire, elles con­sis­tent par principe au mieux à ren­dre cette con­tes­ta­tion inof­fen­sive, au pire, à la dévoy­er vers des boucs émis­saires qui seraient des cibles toutes désignées pour d’authentiques mou­ve­ments fas­cistes. Faut-il rap­pel­er que le par­ti d’Hitler se pré­tendait jusque dans son nom « social­iste », et qu’une forme d’ « ant­i­cap­i­tal­isme » est sol­u­ble dans la dém­a­gogie d’extrême-droite ? Et aujourd’hui même, com­ment ne pas voir qu’aux États-Unis, les milieux influ­encés par QAnon et ses délires sur « l’É­tat pro­fond » (ceux-là même que repren­nent ici Onfray et sa revue) sont les plus rad­i­caux sou­tiens de Trump et les pro­mo­teurs d’une extrême-droite aux méth­odes mus­clées ?

Ain­si, les théories du com­plot sont tou­jours réac­tion­naires mais avec des effets par­fois con­tra­dic­toires. Leur car­ac­téris­tique la plus com­mune est d’être démo­bil­isatri­ces. En effet, que peut-on faire con­tre un com­plot si ce n’est de se con­tenter de le dénon­cer ? En réal­ité, la théorie du com­plot offre à celui qui a renon­cé à la lutte col­lec­tive, à la lutte des class­es, le plaisir fac­tice de se sen­tir fort de sa péné­trante com­préhen­sion des mécan­ismes cachés, seul devant son ordi­na­teur à regarder une vidéo sur Youtube qu’il partagera éventuelle­ment pour faire par­tie du groupe des « sachants ». Les théories du com­plot jouent ain­si un rôle très sem­blable à celui qu’ont pu jouer et que con­tin­u­ent à jouer les reli­gions : elles offrent une con­so­la­tion (cog­ni­tive) à ceux qui ont renon­cé à agir sur un réel qu’ils ne com­pren­nent plus et qu’ils voient dom­iné par des entités supérieures. Elles offrent une élé­va­tion sym­bol­ique aux ini­tiés capa­bles de nav­iguer dans ces expli­ca­tions ésotériques du monde. Et c’est aus­si parce que, à l’instar de la reli­gion, les théories du com­plot sont un véri­ta­ble « opi­um du peu­ple », que nous les com­bat­tons. La révolte qu’elles pro­posent, parce qu’elle est dépourvue d’ef­fet con­cret, ne pro­cure qu’une dan­gereuse con­so­la­tion.

À l’heure où plus que jamais, « la pen­sée humaine est embour­bée dans ses pro­pres excré­ments », on doit rap­pel­er inlass­able­ment que « seule la vérité est révo­lu­tion­naire » — et qu’inversement, pour les exploités, il n’existe pas de bon men­songe, ni même de men­songe bénin. Tout fan­tasme, qu’il attribue les caus­es des événe­ments à des entités cos­miques ou vivant dans ce bas-monde, détourne le pro­lé­tari­at de « la sci­ence de son mal­heur », quand il ne par­ticipe pas à la con­sti­tu­tion de forces poli­tiques qui sont ses enne­mis les plus mor­tels.

Les germes de la situation actuelle dans nos milieux :

La dérive emblématique d’une sociologue

La présence de Monique Pinçon-Char­lot (MPC) et les pro­pos qu’elle tient dans le film Hold-Up sont loin d’être anec­do­tiques et met­tent en lumière une vision « ant­i­cap­i­tal­iste » du monde qui n’est pas la nôtre :

« Dans cette guerre de classe, comme les nazis alle­mands l’ont fait pen­dant la deux­ième, il y a un holo­causte qui va élim­in­er cer­taine­ment la par­tie la plus pau­vre de l’humanité, c’est à dire 3 mil­liards 500 mil­lions d’êtres humains dont les rich­es n’ont plus besoin pour assur­er leur survie ” (à 2h33)

Dans un tweet du 13 novem­bre MPC s’excuse de l’emploi du mot « holo­causte » (qu’elle avait pour­tant déjà util­isé à de nom­breuses repris­es) sans rien remet­tre en ques­tion du fond de la réflex­ion, dont l’aspect prob­lé­ma­tique ne se lim­ite pas à la présence de ce terme. La com­para­i­son avec le régime nazi est non seule­ment out­ran­cière, mais relève égale­ment du com­plo­tisme et du néga­tion­nisme. Met­tre sur un pied d’égalité l’extermination théorisée et indus­tri­al­isée des juifs et des tzi­ganes par les nazis avec le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et/​ou les morts (directs et indi­rects) du covid-19, c’est affirmer que les dirigeants cap­i­tal­istes auraient théorisé et volon­taire­ment mis au point un sys­tème indus­triel visant à l’extermination de plus de trois mil­liards de per­son­nes. Et, comme ceci est, de toute évi­dence, une pure affab­u­la­tion (rai­son pour laque­lle elle n’apporte aucune preuve à cela dans ses dif­férents écrits), la com­para­i­son revient donc à nier la spé­ci­ficité et l’ampleur des véri­ta­bles géno­cides de l’Histoire : des mil­lions d’hommes, femmes et enfants per­sé­cutés et exter­minés pour ce qu’ils étaient.

Ce genre de par­al­lèles est hélas fréquent au sein de l’extrême gauche, dans divers domaines. On peut notam­ment penser aux nom­breuses déc­la­ra­tions esti­mant qu’Israël ferait aux pales­tiniens ce que les nazis avaient fait aux juifs pen­dant la Sec­onde Guerre Mon­di­ale ou que les vio­lences poli­cières (évidem­ment graves) équiv­a­lent à du fas­cisme.

Les com­para­isons dou­teuses et le trav­es­tisse­ment des faits n’aident pas à com­pren­dre le réel et à agir, et tout rap­porter sys­té­ma­tique­ment au fas­cisme et au nazisme empêche au con­traire de garder en mémoire ce que sont vrai­ment le fas­cisme et le nazisme.

Cette inter­ven­tion de MPC est aus­si révéla­trice de l’évolution des travaux qu’elle mène avec Michel Pinçon depuis de nom­breuses années. Pour repren­dre leurs ter­mes, le monde serait dirigé par les « ultra rich­es » iden­ti­fiés à une « caste » amorale, ou encore à une « oli­garchie mon­di­al­isée », déliée de l’hu­man­ité comme si le dom­i­nant « était d’une autre race » et il y aurait dans tout cela « quelque chose de vicié, de per­vers ». La prox­im­ité séman­tique et rhé­torique avec les attrib­uts util­isés par les anti­sémites pour désign­er hier la « juiv­er­ie mon­di­ale cos­mopo­lite », aujourd’hui le « nou­v­el ordre mon­di­al » est déjà prob­lé­ma­tique. La cri­tique rad­i­cale du sys­tème cap­i­tal­iste dans sa total­ité est rem­placée par une per­son­ni­fi­ca­tion du cap­i­tal­isme. C’est faire fi de la réal­ité des rap­ports d’al­ié­na­tion et de dom­i­na­tion intrin­sèques au cap­i­tal­isme et au tra­vail salarié.

Revenons enfin sur un dernier aspect de l’intervention de MPC, qui fait écho à des dis­cours que nous avons déjà pu enten­dre autour de nous : avec les avancées tech­niques et tech­nologiques, les « ultra rich­es » n’auraient plus besoin de tous les pau­vres et pour­raient se pass­er de 3,5 mil­liards d’individus, voire les « exter­min­er » volon­taire­ment selon MPC.

C’est une absur­dité et une mécon­nais­sance de la mécanique du cap­i­tal­isme. La masse de tra­vailleurs sans emplois, ces « super­flus » du sys­tème cap­i­tal­iste, joue un rôle économique de pre­mier plan comme l’a démon­tré Karl Marx. La « sur­pop­u­la­tion rel­a­tive » en régime cap­i­tal­iste per­met aux pro­prié­taires des moyens de pro­duc­tion d’im­pos­er plus de pré­car­ité, de peser sur les salaires, d’ex­ercer une pres­sion à la hausse sur le taux d’ex­ploita­tion et d’aug­menter ain­si le taux de prof­it. Le cap­i­tal­isme ne cherche pas à exter­min­er les pau­vres : il en a besoin.

Bien plus que les pau­vres ont besoin de lui.

Science et lobbys

Dans les années 1950, dans le pro­longe­ment de l’affaire Lyssenko, les stal­in­iens avaient inven­té une théorie des deux sci­ences, qui con­sis­tait à oppos­er la « sci­ence bour­geoise » et la « sci­ence pro­lé­tari­enne ». Aujourd’hui, on a par­fois l’impression d’une résur­gence de cette vision du monde, à tra­vers une sorte d’opposition entre « sci­ence des multi­na­tionales » et « sci­ence citoyenne ».

Tout cela n’a aucun sens. Les résul­tats sci­en­tifiques ne sont pas plus ou moins vrais en fonc­tion de qui les a émis ou même financés. Si on veut vrai­ment oppos­er deux sci­ences, il faudrait alors oppos­er la « bonne sci­ence », celle qui répond aux meilleurs critères méthodologiques, et la « mau­vaise sci­ence », celle des Raoult, Per­ronne, Sérali­ni et com­pag­nie, qui pro­duisent des études de mau­vaise qual­ité qui ne prou­vent rien du tout. Au-delà des enjeux idéologiques, la mau­vaise sci­ence est aus­si nour­rie par le règne de la con­cur­rence général­isée jusque dans le monde sci­en­tifique, illus­trée par la course à la pub­li­ca­tion, notam­ment dans des pseu­do-revues où il suf­fit de pay­er pour être pub­lié, et par le choix de cer­tains de trich­er en fonc­tion d’enjeux financiers ou de notoriété. Mais, comme l’a mon­tré l’exemple du papi­er sur l’hydroxychloroquine retiré de la revue The Lancet du fait des don­nées fraud­uleuses fournies par la société Sur­gis­phère, les tricheries sont sou­vent dévoilées assez rapi­de­ment par le feu des cri­tiques dans la com­mu­nauté des experts.

Bien sûr, des lob­bys peu­vent agir dans l’ombre ou même au grand jour pour influer sur le proces­sus de pro­duc­tion ou de dif­fu­sion des con­nais­sances sci­en­tifiques. Par exem­ple, sur la ques­tion du glyphosate, on a pu voir d’un côté la firme Mon­san­to ten­ter d’influencer en sous-main les agences d’expertise (affaire dite des Mon­san­to Papers); mais en sens inverse, la com­mis­sion du CIRC qui a classé ce pro­duit comme « can­cérogène prob­a­ble » comp­tait en son sein un « expert » rémunéré par un cab­i­net d’avocats qui voulait organ­is­er des pour­suites judi­ci­aires col­lec­tives (et rémunéra­tri­ces) con­tre Mon­san­to (affaire dite des Porti­er Papers). Tout cela est évidem­ment, pour le pro­fane, bien dif­fi­cile à décoder. Mais, au final, il n’y a pas de meilleure méth­ode pour le citoyen qui veut s’éclairer, pour le mitant révo­lu­tion­naire qui veut com­pren­dre et agir, que de faire con­fi­ance au con­sen­sus qui se dégage pro­gres­sive­ment au sein de la com­mu­nauté sci­en­tifique. Les manœu­vres des indus­triels du tabac pour cacher la vérité à pro­pos du poi­son qu’ils vendent n’ont ou que retarder l’inéluctable démon­stra­tion de la nociv­ité de leur busi­ness. De même, mal­gré son influ­ence con­sid­érable, l’industrie du pét­role n’a rien pu faire pour empêch­er la prise de con­science crois­sante de la réal­ité du réchauf­fe­ment cli­ma­tique et du rôle moteur qu’y jouent les activ­ités humaines. Aucun lob­by ne sera jamais en mesure de par­venir à « cacher la vérité » en « achetant » l’ensemble des agences d’expertise de la planète sur un sujet don­né et en faisant taire tous ses opposants. Du coup, il sera tou­jours plus sage de se référ­er à ce que dit la com­mu­nauté des experts sci­en­tifiques du sujet, plutôt que de plac­er sa con­fi­ance dans quelques franc-tireurs qui recherchent via des Unes de mag­a­zines ou des vidéos sur Youtube la notoriété qu’ils seraient bien en peine d’obtenir dans les lieux où se pro­duit col­lec­tive­ment et entre experts le savoir sci­en­tifique.

Si on ne le fait pas, on développe des façons de penser qui ont pu faire le lit du com­plo­tisme dans des milieux sen­si­bles à l’anticapitalisme, mais qui se trompent de com­bat ou de manière de raison­ner. Ain­si, on a pu voir se répan­dre dans le mou­ve­ment anti-OGM et anti-Mon­san­to un dis­cours par­fois en oppo­si­tion frontale avec l’état des con­nais­sances sci­en­tifiques et, tout sim­ple­ment, avec la réal­ité. On peut penser par exem­ple aux sup­posés sui­cides mas­sifs de paysans indi­ens à cause des OGM. La fig­ure de Van­dana Shi­va incar­ne par­faite­ment cette dérive qui arrive mal­heureuse­ment à faire pass­er auprès de beau­coup ses idées réac­tion­naires pour de l’anticapitalisme ou du fémin­isme. Pour­tant, quand Van­dana Shi­va développe des thès­es com­plo­tistes sur la pandémie, expli­quant que le virus s’est dévelop­pé à cause de l’alimentation OGM don­née aux ani­maux d’élevage et que tout cela sert à « met­tre en place l’agenda de Bill Gates sur la san­té », et qu’elle sou­tient au pas­sage l’idée par­faite­ment stu­pide et anti­marx­iste selon laque­lle les rich­es n’auraient pas con­science que la richesse est pro­duite par ceux qu’ils exploitent, elle ne dérape pas soudaine­ment. Tout au con­traire, elle est fidèle à elle-même.

Plus grave encore, la méfi­ance vis-à-vis de l’industrie phar­ma­ceu­tique, appuyée sur quelques scan­dales san­i­taires réels comme celui du Médi­a­tor ou des pro­thès­es mam­maires PIP, a nour­ri ces dernières années le suc­cès crois­sant du plus immé­di­ate­ment dan­gereux et du plus anti-col­lec­tif des « mou­ve­ments citoyens », celui du refus de la vac­ci­na­tion. Et au-delà, l’attrait pour les médecines dite alter­na­tives, la méfi­ance sys­té­ma­tique pour la médecine sci­en­tifique et ses « pro­duits chim­iques », ont ali­men­té les posi­tions obscu­ran­tistes, présen­tées sous les dehors d’une oppo­si­tion à la logique du prof­it des lab­o­ra­toires phar­ma­ceu­tiques.

Mais, dans cette pos­ture, tout est faux : au lieu de dénon­cer les pénuries de médica­ments liées à l’anarchie cap­i­tal­iste et au critère de rentabil­ité finan­cière, ces milieux dénon­cent les médica­ments eux-mêmes. Au lieu de dénon­cer les carences du gou­verne­ment pour assur­er une bonne cou­ver­ture vac­ci­nale, en pointant par exem­ple l’insuffisante plan­i­fi­ca­tion de la pro­duc­tion du vac­cin con­tre la grippe cet hiv­er, ce mou­ve­ment s’attaque au principe même de la vac­ci­na­tion, qui est pour­tant la forme de médecine par­mi les plus sûres et les plus sol­idaires. Les mou­ve­ments anti­vac­cin­aux, qui ont aus­si leur petit suc­cès du côté de l’extrême-droite et des milieux trump­istes, sont l’incarnation la plus emblé­ma­tique à la fois de la con­fu­sion générale et de l’individualisme qui règ­nent aujourd’hui. Ils sont un dan­ger majeur pour la société et notam­ment pour les plus frag­iles, et ils doivent être farouche­ment com­bat­tus.

Car pour se défendre et pour con­stru­ire un autre monde, les exploités ont besoin de con­nais­sances et de ratio­nal­ité, et pas d’ignorance ou de mys­ti­cisme. La sci­ence, dont le marx­isme se réclame, est une démarche matéri­al­iste. Elle exige des preuves et ne se sat­is­fait pas de l’argument d’autorité. Pour elle, la valid­ité d’un énon­cé ne dépend pas de la per­son­ne qui l’énonce ou de son statut social : en cela la sci­ence est fon­da­men­tale­ment démoc­ra­tique et anti­au­tori­taire. Elle est éman­ci­patrice pour l’humanité car elle lui donne moyens de con­trôler son des­tin, ce qui est pré­cisé­ment l’objectif du com­mu­nisme face aux crises du cap­i­tal­isme. Enfin, la sci­ence mod­erne est dev­enue une œuvre éminem­ment col­lec­tive, inter­na­tionale et coopéra­tive, mal­gré les freins mis par la con­cur­rence cap­i­tal­iste. En sci­ence, il n’y a plus depuis longtemps de génie soli­taire, pas plus qu’en poli­tique il n’est de sauveur suprême.

La critique des médias

La cri­tique sim­pliste des médias est aus­si une des passerelles entre l’extrême gauche et le com­plo­tisme. Il n’est pas rare de voir quelqu’un rétor­quer, si l’on vient lui porter la con­tra­dic­tion avec un arti­cle du Monde, que l’on est naïf de croire à la « presse des mil­liar­daires » etc. Tout cela nous oblige à redou­bler de clarté lorsque nous par­lons de « médias bour­geois », « médias dom­i­nants », etc.

C’est un fait que les médias « main­stream » sont dans leur qua­si-total­ité la pro­priété de grands groupes cap­i­tal­istes. Mais quelles en sont les con­séquences ? Ce qui est naïf, c’est d’imaginer que les PDG et action­naires con­trô­lent métic­uleuse­ment chaque arti­cle édité par les mil­liers de jour­nal­istes, pour façon­ner « la vérité ». Bien sûr, il arrive que la direc­tion fasse pres­sion pour qu’un dossier qui écorne l’image d’un action­naire ne soit pas dif­fusé, ou que des jour­nal­istes s’autocensurent pour ne pas nuire à leur car­rière. Mais d’autres mécan­ismes vien­nent lim­iter ce risque pour l’information : le jour­nal­iste choqué fera fuiter l’info cen­surée au Canard enchaîné, un média con­cur­rent se fera un plaisir de la repren­dre, la ten­ta­tive de cen­sure ampli­fie la dif­fu­sion (effet Streisand).

Il ne s’agit pas de dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mon­des, mais que le prob­lème avec la presse bour­geoise ne vient pas, pour l’essentiel, de fauss­es infor­ma­tions. Il vient du traite­ment idéologique de l’information : le fait de met­tre en avant plutôt telle infor­ma­tion, de l’interpréter d’une cer­taine façon, de l’instrumentaliser pour faire pass­er tel mes­sage. Le Figaro ne va pas con­stru­ire sa Une de la même façon que Libéra­tion, Valeurs actuelles va se jeter sur un atten­tat pour dis­tiller son racisme, etc. Ce qui nous fait par­ler de « presse bour­geoise », c’est le fait qu’au-delà de leurs dif­férences, ces médias acceptent les pré­sup­posés qui jus­ti­fient le cap­i­tal­isme : les mythes de la méri­to­cratie ou du « ruis­selle­ment », l’idée qu’il n’y a pas d’al­ter­na­tive à la course à la com­péti­tiv­ité et aux poli­tiques en faveur des entre­pris­es, la divi­sion de la planète en Etats nationaux… Ce point com­mun idéologique n’est pas le fruit d’un con­clave secret de cap­i­tal­istes se met­tant d’accord sur la pro­pa­gande, mais le fruit de la vie sociale des dom­i­nants. Les grands jour­nal­istes (les présen­ta­teurs de JT, les « édi­to­crates »…) fréquentent le même milieu que les politi­ciens et les patrons, ils parta­gent les mêmes idées, ces idées con­fort­a­bles qui en font « l’élite éclairée », qui mérit­erait selon elle sa posi­tion sociale. Et il faut bien com­pren­dre que cela ne peut fonc­tion­ner que parce que suff­isam­ment de per­son­nes dans les couch­es sociales inter­mé­di­aires, mais aus­si dans la classe ouvrière, soit sont con­va­in­cues du bien-fondé de ces pré­ten­tions, soit ne voient pas d’alternative.

Cette alter­na­tive, nous avons besoin de la presse mil­i­tante pour la dévelop­per. Une presse qui met en avant les luttes de notre classe, mon­tre leur poten­tiel, utilise les don­nées soci­ologiques et économiques qui soulig­nent le prob­lème de ce sys­tème, et des­sine une alter­na­tive révo­lu­tion­naire. Une per­spec­tive qui n’a aucun besoin d’inventer des « faits alter­nat­ifs » pour con­va­in­cre.

Les médias sont d’une cer­taine manière des entre­pris­es cap­i­tal­istes « comme les autres », qui évolu­ent sur un marché et doivent y con­quérir des parts, notam­ment en vue de séduire la manne pub­lic­i­taire. Cette quête de l’audimat ou du lec­torat au moin­dre prix pour un béné­fice le plus grand pèse néga­tive­ment sur la qual­ité de l’information et du débat intel­lectuel, qui se présente de plus en plus sou­vent sous la forme très mise en scène de « clash » à sen­sa­tions ou de pseu­do « face à face » qui met­tent aux pris­es des gens qui générale­ment sont en fait d’accord sur l’essentiel (le car­ac­tère indé­pass­able du cap­i­tal­isme). Pen­dant la pandémie, cette pra­tique d’information-spectacle a pu nour­rir le com­plo­tisme, en présen­tant d’abord les débats sous l’angle de « pour ou con­tre la chloro­quine ? », alors que la ques­tion que posait réelle­ment la sit­u­a­tion était plutôt : « peut-on se per­me­t­tre de ne respecter ni la méth­ode sci­en­tifique, ni l’éthique médi­cale, pour faire croire sans preuves à l’existence d’une solu­tion immé­di­ate ? ». La crise san­i­taire a aus­si per­mis de mesur­er le grave déficit au sein des rédac­tions de jour­nal­istes spé­cial­isés en sci­ences, ce qui éclaire la pra­tique habituelle des médias con­sis­tant à don­ner une place et une légitim­ité démesurées à des inter­venants mar­gin­aux ou décon­sid­érés dans le monde de la sci­ence : Claude Allè­gre à pro­pos du cli­mat, Gilles-Eric Sérali­ni à pro­pos des OGM, Généra­tions Futures à pro­pos des pes­ti­cides, etc. On peut tou­jours se lamenter sur la cré­dulité « des gens », mais com­ment s’étonner qu’une part crois­sante du pub­lic ait pu croire que la 5G était respon­s­able de la prop­a­ga­tion du virus ou de l’on ne sait quelle autre calamité en rap­port avec la pandémie, quand des asso­ci­a­tions comme Robin des Toits ou une per­son­nal­ité comme Michèle Rivasi ont pu appa­raître à longueur d’antenne ou de colonnes comme des inter­locu­teurs crédi­bles à pro­pos des ondes élec­tro-mag­né­tiques, par­fois en lieu et place des authen­tiques experts du sujet ? Et durant la pandémie, les média ont com­plaisam­ment et abon­dam­ment don­né la parole à des « ras­suristes » tels que Didi­er Raoult, Jean Dominique Michel, Lau­rent Toubiana ou Jean-François Tou­s­saint, alors qu’ils ne représen­taient pas du tout le con­sen­sus sci­en­tifique en train de se for­mer et que leurs pré­dic­tions étaient démen­ties par la réal­ité les unes après les autres.

En guise de conclusion

Le suc­cès de Hold Up est lié à notre faib­lesse : absence de cri­tique sci­en­tifique du fonc­tion­nement du cap­i­tal­isme et de ses crises (notam­ment san­i­taire), et absence d’une réponse poli­tique apportée à cette crise. Pire, une par­tie de la gauche a par­fois ali­men­té ces logiques com­plo­tistes, soit directe­ment (OGMs, pes­ti­cides, vac­cins), soit indi­recte­ment (par exem­ple en propageant une idéolo­gie pop­uliste-pro­tec­tion­niste tein­tée d’antisémitisme de type « le bon peu­ple français trompé par les élites mon­di­al­isées »). De même, le suc­cès d’un livre comme celui de Juan Bran­co, qui explique tout par les manoeu­vres de quelques per­son­nages par­mi les plus puis­sants, crée un ter­reau favor­able pour une com­préhen­sion des déci­sions poli­tiques en ter­mes unique­ment de com­plot des élites. La pre­mière étape pour lut­ter con­tre ce mal trop répan­du dans notre classe qu’est la ten­dance à une com­préhen­sion com­plo­tiste du monde (quand ce n’est pas l’ad­hé­sion explicite à des théories du com­plot), c’est le développe­ment d’une com­préhen­sion matéri­al­iste de la société cap­i­tal­iste et la pro­mo­tion d’un pro­gramme de luttes mobil­isa­teur.

En ce qui con­cerne la crise du Covid, l’in­com­préhen­sion des phénomènes de con­cur­rence dans le cap­i­tal­isme incite la pop­u­la­tion à la méfi­ance, par exem­ple à pro­pos des vac­cins. Il est vrai que rien n‘est fait pour redonner con­fi­ance, ni la con­cur­rence entre les labos, ni le coup d’éclat du PDG de Pfiz­er qui vend pour 5,6 mil­lions d’actions de son entre­prise le jour de l’annonce par celle-ci de bons résul­tats des essais de son vac­cin con­tre le coro­n­avirus. Dans le cap­i­tal­isme, un mal­heur est tou­jours bon pour quelqu’un, et il y a des prof­i­teurs d’épidémie comme il y a prof­i­teurs de guerre, ce qui rend plus dif­fi­cile pour tout un cha­cun de faire la part des choses.

Pour­tant il est clair que le suc­cès du com­plo­tisme ne repose pas unique­ment sur la respon­s­abil­ité de la gauche. D’abord parce que la « fake news » est une stratégie con­sciente de l’extrême droite (com­bi­en d’in­tox sur l’im­mi­gra­tion ou sur l’en­seigne­ment de l’ho­mo­sex­u­al­ité à l’é­cole propagées par leurs mil­i­tants ?), et que même si la gauche était irréprochable du point de vue idéologique, cela ne réduirait pas la néces­sité de com­bat­tre pied à pied la prop­a­ga­tion d’in­tox. Cette stratégie con­sciente et patiente de l’ex­trême-droite con­naî­tra néces­saire­ment des suc­cès, mais des suc­cès lim­ités par nos répons­es. Ensuite parce que le gou­verne­ment porte une immense respon­s­abil­ité dans le suc­cès d’un film comme Hold Up : ses offen­sives anti­so­ciales (retraites, sup­pres­sion de l’ISF, urgences payantes …) expri­ment son hos­til­ité vis­cérale à l’égard des tra­vailleurs. Et ceci est vrai surtout quand, en par­al­lèle, il tente de con­fis­quer toute cri­tique (loi sécu­rité glob­ale, meurtres par des policiers com­plète­ment cou­verts, lutte con­tre les fak­e­news par la ten­ta­tion de con­trôler l’in­for­ma­tion …), ce qui crée une sit­u­a­tion où il est com­pliqué pour tout un cha­cun de démêler le vrai du faux, et où il est bien trop ten­tant de penser qu’« on nous cache tout, on nous dit rien ».

Une véri­ta­ble cri­tique ant­i­cap­i­tal­iste du gou­verne­ment est l’exact inverse de celle des com­plo­tistes : le prob­lème n’est pas que le gou­verne­ment en fait trop con­tre l’épidémie, le prob­lème est plutôt qu’il n’en fait pas assez, qu’il est dépassé par les événe­ments faute de pou­voir ou de vouloir pren­dre en main le fonc­tion­nement de l’économie en temps de crise. Le prob­lème, ce n’est pas qu’il con­trôle tout et tout le monde, mais c’est plutôt qu’il ne con­trôle rien, n’anticipe rien, ne plan­i­fie rien.

Pour faire reculer le com­plo­tisme, nous avons besoin d’une société où la san­té passe automa­tique­ment avant les prof­its, une société où le ralen­tisse­ment néces­saire de la machine économique ne se traduirait pas mécanique­ment par la mon­tée du chô­mage, l’aggravation des con­di­tions de tra­vail, le ren­force­ment de l’austérité et les fail­lites des petits com­merçants. Une société de la respon­s­abil­ité col­lec­tive, où la crise ne prof­it­erait à per­son­ne. Nous avons urgem­ment besoin d’une société social­iste, égal­i­taire, débar­rassée de l’exploitation. Sur cette voie où « l’émancipation des tra­vailleurs sera l’œuvre des tra­vailleurs eux-mêmes », ceux-ci auront besoin de la sci­ence, celle de la nature comme celle de la société, et non de sauveurs suprêmes ou d’illuminés por­teurs de pseu­do-révéla­tions. C’est pourquoi les pro­pa­gan­distes com­plo­tistes sont nos adver­saires et nous les com­bat­tons.

Pour aller plus loin, quelques autres textes :

Pour les per­son­nes qui veu­lent appro­fondir cer­tains aspects, nous pro­posons quelques lec­tures sup­plé­men­taires :

Sur Didi­er Raoult, la chloro­quine et la Covid19 :

Sur le phénomène Hold Up :

Sur les com­plo­tismes :

Sur la sci­ence :

42 commentaires

  1. Excel­lent texte, rien à rajouter. On pour­ra l’u­tilis­er abon­dam­ment et s’y référ­er encore dans les années qui vien­nent. Mer­ci beau­coup.

  2. Je ne suis pas d’ac­cord quand vous dites que le com­plo­tisme ne vise pas les insti­tu­tions qui ser­vent le cap­i­tal­isme, d’ailleurs juste après vous mon­trez l’in­verse en expli­quant qu’il cible Macron, fétichise et per­son­ni­fie le cap­i­tal.

    Vous soulignez très juste­ment que beau­coup d’en­tre­pris­es per­dent avec les mesures san­i­taires. Et que ce sont d’ailleurs des bour­geois, même si sou­vent petits, qui por­tent la con­tes­ta­tion con­tre ces dernières dans un esprit indi­vid­u­al­iste. Je pense qu’il faudrait aus­si pré­cis­er de deux choses l’une : pre­mière­ment que les gou­verne­ments sont les valets de la bour­geoisie de façon dialec­tique, ils n’ap­pliquent pas stricte­ment les mesures dont les cap­i­tal­istes rêvent pour leur prospérité. Ils ont des con­vic­tions, ils ont des intérêts pro­pres aus­si, ils ne sont pas entière­ment cyniques et machi­avéliques et peu­vent être sincères, et le sont prob­a­ble­ment, lorsqu’ils veu­lent éviter des morts. Vous le pré­cisez plus bas à pro­pos des médias.
    Deux­ième­ment, et c’est aus­si très impor­tant, la richesse des cap­i­tal­istes vient du TRAVAIL et unique­ment de lui. Même si beau­coup d’en­tre eux n’en ont pas tou­jours directe­ment con­science et veu­lent croire que c’est leur génie d’in­vestis­seur qui les rend rich­es, ils le sen­tent suff­isam­ment pour ne pas se lancer dans une entre­prise d’ex­ter­mi­na­tion des pro­lé­taires. La bour­geoisie a intérêt à avoir des ouvri­ers capa­bles de tra­vailler, une armée de réserve comme vous le dites fort juste­ment…
    Ceci dit je ne suis pas aus­si per­suadé que vous que la dis­tinc­tion sci­ence pro­lé­taire et sci­ence bour­geoise soit mau­vaise. Je pense que la sci­ence bour­geoise existe en tant que sci­ence qui com­par­ti­mente les savoirs en dis­ci­plines et inca­pables de vision glob­ale. Et qu’il faut y oppos­er une sci­ence qui assume ses con­séquences “philosophiques” : la sci­ence est intrin­sèque­ment matéri­al­iste donc Dieu n’ex­iste pas, pas besoin d’at­ten­dre de “preuve” de cette asser­tion, l’u­nivers forme une total­ité où tous les élé­ments sont inter­dépen­dants et donc liés car tous faits de matière. Il n’ex­iste pas de phénomène pou­vant ignor­er les influ­ences extérieures (et être étudié ain­si)…

    A part ces détails cet arti­cle est de salubrité pub­lic ! Comptez sur moi pour le relay­er et mer­ci à vous !

    En lien je vous pro­pose de (re)lire cet arti­cle du GARAP qui aujour­d’hui, mal­heureuse­ment, défend des thès­es com­plète­ment inverse : https://garap.org/communiques/communique35.php

    1. Bon­jour
      Pour com­mencer, je pré­cise que ne ne par­le ici qu’en mon nom pro­pre, et que ce que j’écris dans ce com­men­taire n’en­gage en rien les autres sig­nataires de ce texte.
      Sans répon­dre à tout, j’aimerais bien com­pren­dre ce que vous appelez la sci­ence bour­geoise (et, par con­tre­coup, la sci­ence pro­lé­tari­enne). Pour­riez-vous don­ner des exem­ples de con­nais­sances sci­en­tifiques rel­e­vant de l’une et de l’autre caté­gorie ?
      Ensuite, sur l’aspect plus poli­tique, peut-être nous sommes nous mal exprimés, mais il faut savoir ce qu’on entend par « vis­er les insti­tu­tions qui ser­vent le cap­i­tal­isme (…) cibler Mar­con, fétichis­er et per­son­ni­fi­er le cap­i­tal ». Marine Le Pen, par exem­ple, dont la rhé­torique pos­sède bien des points com­muns avec celle du com­plo­tisme, dénonce à longueur de phrase le gou­verne­ment Macron, ou les tares réelles ou sup­posées du cap­i­tal­isme inter­na­tion­al­isé. Dirait-on pour autant qu’elle « vise les insti­tu­tions qui ser­vent le cap­i­tal­isme » ? Je crois que ce ne serait pas juste, car elle ne les vise juste­ment pas au nom du fait qu’elles ser­vent le cap­i­tal­isme (et, par­fois, elle leur reproche pré­cisé­ment de ne pas le servir cor­recte­ment).
      Cor­diale­ment

    2. Bon­jour,

      Je pense qu’il serait plus juste de par­ler de théories sci­en­tifiques rel­e­vant de la sci­ence bour­geoise que de con­nais­sances. En ce sens je pense que dans les sci­ences humaines on en a un lot impor­tant. Tout ce qui met en avant un libre-arbi­tre. Dans d’autres com­men­taires nous par­lions d’Ho­mo Fab­u­lus et de sa théorie de l’o­rig­ine de la morale qui est pour moi indi­vid­u­al­iste et libérale et basée sur de la mod­éli­sa­tion infor­ma­tique : la morale (assim­ilée à l’équité, au com­porte­ment de partage) existe car à l’échelle indi­vidu­elle elle serait plus prof­itable en per­me­t­tant aux indi­vidus partageant équitable­ment les pro­duits d’une tâche col­lec­tive de trou­ver davan­tage de parte­naires pour tra­vailler. Je pense aus­si en socio du tra­vail aux théories de Crozi­er et Fried­berg.
      J’a­jouterais aus­si à mon sens la théorie quan­tique en tout cas la théorie du hasard fon­da­men­tal qui est pour moi com­plète­ment anti-matéri­al­iste et avant tout un aveu d’ig­no­rance bricolé afin de don­ner une théorie util­is­able. Je n’ap­pro­fondis pas car les car­ac­tères sont lim­ités.
      Pour ce qui est de Marine Le Pen je ne sais pas si on peut l’as­sim­i­l­er au com­plo­tisme mal­gré des sim­i­lar­ités rhé­toriques. Mais vous avez rai­son, il faut nuancer, il y a dif­férent niveau dans le com­plo­tisme. Mais pour moi il réside mal­gré tout sur un “ant­i­cap­i­tal­isme roman­tique” qui peut cibler le gou­verne­ment, l’é­tat ou même le Cap­i­tal mais évidem­ment dans un sens gal­vaudé loin du marx­isme avec le cap­i­tal­isme comme “Sys­tème organ­isé dans les mains d’une élite occulte aux intérêts fusion­nels face à un peu­ple abru­ti d’où sor­tent seule­ment quelques élus capa­bles de voir la Vérité et com­bat­tre pour une cause per­due tel des David con­tre Goliath”. Mais évidem­ment la ques­tion de la pro­priété privée et même dans une cer­taine mesure du salari­at est com­plète­ment évac­uée.

  3. Ah avec un Gue­vara ce stal­in­ien… bâil­lon­né.
    Bah oui quoi merde les “petits com­merçants” !
    C’est beau comme un pro­gramme politi­cien ce texte.
    Et que je m’achète du con­sen­sus avec des liens ou le pro­lé­tari­at a dis­paru où est inter­sec­tion­nal­isé.
    C’est une démarche typ­ique de raco­lage de foire genre fête de LO.
    La “bonne sci­ence” est une autre blague
    ue qui va décréter celle-ci le Par­ti ?

  4. Sur le reste rien à dire de mieux.La ratio­nal­ité seule arme du pro­lé­tari­at.
    Mais débaras­sons nous des Gue­vara et des par­tis d’abord !

  5. bon­jour
    pou­vez-vous nous éclair­er sur le fait que l’as­so­ci­a­tion Généra­tions Futures n’au­rait pas les com­pé­tences pour être inter­locu­teur val­able sur le sujet des pes­ti­cides ?

    1. Bon­jour
      On trou­vera aisé­ment sur inter­net quan­tité de cas où cette asso­ci­a­tion ne s’est pas par­ti­c­ulière­ment dis­tin­guée par la rigueur de ses raison­nements, par exem­ple :
      http://www.bunkerd.fr/chiffres-rassurants-rapport-flippant-la-methode-generations-futures/
      http://alerte-environnement.fr/2015/09/22/les-salades-de-generations-futures/
      Il n’est pas inin­téres­sant de remar­quer au pas­sage que ques­tion finance­ments, un lob­by peut en cacher un autre, et que les com­bats de Généra­tions Futures sont peut-être moins dés­in­téressés qu’ils ne voudraient le faire croire : https://www.agriculture-environnement.fr/2018/03/20/generations-futures-et-le-biobusiness-la-fabrique-de-la-peur-en-trois-actes.

    2. oul­la ! je viens d’aller faire un tour sur le site d’alerte-envi­ron­nement, dans la présen­ta­tion, cet extrait est édi­fi­ant :
      OGM inter­dits à la cul­ture mais autorisés à l’importation donc con­som­més en toute sécu­rité, con­t­a­m­i­na­tion aux pes­ti­cides alors que l’espérance de vie ne cesse de croître sans oubli­er le dén­i­gre­ment de l’énergie nucléaire pour­tant utile pour y voir clair… Il y a urgence à offrir un autre regard sur ces sujets. L’enjeu est d’autant plus impor­tant que les excès des mil­i­tants écol­o­gistes sont nocifs au respect de l’environnement lui-même et freinent l’activité économique.
      Un site anti-éco­lo très “cap­i­tal­iste-com­pat­i­ble” … pas une référence !
      mais c’est encore pire avec le site Agriculture-environnement,encore un extrait qui résume bien son esprit :
      La posi­tion courageuse de Julien Denor­mandie sur le dossier très sym­bol­ique des néon­i­coti­noïdes a tout naturelle­ment sus­cité un vif espoir chez toutes celles et tout ceux qui refusent d’opposer écolo­gie raisonnable et réal­ités économiques. Preuve qu’on peut par­faite­ment écon­duire les incan­ta­tions idéologiques des écol­o­gistes techno­phobes et décrois­sants, sans provo­quer pour autant une chute de pop­u­lar­ité dans les sondages. Bien au con­traire ! .…
      Le site est cer­taine­ment plus proche de la FNSEA que de la con­fédéra­tion paysanne ..
      En bref : Il faut tou­jours pass­er un petit moment sur un site avant d’en pro­pos­er la lec­ture d’un arti­cle .…mais si il va dans le sens qui nous plait !
      cor­diale­ment

    3. Ce début d’échange est assez révéla­teur de la manière dont une par­tie impor­tante de la gauche dis­cute aujour­d’hui de la réal­ité : les faits et les débats sci­en­tifiques sont ignorés, au prof­it de la seule dis­cus­sion sur les inten­tions et les posi­tion­nements poli­tiques sup­posés des uns et des autres. Un peu comme si dans un procès, on se moquait éper­du­ment du dossier d’en­quête, et que l’on cher­chait à fonder le ver­dict sur la seule base de la moral­ité com­parée du pro­cureur et de l’av­o­cat.
      C’est entre autres ce type de dévi­a­tions que notre texte entend point­er du doigt.

    4. oui, mais ces deux sites sont claire­ment réac­tion­naire, le fait que Généra­tions Futures reçoive des sub­ven­tions privées et claire­ment affiché sur leur site, avec la liste des dona­teurs. Il facile de faire un mon­tage avec le logo des firmes et au cen­tre Généra­tions Futures. Que cette asso­ci­a­tion serve les intérêts des entre­pris­es du bio, c’est évi­dent, comme toute asso­ci­a­tion éco­lo, bref,ce n’est pas une révéla­tion … mais prenez le temps de vis­iter les sites de alerte-envi­ron­nement et Agri­cul­ture-envi­ron­nement, des gens char­mant ! cela me rap­pel les sites anti-éoli­ennes qui, sous cou­vert de sauve­g­arde de l’en­vi­ron­nement et du paysage sont des pro-nucléaire masqués ( et sub­ven­tion­nés par G d’Es­taing !!)

    5. Voilà, c’est ce que je dis. Savoir si cette his­toire, par exem­ple, d’analyse d’urines repose sur une démarche sci­en­tifique ou si c’est un non-sens ne vous intéresse pas. Vous n’avez d’yeux que pour les inten­tions sup­posées des uns et des autres.

    6. Et au pas­sage, pour autant que mes com­pé­tences me per­me­t­tent d’avoir une opin­ion, j’ai la nette impres­sion que le nucléaire est cent fois plus éco­lo que les éoli­ennes. Et croyez-le ou non, je ne suis pas sub­ven­tion­né par Gis­card.

    7. je n’ai pas évo­qué cette étude assez bidon sur l’analyse d’urine, en effet, c’est un non-sens puisque ce qui sort ne reste pas dans le corps ! c’est bien dom­mage de faire ce genre de buzz sur une étude pareille. OK, Sinon, le nucléaire 100 fois plus éco­lo que les éoli­ennes ? vous êtes sérieux ? Mines d’u­ra­ni­um, guer­res colo­niales, stock­age des déchets, lien avec l’arme­ment, dan­ger extrême ( 3 acci­dents majeures dans le monde en 60 ans a qui le tour ? ). Le lob­by pro-nuk est vrai­ment très fort, il influ­ence même les esprits éclairés !

    8. Ah ! j’avais par­ié que vous alliez me pro­pos­er un laius de jean-marc J ! per­son­nage intéres­sant mais qui n’est pas objec­tif, il tri­t­ures les don­nées avec un seul but ; Arriv­er au résul­tat qui l’intéresse, c’est a dire ren­dre le nucléaire incon­tourn­able, ce n’est pas très sci­en­tifique comme démarche.… Ci joint, un lien de l’A­DEM sur le 100% renou­ve­lable, il y a même l” étude a télécharg­er, je l’ai lu ( c’est mon dada les ER)
      https://www.ademe.fr/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations
      bonne soirée
      pas­cal

    9. On va s’ar­rêter là, car cette dis­cus­sion sort du pro­pos de ce blog en général, mais aus­si de notre bil­let. Sachez juste (mais j’imag­ine que je ne vous apprends rien) que la rigueur de la démon­stra­tion de l’ADEME a été fort con­testée, par exem­ple par Sylvestre Huet, un jour­nal­iste que j’ai rarement pris en fla­grant délit de racon­ter des bêtis­es sur ces sujets (https://www.lemonde.fr/blog/huet/2019/01/31/le-plan-tout-renouvelable-de-lademe-conteste/).
      Encore une fois, le nucléaire, les pes­ti­cides ou les OGM ne sont pas mes domaines d’é­tude, et je ne crois pas faire injure à ceux qui ont rédigé ce texte avec moi en dis­ant qu’au­cun de nous ne peut se pré­val­oir d’être un expert. Dans une société débar­rassée de la con­cur­rence économique et de la course au prof­it, j’imag­ine que des débats pas­sion­nés con­tin­ueront d’agiter la pop­u­la­tion sur ces choix tech­niques, et que les plus grands sci­en­tifiques auront à cœur de con­va­in­cre l’opin­ion sur la base de leurs con­nais­sances du moment.
      Mais juste­ment, c’est là le sens de notre bil­let : si la sci­ence ne résout cer­taine­ment pas les désac­cords, elle éclaire les choix. Et ceux qui pré­ten­dent faire de bons choix en éteignant l’am­poule ne pré­par­ent que plaies et boss­es à l’hu­man­ité. Et de ce point de vue, l’at­ti­tude de tout une par­tie du mou­ve­ment dit écol­o­giste, sous cou­vert d’an­t­i­cap­i­tal­isme, n’est tout bon­nement anti-sci­ence, et aboutit à des croy­ances crass­es, par exem­ple sur les sujets médi­caux en général, et sur celui de la vac­ci­na­tion en par­ti­c­uli­er.
      On ne com­bat­tra pas effi­cace­ment un ratio­nal­isme biaisé par le prof­it en revendi­quant le droit à l’ir­ra­tionnel : voilà ce que que nous avons voulu dire. Ni plus, ni moins.
      Bien à vous.

  6. “Didi­er Raoult sait où détourn­er les regards et désign­er comme prin­ci­paux respon­s­ables du naufrage san­i­taire dans sa ville… les juifs et les roms.”
    Tout votre texte me con­vient plu­tot MAIS D’ou sortez vous cette référence de Raoult qua­si anti sémite???

  7. Je suis une “raoul­ti­enne fana­tisee’ aus­si, entre deux man­i­fs ant­i­cap­i­tal­istes, si j’ai le moin­dre symp­tôme, je ne resterai pas chez moi avec du Doliprane et je me pré­cip­it­erai me faire soign­er à l IHU. Je me fiche en tant que malade des opin­ions poli­tiques de Raoult, et je trou­ve scan­daleux que l hydrachloro­quine soit inter­dite à la vente et que vous ne vous demandiez pas pourquoi.

    1. Si je peux me per­me­t­tre, allez plutôt à Lour­des. C’est gra­tu­it, autorisé, et toutes les preuves disponibles indiquent que le béné­fice médi­cal n’est pas inférieur à celui de l’hy­doxy­chloro­quine.

    2. Peut-être. Vous avez le droit de vous soign­er avec du Doliprane, mais je ne vous dénie le droit de m’empêcher de préfér­er le pro­to­cole Raoult (Je ne perdrai pas mon temps à chercher les comptes-ren­dus sci­en­tifiques que vous pou­vez trou­ver facile­ment qui mon­trent son effi­cac­ité rel­a­tive, au moins les pre­miers jours de la mal­adie pour éviter qu’elle s’aggrave. L’IHU n’est pas une officine de sor­cel­lerie, allez donc sur son site)

    3. Vous pou­vez préférez ce que vous voulez, le pro­to­cole Raoult, la bave de cra­paud ou la poudre de per­limp­in­pin, et je ne vois pas com­ment je pour­rais vous en empêch­er, même si j’en avais envie. Quant aux preuves sur lesquelles s’ap­puie cette croy­ance, je ne sais pas si vous ignorez qu’elles sont inex­is­tantes ou que vous n’avez pas envie de le savoir, mais toute la foi du monde n’y chang­era rien.

    4. L’hy­drox­y­chloro­quine est inter­dite à la vente parce que 1) des gens ont abusé à en pren­dre n’im­porte com­ment en se foutant des preuves et pro­to­coles sci­en­tifiques. 2) il y a des effets sec­ondaires pou­vant être graves. 3) ça ne guérit pas de la covid 19.
      Vous avez l’air bien au courant de pourquoi la chloro­quine est inter­dite à la vente et ça n’a pas l’air d’être pour la san­té de la pop­u­la­tion. Pou­vez-vous me dire aus­si pourquoi la coke est inter­dite à la vente ? C’est sans doute qu’elle soigne une mal­adie qui rap­porte, mais laque­lle ?

    5. “voici une syn­thèse d’où il ressort que, à la date du 17 sep­tem­bre 2020, la qua­si-total­ité des agences san­i­taires recom­mande de ne pas utilis­er l’hydroxychloroquine dans la prise en charge des malades de la Covid-19.”

      Hydrox­y­chloro­quine : les recom­man­da­tions des agences san­i­taires et sociétés savantes dans le monde
      https://www.afis.org/spip.php?article4506

  8. Je souscris large­ment au fond du texte. Mais que votre pre­mier lien ren­voie vers la chaîne YouTube “La tronche en bais” suf­fi­rait presque à dis­créditer le sérieux dont vous vous revendiquez (ce à quoi s’a­joutent cer­tains sous pro­pos dis­séminés dans le texte : typ­ique­ment qual­i­fi­er les attaques de M. Robin con­tre Mon­san­to de “con­spir­a­tionnistes” -> peut être sont-elles approx­i­ma­tives, mais de là à par­ler de con­spir­a­tionnisme …). Glob­ale­ment, le mou­ve­ment zété­tique sur le net (dont fait par­tie “La Troche En Biais”) est à la ratio­nal­ité ce que Michel Onfray est à la philoso­phie : dans le flot inin­ter­rompu d’ap­prox­i­ma­tions, d’au­to­con­grat­u­la­tions et de ten­ta­tives de préempter le débat, des fois ils tombent juste. D’autres fois non, comme quand ils ten­tent par tous les moyens de réha­biliter l’im­age de l’a­gro-indus­trie en flinguant l’a­gri­cul­ture bio etc.

    1. Marie Monique-Robin, à plusieurs repris­es, a racon­té n’im­porte quoi (pour ne pas dire qu’elle a franche­ment bidon­né cer­tains reportages). À ma con­nais­sance, ce n’est pas le cas de la Tronche en Biais. Quant au débat sur l’a­gri­cul­ture, il est évidem­ment indis­pens­able. Mais il doit être mené avec des faits et des argu­ments, et non avec une invo­ca­tion mag­ique à la nature qui ferait (par exem­ple et entre autres) que les pes­ti­cides employés par le bio seraient par essence moins nocifs que les pes­ti­cides de syn­thèse.

    2. “Des fois ils tombent juste. D’autres fois non” ? Pour­rait-on avoir des cas pré­cis d’er­reurs avérées et répétées, qui jus­ti­fient cette esti­ma­tion moit’-moit’ en lieu et place d’un procès d’in­ten­tion sur l’a­gro-busi­ness ? Du reste, le mou­ve­ment zété­tique ne pré­tend pas se sub­stituer aux sci­en­tifiques spé­cial­istes et par con­séquent for­muler des pronos­tics plus justes mais répan­dre des méth­odes de raison­nement qui min­imisent le risque d’er­reur et c’est là-dessus qu’on doit essen­tielle­ment le juger, ce qui le place dans une autre galax­ie qu’On­fray qui peut se vautr­er récem­ment dans l’ar­gu­ment d’ig­no­rance à la sauce quan­tique, entre autres mille exem­ples de raison­nements fal­lac­i­eux pour lui et les autres, aux antipodes de tous ceux qui comme lui n’ont aucune préven­tion voire aucun com­plexe à recourir à un sophisme ou un men­songe, fut-ce Marie-Monique Robin.

  9. Bon­jour
    Un arti­cle au ton sim­i­laire par la ten­dance (est ce encore le mot?)Démocratie Révo­lu­tion­naire du NPA. Le développe­ment de l’ar­gu­men­ta­tion n’est pas exacte­ment sim­i­laire mais cela mon­tre bien que toute la gauche ne tombe pas dans le piège !
    http://npa-dr.org/index.php/archive-de-la-lettre/9‑article-lettre/507-hold-up-sur-les-consciences-contre-les-manipulations-complotistes-et-obscurantistes-la-lucidite-de-la-lutte-de-classe-democratique

    Bonnes vacances

  10. Avatar de Inconnu
    Kairos-Palestine n°2

    Faut-il rap­pel­er que le Prof. D. Raoult est recon­nu au niveau inter­na­tion­al pour sa com­pé­tence sci­en­tifique en infec­ti­olo­gie et se trou­ve à la tête de l’institut IHU à Mar­seille de 700 per­son­nes. Le traite­ment pré­coce pré­con­isé par l’IHU a con­duit à un taux de mor­tal­ité se situ­ant entre 0,5 et 1,0 pour mille et 80 % des patients décédés avaient une espérance de vie inférieure à un an. La charge con­tre D. Raoult se base sur un texte de la Frac­tion L’Étincellle (24 mars 2020) qui analyse les pre­miers résul­tats posi­tifs, « l’étude de l’IHU Mar­seille porte sur seule­ment 24 patients ». Les auteurs auraient pu actu­alis­er en novem­bre 2020 leurs références bib­li­ographiques ! On peut pass­er sur les petites faib­less­es, mais pas sur les men­songes (Ah ! Pinoc­chio!) : le pro­to­cole hydrox­y­chloro­quine (HCQ) est « pro­mu comme remède mir­a­cle », on peut deman­der aux auteurs d’où ils tien­nent une telle affir­ma­tion qui n’a jamais été pronon­cée par l’intéressé. Par con­tre, on peut raisonnable­ment s’interroger sur l’étude bidon et fausse pub­liée par le Jour­nal The Lancet en mai 2020 qui fut à l’origine du décret du min­istre Véran inter­dis­ant la pre­scrip­tion de cette molécule par les médecins général­istes. Si l’étude fut retirée du jour­nal médi­cal deux semaines plus tard, l’interdiction de pre­scrip­tion demeure.
    Les don­nées sta­tis­tiques com­para­nt les taux de décès relat­ifs aux cas de Covid con­fir­més (tirées des don­nées du jour­nal Le Monde), selon les pays util­isant ou non le traite­ment à l’HCQ, peu­vent inter­roger. Tout sem­blerait indi­quer que les taux de mor­tal­ité dans les pays qui ont recours à l’HCQ pour le traite­ment du Covid-19 à un stade pré­coce sem­blent être très inférieurs aux taux de mor­tal­ité dans les pays qui découra­gent l’utilisation de cette molécule. Il est quand même intéres­sant de com­par­er les taux de décès dans la pénin­sule ibérique, entre l’Espagne (taux de mor­tal­ité de 3,2 %, non traite­ment HCQ) et le Por­tu­gal (taux de mor­tal­ité de 1,9 %, traite­ment HCQ).
    Les autorités san­i­taires ont mis ensuite en avant l’espoir d’un nou­veau traite­ment antivi­ral, avec le remdé­sivir pro­duit par le Lab­o­ra­toire Gilead. Ceci se traduit par la mise sur le marché d’un pro­duit cher (en gros 2 000 € le traite­ment), non effi­cace dont l’OMS a décon­seil­lé l’usage soulig­nant « la pos­si­bil­ité d’importants effets sec­ondaires », mais la Com­mis­sion européenne a passé com­mande pour 3 mil­lions de dos­es en octo­bre. Au final, le remdé­sivir est tou­jours main­tenu, l’HCQ reste cloué au pilori. Est-ce vrai­ment du com­plo­tisme de pos­er la ques­tion pourquoi ? Sans doute serait-il judi­cieux d’explorer les con­flits d’intérêts et les con­clu­sions qui s’en découlent sur l’intérêt ou non de l’usage du remdé­sivir et l’efficacité ou non du traite­ment avec l’HCQ.
    Mais la grande sur­prise de ce texte est son obses­sion anti­sémite. Il faudrait en con­naître les raisons. J’en ai recen­sé dix que l’on peut aisé­ment retrou­ver dans le corps du texte. On peut en citer deux : « Didi­er Raoult sait où détourn­er les regards et désign­er comme prin­ci­paux respon­s­ables du naufrage san­i­taire dans sa ville les juifs et les roms » ; ” la mou­vance com­plo­tiste est large­ment per­méable aux thé­ma­tiques anti­sémites »
    Ne seriez-vous pas, révo­lu­tion­naires auto-proclamés, en train de per­dre la main dans le com­bat poli­tique actuel ? Après les « Gilets jaunes » sur­gis de nulle part et de partout, issus des class­es pop­u­laires et exploitées, et non de votre scène poli­tique, vous vous en prenez à présent à des per­son­nes non issues de vos rangs mil­i­tants qui inter­pel­lent sur la ges­tion de la crise du Covid-19, et vous faites cette fois alliance avec le pou­voir actuel, en les affublant non seule­ment du terme de « com­plo­tistes » mais égale­ment (du moins implicite­ment, ce qui dénote de la bassesse du pro­pos) d’orientations « anti­sémites ». Honte à vous !

    1. Avatar de Inconnu
      Kairos-Palestine n°2

      Mon com­men­taire est affublé du terme “unknown”, ce qui n’est pas dans ma cul­ture per­son­nelle. Donc je signe : Michel Marc­hand de Mar­seille. Eh oui, mais je ne con­nais pas D. Raoult et n’ai aucun con­flit d’in­térêt avec l’I­HU.

    2. Cher Anonyme
      Je ne sais pas si vous croyez réelle­ment ou non à la kyrielle de con­tre-vérités que vous avez écrites. Mais qu’il soit Tartuffe ou vrai dévôt, le croy­ant con­tribue à faire pren­dre les vessies pop­ulistes pour des lanternes éclairant le peu­ple.

    3. Avatar de Inconnu
      Kairos-Palestine n°2

      Cher Mon­sieur, je ne suis pas un anonyme ayant décliné mon iden­tité et mon lieu de vie à Mar­seille. La kyrielle de con­tre vérités que j’au­rais écrites sont en fait pris­es dans la lec­ture du texte de votre blog : HCQ pro­mu comme médica­ment mir­a­cle, la référence au texte d’Ét­in­celle (étude qui porte sur 24 patients) et votre obses­sion anti­sémite (com­plo­tiste = anti­sémite). J’en tire effec­tive­ment des con­clu­sions que vous ne pou­vez partagez. Vous citez Molière, je ne pour­rai en retour que vous incitez à relire Mon­taigne qui inci­tait à penser con­tre soi-même, mais ceci risque de vous être impos­si­ble lorsque la vérité révo­lu­tion­naire est chevil­lée en vous non plus comme une con­vic­tion mais comme un boulet. Bonne année quand même. Michel

    4. Bien sûr que le com­plo­tisme est intrin­sèque­ment lié ET au fas­cisme ET à l’an­tisémitisme. Le com­plo­tisme est plus ou moins la forme de base de la con­tes­ta­tion fas­ciste. Je ne peux par­ler pour l’au­teur de ce blog, mais être révo­lu­tion­naire ce n’est pas accepter de façon irréfléchie et pop­uliste n’im­porte quel soulève­ment (ou sim­u­lacre de révolte) provenant de per­son­nes iden­ti­fiées (à tort ou à rai­son) au peu­ple. Les boulangistes étaient-ils révo­lu­tion­naires ? Les ligues fas­cistes ? Céline ?
      Per­son­nelle­ment je n’ai aucun prob­lème à dire que le soulève­ment des ban­lieues français­es de 2005, bien que non suivi voir rail­lé par la plu­part des organ­i­sa­tions à pré­ten­tion “révo­lu­tion­naire” était, pour le coup, un véri­ta­ble coup d’é­clat pro­lé­tarien et au poten­tiel révo­lu­tion­naire. Ceci dit c’est faux pour les gilets jaunes (dont une bonne par­tie était, sinon des chefs d’en­tre­prise, totale­ment inféodée à leur idéolo­gie avec du com­plo­tisme, de l’an­ti­taxe, une focal­i­sa­tion sur Macron comme tête de turc sans aucune remise en ques­tion de la pro­priété privée ni du cap­i­tal­isme en général, puis s’est noyée dans des illu­sions pseu­do-démoc­ra­tiques ven­dues par des gens peu recom­mand­ables (Chouard par exem­ple qui a con­nu un nou­v­el élan de notoriété).).
      Comme vous devez le savoir, il est aisé d’énon­cer des con­tre-vérités ou semi-vérités il est bien plus long de les réfuter. Alors je me con­tenterai de tit­iller la fibre com­plo­tiste en vous deman­dant pourquoi l’im­mense majorité des chercheurs en médecine et épidémi­olo­gie, cer­tains avec des répu­ta­tions inter­na­tionales (non usurpées par le fait de met­tre son nom à des pub­li­ca­tions pas même feuil­letées) sont opposées à Didi­er Raoult ? Con­spir­a­tion ? Parce qu’il vient de Mar­seille et eux de Paris ?

  11. Pour ceux qui lisent en retard, la polémique est close : Raoult avait tort, près de 17000 morts directes ou indi­rectes à l’ac­t­if de l’hy­drox­y­chloro­quine…

  12. Il faut être très,très patient mais on arrive tou­jours à savoir.
    Oui le Pro­fesseur Raoul avait entière­ment tort.
    Coût de l’erreur :17000 morts.
    Mais aucun com­men­taire de la « raoul­ti­enne fanatisée « 
    Aucune amende hon­or­able.
    C’est cela qui m’insupporte le plus dans les débats.
    La fuite,la mau­vaise foi une fois la vérité révélée.
    Sans ver­gogne.
    Affligeant.

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