Un entretien dans Hors-Série

Dans le cadre des émis­sions du site Hors-Série (acces­si­bles sur abon­nement), j’é­tais l’autre jour l’in­vité de Judith Bernard, autour de mon Com­mu­nisme prim­i­tif…. L’oc­ca­sion de revenir sur ce que l’on sait aujour­d’hui de l’évo­lu­tion et de la préhis­toire des rap­ports de genre, et de pro­pos­er un raison­nement marx­iste renou­velé pour en ren­dre compte.

4 commentaires

  1. Bon­jour, j’ai écouté cette émis­sion avec un très très grand intérêt ! Mer­ci pour toutes ces réflex­ions !

    Cepen­dant , une ques­tion me brûle les lèvres : quid des tran­si­d­en­tités ? A l’heure où , comme vous le dites, l’ob­jec­tif final , c’est d’en finir avec le genre, on a l’im­pres­sion dans votre entre­tien, qu’en sous texte, femme = vul­ve et homme = pénis.
    Dimanche 5 mai, il y a eu des man­i­fes­ta­tions partout en France con­tre l’of­fen­sive trans­pho­be que l’on observe. Per­so, j’é­tais à Mar­seille. Une des per­son­nes qui a pris la parole a dit : le fémin­isme sera un trans­fémin­isme , ou ne sera pas. C’est une for­mule un peu à la hache, mais je crois bien qu’elle a rai­son. Sans cette rad­i­cal­ité, qui con­siste à dis­soci­er vrai­ment , en toutes occa­sions, le biologique du genre, et à ne jamais oubli­er la sit­u­a­tion des per­son­nes trans, je pense qu’on s’en sor­ti­ra pas… même nous , les per­son­nes cis.
    Je ne dis pas que c’est facile… moi-même (je suis mère de 2 per­son­nes trans, dont j’es­saie pro­gres­sive­ment d’être une alliée cor­recte), j’ai si sou­vent ten­dance à assim­i­l­er les femmes aux per­son­nes ayant un utérus. Cepen­dant je suis con­va­in­cue que les per­son­nes trans ont tant à nous appren­dre. Par exem­ple, oui, y com­pris matérielle­ment , les femmes trans sont pleine­ment des femmes .

    Une autre petite réflex­ion, en référence au début de l’émis­sion où Judith Bernard vous pose la ques­tion de votre posi­tion­nement d’homme (cis­genre). Je pré­cise que je suis mère de 2 per­son­nes trans, car il me sem­ble , que “Tout savoir est situé”. Je poste ce com­men­taire après avoir eu des dis­cus­sions fort argu­men­tées, avoir débat­tu et ten­ter de réfléchir à ce sujet aus­si rationnelle­ment que pos­si­ble. Il n’empêche, que mon expéri­ence per­son­nelle leur a évidem­ment don­né une acuité par­ti­c­ulière. A la ques­tion de Judith Bernard, vous répon­dez que la démarche sci­en­tifique doit per­me­t­tre de s’in­téress­er à tous les sujets, quelque soit notre posi­tion dans la société. Cela me parait assez juste, à la con­di­tion toute­fois , de recon­naître que la neu­tral­ité rationnelle est une sorte d’i­nac­ces­si­ble étoile. Dans notre façon de penser, il me sem­ble qu’il y a à la fois de la logique et de l’argumentation théorique , mais aus­si des expéri­ences, des affects, des intérêts , des incli­naisons … Si bien que c’est en s’in­ter­ro­geant , de façon con­tinu, sur ces pro­pres biais, que l’on peut ten­ter de s’en émanciper. J’enfonce sans doute une porte ouverte, mais votre intro­duc­tion m’a un peu sur­prise et lais­sé un poil sur ma faim ; )
    Encore mer­ci en tout cas pour cet entre­tien !

    1. L’affirmation selon laque­lle « le fémin­isme sera un trans­fémin­isme , ou ne sera pas » est à la mode dans les milieux fémin­istes, mais je me demande sur quelles don­nées cette affir­ma­tion se base ?

      Per­so, je trou­ve au con­traire que les 2 prin­ci­pales reven­di­ca­tions fémin­istes sont plutôt en lien avec la spé­ci­ficité repro­duc­tive des corps féminins :
      — Les iné­gal­ités de salaire entre hommes et femmes trou­vent une bonne par­tie de leur expli­ca­tion dans la mater­nité. Ce que je retiens des études en socio, c’est qu’a­vant une pre­mière expéri­ence de mater­nité, ça va à peu près ; après le 1er enfant, le nom­bre d’heures tra­vail­lées des femmes et leur pro­gres­sion salar­i­ale se réduisent. Du coup c’est le prin­ci­pal frein à l’égalité pro­fes­sion­nelle entre les femmes et les hommes, tel qu’i­den­ti­fié par l’INED. Les femmes trans n’ayant pas d’utérus ne sont donc pas con­cernées.
      — L’accès à la con­tra­cep­tion, à l’IVG ne con­cer­nent pas, de fait, les femmes trans n’ayant pas d’utérus (mais peu con­cern­er des hommes trans n’ayant fait qu’une tran­si­tion sociale, même si a pri­ori le nom­bre « d’hommes enceints » est sta­tis­tique­ment insignifi­ant mal­gré les débats médi­a­tiques et poli­tiques vir­u­lents qu’il provoque).

      La ques­tion des vio­lences con­ju­gales se posent un peu dif­férem­ment, mais je dois dire que les études en socio sur le sujet ont le gros biais de n’interroger que les femmes cis hétéro­sex­uelles. De fait, en France on manque cru­elle­ment de don­nées étayées pour con­naitre avec pré­ci­sion le nom­bre d’hommes hétéro­sex­uels vic­times, ain­si que le nom­bre de vic­times dans les cou­ples gays et les­bi­ens, idem pour les per­son­nes trans.

      A l’inverse, les femmes trans me sem­blent subir des dis­crim­i­na­tions et des dif­fi­cultés spé­ci­fiques que ne con­nais­sent pas les femmes cis.

      Aus­si, je ne com­prends pas pourquoi on ne pour­rait pas lut­ter à la fois pour une vie plus facile pour les per­son­nes trans ET pour les reven­di­ca­tions des femmes cis sans avoir à invo­quer une improb­a­ble théorie selon laque­lle le fémin­isme doit être un trans­fémin­isme.

      Enfin, j’ajoute que le con­cept de « genre » en socio-antrhopo a une longue his­toire der­rière lui et que la col­oration qu’a pris ce mot dans les milieux mil­i­tants est assez dif­férente de celle clas­sique­ment util­isée en sci­ences sociales. Là où la socio étu­di­ait la « con­struc­tion sociale » des masculinités/​féminités, vari­able selon les épo­ques et les lieux, et les modal­ités des rap­ports entre les hommes et les femmes (le genre n’est donc pas quelque chose que l’on peut choisir, au même titre que sa classe sociale par ex), les mou­ve­ments mil­i­tants en ont fait quelque chose d’individuel et iden­ti­taire : cha­cun a un genre, con­forme ou non avec son sexe biologique.

      Pourquoi pas en soi, mais l’utilisation d’un même mot pour des sig­ni­fi­ca­tions très dif­férente apporte à mon sens beau­coup de con­fu­sion car on ne sait jamais bien de quoi l’on par­le (si on ajoute en plus que le mot genre est de plus en plus employé à la place du mot sexe, alors c’est défini­tive­ment con­fus). Il faudrait tou­jours dis­tinguer le genre (soci­olo­gie) de l’identité de genre (ressen­ti per­son­nel) pour que ce soit plus clair, et bien évidem­ment du sexe (biologique).

    2. Sinon, pour la ques­tion pre­mière qui est « quid des tran­si­d­en­tités ? » en lien avec la préhis­toire et l’histoire des rap­ports de genre, je dirais que la grosse dif­fi­culté est que les iden­tités de genre ne lais­sent pas, ou très peu, de traces matérielles.

      Par exem­ple on sait que de nom­breuses sociétés natives améri­caines pré-colom­bi­ennes con­nais­saient le phénomène des « berdaches » (par­fois appelés « two spir­it »), qu’on pour­rait rap­procher des per­son­nes trans­gen­res actuelles (même s’il y a d’énormes dif­férences entre les deux).

      On le sait parce que des Européens les ont côtoyés et nous on lais­sé des traces écrites, et aus­si parce que les descen­dants de ces peu­ples amérin­di­ens ont gardé une mémoire de ça. Si on avait du se baser unique­ment sur l’archéologie, on aurait prob­a­ble­ment tout ignoré de ce phénomène.

      Pour la préhis­toire, seule l’archéologie peut nous ren­seign­er, et elle est bien peu out­il­lée pour répon­dre à ces ques­tions sur l’identité de genre des indi­vidus ayant vécus il y a plusieurs mil­lé­naires…

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