Une recension du Profit déchiffré par Jean-Paul Petit

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…parue dans la revue L’An­t­i­cap­i­tal­iste n°76. Ce compte-ren­du, détail­lé et glob­ale­ment très posi­tif, sus­cite en moi un regret et une incom­préhen­sion.

Le regret porte sur la ques­tion dite de la « cir­cu­la­tion », où Jean-Paul Petit dis­cute mes expli­ca­tions (qui se veu­lent restituer fidèle­ment le raison­nement de Marx) en évo­quant notam­ment les prob­lèmes que soulève la ques­tion du trans­port. À la relec­ture – du compte-ren­du et de mon livre – je me dis que j’ai raté une bonne occa­sion d’en­fon­cer un clou pour­tant sail­lant, et sur lequel beau­coup de marx­istes ont déchiré leur manche : la cir­cu­la­tion n’est pas le trans­port, et le trans­port n’est pas la cir­cu­la­tion. Les deux phénomènes n’ont même pour ain­si dire rien à voir.
Ce que Marx entend par cir­cu­la­tion est un phénomène pure­ment éco­nom­i­co-social : c’est le change­ment de forme de la valeur. En ter­mes plus sim­ples, c’est un achat et une vente, c’est-à-dire un trans­fert de droits de pro­priétés (sur une marchan­dise matérielle ou immatérielle). Cette cir­cu­la­tion n’a donc rien à voir avec celle des auto­mo­biles ou celle des trains, qui est un déplace­ment physique, une « mod­i­fi­ca­tion [de la] déter­mi­na­tion spa­tiale » des biens, ain­si que l’écrit Marx dans une phrase que je cite p. 119. Pour être bien clair : lorsque que je cir­cule avec ma voiture (et même si c’est con­tre un paiement, parce que je fais le taxi) cela n’a rien à voir avec la cir­cu­la­tion des marchan­dis­es dont par­le Marx. En revanche, lorsque je vends ma voiture, fût-elle garée au park­ing depuis trois mois, c’est un phénomène de cir­cu­la­tion.
Le trans­port ne pose donc aucun prob­lème spé­ci­fique du point de vue de la théorie de la valeur, et je ne crois pas qu’on puisse, ain­si que l’écrit mon cri­tique « hésiter » sur son statut de ce point de vue : il fait par­tie de la pro­duc­tion, au même titre que la fab­ri­ca­tion pro­pre­ment dite (qui exige tou­jours le trans­port d’un cer­tain nom­bre d’élé­ments !), ou que la con­cep­tion, les essais, etc. Et c’est bien ce qu’il­lus­tre, je crois, la phrase de Marx à laque­lle je fai­sais allu­sion. Quant aux raisons pour lesquelles le tra­vail de cir­cu­la­tion pro­pre­ment dit ne crée pas de valeur, je crois les détailler tout au long des pages 127–130, puis 134–138.
J’ai com­mencé ce bil­let en dis­ant qu’en plus de ce regret, je nour­ris­sais une incom­préhen­sion. Con­clu­ant sa dis­cus­sion de mon essai sur le tra­vail pro­duc­tif, J.-P. Petit écrit en effet : « Il y aurait égale­ment à pren­dre en con­sid­éra­tion les travaux de Jean-Marie Har­ribey sur tra­vail pro­duc­tif et ser­vices publics. » Or, cette prise en con­sid­éra­tion est l’u­nique sujet de l’an­nexe qui fig­ure aux pages 156–162, inti­t­ulée Les fonc­tion­naires, pro­duc­tifs de revenu ? J’avoue donc une cer­taine per­plex­ité.
Quoi qu’il en soit, je remer­cie J.-P. Petit pour l’at­ten­tion qu’il a porté à mon tra­vail et, qui sait, pour le débat que cet échange sus­cit­era…

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