« Que sait-on de l’origine des inégalités de richesse ? » : la vidéo en ligne

On peut vision­ner la con­férence que j’ai don­née en ligne pour l’Uni­ver­sité Pop­u­laire de Philoso­phie le 1er mai dernier, suiv­ie des répons­es aux (nom­breuses) ques­tions qui m’ont été posées par les inter­nautes qui la suiv­aient en direct. Le tout mal­gré les efforts acharnés d’une boule de poils qui avait décidé d’at­ta­quer son reflet dans la glace afin de me faire per­dre le fil.
Le lien vers la vidéo (face­book)
Le lien vers la vidéo (youtube)

32 commentaires

  1. Bon­jour mon­sieur,

    Je vous remer­cie d’avoir pub­lié cette vidéo. C’est très agréable de pou­voir écouter plutôt que lire après une journée de tra­vail passée der­rière un pc.

    En vous écoutant je me suis demandé pourquoi ne pas penser que les sociétés sans iné­gal­ités de richess­es le sont resté parce que les indi­vidus qui les com­posent voulaient qu’il en soit ain­si ?

    De manière plus large, pourquoi ne pas penser qu’ils aient refusé con­sciem­ment les pra­tiques, les tech­niques, l’organisation sociale qui con­duiraient à la sépa­ra­tion entre ceux qui ordon­nent et ceux qui exé­cu­tent, entre ceux dont le tra­vail est aliéné et ceux qui exploitent une par­tie du tra­vail des autres ? Pourquoi ne pas penser qu’ils aient refusé con­sciem­ment que cer­tains d’en­tre eux s’ap­pro­prient quoi que ce soit qui pour­rait leur don­ner un pou­voir sur les autres ? Pourquoi ne pas penser qu’ils aient refusé con­sciem­ment que leur société fasse de cer­tains de leurs sem­blables des proies et d’autres des pré­da­teurs ?

    C’é­tait si j’ai bien com­pris la thèse de P. Clas­tre. Mais c’est une thèse plus idéal­iste que matéri­al­iste. Qu’en pensez-vous ?

    Cor­diale­ment

    Poromb

    1. Bon­jour

      En fait, vous avez vous-même don­né la clé de la réponse : c’est en effet une expli­ca­tion idéal­iste. Et comme toutes les expli­ca­tions idéal­istes, le prob­lème n’est pas tant qu’elle soit fausse : c’est surtout qu’elle n’ex­plique pas grand-chose.

      Oui, dans toutes les sociétés mar­quées par l’é­gal­i­tarisme matériel, les con­cep­tions, la morale, les men­tal­ités des gens ten­dent à jus­ti­fi­er l’état de fait exis­tant. Les indi­vidus trou­vent nor­mal de partager leurs pos­ses­sions, con­sid­èrent l’é­goïsme matériel comme un vice, voire le tien­nent en hor­reur – j’en ai moi-même don­né quelques exem­ples que je pense très par­lants dans l’ex­posé. Et il est évi­dent que ces men­tal­ités con­tribuent à la per­pé­tu­a­tion des cou­tumes et des insti­tu­tions qui ren­dent cet égal­i­tarisme effec­tif.

      Mais une fois que l’on a dit cela, il reste une ques­tion embê­tante : toutes les sociétés humaines sont man­i­feste­ment par­ties d’une sit­u­a­tion d’é­gal­i­tarisme matériel. Or, si cer­taines (assez rares) ont per­pé­tué cet égal­i­tarisme jusqu’à l’époque con­tem­po­raine, d’autres ont bas­culé vers l’iné­gal­ité (pour la plu­part, il y a des mil­lé­naires). Pourquoi cette diver­gence de tra­jec­toires ? Si l’on dit : « Cer­taines sociétés ont choisi de rester égal­i­taires, et d’autres non », ce qui est en quelque sorte l’ex­pli­ca­tion à laque­lle vous faites allu­sion, on n’ex­plique en réal­ité rien du tout : com­ment et pourquoi cer­taines sociétés « choi­sis­sent » une option, et pourquoi les autres en « choi­sis­sent » une autre ? Et com­ment, dans une société à morale et à pra­tiques égal­i­taires, l’éthique peut-elle se ren­vers­er au point qu’on en vient à pro­mou­voir l’iné­gal­ité ? Parce qu’un beau jour, les gens ont subite­ment envie de brûler ce qu’ils ont adoré, et déci­dent de renon­cer à leur égal­i­tarisme ances­tral ?

      À toutes ces ques­tions, l’ex­pli­ca­tion par les men­tal­ités ne donne donc à mon sens que des répons­es qui n’en ont que le nom, et qui appel­lent immé­di­ate­ment une autre ques­tion. C’est pourquoi la seule manière d’a­vancer réelle­ment, c’est de com­pren­dre que les sociétés ne « choi­sis­sent » en réal­ité pas grand-chose, pour divers­es raisons : parce que leurs choix sont con­traints, et parce que fon­da­men­tale­ment, les men­tal­ités reflè­tent bien davan­tage la réal­ité qu’elles ne la façon­nent. La réal­ité des rap­ports soci­aux (et c’est encore plus clair dans les péri­odes où ils se mod­i­fient) se con­stru­it en grande par­tie sans que les gens en aient con­science, par la pres­sion de fac­teurs envi­ron­nemen­taux, et par la manière dont y réag­it l’organisation économique (à ce sujet, jetez un œil sur la longue cri­tique que j’ai récem­ment écrite du live Homo domes­ti­cus : je ter­mine sur des rap­pels sur le rôle du déter­min­isme dans l’évo­lu­tion sociale, avec une let­tre d’En­gels qui for­mule tout cela d’une manière limpi­de).

      En espérant que cette réponse vous ait éclairé, bien cor­diale­ment

  2. Avatar de Inconnu
    Laurent Dauré

    Bon­jour,

    J’ai regardé avec beau­coup d’intérêt cette con­férence coan­imée avec votre chat (en ce moment Chom­sky donne ses inter­views accom­pa­g­né d’un chœur com­posé d’un chien et d’un per­ro­quet). Au début, pour syn­thé­tis­er la déf­i­ni­tion de « votre matéri­al­isme », vous dites (à 8:50 dans la ver­sion YouTube de la vidéo) :

    « C’est la manière dont les hommes vivent qui dicte au bout du compte la manière dont les hommes pensent. »

    Pour­riez-vous pré­cis­er ce que vous incluez ici dans « la manière dont les hommes vivent » et respec­tive­ment dans « la manière dont les hommes pensent » ? Car deux objec­tions de nature dif­férente me sont venues en enten­dant cette asser­tion (elles ne seront peut-être plus per­ti­nentes en fonc­tion de votre réponse) :

    1. Objec­tion biologique : la manière dont les hommes pensent n’est pas indépen­dante du type de cerveau qu’ils utilisent. Or, les dif­férentes « manières de vivre » n’ont pas le pou­voir de (re)modeler entière­ment le fonc­tion­nement du cerveau et de la cog­ni­tion (il sem­blerait qu’il en soit de même pour les intu­itions morales). L’environnement socio-cul­turel auquel il est soumis n’est pas tout-puis­sant sur l’activité biochim­ique du cerveau, et donc sur la pen­sée (cf. les nom­breux biais cog­ni­tifs com­muns à l’espèce humaine). De plus, il s’exerce aus­si une cer­taine vari­abil­ité indi­vidu­elle, des dif­férences innées dans le « câblage » cérébrale générant des dif­férences dans la pro­duc­tion psy­cho-cog­ni­tive. En fait, j’ai l’impression que vous choi­sis­sez d’exclure cer­tains des enseigne­ments de la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire et des sci­ences cog­ni­tives, et j’aimerais com­pren­dre pourquoi.

    2. Objec­tion logique : si on inclut, comme on le devrait il me sem­ble, les règles de la logique dans « la manière dont les hommes pensent » – au moins comme instance régu­la­trice plus ou moins grossière –, il paraît étrange de dire que celles-ci sont sous la dépen­dance de « la manière dont les hommes vivent ». Les « lois de l’esprit », pour repren­dre l’expression de Julien Ben­da, s’imposent à nous, quelles que soient la société dans laque­lle on vit et notre posi­tion socio-économique dans celle-ci. Nous ne les respec­tons pas tous et tout le temps par­faite­ment, loin de là, elles ne sont pas val­orisées et explic­itées partout de la même façon, mais elles exer­cent bon an mal an leur pou­voir nor­matif. Dans une société esclavagiste ou dans une société sans class­es (un objec­tif que j’estime désir­able), on a tou­jours la même logique, le principe du tiers exclu s’applique uni­for­mé­ment quel que soit le degré d’inégalité. Bref, aucune « manière de vivre » n’est en mesure d’abolir la pres­sion logique et rationnelle qui s’exerce – dans l’absolu – sur les « manières de penser ».

    Un même cerveau exposé à des sociétés et à des posi­tions sociales dif­férentes ne pro­duira certes pas les mêmes pen­sées, mais il y aura une base invari­ante (certes dif­fi­cile à délim­iter). L’acquis ne mod­èle pas l’inné à l’envi. Et les lois de l’esprit sont tou­jours dans les par­ages, qu’il y ait ou non des logi­ciens pour les exprimer.

    Je m’arrête là, j’espère avoir été suff­isam­ment clair.

    J’en prof­ite pour vous remerci­er de l’attitude ouverte et sym­pa­thique que vous cul­tivez à l’égard du débat. C’est suff­isam­ment rare pour être salué.

    Bien cor­diale­ment,

    Lau­rent Dau­ré

    1. Bon­jour

      Vous avez été par­faite­ment clair, et je vais en retour essay­er de l’être tout autant que vous ! Et pour com­mencer, une mise au point essen­tielle : l’in­tru­sion féline n’é­tait absol­u­ment pas au pro­gramme. Il fal­lait que cela soit dit.

      Juste afin de situer les choses, je n’ai absol­u­ment aucune pré­ten­tion à avoir innové en quoi que ce soit sur les ques­tions que vous soulevez. Je m’efforce sim­ple­ment de m’in­scrire dans la tra­di­tion inau­gurée par Marx et con­nue sous le nom de matéri­al­isme his­torique. Et la phrase que j’ai pronon­cée, et que vous avez relevée, n’est qu’une sim­ple refor­mu­la­tion de la thèse exprimée il y a main­tenant près de deux siè­cles, selon laque­lle :

      « La pro­duc­tion des idées, des représen­ta­tions et de la con­science est d’abord directe­ment et intime­ment mêlée à l’ac­tiv­ité matérielle et au com­merce matériel des hommes, elle est le lan­gage de la vie réelle. Les représen­ta­tions, la pen­sée, le com­merce intel­lectuel des hommes appa­rais­sent ici encore comme l’é­ma­na­tion directe de leur com­porte­ment matériel. Il en va de même de la pro­duc­tion intel­lectuelle telle qu’elle se présente dans la langue de la poli­tique, celle des lois, de la morale, de la reli­gion, de la méta­physique, etc. de tout un peu­ple. Ce sont les hommes qui sont les pro­duc­teurs de leurs représen­ta­tions, de leurs idées, etc., mais les hommes réels, agis­sants, tels qu’ils sont con­di­tion­nés par un développe­ment déter­miné de leurs forces pro­duc­tives et des rap­ports qui y cor­re­spon­dent, y com­pris les formes les plus larges que ceux-ci peu­vent pren­dre. »

      En ce qui con­cerne vos objec­tions, je crois qu’elles provi­en­nent avant tout d’un malen­ten­du sur ce que j’ap­pelais la « manière dont les hommes pensent ». Par là, je ne désig­nais absol­u­ment pas le câblage pro­fond du cerveau humain, ses apti­tudes à la logique ou ses biais cog­ni­tifs, mais ses idées sur le monde et la société, ses men­tal­ités, bref, ce qu’on appelle sou­vent sa cul­ture. Pour pren­dre une métaphore infor­ma­tique, je ne par­lais pas de la couche logi­cielle de bas niveau qu’on implante dans les ordi­na­teurs, mais des dif­férentes appli­ca­tions aux­quelles l’u­til­isa­teur a directe­ment affaire (et qui, osons une mau­vaise astuce, sont elles aus­si reliées à un sys­tème d’ex­ploita­tion).

      Là où cette métaphore fonc­tionne bien, c’est que dans les ordi­na­teurs comme dans les êtres humains, la couche pro­fonde déter­mine en réal­ité très peu la couche supérieure. Sur la base d’une couche pro­fonde dont la car­ac­téris­tique essen­tielle est de per­me­t­tre la plus grande poly­va­lence, ce sont d’autres niveaux de déter­mi­na­tion qui entrent en ligne de compte pour con­stru­ire le « logi­ciel » des men­tal­ités d’une époque.

      Pour pren­dre un exem­ple sim­ple : vous men­tion­nez l’esclavage, qui pen­dant des mil­lé­naires a été une insti­tu­tion aus­si banale dans le monde que morale­ment accept­able. Pourquoi l’esclavage a‑t-il peu a peu décliné ? Pourquoi a‑t-il sus­cité des oppo­si­tions poli­tiques et morales, au point d’être aujour­d’hui à peu près uni­verselle­ment aboli (avec certes quelques endroits où l’abo­li­tion demeure assez hyp­ocrite) ? L’idéal­iste cherchera la réponse du côté d’un pro­grès général de l’idée de lib­erté, ou des droits humains, dont il aura bien du mal à expli­quer pourquoi il a eu lieu à l’époque mod­erne et pas avant ni après. Le matéri­al­iste ten­tera de mon­tr­er que l’esclavage cor­re­spondait à un cer­tain niveau du développe­ment économique, et que c’est la pour­suite de ce développe­ment économique qui l’a ren­du caduc (et a entraîné, in fine, sa dis­qual­i­fi­ca­tion morale).

      Quant à la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste, je n’ai jamais eu le courage de l’é­tudi­er de près. Mais j’ai tout de même la nette impres­sion qu’elle met bien trop aisé­ment des traits soci­aux sur le compte d’un héritage biologique sup­posé, et que cette méth­ode souf­fre d’un biais… con­géni­tal.

      Bien cor­diale­ment aus­si !

    2. Avatar de Inconnu
      jean bricmont

      “Quant à la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste, je n’ai jamais eu le courage de l’é­tudi­er de près. Mais j’ai tout de même la nette impres­sion qu’elle met bien trop aisé­ment des traits soci­aux sur le compte d’un héritage biologique sup­posé, et que cette méth­ode souf­fre d’un biais… con­géni­tal.” Un prob­lème assez général chez les marx­istes. Com­ment savoir si le “déter­min­isme géné­tique” n’a pas d’im­por­tance (à la fois pour l’e­spèce humaine et les indi­vidus) si on n’é­tudie pas la ques­tion ?

    3. L’é­tudi­er, mais com­ment ? En pos­tu­lant que tout trait cul­turel fréquent, ou majori­taire, dérive néces­saire­ment d’un fonde­ment géné­tique dont on ne peut au demeu­rant véri­fi­er l’ex­is­tence par aucune autre voie ? Désolé, mais je ne marche pas.

    4. À moins de croire au dual­isme corps /​esprit, il me sem­ble qu’on peut par­tir d’un pos­tu­lat de base : tout trait cul­turel a for­cé­ment, en dernière instance, un sub­strat biologique (et donc, en par­tie, géné­tique, puisque notre con­sti­tu­tion biologique est gou­vernée par le code géné­tique). Cepen­dant, la rela­tion entre ce sub­strat et le trait cul­turel peut être directe ou au con­traire très indi­recte (en faisant inter­venir des mécan­ismes non-triv­i­aux)… L’é­vo-psy pos­tule que cette rela­tion est directe dans un cer­tain nom­bre de cas, et c’est ce qui doit être véri­fié (com­ment ?).

    5. Bien sûr que les trait cul­turels s’ap­puient sur le sub­strat matériel que sont des cerveaux et des corps façon­nés par l’évo­lu­tion biologique. Le prob­lème, comme le dit Antoine, réside dans les rap­ports entre les deux, et dans l’ad­min­is­tra­tion de la preuve. J’i­rais même plus loin : je ne vois pas de rai­son par­ti­c­ulière de sup­pos­er qu’un trait cul­turel doive être a pri­ori attribué à un « câblage » biologique par­ti­c­uli­er, fût-il indi­rect. Parce qu’en­tre ce que notre biolo­gie réclame sur tel ou tel point et ce que notre cul­ture fait, les rela­tions ne sont pas néces­saire­ment de cause à effet. Il n’est pas dif­fi­cile d’imag­in­er que notre psy­cholo­gie se dis­tingue pré­cisé­ment par sa plas­tic­ité, et par son apti­tude à con­cevoir et à inté­gr­er des cen­taines de com­porte­ments très dif­férents (voire opposés). J’i­rai même jusqu’à dire que cer­tains traits soci­aux peu­vent très bien pren­dre à rebours notre héritage psy­chologique, parce que juste­ment, ils ont con­sti­tué des adap­ta­tions sociales per­for­mantes.

      Au pas­sage, ayant passé pas mal de temps sur le sujet, j’ai récem­ment lu divers­es choses sur la guerre écrites dans la per­spec­tive évo-psy. Et très franche­ment, à part quelques tru­ismes, je n’ai pas bien vu à quels résul­tats aboutis­sait cette méth­ode de raison­nement.

    6. Avatar de Inconnu
      Laurent Dauré

      @Christophe Dar­mangeat

      Mer­ci pour ces pré­ci­sions. Cer­taines per­son­nes se récla­mant du matéri­al­isme his­torique, mais plus encore du socio-con­struc­tivisme, défend­ent la thèse de la « table rase » (l’inné biologique est une page blanche sur laque­lle l’acquis social écrit en toute lib­erté), d’autres vont jusqu’à nier l’objectivité de la logique, voy­ant dans celle-ci un « réc­it » (éventuelle­ment oppres­sif). Je n’imaginais pas que cela pou­vait être votre cas mais ça m’intéressait de savoir où se trou­vait votre posi­tion sur le con­tin­u­um.

      La cita­tion de Marx et Engels que vous repro­duisez pose plusieurs prob­lèmes. Compte tenu du pro­grès des con­nais­sances en biolo­gie néo-dar­wini­enne, je ne pense pas que l’on puisse main­tenir aujourd’hui une telle toute-puis­sance de « l’activité matérielle et [du] com­merce matériel des hommes » sur la pro­duc­tion psy­cho-cog­ni­tive des indi­vidus. Cette con­cep­tion ultra-déter­min­iste (bien plus que celle de la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire) peine par ailleurs à expli­quer les vari­a­tions indi­vidu­elles. Je vous recom­mande par exem­ple la lec­ture de « Behave : The Biol­o­gy of Humans at Our Best and Worst » de Robert Sapol­sky (2017).

      La psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire, dans ses formes nuancées et pru­dentes, ne met pas directe­ment des traits soci­aux sur le compte d’un héritage biologique. Elle par­le de car­ac­téris­tiques biologiques issues de l’évolution qui prédis­posent à dévelop­per cer­tains traits cog­ni­tifs, psy­chologiques et moraux en fonc­tion du « paramé­trage » exer­cé par les stim­uli envi­ron­nemen­taux. Les traits soci­aux, comme la cul­ture, émer­gent de cette dynamique mais ne sont pas à pro­pre­ment par­ler déter­minés géné­tique­ment.

      Voyez sur le site Homo Fab­u­lus cette réponse à six idées reçues sur la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire :

      http://homofabulus.com/six-idees-recues-sur-la-psychologie-evolutionnaire/

      S’agissant de l’esclavage, peut-on dire qu’il appa­rais­sait morale­ment accept­able aux esclaves eux-mêmes (je ne sais pas si c’est ce que vous dites) ? La dom­i­na­tion peut certes être forte­ment intéri­or­isée et nor­mal­isée, surtout quand cela sem­ble être le seul hori­zon, mais pou­vons-nous affirmer que lorsque celle-ci se man­i­fes­tait de façon explicite, notam­ment par la vio­lence et l’humiliation, ceux qui la subis­saient ne ressen­taient pas un sen­ti­ment d’injustice (c’est-à-dire une forme de dis­qual­i­fi­ca­tion morale) ? Une réac­tion que n’importe qui aurait eue s’il s’était retrou­vé dans la même sit­u­a­tion.

    7. Bon­jour

      Je crois que plus on se par­le, moins on se com­prend, et que l’échange ressem­ble beau­coup à un dia­logue de sourds. J’é­tudie des faits soci­aux : des insti­tu­tions, des cou­tumes, des lois – des com­porte­ments, aus­si ; et la cita­tion de Marx que je donne porte sur l’ex­pli­ca­tion de ces faits soci­aux. Vous répon­dez entière­ment sur « la pro­duc­tion psy­cho-cog­ni­tive de l’hu­man­ité ». Et plus nous dis­cu­tons, plus vous me ren­forcez dans l’idée que les gens con­va­in­cus de l’in­térêt de la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste con­sid­èrent finale­ment les faits soci­aux comme sec­ondaires, comme des formes qui ont changé tout au plus des détails par rap­port à un fonds com­mun qui serait déter­mi­nant – je main­tiens ici le par­al­lèle avec les raison­nement des écon­o­mistes néo-clas­siques, qui ne sont pas friands de théories com­porte­men­tal­istes par hasard. Quant à l’ar­gu­ment selon lequel le matéri­al­isme his­torique pein­erait à expli­quer les vari­a­tions indi­vidu­elles, il est aus­si peu per­ti­nent que celui qui récuserait les lois de la ther­mo-dynamique au nom du fait qu’elle n’ex­pliquent pas le mou­ve­ment par­ti­c­uli­er de chaque molécule. Ce n’est sim­ple­ment pas leur objet !

      Sur les « idées reçues » con­cer­nant la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire, ces argu­ments sont certes intéres­sants, mais je n’ai pas eu du tout le sen­ti­ment qu’ils répondaient à ce que je dis­ais…

      Enfin, pour ter­min­er par le début (et par un peu d’œcuménisme ?), ma posi­tion vis-à-vis de la sci­ence et de la rai­son est qu’on ne peut être marx­iste sans être ratio­nal­iste (l’in­verse n’é­tant évidem­ment pas vrai) – j’ai d’ailleurs écrit quelques petits textes sur ce sujet, sur ce blog ou dans le recueil des édi­tions Matéri­ologiques par exem­ple. Quant à la métaphore de la table rase, elle me gêne un peu. Encore une fois, bien sûr que notre cerveau et ses capac­ités sont le pro­duit de l’évo­lu­tion biologique, et bien sûr que ce cerveau pos­sède des apti­tudes et une manière de fonc­tion­ner déter­minées. La table n’est pas rase. La bonne ques­tion, à mon sens, est : dans quelle mesure ce qu’il y a sur la table (ou ce que nous pou­vons en savoir) déter­mine-t-il ce qu’il y aura au menu du restau­rant. Et si nous par­tons du principe que la plus grande fac­ulté du cerveau humain, c’est d’être plas­tique, la seule réponse val­able (pour peu qu’on s’in­téresse aux faits soci­aux et qu’on ne nég­lige pas leur immense diver­sité) est : dans une très faible mesure.

      On s’en tient là ?

    8. Avatar de Inconnu
      Laurent Dauré

      Bon­jour,

      Pour ma part je n’ai pas l’impression d’être dans un dia­logue de sourds car je pense com­pren­dre votre posi­tion, du moins les raison­nements qui con­courent à la pro­duire, et j’ai déjà eu par le passé le même type de débat. Nous sommes en désac­cord sur la ques­tion de la nature humaine, voilà tout. Vous adhérez, si ce n’est à la thèse de la table rase, à celle de l’hégémonie écras­ante de l’acquis sur l’inné ; c’était aus­si mon cas avant que je ne m’intéresse à la biolo­gie néo-dar­wini­enne et à la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire.

      La plu­part des faits soci­aux que vous étudiez se sont certes con­sid­érable­ment com­plex­i­fiés et autonomisés par rap­port aux car­ac­téris­tiques innées à par­tir desquelles ils ont émergé, mais le sub­strat biologique n’en est pas moins tou­jours là. Pour utilis­er un bon exem­ple, la morale a assuré­ment une forte com­posante envi­ron­nemen­tale (éduca­tive, sociale, cul­turelle…), mais pour chaque indi­vidu cet apport est élaboré à par­tir de struc­tures morales innées, la force de ces struc­tures se main­tenant sous les développe­ments sophis­tiquées pro­duits par l’acquis.

      Dans cette inter­ven­tion, Chom­sky explique très bien pourquoi le rel­a­tivisme moral est inco­hérent :

      https://www.youtube.com/watch?v=i63_kAw3WmE

      De même que notre cerveau pos­sède la capac­ité innée de dévelop­per un lan­gage, il a égale­ment celle de dévelop­per des com­porte­ments moraux. Alors, oui, bien sûr, l’exposition à un envi­ron­nement sin­guli­er et à une expéri­ence sin­gulière crée une cer­taine var­iété, mais le spec­tre est lim­ité par les struc­tures innées.

      Je vous recom­mande chaude­ment cette vidéo de la chaîne Homo Fab­u­lus inti­t­ulée « Sommes-nous pré-câblés pour être moraux ? » :

      https://www.youtube.com/watch?v=XIh4CVtfhsA

      Je ne con­sid­ère pas du tout les faits soci­aux comme sec­ondaires et ne nie pas le rôle déter­mi­nant des rap­ports de pro­duc­tion, des struc­tures sociales et des dif­férentes formes d’inculcation. Nous diver­geons sim­ple­ment quant à la façon dont les dif­férents déter­min­ismes s’articulent et à leur poids respec­tif.

      S’agissant des lois de la ther­mo­dy­namique, je pense que vous con­vien­drez qu’elles sont mieux véri­fiées que celles du matéri­al­isme his­torique…

      Je rejette évidem­ment « le par­al­lèle avec les raison­nement des écon­o­mistes néo-clas­siques ». Je ne vois pas en quoi l’innéisme dont il est ques­tion invalid­erait en quoi que ce soit la pour­suite d’idéaux poli­tiques comme l’égalité de con­di­tion ou l’abolition du cap­i­tal­isme. Les con­nais­sances pro­duites par la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire ne plaident pas en faveur du statu quo, elles ne plaident pas non plus pour son ren­verse­ment. Entre le libéral Pinker et l’anarchiste Chom­sky, il y a un monde.

      La dis­qual­i­fi­ca­tion politi­co-morale de la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire est une réac­tion courante chez les marx­istes (qui sem­blent y voir une men­ace pour le pro­jet com­mu­niste), moins chez les anar­chistes. Peut-être grâce à Kropotkine :

      https://twitter.com/stdebove/status/1263089838968000519

      « si nous par­tons du principe que la plus grande fac­ulté du cerveau humain, c’est d’être plas­tique »

      Juste­ment, faut-il par­tir de ce principe s’il n’est pas en accord avec l’état des con­nais­sances en biolo­gie ? Le cerveau humain a en effet une part impor­tante de « plas­tic­ité », mais il ne me paraît pas exact d’affirmer qu’il s’agit de sa « plus grande fac­ulté ».

      Je ne vais pas vous pren­dre davan­tage votre temps mais j’espère avoir un jour l’occasion de dis­cuter avec vous des travaux de l’anthropologue « cog­ni­ti­vo-évo­lu­tion­naire » Pas­cal Boy­er. Je serais vrai­ment curieux de savoir ce que vous pensez de son livre « Et l’homme créa les dieux : com­ment expli­quer la reli­gion ».

      Bien cor­diale­ment,

      Lau­rent Dau­ré

    9. Sans avoir la pré­ten­tion de dire que j’ai “étudié” la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste, je m’y intéresse. Pour moi c’est faux de dire qu’un com­porte­ment est déter­miné géné­tique­ment. Un com­porte­ment est issu de la ren­con­tre entre un phéno­type et un envi­ron­nement.
      Le prob­lème de cer­taines réflex­ions de psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste c’est qu’elles uni­ver­salisent cer­tains com­porte­ments ensuite elles con­sid­èrent que si ceux-ci sont adap­tés à cer­taines sit­u­a­tions pou­vant favoris­er la survie et /​ou la repro­duc­tion cette adap­ta­tion est trop rapi­de­ment assim­ilée au fruit de la sélec­tion naturelle.

      Sinon je viens de lire le pre­mier com­men­taire de Lau­rent Dau­ré. Pour la pre­mière remar­que je dirais que déjà la sélec­tion naturelle n’est pos­si­ble que par “ce que les hommes vivent”. Je ne crois pas que la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire ait tranché quoi que ce soit dans la part d’héri­tabil­ité et la part d’ ”acquis” par l’ex­péri­ence vécue. Puis il reste la plas­tic­ité cérébrale. Les biais cog­ni­tifs ne mon­trent en rien que notre façon de penser serait avant tout déter­minée géné­tique­ment. Ce qui serait absurde car on vit dans un envi­ron­nement changeant, nous sommes un corps en change­ment con­stant, notre cerveau doit donc for­cé­ment être mal­léable pour qu’on puisse répon­dre aux stim­u­la­tions par­ti­c­ulières que notre envi­ron­nement exerce sur nous.

      Pour la deux­ième remar­que je me trompe peut-être mais pour moi c’est pure­ment de l’idéal­isme. Il n’ex­iste pas de “lois logiques” flot­tant dans les airs. La logique a été dévelop­pée par les humains et bien évidem­ment ils l’ont dévelop­pé en vivant, en con­statant les “lois de la matière”. C’est parce que le monde matériel a une cohérence, qu’à une même “cause” répond une même “con­séquence”, qu’on a une pen­sée logique. La logique est donc avant tout un pro­duit cul­turel. Et bien sûr que la logique change d’une société à une autre.

      Sauf si vous voulez par­ler du fait que les gènes codant le développe­ment du cerveau ont été sélec­tion­nés parce qu’ils per­me­t­taient de bien com­pren­dre le monde donc qu’il exis­terait une “logique” géné­tique­ment déter­minée. Mais cette logique n’est pas “pure”. La sélec­tion naturelle ne sélec­tionne pas ce qui nous rap­proche le plus de la réal­ité, mais ce qui est suff­isant pour vivre et se repro­duire mieux qu’on ne le fai­sait avant.

    10. Sinon, le matéri­al­isme dialec­tique, plutôt qu’his­torique qui n’en est qu’une appli­ca­tion à l’his­toire donc pas au indi­vidu, ne peine pas du tout à expli­quer les dif­férences indi­vidu­elles. Chaque per­son­ne n’é­tant pas soumise aux mêmes stim­u­la­tions, a for­tiori pour des per­son­nes de class­es sociales dif­férentes, il n’y a aucune dif­fi­culté à com­pren­dre les dif­férences entre indi­vidus.

      Puisque vous par­ler de sci­ences cog­ni­tives, les enseigne­ments des neu­ro­sciences peu­vent tout aus­si bien être inter­prétés dans le sens con­traire. La con­science n’est qu’un réc­it que notre cerveau se fait à lui-même pour com­pren­dre son rap­port au monde, c’est-à-dire les stim­u­la­tions de l’en­vi­ron­nement mais AUSSI les répons­es que notre organ­isme y apporte. La con­science n’est donc pas à l’o­rig­ine de nos actions, elle en est le pro­duit. On retrou­ve ici la thèse du matéri­al­isme : la réac­tion de notre corps à un envi­ron­nement notam­ment social dépend certes de notre phéno­type. En revanche la con­science pour­rait très bien n’être qu’un épiphénomène, une con­séquence du fonc­tion­nement du cerveau mais sans fonc­tion. Donc en vivant, l’être humain réag­it et la con­science vient jus­ti­fi­er les actions de son pro­pres corps.

      Par rap­port à Chom­sky aus­si je vais vous con­tredire, c’est bien plus un libéral qu’un anar­chiste et beau­coup d’a­n­ar­chistes le renient com­plète­ment car même s’il a pu s’in­téress­er à des mou­ve­ments con­tes­tataires il a aus­si défendu des régimes autori­taires dic­ta­to­ri­aux (cuba par ex) voir des per­son­nes d’ex­trême-droite en accep­tant de pré­fac­er un livre de Fau­ris­son pour défendre sa “lib­erté de vom­ir des con­tre-vérités diffamantes à l’é­gard des vic­times de la Shoah” dans la plus pure tra­di­tion du libéral­isme voltairien (qui n’avait rien d’un anar­chiste lui non plus).

    11. Mer­ci pour ces très intéres­sants développe­ments ! Sur la con­science, je nuancerais un peu, en dis­ant que La con­science n’est donc pas UNIQUEMENT à l’o­rig­ine de nos actions, elle en est AUSSI le pro­duit. Cela dit, une manière d’a­vancer (un peu) est de dis­cuter sur pièces des décou­vertes de l’é­vo-psy. J’ai finale­ment com­mencé à lire le livre de Boy­er sur la reli­gion qui pos­sède au moins ce mérite d’être remar­quable­ment acces­si­ble et accrocheur. Il n’est pas impos­si­ble que j’aie quelques trucs à en dire sur ce blog quand je l’au­rai fini…

    12. Avatar de Inconnu
      Romain Mozzanega

      @Jean Bric­mont
      Vous affirmez : “Un prob­lème assez général chez les marx­istes. Com­ment savoir si le “déter­min­isme géné­tique” n’a pas d’im­por­tance (à la fois pour l’e­spèce humaine et les indi­vidus) si on n’é­tudie pas la ques­tion?”. Con­cer­nant cette accu­sa­tion lancée con­tre “les marx­istes”, deux répons­es :

      1) la cri­tique marx­iste ou inspirée du marx­isme — mais en tout cas instru­ite — du déter­min­isme géné­tique (ou de son avatar la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste) existe bel et bien : voir les références que je donne sur ce site, lors d’une dis­cus­sion sus­citée par la note de lec­ture de Christophe Dar­mangeat sur le livre de Susan Mck­in­non, “La géné­tique néolibérale. Les mythes de la psy­cholo­gie évo­lu­tion­niste” :
      http://cdarmangeat.blogspot.com/2015/01/note-de-lecture-la-genetique.html

      La cri­tique marx­iste de l’in­néisme lin­guis­tique de Chom­sky existe aus­si. Par exem­ple : Jean-Jacques Lecer­cle, “Une philoso­phie marx­iste du lan­gage”, chapitre 2 ;

      2) un marx­iste, Lucien Sève, vous a répon­du (je table sur le fait que vous êtes l’au­teur, avec R. Debray, du livre “À l’om­bre des Lumières”) sur la ques­tion de l’ig­no­rance sup­posée du marx­isme au sujet de la nature humaine et du sup­port biologique des com­porte­ments humains : “Penser avec Marx aujour­d’hui. Tome 2. “L’Homme?””, pp. 198–205 en par­ti­c­uli­er. Mais en réal­ité l’in­té­gral­ité de ce vol­ume de près de 600 pages con­stitue une cri­tique rad­i­cale de votre con­cep­tion de l’in­vari­ance de la nature humaine, et de tout réduc­tion­nisme biologique en général.

      Donc le prob­lème n’est pas que les “marx­istes n’é­tu­di­ent pas la ques­tion” : des marx­istes l’é­tu­di­ent, et ils soumet­tent leurs con­clu­sions au débat. Non, le prob­lème, c’est que dans des inter­ven­tions comme la vôtre on les taxe d’ig­no­rance ou de naïveté alors qu’on ignore superbe­ment leurs travaux ou qu’on car­i­ca­ture leurs thès­es.

    13. Avatar de Inconnu
      Laurent Dauré

      Bon­jour,

      Pour pro­gress­er dans la dis­cus­sion, il me sem­ble qu’il faudrait se référ­er à des pub­li­ca­tions. Je suis d’ailleurs ravi que M. Dar­mangeat soit en train de lire « Et l’homme créa les dieux » de P. Boy­er et compte en pub­li­er une cri­tique.

      Je con­seillerais à ceux qui veu­lent savoir ce que dit (vrai­ment) la psy­cholo­gie évo­lu­tion­naire, de d’abord lire « Behave » de Robert Sapol­sky, qui présente de façon claire l’état des con­nais­sances en neu­ropsy­cholo­gie et en biolo­gie du com­porte­ment humain.

      Con­cer­nant l’inépuisable débat inné/​acquis, il me paraît utile de revenir sur l’exemple du lan­gage, qui per­met de met­tre en lumière un aspect impor­tant. La pra­tique d’une langue mater­nelle par­ti­c­ulière n’est évidem­ment pas « déter­minée géné­tique­ment », mais l’être humain pos­sède la capac­ité innée, via des con­fig­u­ra­tions cérébrales (et anatomiques) retenues par la sélec­tion naturelle, de dévelop­per un lan­gage. S’il n’y a aucun input lan­gagi­er dans l’environnement d’un enfant – si per­son­ne ne par­le en sa présence –, celui-ci ne pour­ra certes pas appren­dre une langue. La capac­ité innée, pour pro­duire un trait posi­tif, a besoin d’être activée par l’exposition à des stim­uli extérieurs. Mais cette dépen­dance à l’environnement n’enlève rien à l’origine géné­tique de la prédis­po­si­tion.

      L’attention des êtres humains est dès la nais­sance attirée par les vis­ages, les bébés sont spon­tané­ment plus intéressés par cet « objet » que par tout autre. Il faut assuré­ment qu’il y ait des vis­ages dans l’environnement pour que le nou­veau-né puisse… regarder des vis­ages, mais ce com­porte­ment n’en est pas moins forte­ment déter­miné géné­tique­ment. Des gènes ont en effet don­né les « instruc­tions » pour con­stru­ire l’organisme de telle façon qu’il soit attiré par les vis­ages, le pro­gramme géné­tique étant cal­i­bré sur le pos­tu­lat (haute­ment per­ti­nent) qu’il y en aura dans l’environnement immé­di­at du nou­veau-né.

      En ce qui con­cerne les vari­a­tions indi­vidu­elles, que dire des travaux de mieux en mieux étab­lis sur l’héritabilité par­tielle du QI ? « Des dizaines d’études de familles et de jumeaux, élevés ensem­ble ou dans des familles d’adoption dif­férentes, ont per­mis d’estimer à env­i­ron 50 % la part des fac­teurs géné­tiques », affirme Franck Ramus :

      http://www.lscp.net/persons/ramus/docs/C&P12intelligence.pdf

      Même si la par­tie de l’intelligence mesurée par le QI n’était héri­ta­ble qu’à 5 %, il faudrait quand même expli­quer cette con­tri­bu­tion de l’inné. Com­ment les par­ti­sans de la table rase le pour­raient-ils ?

      Je pense que vous voyez où je veux en venir avec ces exem­ples. Vous vous focalisez sur l’acquis en refu­sant de voir qu’il y a des pro­priétés innées qui ori­en­tent, fil­trent et organ­isent – à des degrés vari­ables selon les traits – la façon dont l’environnement agit sur l’individu.

      Com­ment ren­dre compte des « uni­ver­saux humains » sans attribuer un cer­tain pou­voir con­traig­nant à l’inné ? En voici une liste (qui peut être dis­cutée) :

      https://condor.depaul.edu/~mfiddler/hyphen/humunivers.htm

      Lire aus­si cet arti­cle qui répond à des objec­tions fréquentes quant à l’existence des uni­ver­saux humains :

      https://www.psychologytoday.com/us/blog/games-primates-play/201211/are-there-universals-in-human-behavior-yes

      Nous ignorons encore bien des choses. La com­plex­ité et la den­sité des inter­ac­tions entre l’inné et l’acquis sont telles qu’il est par­fois très dif­fi­cile d’évaluer leur influ­ence respec­tive, de com­pren­dre leur rela­tion dynamique ; selon les traits con­sid­érés, la recherche ren­con­tre plus ou moins d’obstacles (cer­tains sont éthiques et jus­ti­fiés). Mais des obser­va­tions et des expéri­ences ont quand même pu soulever une petite part du voile. La thèse de la table rase ou qua­si rase me paraît pour le moins frag­ilisée face à l’état des con­nais­sances, elle s’éloigne dans le rétro­viseur du savoir. Il serait regret­table que la gauche (social­iste, com­mu­niste ou anar­chiste) n’en prenne pas acte, surtout que les enseigne­ments en ques­tion n’invalident en rien les idéaux poli­tiques et moraux d’égalité, de jus­tice et d’émancipation.

    14. Avatar de Inconnu
      Laurent Dauré

      Sur la logique, je pense que vous adoptez une posi­tion extrême­ment con­struc­tiviste et rel­a­tiviste en dis­ant qu’elle est « avant tout un pro­duit cul­turel » et qu’elle « change d’une société à une autre ». La logique relève de la sci­ence, et donc de l’objectivité ; il ne s’agit pas de traiter des façons sub­jec­tives ou cul­turelles de « raison­ner ». Diriez-vous qu’il dépend de la cul­ture que le principe de non-con­tra­dic­tion (une propo­si­tion P et sa néga­tion ne peu­vent être vraies toutes les deux) s’applique ou non ? Et en affir­mant que « la logique change d’une société à une autre », vous impliquez que la valeur de vérité de cette propo­si­tion pour­rait chang­er d’une société à une autre. Êtes-vous disposé(e) à accepter cette con­séquence… logique ?

      La logique a certes été for­mal­isée par des êtres humains (d’autres ani­maux utilisent une logique intu­itive plus ou moins rudi­men­taire) mais, d’une part, ce n’est pas une « créa­tion libre », la con­trainte de la réal­ité s’exerçait sur l’enquête, et, d’autre part, ses lois cor­rectes s’appliquent de façon uni­verselle et absolue. « Il pleut » est une propo­si­tion vraie s’il pleut effec­tive­ment aus­si bien il y a 10 000 ans que main­tenant, quelle que soit la cul­ture con­sid­érée (en traduisant l’énoncé dans la langue per­ti­nente).

      Il ne faut pas con­fon­dre l’état de la logique (en tant que dis­ci­pline) à une péri­ode don­née, avec ses tâton­nements, ses con­tro­ver­s­es et par­fois ses erreurs, et la logique réelle, qui ne dépend pas de l’aléa humain, de même que la vérité de la propo­si­tion math­é­ma­tique « 2 + 2 = 4 » ne dépend de quiconque. Ce n’est pas parce qu’il faut une entité matérielle – un être humain ou un ordi­na­teur – pour énon­cer ou écrire « 2 + 2 = 4 » et con­stater la vérité de la propo­si­tion que cette entité joue un quel­conque rôle dans la réal­ité décrite. Il faut un descrip­teur pour décrire (tru­isme), mais la réal­ité de ce qui est visé – avec suc­cès ou non – par la descrip­tion ne dépend pas de celui-ci.

      Entre la logique d’Aristote et celle de Bertrand Rus­sell, il y a eu un pro­grès objec­tif. La sec­onde est plus proche de la logique réelle que la pre­mière, c’est-à-dire qu’elle décrit plus fidèle­ment les lois logiques (qui ne sont pas des « con­struc­tions » ou des « réc­its »). La posi­tion que je défends n’est donc pas idéal­iste, mais réal­iste. Les « lois de l’esprit » sont réelles, objec­tives et uni­verselles. Charge aux êtres humains de les décou­vrir et de les for­muler. Et de les pra­ti­quer…

    15. Avatar de Inconnu
      Laurent Dauré

      Vous écrivez ensuite que « le matéri­al­isme dialec­tique […] ne peine pas du tout à expli­quer les dif­férences indi­vidu­elles. Chaque per­son­ne n’étant pas soumise aux mêmes stim­u­la­tions, a for­tiori pour des per­son­nes de class­es sociales dif­férentes, il n’y a aucune dif­fi­culté à com­pren­dre les dif­férences entre indi­vidus. » Aucune dif­fi­culté, vrai­ment ?… Il me sem­ble que ce que vous énon­cez comme une évi­dence n’explique en fait pas grand-chose. Je vous recom­mande la lec­ture de cet arti­cle inti­t­ulé « Pourquoi les pro­gres­sistes devraient pren­dre en compte la géné­tique de l’éducation » (à une époque, un tel titre m’aurait prob­a­ble­ment choqué, mais c’était avant de me doc­u­menter sérieuse­ment) :

      http://www.scilogs.fr/ramus-meninges/genetique-de-leducation/

      Quoi qu’il en soit, aucun psy­cho­logue évo­lu­tion­naire rigoureux n’a jamais affir­mé qu’« il n’y a aucune dif­fi­culté à com­pren­dre les dif­férences entre indi­vidus ». Comme je l’ai dit plus haut, il y a beau­coup de dif­fi­cultés et le chemin est encore long pour pou­voir pré­ten­dre avoir tout élu­cidé.

      Con­cer­nant votre développe­ment sur la con­science, je ne suis pas sûr d’avoir bien com­pris votre thèse. Vous dites d’un côté que « la con­science pour­rait très bien n’être qu’un épiphénomène, une con­séquence du fonc­tion­nement du cerveau mais sans fonc­tion », et de l’autre que le cerveau la pro­duit unique­ment en tant que « réc­it [qu’il] se fait à lui-même pour com­pren­dre son rap­port au monde », mais finale­ment aus­si pour venir « jus­ti­fi­er les actions » du corps. Je vois là plusieurs obscu­rités et con­tra­dic­tions. Par­don si je vous inter­prète mal.

      Et pour finir, Chom­sky estime que l’anarchisme est l’héritier per­fec­tion­né du libéral­isme clas­sique des Lumières. Pour lui, le social­isme lib­er­taire est une exten­sion (en par­ti­c­uli­er à l’économie) des idéaux démoc­ra­tiques de ce libéral­isme. S’agissant de la lib­erté d’expression, la défense con­séquente qu’il en fait relève de la tra­di­tion libérale et… anar­chiste. À pro­pos de « l’affaire Fau­ris­son », de la pré­ten­due « défense de régimes dic­ta­to­ri­aux » et des autres dis­qual­i­fi­ca­tions irra­tionnelles qui revi­en­nent sans cesse en France à son sujet, lire cet arti­cle de Jean Bric­mont :

      https://www.monde-diplomatique.fr/2001/04/BRICMONT/1829

      En tout cas, mer­ci pour ce débat stim­u­lant qui me pousse à clar­i­fi­er mes pro­pres idées et à en tester la solid­ité.

      Bien cor­diale­ment,

      Lau­rent Dau­ré

    16. Bon­jour,
      Je ne suis pas par­ti­san de la “table rase”, je dis qu’un com­porte­ment n’est pas prévis­i­ble à par­tir des seuls gènes. De même, je pense que la dis­tinc­tion inné /​acquis n’a pas de sens et qu’il faut lui préfér­er une dis­tinc­tion géné­tique /​envi­ron­nement sans oubli­er qu’ils inter­agis­sent dialec­tique­ment et qu’on ne les sépare que pour l’analyse.
      Dans l’ab­solu, ce que les gènes déter­mi­nent ne sont pas des com­porte­ments, mis à part quelques réac­tions réflex­es ou les bat­te­ments de cœur ou la res­pi­ra­tion. Les struc­tures cérébrales géné­tique­ment déter­minées inter­vi­en­nent dans la déter­mi­na­tion des com­porte­ments mais comme vous l’ad­met­tez elles ne suff­isent pas, elles néces­si­tent un envi­ron­nement pour s’ex­primer (ou non). Et cet envi­ron­nement mod­i­fie le développe­ment des gènes et l’évo­lu­tion du cerveau.

      Pour ce qui est de la logique, je ne suis pas rel­a­tiviste mais “dialec­tique”. D’ailleurs un des apports prin­ci­paux du matéri­al­isme est juste­ment d’avoir con­testé l’an­téri­or­ité de la “logique” dans la démarche sci­en­tifique. C’est l’ex­péri­ence du réel qui fonde la sci­ence. Nous tirons notre logique de cette expéri­ence. Aus­si quelque chose peut très bien être “logique”, c’est-à-dire cohérent en théorie, mais faux en pra­tique.
      J’ac­cepte par­faite­ment que la notion de ce qui est vrai varie d’une société à une autre. La transsub­stan­ti­a­tion est une réal­ité physique pour les sco­las­tiques. ça ne veut évidem­ment pas dire que plusieurs vérités exis­tent par­al­lèle­ment, une seule vérité existe mais les inter­pré­ta­tions s’en éloignent plus ou moins.
      En dis­tin­guant l’é­tat de la logique et la logique “réelle” vous faites comme si cette logique “réelle” exis­tait. Or il n’ex­iste aucune logique sans cerveau pour la penser, la logique réelle (sans guillemet) est la logique tâton­nante, l’autre est un idéal.
      2+2=4 il n’y a pas réelle­ment de sens à dire que c’est une vérité intan­gi­ble. Tout dépend à quoi se réfère 2 et à quoi se réfère 4. 2 oranges + 2 oranges ne sont pas égales à 4 singes, c’est bien le prob­lème des abstrac­tions math­é­ma­tiques par ailleurs fort utiles.

      Quand je dis que “le matéri­al­isme dialec­tique n’a aucune dif­fi­culté à saisir les dif­férences indi­vidu­elles” la for­mu­la­tion est mal­heureuse. Je veux dire que le marx­isme n’est pas une pen­sée du glob­al, elle est une pen­sée de l’in­tri­ca­tion entre uni­versel et par­ti­c­uli­er. En d’autres ter­mes le matéri­al­isme dialec­tique n’a aucune dif­fi­culté à saisir qu’il existe des dif­férences indi­vidu­elles et à les prob­lé­ma­tis­er, avoir des répons­es défini­tives est bien sûr autrement plus com­pliqué.

      La con­science pour­rait n’être qu’un épiphénomène dans le sens où cette jus­ti­fi­ca­tion des actions pour­raient n’avoir aucun intérêt évo­lu­tif mais être une con­séquence d’évo­lu­tions. Comme si le cerveau était bien obligé de focalis­er sur des objets sans que ça ne serve à quoi que ce soit.

      En tant qu’a­n­ar­chiste je relie davan­tage l’héritage de ce mou­ve­ment au mou­ve­ment ouvri­er. Bien qu’il y ait une imprég­na­tion libérale pour moi c’est son côté obscur juste­ment. D’ailleurs Bric­mont n’est pas non plus très net sur ce point. Comme le dit Bak­ou­nine la lib­erté et la fra­ter­nité n’au­ront de sens que dans une société égal­i­taire. En atten­dant, défendre la lib­erté d’ex­pres­sion de façon abstraite c’est défendre la lib­erté de la classe dom­i­nante. Et défendre l’ex­pres­sion d’un fas­ciste c’est comme faire de la pro­pa­gande pour ses idées.

    17. J’ai donc lu l’ar­ti­cle par­lant de Noam Chom­sky. Il ne répond pas à mes remar­ques sur Cuba, ce n’est pas la cri­tique des poli­tiques étrangères “occi­den­tales” que je lui reproche mais sa bien­veil­lance envers des régimes poli­tiques dic­ta­to­ri­aux. Bien­veil­lance qui prend effec­tive­ment pour pré­texte un soi-dis­ant anti-impéri­al­isme.

      Dans le texte de Bric­mont on peut lire “la France ne pos­sède pas, en matière d’expression d’opinions, la tra­di­tion lib­er­taire des Etats-Unis.”, lib­er­taire ? Non, libérale. Vous faites man­i­feste­ment une con­fu­sion entre la lib­erté abstraite défendue par le libéral­isme et la lib­erté con­crète dont par­le l’a­n­ar­chisme. Proud­hon, qui est renié par beau­coup d’a­n­ar­chistes, était effec­tive­ment libéral. Cepen­dant l’a­n­ar­chisme est bien plus du côté de l’in­ter­na­tionale ouvrière, Bak­ou­nine, Malat­es­ta, Emma Gold­man que du fédéral­isme petit-bour­geois de Proud­hon… Pour le libéral­isme, quiconque a le droit de s’ex­primer peut avoir une audi­ence si ce qu’il dit est con­va­in­cant. Pour l’a­n­ar­chisme, inspiré du com­mu­nisme, il est clair qu’un cap­i­tal économique, des facil­ités d’ex­pres­sion, des con­nais­sances chez les jour­nal­istes… per­me­t­tent d’avoir une bien meilleure audi­ence quand bien même le droit de s’ex­primer serait équiv­a­lent pour tous. D’autre part, les anar­chistes conçoivent la lutte des class­es. Ce n’est pas le débat qui per­met par la con­fronta­tion démoc­ra­tique des idées de faire ressor­tir les meilleures, c’est la thèse libérale juste­ment. Non, les idées dif­férentes sont des symp­tômes de vécus dif­férents, les idéolo­gies sont en lutte, l’am­bi­tion de l’a­n­ar­chisme est bien d’écras­er l’idéolo­gie fas­ciste pas de débat­tre libre­ment avec pour en tir­er le “bon” si tant est qu’il y ait du bon là-dedans.

      “Chom­sky récidive en 2010 quand il signe avec Soral, Dieudon­né, Bruno Goll­nisch… ou encore Robert Ménard, une péti­tion ini­tiée par Paul-Eric Blan­rue et Jean Bric­mont, deux anti­sémites et néga­tion­nistes. Une péti­tion récla­mant l’ab­ro­ga­tion de la loi Gayssot et la libéra­tion d’un cer­tain Vin­cent Rey­nouard, alors empris­on­né après de mul­ti­ples con­damna­tions pour apolo­gie de crimes de guerre et pour con­tes­ta­tion de crimes con­tre l’hu­man­ité.”
      https://www.huffingtonpost.fr/frederic-haziza/noam-chomsky-antisemitisme-france_a_21618411/

      Dieudon­né, anti­sémite paten­té, Soral auto­proclamé nation­al-social­iste qui focalise sur les juifs et Israël mais son racisme ne se lim­ite pas à ça, fer­vent par­ti­san de l’iné­gal­ité naturelle entre hommes et femmes, Bruno Goll­nisch mem­bre du front nation­al proche de néon­azis et de grou­pus­cules dont oeu­vre française, Robert Ménard un grand démoc­rate lui par con­tre qui veut fich­er les ter­ror­istes dès la mater­nelle en faisant des listes des enfants musul­mans et en armant les policiers munic­i­paux, défenseurs de la thèse du grand rem­place­ment… Je ne vois pas quel anar­chiste sign­erait une péti­tion aux côtés de ces mil­i­tants d’ex­trême-droite pour… abolir la loi Gayssot ! Un des acquis de la lutte antifas­ciste !
      Bref, les anar­chistes que je côtoie et moi-même ne recon­nais­sons absol­u­ment pas Chom­sky comme un cama­rade.

    18. Une réponse à retarde­ment : la lec­ture du livre « Et l’homme créa les dieux » de Pas­cal Boy­er a don­né lieu à un long compte-ren­du que j’ai co-écrit avec Jean-Loïc Le Quel­lec, sans aucun doute le chercheur le plus qual­i­fié en France sur les mythes et les croy­ances. Ce compte-ren­du s’or­gan­ise en deux par­ties, la pre­mière sur les élé­ments empiriques présen­tés par le livre, la sec­onde sur sa méth­ode de raison­nement. Au risque de tuer tout sus­pense par avance, je peux d’ores et déjà annon­cer qu’il est extrême­ment cri­tique…
      Il sera pub­lié dans quelques mois dans la revue Sociétés plurielles, et bien sûr, disponible sur ce blog !

  3. Bon­jour

    Je vous remer­cie pour vos expli­ca­tions sur les dis­tinc­tions entre matéri­al­isme et idéal­isme.

    Sur un autre sujet. Dans votre exposé vous faites briève­ment allu­sion au point suiv­ant : la divi­sion du tra­vail ne doit pas être con­fon­due avec l’ex­ploita­tion du tra­vail. Pour­riez-vous m’en dire plus (ou me ren­voy­er vers des pub­li­ca­tions qui trait­ent de ce sujet) ?

    Je dois biens dire que, ne con­nais­sant que la société française, je pen­sais que les deux allaient ensem­ble.

    Cor­diale­ment

    1. Bon­jour

      Divis­er le tra­vail, c’est répar­tir les tâch­es de manière spé­ci­fique entre les pro­duc­teurs. Exploiter le tra­vail, c’est capter du tra­vail sans con­trepar­tie (et, dans une forme achevée, vers un non-pro­duc­teur). Les deux choses sont donc tout à fait dif­férentes : on peut imag­in­er une société où le tra­vail est divisé (par exem­ple entre chas­seurs, cul­ti­va­teurs et arti­sans) sans qu’il y ait exploita­tion. Inverse­ment, on peut tout aus­si bien imag­in­er une société de petits cul­ti­va­teurs non spé­cial­isés qui doivent céder une par­tie de leur pro­duc­tion à une classe dom­i­nante de pro­prié­taires fonciers, par exem­ple. Donc, même si au cours de l’his­toire, à très grands traits, les deux phénomènes se sont dévelop­pés à la même très large époque, il faut les dif­férenci­er pour essay­er de com­pren­dre leur rap­port… s’il y en a un.

      Au pas­sage, dans la société française d’au­jour­d’hui, il existe bien sûr une divi­sion du tra­vail où cer­tains sont mieux lotis (et mieux rémunérés) que d’autres. Mais les grandes for­tunes de ce pays n’ont pas de tra­vail spé­ci­fique : elles n’ont pas de tra­vail du tout, et vivent des revenus que leur pro­curent leurs cap­i­taux.

  4. Avatar de Inconnu
    jean bricmont

    L’é­tudi­er, mais com­ment ? En pos­tu­lant que tout trait cul­turel fréquent, ou majori­taire, dérive néces­saire­ment d’un fonde­ment géné­tique dont on ne peut au demeu­rant véri­fi­er l’ex­is­tence par aucune autre voie ? Il faudrait juste­ment lire la lit­téra­ture à ce sujet- Pinker par ex. Ou Chom­sky (qui est poli­tique­ment de l’autre bord) sur la ques­tion de l’in­néisme. Il y a des tas d’é­tudes empiriques sur l’in­né-par ex sur les dif­férences hommes-femmes. Tout cela est ignoré par les sci­ences sociales en France, en par­ti­c­uli­er par les marx­istes. C’est du lyssenkisme appliqué à l’e­sprit. Et le matéri­al­isme sig­ni­fie avant tout une approche sci­en­tifique et donc biologique de l’e­sprit.

    1. “Les marx­istes” en sci­ences sociales, je ne sais pas bien qui c’est. Mais de la lit­téra­ture sur la psy­cholo­gie évo­lu­tion­nist, fig­urez-vous, j’en ai quand même lu un peu (il y a d’ailleurs plusieurs bil­lets sur ce blog qui trait­ent plus spé­ci­fique­ment du sujet et où vos réac­tions auraient davan­tage leur place). Je réitère donc, jusqu’à preuve du con­traire :
      — sur la guerre, l’é­vo psy n’aboutit qu’à des tru­ismes.
      — sur les dif­férences (psy­chiques) hommes — femmes, l’é­vo-psy n’ap­porte pas la preuve que les dif­férences con­statées doivent être attribuées à l’héritage géné­tique plutôt qu’aux con­fig­u­ra­tions sociales (pour le dire autrement : elle n’ap­porte aucune preuve que les con­fig­u­ra­tions sociales s’ex­pliquent par un sub­strat biologique qui les auraient con­traintes, à un degré plus ou moins pronon­cé).
      Pour pren­dre un par­al­lèle, quand on dis­cute économie, on peut bien évidem­ment rechercher com­ment fonc­tionne le cerveau humain, com­ment il recherche le plaisir, et pourquoi il préfère (générale­ment) les glaces au choco­lat plutôt que les coups de pied au der­rière, afin de faire une théorie des choix du con­som­ma­teur. Mais les résul­tats de cette recherche, si raf­finés soient-ils, ne vous diront jamais rien sur les dif­férentes manières dont les sociétés humaines se sont organ­isées pour pro­duire et con­som­mer. Quant aux écon­o­mistes qui pré­ten­dent le con­traire, ils veu­lent faire pass­er, avec plus ou moins de sub­til­ité, les aber­ra­tions de l’or­gan­i­sa­tion cap­i­tal­iste comme l’é­ma­na­tion de la nature humaine.

    2. Avatar de Inconnu
      jean bricmont

      Une vidéo péd­a­gogique sur les dif­férence innées entre les sex­es : https://www.youtube.com/watch?v=m3tiDr4E4LM Toute la série est intéres­sante et démonte un à un les mythes envi­ron­nemen­tal­istes et pré-dar­winiens ayant encore cours en sci­ences humaines. Main­tenant, faut savoir ce qu’on appelle un preuve ; quelles sont les preuves du matéri­al­isme his­torique ?

  5. Bon­jour,

    je pense que je ne me suis pas très bien exprimè. Je crois que je com­prends bien la dif­férence con­ceptuelle entre divi­sion du tra­vail et exploita­tion du tra­vail. Mais je souhait­erai savoir si vous avez con­nais­sance de cas réels et doc­u­men­tés de sociétés où divi­sion du tra­vail ne coïn­cide pas avec exploita­tion du tra­vail ?

    Je crois que je n’ai pas de mal à ”imag­in­er”, comme vous dites, une société où divi­sion et exploita­tion du tra­vail n’i­raient pas ensem­ble, mais trou­ver une société où une telle sit­u­a­tion se réalise me sem­ble plus com­pli­quer.

    D’ailleurs, si j’ai bien com­pris, une société où divi­sion et exploita­tion du tra­vail ne seraient pas syn­onyme était au cœur de l’imag­i­naire social­iste, mais y a t il seule­ment un endroit sur terre où cet imag­i­naire se soit réal­isé ?

    Je vais aller au fond de ma penser. Je pense qu’il faut essay­er de trans­former notre société pour la ren­dre plus égal­i­taire, mais plusieurs voies s’of­frent à nous. Soit nous con­sid­érons que la divi­sion du tra­vail n’est pas un obsta­cle pour for­mer une société égal­i­taire, que la coopéra­tion bien orchestrée peut suf­fire, soit, la divi­sion du tra­vail est un obsta­cle qua­si-insur­montable et nous feri­ons mieux d’engager un mou­ve­ment de dé-divi­sion, de dé-spé­cial­i­sa­tion dans le tra­vail.

    Cor­diale­ment

    1. Bon­soir,

      Je ne veux pas répon­dre pour Christophe, mais il me sem­ble que pour trou­ver de la divi­sion du tra­vail sans exploita­tion, il suf­fit de con­sid­ér­er la divi­sion sex­uelle du tra­vail dans les sociétés sans richesse.

      Par ailleurs, et dans les sociétés mod­ernes, on peut bien trou­ver de la divi­sion du tra­vail dans des struc­tures où il n’y a *a pri­ori* pas d’ex­ploita­tion, comme les admin­is­tra­tions publiques. On en trou­ver aus­si dans des asso­ci­a­tions, formelles ou informelles, à but non lucratif, où les bénév­oles peu­vent endoss­er des tâch­es et respon­s­abil­ités spé­ci­fiques. La ques­tion serait alors de savoir si de telles struc­tures peu­vent devenir majori­taires dans l’or­gan­i­sa­tion de l’é­conomie.

      Mais il me sem­ble qu’on mélange un peu les ques­tions en par­lant de société « égal­i­taire », car même sans exploita­tion il peut y avoir iné­gal­ité de traite­ment (par exem­ple en fonc­tion des com­pé­tences, du statut, de la dif­fi­culté du tra­vail fourni…).

    2. Si l’on regarde le passé — et le présent, hélas – le con­stat est clair : toutes les sociétés à exploita­tion ont aus­si été des sociétés où rég­nait une cer­taine divi­sion du tra­vail, ne serait-ce que pour la rai­son qu’a évo­quée Antoine. Cela dit, et pour nuancer, l’ex­ploita­tion naît dans des sociétés où la divi­sion du tra­vail n’est pas plus poussée que dans les sociétés économique­ment égal­i­taires (en très gros, au Néolithique). En tout état de cause, et ne serait-ce que pour cette rai­son, il est bien dif­fi­cile d’établir un lien de causal­ité entre les deux. Et, je le rap­pelle, l’ex­ploita­tion con­siste avant tout à user de droits per­me­t­tant de s’ap­pro­prier de manière directe ou indi­recte le tra­vail d’autrui : cela n’a donc pas de rap­port immé­di­at avec la ques­tion de savoir com­ment le tra­vail est répar­ti entre les pro­duc­teurs.

      En ce qui con­cerne le devenir de la divi­sion du tra­vail dans une société débar­rassée de l’ex­ploita­tion, imag­i­nons sim­ple­ment que tout indi­vidu doive tra­vailler pour vivre (c’est-à-dire, que la pro­priété lucra­tive ait été abolie) : cela n’abolit nulle­ment la divi­sion du tra­vail, pas plus que le pro­grès tech­nique et l’in­ter­dépen­dance des humains à l’échelle du monde). Mais cela sup­prime à la racine la pos­si­bil­ité de s’en­richir du tra­vail d’autrui.

      Et à cela, on pour­rait tout à fait imag­in­er (mais ce sera à cette société future d’es­say­er des choses et de per­fec­tion­ner con­sciem­ment sa pro­pre ges­tion), que le tra­vail pénible, celui que per­son­ne n’a envie de faire volon­taire­ment, soit lui aus­si répar­ti égale­ment entre tous – pour pren­dre un exem­ple près de moi, qu’à la fac, il n’y ait plus de salariés de ménage ou de can­tine, mais que ces tâch­es soient assurées à tour de rôle par tous les usagers. Cela n’empêcherait nulle­ment les gens de se spé­cialis­er par ailleurs, et le tra­vail d’être divisé. Mais cela chang­erait grande­ment le rap­port à ces tâch­es aujour­d’hui méprisées, et cela évit­erait qu’une frac­tion de la société soit con­damnée à les assumer seule.

    3. J’ai essayé ce week-end d’appliquer les con­cepts de divi­sion du tra­vail et d’exploitation du tra­vail à une sit­u­a­tion que je con­nais un peu, celle des agricul­teurs (je tra­vaille dans le ‘’secteur agri­cole’’), en me posant les ques­tions suiv­antes : le tra­vail des agricul­teurs est-il exploité par les agro-indus­tries ? Ou encore, les agricul­teurs for­ment-ils une classe de tra­vailleurs exploités ?

      Du côté de la divi­sion du tra­vail pas de prob­lème par­ti­c­uli­er. Si on prend l’exemple d’un éleveur laiti­er ‘’clas­sique’’, cette divi­sion me paraît évi­dente. D’un côté, l’éleveur ne pro­duit pas ses semences mais les achète à des semenciers, il achète le cor­recteur azoté néces­saire pour équili­br­er les rations de vach­es haute­ment pro­duc­tives, il achète des engrais minéraux, il achète ses tracteurs,… de l’autre, idem, l’éleveur laiti­er vend une matière pre­mière qui est ensuite trans­for­mée par l’industrie laitière, com­mer­cial­isée par les grandes sur­faces, etc.

      La ques­tion est de savoir si le tra­vail de l’éleveur laiti­er décrit ci-dessus est exploité par les indus­tries de l’aval et de l’amont du secteur agri­cole. La déf­i­ni­tion que vous don­nez de l’exploitation me sem­ble sim­ple à com­pren­dre (« l’ex­ploita­tion con­siste avant tout à user de droits per­me­t­tant de s’ap­pro­prier de manière directe ou indi­recte le tra­vail d’autrui ») mais dif­fi­cile à appli­quer dans ce cas pré­cis.

      Lorsque le prix sur le marché du lait est supérieur au prix de revient, les cam­pagnes sont tran­quilles, l’éleveur peut envis­ager sere­ine­ment l’avenir, il peut inve­stir pour renou­vel­er son out­il de pro­duc­tion, met­tre de l’argent de côté, inve­stir dans l’immobilier, pré­par­er l’avenir de ses enfants, etc. En revanche lorsque les prix bais­sent et que la sit­u­a­tion s’inverse, les man­i­fes­ta­tions fleuris­sent, des dif­fi­cultés de tré­sorerie appa­rais­sent sur les fer­mes, cer­tains éleveurs met­tent la clés sous la porte. Faut-il con­sid­ér­er que l’éleveur laiti­er est tan­tôt exploité, tan­tôt non exploité, en fonc­tion de la fluc­tu­a­tion des prix sur le marché du lait ? Sup­posons que le prix du revient du lait soit de 100e/​L (ce qui soulève au pas­sage un autre prob­lème : ce prix de revient n’est pas le même pour tous) et que le prix du marché soit de 80e/​L. Lorsque l’éleveur vent 1000 L à 80e/​L faut-il con­sid­éré qu’il a ven­du 800 L au prix de revient et que le reste du lait (c’est à dire du fruit de son tra­vail) c’est la lai­terie indus­trielle qui se l’est indi­recte­ment appro­prié ?

      Il y a la ques­tion des prix, mais il y aus­si la ques­tion de la libre con­trac­tu­al­i­sa­tion. Au fond, ne peut-on pas dire sim­ple­ment que, dans la cas de l’éleveur laiti­er qui nous occupe ici, il n’y a pas d’exploitation car per­son­ne ne l’oblige à con­trac­tu­alis­er avec des indus­tries qui ne le rémunère pas suff­isam­ment. Cela dit, a‑t-il vrai­ment le choix ? Il me sem­ble que ce n’est pas très évi­dent de répon­dre à cette ques­tion.

      Il me sem­ble que la déf­i­ni­tion (juridique) que vous pro­posez de l’exploitation n’est pas le con­cept adéquat pour décrire la sit­u­a­tion que j’ai décrite ci-dessus. Mais alors, com­ment qual­i­fi­er la sit­u­a­tion de l’éleveur laiti­er décrite ci-dessus ? Ne faut-il pas envis­ager une autre déf­i­ni­tion de l’exploitation : il y a exploita­tion à chaque fois que l’agriculteur est pris dans une sit­u­a­tion où il n’a pas d’autre choix que d’accepter un échange qui ne lui per­me­t­tra pas d’assurer à min­i­ma la repro­duc­tion de son out­il de pro­duc­tion et de sub­venir à ses besoins vitaux. Que pensez-vous de cette déf­i­ni­tion, qui ne porte donc pas sur les droits ?

      Finale­ment j’ai l’impression que j’ai deux pos­si­bil­ités. Soit je main­tiens une déf­i­ni­tion restreinte de l’exploitation, comme celle que vous pro­posez, mais elle n’est pas adéquate pour com­pren­dre la sit­u­a­tion que j’expose ici (je ne dit pas qu’elle ne soit pas adéquate ailleurs), soit je pro­pose une déf­i­ni­tion plus large, au risque qu’elle englobe des sit­u­a­tions trop divers­es… Je pense que je manque de con­cepts pour bien décrire la sit­u­a­tion que j’ai essayé de vous expos­er.

    4. On quitte là totale­ment le domaine de l’an­thro­polo­gie sociale pour entr­er de plain-pied dans celui de l’é­conomie poli­tique. Et je ne peux faire qu’une réponse cur­sive, parce que pour met­tre le raison­nement en place dans toutes ses dimen­sions, il faudrait un (gros) livre.

      Un point essen­tiel : dans le mécan­isme de l’ex­ploita­tion, j’ai par­lé du rôle des droits, mais il ne faut surtout pas en con­clure que l’ex­ploita­tion ne s’ef­fectue que via des prélève­ment juridique­ment stip­ulés. La rela­tion fon­da­men­tale du cap­i­tal­isme, le salari­at, est une rela­tion juridique­ment libre : per­son­ne ne con­traint le salarié à ven­dre sa force de tra­vail, et son prix (le salaire) est fixé par l’of­fre et la demande du marché. Les écon­o­mistes qui légiti­ment le sys­tème cap­i­tal­iste expliquent depuis tou­jours que cet état de fait est con­tra­dic­toire avec l’ex­ploita­tion, et que les salariés sont payés pour leur tra­vail au juste prix. Une des plus grandes décou­vertes de Marx a été de mon­tr­er que der­rière cette appar­ente équiv­a­lence se nouait un trans­fert sys­té­ma­tique de valeur (pour une présen­ta­tion vul­gar­isée de cette démon­stra­tion, je vous ren­voie au pre­mier essai de mon « Prof­it déchiffré »).

      La rela­tion entre le paysan (pro­prié­taire) et la grande dis­tri­b­u­tion est dif­férente : c’est celle qui pré­vaut entre cap­i­tal­istes de taille iné­gale. Quand le paysan touche une rémunéra­tion qui ne cou­vre pas ses frais et le tra­vail effec­tué, il peut y avoir ana­ly­tique­ment deux caus­es assez dif­férentes, mais dont les effets se con­fondent, ce qui les rend en pra­tique dif­fi­cile à dis­tinguer. Soit la baisse des prix résulte d’une sur­pro­duc­tion (cyclique ou chronique). Cela sig­ni­fie que trop de tra­vail social a été dépen­sé par rap­port au besoins (solv­ables, les seuls qui comptent dans le cap­i­tal­isme). Cela veut dire que le tra­vail privé du paysan n’est pas recon­nu inté­grale­ment comme du tra­vail sociale­ment néces­saire. C’est un gaspillage (tou­jours du point de vue étroit du marché), et la baisse de son prix con­duira à l’élim­i­na­tion d’une par­tie de ce tra­vail, donc du gaspillage cor­re­spon­dant. Dans ce cas, le paysan est mal payé, mais il n’est exploité par per­son­ne – c’est la même chose qu’un chercheur d’or qui n’au­rait rien trou­vé : sa mis­ère ne prof­ite en quelque sorte à per­son­ne.

      C’est une autre affaire lorsque le bas prix des pro­duits agri­coles résulte d’un rap­port de force défa­vor­able avec la grande dis­tri­b­u­tion : là, ce que l’un perd, l’autre le gagne. Et der­rière la belle lib­erté du marché se cache un vol pur et sim­ple, quoique légal. En ce sens (mais en ce sens seule­ment), le paysan (comme tout petit cap­i­tal­iste) est exploité par les cap­i­tal­istes plus gros que lui. Pour autant, par­ler des petits cap­i­tal­istes comme d’une classe exploitée est aus­si trompeur qu’é­clairant. Parce qu’il n’y a aucune fron­tière entre les petits, les moyens et les gros, et parce qu’un petit cap­i­tal­iste est dans une posi­tion où il peut tou­jours espér­er que la roue tourne, et que ce soit lui qui rafle une bonne part du magot. Si on veut, les petits cap­i­tal­istes sont exploités à la marge, et de manière très iné­gale. Les salariés, eux, le sont par déf­i­ni­tion et de manière sys­té­ma­tique.

  6. je vous remer­cie.
    j’ai trou­vé vos vidéos et je vois bien les con­cepts qui me man­quent. je tiens une piste pour pouss­er l’analyse un peu plus loin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut