Un beau week-end dans le Sud-Ouest

Ces derniers jours, j’é­tais invité pour deux man­i­fes­ta­tions dans le sud-ouest de la France. Et même si la dis­tance a impliqué quelques longues heures de voiture, je partage ici le plaisir que j’ai eu à inter­venir en ces occa­sions.
Ce fut d’abord une présen­ta­tion à la théorie économique de Marx, via la ques­tion sim­ple mais fon­da­men­tale : « d’où vient le prof­it ? » (traitée dans la pre­mière par­tie de mon Prof­it déchiffré), devant une classe pré­para­toire du lycée Jean-Bap­tiste de Bau­dre à Agen. Ce fut une séance très agréable avec un pub­lic par­ti­c­ulière­ment atten­tif et une riche dis­cus­sion à la suite de l’ex­posé ; la ques­tion sor­tant du périmètre sco­laire, et la séance ayant lieu en-dehors des heures de cours, je savais que je m’adres­sais à la curiosité dés­in­téressée – et donc, d’au­tant plus appré­cia­ble – de mes spec­ta­teurs. Et je ne peux ter­min­er sur ce point sans saluer Lau­rent Desplats, l’en­seignant à l’o­rig­ine de cette ini­tia­tive (et de bien d’autres dans la même veine), qui m’a paru aus­si pop­u­laire que pas­sion­né.
Ce fut ensuite une inter­ven­tion au GREP (groupe d’é­d­u­ca­tion pop­u­laire) de Saint-Gau­dens, en duo avec mon com­père Jean-Marc Pétil­lon, pour dis­cuter des orig­ines (loin­taines) et de l’avenir (com­pro­mis) de la dom­i­na­tion mas­cu­line. La salle était mag­nifique, avec en par­ti­c­uli­er un sys­tème de video-pro­jec­tion sur grand écran qui rendait hom­mage à nos dia­pos­i­tives. Quant au pub­lic, il était fort nom­breux et il a ani­mé une dis­cus­sion aus­si frater­nelle que fournie qui, comme il se doit, s’est ter­minée au restau­rant devant quelques con­fits de canard.
Comme les gens du GREP font les choses en grand – sous l’im­pul­sion, en par­ti­c­uli­er, de son prin­ci­pal ani­ma­teur, René Der­vaux – la video com­plète de la soirée est d’ores et déjà disponible ! En prime, la retran­scrip­tion inté­grale de la con­férence et des débats sera pub­liée dans quelques temps…

13 commentaires

  1. Con­férence intéres­sante qui m’au­ra fait appren­dre quelques trucs en plus.

    En com­plé­ment je rajouterai ceci :

    - Le dimor­phisme sex­uel était moins pronon­cé voire qua­si-absent avant le Néolithique, chose qui est inter­prétée comme étant le signe d’une répar­ti­tion égal­i­taire de la nour­ri­t­ure. (de mémoire c’est les Del­luc qui en par­lent dans leur livre “Le sexe au temps des Cro-Magnon”). C’est dit ici en par­tie vers la fin dans la con­férence mais pas de manière aus­si affir­mée.

    - Des analy­ses géné­tiques ont déter­miné que les femmes du Paléolithique supérieur (celles qui ont été analysées du moins) prove­naient des autres tribus et non l’in­verse (j’ai oublié la source, mais c’est un papi­er trou­vable en ligne).

    - Pour ce qui est de la durée de l’al­laite­ment au Paléo qui retar­dait vraisem­blable­ment les futures fécon­da­tions, les Del­luc par­lent (de mémoire) plutôt d’un enfan­te­ment tous les 5 ans plutôt que tous les 3 ans comme dit ici dans la con­férence.

    - Les neu­ro­sciences con­fir­ment de plus en plus une absence de dif­férences selon le sexe au sujet de la struc­tura­tion et du fonc­tion­nement psy­chique. Tout sem­ble plutôt ten­dre vers un fonc­tion­nement acquis cul­turelle­ment en prove­nance des habi­tudes de l’en­tourage quo­ti­di­en des pre­mières années, plutôt que inné par géné­tique ou genre sex­uel. La taille du cerveau n’in­flue a pri­ori sur rien du tout. Celui d’E­in­stein par exem­ple était plus petit que celui observé en moyenne chez les femmes.

    - Pour ce qui est de l’hy­pothèse d’in­fan­ti­cides au Paléolithique pour réguler les nais­sances comme le com­para­tisme éthno­graphique avec des pop­u­la­tions sub­actuelles per­met éventuelle­ment de l’en­vis­ager, ça deman­derait de véri­fi­er s’il existe des obser­va­tions archéologiques de bébés assas­s­inés dès leur venue au monde pour ten­dre à con­firmer cette hypothèse.

    1. Bon­jour,

      Mer­ci pour vos com­men­taires. En com­plé­ment aux remar­ques de Christophe que je partage : sur les analy­ses géné­tiques, l’é­tude que vous évo­quez est peut-être celle parue l’an­née dernière dans les PNAS (https://doi.org/10.1073/pnas.1706355114), mais elle porte sur une péri­ode plus récente que le Paléolithique (début de l’âge du Bronze).

      Pour le Paléolithique supérieur, un des résul­tats les plus récents ren­voy­ant un peu à la même ques­tion est l’é­tude paléogéné­tique des squelettes de Sun­gir (https://doi.org/10.1126/science.aao1807): elle mon­tre que les indi­vidus inhumés dans une même nécro­p­ole, datée vers ‑34000, provi­en­nent de pop­u­la­tions aux effec­tifs faibles mais présen­tent des degrés de par­en­té assez éloignés, ce qui sug­gère l’ex­is­tence de réseaux d’ex­ogamie éten­dus (on va chercher loin ses parte­naires). En revanche, sauf erreur, il ne me sem­ble pas qu’une dif­férence hommes/​femmes soit évo­quée.

  2. Bon­jour

    Sur le dimor­phisme sex­uel, je suis un peu sur­pris de votre affir­ma­tion (et je ne crois pas que nous ayons dit quelque chose sur ce point durant la con­férence). J’ai feuil­leté le livre de Del­luc, mais je ne trou­ve rien en ce sens. À quelle page le pas­sage dont vous par­lez se trou­ve-t-il ?

    Sur l’al­laite­ment, j’avais effec­tive­ment en tête des espace­ments de nais­sances un peu plus longs. Cela dit, sur la démo­gra­phie des chas­seurs-cueilleurs, il s’écrit des choses ass­es con­tra­dic­toires. Une récente étude (que je pour­rais retrou­ver) affirme ain­si qu’il n’y a pas de dif­férence notable de natal­ité avec les agricul­teurs… Et d’ac­cord avec vous sur les infan­ti­cides, bien qu’il ne soit pas absurde de sup­pos­er que les mêmes caus­es (le nomadisme) aient pu pro­duire les mêmes effets – chez les Aus­traliens, la régu­la­tion des nais­sances est une con­séquence de l’in­fan­ti­cide, mais elle n’est pas un objec­tif. Si on tue les nour­ris­sons, c’est parce qu’une mère ne peut pas porter deux enfants en même temps.

    Enfin, sur les neu­ro­sciences, je ne suis pas du tout cer­tain qu’elles con­fir­ment de plus en plus en plus quoi que ce soit. De ma fenêtre, j’ai l’im­pres­sion que les affir­ma­tions con­tra­dic­toires se mul­ti­plient, et le pro­fane a bien du mal à se faire un avis dans une polémique qui ne se dis­tingue pas tou­jours par sa sérénité…

  3. D’ac­cord avec tout ce qu’ont dit Christophe et Jean-Marc, avec en com­plé­ment :
    — Pour le dimor­phisme sex­uel moins pronon­cé avant le Néolithique, c’est évidem­ment faux. C’est même plutôt le con­traire, avec des indi­vidus mésolithiques et du Paléo sup glob­ale­ment plus robustes que ceux qui leur suc­céderont et une dif­férence homme/​femme plutôt plus mar­quée (en moyenne, évidem­ment : il peut exis­ter des maigri­chons et des femmes robustes).
    — Je pense que sur la durée de l’al­laite­ment au Paléo, les Del­luc en savent autant que les autres, c’est-à-dire que-dalle. Chez les chas­seurs-cueilleurs actuels ou sub­actuels, c’est en gros entre deux et qua­tre ans, selon en par­ti­c­uli­er s’ils sont ou non nomades, mais ça peut aller au-delà (chez les !Kung, par exem­ple, ça dépasse facile­ment qua­tre ans).
    — Des nou­veaux-nés et nour­ris­sons on en a plein en archéolo­gie, y com­pris quelques-uns pour le Paléolithique. Mais il est à peu près impos­si­ble de dire s’ils ont été tués ou pas. Par con­tre, les enfants tués à la mort d’un par­ent, c’est quelque chose d’ex­trême­ment répan­du, et pas seule­ment chez les chas­seurs-cueilleurs. Mais je ne con­nais aucune source ethno­graphique qui dit que c’est pour réguler les nais­sances.
    — Enfin, sur la pub­li­ca­tion de Siko­ra et al (Sun­gir), il y a surtout de quoi bien rigol­er, comme tout ce qui est anthro­polo­gie sociale faite par des paléogénéti­ciens. Sun­gir, c’est six indi­vidus analysés, pour un recrute­ment incon­nu (déjà, il y a cinq hommes sur les six, le dernier étant de sexe indéter­miné, ce qui est par­ti­c­ulière­ment louche) et une durée incon­nue (même si deux au moins ont été inhumés en même temps). Qu’on par­le de réseaux d’ex­ogamie éten­due à par­tir de ça, soyons sérieux : c’est peut-être bon pour gag­n­er à la course à l’im­pact fac­tor, mais c’est de la sci­ence à deux balles. Le seul intérêt de cette pub­li­ca­tion est d’avoir démon­tré que les deux fameux enfants étaient deux garçons, et non un garçon et une fille, ce qui mon­tre en pas­sant que la déter­mi­na­tion du sexe chez les enfants à par­tir des restes osseux, c’est équiv­a­lent à un tirage au sort (là, 50 % de bon, on y est pile-poil).

  4. Mer­ci à BB pour cette nou­velle inter­ven­tion fort bien ajustée (et je dois l’avouer, mal­gré mes efforts, je n’ai tou­jours pas dev­iné qui se cache der­rière ces ini­tiales, et ma seule hypothèse reste assez peu con­va­in­cante). Une remar­que : je ne vois pas en quoi le dimor­phisme sex­uel plus ou moins pronon­cé pour­rait être inter­prété comme un signe de répar­ti­tion plus ou moins iné­gal­i­taire de la nour­ri­t­ure. A la rigueur, ce raison­nement peut être tenu pour une même pop­u­la­tion (au pat­ri­moine géné­tique don­né), mais lorsqu’il s’ag­it de pop­u­la­tions dif­férentes, je ne vois pas…

    1. Allez, un indice : je serai ton voisin de pub­li­ca­tion sous peu (avec les ini­tiales, tu devrais trou­ver sans trop d’ef­fort cette fois ;-)).
      Entière­ment d’ac­cord avec ta remar­que.
      J’en prof­ite pour dire qu’il y a tout de même un élé­ment intéres­sant que je n’ai pas men­tion­né dans la pub­li­ca­tion sur la paléogénomique de Sun­gir : les deux garçons de la sépul­ture dou­ble ne sont pas frères. En fait, ils ne sont pas par­ents jusqu’au troisième degré, dix­it les auteurs. Le souci, c’est qu’on n’ar­rive pas à com­pren­dre ce que sig­ni­fie le 3e degré en clair. Par exem­ple, peu­vent-ils être cousins (donc pourquoi pas frères au niveau clas­si­fi­ca­toire) ? J’ai soumis la ques­tion à une paléogénéti­ci­enne aver­tie et elle n’a pas été capa­ble de me répon­dre, parce que ça dépend du logi­ciel de bio­sta­tis­tique util­isé et d’autres paramètres tels que la vari­abil­ité dans la pop­u­la­tion. Bref, la morale c’est que : 1/​les généti­ciens et les archéo­logues, c’est un peu un dia­logue de sourds, prob­lème qu’il fau­dra régler à l’avenir ; 2/​con­traire­ment à ce qu’on lit un peu partout, l’ADN ancien est encore loin de pou­voir répon­dre pré­cisé­ment aux ques­tions de par­en­té, même biologique…
      Mais là, on s’éloigne un peu du sujet du bil­let !

    2. Ca y est ! J’ai trou­vé – bien aidé, je dois l’avouer, par des amis com­muns qui eux aus­si avaient planché sur l’énigme avant d’avoir cet indice. Je ne crois pas que nous ayons eu l’oc­ca­sion de nous ren­con­tr­er physique­ment, mais j’en­tends par­ler de toi depuis longtemps, et je suis ravi d’avoir tes éclairages sur ce blog, fussent-ils occa­sion­nels.

      J’en prof­ite pour rebondir sur la régu­la­tion des nais­sances chez les chas­seurs-cueilleurs. Je crois que c’est un truc qui a de quoi don­ner du fil à retor­dre. Spon­tané­ment, on a ten­dance à penser que l’in­fan­ti­cide et l’e­space­ment des grossess­es agis­sent de fac­to comme une lim­i­ta­tion des nais­sances. Et on est ten­ter d’in­ter­préter cela comme un avan­tage, ou une néces­sité, pour ne pas épuis­er les ressources. Pour­tant, en effet, cette néces­sité ne sem­ble presque jamais se traduire dans les con­sciences de ces peu­ples, qui à ma con­nais­sance n’ex­pri­ment pas la volon­té de restrein­dre leur nom­bre – je mets un bémol, parce qu’il me sem­ble que chez les Inu­its, cer­tains infan­ti­cides de filles sont jus­ti­fiés par l’im­pos­si­bil­ité de nour­rir trop de femmes par rap­port au nom­bre de chas­seurs.

  5. Aaah ! Bra­vo ! Bon, je ne me cachais tout de même pas. Effec­tive­ment, nous ne nous sommes jamais croisés. Ayant quit­té Paris, j’ai dû lâch­er les sémi­naires d’Alain Tes­tart mi-2004, et je crois que ce n’est qu’après que tu les as fréquen­tés. Et nous n’avons pas eu la chance de nous retrou­ver dans un col­loque ou autre table ronde. J’e­spère bien que cela ne va pas dur­er. Mais je suis tes pub­li­ca­tions, papi­er et ici, depuis bien longtemps : les anthro­po­logues soci­aux capa­bles de crois­er leurs prob­lé­ma­tiques avec celles des archéo­logues sont telle­ment rares (à part feu Alain, toi et Guille-Escuret, mais qui est un peu loup soli­taire, je n’en con­nais pas de réelle­ment intéres­sant). C’est vrai que je ne suis pas beau­coup inter­venu sur le blog, mais parce que je n’ai sou­vent rien à rajouter à tes excel­lents bil­lets (et ceux qui me con­nais­sent savent que je ne flat­te pas gratos…). Et si par hasard c’est le cas, en général Mau­rice ou Jean-Marc m’ont devancé ! Mais je nour­ris mes neu­rones ! En fait, j’avais fait une longue inter­ven­tion une fois, à pro­pos d’une énigme qui n’en était pas une (http://cdarmangeat.blogspot.fr/2014/04/enigme-prehistorique.html), pour faire un “cours” de paléodé­mo­gra­phie et expli­quer qu’il ne faut pas con­fon­dre espérance de vie à la nais­sance et durée de vie, mais une fausse manip avait tout effacé avant que je pub­lie le com­men­taire, et je n’avais pas eu le temps de recom­mencer sur le moment, puis c’é­tait tombé aux oubli­ettes.

    À pro­pos de ton rebond, la ques­tion des raisons sous-jacentes qui pour­raient exis­ter der­rière les moti­va­tions alléguées mérite effec­tive­ment d’être posée . Mais, comme tu le soulignes, ça n’a rien d’év­i­dent. Ce que tu dis à pro­pos des Inu­its me rap­pelle quelque chose, mais je n’ar­rive pas à resituer. Je me demande si ce n’est pas chez Kel­ly, mais il faudrait que je relise… À pro­pos de lec­ture, quelques références qui peu­vent éventuelle­ment t’in­téress­er (ou d’autres éventuelle­ment), si tu ne les con­nais évidem­ment pas déjà, à pro­pos de l’in­fan­ti­cide, l’al­laite­ment, et plus générale­ment l’en­fance chez les chas­seurs-cueilleurs :
    — Il y a quelques don­nées générales dans “Le monde jusqu’à hier”, de Jared Dia­mond. Mais, bon, c’est Jared Dia­mond et inutile de dépenser inutile­ment des sous si on n’a pas déjà le bouquin qui sert de cale à une quel­conque armoire (no com­ment…).
    — Sur les !Kung en par­ti­c­uli­er, il faut con­sul­ter le mer­veilleux bouquin de Nan­cy How­ell “Demog­ra­phy of the Dobe !Kung” (New York, Aldine de Gruyter, 1979 [2000 pour la Sec­ond Edi­tion].
    — Il y a un excel­lent livre , avec plein de don­nées de toutes sortes, vrai­ment intéres­sant : “Hunter-Gath­er­er Child­hoods. Évo­lu­tion­ary, Devel­op­men­tal & Cul­tur­al Per­spec­tives” (B. S. Hewlett et M. E. Lamb eds., New Brunswick, Trans­ac­tion Pub­lish­ers, 2005 [2007 pour la paper­back ver­sion, net­te­ment moins ruineuse, comme tou­jours]).
    — Plus spé­ci­fique­ment sur l’in­fan­ti­cide et le con­trôle des nais­sances, il y a évidem­ment la par­tie V, notam­ment la con­tri­bu­tion de Bird­sell et la dis­cus­sion qui suit, de l’his­torique et incon­tourn­able “Man the Hunter” (R. B. Lee et I. Devore eds., New York, Aldine de Gruyter, 1968).
    — Ain­si que la par­tie “Repro­duc­tion and Cul­tur­al Con­trols” (p. 186–193) du bouquin de R. L. Kel­ly évo­qué plus haut, “The Life­ways of Hunter-Gath­er­ers. The For­ag­ing Spec­trum” (Cam­bridge, Cam­bride Uni­ver­si­ty Press, 1995 [2013 pour la sec­onde édi­tion]. Je pré­cise quand même que tout le bouquin est bien (ce qui ne veut pas dire que je suis d’ac­cord avec tout).
    Avec ça, il y a déjà de quoi s’oc­cu­per et méditer !

    1. Un grand mer­ci, pour les com­pli­ments comme pour le reste ! Je me rep­longerai sûre­ment un de ces jours dans ces ques­tions de démo­gra­phie ; mon texte sur le sur­plus m’a déjà don­né pas mal de fil à retor­dre, et j’ai le sen­ti­ment que je n’en ai pas fini de retourn­er toutes ces ques­tions sous dif­férents angles avant de pou­voir dire que tout est en ordre. Mais pour le moment, j’ai un pro­gramme de boulot très chargé (dont quelque chose de copieux en col­lab­o­ra­tion avec le « loup soli­taire ») et je ne pour­rai pas me mobilis­er là-dessus avant plusieurs mois.

      Sur un chapitre dif­férent, puisque je te tiens, as-tu des idées sur la thèse de Priscille Touraille, que tu con­nais peut-être, con­cer­nant l’o­rig­ine (par­tielle­ment) cul­turelle du dimor­phisme sex­uel chez les humains ? Ce truc m’in­trigue depuis longtemps, car je me dis à la fois qu’elle cherche à qua­torze heures une expli­ca­tion qui se trou­ve à midi (en clair : le dimor­phisme sex­uel existe chez tous les pri­mates, et il n’y a pas besoin d’une expli­ca­tion spé­ci­fique­ment humaine), et en même temps, que ça ne peut pas être aus­si sim­ple que cela…

    2. Je t’as­sure que les com­pli­ments sont tout à fait mérités ! Je vois que nous sommes tous dans la même galère : il nous faudrait des journées de trente heures et des semaines de dix jours, et encore nous n’ar­rive­ri­ons pas à faire tout ce que nous voulons. Pour ma part, je trou­ve par­fois dép­ri­mant le seul fait que je n’ar­rive même pas à lire aus­si vite que les arti­cles ou les bouquins sor­tent. Alors quand en plus il faut réfléchir, écrire, tra­vailler sur des séries osseuses (en ce qui me con­cerne), on se rend vite compte que l’on ne peut pas tout faire et que nous sommes con­damnés à faire des choix.

      Tu veux pour­rir mon dimanche, à ce que je vois ! Priscille Touraille.… Aie, aie, aie… En toute hon­nêteté, je n’ai lu ni sa thèse ni le bouquin qu’elle en a tiré (j’ai autre chose à faire de plus intéres­sant, cf. ci-dessus), mais je n’en con­nais que trop le con­tenu général. D’ailleurs, nous avons eu un échange il y a peu de temps sur le sujet, avec un autre Christophe que tu con­nais peut-être, et je ne peux que te ren­voy­er au bil­let qu’il a écrit suite à cet échange, qui retran­scrit par­faite­ment le fond de ma pen­sée : https://blogs.mediapart.fr/christophe-lemardele/blog/261117/femmeshommes-le-dimorphisme-sexuel (avec une belle con­férence de Clau­dine Junien en lien à la fin). Mais sinon, pour résumer, même si on est encore loin de tout con­naître sur le dimor­phisme sex­uel, la théorie Touraille ne repose que sur un empile­ment de creux sur du vide, avec pour seul fil con­duc­teur une idéolo­gie bien dans l’air du temps. Je t’in­vite d’ailleurs à aller regarder une vidéo de la miss que je trou­ve édi­fi­ante : https://webcast.in2p3.fr/video/1000_chercheurs_priscille_touraille. Mais tous les sci­en­tifiques sérieux rigo­lent bien, quand ils ne sont pas vent debout pour expli­quer que c’est n’im­porte quoi (un con­den­sé de dif­férents avis ici : http://www.slate.fr/story/155300/patriarcat-steak-existe-pas).
      En fait, pour com­pren­dre le buzz, il faut resituer cette his­toire. Touraille sou­tient sa thèse en 2005, et elle en tire un bouquin qui est pub­lié en 2008. Bon, si les sci­en­tifiques avaient con­sid­éré que c’é­tait une piste promet­teuse, ça se serait agité à ce moment-là. Or, tel n’est point le cas, puisque ça n’ex­plose qu’en novem­bre de l’an passé. Et pourquoi donc ? Parce que Françoise Héri­ti­er décède. Or, elle avait accordé au Monde quelques jours avant sa mort une inter­view où elle men­tion­nait les travaux de son élève, puisqu’il s’ag­it bien de cela, Touraille est une élève d’Héri­ti­er. Bon, déjà, pour ceux qui con­nais­sent Héri­ti­er, ça explique des choses (je ne vais pas m’é­ten­dre sur Héri­ti­er, mais si on regarde de près ce qu’elle a fait et si on enlève tout ce qui est struc­tural­isme dépassé et doc­trine pure­ment fémin­iste, la portée de ses travaux est tout de même très mod­este ; Lemardelé a aus­si fait un bil­let dans ce sens). Bref, suite à l’in­ter­view, une jour­nal­iste s’in­téresse à “la Touraille” et lui con­sacre un arti­cle dans l’heb­do­madaire “Le 1”. Et de là, je cite, “la presse française s’est ruée sur cette infor­ma­tion dis­rup­tive, cal­i­brée pour faire du clic, aux forts accents fémin­istes”. Et voilà com­ment une thèse sup­por­t­ant une théorie non argu­men­tée, sans intérêt et rejetée par la qua­si-total­ité de la com­mu­nauté sci­en­tifique, s’est retrou­vée sur le devant de la scène 12 ans après avoir été soutenue. Finale­ment, il suf­fit quand même de peu de choses pour sor­tir de l’om­bre : un bon con­texte (cer­tains évène­ments de 2017 ont bien aidé), un petit décès, et un appât à médias. Et dire que pen­dant ce temps-là il y a des gens qui font de l’ex­cel­lente recherche et aux­quels les médias ne s’in­téressent jamais…

      Ces his­toires de fémin­istes me font penser qu’il faut que je t’en­voie un somptueux texte sur la femme. Tu le con­nais peut-être déjà, mais sinon ça va sûre­ment t’a­muser…

  6. coucou, je passe donc ici pour poster ma réponse à notre petit échange, pour ceux qui veu­lent voir le début et com­pren­dre le con­texte ce sont les derniers com­men­taires sur la vidéo YouTube.

    et ma réponse donc, mer­ci !
    @Christophe Dar­mangeat je ne suis pas spé­cial­iste mais en viel informaticien/​matheux ayant gran­di dans cette péri­ode l’ex­pli­ca­tion des PCs à la mai­son réservé aux garçons me sem­ble plus que dou­teuse et dif­fi­cile à véri­fi­er sci­en­tifique­ment… pour la France en tout cas je ne suis pas per­suadé du tout, ni par les preuves, la méthodolo­gie (une sim­ple cor­réla­tion) ou la théorie der­rière. per­so le genre d’ex­pli­ca­tion pro­posées (prudem­ment) dans cet arti­cle par exem­ple, me sem­ble bien plus raisonnables… https://today.ttu.edu/posts/2021/09/Stories/why-is-computer-science-unpopular-among-women sur votre point de vue et son impact sur vos posi­tions, il suf­fit froide­ment de regarder la vidéo et de con­stater que : — sur vos domaines d’ex­per­tise, même lorsqu’on sent votre con­vic­tion, vous prenez tou­jours grand soin de pré­cis­er que rien n’est cer­tain, qu’on ne sait pas, que ce sont vos inter­pré­ta­tions etc (tout à votre hon­neur) — sur votre exposé sur la dom­i­na­tion des femmes dans l’his­toire tout ça passe à la trappe, bien que vous pré­cisiez dès le départ qu’il s’ag­it cette fois d’opin­ions, vous agré­mentez de don­nées et théories sans plus aucune retenue quand à leur valid­ité ou à la méthodolo­gie etc. mais c’est pas grave hein, on est tous coupables de ces biais, même en les con­nais­sant. et vos réponse, votre tra­vail dans votre domaine d’ex­per­tise et vos posi­tions en général mon­trent qu’il n’y a aucune mal­ice là dedans et surtout une volon­té de dia­logue. je suis fan 😉

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