« La guerre préhistorique » (Nota Bene) désormais sur YouTube

L’entretien que j’avais eu il y a quelques mois avec Ben­jamin Bril­laud, alias Nota Bene, à pro­pos de la guerre chez les chas­seurs-cueilleurs, est doré­na­vant disponible sur YouTube (avec quelques échanges très intéres­sants dans les com­men­taires). C’est ici :

14 commentaires

  1. Eh bien encore bra­vo pour l’ex­posé ! Claire, avec des exem­ples con­crets et des anec­dotes enjouées. Ques­tion au sujet de la “vengeance” comme prin­ci­pale cause des guer­res chez les chas­seurs-cueilleuses. Vengeance tient plus de la morale, je crois, comme la jalousie par exem­ple. Chus en tabarnac (comme on dit au Québec) donc je t’en crisse une sur la yeule ! On peut se deman­der pourquoi je suis en colère ? Quel est donc le fait qui con­duit à la vengeance ? Il est dit que ce ne sont pas le rapt des femmes. Dans l’ex­posé on par­le d’un bout de ter­ri­toire ; est-ce une ques­tion de ressources ?

    1. Je ne crois pas que la vengeance tienne seule­ment de la morale. La morale, ou les sen­ti­ments, s’ac­crochent ici sur des mécan­ismes de défense tout à fait objec­tifs et rationnels. En l’oc­cur­rence, la vengeance procède d’une sorte d’équili­bre de la dis­sua­sion : si un groupe nous fait du tort, il n’y trou­vera aucun béné­fice. En l’ab­sence d’E­tat, c’est ain­si que les humains se tien­nent en respect les uns les autres.

    2. Je suis d’ac­cord avec l’e­sprit de ce qu’est une vengeance. Mais j’imag­ine que le tort, juste­ment, est quelque chose de con­cret ? vol ? rapt ? destruc­tion ? incur­sion dans le ter­ri­toire ? homi­cide ?

    3. super mer­ci ! La table de syn­thèse mon­tre 71 cas de droit sur les femmes (bonne tra­duc­tion?) sur 110 con­nus. Ce serait donc la cause majori­taire ?

  2. Bon­jour. J’ar­rive ici par hasard ou presque. Je viens de ter­min­er la lec­ture d’un petit roman graphique con­sacré à Anacaona, une des caciques du peu­ple Taïno ayant décou­vert… Christophe Colomb. Elle-même et son peu­ple ont été mas­sacrés, eth­no­cidés. Mais ma ques­tion — trop grande, trop naïve — c’est pourquoi la vio­lence était du côté des Européens et à ce niveau là ?

    1. Pourquoi les Européens étaient-ils si vio­lents lors de la Con­quête ? Non pas que les autochtones ne l’é­taient pas mais les Européens sem­blent l’avoir été avec un raf­fine­ment de sadisme et de cru­auté jamais vus. Après avoir papil­lon­né sur Inter­net, j’ai trou­vé une réponse intéres­sante :

      “Le colo­nial­isme de peu­ple­ment con­tient la vio­lence ou la men­ace de la vio­lence. Les gens n’abandonnent pas leurs ter­res, leurs ressources, leurs enfants et leur futur sans com­bat­tre, et leur résis­tance sus­cite la vio­lence des colons. En util­isant la force req­uise par ses des­seins expan­sion­nistes, un régime colo­nial insti­tu­tion­nalise la vio­lence. Le con­flit entre colons et indigènes n’est par con­séquent pas le pro­duit de dif­férences cul­turelles ou de malen­ten­dus, et les colonisés ne sont pas aus­si vio­lents que les colonisa­teurs. Le colo­nial­isme euro-améri­cain et la mon­di­al­i­sa­tion cap­i­tal­iste ont dès le début des pen­chants géno­cidaires” (Rox­anne Dun­bar-Ortiz, Con­tre-His­toire des États-Unis, 2018)

      Qu’en dites vous ?

    2. Je ne suis pas spé­cial­iste de ces ques­tions. Mais il est cer­tain que la soif de pil­lage et de con­quête (et la supéri­or­ité de l’arme­ment) a don­né libre cours aux pires com­porte­ments. Je ne suis pas cer­tain qu’on puisse par­ler de « pen­chants géno­cidaires », dans la mesure où les colons eux-mêmes ont par­fois déploré le manque de main d’oeu­vre pour leurs entre­pris­es. En revanche, dans bien des cas, le géno­cide a été un résul­tat de leur action – je crois bien que dans les Amériques, entre la vio­lence physique, la destruc­tura­tion des économies locales et les agents infec­tions, les pop­u­la­tions locales ont été réduites des neuf dix­ièmes en quelques décen­nies.

  3. Le débat sur le géno­cide des Amérin­di­ens porte en effet sur l’in­ten­tion­nal­ité (les Européens sont-ils coupables ou respon­s­ables ? doit-on par­tir de la déf­i­ni­tion juridique du terme qui est assez exten­sive ou celle plus restric­tive des his­to­riens spé­cial­istes du phénomène comme Joël Kotek ?).
    C’est pourquoi Robert Jaulin (“la paix blanche”) a par­lé d’eth­no­cide car cela ren­voie à l’in­ten­tion de faire dis­paraître un peu­ple non pas physique­ment mais dans sa déf­i­ni­tion sociale et poli­tique, faire dis­paraître l’i­den­tité d’un peu­ple (par la coloni­sa­tion poli­tique, religieuse, géo­graphique, …). Der­rière l’idée du “pen­chant géno­cidaire”, il y a sans doute celle qui ani­me les Espag­nols au même moment, en Europe, lorsque les sou­verains espag­nols expul­saient les juifs au nom de la “pureté du sang” (“limpieza de san­gre”). Colomb était égale­ment motivé par cet élan mil­lé­nar­iste, con­fon­dant la “Recon­quista” avec la “Con­quista” out­re-Atlan­tique. Mais con­traire­ment aux juifs qui ne pou­vaient pas /​plus se con­ver­tir, expul­sés d’Es­pagne en tant que “genos” à part entière, les pop­u­la­tions amérin­di­ennes pou­vaient l’être, pou­vaient entr­er, de force, dans le peu­ple chré­tien. Cela monte en effet que l’in­ten­tion géno­cidaire ne tient pas, que la con­ver­sion for­cée sou­tient toute­fois mieux l’hy­pothèse eth­no­cidaire mais je me demande à quel point la con­ver­sion a été sys­té­ma­tique, immé­di­ate et pourquoi, même faite, elle n’a pas empêché l’en­comien­da, les vio­lences extrêmes.

  4. Au fond, par­ler d’eth­no­cide cul­pa­bilise davan­tage les Européens alors qu’un géno­cide con­séquen­tiel n’en font que des respon­s­ables.

  5. P.-S. J’ai pu vous écouter sur la chaîne de Note Bene et c’é­tait pas­sion­nant. Votre blog est égale­ment une mine ! Mer­ci pour votre générosité.

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