Le XYZ de la lâcheté politique

Ain­si, le gou­verne­ment vient d’an­non­cer le retrait des ABCD de l’é­gal­ité, ce sup­port péd­a­gogique de sen­si­bil­i­sa­tion au sex­isme qui avait cristallisé la fureur des réac­tion­naires catholiques et musul­mans. Bien qu’il s’en défende, c’est évidem­ment une capit­u­la­tion en rase cam­pagne – une de plus. Pas un calotin ne lui en sera gré ; en revanche, ce geste con­tribuera à désori­en­ter ceux qui voy­aient dans ce gou­verne­ment social­iste, à défaut de mieux, un rem­part relatif sur ce ter­rain.

J’avais déjà dis­cuté dans ce bil­let des rec­u­lades ver­bales et de la pusil­la­nim­ité de Peil­lon sur la ques­tion dite du genre. À présent que la messe est dite, j’aimerais ajouter quelques con­sid­éra­tions poli­tiques.

Sur les ques­tions qui touchent aux intérêts matériels et moraux de la bour­geoisie, qu’il s’agisse des licen­ciements, de la fis­cal­ité, des salaires ou des retraites (liste non lim­i­ta­tive), il est dans l’or­dre des choses que le PS soit le servi­teur fidèle et dévoué de la classe cap­i­tal­iste. On com­mé­more pré­cisé­ment cette année le début de la Pre­mière Boucherie mon­di­ale, qui vit les direc­tions des dif­férents par­tis social­istes trahir presque unanime­ment leur idéal pour rejoin­dre « l’U­nion sacrée ». Il va de soi que ce pas­sage avec armes et bagages dans les rangs de la bour­geoisie fut défini­tif, et l’on n’en fini­rait pas d’énumér­er les cir­con­stances où, depuis un siè­cle, les « social­istes » des divers pays lui ont con­fir­mé leur dévoue­ment – con­traire­ment à ce que cer­tains voudraient faire croire, tout cela ne date pas du « tour­nant néolibéral », et le « social­isme » (suivi quelques années plus tard du « com­mu­nisme » stal­in­ien) a été « social-bour­geois » bien avant d’être « social-libéral ».

On pour­rait cepen­dant se dire que sur des ques­tions socié­tales, où les intérêts de la bour­geoisie ne sont nulle­ment en cause, les social­istes pour­raient au moins faire preuve d’un peu de fer­meté, ne serait-ce que pour con­sol­er à peu de frais leur élec­torat de leur poli­tique économique ; ain­si sur l’é­gal­ité hommes-femmes, qui n’est pas spé­ciale­ment un thème de « gauche », si tant est que ce mot veuille dire quelque chose. Mais si Hol­lande a été capa­ble de tenir bon sur le « mariage pour tous », cette petite avancée a épuisé l’in­té­gral­ité de son énergie et de son courage, ain­si que ceux de ses min­istres. Sur tout le reste (PMA, enseigne­ment dit « du genre »…) il a suf­fi que les grenouilles de béni­ti­er, les crânes rasés et les bar­bus don­nent de la voix pour que le gou­verne­ment clame sa volon­té d’a­paise­ment… en cédant sur toute la ligne le ter­rain à ses adver­saires. Les bien inno­cents (mais encore trop rad­i­caux) ABCD de l’é­gal­ité seront donc mis aux oubli­ettes ; « L’aile gauche » du PS, en la per­son­ne de Benoît Hamon, aura mon­tré de quel bois pour­ri elle était faite, et les sex­istes mil­i­tants pour­ront se tar­guer d’avoir mar­qué un point (ce qu’ils ont d’ores et déjà com­mencé à faire fort bruyam­ment).

En 1984, la droite et l’ex­trême-droite mobil­isées
fai­saient reculer le gou­verne­ment Mau­roy…
con­tribuant ain­si à l’es­sor du Front Nation­al.

Cette lâcheté poli­tique des social­istes, sur les petites choses comme sur les grandes, est aus­si vieille que leur réformisme. Il y a un peu plus de trente ans, F. Mit­ter­rand his­sait le dra­peau blanc devant les défenseurs de l’é­cole dite libre – qui ressem­blaient comme deux gouttes d’eau aux par­tic­i­pants des récentes « man­i­fs pour tous ». Depuis 1981, la promesse de don­ner un droit de vote lim­ité aux étrangers est ressor­tie des plac­ards à chaque élec­tion, avant d’être remise à chaque fois aux cal­en­des grec­ques. Et il y a soix­ante ans, quelques tomates pesèrent plus lourd que des mil­lions d’électeurs, et firent de Guy Mol­let un chaud par­ti­san de l’Al­gérie française. À chaque fois, le résul­tat le plus pal­pa­ble de ces renon­ce­ments fut de ren­forcer l’ex­trême-droite.

À quelque chose mal­heur est bon : que les défenseurs sincères de l’é­gal­ité des sex­es médi­tent cet épisode et en tirent la leçon.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut