Les modèles biologiques sont-ils utiles pour penser l’évolution des sociétés ? (Alain Testart)

Pour­suiv­ant mes lec­tures assidues (quoique per­tur­bées par le mou­ve­ment social actuel !) sur les ques­tions d’évo­lu­tion, il m’ar­rive une chose rare, à savoir met­tre la main sur un arti­cle d’Alain Tes­tart que je ne con­nais­sais pas. Comme tou­jours, cet auteur y défend des posi­tions de manière par­faite­ment claire ; pour autant, il me sem­ble faire erreur sur bien des aspects et, pour le dire de manière un peu provo­ca­trice, même lorsque les cri­tiques qu’il adresse à ses adver­saires sont légitimes, j’ai bien bien sou­vent le sen­ti­ment qu’il a rai­son pour des raisons qui ne sont pas les bonnes.

Penser deux évolutions

La ques­tion générale, aus­si vaste que pas­sion­nante, con­siste à met­tre en regard deux évo­lu­tions avérées : celle du vivant et celle des sociétés – en réal­ité, même si ce n’est pas pré­cisé, celle des seules sociétés humaines, et cette omis­sion n’est pas inno­cente – et de se deman­der si ces deux évo­lu­tions obéis­sent à des lois sim­i­laires ou dif­férentes. À cela, il existe deux grandes caté­gories de répons­es. Les pre­mières insis­tent sur tout ce qui oppose les deux évo­lu­tions et leurs mécan­ismes et qui plaident donc pour des théories (ou des lois) spé­ci­fiques pour chaque domaine. Telle était, au moins dans une cer­taine mesure, la posi­tion de Charles Dar­win, ain­si que le rap­pelle Tes­tart, et telle est sa pro­pre posi­tion. Face à lui, on trou­ve un courant issu de la biolo­gie et, sauf erreur, plus pré­cisé­ment de la géné­tique, courant qui entend lit­térale­ment cal­quer les mécan­ismes dar­winiens sur les cul­tures humaines – et c’est con­tre une telle démarche que Tes­tart bataille farouche­ment dans cet arti­cle. Ses représen­tants les plus con­nus sont prob­a­ble­ment Richard Dawkins et Lui­gi Luca Caf­fali-Sforza, qui ont forgé le con­cept de « mème », un équiv­a­lent cul­turel du gène, cen­sé obéir aux mêmes proces­sus de muta­tion /​sélec­tion et con­stituer la clé de l’évo­lu­tion cul­turelle.

La réplique d’Alain Tes­tart à la thèse du « même » n’est qu’un épisode par­mi d’autres échanges, pas tou­jours amènes, qui ont opposé les par­ti­sans de ce qu’on pour­rait appel­er une théorie unifiée de l’évo­lu­tion (dans la péri­ode récente, tous ou presque biol­o­gistes) et ceux qui s’op­posent à une telle ten­ta­tive, sinon dans son principe même, du moins de la manière dont elle est pro­posée. Je suis ain­si récem­ment tombé sur la réponse glaciale adressée il y a une ving­taine d’an­nées par l’an­thro­po­logue Tim Ingold à un célèbre arti­cle d’Alex Mesou­di, Andrew Whiten et Kevin Laland (réponse d’In­gold qui sus­ci­ta elle-même une réponse en retour – je tâcherai de ren­dre compte de ce débat un de ces jours).

Je reviendrai rapi­de­ment à la fin de ce bil­let sur les ter­mes généraux dans lesquels il me sem­ble qu’il con­vient de pos­er le prob­lème. En atten­dant, je me pro­pose de com­menter rapi­de­ment les prin­ci­paux argu­ments avancés par d’Alain Tes­tart. Si ceux-ci prê­tent sou­vent le flanc à la cri­tique, mon sen­ti­ment est toute­fois que les plus gros prob­lèmes de sa posi­tions sont liés aux aspects qu’il n’abor­de pas et que son raison­nement écarte implicite­ment.

(Brève) critique d’une critique

Tes­tart com­mence, à juste titre, par soulign­er que la vérac­ité d’une idée ne suf­fit pas à la ren­dre per­ti­nente. L’adap­ta­tion, que les généti­ciens évo­quent à pro­pos de la cul­ture, est une réal­ité. Ce n’est pas pour autant qu’elle pos­sède for­cé­ment un rôle expli­catif dans les sociétés humaines – Tes­tart donne l’ex­em­ple de la grav­ité, qui agit sur toute matière, mais qui n’a guère de pou­voir expli­catif ni à pro­pos du vivant, ni à pro­pos des sociétés. On peut toute­fois se deman­der si dans ce préam­bule, Tes­tart ne jette pas un peu vite l’en­fant de l’ef­fi­cac­ité (de la puis­sance, du pro­grès, etc., rayez les men­tions inutiles) avec l’eau sale de l’adap­ta­tion et de son sens un peu fourre-tout.

Il con­tin­ue en rel­e­vant que le mod­èle dar­winien mobilise trois dimen­sions : la fil­i­a­tion, la vari­a­tion et la sélec­tion. Autrement dit, l’évo­lu­tion s’ef­fectue par la sélec­tion de vari­a­tions qui se pro­duisent au cours de la repro­duc­tion des indi­vidus. Éten­dre le con­cept de fil­i­a­tion (et de repro­duc­tion) aux sociétés n’est pas aus­si sim­ple qu’il y paraît, mais c’est surtout sur la vari­a­tion et la sélec­tion que Tes­tart con­cen­tre son feu. Pour que la sélec­tion joue son rôle, écrit-il, il est en effet impératif que les vari­a­tions soient aléa­toires : un sys­tème dans lequel les muta­tions sont en quelque sorte pré-adap­tées, ne serait-ce qu’en étant néces­saire­ment viables, affaib­lit, voir anni­hile le rôle de la sélec­tion. Or, autant on sait depuis longtemps – c’est même le cœur de la théorie de Dar­win – que les muta­tions biologiques sont aléa­toires, à tel point qu’elles sont sou­vent non viables, alors que les muta­tions sociales et tech­niques sont le fruit d’une volon­té. Elles ne sont donc pas aléa­toires, ce qui fait que dans les sociétés, la sélec­tion ne joue pas du tout le rôle qui est le sien dans l’évo­lu­tion du vivant :

Si (…) la muta­tion inclu­ait des con­sid­éra­tions sur la valeur adap­ta­tive des formes qu’[elle] engen­dre, les futures espèces seraient comme présélec­tion­nées par ce pre­mier proces­sus, et la sélec­tion naturelle n’aurait qu’un rôle très acces­soire, de con­fir­ma­tion ou d’ajustement.

Ce raison­nement, même s’il con­tient une part de vrai, paraît tout de même un peu for­cé sous plusieurs aspects. Sur un plan pure­ment formel, il n’est pas juste de dire que la sélec­tion opère seule­ment en cas de muta­tions aléa­toires : de manière formelle, et même si ce point n’est pas essen­tiel, si les muta­tions étaient pré-ori­en­tées de manière à être majori­taire­ment con­tre-pro­duc­tives, non seule­ment cette ori­en­ta­tion ne dimin­uerait pas le rôle de la sélec­tion, mais au con­traire, elle le ren­forcerait. Plus gênante est l’idée, sug­gérée en pas­sant, que le proces­sus de spé­ci­a­tion con­duirait (néces­saire­ment ?) à la dis­pari­tion de l’e­spèce orig­inelle (« elle est finale­ment élim­inée si l’une des nou­velles se trou­ve avoir une meilleure valeur adap­ta­tive »). En réal­ité, cette ten­dance à l’élim­i­na­tion des formes anci­ennes par les vari­antes nou­velles est beau­coup plus car­ac­téris­tique des sociétés que du vivant. Pour en revenir au point prin­ci­pal, on peut admet­tre qu’il existe une rela­tion inverse entre la pré-adap­ta­tion des muta­tions et l’im­por­tance du rôle de la sélec­tion. Mais sur ce plan, entre les formes vivantes et les traits cul­turels humains, la dif­férence est de degré bien plus que de nature : con­cer­nant la biolo­gie, et sous réserve de me faire cor­riger par des gens com­pé­tents, je crois bien avoir enten­du que les muta­tions résul­tent par­fois de dérives géné­tiques, c’est-à-dire de mécan­ismes qui suiv­ent leur logique pro­pre, et qu’elles dessi­nent alors pré­cisé­ment une tra­jec­toire non aléa­toire.

Au demeu­rant, l’idée que les cul­tures humaines, con­traire­ment au vivant, ne con­naî­traient que des inno­va­tions viables, sem­ble bien con­testable. D’abord, parce qu’il n’y a aucune rai­son de traiter la via­bil­ité comme un prob­lème spé­ci­fique, qui serait dis­tinct de celui de la per­for­mance en général. Un organ­isme (ou un trait cul­turel) nou­veau peut être iné­gale­ment per­for­mant /​adap­té ; entre la pleine réus­site qui lui per­met de se main­tenir et de pro­lifér­er et l’échec immé­di­at, il existe toute une gamme de sit­u­a­tions inter­mé­di­aire. Ensuite, est-on bien cer­tain que toutes les inno­va­tions cul­turelles ont été viables ? Là encore, il suf­fit de se deman­der si la via­bil­ité doit être estimée en min­utes, en années ou en siè­cles pour se con­va­in­cre que cette approche n’est sans doute pas la plus judi­cieuse.

Tes­tart insiste par ailleurs sur la dif­férence de vari­abil­ité entre le vivant et les cul­tures humaines : celle-ci serait bien plus forte dans le pre­mier que dans les sec­on­des, où l’on est tou­jours obligé de tra­vailler à par­tir de l’ex­is­tant. Je ne vois pas dans son texte que cette affir­ma­tion soit réelle­ment démon­trée et, à vrai dire, je ne vois pas com­ment elle pour­rait l’être. Il me sem­ble que si les biol­o­gistes insis­tent sou­vent sur l’in­ven­tiv­ité de l’évo­lu­tion, ils insis­tent au moins autant sur le fait que les muta­tions – en tout cas, les muta­tions con­servées et trans­mis­es – sont trib­u­taires des car­ac­téris­tiques de l’or­gan­isme exis­tant : l’évo­lu­tion biologique « bricole » bien davan­tage qu’elle n’in­vente. De plus, et là encore on me cor­rig­era si néces­saire, cette vari­abil­ité dif­fère con­sid­érable­ment d’une espèce à l’autre (elle dif­fère d’ailleurs égale­ment selon les cul­tures humaines !), et il paraît bien har­di de par­ler de la vari­abil­ité du vivant en général.

Cer­tains des argu­ments avancés par l’ar­ti­cle sem­blent franche­ment con­tra­dic­toires. Ain­si, lorsque Tes­tart écrit que les humains sont capa­bles de cor­riger eux-même les erreurs cul­turelles, avant que la sélec­tion sociale ne le fasse. Il en veut pour preuve le pan­talon rouge garance de 1914, retiré de l’u­ni­forme après quelques mois. Mais cette cor­rec­tion n’il­lus­tre-t-elle juste­ment pas une forme de sélec­tion, inter­v­enue dans le cadre d’un con­flit ouvert entre plusieurs sociétés, et opérée certes avant une élim­i­na­tion com­plète de la société con­cernée, mais tout de même large­ment après-coup, sous l’ef­fet de lour­des pertes mil­i­taires ?

Un autre argu­ment avancé par Tes­tart est l’ex­is­tence de « ten­dances à très court terme dans l’évolution des sociétés qui ne peu­vent être expliquées par aucun phénomène adap­tatif ». C’est ignor­er que l’évo­lu­tion biologique, elle aus­si, pro­duit une myr­i­ade de car­ac­tères qui ne sont pas par­ti­c­ulière­ment adap­tat­ifs. Si par­mi les innom­brables muta­tions, quelques-unes représen­tent claire­ment des avan­tages qui ten­dent à se trans­met­tre et à se répan­dre, et si d’autres sont au con­traire des hand­i­caps qui ten­dent à être élim­inés, une bonne par­tie d’en­tre elles sont en quelque sorte neu­tres, et se trans­met­tent aux généra­tions suiv­antes sans représen­ter quelque avan­tage adap­tatif que ce soit (sauf erreur, le sys­té­mati­cien Guil­laume Lecoin­tre a récem­ment tra­vail­lé de manière aus­si amu­sante qu’in­struc­tive sur ces nom­bres « organes inutiles » qui témoignent de ce fonc­tion­nement en quelque sorte non opti­mal de l’évo­lu­tion).

Au demeu­rant, et même si c’est un autre sujet, on ne peut s’empêcher de relever une phrase telle que :

Les sys­tèmes soci­aux évolu­ent non pas parce les meilleurs seraient sélec­tion­nés en fonc­tion de leur plus grande valeur adap­ta­tive, mais parce que les men­tal­ités évolu­ent.

Faut-il rap­pel­er, pêle-mêle, que les men­tal­ités n’évolu­ent pas n’im­porte com­ment et à par­tir de n’im­porte quelles con­di­tions matérielles et sociales, que bien des rap­ports soci­aux n’ont été décidés par per­son­ne et que les déci­sions con­scientes, lorsqu’elles exis­tent, ne pro­duisent pas tou­jours le résul­tat atten­du ? Et quand bien même on met­trait de côté une for­mu­la­tion aus­si plate­ment idéal­iste que celle-ci, en quoi le fait que les sys­tèmes soci­aux seraient pro­duits par l’évo­lu­tion des men­tal­ités les met­trait-elle à l’abri de la con­fronta­tion avec les autres sys­tèmes soci­aux, et donc d’une forme de sélec­tion opérant après-coup et élim­i­nant les moins per­for­mants ? D’une manière générale, je ne suis pas du tout cer­tain qu’in­sis­ter comme le fait Tes­tart sur le car­ac­tère inten­tion­nel de l’évo­lu­tion cul­turelle et sociale soit la meilleure manière de com­pren­dre sa phy­s­ionomie et sa tra­jec­toires glob­ales qui, elles, échap­pent claire­ment à toute inten­tion­nal­ité.

Tout n’est pas aus­si cri­ti­quable dans cet arti­cle, et la charge qu’il mène con­tre le « mème », sorte de gène cul­turel, emporte glob­ale­ment l’ad­hé­sion, tant ce « même » fait fig­ure d’ec­to­plasme, pâle copie virtuelle du gène bien réelle, et dont on voit bien mal en quoi il nous aiderait à com­pren­dre le monde social autrement que par des tau­tolo­gies. De ce point de vue, on ne peut que souscrire aux deniers para­graphes de l’ar­ti­cle, qui expliquent les raisons de cette récente fas­ci­na­tion, qui la rat­tache à d’autres épisodes de l’his­toire des sci­ence et qui se con­clut par la superbe for­mule :

L’ADN cul­turel a aujourd’hui aus­si peu d’avenir intel­lectuel qu’hier l’animal-machine.

Deux angles morts… et un immense chantier

Restent néan­moins deux angles morts, impen­sés ou mal pen­sés, qui sont pour­tant cen­traux.

Le pre­mier est que si l’évo­lu­tion des espèces, dont Dar­win a livré les clés, et l’évo­lu­tion des cul­tures (ou des sociétés) humaines relèvent man­i­feste­ment de mécan­ismes en par­tie dif­férents, il est impératif de garder à l’e­sprit que la sélec­tion naturelle n’est pas un proces­sus qui guide unique­ment l’évo­lu­tion des codes géné­tiques, mais aus­si celle des formes sociales et des cul­tures. Ain­si que Bernard Lahire l’a fort juste­ment rap­pelé avec insis­tance depuis quelques années, les humains n’ont pas le mono­pole de la vie en société : bien d’autres espèces pos­sè­dent des organ­i­sa­tions sociales, qui elles aus­si sont le fruit de la sélec­tion naturelle. Au pas­sage, les humains n’ont pas n’ont plus le mono­pole de la cul­ture, même si notre espèce pos­sède la sin­gu­lar­ité d’être hyper-cul­turelle. Ces cul­tures, elles aus­si, sont le pro­duit de la sélec­tion naturelle. Il suf­fit d’ailleurs d’é­tudi­er le proces­sus de l’ho­min­i­sa­tion pour con­stater qu’en­tre la for­ma­tion et la sélec­tion des cul­tures et des formes sociales d’un côté, et celles des traits biologiques de l’autre, il n’ex­iste aucune fron­tière étanche. Bien au con­traire, il est résol­u­ment impos­si­ble de penser les deux aspects de manière totale­ment dis­jointe — au demeu­rant, et même si je n’ai pas encore lu cet ouvrage en entier, il me paraît clair que Dar­win avait par­faite­ment perçu la néces­sité de cette artic­u­la­tion dans La fil­i­a­tion de l’homme. En d’autres ter­mes, tan­dis que les biol­o­gistes comme Cav­al­li-Sforza font l’er­reur de pla­quer arti­fi­cielle­ment les raison­nements de la géné­tique sur la cul­ture et d’as­sim­i­l­er sans ambages la sec­onde à la pre­mière, Tes­tart com­met une erreur symétrique en bâtis­sant un infran­chiss­able mur de sépa­ra­tion entre les deux phénomènes.

Le sec­ond angle mort est, me sem­ble-t-il, l’ab­sence pour les cul­tures (ou les sociétés) de cette unité tax­i­nomique qu’est l’e­spèce, et qui con­stitue un piv­ot cen­tral du raison­nement sur la sélec­tion naturelle (il n’est qu’à se sou­venir du titre du maître ouvrage de Dar­win). Or Tes­tart se con­tente d’ef­fleur­er la ques­tion, écrivant par endroits que le raison­nement sur l’évo­lu­tion sociale et cul­turelle doit impéra­tive­ment s’ef­fectuer non à l’échelle de chaque société mais à un niveau tax­i­nomique large. Il me sem­ble au con­traire qu’il s’ag­it d’une ques­tion cen­trale, dont une réflex­ion com­par­a­tive sur les deux évo­lu­tions ne pour­ra faire l’é­conomie.

Pour ter­min­er par ce qui se veut non un vœu pieux, mais un (ambitieux !) pro­gramme de recherche, ma con­vic­tion est qu’évo­lu­tion biologique et évo­lu­tion sociale doivent être pen­sées comme deux man­i­fes­ta­tions en par­tie dif­férentes d’un même phénomène, tout comme le sont, par exem­ple, l’élec­tric­ité et le mag­nétisme. Pour forg­er une future théorie unifiée de l’évo­lu­tion, il faut donc rechercher avec atten­tion à la fois leurs points de dis­sem­blance, mais aus­si leurs points de jonc­tion. Vaste pro­gramme, qui néces­sit­era bien des col­lab­o­ra­tions et des échanges ? Sans nul doute. Mais si les sci­en­tifiques ne ser­vent pas à ten­ter d’a­vancer sur les vastes ques­tions, à quoi ser­vent-ils ?

3 commentaires

  1. « je crois bien avoir enten­du que les muta­tions résul­tent par­fois de dérives géné­tiques, c’est-à-dire de mécan­ismes qui suiv­ent leur logique pro­pre, et qu’elles dessi­nent alors pré­cisé­ment une tra­jec­toire non aléa­toire »

    Je ne suis pas du tout spé­cial­iste du sujet, mais je crois me sou­venir, et une rapi­de con­sul­ta­tion de Wikipé­dia me le con­firme, que la dérive géné­tique relève bien de l’aléa­toire. Mais comme l’aléa­toire a aus­si sa « logique pro­pre », je ne suis pas sûr de com­pren­dre quoi faire de ta phrase. 🙂

    Quoi qu’il en soit, est-ce que Tes­tart ne veut pas dire quelque chose du genre : si la vari­a­tion sociale suiv­ait les mêmes lois que la vari­a­tion biologique, alors les sociétés humaines auraient essayé le matri­ar­cat, or elles ne l’ont pas fait à notre con­nais­sance ?

    « Ces cul­tures, elles aus­si, sont le pro­duit de la sélec­tion naturelle. »

    Je trou­ve un peu éton­nant que tu dis­es cela alors que tu soulignes plus haut qu’un grand nom­bre de vari­a­tions (muta­tions) ne sont soumis­es à aucune forme de sélec­tion, tant elles sont *à peu près* neu­tres du point de vue de l’adap­ta­tion. La couleur des pan­talons, par exem­ple, n’a une impor­tance adap­ta­tive qu’en temps de guerre, et seule­ment chez les sol­dats de l’in­fan­terie.

    Ne serait-il pas plus juste de dire « évo­lu­tion » plutôt que « sélec­tion » ?

    Et il me sem­ble qu’il faudrait aus­si régler le sort du terme « naturelle » dans la for­mule : à quoi sert-il ? Y a‑t-il une sélec­tion non-« naturelle » ? Vaut-il mieux dire « biologique » ?

  2. Je n’ai pas lu l’ar­ti­cle d’Alain Tes­tart mais ces ques­tions me pas­sion­nent alors j’y vais de mes remar­ques sans humil­ité aucune :
    — les vari­a­tions sont tou­jours aléa­toires dans un cadre don­né : quelques bases azotées peu­vent subir des mod­i­fi­ca­tions mais un nou­veau gène com­plet n’ap­pa­raît pas à par­tir de rien, tout comme un nou­veau com­porte­ment de groupe vient d’élé­ments pré exis­tants, donc pour moi pas de con­tra­dic­tion ici.
    ‑les change­ments soci­aux sont le “fruit d’une “volon­té”? Ou alors ils appa­rais­sent au gré des aléas cog­ni­tifs et exis­ten­tiels et se main­ti­en­nent ou non, avec plus ou moins de “volon­té” a pos­te­ri­ori ?
    — la dérive géné­tique est sim­ple­ment un appau­vrisse­ment de la diver­site géné­tique par pur effet sta­tis­tique, un phénomène sou­vent invo­qué en l’ab­sence de forte pres­sion de sélec­tion. Elle ne génère pas de nou­velles muta­tion en soi.
    — en quoi le “mème” n’a pas de valeur explica­tive autre que tau­tologique ? Par­fois en biolo­gie, il est dif­fi­cile de savoir ce qui a amené à la con­ser­va­tion d’un trait, l’ex­pli­ca­tion se résume alors à “ce qui existe est ce qui n’a pas dis­paru”, ce n’est peut-être pas sat­is­faisant mais ça reste le seul dénom­i­na­teur com­mun de l’ensem­ble des faits évo­lu­tifs. Sur les traits subis­sant une forte pres­sion sélec­tive, c’est évide­mem­nt plus tranché.
    — et enfin pour achev­er le pinail­lage : la com­para­i­son entre uni­fi­ca­tion des théories d’évo­lu­tion biologique et sociale d’une part et uni­fi­ca­tion de la théorie élec­tro­mag­né­tique d’autre part, me sem­ble inap­pro­priée car nous sommes ici sur 2 niveaux d’or­gan­i­sa­tion de la matière dif­férentes, avec des con­cepts et un for­mal­isme dif­férents, con­traire­ment à l’élec­tro­mag­nétisme qui reste dans le même domaine restreint de la mécanique.
    J’ai hâte de lire la suite de vos réflex­ions !

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